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	<title>Vincent LE CORRE - Psychologue - Psychanalyste &#187; psychanalyse</title>
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	<description>psychologue, psychanalyste, en institution et en libéral, travaillant, entre autres, sur les jeux vidéo, les médiations, le jeu...</description>
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		<title>Association pour la Recherche sur l’Enfance et l’Adolescence</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Jul 2019 14:30:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[adolescence]]></category>
		<category><![CDATA[AREA]]></category>
		<category><![CDATA[Enfance]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Recherche]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 17/07/2019
Voici la présentation du site de l'Association pour la Recherche sur l'Enfance et l'Adolescence, et de la revue associée, la NOUVELLE REVUE DE L'ENFANCE ET DE L'ADOLESCENCE.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Voici le nouveau site de <a href="http://association-recherche-enfance-adolescence.org/" target="_blank">l&#8217;Association pour la Recherche sur l&#8217;Enfance et l&#8217;Adolescence.</a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’association AREA a pour but de favoriser la recherche et le partage des connaissances en sciences humaines et sociales dans une perspective clinique et interdisciplinaire dans les domaines de l’enfance, de l’adolescence et des familles. L’association développe tous les moyens qu’elle jugera appropriés pour atteindre ses objectifs :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Mettre en place des groupes de recherches,  élaborer et publier tout  document et notamment tout support de communication (revues, lettres,  ouvrages, etc.),</li>
<li>Réaliser des journées d’études,</li>
<li>Organiser ou participer à toute exposition, colloque, séminaire, stage, réunion, et toute autre manifestation,</li>
<li>Mettre en place des actions de communication et de sensibilisation  liées à l’objet de l’association et notamment administrer tout site  internet,</li>
<li>Elaborer des partenariats de toute nature avec tout organisme dont la collaboration pourrait lui être utile.</li>
</ul>
<div style="text-align: justify;"><strong>AREA porte également <a href="http://association-recherche-enfance-adolescence.org/index.php/a-propos-de/" target="_blank">un projet éditorial</a>. Et le premier numéro de <a href="http://association-recherche-enfance-adolescence.org/index.php/a-propos-de/" target="_blank">la NOUVELLE REVUE DE L&#8217;ENFANCE ET DE L&#8217;ADOLESCENCE</a> sortira d&#8217;ici peu&#8230; </strong></div>
<div style="text-align: justify;">Vous trouverez ici <a href="http://association-recherche-enfance-adolescence.org/index.php/appel-a-contributions/" target="_blank">les appels à contributions</a> pour les prochains numéro.</div>
<div style="text-align: justify;">N&#8217;hésitez pas à visiter le site de l&#8217;association et de la revue et à revenir vers nous pour proposer des articles !</div>
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		<title>&#171;&#160;Le métier de psychanalyste&#160;&#187; &#8211; compte-rendu d&#8217;un livre</title>
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		<pubDate>Mon, 30 May 2016 08:41:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[interprétation]]></category>
		<category><![CDATA[Lacan]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre-Henri Castel]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[transformation]]></category>
		<category><![CDATA[transmission]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 30 mai 2016.
Voici le compte-rendu, publié sur le site nonfiction, de ma lecture d'un ouvrage qui expose les conceptions théoriques qui orientent la pratique de trois psychanalystes lacaniens, Roland Chemama, Bernard Vandermersch et Christiane Lacôte-Destribats.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le métier de psychanalyste est un livre écrit par trois psychanalystes &#8211;  Roland Chemama, Bernard Vandermersch et Christiane Lacôte-Destribats &#8211;  tous trois liés à l’Association Lacanienne Internationale, qui se veut à  la fois un débat depuis la conception que chacun a de sa pratique, ceci  à travers la notion de « métier », et, à partir de ce débat, « un  apport aux questions qui se posent actuellement aux psychanalystes ».</p>
<p>A lire sur le site<a href="http://www.nonfiction.fr/article-8346-la_psychanalyse__un_metier_impossible_.htm" target="_blank"> nonfiction.</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Lecture du texte « Le jeu et le potentiel » de René Roussillon</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=1428</link>
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		<pubDate>Mon, 07 Sep 2015 11:38:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu]]></category>
		<category><![CDATA[Objet malléable]]></category>
		<category><![CDATA[Objeu]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[René Roussillon]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 7 septembre 2015.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour tout clinicien qui travaille avec des enfants et des adolescents, la question du jeu est incontournable. Et partant de là, d’un point de vue pratique, celle des objets qui vont servir dans ce jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud a parlé du jeu, mais il ne lui fait pas de place d’un point de vue technique, étant donné qu’à part le petit Hans, il ne s’est guère occupé d’enfant. Après la pionnière et oubliée Hermine von Hug-Hellmuth, c’est Mélanie Klein qui marque profondément le paysage de la psychanalyse d’enfants. Le jeu devient, avec Klein, l’équivalent de l’association libre chez l’adulte, donc une sorte de théâtre où les fantasmes de l’enfant vont se déployer, et que l’analyste « n’aurait plus qu’à interpréter ». Mais chaque clinicien s’occupant d’enfants s’aperçoit rapidement que cette hypothèse est bien plus complexe. Peut-on interpréter tout jeu, et doit-on vraiment le faire, et comment, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Le courant psychanalytique français aurait tendance à être plus prudent sur cette question du jeu. Dolto ne parle finalement que très peu du jeu, Lacan aussi. Le second psychanalyste le plus marquant quant au jeu fut un élève de Klein, et il fut plus que méfiant envers l’interprétation. Winnicott insistera en effet sur la dimension thérapeutique du jeu en lui-même. Le texte de Roussillon, <a href="https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2004-1-page-79.htm" target="_blank">que vous pouvez trouvez ici, </a>m’a paru intéressant car il déplie quelque chose d’essentiel sur le jeu. Il introduit ainsi à une réflexion sur l’objet du jeu, entendu comme ce qui met en marche, ce qui produit le jeu, et ce dont le jeu peut se servir concrètement afin qu’il développe ses potentialités thérapeutiques. On a donc là aussi des réflexions autour des médiations.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Résumé du texte </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon rappelle que la mémoire humaine « est un système ouvert ». Elle possède un fonctionnement biologique (au niveau de son inscription) qui inclurait finalement une actualisation, donc un transfert, une interprétation et donc un autre, une adresse. D’où une certaine liberté à la psyché, qui « obligerait » au jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis il nous rappelle des éléments sur le jeu comme modèle du travail thérapeutique. La psychanalyse française a largement développé le modèle du rêve pour penser la cure (un état psychique proche, motricité suspendue, perception raréfiée, analyste absent du regard…). Mais d’une part, ce modèle ne conviendrait pas à tous les sujets, c’est-à-dire à ceux dont le fonctionnement psychique n’inclue pas si facilement les possibilités de symbolisation que l’on trouve dans le rêve. Alors, la suspension de la motricité et de la perception n’offrent pas les meilleures conditions pour cette symbolisation, voire peuvent aggraver la situation du patient. D’autre part, ce modèle pose également problème pour penser le travail avec les enfants et les adolescents. Perception, motricité et présence sont alors importants.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors le modèle du jeu ? Quels problèmes pose-t-il ?</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle pourrait être la définition du jeu dans ce modèle ? Est-ce le jeu explicite, manifeste, ou bien par analogie avec un jeu intrapsychique, ou bien encore comme métaphore ?</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon répond évidemment qu’il s’agit plutôt d’un jeu qui implique à la fois « la conception d’un travail de reprise et de transformation » et « l’idée que, à travers le jeu manifeste, se masque et se révèle tout à la fois un autre jeu, un autre enjeu, que se trame comme dans le rêve et selon le terme de Freud une ‘autre scène’ ». Lorsque Roussillon évoque donc qu’il y a jeu et jeu, c’est à dire qu’il y a des jeux très contraints, stéréotypés « où la maîtrise de la situation semble être au premier plan et condenser l’essentiel du transfert » et d’autres formes de jeu « dans lesquelles, à l’inverse, un enjeu psychique inconscient essentiel est ‘transféré’ », cela m’a fait penser à une auteure qui a produit une thèse sur le jeu, Marie Lenormand. On peut <a href="http://www.theses.fr/2011AIX10157" target="_blank">la lire ici</a>. Dans un article, <a href="https://www.cairn.info/revue-savoirs-et-cliniques-2015-1-page-23.htm" target="_blank">&laquo;&nbsp;La question du jeu dans la cure des enfants : parcours, enjeux et difficultés&nbsp;&raquo;</a>, elle part du principe qu’il est finalement impossible de parler <em>du</em> jeu (en soutenant d’ailleurs qu’ « aucun auteur ne s’attarde […] à définir ce qu’est le jeu ») « comme d’une catégorie homogène, mais qu’il est bien plutôt indispensable de considérer qu’il existe <em>plusieurs types</em> de jeux. ».  Pour ce faire elle propose « un repérage, structurel, <em>des</em> jeux, considérant que tous ne s’organisent pas selon une seule et unique logique inconsciente ». Lenormand propose une tripartition à laquelle elle aboutit en fonction de la manière dont cette logique inconsciente du jeu va s’organiser selon son rapport à la castration (dénégation, démenti et forclusion).</p>
<p style="text-align: justify;">La tripartition que propose Lenormand est la suivante :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      Les jeux  « trompe-l’œil »</p>
<p style="text-align: justify;">« Ces jeux obéissent à une logique de <em>Verneinung</em> consistant à dénier une loi pourtant reconnue et inscrite. S’y chiffre le fantasme et s’y (dé)voile le désir inconscient à la manière de la dénégation. »</p>
<p style="text-align: justify;">2)      Les jeux « leurre »</p>
<p style="text-align: justify;">Ces jeux « fonctionnent à la manière de fétiches qui permettent de démentir (<em>verleugnen</em>) la castration plutôt que de la dénier (<em>verneinen</em>) »</p>
<p style="text-align: justify;">3)      Les jeux « suppléance »</p>
<p style="text-align: justify;">Ces jeux obéissent cette fois « à une logique de forclusion » et ont « pour principale fonction d’opérer un traitement de la jouissance et de faire barrage à un retour du réel. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à Roussillon. Donc, évidemment, ce qui est important dans le jeu, « c’est au niveau des enjeux inconscients qu’il faut le repérer et tenter de le dégager, c’est dans ce qu’il recèle de potentiels non encore advenus, à explorer, à découvrir, dans ce qui est latent à son expression manifeste, qu’il faut l’observer ou l’écouter. ». Roussillon veut promouvoir ainsi une approche du jeu qui comporte deux niveaux : 1) à travers ces jeux, ces <em>games</em>, répétitifs, repérer « quel jeu potentiel est resté en souffrance » 2) « dégager leur potentialité exploratoire et appropriative de l’expérience subjective qu’ils reprennent et tentent de mettre en scène. » Il l’illustre par l’exemple clinique, devenu fameux, relaté par Winnicott dans son article de 1969,<em> &laquo;&nbsp;L’observation des jeunes enfants dans une situation établie&nbsp;&raquo; (</em>in De la pédiatrie à la psychanalyse), où il travaille avec une petite fille de 13 mois. Il présente dans cet article ce qu’il appelle « une situation établie », à savoir un cadre qu’il a construit pour ses consultations avec de très jeunes enfants et où il utilise une spatule en métal.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis Roussillon entre dans une description plus fine de ce qu’il peut y avoir de symbolisant, de thérapeutique, dans le jeu.  Il part de ce qu’il appelle « l’expérience subjective ‘significative’ » comme « ‘matière première du psychisme » et de la façon dont on peut concevoir comment un sujet va se l’approprier, étant posé que cette expérience n’est pas « un donné » pour l’être humain, mais « un amalgame », « multi-pulsionnelle, multi-sensorielle, multi-perceptive, multi-esthétique », et qu’il faut en conséquence un certain travail chez le sujet pour que ce dernier assimile cette expérience.</p>
<p style="text-align: justify;">La première étape de cette appropriation est celle de la maîtrise, car toute expérience psychique présente un caractère de menace pour le psychisme en ce qu’elle peut venir déborder ce dernier. C’est là que s’insère toutes les recherches sur la fonction de « contenance », ou les « enveloppes psychiques », ce que Roussillon appelle de son côté « la fonction de maintenance » de la psyché. A cette étape, l’inscription de l’expérience au sein de l’appareil psychique n’est pas garantie tant le réflexe premier de l’appareil est plutôt de se protéger contre l’éventuelle effraction. (On devrait peut-être ajouter un certain type d’inscription, car on sait combien « l’inscription » des expériences traumatiques est vécu sur le mode proche de la photographie. Ces expériences traumatiques s&#8217;inscrivent donc, mais font retour chez le sujet de manière telle qu&#8217;il ne peut les assimiler)</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde étape consiste en une seconde présentation, une re-présentation. Et c’est là que le jeu aura toute son importance. Pour que le sujet se ressaisisse de l’expérience, il lui faut lâcher momentanément sa prise, ses défenses, ce qui comporte un certain danger, celui d’être à nouveau débordé par ce caractère potentiellement effractant de l’expérience.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon propose alors l’hypothèse que c’est l’exercice d’une certaine liberté qui permet au sujet de se ressaisir de l’expérience. Que si ce sujet est contraint du dehors dans la première étape, il lui faut sentir que cette contrainte n’existe pas dans la seconde pour qu’il accepte de « baisser la garde ». C’est cette même liberté qui doit exister avant tout engagement d’un sujet dans un jeu. « le droit de ne pas jouer est aussi une pré-condition du jeu libre. » Les jeux à caractère compulsif serait ainsi mis en place par des sujets  lorsque une certaine sécurité n‘existe pas pour eux, et c’est alors la conquête de cette liberté qui est d’abord la première étape pour eux.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour finir de comprendre comment plus précisément la re-présentation de l’expérience peut devenir appropriation de celle-ci par le sujet, Roussillon revient sur la différenciation réalité externe/réalité interne. C’est en effet un des enjeux justement de la première étape que de maintenir cette différenciation, une fois qu’elle a été mise en place dans le développement. Mais justement, afin que le jeu devienne cet espace de transformation, de re-saisie de l’expérience, il faut que l’opposition entre ces deux espaces (réalité externe, réalité psychique) soit levée, afin que « la réalité interne vienne se ‘loger’ au creux de la réalité externe, dans la perception de celle-ci ». D’où la nécessité, que Winnicott avait souligné en son temps, que l’environnement respecte le « sacré » de l’expérience de jeu, « que le joueur ne soit pas mis dans la position d’avoir à décider de la position ‘topique’ du processus qu’il met en œuvre. » C’est ainsi la dimension d’illusion subjective qui est fondamentale, et qui permettra à son tour la possibilité, à travers l’expérience de jeu, pour le sujet de re-découvrir ce qu’il y avait au préalable déposé. Et c’est le monde du symbole qui s&#8217;ouvre alors, c’est-à-dire des objets à la fois objectifs et subjectifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, Roussillon ajoute à cette dimension symbolique, la dimension des affects. A savoir que cette expérience du jouer va produire un type de plaisir spécifique, prototypique des &laquo;&nbsp;sublimations&nbsp;&raquo;. Ce nouveau plaisir signe en effet une transformation, dans le système pulsionnel. Dorénavant, « la représentation et le plaisir pris dans la représentation deviennent le nouveau but de la pulsion. La représentation n’est plus le moyen de repérer l’objet de la pulsion, de l’identifier, elle devient ce par quoi la pulsion se satisfait, ce par quoi elle s’accomplit, elle devient le but même de l’activité pulsionnelle ».</p>
<p style="text-align: justify;">En conclusion, Roussillon finit son article sur les caractéristiques des objets matériels du jeu afin qu’ils deviennent ces supports à la symbolisation. Il décrit alors certaines propriétés des objeux comme conditions afin que ceux-ci permettent d’accueillir l’hallucination.</p>
<p style="text-align: justify;">1) Il y a ainsi des objeux qui doivent présenter certaines caractéristiques sensorielles analogues à l’expérience première à symboliser.</p>
<p style="text-align: justify;">2) Il faut parfois que ces objeux soient inanimés, donc à la merci du sujet qui leur insufflera la vie comme bon lui semble.</p>
<p style="text-align: justify;">3) Mais parfois, l’objeu pourra apporter la nécessaire surprise, la créativité, dont le sujet aura besoin dans son expérience. Un autre sujet seul peut alors l’apporter. (Dans ce cadre, le jeu vidéo serait un entre-deux. Il présente un caractère animé, une simulation de la vie via les mondes qu’il propose au joueur)</p>
<p style="text-align: justify;">4) Enfin, les propriétés de transformation, de malléabilité de l’objeu sont très importantes, en qu’elles permettront d’accueillir ce qui reste encore informe dans certains états psychiques. Mais ce n’est pas tout, cette caractéristique de transformation permettra également de ‘réfléchir’ sa propre activité au joueur […]. C’est en effet en déformant/transformant, en répétant l’expérience d’une déformation et d’une remise en forme, que le sujet commence à pouvoir réfléchir sa propre activité de symbolisation par le jeu, qu’il en prend conscience, et ainsi qu’il commence à pouvoir se l’approprier. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce texte de Roussillon me semble donc un élément introductif particulièrement intéressant à beaucoup de questions que se pose tout clinicien engagé dans le travail avec des enfants ou des adolescents. Il attire ainsi l’attention sur cette question essentielle de la symbolisation par le jeu, de son fonctionnement, mais aussi des conditions qui président à l’exercice de celle-ci, à la fois du côté du jeu et du fonctionnement psychique, mais aussi du côté matériel des jeux manifestes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour continuer à lire Roussillon, je vous invite à lire <a href="http://reneroussillon.com/symbolisation/fonction-symbolisante-de-lobjet/" target="_blank">« La fonction symbolisante de l’objet »</a> qui peut être lu comme un complément à ce texte. Je l&#8217;ai commenté <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=876" target="_blank">ici.</a></p>
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		<item>
		<title>Colloque de l&#8217;association HEBE le 29 mars 2013 : Les jeux vidéos, perspectives cliniques, thérapeutiques et culturelles</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=1220</link>
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		<pubDate>Fri, 18 Jan 2013 17:56:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Association Hébé]]></category>
		<category><![CDATA[Clémence Moreau]]></category>
		<category><![CDATA[Grégoire Latry]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Christophe Dardart]]></category>
		<category><![CDATA[jeux vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Lucie Parisot]]></category>
		<category><![CDATA[Mehdi Debbabi-Zourgani]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris le 17 janvier 2013.
Sous l’appellation "jeux vidéo" coexistent une pluralité de pratiques ludiques, et donc de potentialités créatives. Comment nous saisir de ces objets dans la clinique ?
Cette journée de l'association Hébé située à Tours aura pour visée d'interroger le champ vidéoludique en tant que processus culturel et thérapeutique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>« Il ne faut jamais oublier  que jouer est une thérapie en soi. Faire le nécessaire pour que les  enfants soient capables de jouer, c’est une psychothérapie qui a une  application immédiate et universelle ; elle comporte l’établissement  d’une attitude sociale positive envers le jeu. Mais il faut admettre que  le jeu est toujours à même de se muer en quelque chose d’effrayant. Et  l’on peut tenir les jeux (games), avec ce qu’ils comportent d’organisé,  comme une tentative de tenir à distance l’aspect effrayant du jeu </em>(<em>playing</em>)<em> ». (Winnicott, 1975)</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/format-email-200x300.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1222" title="format-email-200x300" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/format-email-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a></em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p>Le <a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/plaquette-jeux-vid%C3%A9o2.pdf" target="_blank">programme est à télécharger ici</a> et le <a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/bulletin-jeu-vid%C3%A9o1.pdf" target="_blank">bulletin d&#8217;inscription est à télécharger ici</a>.</p>
<p><strong>Argument :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous  sommes de plus en plus amenés a rencontrer des enfants et des  adolescents dont le rapport aux jeux vidéo nous interpelle, parfois nous  inquiète. Dans le même temps, nous découvrons au travers de ce média  leurs potentialités créatrices, ainsi que la richesse culturelle liée à  ces univers ludiques dont il faut reconnaître la valeur<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1220#footnote_0_1220" id="identifier_0_1220" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Le jeu vid&eacute;o est devenu &agrave; cet &eacute;gard une sorte de pharmakon &amp;#8211; rem&egrave;de et  poison- que parents, cliniciens, journalistes ou politiciens ont su  mettre en avant comme objet d&rsquo;ancrage de nombreuses inqui&eacute;tudes. ">1</a> .</p>
<p style="text-align: justify;">Le jeu vidéo peut être considéré comme  le paradigme ludique de notre rapport au numérique. Il s’agit certes de «  jouets » techniques, mais ils s’inscrivent dans l’histoire de nos  rapports avec les machines et produisent une expérience subjective  venant bousculer la culture ludique.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec Freud, nous pourrions nous atteler à  mettre en avant une psychopathologie psychanalytique du vidéoludique  quotidien; c’est à certains égards ce qu’il a proposé au travers de  l’interprétation des rêves&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Encore faut-il définir l’objet de  recherche ; constatation faite d’une confusion, d’une trop grande  ambiguïté des termes dans la qualification du champ vidéoludique :  tantôt le virtuel, la cyberculture, la ludologie, les mondes numériques,  les nouvelles technologies de l’information et de la communication, etc<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1220#footnote_1_1220" id="identifier_1_1220" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" D&rsquo;ailleurs force est de constater que le champ de addictologie s&rsquo;est  saisie de cette question en proposant des rem&eacute;diations qui peuvent  mettre de cot&eacute; la dimension culturelle que sugg&egrave;rent ces acceptions. ">2</a></p>
<p style="text-align: justify;">Que vient dès lors questionner cette profusion sémantique?</p>
<p style="text-align: justify;">De notre place de cliniciens,  éducateurs, enseignants ou soignants, quelles responsabilités avons-nous  dans la médiatisation et la confusion liée à ces termes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sous l’appellation &laquo;&nbsp;jeux vidéo&nbsp;&raquo; coexistent, de fait, une pluralité de pratiques ludiques, et donc de potentialités créatives.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment nous saisir de ces objets dans la clinique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cette journée que nous proposons à pour  visée une élaboration de ces objets en interrogeant le champ  vidéoludique en tant que processus culturel et thérapeutique. C’est à  travers la fonction du jeu, en référence à la dialectique Winnicottienne  entre le <em>play </em>et le <em>game</em>, que nous souhaitons  questionner les jeux vidéo, en soutenant que le jeu est un tout qui a  des vertus thérapeutiques en soi, à plus fortes raisons à l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">A cette occasion nous pourrons échanger  avec des professionnels de différents champs qui aujourd’hui pensent cet  ou ces objets en prenant à contrepied les arguments clivés en tout ou  rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Intervenants :</p>
<p style="text-align: justify;"><a title="benoit virole" href="http://www.asso-hebe.fr/2012/11/benoit-virole/" target="_blank"><strong><em>Benoit Virole</em></strong></a> Psychologue Psychanalyste, <a title="mathieu Triclot" href="http://www.asso-hebe.fr/2012/11/mathieu-triclot/" target="_blank"><strong><em>Mathieu Triclot</em></strong></a> Philosophe, <strong><em><a title="olivier mauco" href="http://www.asso-hebe.fr/2012/10/game-in-society-le-blog-dolivier-mauco/" target="_blank">Olivier Mauco</a> </em></strong>Docteur en Sciences Politiques, <a title="jean yves le fourn" href="http://www.cairn.info/publications-de-Le%20Fourn-Jean-Yves--2552.htm" target="_blank"><strong><em>Jean Yves Le Fourn</em></strong></a> Pédopsychiatre Psychanalyste chef de service du Centre Oreste- membre du <a title="CILA" href="http://www.asso-hebe.fr/a-propos/partenaires/" target="_blank">Collège international de l’Adolescence</a>, <strong><em>Clémence Moreau</em></strong> Psychologue clinicienne, <strong><em><a href="http://mehdi-debbabi.fr/" target="_self">Mehdi Debbabi-Zourgani</a> </em></strong>Psychologue clinicien, <a title="lucas pradalier" href="https://sites.google.com/site/lucasislookingfor/" target="_blank"><strong><em>Lucas Pradalier</em></strong></a> Artiste.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Le <a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/plaquette-jeux-vidéo2.pdf" target="_blank">programme est à télécharger ici</a> et le <a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/bulletin-jeu-vidéo1.pdf" target="_blank">bulletin d&#8217;inscription est à télécharger ici</a>.</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comité scientifique et d’organisation :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>le “GTA JV” (Clémence Moreau, <a href="http://www.vududivan.fr/" target="_blank">Lucie Parisot</a>, <a title="vincent le corre" href="http://vincent-le-corre.fr/" target="_blank">Vincent Le Corre</a>, Grégoire Latry,</em></strong> <strong><em><a title="jc dardart" href="http://www.jcdardart.net/" target="_blank">Jean-Christophe Dardart</a>, <a href="http://mehdi-debbabi.fr/" target="_self">Medhi Debbabi-Zourgani</a>), Caroline Gauvreau, Aurélie Wijkuisen, Jean Yves le Fourn, Isabelle Perrin, Arnaud Sylla.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1220" class="footnote"> Le jeu vidéo est devenu à cet égard une sorte de pharmakon &#8211; remède et  poison- que parents, cliniciens, journalistes ou politiciens ont su  mettre en avant comme objet d’ancrage de nombreuses inquiétudes. </li><li id="footnote_1_1220" class="footnote"> D’ailleurs force est de constater que le champ de addictologie s’est  saisie de cette question en proposant des remédiations qui peuvent  mettre de coté la dimension culturelle que suggèrent ces acceptions. </li></ol>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le jeu vidéo chez l&#8217;enfant et l&#8217;adolescent : soirée à Lille Le mercredi 6 février 2013</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=1203</link>
		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=1203#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 15 Jan 2013 15:20:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[jeux vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Savoirs et Clinique]]></category>
		<category><![CDATA[Sylvie Boudaillez]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 15 janvier 2013.
Je participerai à cette rencontre à Lille qui aura lieu le 6 février autour des jeux vidéo, dans le cadre de l'association de psychanalyse ALEPH.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;"><strong>LE JEU VIDEO CHEZ L’ENFANT ET L’ADOLESCENT. </strong></div>
<div style="text-align: justify;"><strong>QU’EN DIT LA PSYCHANALYSE&#8230;</strong></div>
<div style="text-align: justify;"><strong><br />
</strong></div>
<div style="text-align: justify;">Le mercredi 6 février 2013</div>
<div style="text-align: justify;">lien : <a href="http://www.aleph-savoirs-et-clinique.org/de/soirees-qlenfant-objetq-lille.html" target="_blank">http://www.aleph-savoirs-et-clinique.org/de/soirees-qlenfant-objetq-lille.html</a></div>
<div style="text-align: justify;"><strong><br />
Sylvie Boudailliez</strong>, psychologue, psychanalyste, Roubaix</div>
<div style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;jeux vidéo, traitement de l&#8217;angoisse?&nbsp;&raquo;</div>
<div style="text-align: justify;">Dans <em>Au-delà du principe de plaisir</em> Freud met en évidence comment le jeu du Fort-Da de l’enfant est au cœur  de l’angoisse. Nous chercherons à montrer comment l’angoisse suscitée  dans les jeux vidéo d’aujourd’hui est moteur de l’activité ludique tout  en offrant au joueur de quoi se protéger contre elle. Nous tenterons de  cerner également comment les jeux vidéo en permettant d’accueillir et de  travailler l’agir chez certains sujets, constituent une aide, un  support aux processus de symbolisation de l’angoisse.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"><strong>Vincent Le Corre</strong>, psychologue clinicien, psychanalyste, Paris</div>
<div style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;les jeux vidéo, de l&#8217;objet de médiation à l&#8217;objet culturel&nbsp;&raquo;</div>
<div style="text-align: justify;">
<div>Partant de rencontres cliniques, j&#8217;essaierai de présenter  différentes facettes de la présence de cet objet vidéo-ludique dans le  travail que je mène auprès d&#8217;enfants ou d&#8217;adolescents.</div>
<div>Constatant que cet objet de consommation de masse fait partie de  notre culture contemporaine, et plus particulièrement de  l&#8217;environnement des enfants et des adolescents, je parlerai de mes  tentatives d&#8217;essayer d&#8217;entendre quelque chose du sujet à travers son  usage lorsqu&#8217;il est utilisé comme objet de médiation dans le présent  d&#8217;une séance, ou bien lorsqu&#8217;il est plus simplement utilisé comme un  objet support de relation. J&#8217;essaierai d&#8217;en déduire certaines  propositions concernant son usage plus courant.</p>
</div>
<p>21 h &#8211; 23h  à l’U.r.i.o.p.s.s. – 199/201 Rue Colbert Immeuble Douai 5ème étage,  Lille ouvert à tous; frais: participation 8 euro, réduit 5 euro</p>
</div>
<p style="text-align: justify;">Renseignements : Sylvie Boudailliez, 03 20 70 81 52,   <a href="mailto:sboudaillez@aleph-savoirs-et-clinique.org">sboudaillez@aleph-savoirs-et-clinique.org</a> et Jean-Claude Duhamel, 03 21 69 11 08,   <a href="mailto:jcduhamel@aleph-savoirs-et-clinique.org">jcduhamel@aleph-savoirs-et-clinique.org</a></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>14ème Colloque de l’ALEPH: « Jeu d’enfant » (Lille, samedi 6 avril 2013)</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=1193</link>
		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=1193#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 05 Dec 2012 08:34:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[ALEPH]]></category>
		<category><![CDATA[Franz Kaltenbeck]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris décembre 2012. Annonce du prochain colloque de l'association ALEPH sur Lille, le 6 avril 2013.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.aleph-savoirs-et-clinique.org/14e-colloque-qjeu-denfantsq-lille-samedi-6-avril-2013.html" target="_blank">http://www.aleph-savoirs-et-clinique.org/14e-colloque-qjeu-denfantsq-lille-samedi-6-avril-2013.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En voici l&#8217;argument écrit par Franz Kaltenbeck.</strong></p>
<div style="text-align: justify;">
<p>Explorant   l’enfance où se joue l’avenir d’un être humain, la psychanalyse   ne pouvait pas négliger ce que Freud appela « l’occupation la plus chère   et la plus intense de l’enfant », &#8211; le jeu. En 1908, il le met à la   base même de « l’activité poétique », issue de celle du fantasme. Tout   enfant se comporte, selon lui, comme un poète ; il crée son propre   monde. Dans son séminaire <em>Les psychoses</em>, Lacan entérine cette  idée que  le poète engendre un monde. Par contre, les Mémoires d’un  névropathe du  Président Schreber ne relèvent pas de la poésie, car leur  auteur n’y  crée pas un monde à lui, il décrit son aliénation extrême,  étant donné  qu’il est devenu l’objet de la jouissance de l’Autre. Freud  prend, comme  d’ailleurs l’enfant lui-même, le jeu très au sérieux : «  Il serait  alors injuste de dire qu’il ne prend pas ce monde au sérieux;  tout  au contraire, il prend très au sérieux son jeu, il y emploie de  grandes  quantités d’affect. Le contraire du jeu n’est pas le sérieux,  mais la  réalité »<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1193#footnote_0_1193" id="identifier_0_1193" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Freud S., &laquo; Der Dichter und das Phantasieren &raquo; (Le  po&egrave;te et l&rsquo;activit&eacute; de fantasmer), 1908. ">1</a> .</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Freud  a raison d’y rajouter que l’enfant distingue fort bien  la réalité et  le monde de ses jeux et appuie même souvent son monde sur  des objets  réels. N’a-t-il pas observé comment son petit-fils Heinerle a  su  répondre au départ de sa mère et plus précisément à l’alternance de  la  présence et de l’absence de celle-ci par le jeu d’une bobine où il   saluait l’apparition et la disparition de cet objet par deux sons que   Freud interpréta comme les mots fort (absent) et da (ici) ? L’enfant   aurait ainsi répété l’expérience désagréable de l’absence de la mère   qui ne pouvait pas être plaisante pour lui. Voilà pourquoi Freud   s’interroge à cet endroit sur l’existence d’un « au-delà du principe du   plaisir », un domaine où le sujet n’agit pas pour maintenir ses  tensions  à un bas niveau. Peut-on pointer le sérieux du jeu d’une façon  plus  incisive que par cette observation et par les « spéculations   » freudiennes sur l’automatisme de répétition et la pulsion de mort  ?</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Les  meilleurs disciples de Freud ont poursuivi la recherche dans ce  sens.  Ils ont fait du jeu à la fois un moyen d’explorer l’inconscient   infantile qui ne sait pas encore se dire et un instrument jouissif au   service de la dimension thérapeutique dans l’analyse des petits   patients. Ainsi, Lacan rend tôt hommage à Mélanie Klein qui, dans le cas   Dick<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1193#footnote_1_1193" id="identifier_1_1193" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Klein M., Essais de psychanalyse, &laquo; L&amp;#8217;importance de la  formation du  symbole dans le d&eacute;veloppement du moi &raquo; (1930), Payot,  Paris, 2005. ">2</a>, a su livrer à son petit patient psychotique, grâce à un  jeu de  trains (le petit et le grand train), un symptôme très proche de  la  réalité psychique (« le schéma de l’OEdipe »)<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1193#footnote_2_1193" id="identifier_2_1193" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Lacan J., Le S&eacute;minaire I. Les &eacute;crits techniques de Freud,  Paris, 1975, Seuil, p. 99-104. ">3</a>. Winnicott, lui, émancipe  le jeu de  la seule réalité psychique. Il en fait un dispositif « à  l’extérieur de  l’individu » mais précise que l’aire de ce jeu n’est  pas le monde  extérieur. Si l’objet transitionnel aide l’enfant à accepter  et à  maîtriser la présence et l’absence de la mère, le jeu est chez   Winnicott plutôt pensé comme un « phénomène transitionnel »<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1193#footnote_3_1193" id="identifier_3_1193" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Winnicott  D. W., Jeu et r&eacute;alit&eacute;, Paris, Gallimard, 1975. ">4</a>. Par la  suite, des  psychanalystes ont trouvé des objets spécifiques  pour certaines  structures cliniques, par exemple les « objets de  sensation autistiques  » repérés par Francis Tustin<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1193#footnote_4_1193" id="identifier_4_1193" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Tustin F., &laquo; Psychotherapy with  children who cannot play &raquo;, in The  protective Shell in Children and Adults.  Londres, 1992, Karnac Books, p.  87-121. ">5</a>  pour chaque enfant et  font partie de son corps, de  sorte que l’on peut se demander si  l’autiste joue avec  ses objets.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Depuis  les temps héroïques de la psychanalyse des enfants,  beaucoup de  jeux nouveaux sont offerts aux enfants de tout âge.  L’industrie  électronique a apporté un degré de sophistication aux jeux  d’ordinateur  dont on n’a pas encore mesuré les conséquences pour  l’inconscient et  pour le domptage des pulsions. Les  psychanalystes doivent étudier le  défi de ces objets et gadgets s’ils  veulent persister dans leur effort  d’accueillir les êtres souffrant du  malaise dans la civilisation. Après  tout, le sujet de la psychanalyse  est défini par Lacan comme sujet de  la science. Et ce sujet-là demande  plus que des thérapies  simplistes. Si les jeux d’enfants contribuent à  façonner les activités  intellectuelles et ludiques des adultes, force  est de reconnaître que  les jeux joués à partir de la puberté ou à l’âge  adulte, ne sont pas  toujours constructifs. Ils peuvent avoir des effets  dévastateurs et  régressifs. Dès leur adolescence, certains sujets  tombent dans la  dépendance des jeux d’ordinateurs et s’y consacrent  jours et nuits,  menant alors une vie de larve. À la différence des  enfants observés par  Freud, Klein, Winnicott, Tustin et d’autres, pour  ces jeunes et moins  jeunes, le jeu n’est plus un symptôme salutaire mais  plutôt une  activité incessante qui masque mal un vide menaçant.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Notre   colloque, ouvert à tout le monde, mais aussi adressé aux   médecins, psychiatres, cliniciens, soignants, éducateurs, enseignants,   littéraires et philosophes, est préparé avec l’ambition:</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>-   d’approfondir la notion du jeu dans la psychanalyse, en l’articulant   aux quatre concepts fondamentaux freudiens (inconscient, répétition,   transfert et pulsion) ainsi qu’à l’acte, à la jouissance et au symptôme   dans la théorie de Lacan ;</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>- d’étudier les rapports du jeu à la poésie, à l’art, à la science et à la philosophie ;</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>-  de  recenser les jeux nouveaux de notre époque. Ceux-ci aident le sujet   dans sa construction cognitive et psychique mais peuvent aussi   l’entraîner vers la perte des ses coordonnées personnelles et sociales ;</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>- de poser, grâce à des cas cliniques, la question de l’efficacité des jeux dans les cures d’enfants.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Franz Kaltenbeck</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<h3><strong>Parmi les intervenants, nous pouvons déjà vous annoncer la présence de :</strong></h3>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Anne BOISSIERE</strong> Professeur  à l’Université de Lille 3 où elle enseigne  l’esthétique et dirige le  Centre d’Etudes des Arts Contemporains. Elle  est notamment l’auteur de  La pensée musicale de Theodor W. Adorno  (Beauchesne, 2011), Adorno, la  vérité de la musique moderne (Presses  Universitaires du Septentrion,  1999). Elle a également coordonné le  collectif Musique et philosophie  (1997), co-dirigé avec Catherine  Kintzler, Approche philosophique du  geste dansé, de l’improvisation à  la performance (2006), et, avec  Véronique Fabbri et Anne Volvey,  Activité artistique et spatialité  (L’Harmattan, 2010).</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Sylvie BOUDAILLIEZ</strong> Psychanalyste, psychologue clinicienne au BAPU, au  CMPP Henri Wallon, membre du Collège de Psychanalystes de l’ALEPH.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Chantal DALMAS</strong> Gérontopsychiatre à Aubagne, membre de l’ALEPH.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Franz KALTENBECK</strong> Psychanalyste à Paris et à Lille, membre du Collège de Psychanalystes de l’ALEPH.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Vincent LE CORRE</strong> Psychologue  clinicien et psychanalyste. Il exerce à  Paris. Il est notamment  intéressé par les relations que nous  entretenons avec les machines  numériques (notamment leurs origines avec  les travaux d&#8217;Alan Turing). A ce sujet, il étudie les jeux vidéo comme  objet culturel dans leurs usages courant ou excessif.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong> </strong></p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Marie LENORMAND</strong> Psychologue  clinicienne en CMPP, chargée de cours à  l’université de Provence  Aix-Marseille, docteur en psychologie, agrégée  de philosophie.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Eric Le TOULLEC</strong> Psychiatre et psychanalyste à Toulouse, membre du Collège de Psychanalystes de l’ALEPH.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Marie-Claude THOMAS</strong> Psychanalyste  à Paris et auteur de Lacan, lecteur  de Mélanie Klein (Erès, 2012),  L’autisme et les langues (L’Harmattan,  2011) et La première journée de  Sabine (Amalthée, 2006).</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Antoine VERSTRAET</strong> Psychologue clinicien à Lille, membre de l’ALEPH.</p>
</div>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1193" class="footnote"> Freud S., « Der Dichter und das Phantasieren » (Le  poète et l’activité de fantasmer), 1908. </li><li id="footnote_1_1193" class="footnote"> Klein M., Essais de psychanalyse, « L&#8217;importance de la  formation du  symbole dans le développement du moi » (1930), Payot,  Paris, 2005. </li><li id="footnote_2_1193" class="footnote"> Lacan J., <em>Le Séminaire I. Les écrits techniques de Freud</em>,  Paris, 1975, Seuil, p. 99-104. </li><li id="footnote_3_1193" class="footnote"> Winnicott  D. W., Jeu et réalité, Paris, Gallimard, 1975. </li><li id="footnote_4_1193" class="footnote"> Tustin F., « Psychotherapy with  children who cannot play », in <em>The  protective Shell in Children and Adults</em>.  Londres, 1992, Karnac Books, p.  87-121. </li></ol>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>&#171;&#160;De l&#8217;objet à la médiation&#160;&#187;, ou le jeu vidéo comme objet médiateur au sein d&#8217;un groupe</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=518</link>
		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=518#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 19 Apr 2011 13:18:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<category><![CDATA[Gimenez]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[médiation thérapeutique]]></category>
		<category><![CDATA[objet médiateur]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Quélin Souligoux]]></category>
		<category><![CDATA[Winnicott]]></category>

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		<description><![CDATA[A partir de l'article « De l'objet à la médiation » écrit par Dominique Quélin Souligoux, je tente de recueillir d’une part quelques propositions de base quant à la définition d’un objet médiateur, dans le cadre d’une situation de groupe thérapeutique. Puis j’en profite pour poser quelques questions plus précises sur l’utilisation du jeu vidéo comme objet de médiation dans ce cadre.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;"><strong>« De l&#8217;objet à la médiation »</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Dominique Quélin Souligoux, <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Article disponible ici : <a href="http://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2003-2-page-29.htm"><strong>« De l&#8217;objet à la médiation »</strong></a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2003-2-page-29.htm"><br />
</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A partir de cet article, je tente de recueillir d’une part quelques propositions de base quant à la définition d’un objet médiateur, dans le cadre d’une situation de groupe thérapeutique. Puis j’en profite pour poser quelques questions plus précises sur l’utilisation du jeu vidéo comme objet de médiation dans ce cadre.</strong></p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Introduction<br />
</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Guy Gimenez introduit son étude sur « les objets de relation » par le fait que « les travaux des analystes d’enfants ont ouvert un champ de recherche nouveau sur le statut de l’objet concret dans le travail clinique. »<a href="#_ftn1">[1]</a> Il cherche ainsi, dans son article à « faire le point sur les recherches menées maintenant depuis une quinzaine d’années sur le concept d’objet de relation. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Quélin Souligoux souligne quant à lui combien dans le champ clinique, ces dernières années, sous l&#8217;influence croissante de l&#8217;usage des médiations, il y a eu une prolifération des termes désignant l&#8217;objet qui vient en lieu et place d&#8217;occuper cette place : objet médiateur, objet intermédiaire, objet transitionnel, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous ces termes renvoient-ils à différents types d&#8217;objets, à différents contextes relationnels, à différents processus au sein de ces contextes (et si oui, sont-ils externes, ou bien internes, psychiques) ou bien encore, à différentes étapes ou différents stades au sein d&#8217;une relation qui évolue ?</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes ces questions sont précisément l&#8217;objet d’une réflexion plus générale que j&#8217;amorce ici par cet article sur l&#8217;objet que l&#8217;on utilise lorsqu&#8217;on parle de médiation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>L’objet de médiation</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La constance de toutes ces notions (objet médiateur, objet intermédiaire, objet transitionnel, mais on peut ajouter, objet transformationnel, etc.), leur trait commun, me semble être en premier lieu, la nécessité de faire apparaître le fait que « la médiation introduit une relation à trois termes »<a href="#_ftn3">[3]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de s&#8217;engager plus en avant dans une tentative pour spécifier cette relation à trois termes, il m&#8217;apparaît intéressant de rappeler qu&#8217;au-delà de l&#8217;aspect oedipien que cette relation ternaire peut raviver, on peut penser aux arguments que Lacan a avancés dans son séminaire de 1956-1957 contre les conceptions de la relation d&#8217;objet qui mettent parfois trop l&#8217;accent sur la dyade mère-enfant, oubliant selon lui le fait qu&#8217;en troisième terme, il y a toujours le Phallus. Objet énigmatique par ailleurs, et qui chez Lacan évoluera, passant du registre de l&#8217;imaginaire à celui du symbolique. Il faudrait prendre le temps de s&#8217;attarder sur cet aspect phallique, afin d&#8217;examiner si l&#8217;on ne pourrait pas mieux comprendre les usages et surtout les processus de certaines médiations en fonction précisément de cet aspect phallique que pourrait représenter ou caractériser l&#8217;objet de la médiation. Ce ne sera pas l’objet de cet écrit.</p>
<p style="text-align: justify;">Revenons pour le moment aux propos de Quélin Souligoux, et à une définition de la médiation.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut donc ajouter au fait que « la médiation introduit une relation à trois termes » une autre condition, à savoir le fait, que pour être thérapeutique, ce qui va servir de médiation (objet concret, techniques, etc.) doit pouvoir être « détourné » d&#8217;<em>un usage classique</em> (que l&#8217;on peut qualifier de <em>général</em>, dans un sens finalement proche d&#8217;universel abstrait), pour être véritablement utilisé dans <em>un contexte particulier</em>, c&#8217;est-à-dire un contexte représentant une instanciation non prévue, et imprévisible vis-à-vis de cet usage général.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, l’usage et le sens de l’objet de médiation doivent pouvoir être transformés pour pouvoir suivre des objectifs qui vont relever précisément de la situation thérapeutique concrète. C&#8217;est seulement à ce titre, que, selon l&#8217;auteur, un objet (que ce soit le jeu libre, créatif, ou bien un objet concret, ou encore culturel) sortira d&#8217;un statut de « support de communication » pour « s&#8217;inscrire dans une démarche thérapeutique, s&#8217;il est recréé dans une utilisation qui lui sera spécifique et représentative de sa dynamique propre »<a href="#_ftn4">[4]</a>. Et c&#8217;est également seulement à ce titre, qu&#8217;il pourra être nommé « objet médiateur ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’auteur rapproche dans son texte sa définition d’un objet médiateur de celle de l’objet de relation, mais sans véritablement les distinguer. Nous tenterons ailleurs de poursuivre sur les éventuelles différences et points communs entre ces deux notions, en travaillant sur l’étude de Guy Gimenez sur « les objets de relation », et sur les travaux de Marcel Thaon.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc <strong><em>une condition</em></strong> pour qu’un objet puisse devenir un objet médiateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’en est-il de <strong><em>ses</em></strong> <strong><em>fonctions</em></strong> à présent ? Nous allons simplement les lister à partir du texte :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>L’objet médiateur va permettre de déclencher      « chez chaque participant de la relation un travail de pensée »      (p.30)</li>
<li>L’objet médiateur « représente aussi l’état de      la relation à un moment donné de la rencontre » (p.30)</li>
<li>« Dans la relation psychothérapeutique,      l’objet de relation jouerait donc un rôle de relais entre la communication      consciente et la communication inconsciente ». Dans le texte, il      n’est pas clair si cette communication conscient/inconscient se fait chez      le même sujet, ou bien entre deux sujets.</li>
<li>L’objet médiateur jouerait « […] un rôle      d’articulation entre les subjectivités de deux ou plusieurs      personnes » (p.31)</li>
<li>L’objet médiateur « sert d’interprète, de      transformateur, de transmetteur, de symboliseur entre la réalité      psychique et la réalité externe » (p.34)</li>
<li>« L’objet médiateur peut aussi se situer à la      rencontre de la réalité extérieure et du monde psychique interne du sujet      puisqu’il est à la fois porteur des qualités concrètes de sa matérialité      et des qualités abstraites de la relation. » Il semble que c’est à      partir de cette dernière fonction que Marion Milner a parlé de      « médium malléable » (dans « l’inconscient et la      peinture »<a href="#_ftn5">[5]</a>).      Cette malléabilité est à articuler avec la nécessité de la malléabilité de      ce que Winnicott appelle <em>l’environnement</em>, et ce qu’il a essayé de      préciser au sujet de « l’usage de l’objet ». Plus précisément      développé dans <em>Jeu et réalité</em>,      au chapitre « L’utilisation de l’objet et le mode de relation à      l’objet au travers des identifications »). Un sillon que René Roussillon      n’a cessé par la suite de poursuivre.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">On peut résumer cela ainsi. Les « objets médiateurs » en situation groupale, semblent avoir deux grandes fonctions :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      soutenir en somme les interventions du thérapeute qui vise à créer du groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">2)      Intervenir comme &laquo;&nbsp;facilitateurs&nbsp;&raquo; des processus de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Au sein de cette dernière fonction, on pourrait distinguer trois sous-fonctions :</p>
<p style="text-align: justify;">a)      déclencher un travail de pensée chez les sujets en relation</p>
<p style="text-align: justify;">b)      représenter l’état de la relation entre les sujets</p>
<p style="text-align: justify;">c)      jouer un rôle d’interface entre les parties conscientes et inconscientes des sujets, entre la réalité psychique et la réalité extérieur pour chacun, et entre les sujets.</p>
<p style="text-align: justify;">Quélin Souligoux se réfère ainsi aux conceptions de Winnicott quant au développement de l’enfant désignées par les termes de « processus de maturation ». Et il faudrait développer le rôle de « l’illusion omnipotente », de la désillusion, et de la symbolisation chez Winicott.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>La fonction du groupe, « les effets de groupement » et la place de la médiation</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’objectif de Quélin Souligoux, en tant que thérapeute, est de travailler, par ses interventions, à « construire du groupe » à partir d’une situation collective. On peut expliciter ce que l’auteur ne fait pas directement dans son texte, à savoir qu’il distingue <em>le collectif</em>, qui ne désignerait ici finalement qu’un rassemblement d’individus, du <em>groupe</em>, ou plutôt des « effets de groupement », qui seraient, quant à eux, cette possibilité, au sein même de la situation collective, de faire entrer en jeu ce que Winnicott appelle l’environnement dans les processus de maturation.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces « effets de groupement » sont ainsi censés construire un autre espace, qui supportera à son tour, « une aire de symbolisation ». En usant des « objets médiateurs », le thérapeute vise donc à renforcer ses propres interventions en direction de certains processus qui sont à la base des transformations des agirs des enfants. En d’autres termes, leur usage a pour objectif d&#8217;essayer de renforcer les processus de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pour l’auteur, c’est donc l’institution d’un groupe qui est d’abord visé par le thérapeute. C’est « cet effet de groupement » qui va permettre que s’enclenchent, par la suite, certains processus de symbolisation de l’expérience de l’illusion omnipotente, vécue différemment ici, précisément grâce aux objets médiateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Les « objets médiateurs » semblent donc avoir deux fonctions. D’une part, ils sont là pour soutenir en somme les interventions du thérapeute qui vise à créer du groupe. D&#8217;autre part, ils interviennent en quelque sorte comme &laquo;&nbsp;facilitateurs&nbsp;&raquo; des processus de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Une question importante surgit ici, que l&#8217;auteur pose en ces termes : « Quels rapports ce jeu et cette créativité entretiennent-ils avec le processus groupal et l&#8217;objectif du groupe ? »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Quélin Souligoux insiste sur le fait que la façon dont il pense, dans cet article, l&#8217;utilisation d&#8217;un groupe à médiation consiste à placer comme objectif premier de ce groupe, une finalité thérapeutique, et que par conséquent « la médiation ne constitue qu&#8217;une des composantes du dispositif, mais ne spécifie pas un mode d&#8217;intervention »<a href="#_ftn7">[7]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Car en effet, par contraste, on peut concevoir dans certaines situations, que l&#8217;objectif du groupe que l&#8217;on constitue sera la médiation elle-même, en tant qu&#8217;on la proposera comme déjà là. On spécifiera ainsi des règles de fonctionnement du groupe en fonction de la médiation, et éventuellement un projet pour ce groupe, mais qui sera défini en fonction de la médiation elle-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un cas, on a donc un groupe que l&#8217;on va constituer pour une médiation spécifique (un atelier théâtre par exemple), et les objectifs et moyens que l&#8217;on mettra en œuvre seront là pour favoriser l&#8217;accès des participants à la médiation proprement dite. En somme, dans ce premier cas, c&#8217;est la médiation qui est première dans le dispositif, et l&#8217;appropriation et les règles du groupe sont définies en fonction des caractéristiques de la médiation.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l&#8217;autre cas, et c’est celui que l’auteur étudiera dans son texte, la médiation n’est qu’une composante du groupe, censée favoriser et accélérée certains processus relatifs aux « effets de groupement ». Les objectifs que l’on va se fixer quant à ce groupe ne vont donc pas découler cette fois de l’emploi de telle ou telle médiation (une représentation publique à la fin d’une année d’un atelier de théâtre) ; la médiation « ne spécifie pas un mode d’intervention. Sa présence ne vient en aucun cas occulter ou affadir les phénomènes groupaux qui vont pouvoir se déployer et sur lesquels vont porter avant tout les interventions du psychothérapeute »<a href="#_ftn8">[8]</a>. Cette fois, la médiation est censée s’intégrer « simplement aux techniques psychothérapeutiques groupales d’inspiration psychanalytique »<a href="#_ftn9">[9]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p>Ainsi, si l’on choisit d’utiliser telle ou telle médiation, comme le jeu vidéo par exemple, il convient donc de se poser la question : la médiation choisie peut-elle viser à soutenir les phénomènes groupaux, ainsi que les fonctions de symbolisation qui y sont associées ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pour cette raison, il me semble, que Leroux dans son article « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique »<a href="#_ftn10">[10]</a>, souligne bien le cadre du groupe qu’il a construit et qui vise à soutenir les processus qui feront émerger ces « effets de groupement ». Nous reviendrons sur ce dernier point plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Quélin Souligoux apporte peut-être un élément de réponse lorsqu’il nous dit qu’ « une autre possibilité intermédiaire consiste à l’utiliser [la médiation] pour moduler la régression due à la mise en groupe. En effet, il existerait un danger que le groupe, par son excitation, renforce le côté pulsionnel et menace le moi des enfants. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette optique, la médiation est toujours mise en place en fonction des effets thérapeutiques que le groupe en lui-même est supposé avoir, et ses caractéristiques sont elles-mêmes mises au service « du sentiment d’appartenance groupal », autrement dit, elles sont censées protéger chacun des participants en s’offrant comme support imaginaire aux processus qui permettront à chacun de construire l’illusion d’être un membre d’une entité qui peut les protéger.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis, afin de nous faire saisir ce qu’il vient de développer sur les liens entre l’objet de médiation et le groupe, l’auteur nous relate une partie d’une séance où un enfant va partager son angoisse, suite à une maladie qui l’oblige à rester sans bouger. Le thérapeute, en intervenant donc sur le groupe, va ramener « cette inquiétude individuelle à un sentiment partagé par tous, mais difficilement exprimable »<a href="#_ftn12">[12]</a>. Cela va avoir comme conséquence de permettre à cet enfant malade de demander aux autres de jouer avec lui. Ce qu’ils vont faire, dans une atmosphère d’accueil des affects dépressifs, et de tentative de réparation via un partage des émotions, au travers de l’objet de médiation de ce groupe. (Du papier, des crayons, « des livres choisis pour leur contenu et leur présentation et [d’]un jeu de lettres sur huit dés permettant de former des mots à partir d’un lancer au hasard sur une piste ronde délimitant un espace de jeu. »<a href="#_ftn13">[13]</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Retour sur la malléabilité et le jeu vidéo</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">A travers l’exposé théorique et l’exemple clinique de cet auteur, je poserai ainsi plusieurs questions sur l’utilisation de l’objet jeu vidéo comme objet de médiation au sein d’un groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, pour poursuivre sur la problématique de la malléabilité, dans quelle mesure le jeu vidéo pouvait être « détourné » de son usage, et peut être d’un aspect de compétition qu’il pourrait susciter ?</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, l’auteur écrit : « la possibilité médiative ne serait donc pas attachée à la présence ou non d’objets divers ou variés ou de techniques plus ou moins sophistiquées ou rigides, mais à l’utilisation qui peut en être faite, en particulier à partir de cette qualité spécifique […] qu’est la malléabilité et qui permet la création. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est difficile de ne pas être d’accord. Le type d’utilisation qui est visée et qui serait la base de la médiation semble donc être à la fois attachée aux qualités de l’objet, mais aussi et peut-être surtout aux possibilités d’invention des sujets participant au groupe eux-mêmes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce cadre, il est facile de concevoir que la pâte à modeler puisse être le paradigme. Mais quelles sont les limites finalement au détournement d’objets, sinon celles que l’on se pose bien souvent ?</p>
<p style="text-align: justify;">Quélin Souligoux fait d’ailleurs le lien entre cette qualité de « malléabilité » et la symptomatologie des sujets, à propos desquels l’utilisation d’objet médiateur au sein d’un groupe thérapeutique semble être le plus profitable.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette symptomatologie est décrite à partir du vocabulaire et des recherches de Winnicott. Comme nous l’avons souligné, Quélin Souligoux met en relation la malléabilité première de l’environnement et la malléabilité de l’objet de médiation, afin qu’il devienne un véritable support des processus de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Les conséquences des « défaillances premières » de l’environnement peuvent être décrites à partir de la relation qui va s’installer, pour un sujet, entre sa réalité psychique (le désir inconscient) et la réalité externe ; une relation à l’intérieur de laquelle l’omnipotence d’un côté, et le retrait total de l’autre, seraient les deux pôles opposés. Ces « défaillances premières » auraient partie liée avec la malléabilité que l’enfant a pu expérimenter dans ses premières relations avec l’environnement, afin de pouvoir établir un contact satisfaisant avec la réalité externe (c’est à dire qu’il ne ressent pas le besoin de la fuir ou d’y faire régner la toute-puissance de ses désirs, ni d’y adhérer au point de nier sa réalité psychique).</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>La relation entre le thérapeute et l’objet de médiation : la « bonne distance »</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un autre point essentiel de l’article concerne la relation entre le thérapeute et l’objet de médiation. Celui-ci est discuté dans la seconde partie de l’article intitulée « Place de la médiation dans le dispositif groupal thérapeutique ».</p>
<p style="text-align: justify;">« […] l’adulte doit être à la fois intéressé et assez détaché pour pouvoir laisser le médiateur être support du processus primaire le temps nécessaire, tout en faisant advenir le processus secondaire en amenant à dire ou à faire des choses sans pour autant insister ou diriger, ce qui ferait tomber dans l’attitude pédagogique et abandonner ainsi la référence à un cadre psychanalytique. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce point me paraît en effet essentiel. L’attitude pédagogique envers l’objet de médiation est un versant qu’il faut éviter. Le thérapeute doit donc lui aussi naviguer dans sa propre relation au médiateur, en faisant des allers-retours entre son propre vécu au sein du groupe et ses interventions visant à favoriser la symbolisation de ce vécu.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est aussi pourquoi le choix de l’objet, ainsi que son investissement, doivent être au préalable questionnés.</p>
<p style="text-align: justify;">Son investissement par la thérapeute ne doit donc pas faire basculer le cadre psychothérapeutique vers un cadre trop pédagogique. La question de « la bonne distance » (« à la fois intéressé et assez détaché ») doit être une réelle préoccupation pour le thérapeute.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour continuer sur ce questionnement autour du jeu vidéo comme médiation, qui peut cependant être élargi à bien d’autres objets culturels. La spécificité du jeu vidéo étant que les discours médiatiques véhiculés sont particulièrement passionnés et ont fait de cet objet le support d’enjeux importants.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi un psychothérapeute/chercheur souhaitant étudier un objet comme les jeux vidéo dans ce type de cadre, une médiation psychothérapeutique, ne pourrait-il pas adopter une posture inconsciente qui consisterait, face aux discours négatifs, emprunts de panique moral, à défendre cet objet, et ainsi avoir du mal à « se détacher » de l’objet de médiation qui serait à la fois son objet de recherche ?</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être n’est-ce pas un problème en soi ? Mais il me semble alors que conserver une certaine ambivalence quant à cet objet de médiation, peut être un bon moyen pour continuer à prendre ses distances, et permettre de garder une attitude facilitatrice envers l’objet médiateur au sein de toute relation psychothérapeutique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Le choix du médiateur : un &laquo;&nbsp;objet représentationnel&nbsp;&raquo; ? Un objet partageable par un groupe ?</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le choix du médiateur, on retrouve évidemment les questions précédemment abordées autour de la malléabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">Si la possibilité d’un objet d’être un médiateur semble se situer dans la présence de certaines qualités qui font de lui un objet  possiblement transformable, « détournable » de son usage, pour être alors le support d’une mise en relation entre différents sujets, mais aussi une sorte d’interface entre la réalité psychique de chacun d’eux, et la réalité externe, il semble nécessaire de réfléchir sur les qualités de l’objet, en fonction également des possibilités des sujets.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, on doit d’une part prendre en compte les capacités de symbolisation de ces sujets, ainsi que leurs entraves, et d’autre part, anticiper autant que faire se peut sur la rencontre entre ces sujets et l’objet médiateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais comment anticiper cette rencontre ? Et est-ce possible ?</p>
<p style="text-align: justify;">La question m’apparait aujourd’hui pouvoir se déplacer pour porter alors sur les caractéristiques représentationnelles de l’objet médiateur choisi.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on part du principe que les caractéristiques d’un objet médiateur doivent pouvoir soutenir la symbolisation au sein d’un groupe, constitué de sujets, justement aux capacités de symbolisation entravées, devrait-on privilégier des objets culturels (comme par exemple le jeu vidéo) qui proposent des représentations visuelles, une narration, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Ou bien, devrait-on proposer des objets plus concrets, qui ne porteraient pas par exemple de représentations préalables, et dont l’usage, de ce fait, pourrait être plus aisément détourné ?</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, reprenant les indications de l’auteur, sur « la façon de présenter le médiateur », en relation avec la façon dont les enfants vont l’appréhender, je questionnerai les possibilités de l’usage de tel ou tel objet médiateur dans un contexte groupal.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, encore une fois, si l’on pose comme principe premier que, « l’effet groupal » que l’on cherche à favoriser et qui est censé permettre la mise en place d’un espace de symbolisation, comment présenter ou proposer tel ou tel objet médiateur comme le jeu vidéo, afin qu’il n’entrave pas précisément les processus de mise en place de ce groupe, alors que son usage pourrait induire peut-être de prime abord une utilisation solitaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">En tout cas, c’est l’utilisation la plus courante que les enfants connaissent. Et c’est peut-être là que réside aussi un intérêt, dans le fait de détourner justement cette utilisation, pour faire du jeu vidéo une situation ludique en groupe ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il semble que Leroux a proposé un dispositif matériellement conséquent, mais permettant justement de prendre en compte ce souci de ne pas entraver la mise en place du groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », Leroux décrit comment il a construit un « appareil de travail »<a href="#_ftn16">[16]</a>, pour contenir, tout en représentant, les processus inconscients, et surtout un lien de parole pour que le travail de symbolisation soit opérant. Le travail de groupe qu&#8217;il propose se fonde donc sur différents dispositifs pour tenter de construire cet « appareil de travail » :</p>
<p style="text-align: justify;">La technique du territoire<a href="#_ftn17">[17]</a> où chaque participant est « propriétaire » d&#8217;un matériel identique (la sauvegarde dans ce cas) qui définit son territoire par rapport au territoire commun (la sauvegarde du groupe) et au territoire des autres participants (leurs propres sauvegardes). Le choix du territoire (commun ou individuel) et sa gestion sont des indicateurs de la dynamique consciente et inconsciente de l&#8217;individu dans le groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">La technique du psychodrame psychanalytique de groupe pour l&#8217;alternance entre temps de jeu et temps de parole. La parole pouvant être introduite aussi pendant le jeu par la description faîte par le psychologue des actions entreprises par le joueur. Le bouton pause est aussi utilisé pour expliquer un moment clef du jeu. La parole du psychologue intervient alors pour faire lien entre le joueur et le reste du groupe, formant une cohésion de groupe autour d&#8217;un récit commun raconté par le thérapeute.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, le travail de médiation d&#8217;objet ; les jeux vidéo, comme tous les objets, « sont une exigence à la symbolisation » comme il l’écrit. Mais plus précisément, ils sont à la fois des objets concrets (manettes, consoles…) et subtils (images, musiques…). Et c’est en raison de ce métissage, que tente de cerner par ailleurs la notion de <em>gameplay</em>, que les jeux vidéo peuvent être « de bons candidats pour la médiation »<a href="#_ftn18">[18]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;enjeu de la mise en place de ce type d’ « appareil de travail » serait ainsi de pouvoir prendre en compte les processus groupaux et individuels au travers de l&#8217;utilisation du territoire, des investissements objectaux au sein du jeu (envers les personnages) et dans le groupe, du passage de processus primaires (l&#8217;acte en image) à la symbolisation par la parole (construction d&#8217;un récit fantasmatique à partir du matériel représentatif du jeu) et de la réflexivité du jeu sur le narcissisme du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Guy Gimenez, « Les objets de relation », in <em>Les processus psychiques de la médiation</em>, Sous la direction de Bernard Chouvier, Dunod, 20002, p.81.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Guy Gimenez, « Les objets de relation », in <em>Les processus psychiques de la médiation</em>, Sous la direction de Bernard Chouvier, Dunod, 20002, p.81.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 30. Il faudrait développer beaucoup plus ce point. Et s’interroger aussi en ce qui concerne cet objet transformationnel.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 30.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Marion Milner, <em>L&#8217;Inconscient et la peinture : Une approche psychanalytique du dessin chez l&#8217;enfant et l&#8217;adulte,</em> PUF, 1976.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 32.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 32 et 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Yann Leroux, « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », in <em>Adolescence</em>, 2009, 27, n°3.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 34.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 36.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> A partir de la notion d’ « appareil psychique groupal » développée par Kaës.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Privat et Quélin-Souligoux, <em>L’enfant en psychothérapie de groupe</em>, 2000, Dunod.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Yann Leroux, « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », in <em>Adolescence</em>, 2009, 27, n°3, p.703.</p>
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		<title>De « l’institution »</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Mar 2011 15:21:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Félix Guattari]]></category>
		<category><![CDATA[institution]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Oury]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[psychothérapie institutionnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Tosquelles]]></category>

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		<description><![CDATA[« N’avons-nous pas le devoir de rendre « habitables » ces lieux désertiques dans lesquels se sont égarés, souvent à jamais, ceux que nous nommons psychotiques ? », Jean Oury, "Psychothérapie institutionnelle : transfert et espace du dire" in L’information psychiatrique, 59, 3, 1983, 423.
Paris, le 18 mars 2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Paris, le 18 mars 2011.</p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Le « monde des normaux » et l’institution</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une patiente me croise, dans ce hall où les patients déambulent généralement à la recherche d’une cigarette, d’une conversation, d’un fauteuil où se poser. Elle me raconte son besoin de pouvoir participer à de simples discussions avec « des gens sains ». Elle me fait part de sa frustration à se sentir de plus en plus exclue du « monde des normaux », dit-elle, se sentant de son côté « de mieux en mieux ».</p>
<p style="text-align: justify;">Elle souhaite simplement parler, « avec des infirmières par exemple », mais pas n’importe quand, dans un autre cadre que celui du « soin » m&#8217;explique-t-elle. Elle veut sentir qu’on peut s’adresser à elle en tant que sujet, non pas quelqu’un à soigner, surtout pas, mais simplement comme à quelqu’un digne d’être écouté pour ce qu’elle a à dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Et il semble que là, en ce moment, cela lui paraît impossible.</p>
<p style="text-align: justify;">On ne se rend pas toujours compte à quel point toute une dynamique mise en jeu par l’établissement contribue à renvoyer une image à certains patients qui soit centrée principalement sur la fonction d’être-patient. Ces problématiques d’opposition d’être-enfermé/d’être-libre, mais également d’être-malade/d’être-sain, c’est bien évidemment le quotidien d’un hôpital psychiatrique. Et ce quotidien demanderait, à lui seul, d’être élaboré, c’est une entrée sur l’institution elle-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet exemple est un écho des débats actuels sur la notion de maladie mentale, sa progressive disparition du vocabulaire officiel, devant la peur d’une stigmatisation sociale des malades. La perspective anti-psychiatrique selon David Cooper et Ronald Laing par exemple, ou encore Franco Basaglia, tend parfois à nier la maladie mentale au profit de l’aliénation sociale, ou à faire de la première la conséquence de la seconde.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais elle a le mérite d’interroger souvent là où, « en temps normal », on ne le fait plus.</p>
<p style="text-align: justify;">Les effets de la logique d’un établissement psychiatrique sont en fait rarement interrogés, et il finit par se mettre en place des habitudes, des catégories et des schémas de pensées qui peuvent devenir mortifères.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce qu’une institution ? Et surtout Qu’est-ce qu’une institution soignante ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est le genre de questions qui mènent à Jean Oury et à la psychothérapie institutionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Afin d’approcher ce que peut signifier ce terme d’institution, il faut justement tout d’abord le distinguer de celui d’établissement. Ce qu’explique Jean Oury par ces mots : « Un hôpital, c’est d’abord un établissement. Il faut distinguer <em>établissement</em> et <em>institution</em>. L’établissement, c’est un bâtiment et un contrat passé avec l’Etat, un prix de journée, etc… […] L’institution, quand ça existe, c’est un travail, une stratégie pour éviter que le tas de gens fermente, comme un pot de confiture dont le couvercle a été mal fermé.<a href="#_ftn1">[1]</a> »</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>La psychothérapie institutionnelle</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les débuts de la psychothérapie institutionnelle, en quelques mots, c’est une histoire qui a trait à celle du mouvement désaliéniste, à celle du retour de personnel soignant, infirmiers et médecins, de la seconde guerre mondiale vers leur milieu de profession, et notamment des effets de leur passage, pour certains, en camps de concentration.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces souvenirs les ont sensibilisés aux  « situations-limites », et ont déterminé leur prise de position sur l’aspect concentrationnaire de l’hôpital à l’époque. La question du collectif et de sa mise en situation, est devenue alors plus qu’importante. Il faut imaginer qu’à l’époque les infirmiers psychiatriques (profession qui n’existe d’ailleurs plus aujourd’hui) tenaient plus du surveillant que du personnel soignant. L’idée du psychiatre allemand Hermann Simon commence alors à faire son chemin : pour soigner les malades, il faut avant tout soigner l’hôpital, autrement dit, effectuer un travail sur le milieu, lui-même potentiellement malade, afin qu’il ne soit pas nocif pour les patients.</p>
<p style="text-align: justify;">Citons Jean Oury : « on pourrait donc définir la psychothérapie institutionnelle, là où elle se développe, comme un ensemble de méthodes destinées à résister à tout ce qui est concentrationnaire. Concentrationnaire, c&#8217;est peut-être un mot déjà vieilli, on parlerait actuellement bien plus de ségrégation. Or, ces structures de ségrégation existent partout, de façon plus ou moins voilée. Tout entassement de gens, que ce soient des malades ou des enfants, dans n&#8217;importe quel lieu, développe, si on n’y prend pas garde, des structures oppressives. Simplement le fait d&#8217;être dans un collectif, avec une armature architecturale et conceptuelle vieux jeu. La psychothérapie institutionnelle, c&#8217;est peut-être la mise en place de moyens de toute espèce pour lutter, chaque jour, contre tout ce qui peut faire reverser l&#8217;ensemble du collectif vers une structure concentrationnaire ou ségrégative. »</p>
<p style="text-align: justify;">Félix Guattari, vieil ami de Jean Oury et participant actif du mouvement qui a pris son départ à l’hôpital de Saint Alban, où officiait le psychiatre catalan Tosquelles, définissait dans un entretien ce qu’était pour lui l’analyse institutionnelle : « ne pas vouloir limiter la psychanalyse à une relation entre deux personnes mais essayer d’utiliser l’apport de Freud dans d’autres domaines ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est aussi les travaux du frère de Jean Oury, Fernand Oury, dans le domaine de la pédagogie, ou encore des travaux autour de la mise en œuvre de l’architecture, et enfin à l’hôpital psychiatrique. Dans ce dernier domaine, on parlera de mouvement de psychothérapie institutionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Un des paris que fait la psychothérapie institutionnelle est d’accorder à tous les intervenants, du personnel s’occupant du nettoyage à celui qui s’occupe du soin, un potentiel soignant, un coefficient thérapeutique. Elle postule également comme nécessaire, une liberté totale de circulation au sein de l’établissement, et une mise en valeur de la vie quotidienne, chose éminemment complexe, pour tenter de créer quelque chose qui ne soit pas pathogène.</p>
<p style="text-align: justify;">L’analyse institutionnelle tente alors de lutter contre les résistances à l’œuvre au sein de l’établissement, résistances qui se situent le plus souvent du côté de l’imaginaire, comme les effets de la hiérarchie par exemple, mais ce sont aussi les clivages entre soignants et soignés, la passivité entretenue des patients etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut apprendre à développer ce style « d’écoute latérale » dont parle souvent Jean Oury. Comment, en ces temps de réduction drastique des moyens, entretenir « le désir-d’être-là », qui permet la présence d’un collectif ouvert et non d’une collectivité fermée. Un désir à placer au cœur de l’émergence du processus d’institutionnalisation d’un établissement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Jean OURY, Marie DEPUSSE, <em>A quelle heure passe le train</em>, conversations sur la folie, 2003, Calmann-Levy.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Etude sur le courant de recherche des interactions précoces – dernière partie</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=423</link>
		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=423#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 13 Mar 2011 12:39:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[interactions précoces]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[psychologie du développement]]></category>

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		<description><![CDATA[L’observation et l’analyse des interactions parents-bébé ont une histoire plutôt courte, moins de soixante ans. Largement investi par une partie de la psychanalyse, l’observation du très jeune enfant et la confrontation de celle-ci avec les théories issues des reconstructions au sein des cures n’a cependant pas manqué de produire des polémiques dans le milieu analytique. Je souhaitais faire un panorama de ces recherches afin de mieux s’y retrouver. Voici la seconde et dernière partie qui se penche sur les outils d'évaluation des interactions précoces.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Voyons à présent comment analyser la dynamique interactive</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>Afin d’analyser cette dynamique, il est nécessaire de la situer sur deux axes :</p>
<h2 style="text-align: justify;">L’analyse transversale</h2>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup de travaux minutieux utilisant des techniques micro-analytiques ont mis en évidence une structure temporelle microscopique de l’ordre de la fraction de seconde impossible à saisir dans une observation directe, qui, quant à elle, avait dégagé les aspects macroscopiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Au sein des structures dites microscopiques, on a pu donc observé des cycles d’attention-retrait. Le retrait de l’enfant est un besoin qui correspond chez lui à la mise en place de système d’auto-régulation lui évitant toute stimulation excessive. C’est l’apprentissage de son propre contrôle homéostatique décrit par Brazelton, qui doit être soutenu par les parents : « Le travail des parents, c’est d’apprendre comment maintenir l’attention du bébé, comment réduire leur propre input afin de ne pas submerger le délicat équilibre de l’enfant et comment accorder leurs propres réponses comportementales au seuil individuel particulier de leur bébé. »<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est la découverte du registre optimal d’attention et d’éveil pour l’apparition des comportements sociaux. Dans cette optique transversale, nous avons déjà cité par exemple D. Stern qui a décrit la structure temporelle des interactions mère-nourrisson dans la situation dite de jeu libre tant au niveau macro que microscopique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">L’analyse longitudinale</h2>
<p style="text-align: justify;">Ce type d’analyse se place dont dans l’optique d’une observation sur une durée plus longue afin d’observer les changements au cours du développement du nourrisson dans les premiers mois de sa vie.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce sujet, Brazelton décrit quatre stades de l’interaction mère-bébé qu’il désigne comme : l’apprentissage du « <em>contrôle homéostatique</em> » que nous avons déjà évoqué précédemment ; « <em>le prolongement de l’attention</em> » avec soutien de l’adulte soignant, c’est à dire la phase où la mère et l’enfant vont apprendre mutuellement et de plus en plus en profondeur à rentrer en communication sur une durée plus longue ; « <em>l’expérience des limites</em> » vers les troisième et quatrième mois, pendant lesquels « la mère et l’enfant apprennent à s’accorder à l’intensité de l’autre, à sa mesure dans le temps, à son rythme, à sa durée et à la forme de ses manifestations comportementales rythmiques »<a href="#_ftn2">[2]</a>, c’est le temps des jeux libres décrits par Stern ; et enfin « <em>l’émergence de l’autonomie</em> » vers les quatrième et cinquième mois où l’initiative du bébé quant aux interactions s’accroît, le bébé commence maintenant à « mener le jeu », stimulant son sens de compétence et de contrôle sur ce qui l’environne, tandis que la mère peut être un peu malmenée par cette poussée d’autonomie qu’elle peut interpréter comme une sorte de rejet à son égard.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">D’autres auteurs ont pu, comme M. Mahler étudié le développement des interactions sur une plus longue période et en rendre compte à l’aide du processus qu’elle nomme : séparation-individuation, « processus qui se définit comme l’acquisition du sentiment d’être à la fois séparé et en relation, véritable ‘naissance psychologique’ de l’être humain. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En conclusion, notons dans cette perspective longitudinale que l’on peut observer différents stades de développement, comme celui de « l’émergence de l’autonomie », qui vont être associés à un type de configuration particulier des interactions comportementales, affectives et fantasmatiques, à la fois chez l’enfant mais aussi chez la mère, qui, elle-même, doit s’adapter à cette évolution parfois non sans difficultés.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">L’évaluation au sein des interactions</h2>
<h3 style="text-align: justify;"><strong> </strong>Les différents modèles de l’interaction</h3>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons déjà laissé entendre, nous voulions nous centrer ici sur le modèle qui tente d’intégrer les trois niveaux d’intégration, contrairement à d’autres modèles, plus anciens, qui ne prennent en compte que les aspects comportementaux et affectifs.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce titre, citons par exemple celui de Bell au sein duquel deux systèmes interactifs sont différenciés : le système de soin qui protège et fait vivre l’enfant et les interactions sociales qui désignent les comportements des parents et des enfants s’influençant réciproquement. Ou encore le modèle de « régulation mutuelle » de Tronick et Gianino (1986) qui distingue le système d’autorégulation du nourrisson dont nous avons parlé et le système qui fait appel à l’environnement externe, du fait de l’immaturité du nourrisson.<a href="#_ftn4">[4]</a> Les deux auteurs mettent l’accent sur l’expérience de « réparation » répétée suscitant la représentation d’une interaction comme réparable que l’enfant va pouvoir acquérir, contrairement à des enfants de mères déprimées par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous sommes donc plus enclins à penser avec Lamour que le modèle intégratif des trois niveaux permet d’accéder au « pourquoi » et de dépasser le niveau descriptif en s’intéressant également aux significations qui vont être véhiculées par les interactions comportementales (« l’introduction des interactions fantasmatiques charge de sens les interactions comportementales. »<a href="#_ftn5">[5]</a>), qui elles-mêmes vont en retour réactiver certains fantasmes et susciter des affects. Cela rejoint ce que Brazelton et Berry appellent les « scénarios imaginaires » introduits par les parents et alimentées par les contributions du bébé.<a href="#_ftn6">[6]</a> Ce modèle nous semble effectivement plus intéressant pour saisir quelque chose autour de la naissance à la vie psychique du nourrisson au sein de cette dynamique interactive.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Différents outils d’évaluation des interactions</h2>
<p style="text-align: justify;">Depuis une vingtaine d’années, des échelles d’évaluations des interactions ont été mises au point. En voici cinq pour exemples :</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>1- Le Guide pour l’Evaluation du Dialogue Adulte-Nourrisson : le GEDAN</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il a été élaboré par Y. de Rotten et E. Fivaz-Depeursinge en 1992, pour des situations de dialogue en face-à-face, que l’on va filmer, pour des nourrissons de cinq à six semaines jusqu’à trois mois, mais il peut être adapté pour des situations du type repas ou change, et ce, jusqu’à six mois. Destiné à des chercheur-cliniciens ou à la formation à l’observation en clinique, cet outil a été élaboré à partir d’un travail de recherche d’inspiration systémique, sur le dialogue entre nourrisson et adulte dans la famille.</p>
<p style="text-align: justify;">Un premier niveau a été travaillé micro-analytiquement afin de préciser la structure et la dynamique des interactions : sur le plan du contact corporel, des interactions visuo-faciales et expressives et des « miscoordinations » qui se rapprochent de ce que l’on a déjà désigné comme des interactions non contingentes. Un retour à l’observation en temps réel leur a permis d’exploiter ces résultats micro-analytiques et d’aboutir à un diagnostic de l’interaction selon trois modes :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">1-      « consensuel », lorsque le dialogue est non seulement réalisable, mais réalisé</p>
<p style="text-align: justify;">2-      « conflictuel », lorsqu’il est réalisable mais pas réalisé (l’enfant refuse de s’engager)</p>
<p style="text-align: justify;">3-      « paradoxal », lorsque le dialogue n’est ni réalisé, ni réalisable. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’analyse de la vidéo se fait en quatre étapes au cours desquelles les impressions subjectives seront recueillies, l’organisation globale du dialogue sera codé selon le guide, les structures épisodiques (« Un épisode est défini comme une configuration dyadique maintenue par une certaine période. »<a href="#_ftn8">[8]</a>) c’est à dire l’aspect cyclique des interactions, seront évaluées et enfin une synthèse de l’évaluation centrée sur la dyade, l’adulte et l’enfant sera faîte.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>2- La grille d’évaluation des interactions précoces de Bobigny</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Très simple à mettre en œuvre, elle est utilisée dans les unités d’hospitalisation mère-enfants et dans les consultations de nourrissons en PMI et ne nécessite pas d’enregistrement vidéo. « Elle permet un screening portant sur le développement psychologique et somatique de l’enfant (examen physique général, neurologique et moteur), les grandes fonctions (alimentation, sommeil) ainsi que les interactions. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Trois grilles sont disponibles suivant l’âge de l’enfant : deux à trois mois ; onze à treize mois ; deux à trois ans. Les interactions mère-nourrisson sont observées avant l’examen physique et sont réparties en quatre dimensions donnant lieu à une évaluation des échanges du type excessifs, dans la moyenne, rares, absents :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">-          Les interactions corporelles du côté du bébé et du côté de la maman.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Les interactions visuelles du côté du bébé et du côté de la maman.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Les interactions vocales du côté du bébé et du côté de la maman.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Les sourires du côté du bébé et du côté de la maman.</p>
<p style="text-align: justify;">Sont explorés également quatre caractéristiques : l’initiateur des échanges, la réciprocité, la continuité, et la tonalité affective des échanges.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, les interactions père-nourrisson sont évalués à partir du discours de la mère (La mère parle-t-elle spontanément du père ? etc…) et directement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>3- Le CARE-Index</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cet outil a été élaboré par Crittenden P. dans la lignée des travaux de M. Ainsworth. Il se présente sous la forme d’une échelle qualifiant l’attitude du partenaire envers l’autre, censée repérée les dysfonctionnements maternels depuis la naissance jusqu’à deux ans.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une situation de jeu entre l’adulte et le bébé est enregistrée puis codée et analysée. L’échelle évalue sept axes de comportements interactifs : les expressions faciales ; vocales ; la position et le contact corporel ; l’expression de l’affect ; l’alternance à l’intérieur des séquences de jeu ; l’activité de contrôle et enfin le choix de l’activité en fonction de l’âge. Pour ces sept axes, il y a trois attitudes d’adulte possible : sensible, disponible, attentif ; contrôlante ; non disponible.</p>
<p style="text-align: justify;">Et enfin, les réponses de l’enfant sont regroupées dans les quatre catégories suivantes : coopérant ; opposant ; compulsivement complaisant ; passif.</p>
<p style="text-align: justify;">« Les résultats de cette échelle sont fortement corrélés avec les patterns d’attachement obtenus à l’issu de la ‘situation étrange’. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>4- Les notations globales des interactions mère-bébé à deux et quatre mois</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cet outil mis au point par une équipe anglaise (Fiori-Cowley A., Murray L., Gunning M.) se base sur une situation standardisée de jeu en face-à-face mère-enfant, en laboratoire ou à domicile enregistrée en vidéo, avec des nourrissons de deux à six mois. Les items de l’outil se regroupent en trois échelles :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">-          l’échelle maternelle se subdivise en comportement maternel, difficultés d’interagir (d’intrusive à distante), et signes de dépression</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’échelle du bébé se subdivise en comportement du bébé et en difficultés d’interagir (de retiré et passif à râleur et irritable)</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’échelle des interactions.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>5- L’échelle d’évaluation du comportement néonatal de Brazelton : le BNBAS</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette échelle « a été établie pour saisir les réactions comportementales du nouveau-né à son nouvel environnement »<a href="#_ftn11">[11]</a> dans le contexte des états de conscience.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet outil est un des plus anciens, la première version date de 1973, et a été régulièrement remanié. (La dernière version date de 1995). C’est également un des plus complets, d’où sa large diffusion. Il s’applique sur des nourrissons depuis la naissance jusqu’au premier mois, de préférence le troisième jour de vie, donc principalement dans des services de maternité ou de néonatalogie. Cette échelle évalue plus que les interactions. L’évaluation du bébé concerne ses réactions aux stimuli sonores, visuels et moteurs, ses réflexes ainsi que son tonus. Les six états de vigilance sont pris en compte dans l’examen sachant que l’état quatre est celui qui permet l’évaluation des interactions. « L’enfant n’est pas évalué seul, mais comme un participant actif dans une situation dynamique. »<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« L’examen se déroule dans un ordre précis, il débute par les items d’habituation », puis c’est au tour des réflexes et du tonus, « il est ensuite pris dans le creux des bras puis contre l’épaule de l’examinateur pour observer sa ‘câlinité’. C’est alors que l’on procède aux items d’orientation et d’interaction »<a href="#_ftn13">[13]</a>. L’examen se termine par l’évaluation d’items moins agréables pour le bébé comme le réflexe de Moro. On peut regrouper les items en sept groupes :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">-          l’habituation</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’orientation-interaction</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’organisation motrice et la tonicité</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’organisation des états d’éveil</p>
<p style="text-align: justify;">-          la régulation des états d’éveil</p>
<p style="text-align: justify;">-          la stabilité du système nerveux autonome</p>
<p style="text-align: justify;">-          les réflexes</p>
<p style="text-align: justify;">Ce test a un intérêt clinique, outre l’évaluation proprement dite du nourrisson. En effet, il peut être la base d’un dialogue avec les parents dans le but de les aider à mieux comprendre leur bébé en tant que sujet, à l’identifier en tant qu’un bébé singulier avec ses particularités et éventuellement ses difficultés.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela peut aller du bébé excessivement calme, ne se manifestant que très peu, qui peut devenir source d’inquiétude pour les parents ou leur rendre la tâche difficile quant à le nourrir et le soigner, au bébé hypersensible réagissant fortement aux stimuli qui peut confronter d’une manière les parents à la difficulté de le comprendre au risque que ces derniers se sentent coupables de ne pas y arriver.</p>
<p style="text-align: justify;">Stoléru et Lebovici recensent à ce sujet des études concernant les différences individuelles entre les nouveau-nés qui vont, en plus des caractéristiques physiques, également affecter les représentations des parents, et donc jouer un rôle non négligeable dans la mise en place des interactions. Il existerait ainsi des différences notables pour « l’irritabilité », la « consolabilité », la capacité du bébé à s’apaiser de lui-même, la labilité de ses états de vigilance, son activité motrice, etc …<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">« Le meilleur usage que l’on puisse en faire n’est pas obligatoirement celui du test, mais celui d’un moyen pour démontrer aux parents le comportement du nouveau-né, afin que ceux-là puissent mieux comprendre, dès le début, et le bébé et leur propre tâche. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p.143</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p.146</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Lamour M. &amp; Lebovici S., « Les interactions du nourrisson avec ses partenaires : évaluation et modes d’abord préventifs et thérapeutiques », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em> n°34, 1, 1991, p.203</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Lamour M. &amp; Lebovici S., « Les interactions du nourrisson avec ses partenaires : évaluation et modes d’abord préventifs et thérapeutiques », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em> n°34, 1, 1991, p.209</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> <em>ibid.</em>, p.210</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p.163</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> de Roten Y., Fivaz-Depeursinge E., « Un guide pour l’évaluation du dialogue adulte-nourrisson (GEDAN) », in Psychiatrie de l’enfant, n°35, 1, 1992, p.159</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Glatigny-Dallay E., Lacaze I., Loustau N., Paulais J.-Y., Sutter A.-L., « Evaluation des interactions précoces », in <em>Annales Médico Psychologiques </em> n°163, 2005, p.537</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> <em>ibid.</em>, p.537</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Glatigny-Dallay E., Lacaze I., Loustau N., Paulais J.-Y., Sutter A.-L., « Evaluation des interactions précoces », in <em>Annales Médico Psychologiques </em> n°163, 2005, p.538</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p.93</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> <em>ibid.</em>, p.93</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Glatigny-Dallay E., Lacaze I., Loustau N., Paulais J.-Y., Sutter A.-L., « Evaluation des interactions précoces », in <em>Annales Médico Psychologiques </em> n°163, 2005, p.540</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Lebovici S. &amp; Stoléru S., <em>La nourrisson, la mère et le psychanalyste &#8211; les interactions précoces-</em>, Bayard 1994, p.115</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p.97</p>
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		<title>Etude sur le courant de recherche des interactions précoces &#8211; première partie</title>
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		<pubDate>Sun, 13 Mar 2011 11:23:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[interactions précoces]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[psychologie du développement]]></category>

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		<description><![CDATA[L’observation et l’analyse des interactions parents-bébé ont une histoire plutôt courte, moins de soixante ans. Largement investi par une partie de la psychanalyse, l’observation du très jeune enfant et la confrontation de celle-ci avec les théories issues des reconstructions au sein des cures n’a cependant pas manqué de produire des polémiques dans le milieu analytique. Je souhaitais faire un panorama de ces recherches afin de mieux s'y retrouver. Voici la première partie.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Historique du courant de recherche sur les interactions précoces</h2>
<p style="text-align: justify;">L’observation et l’analyse des interactions parents-bébé ont une histoire plutôt courte, moins de soixante ans. Ce courant de recherche a été particulièrement fécond, tant d’un point de vue clinique, dans une visée préventive, que d’un point de vue théorique. Largement investi par une partie de la psychanalyse, l’observation du très jeune enfant et la confrontation de celle-ci avec les théories issues des reconstructions au sein des cures n’a cependant pas manqué de produire des polémiques dans le milieu analytique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous allons dans un premier temps retracer les grandes étapes de ces recherches. On peut dire que c’est la convergence de plusieurs points de vue et la volonté de certains de les intégrer qui a finalement fondé ce type de recherches. Le nourrisson est devenu, selon l’expression de Serge Lebovici, le sujet exemplaire d’un « approche transdisciplinaire ». L’apport de la psychanalyse, on l’a dit, a été essentiel. Freud s’était en effet déjà intéressé à cette question des origines, et notamment celle des toutes premières représentations. Ce fut la théorie de l’étayage (Grossièrement, les origines des liens d’attachement de l’enfant à l’adulte soignant étaient conçues comme s’enracinant dans les expériences de satisfaction des besoins physiologiques tel que le nourrissage). De Sandor Ferenczi à Karl Abraham, en passant par Mélanie Klein, on trouve des tentatives dans la théorie psychanalytique de relier les débuts de la vie psychique à la biologie et de reconstruire ainsi les bases de ce que l’on nomme la construction de l’objet interne chez l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que les premiers travaux d’Ernst Kris et d’Anna Freud mettent l’accent sur l’importance de l’observation directe de l’enfant, en parallèle de l’analyse de la mère. Lebovici et Stoléru parlent avec A. Freud des débuts d’une « psychologie psychanalytique du développement »<a href="#_ftn1">[1]</a> et relèvent que celle-ci accorde aux parents un rôle direct dans le développement du nourrisson par les modifications de leurs attitudes en corrélation avec le nouveau-né. Ce seront les travaux de Margaret Mahler, mais surtout ceux de René Spitz, qui établiront les modèles théoriques les plus féconds. Ce dernier n’a cependant pas observé le bébé en interaction avec sa mère, et a posé le concept de privation de la relation avec l’objet maternel plus que celui d’interaction. Citons enfin le travail de D.W. Winnicott qui a aussi affirmé que les bébés doivent être étudiés avec leur mère. « Pour lui, la nourriture n’était qu’un domaine important de l’interaction parmi d’autres. Il a mis en valeur l’importance de l’expérience de la réciprocité entre bébé et mère. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">A ce stade de l’histoire, il faut citer les travaux importants de deux autres courants très importants. Ceux qui se sont développés en éthologie, avec à l’origine ceux de K. Lorenz<a href="#_ftn3">[3]</a> autour de la phase critique, l’empreinte et les mécanismes déclencheurs innés : le fait que « les comportements programmés du jeune sont déclenchés par la présence spécifique d’un objet dans son entourage »<a href="#_ftn4">[4]</a>, et ceux de Tinbergen<a href="#_ftn5">[5]</a> autour des mécanismes internes de déclenchement de ces comportements dont l’objet ne serait pas nécessairement spécifique, un leurre pouvant opérer.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais aussi les approches qui ont été fécondées par la première cybernétique de Wiener et McCulloch, pour ne citer qu’eux, lors des fameuses « conférences Macy »<a href="#_ftn6">[6]</a>. La cybernétique, en passant par l’école de Palo Alto, avec Margaret Mead, Gregory Bateson et Paul Watzlawick, aboutit à ce que l’on nomme aujourd’hui l’approche systémique. Cette approche, centrée notamment sur l’étude de la communication, a fortement popularisé le concept d’interaction en promouvant un autre type de causalité désignée comme circulaire, transactionnelle et rétroactive ; le concept d’homéostasie d’origine biologique (introduit par W. B. Cannon) ; celui de système, composé d’éléments (dont la somme est bien évidemment plus que le tout) ne pouvant être décrits qu’en fonction de la totalité du système et qui sont eux-mêmes interactifs, car leur expression influence celles des autres qui les modifient rétroactivement.<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, citons les travaux issus de la psychologie expérimentale qui ont contribué d’une part à expliquer les interactions précoces avec les concepts d’imitation, de conditionnement positif et négatif mais aussi de renforcement, et d’autre part à mettre en évidence chez le bébé des compétences très précoces perceptives et cognitives ainsi que celles qui lui permettent d’interagir avec autrui.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est donc à ce carrefour, où les avancées théoriques, mais aussi et surtout méthodologiques (la place de l’observation est centrale, ainsi que celle de l’expérimentation), furent nombreuses, que l’œuvre de J. Bolwby se situe, en essayant d’intégrer les apports de la psychanalyse, de l’éthologie, de la cybernétique et des travaux sur le développement précoce du bébé, notamment ceux de Piaget. Bowlby, frappé par les travaux de H. Harlow sur les singes (qui remettent déjà en cause la perspective psychanalytique de l’étayage sur la satisfaction des besoins oraux), construira le paradigme de l’attachement pour définir la nature des liens qui unissent le bébé et sa mère. Il va l’ancrer sur une fonction biologique spécifique et sur la théorie de la néoténie, et ce faisant, remettre en question les modèles psychanalytiques en initiant un autre courant de recherche qui va s’intéresser à décrire les interactions sociales à partir de l’étude des comportements.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce titre, les recherches de l’éthologue Robert Hinde sont caractéristiques, et l’éthologie humaine par la suite, portée par H. Montagner par exemple, continuera d’explorer ce champ. M. Ainsworth, quant à elle, plus spécifiquement dans la lignée de Bowlby, prolongera la réflexion de ce dernier et formalisera les hypothèses de ce dernier sur les différentes modalités d’attachement à partir du fameux paradigme de la « Strange situation » pendant laquelle on observe les interactions de l’enfant amené à être séparé pendant quelques minutes de sa mère, pendant l’absence de cette dernière, et enfin pendant les retrouvailles. On peut citer également M. Main qui sera à l’initiative du AAI (Adult Attachement Interview), permettant d’établir une corrélation entre le discours des parents et le sentiment d’attachement des enfants, Tronick et Cohn qui mettront au point le paradigme expérimental du visage impassible (« Still face ») étudiant les comportements séquentiels du bébé en réaction à leur mère à qui l’on a demandé d’avoir une attitude de non-réponse aux sollicitations de ce dernier, et enfin A. Corboz-Warnery et E. Fivaz-Depeursinge qui ont mis au point une situation d’observation systématisée de la triade bébé-mère-père.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour conclure, notons que les neurosciences vont également venir enrichir ce nouveau courant d’observation et « démontrer les liens directs entre le développement du cerveau et les compétences du nouveau-né dont la description enrichit le répertoire des cognitions du bébé. Ces descriptions conduisent au riche catalogue des interactions essentiellement comportementales. »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Les compétences et les états de conscience du nourrisson</h2>
<p style="text-align: justify;">Avant de détailler ce que l’on désigne par interactions précoces, il nous faut revenir sur l’un des partenaires de l’interaction sur lequel beaucoup de recherches de ces trois dernières décennies années ont porté, modifiant ainsi radicalement sa conception, à savoir celle du bébé.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux points qui nous intéresseront pour l’étude des interactions sont le développement de ses compétences, et leur expression au travers des états de conscience. Ces états de vigilance apparaissent comme un véritable système régulateur de base plus ou moins à disposition du nourrisson.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Les compétences précoces du nourrisson</h2>
<p style="text-align: justify;">Les compétences que J. Cosnier définit comme « les aptitudes potentielles d’un système à capter et à intégrer l’information et à émettre lui-même des signaux ou à réaliser des comportements (des ‘performances’). L’information, ou le ‘stimulus’, ou le signal révéleront donc la compétence latente, mais le contraire n’est pas vrai : une compétence peut, en l’absence d’un milieu adéquat, rester muette. »<a href="#_ftn9">[9]</a> Et l’on sait aujourd’hui que « l’ordonnancement génétique de l’organisation commence dès cette période et se poursuit sans trêve après la naissance, sans que cet événement ne vienne vraiment modifier le cours de son évolution »<a href="#_ftn10">[10]</a>. Il existe ainsi des compétences fœtales qui s’expriment dans le goût et l’audition. On répertorie habituellement les compétences sensorielles du nouveau-né en :</p>
<p style="text-align: justify;">-          capacités visuelles</p>
<p style="text-align: justify;">-          capacités auditives</p>
<p style="text-align: justify;">-          capacités olfactives</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi que des compétences motrices et sociales (capacité à imiter autrui et à entrer dans ce que l’on désigne comme la synchronie interactionnelle).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais ces compétences ne peuvent apparaître dans n’importe quelle circonstance : « leur expression dépend étroitement de l’état de vigilance dans lequel se trouve le bébé. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<h2 style="text-align: justify;">Les états de vigilance ou états de conscience</h2>
<p style="text-align: justify;">Ces six états ont été décrits par Wolff (1959 ; 1966). Ils sont un élément primordial dans l’examen du comportement car toutes les réactions du bébé à toute stimulation dépendent de son état de vigilance au moment du stimulus. « Ces états sont le contexte nécessaire à la compréhension des réactions du nouveau-né. Selon l’état où se trouve le nouveau-né, la stimulation est ou n’est pas appropriée. »<a href="#_ftn12">[12]</a> Ce sont :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">1-      Le sommeil profond</p>
<p style="text-align: justify;">2-      Le sommeil rapide ou paradoxal</p>
<p style="text-align: justify;">3-      L’état intermédiaire</p>
<p style="text-align: justify;">4-      L’état de réveil alerte : c’est l’était d’éveil calme et attentif, l’état 4, celui où le bébé est disponible pour l’interaction dont les intervalles vont aller grandissant.</p>
<p style="text-align: justify;">5-      L’état alerte mais furieux</p>
<p style="text-align: justify;">6-      Les pleurs</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut noter que le bébé exerce un contrôle sur ses niveaux de vigilance, qu’il peut utiliser aussi à des fins défensives en réponse à des stimuli excessifs. Ainsi ce que l’on nomme l’habituation, souvent utilisée dans les expérimentations en psychologie afin de déterminer par exemple les possibilités de discrimination ou de catégorisation des nouveau-nés, est « une réaction protectrice, une fermeture du système nerveux devant une stimulation excessive de l’extérieur. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les réactions des nourrissons et l’ampleur de leur réponse tendent à diminuer devant la répétition d’un même stimulus : « Chez le sujet humain, l’habituation à des stimulations sensorielles est interprétée en termes cognitifs : une trace en mémoire se construit qui, à chaque essai, est comparée au stimulus ; quand trace et stimulus coïncident le sujet est habitué, et l’intensité de la réponse décroît jusqu’à une valeur de plancher. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">La dynamique des interactions précoces et les modalités de leur observation</h2>
<p style="text-align: justify;">Comme le souligne J. Cosnier, « insister sur le fait que le nouveau-né est compétent, ne veut pas dire que le milieu est sans importance pour lui, mais au contraire cela souligne qu’il lui est sensible dès sa naissance et qu’il est donc prêt très précocement à établir avec lui des relations transactionnelles. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Aussi, le mot est lâché, afin de décrire ce processus dynamique d’adaptation mutuelle, nous nous réfèrerons à la théorie transactionnelle ou interactionnelle, qui définit un enchaînement complexe de processus bidirectionnels qui vont se développer en spirale : la fameuse <em>spirale transactionnelle</em> selon Escalona. A une époque, seul l’aspect quantitatif semblait intéresser les chercheurs; ces derniers, fidèles à un certain idéal scientifique, s’efforçaient de circonscrire leurs études aux aspects mesurables tandis que les cliniciens se réservaient l’aspect qualitatif du comportement et les « nuances plus profondes de significations qui échappent aux tentatives de quantification. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette division n’est plus aujourd’hui de mise. Les observations de plus en plus fines du comportement ont permis des avancées énormes sur les compétences subtiles et très précoces du nourrisson, et on peut s’accorder sur le fait que « la quantification du comportement révèle des tendances et fournit une base pour la qualification du comportement. L’objectivation du comportement interactionnel séquentiel apporte un éclairage sur les relations de ‘cause à effet’ entre des partenaires et entre des éléments de comportement distincts. » « Enfin la quantification peut aider à interpréter les ‘intentions’ ou les ‘significations’. » <a href="#_ftn16">[16]</a> Les techniques d’observation micro-analytiques utilisant la vidéo ont permis par exemple, contrairement à l’œil nu, de pouvoir observer certains comportements jusque-là restés invisibles.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Au sein de cette spirale transactionnelle, plusieurs dimensions existent dont certaines sont plus accessibles à la mesure que d’autres. Lamour<a href="#_ftn17">[17]</a> distingue au sein des interactions parents-nourrisson trois modalités interactives :</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>- Les interactions comportementales :</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Elles sont définies comme « la manière dont le comportement de l’enfant et le comportement de la mère s’agencent l’un par rapport à l’autre » et cela, suivant trois registres :</p>
<p style="text-align: justify;">1-      <em>corporel</em> (Outre les contacts cutanés, les caresses, il y a la manière dont est tenu le bébé et dont il est manipulé ; l’ajustement tonico-postural : H. Wallon avait mis en évidence le lien entre le tonus et l&#8217;émotion, et soulignait son importance dans les interactions mère-nourrisson, il parlait d&#8217;une <em>relation tonico-affective que </em>J. de Ajuriaguerra reprendra en parlant de « <em>dialogue tonique »</em> et en mettant en exergue la fonction du tonus dans la communication inter-humaine).</p>
<p style="text-align: justify;">2-      <em>visuel</em> (Le regard mutuel et l’importance des temps de regard réciproque) et le <em>vocal</em> (Les cris et pleurs du bébé favorise le rapprochement entre mère et bébé, et ce que l’on nomme le « motherese » à savoir le langage de la mère avec sa prosodie particulière ainsi que son intonation chargée d’affects)<a href="#_ftn18">[18]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">3-      <em>les comportements de tendresse</em> étudiés par Ajuriaguerra et Casati et nommés comme : l’embrassement-étreinte, le baiser, les blottissements, les caresses. Ce sont donc les interactions réelles qui ont été étudiées principalement par les psychologues et l’éthologie humaine à l’aide de l’observation.</p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>- Les interactions affectives :</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Elles sont définies comme « l’influence réciproque de la vie émotionnelle du bébé et de celle de sa mère ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est en somme la tonalité affective générale de l’interaction. Cependant, comme le précise Lamour, elles « se ressentent mais ne se laissent pas facilement décrire, en raison peut-être de la difficulté des adultes de lier des affects archaïques du bébé à des représentations »<a href="#_ftn19">[19]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut observer également l’évolution de ce type d’interactions au travers de l’évolution du discours maternel : le contenu est principalement affectif jusque cinq-sept mois (la mère commente et donne du sens à l’état émotionnel de l’enfant) et devient plus informatif par la suite (commentaires sur l’activité du bébé et les évènements extérieurs).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Avec D. Stern, on parle d’harmonisation affective et « d’accordage affectif », permettant aux deux partenaires de partager leurs expériences émotionnelles. Celui-ci atteint son développement vers neuf mois, pour désigner une expérience subjective où « le partenaire reproduit la qualité des états affectifs de l’autre sur un autre canal sensori-moteur. »<a href="#_ftn20">[20]</a> L&#8217;accordage se produit donc par la mise en relation d&#8217;une conduite de l&#8217;adulte différente de celle de l&#8217;enfant : elle reprend un paramètre de l&#8217;expression émotionnelle de l&#8217;enfant mais elle ne reprend pas matériellement le comportement expressif de l&#8217;enfant, au contraire, elle le traduit dans une autre modalité de comportement.Cette conduite de traduction montre que d’un côté, l&#8217;adulte cherche à reprendre le comportement émotionnel de l&#8217;enfant, et du côté de l’enfant, elle lui permet de délier l&#8217;état émotionnel de son expression et de mettre au travail les formes d&#8217;expression de ses propres émotions.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enfin avec R.N. Emde ou encore les travaux de Campos et Feinman, on parle de référence sociale. A la fin de la première année (mais les expressions émotionnelles de l&#8217;adulte sont utilisées par l&#8217;enfant dès 9/10 mois), l&#8217;enfant devient capable d&#8217;utiliser l&#8217;expression émotionnelle d&#8217;autrui pour modifier son interprétation et, éventuellement, son action dans des situations ambiguës. Ainsi dès la fin de la première année, le bébé considère autrui comme éprouvant des états émotionnels et est capable d&#8217;utiliser l&#8217;expression d&#8217;autrui comme ressource pour sa propre activité interprétative et évaluative.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>- Les interactions fantasmatiques :</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Elles sont définies comme « l’influence réciproque de la vie psychique de la mère et de son bébé ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cette notion a été introduite par Kreisler et Cramer, ainsi que Lebovici, afin d’insister sur le fait que la vie mentale des deux partenaires était à prendre en compte si l’on voulait aborder de façon satisfaisante les autres dimensions des interactions. Les interactions fantasmatiques, en somme, donnent sens aux interactions comportementales et sont, à ce titre, indispensables en clinique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Outre ces trois dimensions, il nous faut terminer cette rapide présentation des interactions par certaines notions qui jouent un rôle important au sein de ces dernières et qui vont nous aider quant à voir plus clair dans ce qui s’y déroule.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">La rythmicité et la synchronie</h2>
<p style="text-align: justify;">En effet, dans ces premiers mois d’existence, le bébé est un organisme immature donc soumis à des exigences physiologiques qui sont difficiles à réguler seul. L’adulte doit être là pour l’y aider, et pour ce faire, il doit adapter son propre comportement à l’égard du rythme de l’enfant afin de « trouver les techniques qui aident le bébé à réduire ou à contrôler les réponses motrices qui pourraient interférer avec la capacité de faire attention. »<a href="#_ftn21">[21]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La synchronie interactionnelle a été particulièrement décrite par Condon et Sander. La notion fut empruntée aux études appliquées aux interactions conversationnelles entre adultes, et appliquée aux observations de la dyade mère-bébé qui révélèrent « une synchronisation très fine entre l’organisation des mouvements de l’enfant et l’émission parolière de l’adulte, et ceci dès les premiers jours de la vie. »<a href="#_ftn22">[22]</a></p>
<p style="text-align: justify;">D. Stern a également proposé le modèle de la valse pour décrire ce moment où « chacun des partenaires connaît les pas et la musique par cœur et peut donc évoluer exactement en même temps que l’autre. »<a href="#_ftn23">[23]</a> En effet, très tôt les bébés se forment des attentes et commencent à anticiper des évènements. C’est pourquoi le paradigme du conditionnement ne suffit plus. Si l’on associe à événement A (une pression du doigt à gauche sur son front), un événement B (une goutte d’eau sucrée du côté où il a reçu la pression), « ils ne se contentent pas de tourner la tête du bon côté, ils expriment de la détresse, lorsque B ne se réalise pas »<a href="#_ftn24">[24]</a>. J. Nadel va jusqu’à proposer alors à ce sujet l’hypothèse d’une capacité très précoce à traiter l’intentionnalité de la mère.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">La réciprocité</h2>
<p style="text-align: justify;">C’est une notion importante qui a permis de déplacer le regard des observateurs qui se centrait sur, soit la mère, soit le bébé. La focale a été mise sur le lien qui se met progressivement en place entre le comportement du nourrisson qui va donc être considéré comme communicatif et la réponse associée de la mère, puis <em>vice versa.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les points majeurs de cette notion concernent les questions suivantes : « Chaque partenaire perçoit-il les messages de l’autre ? En tient-il compte ? Comment les prend-il en compte et comment affectent-ils son propre comportement et ses propres attitudes ? »<a href="#_ftn25">[25]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est surtout grâce à certaines techniques d’observation micro-analytique employé notamment par Brazelton et son équipe que l’analyse très fine des comportements d’engagement  ou de retrait durant les interactions a pu être mise au point. Vinrent ensuite des situations plus expérimentales. En mettant précisément en cause cette réciprocité, on a pu mettre en évidence son rôle dans la dynamique interactionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est, au départ, le paradigme de Tronick et Cohn, que nous avons déjà cités (la « still face » ou le visage impassible) qui a fourni des observations importantes sur le fait que le bébé est d’une part à l’origine de sollicitations envers sa mère, par le regard, le sourire ou l’ébauche d’un geste, et d’autre part, qu’il est « capable de détecter des variations dans la qualité affective du comportement maternel. »<a href="#_ftn26">[26]</a> En effet, si sa mère ne répond pas à ses tentatives d’engager une interaction, (ce que fait la mère dans l’expérience de Tronick), il se retire et se renferme. Sur une période de temps plus longue, si ces tentatives de rentrer en contact avec la mère n’aboutissent jamais, elles cesseront définitivement.</p>
<p style="text-align: justify;">T. Field prolonge ce paradigme en l’appliquant à des mères déprimées et montre que les enfants de mères non-déprimées sont plus perturbés devant le changement affectif de leur mère et réajustent leur comportement face à celui-ci, tandis que les enfants de mères déprimées ne perçoivent quasiment plus le changement affectif qui peut se produire : ils ne sont devenus que très peu sensibles aux changements chez leur mère. « La réciprocité soutient donc fortement l’interaction »<a href="#_ftn27">[27]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, il faut citer les études de D. Stern sur les situations dites de « jeu libre » concernant des bébés de trois à quatre mois et leur mère. Ces situations n’ont d’autre but que l’intérêt et le plaisir mutuel, ou en termes expérimentaux : « le maintien mutuel d’un niveau d’attention et de vigilance à l’intérieur d’un intervalle optimal au sein duquel le bébé peut manifester des comportements de relation positifs tels que des sourires et des vocalisations »<a href="#_ftn28">[28]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Stern conçoit alors ce type de situation comme une structure hiérarchisée de quatre niveaux se décomposant en unités de comportement qui se combinent à chaque niveau pour former des unités plus grandes. Aux <em>actes élémentaires maternels</em> (vocalisations, gestes, sourires, …) répondent ou non une série d’actes du bébé. Au niveau supérieur, il désigne <em>des périodes d’attention visuelle mutuelle</em> qui décrivent, pour le bébé, une séquence où il observe une série d’actes maternels en maintenant son attention. Le troisième niveau sera celui des <em>jeux (games)</em> qui consistent « en une série d’épisodes d’attention mutuelle au cours desquelles l’adulte utilise de manière répétitive un ensemble de comportements avec seulement des variations mineures d’un épisode d’attention mutuelle à l’autre. »<a href="#_ftn29">[29]</a> Le dernier niveau sera celui de <em>la séquence totale de jeu (play period)</em> incluant des différentes séquences de jeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Au travers des descriptions de Stern se dessine ainsi une structure temporelle rythmique qui ne doit rien au hasard. Au niveau des actes élémentaires maternels, il décrit alors de véritables <em>phrases vocales </em>ou <em>kinétiques</em>, qui sont utilisées par la mère, mais aussi par le père, au cours d’épisodes ayant chacun un rythme particulier et propre à l’adulte.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">La contingence</h2>
<p style="text-align: justify;">Ce mot a été directement adapté de l’anglais « contingency » « et traduit l’adaptabilité réciproque dans les successions interactives. »<a href="#_ftn30">[30]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce concept englobe en quelque sorte le précédent et permet de qualifier le comportement des différents protagonistes : « C’est un concept synthétique, portant à la fois sur la perception des signaux, leur déchiffrage et l’adéquation des réponses. »<a href="#_ftn31">[31]</a> Il est donc très utile pour qualifier les interactions observées, qui deviendront harmonieuses dans le cas où la contingence domine.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Notons que dans cette optique, ce sera l’harmonie qui va devenir l’idéal de la relation avec l’enfant et il nous semble alors peut-être important de nuancer cette vision qui peut rapidement s’imposer. C’est ce qu’ont bien vu Tronick et Gianino, à notre avis, en faisant l’hypothèse que « l’expérience de réparation est un caractère permanent et essentiel de l’interaction. »<a href="#_ftn32">[32]</a> En effet, les interactions normales ne sont jamais complètement harmonieuses : 70% des interactions ne seraient pas contingentes selon Lamour, mais 34% des « erreurs » seraient corrigées dans le temps suivant de l’interaction.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous pensons que ces « erreurs » n’en sont peut-être pas, dans le sens où elles sont peut-être nécessaires afin d’introduire un espace où le bébé puisse faire l’expérience de ce non-ajustement, de cette dysharmonie, et que ces expériences participeraient à la construction de sa propre subjectivité. En somme, une certaine dialectique harmonie/dysharmonie serait nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour conclure, notons également avec Brazelton et Berry l’importance des états de conscience quant à la contingence des interactions : « jusqu’à l’accomplissement de l’homéostasie, tout signal peut devenir aussi bien une surcharge qu’une sollicitation. L’effet des signaux d’un parent est contingent sur l’état d’attention du bébé et sur ses besoins, tout comme les propres signaux du bébé. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Lebovici S. &amp; Stoléru S., <em>La nourrisson, la mère et le psychanalyste &#8211; les interactions précoces-</em>, Bayard 1994, p.27</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p.115</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Lorenz K., <em>L’agression, une histoire naturelle du mal</em>, Flammarion, 1969.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Lebovici S. &amp; Stoléru S., <em>La nourrisson, la mère et le psychanalyste &#8211; les interactions précoces-</em>, Bayard 1994, p.47</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Tinbergen N., <em>L’étude de l’instinct</em>, Payot, 1953.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> J.-P. Dupuy, <em>Aux origines des sciences cognitives</em>, La Découverte, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Lebovici S. &amp; Stoléru S., <em>La nourrisson, la mère et le psychanalyste &#8211; les interactions précoces-</em>, Bayard 1994, p.15</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Lamour M. &amp; Lebovici S., « Les interactions du nourrisson avec ses partenaires : évaluation et modes d’abord préventifs et thérapeutiques », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em> n°34, 1, 1991, p.177</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Cosnier J., « Observation directe des interactions précoces ou les bases de l’épigenèse interactionnelle », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em>, n°27, 1, 1981, p.109</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Lamour M. &amp; Lebovici S., « Les interactions du nourrisson avec ses partenaires : évaluation et modes d’abord préventifs et thérapeutiques », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em> n°34, 1, 1991, p.181</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> <em>ibid. </em> p.183</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p.84</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Pêcheux M.-G., « Les méthodes de la psychologie du développement », in <em>Psychologie du développement et psychologie différentielle</em>, nouveau cours de psychologie sous la direction de Ionescu et Blanchet, PUF, 2006, p.126</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Cosnier J., « Observation directe des interactions précoces ou les bases de l’épigenèse interactionnelle », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em>, n°27, 1, 1981, p.111</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p.121</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p.121</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Lamour M., <em>Stratégie adaptatives précoces : une approche interactive de la psychopathologie du nourrisson</em>, in « Le développement du nourrisson », p. 459</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Lamour M. &amp; Lebovici S., « Les interactions du nourrisson avec ses partenaires : évaluation et modes d’abord préventifs et thérapeutiques », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em> n°34, 1, 1991, p.192</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Lamour M. &amp; Lebovici S., « Les interactions du nourrisson avec ses partenaires : évaluation et modes d’abord préventifs et thérapeutiques », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em> n°34, 1, 1991, p.195</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> <em>ibid.</em>, p.196</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p.151</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Cosnier J., « Observation directe des interactions précoces ou les bases de l’épigenèse interactionnelle », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em>, n°27, 1, 1981, p.112</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Lamour M. &amp; Lebovici S., « Les interactions du nourrisson avec ses partenaires : évaluation et modes d’abord préventifs et thérapeutiques », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em> n°34, 1, 1991, p.202</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Nadel J<em>., L’humain version bébé</em>., in « Le développement du nourrisson », p. 355</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Lebovici S. &amp; Stoléru S., <em>La nourrisson, la mère et le psychanalyste &#8211; les interactions précoces-</em>, Bayard 1994, p.172</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Lamour M<em>., Stratégie adaptatives précoces : une approche interactive de la psychopathologie du nourrisson</em>, in « Le développement du nourrisson », p. 462</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Lamour M<em>., Stratégie adaptatives précoces : une approche interactive de la psychopathologie du nourrisson</em>, in « Le développement du nourrisson », p. 462</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Lebovici S. &amp; Stoléru S., <em>La nourrisson, la mère et le psychanalyste &#8211; les interactions précoces-</em>, Bayard 1994, p.179</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> <em>ibid.</em>, p.180</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Lamour M. &amp; Lebovici S., « Les interactions du nourrisson avec ses partenaires : évaluation et modes d’abord préventifs et thérapeutiques », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em> n°34, 1, 1991, p.212</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Lamour M<em>., Stratégie adaptatives précoces : une approche interactive de la psychopathologie du nourrisson</em>, in « Le développement du nourrisson », p. 462</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> <em>ibid.</em>, p. 463</p>
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		<title>Le choix du prénom ou la logique narcissique de l’Idéal du Moi : dernière partie</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Mar 2011 14:16:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Le choix du prénom est une étape, un moment incontournable dans ce que l’on peut appeler la préhistoire de l’enfant. Nous tentons ici de proposer une hypothèse qui placerait le concept d'Idéal du Moi chez Freud au coeur du choix du prénom d'un enfant. Nous examinerons d'autres textes sur thème, puis nous examinerons les limites de notre recherche, tout en soutenant l'intérêt de cette hypothèse pour la clinique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Synthèse des propositions et élaboration de l’hypothèse</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous allons à présent nous rappeler les propositions que nous avons dégagées au cours des quelques études de textes de Freud que nous avons effectuées dans le deux premières parties, afin de nous donner une définition de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Celle-ci nous permettra de construire une hypothèse concernant la détermination inconsciente du choix du prénom, précisément au regard de la logique de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Au travers de notre étude sur le narcissisme</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Avec  « le poète et l’activité de fantaisie » :</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Nous supposons avec Freud que le renoncement à une satisfaction éprouvée une fois est une chose difficile pour l’être humain. Aussi, cette satisfaction dont a bénéficié l’enfant dans cet état mythique que Freud a qualifié de narcissisme, ne va, en pratique, jamais être complètement abandonnée. Elle va donc être recherchée, et être supposée atteignable par d’autres voies, celle des idéaux et des activités qui vont tendre vers ces idéaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons retenu également que le choix d’un prénom relève de l’activité de fantaisie, de fantasmer et que cette activité, chez l’adulte, a des rapports étroits avec la honte.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Avec « Totem et Tabou » :</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que Freud montre au travers de la magie que la logique narcissique ne disparaît jamais complètement. Elle est d’ailleurs plus ou moins analogue, dans les cultures, à celle de l’animisme. En effet, elles accordent toutes deux une toute-puissance aux désirs humains. L’analogie entre l’animisme et le narcissisme montre ainsi que persiste, à peu près chez tout le monde, une croyance dans le fait que la réalité extérieure est censée se conformer aux souhaits, aux désirs des hommes, quel que soit leur degré de maturité et leur capacité de renoncement devant ce qu’impose la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons que cette logique narcissique, ce narcissisme intellectuel, peut être à l’œuvre dans le choix des parents par rapport aux effets supposés de tel ou tel prénom sur l’enfant ou sa destinée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Avec « Pour introduire le narcissisme »</strong> :</h3>
<p style="text-align: justify;">Si le narcissisme de la mère et du père, qui ne sont donc jamais complètement dépassés, sont sensibles, comme le fait remarquer Freud, au travers de l’attitude des parents envers leur enfant, l’Idéal du Moi de ces mêmes parents rentre en jeu également.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, ces parents sont des adultes dont le moi a subi un développement qui a abouti à l’émergence de cette instance qu’est l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette instance et ses fonctions ne sont certes pas encore complètement décrites par Freud en 1914. Et il faudra attendre presque dix ans pour que cela soit le cas.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir de l’étude de ce texte, ce que nous relevons, c’est tout d’abord la nature narcissique de l’investissement que peuvent porter les parents à la représentation de l’enfant qui se forme durant la grossesse et qui permet la construction de ce que l’on nomme l’enfant imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom est donc influencé à la fois par les remaniements narcissiques qui peuvent avoir lieu durant le temps de la grossesse, chez la mère et le père, mais également par l’Idéal du Moi qui vient également jouer là son rôle de modèle et de référence.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em><br />
</em></p>
<h2 style="text-align: justify;">Au travers de notre étude sur l’Idéal du Moi</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Avec « Pour introduire le narcissisme »</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">La renonciation totale à une satisfaction auparavant éprouvée étant posée par Freud comme impossible, la satisfaction narcissique sera dorénavant dévolue à la nouvelle notion d’Idéal du Moi. Ainsi on a d’un côté l’Idéal du Moi à atteindre, et de l’autre la conscience morale. Cet idéal est posé par Freud comme ayant été imposé de l’extérieur. Et la conscience morale est érigée quant à elle comme gardien qui observe et mesure l’écart entre le moi et son idéal ; cette mesure conditionnant le refoulement. La satisfaction proviendra désormais de la réalisation, de l’atteinte de cet idéal via les agissements du moi, mais elle sera toujours d’ordre narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin retenons que déjà cette distinction entre Idéal du Moi et conscience morale, ou conscience critique, s’efface de temps à autre devant l’idée d’un Idéal du Moi qui contiendrait les deux fonctions.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous supposons que pour que ce développement du moi puisse avoir lieu, il y a une sorte de convergence entre le fait que l’enfant se donne comme souhait, comme premier idéal, de devenir grand, le fait que ses premiers objets idéalisés (les adultes qui s’occupent de lui) vont également s’imposer à lui et éveiller, comme l’écrit Freud, son jugement. Un premier écart se creuse ainsi entre le Moi et son idéal. La satisfaction narcissique (celle de pouvoir se prendre soi-même comme son propre idéal) est ainsi déplacée vers ces premiers idéaux (le père, les parents, les grand-parents, qui cèderont la place ensuite aux différents éducateurs de l’enfant).</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Avec « Psychologie des masses et analyse du moi »</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avons essayé de décrire la relation entre l’enfant et ses parents, dans les deux  perspectives <em>l’enfant par rapport à ses parents</em> mais également <em>des parents par rapport à l’enfant</em>. Pour cela, nous avons essayé de dégager de ce texte ce que Freud a décrit des liens qui unissent le Moi, l’objet aimé et l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud s’était forgé un précieux outil avec l’identification du moi à l’objet perdu et un modèle pour le développement du Moi avec cette notion d’Idéal du Moi. Il lui restait en quelque sorte à articuler les deux. C’est ce qu’il fait dans ce texte.</p>
<p style="text-align: justify;">L’angoisse sociale, c’est-à-dire la crainte de perdre l’amour des parents ou des compagnons, bref de ses semblables, devient le moteur  de l’accomplissement de l’activité qui mène aux idéaux. Autrement dit, c’est le rôle des pairs qui viendront désormais juger, évaluer le Moi de l’individu, que décrit Freud. L’amour des semblables (l’amour qui a donc un lien originaire très fort avec le narcissisme) et son éventuelle disparition viennent en quelque sorte sanctionner les écarts du Moi individuel par rapport à un idéal, qui peut d’ailleurs devenir commun.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi de nombreux auteurs distinguent la honte de la culpabilité. Cette dernière est souvent rattachée à l’apparition du Surmoi. La transgression des règles édictées par le Surmoi est accompagnée de culpabilité. Tandis que la honte viendrait plutôt sanctionner l’échec à atteindre l’idéal. Serge Tisseron par exemple note que la honte désocialise tandis que la culpabilité socialise.<a href="#_ftn1">[1]</a> « La honte est un sentiment terrible parce que celui qui l’éprouve craint d’être définitivement exclu du groupe dont il fait partie. Il peut s’agir du groupe familial, mais aussi de toutes les familles de substitution, […], de l’humanité entière. »</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons également vu que Freud s’attaque une nouvelle fois à ce processus d’idéalisation dont le but est clairement exprimé : satisfaire le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons affiné notre description de la genèse de l’Idéal du Moi en nous arrêtant sur le processus d’idéalisation décrit par Freud. Ce processus qui permet de continuer à assurer la satisfaction narcissique de l’enfant en exaltant ses premiers objets et qui va donc concerner tout d’abord les parents de l’enfant. Les parents seront pourvus des possibilités et des perfections que le moi ne se sentira pas avoir et à l’aide de l’identification, ces premiers idéaux constitueront la base de l’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis nous avons repris notre interrogation concernant l’articulation du narcissisme et de l’Idéal du Moi côté parents durant la grossesse.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons repéré les liens qui unissent le Moi et son Idéal. : là où le Moi échoue à faire face devant la réalité, l’idéal du Moi peut réussir, et l’individu peut ainsi se satisfaire quand même. Il déplace les exigences de la réalité au sein de son Idéal. C’est pourquoi Freud peut également donner une définition de son concept : « l’idéal du moi englobe la somme de toutes les limitations auxquelles le moi doit se soumettre ».</p>
<p style="text-align: justify;">On a noté également que la description intra-psychique des relations entre les deux instances, Moi et Idéal du Moi, pouvait être rapprochée des relations parent-enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il a fallu pour cela nous attarder sur la façon dont Freud a décrit le processus d’idéalisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons effectivement vu que l’idéal du Moi permettait d’effectuer une sorte de tour de force. En effet, nous avons essayé d’articuler la fameuse formule de Freud, <em>l’objet s’est mis à la place de l’Idéal du Moi</em>, avec le fait qu’en tant qu’instance héritière du narcissisme, là où le Moi échouait à faire face à la réalité et à ses exigences, l’idéal du Moi pouvait réussir, et ainsi permettre à l’individu déçu ou blessé de se satisfaire quand même. Et il nous a semblé que c’était là une description intéressante des rapports amoureux qui peuvent s’instaurer entre des parents et leur enfant, dans le sens d’une identification du parent vers son enfant. Là où le parent pouvait avoir subi quelque échec dans sa vie, il pouvait se réjouir que son enfant réussisse.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette description de l’idéalisation permet d’ajouter au concept d’Idéal du Moi une fonction sociale, de rassembler les individus sur la base d’un objet. Et nous avons vu qu’une crainte motiverait ainsi les Moi individuels à s’identifier à un idéal du Moi collectif afin de ne pas perdre l’amour des semblables, et ainsi se sentir faire partie d’une communauté quelconque. L’idéal du Moi possède donc une fonction de surveillance, et ce qui en découle est cette crainte de perdre l’amour d’autrui (originellement des parents). Cela forme le moteur des activités qui tendent vers les idéaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour finir, et cela fait également suite à ce que nous avons déjà dit sur les relations entre le Moi et son Idéal, nous retiendrons les moments de triomphe qui sont suscités par la coïncidence entre les deux instances et qui sont donc d’ordre narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons imaginé que la venue d’un enfant ou le fait de devenir parent pouvait peut être engendrer ce type de situation, ou encore lorsque l’enfant était situé dans une famille comme objet capable devenir un Idéal du Moi collectif à cette famille.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comment pourrions-nous maintenant nous donner une définition de l’Idéal du Moi qui nous paraisse satisfaisante au regard de tout cela.</p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<h2 style="text-align: justify;">Une définition de l’Idéal du Moi</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’Idéal du Moi est une instance qui s’est détachée du Moi à la suite des critiques parentales à l’endroit de l’enfant et qui va permettre à l’enfant de quitter cette position d’où il était en mesure de se prendre lui-même comme idéal. Rappelons que de ce fait, la formation d’idéal est une sorte de défense contre la position perverse. On imagine donc que cette critique, qui deviendra la conscience morale, est première et que, en creusant un écart, elle va laisser la place à un premier objet qui va pouvoir être aimé et idéalisé.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Idéal du Moi s’est alors constitué à la fois d’objets idéalisés appartenant à l’histoire personnelle de l’individu et d’objets que l’on appellera collectifs, auxquels le Moi s’était identifié. Le processus qui va ainsi permettre le développement de cette instance est double. Il s’agit d’une part de l’idéalisation où l’objet aimé est exalté, traité comme le Moi propre du sujet et exempt de toute critique, et d’autre part de l’identification qui permet quant à elle d’opérer des transformations de cette partie du Moi sur la base de ces objets idéalisés. Notons que c’est grâce à l’idéalisation que la satisfaction narcissique est maintenue.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Idéal du Moi permet donc de maintenir cette satisfaction narcissique en direction du Moi de l’individu qui est lui-même soumis à des exigences de la réalité auxquelles il ne peut répondre. Ces exigences sont prises en charge par cette partie du Moi qu’est l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Le processus d’idéalisation suit ainsi ce que l’on a appelé la logique narcissique qui a la particularité de n’être que de l’ordre des représentations psychiques. Cette logique vient donc s’opposer à celle qui appartiendrait à une réalité extérieure, allant jusqu’à s’imposer devant cette dernière, et permettre la croyance dans le fait que la réalité extérieure est censée se conformer aux désirs des hommes, quel que soit leur capacité de renoncement devant ce qu’impose la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">La contrepartie de la prise en charge par l’Idéal du Moi des renoncements du Moi est que cette formation composite idéale devient un modèle, et soumet en retour le Moi actuel de l’individu à l’obligation de poursuivre des activités qui lui permettent de se rapprocher des objets idéalisés qui constituent la base de cet Idéal du Moi, sous peine de subir la crainte de perdre l’amour des parents, des éducateurs, bref de la cohorte des semblables.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette relation entre le Moi et l’Idéal du Moi sert par ailleurs à appréhender les situations les plus diverses, par exemple celles où un objet est aimé (ou investit narcissiquement par le Moi), ou encore celles où l’individu entretient des relations dans une communauté. Dans ces situations où le processus que l’on a nommé idéalisation sera mis en œuvre, l’objet idéalisé est alors mis à la place de l’Idéal du Moi de l’individu ce qui permet, entre autres, au Moi d’être à l’abri, au moins pendant un temps, des attentes et de la critique de son Idéal du Moi, et de recevoir en somme la satisfaction narcissique recherchée.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Analyse de textes autour de la question du choix du prénom</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc pu constater que Freud s’était intéressé à la question du nom propre dans <em>Totem et Tabou</em>. Arrêtons-nous sur un de ses disciples les plus éminents, Karl Abraham, qui a également écrit quelques observations à peu près à la même époque, mais sur le prénom cette fois.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis nous discuterons d’un ouvrage et d’un article du même auteur, Jean-Gabriel Offroy, qui nous semblent être représentatifs de ce que l’on peut trouver sur le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;"><em>La force déterminante du nom</em>, de Karl Abraham<a href="#_ftn2"><strong>[2]</strong></a></h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Karl Abraham a écrit une petite contribution sur les effets psychiques du nom et du prénom en 1912. « On observe fréquemment qu’un garçon portant le même prénom qu’un homme célèbre, s’efforce de l’imiter ou lui porte un intérêt particulier »<a href="#_ftn3">[3]</a>. Abraham s’intéresse donc plus particulièrement pourrait-on dire au signifié du prénom, à son sens. Il est vrai que le sens d’un prénom, comme nous avons pu le voir avec l’exemple du roman <em>Racines</em>, n’a plus du tout la même importance aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais plus largement, de ce point de vue, il nous semble que les quelques observations qu’Abraham livre dans ce court texte s’inscrivent dans ce que l’on a nommé avec Freud <em>le narcissisme intellectuel</em>, cette logique qui accorde une toute-puissance aux représentations, jusqu’à effectivement parfois modeler la réalité selon celles-ci. N’est-ce pas ce que l’on nomme un acte magique ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;"><em>Le choix du prénom,</em> de Jean-Gabriel Offroy<a href="#_ftn4"><strong>[4]</strong></a></h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le psychosociologue Jean-Gabriel Offroy a écrit un livre qui traite du thème de notre recherche, mais il l’aborde dans une perspective beaucoup plus large. A la fin de son ouvrage, il examine les déterminations psychologiques, et il va le faire armé de concepts psychanalytiques. Il aborde donc le sujet du choix du prénom au travers de multiples déterminations qui se situent tout d’abord sur un plan sociologique. En effet, si nous supposons des déterminations inconscientes quant au choix du prénom d’un enfant, il en existe évidemment bien d’autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Offroy va développer le concept de « projet familial et social ». « Les prénoms ont longtemps indiqué le statut social »<a href="#_ftn5">[5]</a> et une famille est un groupe qui a ses intérêts propres en tant qu’elle est insérée dans une société, c’est-à-dire un groupe social qui la dépasse.</p>
<p style="text-align: justify;">L’institution familiale cherche ainsi à la fois à s’intégrer à ce groupe social, et à s’en différencier en affirmant son unicité. Il est donc question ici de transmission, d’héritage du capital culturel et économique qui permet à la famille de durer dans le temps. Le prénom peut donc être utilisé pour désigner un héritier et va être révélateur de ce projet familial.</p>
<p style="text-align: justify;">Offroy cite par exemple l’utilisation du « Junior » aux Etats-Unis dans certaines « grandes familles » telles que les Kennedy ou encore les Bush. Ainsi, si sur le plan collectif, le prénom peut venir nous renseigner sur la volonté du groupe familial de se perpétuer, sur le plan des individus, il peut être de même, quoique suivant des logiques différentes. N’est-ce pas, entre autres, ce que l’on a vu avec Freud dans son introduction du narcissisme ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce projet familial tend par ailleurs de plus en plus à s’estomper au profit d’un autre type de projet qui concerne cette fois plus précisément le couple. Et c’est là où Offroy nous intéresse un peu plus. Il étudie ce qu’il appelle « le projet parental » qui intègre selon lui « l’histoire personnelle de chacun des parents, ses désirs et ses fantasmes, conscients et inconscients. »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Puis il va décrire une sorte de processus « normal » en trois phases qui, selon lui, devraient permettre l’élaboration du désir inconscient au travers de sa confrontation à la réalité. Toujours selon lui, ce désir doit « se clarifier » et aboutir au projet paternel ou maternel, qui, seul, permettrait aux parents de sortir d’une confusion fantasmatique originelle qu’il suppose.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La première phase qu’il nomme « le prénom narcissique », « la filiation narcissique », correspond donc à l’expression du narcissisme parental où le prénom ne renverrait uniquement qu’au parent qui le choisit. « Il n’y a pas de projet explicite pour l’enfant, simple appendice du désir parental. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On peut sentir d’une part chez lui une certaine idéalisation du désir d’enfant, de l’enfant désiré, programmé, qui serait le seul vrai « bon départ » dans la vie pour un enfant. D’autre part il me semble qu’il y a parfois une confusion chez lui entre le désir conscient des parents, dont l’enfant que l’on programme est l’exemple, et le désir inconscient.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La second phase décrite par Offroy est « la confrontation à la réalité » ou encore « le moi idéal et le prénom » : « si les parents parviennent à dépasser ce stade, ils vont pouvoir accéder à un désir socialisé, confronté à la réalité. »<a href="#_ftn8">[8]</a> C’est pour lui le moment où par exemple l’échographie dévoile le sexe de l’enfant, ce qui a effectivement pour effet de générer un mouvement psychique intense chez les parents correspondant au fait d’imaginer, de réélaborer les représentations qui correspondent à cet enfant imaginaire en intégrant quelque chose de réel (bien souvent c’est effectivement le sexe de l’enfant dévoilé à l’échographie).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enfin, la troisième phase qu’il décrit, advient lorsque selon lui, il y a eu médiation entre tous les désirs contradictoires qui pèsent sur l’enfant, lorsque la réalité des contraintes sociales, des réactions des autres (familles, amis, etc…) devant le prénom, aurait été suffisamment prise en compte.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">D’un point de vue « objectif », c’est-à-dire d’une description du processus du choix du prénom, il nous semble que Offroy apporte des éclaircissements intéressants sur les étapes que traversent les parents, et sa prise en compte des déterminations sociologiques, économiques, culturelles est également à souligner. Il examine et éclaire toutes ces contraintes avant de s’attarder plus précisément sur des aspects inconscients.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais là où nous nous écartons de ce qu’Offroy théorise, c’est quant à sa façon d’utiliser les concepts psychanalytiques de façon normative, pour ne pas dire moralisatrice. Le terme « narcissique » devient par exemple synonyme d’égoïsme, et d’archaïque. Il n’est pas non plus très clair sur la part qu’il donne au « poids du social », à « l’ensemble des contraintes qui vont peser sur l’enfant »<a href="#_ftn9">[9]</a> ou encore à la verbalisation des prénoms qui permettrait aux parents de se dégager des projections qu’ils font sur leur futur enfant. Cela donne l’impression d’une part, d’une conception de la psychanalyse un peu superficielle (« le projet maternel ou paternel, c’est donc un mouvement de conscientisation progressive du désir inconscient »<a href="#_ftn10">[10]</a>) et d’autre part, d’une volonté presque pédagogique en direction de futurs parents qui se retrouveraient devant la difficile tâche de choisir un prénom et qui, en ces temps de trop large permissivité, seraient à éduquer afin de prénommer de la manière la plus éclairée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce qui est « bon pour l’enfant », selon lui, c’est donc « le projet parental bien instruit », qui a su composer avec la réalité et qui peut même nommer la différence sociale, c’est-à-dire ne pas être trop irréaliste en terme de promotion sociale et de réalité économique et sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La dernière remarque que nous ferons concerne un autre aspect de l’idéalisation qu’il nous a semblé lire sous sa plume concernant ce projet parental, à savoir celui de la clarté. Ce projet parental, une fois intégrées toutes les contraintes de « la réalité » familiale, économique, sociale, etc…, devrait être « à peu près clair » afin que peut-être l’enfant puisse s’y identifier sans rencontrer trop de problèmes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il reprend un exemple d’un article de Vincent de Gaulejac<a href="#_ftn11">[11]</a> qui décrit un père ouvrier se battant pour défendre les intérêts de la classe ouvrière mais qui demanderait à la fois à ses enfants de poursuivre ce combat tout en les « poussant » pour qu’ils  « accèdent à la bourgeoisie en particulier par un surinvestissement du culturel »<a href="#_ftn12">[12]</a>. Ce type de conflit ne nous semble pas relevé du registre de la confusion (on finit par se demander ce qu’il critique par ailleurs : le conflit interne du père ou son désir de modification de l’ordre social ?), mais bien plutôt la base de ce qui se transmet généralement. Ce sont bien souvent les conflits qui se transmettent entre les générations, plutôt que les fameuses valeurs.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">D’autres exemples</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Concernant les recherches en psychanalyse sur ce thème de la nomination en général, il est facile de remarquer que la transmission du nom, comme patronyme, a souvent été privilégié, plutôt que celle du prénom. Mais il y a tout de même quelques ouvrages intéressants comme le recueil d’articles écrit sous le direction de Joël Clerget, <em>Le nom et la nomination<a href="#_ftn13"><strong>[13]</strong></a></em>, dans lequel on peut trouver le très bon article de Clerget « L’essor du nom », celui de Jean-Pierre Durif-Varembont « Roman familial et nomination du sujet », ou encore celui de Daniel Sérieys « Comment tu t’appelles ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il existe également le numéro 19 de la revue Spirale sorti en 2001, intitulé <em>Son nom de bébé<a href="#_ftn14"><strong>[14]</strong></a></em>, avec notamment deux articles : celui de Marie-Claude Casper « l’effet de transmission du prénom : d’un héritage à son appropriation », et celui de Jean-Pierre Durif-Varembont « Du pronom au visage, l’appel du nom ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Joël Clerget relève une triple conception de cette nomination<a href="#_ftn15">[15]</a> qui implique l’être, le destin et le sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« a) Le nom est l’être lui-même » : autrement dit, la signification importe peu quant à la fonction de ce prénom. Le plus important, c’est le fait même d’être nommé, dans sa valeur d’unification des multiples liens qui rattachent l’enfant à ses diverses appartenances. « Le nom fait naître à l’existence ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« b) Le nom, c’est le destin. » : cette expression « met une vie dans le pli d’une destinée, c’est à dire dans la lecture des paroles qui président à une vie (…) ». Toutes les paroles qui ont été prononcées pendant l’attente du bébé, les désirs qui ont été façonnés par les histoires individuelles des parents, vont participer à tracer « le sillon d’un chemin de vie ». Le prénom en porterait la trace.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« c) Le nom porte et soutient l’identification symbolique d’un sujet ». Ce prénom, créé de toute pièce ou existant déjà dans une langue, « m’assigne à une relation d’appartenance, à une inscription. En toute rigueur, je ne porte pas mon nom, j’appartiens au nom. » Ainsi, le prénom ne désigne pas simplement une personne, il nomme quelqu’un, un sujet. Et c’est un Autre, qui en procédant à cet acte, l’inscrit du même coup dans une relation symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si ces articles étudient donc différents aspects autour du prénom et ce de manière originale, ils n’abordent le nôtre que transversalement. Aucun n’aborde strictement et spécifiquement le thème de l’Idéal du Moi dans ses effets sur le choix du prénom chez les parents.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Notre hypothèse</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La grossesse est un moment particulier où l’on peut considérer une certaine reviviscence du narcissisme parental. Selon nous, c’est la nature narcissique de l’investissement que peuvent porter les parents à la représentation de l’enfant qui est en jeu et qui est importante.</p>
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom a généralement lieu pendant la grossesse et va se conclure souvent au moment de la naissance (certains parents disent qu’au moment de voir l’enfant et lors du premier appel du bébé par son prénom, le choix devient définitif et surtout « idéal »).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous considérons donc que ce choix, cette attribution du prénom à l’enfant est déterminée en partie par cette reviviscence du narcissisme parental qui a lieu au travers du processus d’idéalisation du futur enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« <em>His Majesty the Baby, </em>comme on s&#8217;imaginait être jadis. Il accomplira les rêves de désir que les parents n&#8217;ont pas mis à exécution, il sera un grand homme, un héros, à la place du père; elle épousera un prince, dédommagement tardif pour la mère. Le point le plus épineux du système narcissique, cette immortalité du moi que la réalité bat en brèche, a retrouvé un lieu sûr en se réfugiant chez l&#8217;enfant. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La logique selon laquelle les idéaux agissent sur le Moi est celle que l’on a nommée, avec Freud, le narcissisme intellectuel. L’immortalité que vise Freud lorsqu’il nomme ces enfants, n’est-elle pas par exemple celle que l’être humain postule dans cet état mythique où l’insatisfaction, la perte, le désir n’existent pas, bref, où il peut enfin jouir du bonheur parfait et permanent ? Le substitut de ce narcissisme primaire postulé par Freud représente cette quête à jamais satisfaite pour retrouver l’unité perdue. C’est ce que représente l’instance de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il nous semble donc que ces rêves, certains désirs inconscients insatisfaits des parents pourraient se trouver en quelque sorte condensés dans cette trace, qu’est le ou les prénoms, et ce à l’insu des parents eux-mêmes. Ce moment d’attente de l’enfant peut être un moment de rapprochement avec les premiers idéaux, autrement dit ces désirs auraient un lien avec les premiers objets constitutifs de l’Idéal du Moi des parents.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, selon nous, l’enfant à venir est tout d’abord un fantasme. Au travers de ce fantasme, le parent s’identifierait à cet objet qu’il va placer en lieu et place de son Idéal du Moi durant la grossesse. Les modalités de constitution des « Idéal du Moi » de chaque parent sont bien évidemment différentes, aussi, elles affecteront le choix du prénom de manière également différente. L’objet-enfant est investi progressivement à l’aide d’une libido que l’on qualifiera avec Freud de narcissique. C’est par exemple le souhait d’avoir un garçon ou une fille. Il peut donc être maintenant paré de toutes les perfections, être exalté psychiquement, autrement dit être idéalisé. Nous pensons que le choix de son prénom est marqué tout d’abord par cette satisfaction toute narcissique du parent et va être lui-même la marque d’un processus d’idéalisation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enfin nous pensons que le prénom va être marqué par la relation qu’entretient le Moi avec ses objets idéaux contenus dans son Idéal du Moi (autrement dit les identifications constitutives à ces objets, avec les éventuels conflits inhérents à des identifications inconciliables). Pour être plus précis, le prénom va être la marque d’une tentative fantasmatique de réalisation des exigences que portent ces figures idéalisées constitutives de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que le Moi pouvait se satisfaire en déplaçant les exigences de la réalité trop lourdes pour lui du côté de l’Idéal du Moi. L’objet-enfant mis à cette place pourra jouer ce rôle de réalisation, d’effectuation de ces exigences, censé assumer ce que le Moi parental a laissé de côté, pour son Idéal, et cela suivant la logique narcissique dans un premier temps (le prénom portera ainsi la trace de désirs irréalisés du parent).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom comporte aussi généralement un moment de compromis si les deux parents sont présents bien entendu. Même si l’un des parents peut parfois être à l’initiative du prénom qui sera choisi, s’ils sont présents, les deux parents participent et délibèrent. Ce n’est pas sans poser quelques problèmes parfois. Ce moment de délibération pourrait également être abordé à l’aide de l’Idéal du Moi précisément dans le fait qu’une famille est en train de prendre le relais d’un couple, sur la base d’un enfant à venir, d’un objet qui est en train d’être idéalisé par les deux parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, l’enfant à venir peut être mis à la place des « Idéal du Moi » individuels de chaque parent, et constituer pendant au moins un temps un idéal collectif, qui va participer à la constitution d’un groupe-famille. Nous ne développerons pas cet aspect d’un point de vue théorique, qui mériterait une analyse à part entière.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Notre hypothèse peut donc maintenant s’énoncer ainsi :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom d’un enfant par un parent s’inscrit dans la tentative d’obtenir une satisfaction narcissique suivant le processus d’idéalisation et la logique narcissique que l’on a décrits. Derrière le choix du prénom, il doit être possible de retrouver la trace des relations qu’entretient le Moi avec son Idéal du Moi. Par <em>trace de ces relations</em>, nous entendons les exigences déplacées dans l’Idéal du Moi et portées par les objets idéalisés constitutifs de cet Idéal du Moi, ainsi que les objets auxquels l’Idéal du Moi s’est identifié lors de son développement. Le prénom marque ainsi le désir de satisfaire ces exigences.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Critique d’un point de vue théorique</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Une définition de l’Idéal incomplète</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J’ai voulu me donner une définition personnelle de l’Idéal du Moi la plus proche des textes de Freud. Et cette recherche avait également pour but de clarifier ce que Freud nomme idéalisation et Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Mas tout en espérant que cette définition ait été satisfaisante, j’estime qu’elle n’est sûrement pas exhaustive. J’ai laissé volontairement de côté par exemple ce que j’aurais pu tirer d’un texte tel que <em>Le moi et le ça</em>. Ce dernier texte est un texte charnière, et de ce fait, il m’a semblé difficile à inclure dans mon étude. Néanmoins, il serait bien entendu intéressant de le faire, afin de saisir un peu mieux comment le concept d’Idéal du Moi devient le concept de Surmoi, de s’attarder sur les différences qui se maintiennent tout de même entre les deux. Car nombre d’auteurs continuent de les distinguer et accordent une grande pertinence à l’Idéal du Moi, quand bien même, on peut avoir le sentiment dans l’œuvre freudienne que les fonctions de cet Idéal se retrouvent subsumées par celles du Surmoi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">L’hypothèse de l’inconscient</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Un autre aspect sur lequel je souhaitais revenir, est une critique que je m’adresse sous forme de recommandation. L’Idéal du Moi me semble faire partie des concepts freudiens difficiles à manier dans une recherche de ce type. A partir du moment où l’on parle de la notion de Moi, il est très facile de basculer vers des aspects uniquement conscients et d’oublier l’inconscient.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Le lien entre le narcissisme et l’Idéal du Moi</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comme je l’ai dit, j’ai circonscrit mon étude théorique concernant l’Idéal du Moi principalement à Freud. Et il reste une articulation que j’ai encore du mal à penser, c’est le rapport difficile entre narcissisme et Idéal du Moi. J’ai l’impression que cela pourrait être dû en partie au fait qu’il est resté tout de même un peu flou chez Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Moi Idéal et Idéal du Moi : un enjeu théorique et pratique ?</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comme je l’ai amplement précisé, j’ai circonscrit mon étude du concept de l’Idéal du Moi aux textes de Freud. Cela m’a semblé suffisamment ambitieux dans un premier temps au regard de ce qu’il fallait essayer de travailler comme textes. Aussi, je n’ai pas emprunté le chemin maintenant bien balisé que certains auteurs ont tracé en distinguant conceptuellement ce que Freud n’a peut-être fait qu’écrire différemment en deux endroits, une fois dans <em>Pour introduire le narcissisme</em> et une fois dans « Le moi et le ça » : l’<em>Ideal-Ich </em>et le <em>IchIdeal </em>traduit en français par Jankélévitch respectivement dans les termes de Moi Idéal et d’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, ce couple de concepts est désormais largement utilisé pour désigner deux formations intrapsychiques différentes. Il semble que le premier psychanalyste qui ait introduit la distinction soit Herman Nunberg (1883-1970).</p>
<p style="text-align: justify;">Il considère que « Le moi encore inorganisé, qui se sent uni au ça, correspond à une condition idéale, et c&#8217;est pourquoi on l&#8217;appelle le moi idéal. Le propre moi est probablement l&#8217;idéal pour le petit enfant, jusqu&#8217;au moment où il rencontre la première opposition à la satisfaction de ses besoins. Dans certains accès catatoniques ou maniaques, dans un certain nombre de psychoses conduisant à la détérioration mentale, et jusqu&#8217;à un certain degré également dans les névroses, l&#8217;individu réalise cette condition idéale dans laquelle il s&#8217;accorde tout ce qui lui plaît et rejette tout ce qui lui déplaît. Au cours de son développement, chaque individu laisse derrière lui cet idéal narcissique, mais en fait il aspire toujours à y retourner, ceci avec plus d&#8217;intensité dans certaines maladies. Lorsque cet idéal est de nouveau atteint pendant la maladie, le patient, en dépit de ses souffrances et de ses sentiments d&#8217;infériorité, se sent plus ou moins tout-puissant et doué de pouvoirs magiques qu&#8217;il place de nouveau au service de ses tendances morbides dans la formation des symptômes. N&#8217;oublions pas que chaque symptôme contient une réalisation de désirs positive ou négative, dont le patient se sert pour atteindre la toute-puissance. Dans les fantasmes de ‘retour au sein maternel’, l&#8217;individu cherche à réaliser cet état idéal de son moi. »<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">On peut le constater, pour Nunberg, le Surmoi et l’Idéal du Moi sont équivalents, mais le Moi Idéal désigne une formation intrapsychique inconsciente narcissique qu’il distingue des deux autres en ce que ce Moi Idéal ne relève pas de la somme des identifications aux objets aimés. Ce n’est donc pas tout à fait la voie que nous avons choisie. Nous pouvons dire que nous n’avons pas cherché à distinguer cet aspect du Moi Idéal nunbergien qui serait la tentative de retour à un état de toute puissance, aux effets des identifications qui seraient la partie constituante de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Nunberg n’est pas le seul. En France, Daniel Lagache (1903-1972) a également mis en avant l’intérêt de distinguer le Moi Idéal de l’Idéal du Moi dans son fameux article « La psychanalyse et la structure de la personnalité »<a href="#_ftn18">[18]</a>. Dans l’avant-dernier chapitre de son article, « Sur la structure du Surmoi », Lagache cherche à clarifier ce qui peut distinguer les trois concepts Moi Idéal, Surmoi et Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">La question qu’il pose est donc celle de savoir s’il faut considérer l’unicité de structure de ces trois termes. Lagache reprend l’idée classique de l’Idéal du Moi comme fonction du Surmoi, et il s’inscrit dans la perspective de Nunberg qui opère cette distinction Idéal du Moi/Moi Idéal. Il pose donc deux problèmes, les rapports entre le Surmoi et l’Idéal du Moi, et ceux entre Idéal du Moi et Moi Idéal. Lagache utilise « un modèle personnologique », c’est-à-dire qu’il tente de penser les relations entre les instances intra-psychiques sur le modèle d’une introjection, d’une intériorisation des relations entre personnes. Cela lui fait dire par exemple : « Dans le modèle personnologique, le surmoi correspond à l’autorité, et l’idéal du moi à la façon dont le sujet doit se comporter pour répondre à l’attente de l’autorité ; le moi-sujet s’identifie au surmoi, c’est-à-dire à l’autorité, et le moi-objet, lui, apparaît ou non conforme à l’idéal du moi. En d’autres termes, nous comprenons le surmoi et l’idéal du moi comme formant un système qui reproduit, ‘à l’intérieur de la personnalité’, la relation autoritaire parents-enfant. » <a href="#_ftn19">[19]</a>. Notons que Lacan avait exploré lui-même cette perspective personnologique dans sa thèse<a href="#_ftn20">[20]</a>, même si c’est ce qu’il va critiquer chez Lagache dans un article que nous présenterons plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrêtons-nous maintenant sur la description du Moi Idéal de Lagache. Pour lui, Freud n’a certes pas distingué cette formation du système Surmoi – Idéal du Moi, mais l’utiliser permettrait tout de même de saisir certains faits cliniques de manière pertinente. Lagache utilise donc le concept de Moi Idéal à l’instar de Nunberg, comme un idéal narcissique de toute-puissance, et l’Idéal du Moi comme les modèles d’autorité, auquel le moi est censé se conformer. Lagache va ensuite décrire les conflits d’identification qui peuvent se produire, par exemple entre l’identification au Moi Idéal et l’identification à l’Idéal du Moi, et réinterprète précisément le conflit oedipien comme « le conflit entre l’identification primaire au père et l’identification secondaire au père, entre le moi idéal et le surmoi – idéal du moi. »<a href="#_ftn21">[21]</a> Nous n’irons pas plus loin dans l’utilisation que Lagache fait de ce concept de Moi Idéal, sinon qu’il s’en sert pour essayer en quelque sort d’affiner l’utilisation du concept de Surmoi dans certaines situations.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour conclure sur cet article, retenons l’idée la plus intéressante pour notre sujet, « l’antinomie du moi idéal et du surmoi – idéal du moi, de l’identification narcissique à la toute-puissance et de la soumission à la toute-puissance (…) »<a href="#_ftn22">[22]</a>. D’un point de vue théorique, la distinction entre Moi Idéal – Idéal du Moi, qui n’existe pas conceptuellement chez Freud, paraît intéressante pour clarifier certains enjeux dans notre problématique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En effet, si l’on considère avec Lagache que les aspects moraux, d’obéissance à la loi sociale, d’autorité morale, appartiennent plutôt au registre de l’Idéal du Moi, et que les idées de grandeur, mégalomaniaques, de toute-puissance, de prestige ou de gloire, sont en revanche du registre du Moi Idéal, alors il faudrait en tenir compte dans une analyse du choix du prénom d’un enfant. Comment repérer les effets de telle ou telle instance dans ce choix ? Cliniquement, quels peuvent être les effets d’un choix relevant de telle ou telle instance ?</p>
<p style="text-align: justify;">etc…</p>
<p style="text-align: justify;">Pour notre part et sur ce point, je pense que la définition que je me suis donnée de l’Idéal du Moi combine les fonctions de ces deux instances, dans la mesure où elle inclue à la fois les exigences portées par certaines figures constitutives de l’Idéal du Moi, sous peine d’être sanctionné par une perte d’amour ; et la satisfaction narcissique qui peut être obtenue par le fait de remplir soit une exigence de type « régressive », c’est-à-dire inscrivant la satisfaction du côté de la toute-puissance ; soit une exigence de type « plus élevée », capable de placer l’Idéal sur le chemin de la sublimation par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sur ce point par ailleurs, je ne souscris pas du tout à l’avis de Chasseguet-Smirgel qui ne trouve aucun intérêt à distinguer Moi Idéal et Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enfin, je pense que Lacan a donné ses lettres de noblesse à la distinction de ces deux instances à l’aide de son modèle construit sur la base d’un schéma optique. Comme nous l’avons écrit plus haut, Lacan va critiquer Lagache sur la base de son article et de son utilisation du « modèle personnologique » dans un article publié dans ses <em>Ecrits</em><a href="#_ftn23">[23]</a> pour présenter ce qu’il entend par la structure du sujet et le processus d’une cure psychanalytique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’allons pas étudier en profondeur cet article de Lacan, ni ses autres remarques que l’on peut trouver dans son séminaire de 1953-1954, <em>Les écrits techniques de Freud<a href="#_ftn24"><strong>[24]</strong></a>.</em> Mais nous dirons cependant que Lacan, à propos de la distinction Moi Idéal, Idéal du Moi, invite Lagache à se tenir « à distance de l’expérience » et du phénomène, au risque de « se fier à des mirages », autrement dit à être plus « structuraliste »…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Relevons tout de même ce que Lacan dit des deux instances dans une de ses tournures qui ont le mérite d’être plus qu’explicites : « (…) dans la relation du sujet à l’autre de l’autorité, l’Idéal du Moi, suivant la loi de plaire, mène le sujet à se déplaire au gré du commandement ; le Moi Idéal, au risque de déplaire, ne triomphe qu’à plaire en dépit du commandement »<a href="#_ftn25">[25]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne présenterons pas non plus le modèle optique<a href="#_ftn26">[26]</a>, mais notons combien il permet de saisir d’une part clairement la distinction du Moi-Idéal et de l&#8217;Idéal du Moi, et d’autre part de comprendre une articulation qui nous paraît essentielle, la dimension symbolique face à la dimension imaginaire, et celle de la nomination. En effet, pour que l&#8217;illusion du vase inversé se produise, autrement dit pour que le sujet ait accès à l&#8217;imaginaire, il faut tout d’abord que l&#8217;œil soit situé dans le cône. Mais ce n’est pas tout, cela dépend également de la situation de cet Œil-Sujet dans la dimension symbolique : ce sont les relations de parenté, le nom et le prénom, etc&#8230;, comme l’écrit ironiquement Lacan : « (…) la place que l&#8217;enfant tient dans la lignée selon la convention des structures de la parenté, le pré-nom parfois qui l&#8217;identifie déjà à son grand-père, les cadres de l&#8217;état civil et même ce qui y dénotera son sexe, voilà ce qui se soucie fort peu de ce qu&#8217;il est en lui-même : qu&#8217;il surgisse donc hermaphrodite, un peu pour voir ! »<a href="#_ftn27">[27]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ceci nous permet de conclure sur la fonction que Lacan attribue à l’Idéal du Moi : « L’idéal du moi commande le jeu de relations d’où dépend toute la relation à autrui. » Dans son modèle optique, Lacan pose en effet que l’inclinaison du miroir qui permet l’illusion narcissique, c’est-à-dire la précipitation de cette image correspondante au Moi Idéal dans laquelle le sujet peut s’aliéner, est commandée par la voix de l’autre, autrement dit par l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« En d’autres termes, c’est la relation symbolique qui définit la position du sujet comme voyant. C’est la parole, la fonction symbolique qui définit le plus ou moins grand degré de perfection, de complétude, d’approximation, de l’imaginaire. »<a href="#_ftn28">[28]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, une piste importante pour poursuivre cette recherche serait d’étudier de manière plus approfondie la fonction de l’Idéal du Moi dans ce registre symbolique au travers de son rôle dans le choix du prénom chez un parent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">L’acte de prénomination et la dimension symbolique du côté de l’enfant</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il existe différentes déterminations à cette étape du choix d’un prénom : des éléments juridiques et institutionnels tout d’abord, qui sont inscrits dans le Code civil et la loi, mais également des facteurs historiques ou religieux. Mais ce qui serait particulièrement intéressant d’interroger serait la dimension symbolique qui engage le sujet dans cet acte qui consiste à nommer quelqu’un à partir de la part de désir inconscient à l’origine de cet acte. Dans nos sociétés occidentales, certaines contraintes pèsent (en effet, aucune société ne laisse totalement libre ce genre de décision), mais le prénom est choisi par les parents, c’est l’acte de prénomination, tandis que le nom est transmis. Ce que nous voulions montrer c’est que cette trace pouvait condenser des éléments d’histoire familiale et des désirs parentaux, en tant que ce prénom pouvait contenir une sorte de dépôt, de leg, antérieur au sujet, constitué par de l’imaginaire parental, et notamment ses idéaux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour conclure sur cet aspect symbolique de l’Idéal du Moi, après l’étude de son impact du côté du parent qui va donner un prénom, cette recherche pourrait également se poursuivre du côté de l’enfant qui va recevoir ce prénom, et s’inscrire ainsi dans le thème plus vaste de la transmission et de ses avatars.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En effet, nous avons également vu, avec Lacan, comment le prénom peut également introduire l’enfant nouveau-né dans une dimension symbolique et lui faire ainsi une place dans une généalogie en lui permettant d’opérer une différence tout d’abord avec autrui, puis de le placer dans un sexe ou l’autre, et enfin de le situer dans la différence des générations. C’est dire combien ce prénom, que l’on pourrait qualifier dans cette perspective d’opérateur différentiel, va tenir une place importante, en faisant tenir ensemble ce qu’on pourrait appeler la dimension corporelle, et imaginaire donc, avec cette dimension symbolique de nature essentiellement langagière. En effet, l’enfant pourra être appelé, pour plus tard dire « je suis Pierre ». Il pourra donc dans un premier temps être nommé, ou pour le dire simplement, son prénom lui ouvre une existence.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais encore faut-il que le sujet s’identifie à ce prénom, le fasse sien, qu’il réponde de son prénom après avoir répondu à son prénom. Cet acte de prénomination pourrait alors être considéré comme une seconde conception, fantasmatique cette fois, de l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette fonction de prénommer un enfant a ainsi pour but moins de singulariser l’être en devenir qu’est l’enfant que de l’agréger à une communauté. Il s’agit d’établir l’être de l’enfant comme sujet d’une communauté et sujet du langage, car le prénom, comme le mot, fait exister, c’est-à-dire étymologiquement « se tenir hors de ». Avec Christian Flavigny, nous dirions que le nom fait « résider au-dehors, situe l’être comme extérieur à lui-même, le situe dans le langage. »<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, à l’instar des exemples que Freud donne dans <em>Totem et Tabou</em> autour des tabous de noms qu’il est dangereux de prononcer, il existe de nombreuses croyances rapportant le pouvoir que l’on peut acquérir sur quelqu’un si l’on connaît son vrai nom, d’où les traditions qui consistent à maintenir le nom secret, à n’utiliser qu’un nom en société, tout en gardant caché un autre nom.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour conclure, nous pouvons maintenant reprendre ce que nous avions laissé de côté à propos de notre interrogation sur ce que Freud avait nommé l’identification au père de la préhistoire personnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avions vu dans <em>Le moi et le ça </em>comment cette identification permettait à un Freud, encore prudent, d’essayer de se passer d’un investissement d’objet préalable : « C’est une identification directe, immédiate, plus précoce que tout investissement d’objet. »<a href="#_ftn30">[30]</a> Et nous en avions conclu d’abord que les identifications narcissiques secondaires n’étaient pas suffisantes pour Freud, puisqu’il se rendait compte qu’il fallait un autre type d’identification, et enfin que ce père devait être d’une autre nature que les parents de l’enfant qui allaient supporter ces identifications narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Maintenant que nous avons dégagé l’importance du registre symbolique avec Lacan, l’identification à ce père bien étrange pourrait se comprendre comme la nécessité pour Freud de supposer une identification à une place, à quelque chose qui manque, nommé par Lacan comme le père symbolique, et qui permettra à la métaphore dite paternelle d’avoir lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je pense que c’est à partir de cette première identification que Freud place à la genèse de l’Idéal du Moi, que nous pourrions être en mesure d’articuler quelque chose d’intéressant sur la transmission entre parent et enfant. Du côté du parent, il faudrait étudier ce qui conditionne l’acte de choisir un prénom, comme nous avons commencé à le faire, et du côté de l’enfant, les conditions qui permettent cette identification première.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h1 style="text-align: justify;">Conclusion</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette conclusion, nous voulions situer  la situation de ce travail de recherche dans la littérature grand public et la psychanalyse, pour parler ensuite de l’intérêt clinique d’une telle recherche.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Entre thème grand public et thème de recherche</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Voici quelques exemples de présentation de livres du type « guide des prénoms pour les parents ». Ces textes sont tirés des présentations des ouvrages que l’on peut trouver sur des sites marchands :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>« </strong><em>Présentation de l&#8217;éditeur</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le prénom idéal, c&#8217;est celui que votre enfant ne se lassera jamais d&#8217;entendre, celui que vous prononcerez toujours avec le même bonheur, celui qui fera partie intégrante de sa personnalité. Comment ne pas vous tromper ? Au-delà de la sonorité qui vous plaît, pensez à l&#8217;harmonie avec son patronyme mais aussi à votre style de vie et à l&#8217;environnement familial.<br />
Si vous aimez les prénoms Théodore, Steven, Clémence ou Britanny, connaissez-vous leur origine, leur signification, leur histoire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour choisir en connaissance de cause, l&#8217;auteur propose de découvrir plusieurs milliers de prénoms français ou étrangers, anciens or modernes, classiques ou originaux, avec, pour chacun d&#8217;eux, l&#8217;origine, la signification, le saint ou le personnage qui l&#8217;a illustré, le jour de la fête les principaux traits de caractère et sa traduction dans différentes langues.<br />
Des idées, des découvertes, des connaissances et beaucoup de plaisir, voici ce que ce guide souhaite vous apporter, pour l&#8217;une des plus belle aventures de votre vie : le choix du prénom de votre enfant. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>« </strong><em>Présentation de l&#8217;éditeur</em></p>
<p style="text-align: justify;">Origines, fêtes à souhaiter, mots-clefs du caractère&#8230;Sujet &#8211; Un prénom, c’est, dans l’esprit de ceux qui le choisissent pour l’enfant à naître, un modèle, une référence, un destin. Mais le prénom, c’est aussi le reflet de la personnalité de celui qui le porte. D’Aaron à Zoé, voici les 1160 prénoms d’aujourd’hui, les plus portés en France l’année 2004, selon une étude de l’INSEE. Pour mieux connaître votre entourage, pour choisir un avenir et comprendre un présent, consultez ce guide. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>« Présentation de l&#8217;éditeur</em></p>
<p style="text-align: justify;">Sitôt que l&#8217;enfant s&#8217;annonce et que l&#8217;on commence à rêver à ce que sera la vie avec ce petit être, une question vient aux futurs parents : comment l&#8217;appeler ? C&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;est pas si facile de choisir le prénom idéal : dans une semblable situation, on a bien besoin d&#8217;un petit peu d&#8217;aide. C&#8217;est précisément ce que vous propose cet ouvrage, qui réunit un ensemble unique d&#8217;informations relatives à près de 6 400 prénoms français, européens et extra-européens. Caractérologie, correspondance astrologique, couleur et chiffres attachés à chaque prénom, mais aussi, bien sûr, fête, origine étymologique, histoire profane et religieuse, vogue actuelle, sans oublier quelques-unes des personnalités marquantes qui ont porté ou portent ledit prénom : un maximum d&#8217;éléments vous sont ici donnés, qui vous permettront de faire votre choix en connaissance de cause. Un formidable outil, vivant, tonique, et qui plus est non dénué d&#8217;humour. Une bien jolie façon de préparer la venue de l&#8217;enfant à naître. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ces livres-guides répondent à une angoisse, « <em>Comment ne pas vous tromper », « Pour choisir en connaissance de cause »,</em> « <em>Pour mieux connaître votre entourage, pour choisir un avenir et comprendre un présent C&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;est pas si facile de choisir le prénom idéal : dans une semblable situation, on a bien besoin d&#8217;un petit peu d&#8217;aide »</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comme je l’ai écrit, je pense que cette logique du narcissisme intellectuel décrite par Freud, c’est-à-dire la croyance dans une certaine magie par rapport aux effets de l’attribution de tel ou tel prénom, est à l’œuvre dans le choix des parents. C’est la problématique du destin contenu dans le prénom qui retient évidemment le plus l’attention du grand public. Nous ne savons pas bien non plus comment cette magie semble opérer parfois non plus, comment l’enfant reçoit son prénom et quels effets cela a-t-il vraiment. Il y a fort à parier que c’est également là que se situe la part de choix qu’est laissée à un sujet d’agir selon ce qui lui est légué.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais quant à ces guides, je pense surtout qu’ils répondent au besoin de maîtriser le devenir de l’enfant suivant cette croyance. Si l’on suit cette logique narcissique, il faut également, comme le dit la présentation, connaître « le maximum d’éléments » pour opérer le choix le plus optimal possible en raison de tous les paramètres.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, face à la liberté plus grande quant au choix des prénoms, il y a peut-être plus d’angoisse chez les parents. Et la psychologie vient essayer d’y répondre. L’offre crée la demande et la demande l’offre, et l’on voit ainsi de plus en plus de « guides de bonnes pratiques » fleurir sur le thème du choix du prénom comme sur beaucoup d’autres ayant trait aux questions que peut se poser tout un chacun, y compris et surtout les futurs parents.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Entre thème de recherche et thème clinique</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce thème de recherche me semble être un bon exemple de la pertinence de la psychanalyse pour investiguer les aléas de la vie psychique, et du risque de la transformer en outil prescriptif, ou moralisateur.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avions cité quelques articles sur le thème de la prénomination sans nous y attarder. Mais un de leur intérêt (dont je n’ai pas parlé), est le fait qu’ils abordaient ce sujet sous l’angle clinique, plutôt que celui de la recherche. Et c’est précisément l’intérêt que nous souhaiterions défendre pour ce thème de recherche.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Jean-Pierre Durif-Varembont déclare par exemple : « Que le travail sur et avec les noms et les prénoms en ce qu’il médiatise la vérité de l’alliance et de la filiation soit une nécessité des entretiens préliminaires, en particulier en psychanalyse d’enfant, c’est ce que m’a appris le cas exemplaire de ce jeune garçon de dix ans que j’ai reçu, il y a quelques années. »<a href="#_ftn31">[31]</a> ; avant de déployer la présentation du cas d’un enfant souffrant d’une phobie au travers de répétitions dans les générations qui l’ont précédé, et l’intérêt de se repérer sur le prénom pour en suivre les effets. Daniel Sérieys développe quant à lui l’hypothèse que « le prénom retenu contient au moins un signifiant de l’histoire parentale »<a href="#_ftn32">[32]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que ce travail présenté ici s’inscrit dans une recherche théorique avant tout, mais je pense qu’il doit soutenir l’intérêt pour une attention particulière dans l’écoute des situations cliniques singulières rencontrées dans la pratique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<h1 style="text-align: justify;">Bibliographie</h1>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Annie Anzieu, Loïse Barbey, Jocelyne Bernard-Nez, Simone Daymas, <em>Le travail du dessin en psychothérapie de l’enfant</em>, Dunod, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Denise Vincent, « Les dessins de l’enfant à l’occasion des premiers entretiens du psychanalyste avec ses parents » in <em>La psychanalyse de l’enfant, revue de l’association freudienne</em>, n°7, 1990, « Le dessin comme d’une écriture ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Maud Mannoni, <em>le premier rendez-vous avec le psychanalyste,</em> Denoël/Gonthier, 1965.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Monique Bydlowski, <em>La dette de vie,</em> PUF, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, sous la direction de Sylvain Missonnier, Bernard Golse, Michel Soulé, Monographies de la psychiatrie de l’enfant, PUF, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Totem et Tabou », in <em>Œuvres complètes, tome XI</em>, PUF, 1998.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, <em>Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, Gallimard, 1987.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Des théories sexuelles infantiles », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Psychologie des masses et analyse du moi », in <em>Œuvres complètes, tome XVI</em>, PUF, 1991.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, <em>L’interprétation des rêves</em>, Œuvres complètes Tome IV, PUF, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « le poète et l’activité de fantaisie », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Œuvres complètes, tome XVI</em>, PUF, 1991</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Le roman familial des névrosés », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, <em>Introduction à la psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Karl Abraham, « La force déterminante du nom », <em>Rêve et mythe, Œuvres complètes Tome I</em>, Petite Bibliothèque Payot, 1965.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Janine Chasseguet-Smirgel, <em>La maladie d’idéalité, essai psychanalytique sur l&#8217;idéal du moi</em>, L’Harmattan, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Herman Nunberg , <em>Principes de psychanalyse</em>, PUF, 1957.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Daniel Lagache, <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, PUF, 1982.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Jacques Lacan, « Note sur l’enfant », in <em>Autres Ecrits</em>, Seuil, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">Jacques Lacan, « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in <em>Ecrits I</em>, Points Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;">Jacques Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage », in <em>Ecrits I</em>, Points Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;">Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;">Jacques Lacan, <em>Les écrits techniques de Freud, le séminaire, livre I</em>, texte établi par Jacques-Alain Miller, Editions du Seuil, 1975.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Serge Tisseron, « De la honte qui tue à la honte qui sauve », in <em>Le Coq-héron</em>, 2006/1, n<sup>o</sup> 184.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alain de Mijolla, <em>les visiteurs du Moi, Les Belles Lettres, 2003.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">René Kaës, Haydée Faimberg, Micheline Enriquez, Jean-José Baranes, <em>Transmission de la vie psychique entre générations</em>, Dunod, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sous la direction d’Alberto Eiguer, <em>Le générationnel, Approche en thérapie familiale psychanalytique</em>, Dunod, 2005.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Jean-Gabriel Offroy, <em>Le Choix du prénom</em>, Hommes et perspectives, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Gabriel Offroy, <em>Prénom et identité sociale, du projet social et familial au projet parental</em>, in Spirale, n°19, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Joël Clerget, « Présentation », <em>Son nom de bébé</em>, Spirale, n°19, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Christian Flavigny, « Le (pré)nom comme illustration de la transmission psychique », <em>Actualités transgénérationnelles en psychopathologie</em>, sous la direction de P. Fédida, Echo-Centurion.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Jean-Pierre Durif-Varembont « Roman familial et nomination du sujet », in <em>Le nom et la nomination,</em> sous la direction de Joël Clerget, Erès, 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Daniel Sérieys « Comment tu t’appelles ? », in <em>Le nom et la nomination,</em> sous la direction de Joël Clerget, Erès, 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Laplanche et Pontalis, <em>Vocabulaire de la psychanalyse</em>, PUF, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alex Haley, <em>Racines Tome I et II</em>, J’ai Lu, 1977.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Serge Tisseron, « De la honte qui tue à la honte qui sauve », in <em>Le Coq-héron</em>, 2006/1, n<sup>o</sup> 184.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Karl Abraham, « La force déterminante du nom », <em>Rêve et mythe, Œuvres complètes Tome I</em>, Petite Bibliothèque Payot, 1965.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> <em>Ibid., </em>p. 115.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jean-Gabriel Offroy, <em>Le Choix du prénom</em>, Hommes et perspectives, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Jean-Gabriel Offroy, <em>Prénom et identité sociale, du projet social et familial au projet parental</em>, in Spirale, n°19, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>Ibid. </em>, p. 91.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> <em>Ibid. </em>, p. 93.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Jean-Gabriel Offroy, <em>Le Choix du prénom</em>, Hommes et perspectives, 1993, p. 231</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> <em>Ibid.</em>, p. 232.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> <em>Ibid.</em>, p. 235.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Vincent de Gaulejac, <em>“L’héritage”</em>, Connexions, n°41, 1983.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jean-Gabriel Offroy, <em>Le Choix du prénom</em>, Hommes et perspectives, 1993, p. 226.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> <em>Le nom et la nomination,</em> sous la direction de Joël Clerget, Erès, 1990.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> <em>Son nom de bébé</em>, Spirale, n°19, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Joël Clerget, « Présentation », <em>Son nom de bébé</em>, Spirale, n°19, 2001, p.11 à 12.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 234-235.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Herman Nunberg , <em>Principes de psychanalyse</em>, PUF, 1957.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Daniel Lagache, <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, PUF, 1982</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Daniel Lagache, « La psychanalyse  et la structure de la personnalité », in <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, </em>PUF, 1982, p. 223.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Jacques Lacan, <em>De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité</em>, Points Seuil, Paris, 1975.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Daniel Lagache, « La psychanalyse  et la structure de la personnalité », in <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, </em>PUF, 1982, p. 227.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> <em>Ibid.</em>, p. 230.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Jacques Lacan, <em>Les écrits techniques de Freud, le séminaire, livre I</em>, texte établi par Jacques-Alain Miller, Editions du Seuil, 1975.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999, p. 148-149.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Ce schéma optique est issu d’une expérience de physique où certaines propriétés de l&#8217;optique sont utilisées. Il s&#8217;agit de voir apparaître, dans certaines conditions, un bouquet de fleurs dans un vase réel qui n&#8217;en contient pas. Nous en trouvons une première représentation dans le <em>Séminaire sur les Ecrits techniques de</em> <em>Freud</em> (1953-1954), puis dans l’article « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », ou encore dans le <em>Séminaire sur l&#8217;Angoisse</em> (1962-1963) où il permet à Lacan de traiter de <em>l&#8217;objet a</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999, p. 130.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Jacques Lacan, <em>Les écrits techniques de Freud, le séminaire, livre I</em>, texte établi par Jacques-Alain Miller, Editions du Seuil, 1975, p. 222.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> Christian Flavigny, « Le (pré)nom comme illustration de la transmission psychique », <em>Actualités transgénérationnelles en psychopathologie</em>, sous la direction de P. Fédida, Echo-Centurion.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 271.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Jean-Pierre Durif-Varembont « Roman familial et nomination du sujet », in <em>Le nom et la nomination,</em> sous la direction de Joël Clerget, Erès, 1990, p. 173.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> Daniel Sérieys « Comment tu t’appelles ? », in <em>Le nom et la nomination,</em> sous la direction de Joël Clerget, Erès, 1990, p. 179.</p>
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		<title>Le choix du prénom ou la logique narcissique de l’Idéal du Moi : seconde partie</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Mar 2011 13:18:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Le choix du prénom est une étape, un moment incontournable dans ce que l’on peut appeler la préhistoire de l’enfant. C’est une étape complexe car s’y expriment des choix conscients, des compromis entre les parents, et que nous supposons que s’y manifeste aussi une certaine surdétermination inconsciente. Nous nous sommes proposés d'étudier cette surdétermination inconsciente au regard de l'idéal du moi chez Freud. Nous continuons d'explorer dans cet article la genèse de ce concept dans les écrits freudiens.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: justify;">Suite de l’étude Théorique du concept d’idéal du moi</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Historique du concept d’idéal du moi</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;">L’idéal est une représentation</h3>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu avec <em>Totem et Tabou </em>que le narcissisme avait fort affaire avec le monde des représentations psychiques. On peut dire que tout ce qui touche à l’idéal pour Freud est de l’ordre des représentations chargées de libido. Et cette libido qui est attachée à ces représentations finit par faire d’elles des objets à aimer et à atteindre.</p>
<p style="text-align: justify;">Le narcissisme est une étape où il s’agit de construire de l’ordre, d’organiser les choses pour construire de l’unité. L’idéal, cette représentation qui va être chargée de libido, est également une représentation unitaire. Et la libido qui l’alimente est d’ordre homosexuelle. Que veut dire homosexuelle dans notre description ? On pourrait la définir simplement comme l’attente de quelque chose, de quelqu’un à la même place où l’on a été aimé. Comme nous l’avons vu, l’identification première, narcissique, va introduire une sorte de contrainte qui vient interférer avec la logique pulsionnelle qui pouvait auparavant se satisfaire à sa guise. Cette identification narcissique, que Freud décrit dans <em>Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci</em>, une fois qu’elle a eu lieu, constitue une première matrice de représentations qui oblige la pulsion et sa satisfaction, à laquelle, on le sait, le sujet ne peut échapper, à choisir un objet particulier. C’est ce que Freud décrit pour Léonard de Vinci. Ce dernier choisit ses objets d’amour, les jeunes hommes dont il s’entoure, et les aime, de la même manière, suivant la même logique, que sa mère l’a aimé, lui.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;">l’idéal du Moi est le substitut du narcissisme perdu</h3>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons vu, en 1908, dans <em>Le poète et l’activité de fantaisie</em>, (Lire<a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=279"> l’étude de ce texte dans la première partie</a>) Freud écrit : « A vrai dire, nous ne pouvons renoncer à rien, nous ne faisons qu’échanger une chose contre l’autre ; ce qui paraît être un renoncement n’est en réalité qu’une formation substitutive ou succédanée. »<a href="#_ftn1">[1]</a> Cette idée d’impossibilité de pouvoir renoncer réellement à une satisfaction éprouvée une fois chez l’homme, nous avons vu qu’elle se retrouvait régulièrement sous la plume de Freud. Elle nous semble extrêmement pertinente pour ne pas dire essentielle si l’on veut saisir le détournement que Freud a opéré par rapport à la question des idéaux. En effet, dans l’usage courant, les idéaux sont une chose, comportant un goût d’absolu, c’est-à-dire en opposition à une réalité bassement matérielle, pour laquelle l’homme serait prêt, en général, à renoncer à ses bas instincts pour aspirer vers elle. (Le terme provient également du grec <em>idea</em> qui est une « forme visible ».) Dans la perspective psychanalytique, lié au narcissisme, l’Idéal du Moi devient le substitut de ce dernier, c’est-à-dire qu’il va désigner une forme vide, mais visible, sur laquelle l’homme pourra donc projeter ce qu’il souhaite, et à laquelle sera attachée toute la satisfaction à laquelle il a dut renoncer en quittant le stade dit narcissique. Les idéaux, avec Freud, redescendent ainsi des cieux pour redevenir en fait le support de cette satisfaction sexuelle première et fondamentale qui accompagne l’état de narcissisme. En d’autres termes, ce qui pousse l’homme en avant n’est qu’une espèce de nostalgie d’un ancien état où nous étions nous-même notre propre idéal. L’homme ne renonce donc à rien, mais projette en avant, au-devant de lui, la satisfaction qu’il a dû abandonner provisoirement.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons déjà dit, Freud utilise la notion d’Idéal du Moi pour la première fois dans son texte <em>Pour introduire le narcissisme</em>, mais on peut retrouver la trace de cette notion dans divers articles antérieur à celui-ci.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous allons essayer de dégager quelques propositions de tous ces textes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais lorsque l’on essaie de cerner cette notion, il est préférable de définir des périodes car l’œuvre de Freud est un <em>work-in-progress</em>, et l’Idéal du Moi n’échappe pas à la règle.</p>
<p style="text-align: justify;">Sous la plume de Freud, son sens va progressivement être modifié, et lorsque la seconde topique va émerger et que le Surmoi va prendre toute sa place, l’Idéal du Moi et ses fonctions vont être refondues dans cet autre héritier, mais du complexe d’Œdipe cette fois, qu’est le Surmoi.</p>
<p style="text-align: justify;">En suivant par exemple Chasseguet-Smirgel<a href="#_ftn2">[2]</a>, nous délimitons ainsi deux périodes :</p>
<p style="text-align: justify;">La première allant jusque 1914 et le texte sur le narcissisme : Freud avance certaines propositions quant à la nature et finalement le rapport de l’idéal du Moi avec le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous choisirons :</p>
<p style="text-align: justify;">« Le roman familial du névrosé »</p>
<p style="text-align: justify;">« Pour introduire le narcissisme »</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde démarrant donc après 1914, où l’idéal du Moi est cette fois situé dans ses rapports avec l’instance morale et critique puis avec sa transformation en Surmoi</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, nous choisirons :</p>
<p style="text-align: justify;">« Psychologie des masses et analyse du moi »</p>
<p style="text-align: justify;">« Le moi et le ça »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Etude du texte : « le roman familial du névrosé »</h2>
<p style="text-align: justify;">Le premier texte que nous avons choisi est donc celui de 1908 : <em>le roman familial du névrosé</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce texte, Freud propose d’emblée un idéal dans le développement de l’individu : « se détacher de l’autorité de ses parents »<a href="#_ftn3">[3]</a>. Et il ajoute que la caractéristique principale du névrosé, c’est que ce dernier a échoué dans cette tâche. Mais plus précisément, et avant cette étape, Freud évoque ce « souhait le plus intense et le plus lourd de conséquences, c’est le « devenir grand comme père et mère »<a href="#_ftn4">[4]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à l’insatisfaction de certaines situations où l’enfant se sent mis à l’écart par ses parents, où il se sent ne plus être le centre unique de leur attention, ou en d’autres termes, il pense que son amour n’est pas pleinement reconnu et réciproque, il se met à fantasmer qu’il y a des parents ailleurs qui sont sans aucun doute meilleurs et donc qu’en définitive, il ne peut être qu’ « un enfant d’un autre lit ou un enfant adopté »<a href="#_ftn5">[5]</a>. L’enfant met alors en place une activité de fantaisie, une rêverie diurne dont la fonction est « d’accomplir des souhaits, corriger la vie, et qu’ils ont principalement deux buts, érotiques et ambitieux »<a href="#_ftn6">[6]</a>. Ces fantasmes vont alors se structurer à ce moment en ce que Freud va appeler « le roman familial des névrosés ». Autrement dit, l’enfant se met à fantasmer d’autres parents mieux à même d’être idéalisés.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, Freud montre qu’au final, derrière le souhait de remplacer ses parents que l’enfant estime insatisfaisants, se cache, à demi, le souhait de retrouver le temps originaire où l’enfant tenait ses parents pour les personnes les plus estimables au monde, car les parents fantasmés ne le sont en fait que sur la base de traits des parents véritables. Freud en conclue par ailleurs que « la surestimation enfantine des parents est donc maintenue aussi dans le rêve de l’adulte normal. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que nous pouvons retenir d’intéressant pour notre thème dans ce texte, c’est d’une part la proposition de Freud concernant un des premiers idéaux de l’enfant dans son développement : devenir grand comme ses parents (Pourrait-on dire alors que les parents s’imposent de l’extérieur comme des objets sur lesquels la libido sera déplacée, du narcissisme donc vers ces objets tenant la place d’Idéal du Moi de l’enfant, pour faire le lien avec le futur texte de 1914, <em>Pour introduire le narcissisme</em> ? C’est ce que nous postulons). Et d’autre part, loin de vouloir simplement remplacer les parents, ou plus précisément le père, c’est l’idéalisation de ce dernier qui est bien souvent à l’œuvre dans ce roman familial.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, retenons que chez le névrosé, cette idéalisation devient bien souvent un obstacle à l’émancipation de l’individu de l’autorité parentale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Etude de « Pour introduire le narcissisme »</h2>
<h3 style="text-align: justify;">La sortie du narcissisme</h3>
<p style="text-align: justify;">« Le développement du moi consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme. Cet éloignement se produit par le moyen du déplacement de la libido sur un idéal du moi imposé de l’extérieur, la satisfaction par l’accomplissement de cet idéal. »<a href="#_ftn8">[8]</a> Par ces deux phrases situées vers la fin de son texte, il nous semble que Freud résume admirablement ce qu’il va développer dans le dernier chapitre de ce texte, et ce que nous souhaiterions reprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans le chapitre trois de son essai, après avoir exposé ses vues sur le narcissisme au travers des exemples tels que la maladie ou encore la vie amoureuse, que Freud va introduire pour la première fois la notion d’Idéal du Moi. En effet, comme nous l’avons déjà amplement commenté, l’idée d’une renonciation totale impossible à une satisfaction auparavant éprouvée est une idée importante pour Freud, et il est normal qu’on la retrouve ainsi mise en œuvre au cours de ce texte. Au narcissisme décrit, il lui faut substituer une autre notion qui va pouvoir expliquer le développement du moi, même si le moi comme concept reste encore non élaboré : c’est l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Néanmoins, Freud semble hésitant dès le début du troisième chapitre : « Les perturbations auxquelles est exposé le narcissisme originel de l’enfant, ses réactions de défense contre ces perturbations, les voies dans lesquelles il est de ce fait poussé à s’engager, voilà ce que je voudrais laisser de côté, comme un matériau important qui attend encore d’être travaillé à fond »<a href="#_ftn9">[9]</a> Comment en effet expliquer la sortie du narcissisme, « Qu’est-il advenu de sa libido du moi ? »<a href="#_ftn10">[10]</a> se demande Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Il va donc faire rentrer en jeu ce qu’il appelle dans un premier temps « l’estime de soi qu’a le moi ». En effet, plutôt que de choisir la voie de la castration comme menace pour en quelque sorte enclencher le développement du moi et donc la sortie du narcissisme, Freud préfère la voie de la soumission à (la voix de) l’autorité, aux exigences d’une formation psychique qui viendrait en somme faire fonction d’idéal auquel le moi sera dorénavant jugé selon les exigences promues par cet instance.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette perspective lui permet effectivement d’une part de maintenir actif le narcissisme qui s’est « déplacé sur ce nouveau moi idéal qui se trouve, comme le moi infantile, en possession de toutes les précieuses perfections. »<a href="#_ftn11">[11]</a> Et d’autre part, cela lui permet de fonder la condition même du refoulement opéré du côté du moi à partir de la formation de cette instance de l’Idéal du Moi : « La formation d’idéal serait du côté du moi la condition du refoulement. »<a href="#_ftn12">[12]</a> Il nous semble que c’est montrer d’autant l’importance de cette formation d’idéal que d’en faire la condition du refoulement, tant ce dernier mécanisme tient une place fondamental dans l’édifice théorique freudien.</p>
<h3 style="text-align: justify;">L’Idéal du Moi comme substitut du Narcissisme</h3>
<p style="text-align: justify;">A ce stade de son élaboration théorique, pour Freud, la sortie du narcissisme est donc en corrélation directe avec cette formation d’idéal qui lui fait suite. Mais la question devient alors qu’est-ce qui a fait basculer l’enfant de cet état où il était encore en mesure de se prendre lui-même comme idéal vers celui où désormais il sera jugé selon cet idéal. Freud écrira que ce sont « les semonces encourues »<a href="#_ftn13">[13]</a> dont nous déduisons qu’elles sont admonestées par les parents ou autres éducateurs. Ces semonces, dont Freud précise qu’elles sont transmises par la voix, vont finalement constituer la fameuse conscience morale, le gardien de l’Idéal du Moi, qui va devenir ainsi l’instance de jugement du moi à l’aune de son idéal. Nous comprenons alors combien ce texte va être précurseur des élaborations futures concernant l’instance du surmoi, et ses rapports à la voix. D’ailleurs, au fil de ce texte, nous pouvons voir que Freud commence déjà à rapprocher l’Idéal du Moi et cette fonction de conscience morale avec la fonction de censure, avec l’exemple du rêve. Dans la suite de sa théorie, et ses réécritures successives de la théorie psychanalytique, il aura ainsi de plus en plus tendance à rassembler toutes ces fonctions dans une seule instance, le futur surmoi.</p>
<h3 style="text-align: justify;">L’Idéal du Moi dans le développement du Moi</h3>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que le premier idéal de l’enfant était sous-tendu par le souhait de devenir grand comme ses parents, et finalement qu’un des premiers idéaux que l’enfant se constituait était son père.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a donc déplacement de la satisfaction narcissique (celle de pouvoir se prendre soi-même comme son propre idéal) vers les premiers idéaux (le père, les parents, les grands-parents, qui cèderont la place ensuite aux différents éducateurs de l’enfant) construits sur la base d’objets extérieurs. Le développement du Moi peut ainsi débuter d’une part à l’aide de cette aspiration à retrouver cette satisfaction perdue qui se trouve maintenant en lieu et place de l’Idéal du Moi : « Il cherche à recouvrer sous la forme nouvelle d’un Idéal du Moi cette perfection précoce qui lui a été arrachée. Ce qu’il a projeté en avant de lui-même comme un idéal est simplement le substitut du narcissisme perdu de son enfance, du temps où il était son propre idéal. »<a href="#_ftn14">[14]</a> D’autre part ce sont les admonestations des éducateurs qui vont peu à peu éveiller le jugement de l’enfant. Dorénavant, comme l’écrit Freud, « La formation d’idéal augmente, comme nous l’avons vu, les exigences du moi, et c’est elle qui favorise le plus fortement le refoulement »<a href="#_ftn15">[15]</a> Cette formation qu’est l’Idéal du Moi agit en partenariat avec une autre instance que Freud a déjà mis au jour et utilisée dans sa théorie, c’est celle de la conscience morale.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, on a d’un côté l’Idéal du Moi à atteindre, et de l’autre la conscience morale, érigée comme gardien qui observe et mesure l’écart entre le moi et son idéal ; cette mesure conditionnant le refoulement comme on l’a déjà précisé. Il nous semble cependant que cette distinction Idéal du Moi et conscience morale, ou conscience critique, s’efface de temps à autre devant l’idée d’un Idéal du Moi qui contiendrait les deux fonctions.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Etude de « Psychologie des masses et analyse du moi »</h2>
<h3 style="text-align: justify;">La piste de l’identification avec Deuil et Mélancolie</h3>
<p style="text-align: justify;">A la fin de son texte <em>Pour introduire le narcissisme</em>, Freud écrivait que « de l’idéal du moi une voie significative conduit à la compréhension de la psychologie des masses. Outre son côté individuel, cet idéal a un côté social, c’est également l’idéal commun d’une famille, d’une classe, d’une nation. »<a href="#_ftn16">[16]</a> Freud va donc mettre en pratique en 1921 ce programme énoncé en 1914.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud avait déjà parlé d’ « angoisse sociale » à la toute fin de son introduction au narcissisme, et il situait sa nature comme narcissique. Il la faisait dériver par ailleurs d’un non-accomplissement de l’idéal qui, écrit-il, « libère de la libido homosexuelle, qui se transforme en conscience de culpabilité (angoisse sociale). »<a href="#_ftn17">[17]</a> La crainte de perdre l’amour des parents, puis celui des « compagnons » de la foule, est placée comme équivalent de cette conscience de culpabilité dans ce texte de 1914. Cette angoisse prenant sa source dans cette crainte de perdre l’amour de son semblable va être placée dans P<em>sychologie des masses et analyse du moi </em>comme moteur par rapport à l’accomplissement de l’activité qui mène aux idéaux. C’est une des pistes que Freud va donc suivre dans son essai de 1921, qui peut être considéré comme une exploration théorique, une analyse du moi comme Freud la nomme, à travers la nouvelle compréhension de cette instance qu’est l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre-temps, dans la vingt-sixième leçon de son <em>Introduction à la psychanalyse</em>, intitulée « La théorie de la libido et le narcissisme », Freud a résumé ce qu’il a élaboré sur le narcissisme en 1914. Mais ce qu’il y a d’intéressant, c’est qu’il lie ses découvertes avec ce qu’il a écrit dans <em>Deuil et Mélancolie<a href="#_ftn18"><strong>[18]</strong></a> </em>écrit en 1915. D’une part, il utilise maintenant cette instance de l’Idéal du Moi, traduit comme Moi Idéal, pour décrire l’éventuel accès mélancolique d’un individu : « Il sent en lui le pouvoir d’une instance qui mesure son moi actuel et chacune de ses manifestations d’après un moi idéal qu’il s’est créé lui-même au cours de son développement. Je pense même que cette création a été effectuée dans l’intention de rétablir ce contentement de soi-même qui était inhérent au narcissisme primaire infantile et qui a depuis éprouvé tant de troubles et de mortifications. »<a href="#_ftn19">[19]</a> Et d’autre part, il va utiliser de plus en plus sa découverte au sujet de l’identification à l’objet perdu dans la mélancolie pour construire son concept d’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">L’instance qui surveille, Freud la nomme cette fois, le censeur du moi, et la décrit également comme l’influence des parents, éducateurs ou encore issue d’identifications. On a donc le surveillant d’un côté et la crainte qu’il inspire de l’autre. Si l’individu ne se montre pas à la hauteur, l’amour pourrait lui être retiré, c’est l’angoisse sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, son essai <em>Psychologie des masses et analyse du moi</em>, nous apparaît d’une part dans la lignée de <em>Totem et </em>Tabou, c’est-à-dire dans la possibilité de faire des analogies entre la psychologie collective et la psychologie individuelle, et d’autre part comme un développement de l’essai d’introduction du narcissisme, mais armé des outils qu’il a puisés dans son travail <em>Deuil et mélancolie</em>, écrit entre-temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Ses outils pour aborder le développement, la constitution du moi, sont bien évidemment liés à la notion d’identification, notamment narcissique : l’identification du moi à l’objet perdu. On retrouve donc l’identification, dont on a dit quelques mots à propos de Léonard de Vinci et lors de notre évocation de l’histoire du concept de narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Jusque ici, nous avons voulu décrire la formation, la genèse, de l’Idéal du Moi, au sein de la relation entre l’enfant et ses parents, dans la perspective des liens qui unissent <em>l’enfant par rapport à ses parents</em>. Au travers des descriptions que Freud donne de l’idéalisation, nous allons également adopter une perspective qui va tenter de décrire les relations dans l’autre sens, c’est-à-dire <em>des parents par rapport à l’enfant</em>. Nous allons voir que ce qu’écrit Freud sur l’Idéal du Moi et ses liens par rapport à l’objet-enfant peut éventuellement nous éclairer.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Le chapitre sept : l’identification</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans cet essai, Freud consacre un chapitre entier, le chapitre sept, sur l’identification. On peut observer que d’emblée, il rappelle ce que nous avions relevé à propos de son texte <em>Le roman familial du névrosé</em>, « Le petit garçon fait montre d’un intérêt particulier pour son père, il voudrait devenir comme lui, prendre sa place en tous points. Disons-le tranquillement, il prend son père comme idéal. »<a href="#_ftn20">[20]</a> Cette première identification, Freud en fait même le tremplin pour aborder le complexe d’Œdipe.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons dit, l’identification du moi à l’objet perdu, isolée dans <em>Deuil et Mélancolie</em> et servant en fait de substitut à l’objet, pour le moi, est maintenant une chose acquise et un précieux outil dans l’analyse du développement de l’instance du moi pour Freud. Avec cette notion d’Idéal du Moi, Freud s’est également doté d’un modèle, c’est celui du moi partagé en deux, dont l’une des parties est maintenant bien identifiée par Freud comme l’Idéal du Moi. Il reste maintenant à mieux définir les liens qui unissent les deux parties du Moi ainsi distinguées. C’est ce que nous allons voir.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais on peut également remarquer que le mouvement d’assimilation de la conscience morale à l’Idéal du Moi continue. Freud attribue maintenant à l’Idéal du Moi les « fonctions d’auto-observation, la conscience morale, la censure onirique et l’exercice de l’influence essentielle lors du refoulement. »<a href="#_ftn21">[21]</a> La fonction du surveillant fait maintenant partie de l’Idéal du Moi. Enfin Freud l’écrit maintenant en toutes lettres : l’Idéal du Moi est une instance et elle est « l’héritière du narcissisme originaire, au sein duquel le moi de l’enfant se suffisait à lui-même. »<a href="#_ftn22">[22]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Concernant cette nouvelle instance il explique à présent son développement dans les termes suivants :</p>
<p style="text-align: justify;">« Progressivement, elle adoptait du fait des influences de l’environnement, les exigences que celui-ci posait au moi et auxquelles le moi ne pouvait pas toujours répondre, si bien que l’homme, là où il ne peut être satisfait de son propre moi, pouvait tout de même trouver sa satisfaction dans un idéal du moi différencié du moi. »<a href="#_ftn23">[23]</a></p>
<p style="text-align: justify;">On retrouve là le thème de la fonction <em>d’épreuve de la réalité</em> que Freud va attribuer un temps à l’Idéal du Moi avant de se dire qu’il avait commis une erreur et de la réintégrer du côté du moi. Nous verrons cela plus loin. Mais en tout cas, nous avons là un point intéressant : <em>le réconfort trouvé dans l’idéal</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’idéal du Moi gère en quelque sorte les insatisfactions du Moi devant la réalité en réparant le préjudice subi par ce Moi. Là où ce dernier échoue à faire face, l’Idéal du Moi réussit, et l’individu peut ainsi se réjouir quand même.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous faut maintenant décrire un autre mécanisme que Freud aborde un peu plus loin dans son texte.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Le processus d’idéalisation</h3>
<p style="text-align: justify;">Freud continue effectivement son étude à partir de l’état amoureux et d’une pratique qu’il connaît bien, l’hypnose. Son objectif est maintenant d’être en mesure de rendre compte du processus même de l’idéalisation, grâce à son outil (l’identification) et son modèle de développement du Moi à l’aide de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut noter que Freud aborde une nouvelle fois ce processus d’idéalisation. Il s’y était attardé lors de l’introduction du narcissisme, pour le distinguer de la sublimation. Freud y expliquait que tandis que cette dernière porte sur la libido d’objet et que son objectif est de faire changer de but la pulsion (Toute la difficulté de la sublimation est bien d’échanger le but sexuel originaire contre un autre but qui ne soit plus sexuel<a href="#_ftn24">[24]</a>) l’idéalisation concerne principalement l’objet et que « celui-ci est agrandi et exalté psychiquement sans que sa nature soit changée. »<a href="#_ftn25">[25]</a> Enfin l’idéalisation peut concerner la libido narcissique mais également la libido d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud reprend donc la notion dans <em>Psychologie des masses et analyse du moi</em> car il a maintenant  les moyens de l’affiner. Il peut lui donner un but, qui va être la satisfaction narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin de notre étude sur le narcissisme (Lire<a href="../?p=279"> l’étude de ce texte dans la première partie</a> et dans la série des articles<strong> </strong><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=62">Narcissisme et adolescence</a>), nous nous demandions comment il était possible d’articuler le narcissisme et l’Idéal du Moi dans la relation qui se construit entre les parents et leur représentation de l’enfant à venir.</p>
<p style="text-align: justify;">En reprenant la description de ce processus d’idéalisation dans ce texte, il nous semble que Freud nous indique d’une part la voie pour saisir comment l’on peut penser cette articulation, et d’autre part comment cette instance de l’Idéal du Moi se construit.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant la construction de l’Idéal du Moi chez l’enfant, l’idéalisation va concerner tout d’abord les parents de l’enfant. Nous avons vu que devant les exigences de l’environnement qui mettent le moi de l’enfant en difficulté, l’Idéal du Moi allait servir de réceptacle ou de projection par déplacement, en quelque sorte, des insatisfactions du moi : ainsi la mère ou le père seront pourvus des possibilités et des perfections que le moi ne se sentira pas avoir. Ces premiers objets, les parents, sont alors aimés et surtout idéalisés. Ils pourront constituer ainsi, à l’aide du mécanisme de l’identification, la base des idéaux, et donc une partie de l’Idéal du Moi. Cette description permet de mieux saisir comment se construisent les idéaux de l’enfant sur la base de ses premiers objets idéalisés.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant cette fois la relation parents-enfant que nous avons abordée au cours de notre étude sur le narcissisme, et notre interrogation sur la possibilité d’articuler narcissisme et Idéal du Moi au sein de cette relation, à l’aide de cette description du processus d’idéalisation, nous avons maintenant des éléments nouveaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons dit que là où le Moi pouvait échouer à faire face aux exigences de la réalité, l’idéal du Moi pouvait réussir, et l’individu pouvait ainsi se satisfaire quand même. Cette satisfaction étant d’ordre narcissique et <em>a priori</em> non pulsionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous semble que c’est là une description intra-psychique des rapports qui peuvent s’instaurer entre des parents et leur enfant. Là où le parent peut avoir subi quelque échec dans sa vie, ou a dû s’adapter à la réalité au prix de quelque désagrément, (comme la honte qu’il a pu ressentir d’avoir eu tel parent, à porter tel nom, tel prénom, etc…) il va pouvoir se réjouir en tentant de réparer quelque chose qui lui est propre en pensant que son enfant peut, lui, y échapper.</p>
<p style="text-align: justify;">Voyons maintenant comment Freud va aller plus loin dans les relations qui peuvent unir le Moi, l’objet aimé et l’Idéal du Moi.</p>
<h3 style="text-align: justify;">« L’objet est mis à la place du moi ou de l’idéal du moi »<a href="#_ftn26"><strong>[26]</strong></a></h3>
<p style="text-align: justify;">Ce qui nous intéresse toujours, c’est la description qu’il fait du processus de l’idéalisation dans certaines formes de l’état amoureux : « nous reconnaissons que l’objet est traité comme le moi propre, donc que dans l’état amoureux une certaine quantité de libido narcissique déborde sur l’objet. Dans maintes formes de choix amoureux, il devient même évident que l’objet sert à remplacer un Idéal du Moi propre, non atteint. On l’aime à cause des perfections auxquelles on a aspiré pour le moi propre et qu’on voudrait maintenant se procurer par ce détour pour satisfaire son narcissisme. »<a href="#_ftn27">[27]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il nous semble que cette longue citation trouve parfaitement écho à ce que nous disions du lien amoureux entre les parents et leur enfant. A la fin de notre étude du texte, <em>Pour introduire la narcissisme</em>, nous nous demandions comment la relation parent-enfant, comment l’amour parental pour un enfant s’articulait avec le narcissisme et l’Idéal du Moi des parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Si nous remplaçons <em>l’objet </em>dans la citation de Freud par <em>l’enfant</em>, nous obtenons :</p>
<p style="text-align: justify;">« nous reconnaissons que <em>l’enfant</em> est traité comme le moi propre, donc que dans l’état amoureux une certaine quantité de libido narcissique déborde sur <em>l’enfant.</em> […] il devient même évident que <em>l’enfant</em> sert à remplacer un idéal du moi propre, non atteint. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi les parents pourraient aimer l’enfant pour la satisfaction narcissique (le moi peut à nouveau se prendre lui-même comme idéal au travers de l’objet aimé) qu’ils pourraient retirer des perfections qu’ils attribueraient à leur enfant. Et ceci pourrait avoir lieu parce qu’ils placeraient dans ce cas l’enfant en lieu et place de leur Idéal du Moi non satisfait.</p>
<p style="text-align: justify;">De cette manière, et au travers de ce lien amoureux, l’Idéal du Moi des parents ne viendrait donc plus critiquer le moi propre des parents, car c’est bien là qu’entre en jeu normalement la fonction de surveillant de l’Idéal du Moi (qui évalue la distance entre le moi actuel et son idéal).</p>
<p style="text-align: justify;">L’idéalisation de l’objet (ou de l’enfant) ainsi que l’état amoureux pourraient croître de concert. Freud écrit que « le moi devient de moins en moins exigeant et prétentieux, l’objet de plus en plus magnifique et précieux »<a href="#_ftn28">[28]</a>, « si bien que l’autosacrifice de celui-ci devient une conséquence naturelle. »<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes conscients que cette manière de décrire le lien parent-enfant en utilisant cette formule freudienne célèbre qu’est <em>« L’objet s’est mis à la place de l’idéal du moi » </em>est peut-être un peu caricaturale. Néanmoins, elle nous paraît juste si on la prend comme ce qui peut se jouer « à l’extrême » ou dans les marges d’autres mécanismes que nous ne décrirons pas ici et qui viendraient en pratique faire obstacle à la pleine réalisation de ce que l’on vient de décrire. Mais poursuivons plus avant la façon dont Freud tente de rendre compte de ce processus d’idéalisation, car il semble buter ou hésiter devant un point étrange à première vue.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud tente en effet de compléter sa démonstration en essayant de distinguer l’identification et l’état amoureux d’une façon qui nous a laissé quelque peu perplexe. Avec l’identification, il lui semble reconnaître le cas « classique », l’identification narcissique, autrement dit celui où le Moi se pare des qualités de l’objet perdu, le Moi se transforme à cause de la perte de son objet. Tandis que dans l’état amoureux, Freud semble laisser supposer qu’il considère cette fois le processus quasi inverse : l’objet se serait presque mis à la place du Moi. En fait, avec ce passage, nous pensons que Freud commence à abandonner là une partie de l’argument issu de <em>Deuil et Mélancolie</em>, celle qui dit que le Moi ne peut s’identifier à l’objet aimé que parce que ce dernier a été perdu au préalable. Et qu’il considère en fait que l’état amoureux donne peut-être l’exemple qu’il n’est nul besoin de renoncer à l’objet aimé pour que le Moi s’identifie à lui. Nous pensons reconnaître là les prémisses de ce qu’il développera dans son essai ultérieur <em>Le moi et le ça</em> lorsqu’il décrira une des voies par lesquelles le Moi peut maîtriser le ça : « Quand le moi adopte les traits de l’objet, il s’impose pour ainsi dire lui-même au ça comme objet d’amour, il cherche à remplacer pour lui ce qu’il a perdu en disant : ‘Tu peux m’aimer moi aussi, vois comme je ressemble à l’objet’. »<a href="#_ftn30">[30]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Freud, cette réflexion sur l’identification et l’état amoureux aboutit à une interrogation sur la place de l’objet vis à vis du Moi et de l’Idéal du Moi. Il nous dit en fait hésiter devant le fait que l’objet serait plutôt mis à la place du Moi ou de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrivé à ce point quant à nos propres interrogations concernant les liens qui unissent le Moi, l’objet aimé et l’Idéal du Moi, nous pouvons tenter de faire un schéma qui nous aiderait peut-être à nous représenter les choses :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/03/Coïncidence-entre-Moi-et-Idéal-du-Moi-à-l’aide-de-l’objet-aimé1.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-408" title="Coïncidence entre Moi et Idéal du Moi à l’aide de l’objet aimé" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/03/Coïncidence-entre-Moi-et-Idéal-du-Moi-à-l’aide-de-l’objet-aimé1-1024x626.jpg" alt="" width="1024" height="626" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce schéma permet de décrire l’équilibre qui se crée entre les trois éléments : le Moi, l’objet aimé et l’Idéal du Moi. Nous pourrions même ajouter un quatrième élément, la réalité et ses exigences.</p>
<p style="text-align: justify;">La coïncidence entre le Moi et son idéal engendre une sorte de régression, un retour de satisfaction de nature narcissique. Et nous comprenons qu’il peut avoir lieu lorsque le Moi s’identifie avec l’objet aimé, et lorsque l’objet aimé prend la place d’un idéal du Moi non atteint.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela nous permet de comprendre l’hésitation de Freud devant le fait de savoir si l’objet est mis à la place du moi ou de l’Idéal du Moi et de nous dire qu’au final, dans le lien amoureux qui unit le Moi à l’objet, il y a au fond une identification, ce qui résoudrait la question. L’objet affecterait le Moi et l’Idéal du Moi, mais selon deux processus différents.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc vu plus haut que l’idéal du Moi permettait « d’effacer » les insatisfactions du Moi devant la réalité en réparant le préjudice. Là où le Moi échoue à faire face, l’idéal du Moi peut réussir, et l’homme peut ainsi à nouveau se réjouir. Si l’enfant comme objet aimé, auquel le parent peut donc s’identifier, peut être également mis à la place de l’idéal du Moi du parent, et si l’individu peut à nouveau se satisfaire avec son Idéal du Moi à la place des échecs essuyés par son propre Moi, alors nous pouvons nous dire que nous avons décrit là la relation complète qui peut s’instaurer sur la base de cette identification narcissique entre un père ou une mère et son enfant.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><br />
</em></p>
<h3 style="text-align: justify;">Une sensation de triomphe</h3>
<p style="text-align: justify;">La seconde partie de ce chapitre permet à Freud d’aborder l’hypnose et d’ajouter que « parmi les fonctions de l’idéal du moi, il y avait aussi l’exercice de l’épreuve de réalité. »<a href="#_ftn31">[31]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Comment comprendre cette remarque sur cette nouvelle fonction ? Nous avouons qu’il nous est difficile de saisir pourquoi Freud en vient à l’ajouter ici. Toujours est-il que dans <em>Le moi et le ça</em>, auquel nous nous attacherons plus loin, Freud revient sur cette assertion en disant en note de bas de page qu’il s’est tout simplement trompé : « J’ai seulement commis une erreur qui exige rectification, en attribuant à ce sur-moi la fonction de l’épreuve de réalité. Il serait tout à fait conforme aux relations du moi avec le monde de la perception que l’épreuve de réalité demeure la tâche propre au moi. »<a href="#_ftn32">[32]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’exemple de l’hypnose lui permet également d’aborder les rapports affectifs au sein d’une foule. Freud va ensuite prendre la foule comme la « reviviscence de la horde originaire »<a href="#_ftn33">[33]</a> celle-là même qu’il a étudiée dans <em>Totem et Tabou,</em> et aboutir à la description du fameux père originaire comme idéal de la foule « qui domine le moi à la place de l’idéal du moi. »<a href="#_ftn34">[34]</a> Freud décrit ainsi le processus qui serait le même dans l’hypnose ou dans la horde ou la foule, et qui mène l’individu à abandonner son Idéal du Moi au profit d’un Idéal du Moi collectif qui vient alors s’incarner dans la personne du chef, ou du père originaire : un objet extérieur faisant office d’Idéal du Moi. Les individus peuvent alors se sentir tous égaux, aimés de manière égale par leur chef, et enfin s’identifier les uns aux autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous semble intéressant de relever le parallèle que Freud avait suggéré à la fin de son texte d’introduction sur le narcissisme en prenant pour équivalent la foule et la famille. Le processus qui conduit l’individu à abandonner son Idéal du Moi pour un Idéal du Moi collectif peut être appliqué à une famille. C’est le côté social de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ne peut-on pas penser que parfois, peut-être lors de moments transitoires de régression, et suivant le mécanisme sur lequel nous nous sommes arrêtés plus haut, c’est l’enfant qui se place en tant qu’Idéal du Moi collectif de la famille ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le onzième chapitre de son essai, Freud donne une définition restreinte de son concept : « l’idéal du moi englobe la somme de toutes les limitations auxquelles le moi doit se soumettre »<a href="#_ftn35">[35]</a>. Finalement, Freud explore « une face positive » de l’idéal qui permet un certain développement du moi : c’est l’idéal comme <em>aspiration à devenir</em> pour le moi. Et il nous semble que Freud invoque avec cette dernière définition « une face restrictive » qui représente, toujours par rapport à cette aspiration à être, la soumission à une certaine autorité (la réalité, les parents, etc…). Nous pensons que c’est là un apport essentiel pour le devenir du concept dans son chemin vers sa transformation en Surmoi.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette perspective, Freud revient alors sur la séparation, difficile selon lui, de l’Idéal du Moi d’avec le moi. Il pense que cette séparation ne peut être supportée de manière durable et donc que la disparition, temporaire, de l’Idéal du Moi, est alors considérée comme « une fête grandiose pour le moi, qui alors aurait une fois encore le droit d’être content de lui. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ce point nous semble important car nous pensons que la venue d’un enfant peut dans certains cas être considérée comme un de ces moments où l’idéal qui fait autorité s’efface, car il est quelque part accompli : l’individu est enfin en passe de devenir lui-même parent, de prendre la place de parent, et il peut enfin jouir d’avoir réussi à atteindre un de ses idéaux les plus anciens : être comme ses parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne pourrait-on donc pas considérer qu’une partie de la joie de savoir qu’un nouveau-né pourrait arriver pour les parents proviendrait de cette « sensation de triomphe » que Freud décrit quand « quelque chose dans le moi coïncide avec l’idéal du moi. »<a href="#_ftn36">[36]</a></p>
<p style="text-align: justify;">« Tout ce qu’on possède ou qu’on atteint, tout reste de sentiment primitif de toute-puissance que l’expérience a confirmé contribue à accroître le sentiment de soi ».<a href="#_ftn37">[37]</a> Cette phrase tirée de <em>Pour introduire le narcissisme</em> peut être rapprochée de ces moments de « triomphe » dont parlera Freud dans <em>Psychologie des masses et analyse du moi</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous postulons ainsi que la grossesse peut être un de ces moments de triomphe.</p>
<p style="text-align: justify;">« Une part du sentiment de soi est primaire, c’est le reste du narcissisme enfantin, une autre partie est issue de la toute-puissance confirmée par l’expérience (accomplissement de l’idéal du moi), une troisième partie est issue de la satisfaction de la libido d’objet. »<a href="#_ftn38">[38]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Si par ailleurs, on suit la proposition que l’enfant peut être mise à la place de l’Idéal du Moi (collectif) de la famille, il est envisageable que dans ce cas il soit plus simple que le Moi et l’Idéal du Moi coïncident tant les exigences de ce dernier seraient alors plus faciles à satisfaire.</p>
<p style="text-align: justify;">De cette proposition découle bien évidemment son contraire. Comment expliquer la difficulté de certains individus devant le même fait, devenir parent, ou encore ceux pour qui cette situation n’engendre aucune sensation de triomphe ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ne pourrait-on pas l’interpréter pour les premiers comme précisément la difficulté devant un Idéal du Moi trop imposant. Ce dernier porterait une soumission à l’autorité parentale telle qu’elle contraindrait le moi à se soumettre à certaines obligations qui les empêcherait alors d’accéder à la place de parents. Pour les seconds, ceux chez qui le fait de devenir parent ne serait pas une chose difficile mais n’entraînerait aucune sensation de triomphe, cela pourrait être interprété toujours à l’aide de l’Idéal du Moi, dans les termes même de Freud à la fin de son chapitre sur l’identification : « nous n’avons pas oublié d’indiquer que le degré d’éloignement de cet idéal du moi par rapport au moi est très variable d’un individu à l’autre, et que chez beaucoup cette différentiation à l’intérieur du moi ne va pas plus loin que chez l’enfant. »<a href="#_ftn39">[39]</a> Dans ce cas, nous pourrions supposer que cela explique le fait que le triomphe ne peut pas avoir lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Etude de « Le moi et le ça »</h2>
<h3 style="text-align: justify;">Jusque-là, rien de neuf…</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans cet essai majeur, Freud rassemble toutes ses dernières avancées que l’on caractérise souvent par son « tournant des années vingt », avec, entre autres, l’introduction de la nouvelle dualité pulsionnelle, pour y définir sa désormais célèbre seconde topique constituée des trois instances : le moi, le ça et le surmoi. Nous nous demandons d’ailleurs pourquoi Freud ne mentionne pas cette dernière instance dans le titre de cet essai ?</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il que l’identification narcissique mise au jour dans <em>Deuil et Mélancolie </em>avec le mécanisme de l’introjection mélancolique est toujours au centre des explications théoriques et lui permet de décrire la genèse de ce qu’il appelle le <em>caractère </em>du moi. Il écrit que ce processus (autrement dit l’identification à l’objet aimé, perdu ou pas, qui permet de maintenir l’investissement de cet objet via cette identification) est fréquent, « ce qui permet de concevoir que le caractère du moi résulte de la sédimentation des investissements d’objet abandonnés, qu’il contient l’histoire de ces choix d’objet. »<a href="#_ftn40">[40]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud va d’ailleurs ajouter une remarque intéressante au sujet de cette sédimentation résultant des multiples identifications du Moi à des objets divers et variés. Ces identifications seraient à même de rentrer en conflit, du fait qu’elles peuvent être parfois inconciliables. Nous retiendrons donc cette possibilité de conflit entre ces identifications vis-à-vis desquelles l’Idéal du Moi ne nous semble pas à l’abri. En effet, des formations idéales peuvent également devenir conflictuelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais jusque-là, nous n’avons finalement rien de neuf sur l’Idéal du Moi puisque cette explication, qui est cependant précisée et affinée, est la même que celle décrite dans <em>Psychologie des masses et analyse du moi </em>au chapitre sur l’identification.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut attendre le troisième chapitre et c’est au travers d’un questionnement sur les possibles conflits qui peuvent apparaître dans le moi suite aux multiples identifications que Freud reprend ses interrogations sur la naissance de l’Idéal du Moi et avance une chose pour le moins énigmatique au premier abord : « Ceci nous ramène à la naissance de l’idéal du moi, car derrière lui se cache la première et la plus importante identification de l’individu : l’identification au père de la préhistoire personnelle. »<a href="#_ftn41">[41]</a></p>
<h3 style="text-align: justify;">L’identification au père de la préhistoire personnelle</h3>
<p style="text-align: justify;">En effet, qui est donc ce père de la préhistoire personnelle ? Car l’invocation de ce personnage lui permet tout bonnement de poser certes encore une fois une première transformation du moi via une identification, mais également et surtout de se passer d’un investissement d’objet préalable : « C’est une identification directe, immédiate, plus précoce que tout investissement d’objet. »<a href="#_ftn42">[42]</a> Cette assertion apparaît des plus déconcertantes à la première lecture. En effet, jusque ici, il fallait toujours un objet auquel le moi pouvait s’identifier afin de pouvoir adopter les traits de cet objet, et finalement, comme l’écrit Freud, s’imposer au ça comme objet d’amour. Mais concernant cette identification primaire, point d’objet désigné. Freud hésite d’ailleurs lui-même devant la nécessité de cette nouvelle identification qu’il désigne, au vu de ce qu’il écrit en notes de bas de page : « Peut-être serait-il plus prudent de dire ‘identification aux parents’… »<a href="#_ftn43">[43]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que bon nombre de commentateurs interprète ce fameux passage sur cette identification primordiale en pensant à <em>Totem et Tabou</em> et son père de la horde primitive. On connaît le goût de Freud pour la métaphore préhistorique et l’on a déjà vu avec l’animisme et le narcissisme qu’il s’agit pour lui d’effectuer une sorte de parallèle, d’analogie entre l’origine de l’Homme et l’origine du Sujet pourrait-on dire. Aussi, il est possible d’identifier ce père de la préhistoire personnelle au père originaire. Mais cela nous aide-t-il ? Car nous avons simplement déplacé la question, qui devient : qui est le père originaire et quelle est son incidence sur l’appareil psychique d’un nouveau-né ?</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on abandonne définitivement toute connotation lamarckienne<a href="#_ftn44">[44]</a> pour répondre à ces deux questions, il est possible de considérer que ce père de la préhistoire personnelle, et l’identification de l’enfant à celui-ci que Freud considère comme condition première aux futures identifications narcissiques avec le père ou la mère du sujet, est donc d’une autre nature que les parents de cet enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">De quelle nature est-il ce père ? Il est difficile de le dire pour le moment, mais nous pouvons souligner le fait que Freud avait cependant besoin de cet élément et d’une identification spéciale qui, nous le rappelons, lui permet de fonder les futures assises du moi via ses transformations en fonction de ses objets. Par ailleurs, cette nouvelle identification interroge également le statut même que Freud accorde à l’identification. Autrement dit, au travers de cette identification au père de la préhistoire personnelle, nous nous interrogeons sur le sens que Freud donne finalement à ce qu’il nomme identification quand il l’utilise.</p>
<p style="text-align: justify;">En conclusion, retenons que pour Freud, une description correcte de la genèse du moi ne peut donc se contenter d’en rester aux identifications que l’on peut qualifier maintenant de secondaires et qui concernent ces objets que sont la mère et le père de l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous considérons que c’est là le point de fuite théorique sur lequel nous sommes obligés de nous arrêter afin de circonscrire notre champ de recherche.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi nous pensons que pour aller plus loin sur ce point, il serait intéressant d’introduire les distinctions de Lagache au sujet du Moi Idéal et de l’Idéal du Moi. Distinctions que Lacan reprendra et développera grâce à son triptyque symbolique, imaginaire et réel. Nous pensons que cette question mériterait un développement trop important à elle toute seule pour la traiter ici. Nous la reprendrons cependant dans le chapitre où nous essaierons de discuter notre approche théorique.</p>
<h3 style="text-align: justify;">L’idéal du moi ou le surmoi</h3>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons déjà dit, Freud achève le développement de son concept d’Idéal du Moi dans ce texte. Il accole le terme de sur-moi constamment à celui d’Idéal du Moi, et finit par ne parler que du premier. Les fonctions décrites pour l’Idéal du Moi vont maintenant être attribués au sur-moi, et la jonction entre la description des processus liés au complexe d’Œdipe dit complet et les processus d’identification va être effectuée. La nouvelle instance possède maintenant ces deux facettes : « tu <em>dois </em>être ainsi (comme le père), elle comprend aussi l’interdiction : tu <em>n’as pas le droit </em>d’être ainsi (comme le père), c’est-à-dire tu n’as pas le droit de faire tout ce qu’il fait ; certaines choses lui restent réservées. »<a href="#_ftn45">[45]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud parle alors de double visage pour l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Etudiant ce texte, il nous a semblé difficile de l’utiliser pour notre étude tant les ramifications qu’il propose avec d’autres concepts comme le complexe d’Œdipe notamment, nous emmènent loin. Ce que Freud propose dans cet essai nous a semblé trop complexe pour être véritablement travaillé dans le champ de notre étude. Mais nous essaierons d’en dégager cependant certaines interrogations dans la partie de cette exposé où l’on discutera ce à quoi nous serons parvenus après la mise à l’épreuve de notre hypothèse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sigmund Freud, « le poète et l’activité de fantaisie », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 163.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Janine Chasseguet-Smirgel, <em>La maladie d’idéalité, essai psychanalytique sur l&#8217;idéal du moi</em>, L’Harmattan, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Sigmund Freud, « Le roman familial des névrosés », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 253.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Ibid.</em>, p. 253</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> <em>Ibid.</em>, p. 254</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>Ibid.</em>, p. 254</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Sigmund Freud, « Le roman familial des névrosés », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 256.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 243.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> <em>Ibid.</em>, p. 235.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> <em>Ibid.</em>, p. 236.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> <em>Ibid.</em>, p. 236.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> <em>Ibid.</em>, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> <em>Ibid.</em>, p. 238.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 238.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> <em>Ibid.</em>, p. 244.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> <em>Ibid.</em>, p. 244.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Sigmund Freud, « Deuil et mélancolie », in <em>Œuvres complètes, tome XIII</em>, PUF, 1988</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Sigmund Freud, <em>Introduction à la psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 522.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 187.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> <em>Ibid.</em>, p. 193.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> <em>Ibid., </em>p. 193.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001<em>, </em>p. 194.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Il faut noter que si Freud donne cette définition en 1908 dans <em>La morale sexuelle « culturelle » et la nervosité moderne</em>, il ajoutera plus tard, en 1932, dans sa <em>Suite aux leçons d’introduction de la psychanalyse</em> que la sublimation consisterait à la fois en un changement de but, mais également en un changement d’objet à valeur sociale plus élevée. Aussi, la distinction qu’il fait dans <em>Pour introduire le narcissisme</em> entre sublimation et idéalisation serait à reprendre pour être affinée avec sa dernière définition de la sublimation.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 199.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> <em>Ibid.</em>, p. 197.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 198.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> <em>Ibid.</em>, p. 198.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 269.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 200.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 267.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref33">[33]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001<em>, </em>p. 213.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref34">[34]</a> <em>Ibid., </em>p. 219.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref35">[35]</a> <em>Ibid., </em>p. 224.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref36">[36]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 225.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref37">[37]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 241.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref38">[38]</a> <em>Ibid.</em>, p. 243.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref39">[39]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 194.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref40">[40]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 269.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref41">[41]</a> <em>Ibid.</em>, p. 271.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref42">[42]</a> <em>Ibid.</em>, p. 271.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref43">[43]</a> <em>Ibid.</em>, p. 271.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref44">[44]</a> Freud a toujours tenu à une interprétation de la persistance en chacun de nous de traces mnésiques héritées phylogénétiquement de nos tous premiers ancêtres. Il a été fortement influencé par les théories de Lamarck sur l&#8217;évolution des espèces, notamment celles qui expliquaient l’évolution en termes d&#8217;hérédité des caractères acquis, qui sont aujourd’hui caduques.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref45">[45]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 274.</p>
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		<title>Le choix du prénom ou la logique narcissique de l’Idéal du Moi : première partie</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Mar 2011 12:00:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[choix du prénom]]></category>
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		<description><![CDATA[« Ce que tes aïeux t’ont laissé en héritage, si tu veux le posséder, gagne-le », Goethe, Faust, première partie.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Ce que tes aïeux t’ont laissé en héritage, si tu veux le posséder, gagne-le »</em></p>
<p>Goethe, <strong><em>Faust</em></strong>, première partie.</p>
<p>Cité par Freud dans son <em><strong><em>abrégé de psychanalyse</em></strong></em>, p.84</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<h2>Historique du Narcissisme</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je commencerai par reprendre l’introduction que j’ai déjà écrite sur le narcissisme ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent : Narcissisme et adolescence – première partie" rel="bookmark" href="../?p=62">Narcissisme et adolescence – première partie</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le concept de narcissisme, c’est à dire littéralement l’amour porté à sa propre image, est un concept-pivot, qui bien que transitoire, a été « introduit » par Freud en 1914<a href="#_ftn1">[1]</a> au sein de sa théorie. « Introduit » est peut-être un euphémisme tant Freud, dans son article, passe en revue les questions que pose le concept à toute une partie de son édifice théorique, non sans poser quelques problèmes, implicites ou explicites, qui seront repris d’ailleurs par les psychanalystes suivants, soit dans la foulée, soit un peu plus tard dans l’histoire de la psychanalyse. Concept transitoire, disions-nous, puisque celui-ci disparaîtra plus ou moins sous l’avancée, à la fois de la dernière théorie des pulsions et de la seconde topique. Il n’en reste pas moins un des plus importants dans le corpus freudien et peut-être l’un des plus heuristiques (au risque d’en faire un concept fourre-tout) si l’on en juge par la production psychanalytique qui s’inscrit dans sa lignée théorique (on pense ici par exemple à la théorie d’Hartmann du Moi autonome puis à celle de Kohut sur le Self, ou encore à l’utilisation que Jacques Lacan en fera. Ce dernier proposera une solution à cette question implicite de Freud quant à la nature de cette « nouvelle action psychique »<a href="#_ftn2">[2]</a>, avec son célèbre article sur le stade du miroir<a href="#_ftn3">[3]</a> et sa description de ce moment fondateur pour le sujet.) et clinique (on voit par là son utilisation dans la définition « des nouvelles pathologies » concernant les addictions ou les troubles de l’alimentation par exemple, ou encore dans celle des cas-limites : le conflit oedipien contre le conflit narcissique).</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le narcissisme dans la théorie freudienne, le texte de 1914, « Pour introduire le narcissisme », aborde différentes dimensions du concept : économique, structurale et développementale.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde topique freudienne entraînera, certes, l’éclipse du concept de narcissisme, mais également un certain brouillage conceptuel. En effet, le narcissisme primaire, avancé en 1914, devient un véritable stade anobjectal (un état où l’appareil psychique serait clôt sur lui-même telle une monade), difficilement concevable car rentrant en contradiction avec le fait que l’état du bébé est également conçu comme un état d’indistinction entre ce qui est soi et ce qui ne l’est pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Mélanie Klein, réfutant cet hypothétique stade du narcissisme primaire, désignera un état précoce où l’enfant investirait toute sa libido sur lui-même, avec sa théorie des relations d’objet précoces. Le courant kleinien, avec notamment Herbert Rosenfeld, ou encore Wilfred Bion, développera d’ailleurs une approche spécifique du traitement psychanalytique des troubles qualifiés de narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à Freud et les raisons pour lesquelles il a introduit cette notion de narcissisme. En effet, face aux questions que lui posent Jung et Bleuler à propos de la psychose, Freud refusant de céder à la tentation d’abandonner la préséance du sexuel dans l’étiologie des troubles, mais également dans la description du développement du moi (qui reste attaché dans la tradition psychiatrique, et particulièrement dans la conception jungienne, à la sphère de l’esprit, détachée du corps, ce que refuse obstinément Freud), va proposer une description des troubles psychotiques en termes de régression narcissique. Freud va être très vite devant un paradoxe : comment le narcissisme, qu’il va décrire comme un investissement libidinal, peut bien venir au final s’opposer à la libido ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il lui faut imposer l’idée d’un moi libidinalisé, sans quoi une théorie d’un moi désexualisé pourrait prendre le dessus. Le complexe d’Œdipe, Freud en fait une référence solide qu’il utilise abondamment. Mais avec ce concept de narcissisme, il avance à petits pas, car il semble qu’il s’en méfie. En effet, la logique du narcissisme peut tendre à faire disparaître la sexualité du devant de la scène. Sa logique, comme nous le verrons, appartient au domaine des représentations.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le texte où l’on peut voir la première occurrence du terme de narcissisme, « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci », Freud décrit l’amour que portait Léonard de Vinci aux jeunes gens dont il aimait <em>a priori</em> s’entourer, et va tenter de l’expliquer à l’aide de la notion de narcissisme. Il va ainsi décrire un type particulier de choix d’objet, et expliquer que Léonard se serait identifié à sa mère, et ainsi, qu’au travers de l’amour qu’il portait à ces jeunes hommes, il continuait en fait de s’aimer lui-même, comme sa mère l’avait aimé. Freud relie donc clairement dans ce texte le narcissisme à un processus d’identification. Ainsi, lorsqu’on parle d’identification, on commence à parler de représentation. Le choix d’objet d’amour ne peut plus être un simple objet pulsionnel, car il obéit à une logique différente qui s’est mise en place avec le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir du texte, « Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa » publié en 1911, Freud va commencer à utiliser le terme de narcissisme en référence à une sorte de stade du développement infantile sexuel. Il va donc placer ce stade narcissique entre l’auto-érotisme et ce qu’il appelle l’amour d’objet. Les tendances homosexuelles analysées dans son texte sur Léonard, sont retrouvées également chez Schreber, au niveau de son délire. Elles appartiennent maintenant à ce nouveau stade de l’évolution psycho-sexuelle et loin de disparaître, elles deviendront plus tard le fondement même des liens sociaux pour Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est à noter que les descriptions du narcissisme opérées par Freud ont toujours partie liées avec l’amour et non la pulsion, qui est au centre de l’édifice théorique dit de la première topique. L’objet pulsionnel est interchangeable, il est consommé avant d’être construit, à la différence de l’objet d’amour, qui lui, est une construction : il est ainsi conçu avant d’être en quelque sorte consommé.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons dit, le texte de 1914, « Pour introduire le narcissisme », marque l’élaboration théorique du concept, mais, comme on l’a vu, d’une part on peut en retrouver certaines traces dans des textes antérieurs, et d’autre part, il est possible de dégager certaines applications de ce concept, avec des prolongements intéressants dans des textes presque contemporains du texte de 1914.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc choisi quelques textes que nous avons étudiés afin de dégager du concept quelques propositions plus spécifiques pour notre recherche sur le choix du prénom en rapport avec l’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces textes sont « le poète et l’activité de fantaisie » écrit en 1908, « Totem et Tabou » publié entre 1912 et 1913, et enfin « Pour introduire le narcissisme » publié en 1914.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Etude de « le poète et l’activité de fantaisie »</h2>
<p style="text-align: justify;">C’est un texte paru en 1908 où Freud explore ce sujet qui lui tient à cœur, et peut-être même plus, au corps, à savoir la création littéraire. Il s’interroge plus particulièrement ici sur la source de l’activité créatrice du poète. Très vite, il la compare au jeu, à l’activité ludique que l’on peut observer chez l’enfant : « que tout enfant qui joue se comporte en poète, en tant qu&#8217;il se crée un monde à lui, ou, plus exactement, qu&#8217;il transpose les choses du monde où il vit dans un ordre nouveau tout à sa convenance. »<a href="#_ftn4">[4]</a> En fait, en liant cette proposition avec une autre que Freud va développer dans la suite de son texte, nous pourrions ajouter que l’activité du poète, pour Freud, est une façon de poursuivre les jeux d’enfant. Car il ajoute à propos du renoncement à un plaisir goûté qu’ « à vrai dire, nous ne pouvons renoncer à rien, nous ne faisons qu’échanger une chose contre l’autre ; ce qui paraît être un renoncement n’est en réalité qu’une formation substitutive ou succédanée. »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi l’activité de fantaisie (autrement dit les fantasmes produits par l’être humain) n’est qu’une des formations substitutives des plaisirs procurés entre autres par ces jeux auxquels l’enfant qu’il fut s’adonnait.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette impossibilité de renoncer à une satisfaction déjà éprouvée est une proposition forte que nous allons retenir, et sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud va poursuivre en observant que la différence notable entre l’adulte et l’enfant, c’est que l’adulte a honte de ses fantasmes. Et pour expliquer cette différence, Freud va de nouveau faire appel à ce que nous aurions envie d’appeler, ce premier idéal : ce « seul souhait qui aide à l’éducation de l’enfant »<a href="#_ftn6">[6]</a>. En effet, nous rapprocherons ce premier souhait de celui que Freud développe plus largement dans un autre texte, « Le roman familial des névrosés » sur lequel nous nous pencherons plus tard, qui est « le souhait d’être grand et adulte ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous nous sommes également posés la question de savoir si ce ne serait pas également ce même idéal, ce souhait d’être comme ses parents, qui pourrait être utilisé pour lire cette phrase du texte « Pour introduire le narcissisme » sur lequel nous nous appuierons également : « Le développement du moi consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme. Cet éloignement se produit par le moyen du déplacement de la libido sur un idéal du moi imposé de l’extérieur, la satisfaction par l’accomplissement de cet idéal. »<a href="#_ftn7">[7]</a> Les premiers objets idéalisés seraient alors les parents et la satisfaction serait tirée d’une identification à ces objets, du rapprochement avec ces idéaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans tous les cas, cette proposition énonçant cette impossibilité de renoncer à une satisfaction nous paraît être importante à relever dans le cadre de cette étude sur le narcissisme, et permet de mieux saisir que ce développement du moi dont parle Freud va se dérouler avec comme toile de fond cette aspiration à retrouver une satisfaction perdue.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, la honte de l’adulte qui fantasme s’expliquerait par cette contradiction dans laquelle il est plongé : fantasmer lui procure une satisfaction certes, mais celle-ci a un goût bien trop infantile, pour lui qui est devenu grand et adulte. Tirer de la satisfaction de cette activité substitutive, c’est alors creuser un écart important avec la satisfaction d’avoir atteint cet idéal que serait le statut d’adulte. C’est donc creuser un écart important entre l’idéal et cette activité de fantaisie, qui devient alors la source du sentiment de honte.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi s’attarder sur cette activité de fantaisie et ses liens avec l’idéal et la honte ?</p>
<p style="text-align: justify;">Parce que d’une part, comme nous l’avons dit, nous supposons avec Freud qu’en effet, le renoncement à une satisfaction éprouvée une fois est une chose particulièrement difficile. Aussi, cette satisfaction dont a bénéficié l’être humain dans cet état mythique que Freud a qualifié de narcissisme, ne va, en pratique jamais être complètement abandonnée. Elle va donc être recherchée, et ainsi être supposée atteignable par d’autres voies, celle des idéaux et des activités qui vont tendre vers ces idéaux. C’est ce que nous développerons par la suite. D’autre part, ce sentiment de honte attaché à l’activité de fantaisie chez l’adulte, comme le rappelle Freud dans ce texte, fait qu’il est alors difficile d’y avoir accès. « L&#8217;adulte, par contre, a honte de ses fantasmes et les dissimule aux autres, il les couve comme ses intimités les plus personnelles ; en règle générale, il préférerait avouer ses fautes que de faire part de ses fantasmes. »<a href="#_ftn8">[8]</a> Or il nous semble que le choix d’un prénom relève de cette activité de fantaisie. C’est pourquoi nous pensons que les raisons invoquées par les parents, même si elles sont importantes, relèvent de tentatives de dissimulation de cette activité, puisque nous supposons qu’une part de honte l’accompagne.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de cette étude, nous allons tenter de construire l’hypothèse que cette étape du choix du prénom va constituer une de ces activités fantasmatiques sous-tendue par le souhait de retrouver une satisfaction perdue.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous allons maintenant nous attacher à voir selon quelle logique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Etude de « Totem et Tabou »</h2>
<p style="text-align: justify;">Le second texte sur lequel nous nous sommes arrêtés est « Totem et Tabou ».</p>
<p style="text-align: justify;">Texte pour le moins critiqué et polémique, « Totem et Tabou » est constitué de quatre essais rédigés entre 1912 et 1913. Freud y réinterprète des données issues de l’anthropologie et de l’ethnologie de son époque pour mettre en parallèle la psychologie de peuples qu’il nomme « primitifs » et des découvertes qu’il a faites dans le cadre psychanalytique au sujet de certaines névroses.</p>
<p style="text-align: justify;">« Totem et Tabou » a été écrit avant son texte inaugural sur le narcissisme. Mais Freud utilise déjà le concept en soulignant qu’il veut en faire une phase à intercaler entre la phase dite d’auto-érotisme et celle du choix de l’objet, ou plus précisément de distinguer dans la phase d’auto-érotisme, deux sous-phases en somme. Durant la seconde phase de l’auto-érotisme, le moi, déjà constitué, deviendrait l’objet des différentes tendances sexuelles qui, jusque-là, étaient censées se satisfaire un peu anarchiquement, de manière autonome et avec des objets quelconques. « Cette organisation narcissique ne disparaîtrait jamais complètement », écrit-il, « après même qu’il a trouvé pour sa libido des objets extérieurs. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">« Animisme, magie, toute-puissance des pensées »</h3>
<p style="text-align: justify;">Nous nous sommes intéressés pour notre part plus précisément à l’essai intitulé « animisme, magie, toute-puissance des pensées ». Dans ce chapitre, Freud étudie donc l’animisme (« la théorie des représentations concernant l’âme ; au sens large du terme, la théorie des êtres spirituels en général »<a href="#_ftn10">[10]</a>) comme « système intellectuel » représentant pour lui « l’état naturel de l’humanité »<a href="#_ftn11">[11]</a>, en reprenant les mots de Wundt et de Spencer.</p>
<p style="text-align: justify;">Il reprend également de ces auteurs une théorie sur le développement de l’humanité qui aurait connu trois grandes conceptions du monde : la conception animiste, c’est à dire mythologique, la conception religieuse et la conception scientifique. Son but avoué est de mettre en parallèle cette hypothèse sur le développement de l’humanité concernant la conception qu’elle se fait du monde avec celle qu’il construit sur le développement de la libido.</p>
<p style="text-align: justify;">Il considère l’animisme comme une théorie psychologique (celle où le monde est imaginé peuplé par ces être spirituels bien ou malveillants et dont les actions permettent d’interpréter les phénomènes naturels autrement inexplicables), comme « le plus logique et le plus complet, celui qui explique l’essence du monde, sans rien laisser dans l’ombre. »<a href="#_ftn12">[12]</a> Et il va au final tenter un rapprochement entre : la phase animiste avec la phase narcissique, la phase religieuse avec le stade d’objectivation (« caractérisé par la fixation de la libido aux parents »<a href="#_ftn13">[13]</a>), et enfin la phase scientifique avec la maturité, caractérisée cette fois par une soumission au principe de réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">La magie constitue pour lui « la partie la plus primitive et la plus importante de la technique animiste » et il va s’en servir pour faire le parallèle avec certaines attitudes de névrosés qu’il a déjà rencontrées notamment dans la névrose obsessionnelle. En effet, le principe de la magie va constituer une sorte de paradigme pour rendre compte de ces attitudes névrotiques vis à vis du réel.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud relève tout d’abord une formule de l’anthropologue Tylor : « prendre par erreur un rapport idéal pour un rapport réel »<a href="#_ftn14">[14]</a> que nous allons également retenir pour notre étude. Un peu plus loin, il mettra cette phrase en parallèle avec la définition de la magie que donne un autre anthropologue, Frazer : « Les hommes ont pris par erreur l’ordre de leurs idées pour l’ordre de la nature et se sont imaginés que puisqu’ils sont capables d’exercer un contrôle sur leurs idées, ils doivent également être en mesure de contrôler les choses. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Afin d’illustrer en quelque sorte ces deux propositions il va également rendre compte de deux types de magie que Frazer distingue : la magie dite « imitative » et la magie dite « contagieuse ».</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant tout d’abord la magie « imitative », Freud étudie les deux principes qui selon lui sous-tendent deux types de procédés magiques au sein de cette catégorie.</p>
<p style="text-align: justify;">Le premier principe est selon Freud « la similitude entre l’action accomplie [dans le procédé magique] et le phénomène dont la production est désirée. »<a href="#_ftn16">[16]</a> L’exemple le plus compréhensible est celui de l’action dont l’objectif serait de faire tomber la pluie. Le sorcier va alors agir de manière à faire quelque chose qui, soit ressemble à la pluie, soit rappelle la pluie dans ses actes. Dans le second principe, « la similitude est remplacée par la substitution de la partie au tout. »<a href="#_ftn17">[17]</a> Ici ce sera l’exemple du cannibalisme ou plus simplement de l’ingestion de certains aliments (« Une femme enceinte s’abstiendra de manger de la chair de certains animaux dont les caractères indésirables, la lâcheté par exemple, pourraient se transmettre ainsi à l’enfant qu’elle nourrira »<a href="#_ftn18">[18]</a>), ou encore, et en cela, l’exemple nous apparaît particulièrement intéressant pour notre recherche, celui du nom. Freud va en effet rappeler ce qu’il a déjà avancé dans le premier essai « le tabou et l’ambivalence des sentiments » et que nous avons déjà évoqué, à savoir le fait que le nom « constitue la partie essentielle d’une personne »<a href="#_ftn19">[19]</a> à la fois dans certaines cultures, mais aussi pour l’enfant et même l’adulte (même si ce dernier tend à le nier). Nous reviendrons sur ce point.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui l’intéresse dans le premier principe, c’est de montrer l’évolution de l’action magique au travers de l’évolution des trois systèmes intellectuels. Ainsi, la procédure magique censée faire tomber la pluie devrait être remplacée par la suite par des prières à des saints, pour enfin devenir une technique issue du savoir scientifique. Dans le second principe, celui dit « de similitude », l’action magique procèderait selon le fait que posséder une partie du tout permettrait d’agir sur le tout (d’une personne par exemple via des cheveux ou des morceaux d’ongles récupérés, ou encore, comme on l’a dit, à partir de la connaissance de son nom).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir enfin sur la seconde catégorie de magie dite « contagieuse », Freud souligne que cette fois, c’est « la contiguïté dans le temps, tout au moins la contiguïté telle qu’on se la représente, le souvenir de son existence » qui est le principe agissant au sein de catégorie d’actes magiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud s’aperçoit que les principes de ces procédés magiques peuvent s’interpréter selon le principe de similitude, celui de la partie pour le tout, ou encore celui de contiguïté.<br />
On comprend qu’ils peuvent sonner étrangement à ses oreilles, c’est à dire lui rappeler les principes qui régissent les représentations psychiques des patients qu’il reçoit et à qui il demande de produire des associations d’idées. C’est ainsi qu’il pense saisir quelque chose au-delà des données des anthropologues, c’est à dire quelque chose qui pourrait expliquer à la fois l’emploi des prescriptions magiques et certaines données qu’il rencontre dans ses cures.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Le « narcissisme intellectuel »</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans les cures des névrosés, notamment celle d’Ernst Lanzer décrite dans « Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (l’homme aux rats) », Freud se rend bien compte que « les névroses n’attribuent de l’efficacité qu’à ce qui est intensément pensé, affectivement représenté, sans se préoccuper de savoir si ce qui est ainsi pensé et représenté s’accorde ou non avec la réalité extérieure. »<a href="#_ftn20">[20]</a> Il emprunte d’ailleurs l’expression « toute-puissance des idées » à Lanzer et la décrit comme « la prédominance accordée aux processus psychiques sur les faits de la vie réelle »<a href="#_ftn21">[21]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi que grâce au concept de narcissisme, Freud fait le lien entre cette toute-puissance de la pensée, des idées, que l’on retrouve dans la magie utilisée dans certaines cultures, et dans certains états névrotiques, c‘est à dire enfin de compte, à peu près chez tout le monde. C’est une sexualisation de la pensée dans tous les cas, et Freud emploie le terme de « narcissisme intellectuel »<a href="#_ftn22">[22]</a>. Grossièrement, n’est-ce pas là une forme de « prendre ses désirs pour des réalités » ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi pour Freud l’homme ne rompt jamais complètement avec la phase narcissique qui a marqué son développement, tant au niveau individuel que collectif. Ce qui nous intéresse plus particulièrement avec cette idée de narcissisme intellectuel, c’est que celui-ci semble à l’œuvre dans certaines tentatives de transmission, et plus précisément dans celles qui peut consister à choisir un prénom pour un enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, lorsque se pose la question du choix de ce prénom, s’articulent plusieurs choses. Le désir conscient des parents d’éviter certaines peines à l’enfant, de transmettre certaines valeurs familiales, culturelles, de donner un destin prestigieux à l’enfant, va s’incarner dans le choix de ce signifiant particulier qu’est le prénom. Ce prénom va porter la marque, la trace de ces désirs conscients, mais également de désirs inconscients. Mais choisir ce prénom, idéal, penser que ce prénom va effectivement pouvoir contribuer à réaliser ces désirs, va réellement transmettre quelque chose, n’appartient-il pas à cette croyance en cette toute-puissance des idées ?</p>
<p style="text-align: justify;">En avançant ceci, nous ne voulons pas signifier que rien ne serait effectivement transmis. L’enfant qui reçoit tel prénom, telle trace du désir parental, aura affaire à ce désir, et peut-être beaucoup à faire pour se situer par rapport à ce désir. Et il se peut même qu’il finisse par réaliser en tout point le désir dont le prénom qui lui a été transmis porte la marque. Mais nous pourrions également avancer que cela peut ressortir de la même croyance en cette toute-puissance de la pensée, et au registre narcissique, mais cette fois, du côté de l’enfant. Donc encore une fois, à cette manière que le névrosé a d’être en mesure de « prendre par erreur un rapport idéal pour un rapport réel », pour reprendre les mots de Tylor. Lorsque Freud cite Frazer : « Les hommes ont pris par erreur l’ordre de leurs idées pour l’ordre de la nature et se sont imaginés que puisqu’ils sont capables d’exercer un contrôle sur leurs idées, ils doivent également être en mesure de contrôler les choses. » n’est-on pas en droit de penser que vouloir transmettre quelque chose à son enfant par le biais d’un choix adéquat de son prénom relève de cette même logique, typiquement narcissique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous faut juste ajouter que pour le moment, lorsque nous parlons de la trace des désirs parentaux qui seraient contenus dans le prénom, nous n’avons peut-être pas encore bien distingué cette part inconsciente que nous supposons de la part consciente qui peut être invoquée par les parents. Toujours est-il qu’en ce qui concerne la façon dont l’acte de transmission d’un quelconque désir des parents au travers du prénom peut être envisagée, il nous a semblé que ce narcissisme intellectuel décrit par Freud pouvait être invoqué.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Un exemple : « Racines » d’Alex Haley</h3>
<p style="text-align: justify;">A la lecture de ce qu’a écrit Freud, je me suis rappelé un passage d’un roman qui me semble illustrer cette tentative de réaliser un souhait réellement au travers de cette croyance en une certaine magie dans l’attribution d’un prénom. En 1976, Alex Haley publiait <em>Roots: The Saga of an American Family</em> (le titre est traduit en français par <em>Racines<a href="#_ftn23"><strong>[23]</strong></a></em>), un roman censé raconter l&#8217;histoire de sa propre famille, et qui commence par l&#8217;histoire de Kunta Kinté, enlevé en Gambie en 1767 pour être vendu comme esclave en Amérique. Haley qui affirme être le descendant de la septième génération de Kunta Kinté, a retracé la vie, l’arrachement de Kinté de son village de Jufureh, en Gambie, son parcours du <em>Lord Ligonier</em>, le navire qui aurait transporté son ancêtre vers l&#8217;Amérique, et sa vie sur le sol américain. Son personnage, Kunta Kinté, arrive donc dans une plantation en Virginie et, résigné devant l’impossibilité de revenir en Afrique ou de s’enfuir pour retrouver sa liberté, finira par fonder une famille avec une femme nommé Bell, servante du maître de la plantation.</p>
<p style="text-align: justify;">Un des passages m’est revenu à la lecture de Freud avec ma recherche en tête. Kunta Kinté devient alors le père d’une petite fille. Sa femme, Bell, avait souffert terriblement d’avoir été séparée d’autres filles qu’elle avait eues auparavant. Il se pose alors la question du choix du prénom de sa fille, et se dit qu’il doit trouver un nom qui exprime le plus ardent souhait de sa femme : « ne jamais la perdre, un nom qui la protégerait de cette horrible éventualité. »<a href="#_ftn24">[24]</a> Devant l’opposition de sa femme qui souhaite donner à l’enfant un nom toubab<a href="#_ftn25">[25]</a>, il se met en colère car ce serait pour lui placer cet enfant sous le signe du mépris de soi-même. Il lui explique alors que pour le choix du prénom, il y avait certaines traditions à respecter comme le fait que ce choix procédait du père, et de lui seul, mais également que nul ne devait l’entendre avant l’enfant lui-même. Il finit par convaincre sa femme et procède au rituel. Il appelle alors sa fille, Kizzy, ce qui signifie en langue mandingue<a href="#_ftn26">[26]</a> « tu t’assieds » ou « tu ne bouges pas d’ici »<a href="#_ftn27">[27]</a>. Son souhait était que leur fille ne soit pas vendue comme les autres, comme les premières filles de sa femme.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Pour conclure avec le narcissisme intellectuel</h3>
<p style="text-align: justify;">Arrivé à ce point, tentons de résumer ce que nous avons extrait comme propositions de l’étude de ce texte de Freud. Ce dernier montre, au travers de la magie, que la logique du narcissisme chez l’individu, qui ne disparaît jamais complètement, est plus ou moins analogue, dans les cultures, à celle de l’animisme, en ce que toutes deux accordent une toute-puissance aux désirs humains. Cette analogie nous montre que persiste, à peu près chez tout le monde, une croyance dans le fait que la réalité extérieure est censée se conformer aux souhaits, aux idées des hommes, quel que soit leur degré d’évolution ou de maturité, et leur capacité de renoncement devant ce qu’imposent les exigences de la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">De notre côté, nous pensons que cette logique narcissique, c’est à dire pour ce qui nous concerne, la croyance dans une certaine magie par rapport aux effets de l’attribution de tel ou tel prénom, est à l’œuvre dans le choix que les parents font concernant le prénom de leur futur enfant. En parlant de « magie » quant aux effets du choix du prénom, nous précisons que cela n’a aucune signification péjorative, et ne rend pas plus inopérant les effets réels que le choix d’un prénom pourrait en définitive avoir. En effet, rien n’empêche « la magie d’opérer », bien au contraire. Nous ne souhaitons que tenter de qualifier au mieux certains phénomènes.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans « Le moi et le ça », et plus particulièrement dans le chapitre intitulé « le moi et le surmoi (idéal du moi) », Freud écrit « Les conflits entre le moi et l’idéal reflèteront en dernier ressort, nous y sommes maintenant préparés, l’opposition entre réel et psychique, monde extérieur et monde intérieur. »<a href="#_ftn28">[28]</a> C’est dans ce texte que Freud va élargir son concept d’idéal du moi pour en faire son surmoi, nous aurons l’occasion d’y revenir, mais cette citation nous semble bien résumer ce que nous cherchions à exprimer. Le narcissisme et l’idéal, pour Freud, seront toujours placés du côté des représentations psychiques, et donc en opposition avec quoi que ce soit de véritablement réel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Etude de «  Pour introduire le narcissisme »</h2>
<h3 style="text-align: justify;">La venue de l’enfant et la résurgence du narcissisme</h3>
<p style="text-align: justify;">Freud avançait dans « Pour introduire le narcissisme » que « si l&#8217;on considère l&#8217;attitude de parents tendres envers leurs enfants, l&#8217;on est obligé d&#8217;y reconnaître la reviviscence et la reproduction de leur propre narcissisme qu&#8217;ils ont depuis longtemps abandonné. » Cette attitude des parents envers leur enfant est même une preuve pour Freud de l’existence antérieure de ce stade qu’est le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">« Maladie, mort, renonciation de jouissance, restrictions à sa propre volonté ne vaudront pas pour l&#8217;enfant, les lois de la nature comme celles de la société s&#8217;arrêteront devant lui, il sera réellement à nouveau le centre et le cœur de la création. » Freud décrit là le sentiment parental devant l’enfant. Selon lui, ce sentiment a donc pour origine le narcissisme du parent lui-même, c’est à dire ce moment où le parent, enfant lui-même, se prenait encore pour idéal lui-même. Rien n’est véritablement oublié, derrière l’amour que les parents portent en direction de leur enfant, Freud  y voit la résurgence de leur propre narcissisme, projeté cette fois sur l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’amour parental, si touchant et au fond, si enfantin, n’est rien d’autre que le narcissisme des parents qui vient de renaître et qui, malgré sa métamorphose en amour d’objet, révèle à ne pas s’y tromper son ancienne nature. »<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud semble décrire cette projection narcissique une fois que l’enfant est là, une fois que ce dernier se trouve réellement en présence des parents. Mais nous pensons que le moment de la grossesse est un moment où la nature narcissique de l’amour parental entre déjà en jeu. Si l’on considère que l’amour ne peut véritablement démarrer qu’à partir de la naissance, nous parlerons alors de l’investissement parental porté à la représentation de l’enfant qui se crée pendant la grossesse et on considérera la nature de cet investissement d’autant plus comme narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Côté mère, côté père</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans son ouvrage, <em>la dette de vie</em>, Monique Bydlowski décrit par exemple un état psychique particulier pendant la grossesse qu’elle nomme « la transparence psychique », qui serait un état « de susceptibilité ou de transparence psychique où des fragments de l’inconscient viennent à la conscience. Ce phénomène qui, cliniquement, caractérise souvent de graves affections, notamment les psychoses, se présente chez la femme enceinte comme un événement ordinaire. »<a href="#_ftn30">[30]</a> Ainsi elle décrit une réactivation du passé avec « des réminiscences anciennes et des fantasmes habituellement oubliés qui affluent en force à la mémoire, sans être barrés par la censure. »<a href="#_ftn31">[31]</a> Et un état où « la plupart des femmes qui ont l’occasion de s’exprimer librement sont silencieuses sur l’enfant qu’elles portent et se centrent de façon nostalgique sur celui qu’elles ont été autrefois. » Au stade de la grossesse, en effet, l’enfant est d’abord une simple idée, soutenue par des perceptions sensorielles, en tout cas pour la mère. L’investissement de cette idée, de cette représentation d’enfant qui va se créer, est narcissique, car « il vise un objet appartenant à la personne propre. »<a href="#_ftn32">[32]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que les aspects narcissiques du côté de la mère sont assez aisés à saisir, et ils ont été effectivement déjà été étudiés. Mais les remaniements narcissiques du côté du père ne sont pas moins importants, même s’ils suivent bien évidemment d’autres voies.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le père, qui est, mis à part les échographies, effectivement absent des processus corporels ou sensoriels de la gestation, il est vrai que l’on met toujours l’accent sur le versant de la transmission de l’histoire, du registre symbolique dont il serait le porteur ou le vecteur. C’est le père qui, en tout cas jusqu’à il y a peu, inscrivait son enfant à l’état civil et le présentait en quelque sorte à la société. Il lui transmettait également son nom, le patronyme, qu’il avait lui-même reçu. Mais nous pensons que même si cela est rarement mis en avant, les aspects narcissiques paternels ne sont pas épargnés dans ce processus qu’est la grossesse. Les projections narcissiques du père peuvent d’ailleurs être visibles lorsqu’elles conduisent par exemple au fantasme d’enfantement ou encore de couvade<a href="#_ftn33">[33]</a> mais également dans des états dépressifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un article de la monographie <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em> <a href="#_ftn34">[34]</a>, Bernard Golse aborde le versant psychique de la grossesse au travers d’une réflexion sur la procédure d’agrément dans le contexte d’adoption. Ce concept de « grossesse psychique » permet ainsi de décrire certains phénomènes psychiques que rencontrent de futurs adoptants (ou biologiques) et qui concourent au processus de parentalisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet ensemble de remaniements psychiques s’articulent selon Golse autour de trois aspects :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>La maturation des représentations parentales de      l’enfant à venir</li>
<li>La question de la transparence psychique que nous avons      déjà évoquée</li>
<li>La notion de <em>touch-points</em> développée par      T.B. Brazelton<a href="#_ftn35">[35]</a></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Ce qui nous intéresse par rapport à notre sujet, ce sont ces fameux « quatre bébés dans la tête des parents ». En effet, l’enfant à venir est d’abord « matière à pensées » (ou « une matière de pensées ») pour les futurs parents. C’est ce que l’on a coutume de désigner par « enfant imaginaire » et qui recouvre finalement quatre dimensions distinctes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant fantasmatique</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Il s’agit d’un groupe de représentations mentales principalement inconscientes et que chacun des deux parents s’est forgé tout au long de son histoire depuis sa plus tendre enfance. »<a href="#_ftn36">[36]</a> Sous ce terme d’enfant fantasmatique est donc désigné entre autres l’enfant qui peut être désiré du père par la petite fille (ou par le petit garçon ?). Ces représentations inconscientes seront réélaborées à différentes périodes de la vie, comme à l’adolescence typiquement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant imaginé</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Il s’agit au fond des rêveries conscientes et pré-conscientes du couple à propos de l’enfant qu’il projette d’avoir : son sexe, son prénom, son apparence, etc… »<a href="#_ftn37">[37]</a> Ce deuxième groupe de représentations est plus tardif dans l’histoire individuelle. Il apparaît par exemple quand un homme ou une femme commence à anticiper un enfant, à projeter d’avoir un enfant, ou d’adopter un enfant. Principalement conscientes ou pré-conscientes, ce sont, en partie, les représentations auxquelles nous avons affaire pendant les échanges avec les parents. « En partie », car les représentations auxquelles nous avons affaire sont bien évidemment des composites de ces « quatre bébés », mais surtout parce qu’il y a eu un enfant bien réel entre-temps. Les souvenirs de ces rêveries ont donc subies des remaniements au travers de la naissance et du développement de l’enfant. La fameuse déception qui survient éventuellement lors de la rencontre entre le parent et l’enfant bien vivant, due à la présence de cet enfant imaginé idéal, sera par exemple <em>a priori</em> refoulée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant narcissique</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est « le dépositaire de tous les espoirs et de toutes les attentes de ses parents », écrit Golse qui relit Freud et son « Pour introduire le narcissisme ». « Tout ce qu’ils n’ont pas pu faire, tout ce qu’ils n’ont pas réussi, tous les idéaux manqués, leur enfant sera chargé de l’accomplir. »<a href="#_ftn38">[38]</a> Même si cela peut être difficile à accepter sans rivalité par les parents rappelle l’auteur.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant mythique ou culturel</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Chaque groupe culturel a ses représentations spécifiques de l’enfant et celles-ci imprègnent (…) le fonctionnement psychique des adultes (…) »<a href="#_ftn39">[39]</a> C’est à notre sens ce qu’on peut observer dans l’idéalisation persistance de l’enfant dans nos sociétés : un enfant de plus en plus précieux, soumis à une injonction de perfection, et d’autonomie la plus rapide possible. Nous y mettrions également l’enfant désiré, programmé, comme seul possibilité de « bon départ dans la vie ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voulions nous arrêter sur ces distinctions entre ces « quatre bébés » car elles nous semblent intéressantes pour pouvoir peut-être mieux entendre le discours des parents. Nous pensons également que cela appuie notre intuition quant au rôle de l’idéal du moi dans le choix du prénom.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons dit que l’enfant narcissique irriguait en quelque sorte les rêveries qui aboutissent à l’enfant imaginé, que ce soit du côté de la mère, ou du père.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons enfin que ce groupe de représentations inconscientes qui constitue cet enfant narcissique a partie liée avec l’idéal du moi de chaque parent.</p>
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom intervient généralement pendant la grossesse. C’est d’ailleurs une étape très importante pour les parents. Bien souvent, interrogés sur la grossesse, ce sont les premiers souvenirs qui leur viennent : comment ce choix s’est passé, comment il a été négocié par les deux partenaires, etc…</p>
<p style="text-align: justify;">Certains parents se montrent même prudents. Ils se renseignent sur les meilleures conditions du choix et disent vouloir faire attention à l’attribution de tel ou tel prénom pour ne pas provoquer certaines conséquences fâcheuses pour l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi si les narcissismes, de la mère et du père, jamais complètement dépassés, sont « visibles » au travers de l’attitude des parents envers leur enfant, dans le fait que ces parents projettent en quelque sorte l’idéalisation de leur moi propre sur l’enfant, l’idéal du moi de ces mêmes parents ne peut pas ne pas rentrer en jeu également.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, ces parents sont également des adultes dont le moi a subi un certain développement qui a abouti, selon Freud, à l’émergence de cette instance qu’est l’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons que l’idéal du moi des parents serait censé veiller ou s’éveiller à cette étape, et ce d’autant que le narcissisme parental est lui aussi réveillé par la venue de ce nouvel enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment affiner notre compréhension de l’articulation du narcissisme et de l’idéal du moi dans la relation qui se construit entre les parents et leur représentation de l’enfant à venir ?</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons que cela nous aiderait peut-être pour mieux caractériser comment le choix du prénom de l’enfant pourrait être influencé ou déterminé par cette relation. Il se peut que nous trouvions la réponse lorsque nous aurons abordé un peu plus ce concept d’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Attachons-nous alors à cette notion d’idéal du moi chez Freud, afin de dégager les propositions qui vont nous servir à élaborer notre hypothèse de travail.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
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<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 221</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in <em>Ecrits I</em>, Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Sigmund Freud, « le poète et l’activité de fantaisie », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 161</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> <em>ibid.</em>, p. 163</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>ibid.</em>, p. 163</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 243</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Sigmund Freud, « le poète et l’activité de fantaisie », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 163</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 128.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> <em>Ibid.</em>, p. 109</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> <em>Ibid.</em>, p. 112</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> <em>Ibid.</em>, p. 112</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 130.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> <em>Ibid.</em>, p. 114.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> <em>Ibid</em>., p. 120. C’est une définition que Freud cite de l’article « Magic » de Frazer dans la 11<sup>ème</sup> édition de l’Encyclopaedia Britannica ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> <em>Ibid.</em>, p. 117.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> <em>Ibid.</em>, p. 118.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> <em>Ibid.</em>, p. 119.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> <em>Ibid.</em>, p. 118.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 125.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> <em>Ibid.</em>, p. 126.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> <em>Ibid.</em>, p. 129.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Alex Haley, <em>Racines Tome I et II</em>, J’ai Lu, 1977.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Alex Haley, <em>Racines Tome I</em>, J’ai Lu, 1977, p. 43.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Toubab est la contraction du mot toubabou et désigne le blanc vivant en Afrique, ou plus généralement le blanc.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Le mandingue est une langue très répandue en Afrique de l&#8217;Ouest, notamment au Sénégal, mais aussi en Gambie et en Guinée-Bissau.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Alex Haley, <em>Racines Tome II</em>, J’ai Lu, 1977, p. 47.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Œuvres complètes, tome XVI</em>, PUF, 1991, p. 280.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 235</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Monique Bydlowski, <em>La dette de vie,</em> PUF, 2006, p. 92.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> <em>Ibid.</em>, p. 95</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> <em>Ibid.</em>, p. 97</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref33">[33]</a> <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, Sous la direction de Sylvain Missonnier, Bernard Golse, Michel Soulé, Monographies de la psychiatrie de l’enfant, PUF, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref34">[34]</a><em> </em>Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », p.193-213 in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref35">[35]</a> La notion de « touch-point » désigne une période particulière du développement de l’enfant : avant chaque bond en avant, chaque progrès, l’enfant peut se mettre provisoirement à régresser, ce qui provoque mécontentement, inquiétude et angoisse chez les parents.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref36">[36]</a> Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>,  p.195.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref37">[37]</a> <em>ibid.</em>, p. 196.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref38">[38]</a> <em>ibid.</em>, p. 197.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref39">[39]</a> Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, p.198.</p>
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		<title>Le choix du prénom ou la logique narcissique de l’Idéal du Moi : Introduction</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Mar 2011 11:00:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[choix du prénom]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[idéal du moi]]></category>
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		<description><![CDATA[« De tous les phonèmes, de tous les mots ainsi entendus par l’enfant, il en est un qui va être d’une importance primordiale, assurant la cohésion narcissique du sujet : c’est son prénom. »
Françoise Dolto, L’image inconsciente du corps, p.46]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>« De tous les phonèmes, de tous les mots ainsi entendus par l’enfant, il en est un qui va être d’une importance primordiale, assurant la cohésion narcissique du sujet : c’est son prénom. »</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Françoise Dolto, </em>L’image inconsciente du corps<em>, p.46</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Historique du sujet</strong><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Travaillé par des questions qui, dans l’après-coup, tournaient autour de celle des origines, je me suis interrogé lors d’un travail de recherche sur une étape particulière dans « la préhistoire de l’enfant », à savoir celle du choix du prénom par les parents. J’ai tenté d’étudier cette étape comme un moment où la question des générations, mais aussi celle de la transmission, pouvaient être posées.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Introduction de la problématique du générationnel</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En effet, les relations dynamiques inconscientes entre les parents et l’enfant sont tout autant constitutives que destructrices de l’être de l’enfant. L’inconscient agit dans une famille et c’est ainsi que l’enfant, par son symptôme, peut représenter un symptôme familial. Lacan avance à ce sujet deux idées particulièrement intéressantes dans ses deux notes sur l’enfant<a href="#_ftn1">[1]</a> publiées dans les <em>Autres écrits</em> : « Le symptôme peut représenter la vérité du couple familial. C’est là le cas le plus complexe, mais aussi le plus ouvert à nos interventions. » Et plus loin : « L’articulation se réduit de beaucoup quand le symptôme qui vient à dominer ressortit à la subjectivité de la mère. Ici, c’est directement comme corrélatif d’un fantasme que l’enfant est intéressé. »</p>
<p style="text-align: justify;">A ce propos, son amie Françoise Dolto écrit : « C’est l’enfant qui supporte inconsciemment le poids des tensions et interférences de la dynamique émotionnelle sexuelle inconsciente en jeu chez les parents, dont l’effet de contamination morbide est d’autant plus intense que le silence à leur propos et le secret en est gardé (…) Là où le langage s’arrête, c’est le comportement qui continue à parler »<a href="#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était donc dans cette perspective de détermination de l’enfant par l’histoire du couple, et par l’histoire individuelle de chacun des parents (notamment dans leurs rapports à leurs propres parents) que je  situerai ici mon propos.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>La transmission générationnelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La question de la transmission générationnelle est une question sensible en psychanalyse et elle a fait couler beaucoup d’encre depuis son entrée sur la scène analytique.</p>
<p style="text-align: justify;">Si on a pu reprocher à Freud une conception théorique trop solipsiste, qui serait trop centrée sur l’intrapsychique, le problème de la transmission, notamment phylogénétique au travers de la question généalogique et de celle de la filiation, ne lui est bien évidemment pas étranger. En effet, avec <em>Totem et Tabou</em> (et jusqu’à <em>L’homme Moïse et la religion monothéiste</em>), il s’interroge sur la transmission, notamment celle du complexe d’Œdipe et de la conscience de culpabilité liée au meurtre du père. Il tente d’analyser d’une part la transmission du tabou dans l’organisation sociale et dans la réalité psychique, et d’autre part la transmission de la vie psychique entre les générations. Il va ainsi dégager une voie de transmission par la culture et par la tradition, assurée par l’appareil culturel et social branché en quelque sorte sur les différentes générations.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde voie de transmission qu’il tente de frayer a directement partie liée à la vie psychique inconsciente que la culture va irriguer. Il suppose dans <em>Totem et Tabou</em> une âme collective qui se poursuivrait de génération en génération.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce sera chez les post-freudiens, qui s’inspireront parfois de travaux s’inscrivant dans les courants de thérapie systémique ou familial, que cette question de la transmission psychique entre générations sera plus amplement développée. Pour n’en citer que quelque uns : Serge Lebovici a développé par exemple le concept de « mandat transgénérationnel »<a href="#_ftn3">[3]</a>, Alain de Mijolla pour qui le concept d’identification tient une grande place, a proposé ailleurs la notion de « fantasmes d’identification »<a href="#_ftn4">[4]</a>. Haydée Faimberg a développé celle de « télescopage des générations »<a href="#_ftn5">[5]</a>, tandis que Nicolas Abraham et Maria Torok ont travaillé, quant à eux, les notions de « crypte » et de &laquo;&nbsp;fantôme&nbsp;&raquo;<a href="#_ftn6">[6]</a>. Tous ont ainsi cherché à décrire certaines conditions métapsychologiques de la transmission inter-générationnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à moi, ce que j’ai essayé de travailler plus précisément dans la question de la transmission, ce fut la notion d’idéal du moi, elle-même fortement liée à celle de narcissisme. Nous verrons comment dans les articles que je posterai plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour un parcours théorique au sujet de la notion de narcissisme, vous pouvez lire également les articles :</p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent : Narcissisme et adolescence – première partie" href="../?p=62">Narcissisme et adolescence – première partie</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent : Narcissisme et adolescence – seconde partie" href="../?p=82">Narcissisme et adolescence – seconde partie</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent : Narcissisme et adolescence – troisième partie" href="../?p=86">Narcissisme et adolescence – troisième partie</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud avançait dans <em>Pour introduire le narcissisme</em> que « l&#8217;amour parental, si touchant et, au fond, si enfantin, n&#8217;est rien d&#8217;autre que le narcissisme des parents qui vient de renaître et qui, malgré sa métamorphose en amour d&#8217;objet, révèle à ne pas s&#8217;y tromper son ancienne nature. »<a href="#_ftn7">[7]</a> L’enfant peut être mis en lieu et place des rêves et des désirs irréalisés de ses parents. Et c’est avec cela qu’il va devoir se constituer psychiquement. Cette inscription, que l’on peut dire qualifiée de générationnelle, lui impose en quelque sorte un travail psychique  d’appropriation qui va le constituer comme sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, c’est sur la base de ce narcissisme qu’il peut y avoir des identifications dans les deux sens, à la fois de l’enfant vers ses parents, mais je pense également des parents vers l’enfant. C’est pour cela que l’on parlera de préférence d’intergénérationnel plutôt que de transgénérationnel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Le choix du prénom et l’idéal du moi</h2>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Le choix du prénom et le travail de l’inconscient</h3>
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom est donc une étape, un moment incontournable, dans ce que l’on peut appeler « la préhistoire de l’enfant », si l’on choisit par convention la naissance comme point de départ de l’histoire de ce dernier. C’est une étape complexe car s’y expriment , entre autres, des choix conscients, des compromis, entre les parents, mais aussi des logiques sociales. J’ai donc supposé que s’y manifestait également une certaine surdétermination inconsciente.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours d’une partie de ma recherche plus pratique, j’ai pu trouver des parents qui voulaient transmettre explicitement quelque chose, qu’ils avaient eux-mêmes hérité de leur histoire familiale au travers de ce don de prénom et qui choisissaient alors un prénom comme tentative de réalisation de ce souhait de transmission. Mais, j’ai pu voir également d’autres parents qui souhaitaient quant à eux essayer de « faire table rase » de leur passé pour leur enfant. En donnant un prénom apparemment « neuf » et <em>a priori</em> non chargé symboliquement, ils souhaitaient en quelque sorte ne pas entraver la liberté de leur enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ces deux cas, il est aisé d’observer que le choix est donc corrélé à des souhaits explicites du côté des parents, qu’il s’agisse d’un souhait de transmission ou d’un souhait de ne pas « trop » transmettre, il s’agit tout de même d’un souhait, d’un désir en direction de l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au-delà de ce que l’on peut appeler avec Jean-Gabriel Offroy<a href="#_ftn8">[8]</a> l’élaboration secondaire, par analogie avec le rêve, et qui consiste en somme à rendre l’ensemble des raisons du choix du prénom suffisamment rationnel pour être justifiable socialement, j’ai supposé un certain travail de l’inconscient chez les parents.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai donc fait l’hypothèse que l’inconscient a également sa part dans ce désir. Aussi, les raisons invoquées par les parents pour  rendre compte du choix sont certes à prendre en compte, mais pas à prendre pour argent comptant. Elles sont des indices qui doivent mettre sur la piste de ce travail de l’inconscient. Pour tenter d’étudier ce travail de l’inconscient, j&#8217;ai donc choisi d’utiliser ce concept freudien d’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Freud et la question des prénoms</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut se rappeler que Freud s’est intéressé à la question des noms propres dans <em>Totem et Tabou</em>. Dans son étude sur les différents tabous, il examine « le tabou des morts » et rapporte qu’il existe l’interdiction de prononcer le nom du mort dans de nombreuses cultures et que cette prohibition a parfois des effets importants comme le changement de nom du défunt ou encore de toute personne dont le nom se rapprochait de trop de celui du défunt. Il rapproche alors ce tabou de noms de comportements chez l’enfant pour qui le nom est une partie essentielle de la personnalité et écrit qu’ « ils ne se contentent jamais d’admettre une simple ressemblance verbale, mais concluent logiquement d’une ressemblance phonétique entre deux mots, à la ressemblance de nature entre les objets que ces mots désignent. Et même l’adulte civilisé, s’il analysait son attitude dans beaucoup de cas, n’aurait pas de peine à constater qu’il n’est pas aussi loin qu’il le croit d’attacher aux noms propres une valeur essentielle et trouver que son nom ne fait qu’un avec sa personne. Rien d’étonnant, dans ces conditions, si la pratique psychanalytique trouve si souvent l’occasion d’insister sur l’importance que la pensée inconsciente attribue aux noms. »<a href="#_ftn9">[9]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’est pas inintéressant non plus de voir comment il a voulu prénommer ses propres enfants car il ne voulait pas que ses enfants soient nommés au hasard. Dans son ouvrage le plus « intime », lorsqu’il interprète un de ses rêves, il finit par arriver à un fil de pensée qui le mène à l’attribution des noms de ses propres enfants : « Je tenais à ce que leurs noms ne soient pas choisis d’après la mode du jour, mais soient déterminés par la mémoire de personnes chères. Leurs noms font des enfants des ‘revenants’. Et finalement avoir des enfants, n’est-ce pas pour nous tous l’unique accès à l’immortalité ? »<a href="#_ftn10">[10]</a> Mathilde, Jean-Martin, Olivier, Ernst, Sophie et Anna. Tous ces prénoms lui permettent de faire revivre des personnages connus qu’il a beaucoup estimés. Mathilde est le nom de la femme de Breuer. Sophie est le nom de la nièce du professeur Hammerschlag auprès de qui il s&#8217;était initié aux secrets des écritures juives, Anna est également le prénom de la fille de ce même professeur et peut-être aussi de sa soeur, Anna, grâce à qui il a rencontré sa femme Martha. Et Ernst était le prénom du professeur Brücke, Jean-Martin, celui de Charcot, Olivier celui de Cromwell.<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud lui-même avait été prénommé Schlomo en souvenir de son grand-père paternel, et changera de prénom pour préférer Sigmund. Pour René Major et Chantal Talagrand, « ce qui demeure le plus évident, de la part de Freud, dans l&#8217;acte de nomination est son détachement de la figure du père et la désignation selon des critères d’admiration, d’estime ou d’amitié. S’il pouvait persister chez lui une croyance, c’était bien dans la transmission de ces qualités comme celles de figures substitutives de pères librement choisies. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ces critères que l’on trouve chez Freud, mais chez beaucoup d’autres parents bien évidemment, nous faisons l’hypothèse qu’ils portent la marque de ce que Freud a désigné comme le narcissisme et l’idéal du Moi comme héritier de ce narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Pourquoi l’Idéal du Moi ?</h3>
<p style="text-align: justify;">La notion de narcissisme est une notion particulièrement importante dans l’histoire des concepts analytiques. Dans mes recherches autour du narcissisme, ce qui m’a retenu, pour ce travail sur le choix du prénom, c’est l&#8217;idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi ? Parce qu’il m’a semblé que c’est une notion que Freud relie lui-même à la question de la transmission. L’idéal du moi m’est donc apparu « idéal », si je puis dire, pour traiter d’une question d’abord abstraite, la transmission au sein de l’institution familiale, mais qui ne cesse de se matérialiser dans de multiples situations bien concrètes dès que l’on se penche sur le développement et sur la psychopathologie de l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Les concepts psychanalytiques désignent en général des processus, des mouvements, des situations, des objets conceptuels, reconstruits après-coup. Ce narcissisme dont parle Freud par exemple dans <em>Pour introduire le Narcissisme</em> en est un parfait exemple. Le narcissisme secondaire qu’il utilise pour désigner ce qu’il observe dans certains cas de psychoses tend à pointer qu’il n’est que la résurgence d’un moment, d’un stade, qui aurait déjà eu lieu et qu’il nomme le narcissisme primaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Or  l’idéal du moi, qui est une notion dont Freud a déjà posé quelques bases dans des textes d’avant 1914, est introduit explicitement dans ce texte princeps sur le narcissisme. Et il me semble qu’elle fait partie de cet ensemble de notions que Freud utilise, dont Freud a besoin pour son élaboration pourrait-on dire, pour faire la jonction entre ses spéculations théoriques, autrement dit ses hypothèses théoriques, et une part d’observable plus directement, donc peut-être des notions plus communes, mais dont il va détourner l’usage et le sens. C’est ainsi que je comprends l’usage de la question des idéaux que Freud a abordée régulièrement dans son œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout comme le narcissisme, loin d’être désexualisé, l’idéal et sa quête, n’est qu’une tentative de retrouver cette unité première, cette satisfaction et cette jouissance première de ce temps où l’enfant était à lui-même son propre idéal, et qui ne comportait donc ni insatisfaction, ni désir, ni perte, et qui continue d’exister en nous comme l’engramme du bonheur parfait et permanent, un paradis perdu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Concernant l’étude théorique du concept d&#8217;idéal du moi</h3>
<p style="text-align: justify;">J’ai choisi de me centrer quasi uniquement sur l’étude des textes de Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Trois raisons :</p>
<p style="text-align: justify;">Premièrement, pour le dire de façon abrupte, je pense que la psychanalyse n’est pas une science, et que de ce fait elle reste d’une façon ou d’une autre liée précisément au nom de Freud, et au champ qu’il a dégagé, ce qu’avec Lacan on peut nommer « le champ freudien ». Ce dernier écrivait par exemple : « Si la psychanalyse peut devenir une science, &#8211; car elle ne l&#8217;est pas encore -, et si elle ne doit pas dégénérer dans sa technique, &#8211; et peut-être est-ce déjà fait -, nous devons retrouver le sens de son expérience. Nous ne saurions mieux faire à cette fin que de revenir à l&#8217;œuvre de Freud. »<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc la première raison pour laquelle il m’apparait important de repartir des textes fondateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde raison est liée au devenir de ce concept dans l’édifice théorique de Freud et dans l’histoire de la psychanalyse. Chez Freud, cette notion d’idéal du moi va être amenée plus ou moins à disparaître, à partir de 1923, car supplantée, englobée dans celle du surmoi. Et pour cette raison, il m’a semblé que le surmoi était plus utilisé dans la littérature psychanalytique que son prédécesseur, l’idéal du moi. Les ouvrages centrés sur cette notion ne semblent pas nombreux. On peut citer cependant celui de Janine Chasseguet-Smirgel, <em>La maladie d’idéalité, essai psychanalytique sur l’idéal du moi<a href="#_ftn13"><strong>[13]</strong></a></em> qui apporte un bon éclairage sur la genèse de cette notion dans l’œuvre freudienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, la troisième raison est plus triviale, c’est-à-dire que plus j’avançais dans l’étude de ce concept, plus je m’apercevais que cela demandait du temps pour en saisir la genèse, la nature et les fonctions. Je suis d’accord avec Laplanche et Pontalis lorsqu’ils écrivent que « chez Freud, il est difficile de délimiter un sens univoque du terme ‘idéal du moi’. » Pour eux d’ailleurs, « les variations de ce concept tiennent à ce qu’il est étroitement lié à l’élaboration progressive de la notion de surmoi et plus généralement de la seconde théorie de l’appareil psychique. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai donc fait le choix de me limiter aux textes freudiens dans le souci d’une meilleure compréhension de l’objet que je souhaitais manipuler. Et je me suis arrêté au texte <em>Le moi et le ça</em> car il devient alors effectivement difficile de distinguer l’idéal du moi du surmoi, tant les fonctions de l’un et de l’autre commencent à s’entremêler.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre méthodologie sur le plan théorique est donc finalement assez simple. J’ai choisi le modèle de l’enquête. Je relève les indices qui me permettent de mieux cerner le concept et j’essaie d’en saisir la logique, ce qui me permet alors de m’en servir par rapport au thème de recherche : le choix du prénom d’un enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">La notion d’idéal est bien entendu plus ancienne que le texte où il apparaît pour la première fois (<em>Pour introduire le narcissisme</em>), on le verra par exemple dans <em>Le poète et l’activité de fantaisie</em> qui date de 1908, mais pour parler du moi, il faut bien entendu attendre les prémisses de Freud en 1914. C’est la notion de narcissisme qui va l’acheminer vers elle, voire le forcer à la conceptualiser dans <em>Le moi et le ça.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Afin de dégager la logique des éléments et des propositions sur le concept d’idéal du moi que Freud accumule tout au long d’une dizaine d’années, je présenterai l’étude longitudinale des textes qui m’ont semblé les plus significatifs dans la suite des articles qui vont suivre.</p>
<p style="text-align: justify;">En parallèle je présenterai progressivement l’extraction des propositions avec lesquelles je me suis construit une définition de cette notion d’idéal du moi ; définition sur laquelle j’ai bâti une hypothèse de travail quant à ce choix du prénom.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Jacques Lacan , « Note sur l’enfant », in <em>Autres Ecrits</em>, Seuil, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Françoise Dolto, préface du livre de Maud Mannoni, <em>Le 1<sup>er</sup> rendez-vous avec le psychanalyste</em> Gallimard, 1998.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Serge Lebovici, <em>Le mandat transgénérationnel</em>, Psychiatrie Française<em>,</em> 1998 ; n°3.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Alain de Mijolla, <em>les visiteurs du Moi, </em>Les Belles Lettres, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Haydée Faimberg, « le télescopage des générations », in <em>Transmission de la vie psychique entre générations</em>, Dunod, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Nicolas Abraham, Maria Torok, <em>L’écorce et le noyau, </em>Flammarion, 1987.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 235</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Jean-Gabriel Offroy, <em>Le Choix du prénom</em>, Hommes et perspectives, 1993, p. 162</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 115</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Sigmund Freud, <em>L’interprétation des rêves</em>, Œuvres complètes Tome IV, PUF, 2003, p.537-538.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Nous nous sommes basés sur les informations contenues dans la biographie analytique de René Major et Chantal Talagrand, « Freud » p.165-166, et dans « Filiations » de Vladimir Granoff, p.366-367.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jacques Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage », in <em>Ecrits I</em>, Points Seuil, 1999, p. 265.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Janine Chasseguet-Smirgel, <em>La maladie d’idéalité, essai psychanalytique sur l&#8217;idéal du moi</em>, L’Harmattan, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Laplanche et Pontalis, <em>Vocabulaire de la psychanalyse</em>, PUF, 2002, p. 184</p>
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		<title>Handicap et psychanalyse – Dernière partie</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Mar 2011 15:54:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[handicap]]></category>
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		<description><![CDATA[« L’altérité d’autrui ne peut être reconnue qu’à condition de trouver un lieu intérieur pour être ressentie, investie et discutée, au prix d’affronter l’ambivalence foncière liée à la dépendance originelle vis-à-vis de la psyché de l’autre. Ce lieu intérieur à l’œuvre dans tout lien, ce lieu de l’intériorité est donné et toujours à construire avec la parole, issue du façonnage par les mots de l’autre. ».
Ces phrases sont issues d’un éditorial du numéro de la revue Le Coq Héron, « Figures de l’autre en soi ».]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: justify;"><strong>Le handicap : du côté de l’enfant</strong></h1>
<p style="text-align: justify;"><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Les obstacles à l’intérêt pour le champ du handicap</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">A un moment de l’histoire de la psychanalyse, les deux domaines que sont la psychose et l’enfant furent des domaines-limites pour les psychanalystes. Les débats théoriques concernant la causalité des troubles (organogenèse ou psychogenèse), qui avaient des conséquences importantes concernant les interventions thérapeutiques, ont également constitué des obstacles à l’investissement du champ du handicap par la psychopathologie et les psychanalystes.</p>
<p style="text-align: justify;">L’aspect « inguérissable », car inscrit dans le corps, les gènes, a pu également désintéresser les « spécialistes du conflit psychique inconscient ».</p>
<p style="text-align: justify;">Les identifications des soignants peuvent également constituer parfois des obstacles à s’intéresser au vécu subjectif de l’enfant handicapé. En effet, les adultes ont parfois tendance à s’identifier aux parents plutôt qu’à un enfant dont on préfère peut-être croire qu’il n’a pas les capacités pour penser la situation et ses conséquences, particulièrement dans la déficience mentale, alors qu’il n’est évidemment pas du tout certain que l’enfant ne soit pas conscient de ses différences avec les autres enfants, quelque soit son handicap.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, la part d’archaïque et peut-être d’informe mobilisée contre-transférentiellement dans cette clinique que l’on qualifie aujourd’hui de clinique de l’extrême, est importante. S’identifier à certains corps qui peuvent mettre à mal les limites de notre corps propre n’est pas toujours évident à supporter et peut générer de l’angoisse.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons un texte de Winnicott qui nous paraît avoir toute sa place ici : « Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant »<a href="#_ftn1">[1]</a>. Dans cet article, Winnicott prolonge la réflexion de Lacan sur le stade du miroir dans le sens où cela pourrait se résumer par sa phrase : « Le précurseur du miroir, c’est le visage de la mère ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il y montre que les échanges de regards entre la mère et son enfant sont primordiaux : lorsque le nouveau-né regarde sa mère, celui-ci attend une réponse et tente de la lire sur le visage de celle-là. Cette réponse, ce qu’il va y lire, sera, pour Winnicott, la base de son propre sentiment d’existence. Dans le cas contraire, c’est-à-dire « si le visage de la mère ne répond pas, le miroir devient alors une chose qu’on peut regarder, mais dans laquelle on n’a pas à se regarder. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">On peut donc évoquer alors le problème de la reconnaissance, de l’identification des parents à l’enfant à l’aide d’une métaphore, celle de la Méduse : « Contraints de regarder en face ce qui ne saurait se voir, ils sont pétrifiés ou détournent le regard. »<a href="#_ftn3">[3]</a> Ce « miroir brisé » que peut devenir cet enfant présentant un handicap, nécessite alors l’intervention d’un autre miroir. Le regard d’un autre, d’un tiers, venant s’intercaler entre le regard rempli d’effroi du parent et l’enfant, peut permettre à ce parent de dépasser cette fascination mortifère, tel le bouclier de Persée qui lui avait permis de triompher de la Méduse.</p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>La question de la conscience du handicap chez l’enfant</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">La question qui vient alors est celle de la construction de la personnalité de l’enfant, à partir du regard des autres, d’abord à partir de ses Autres primordiaux, mais également avec le regard que l’enfant handicapé va ensuite poser sur sa propre expérience du handicap. Comment va-t-il progressivement inscrire sa différence dans son identité.</p>
<p style="text-align: justify;">Et dans un premier temps, l’enfant a-t-il conscience de son handicap ?</p>
<p style="text-align: justify;">S’il s’agit de sortir d’une image idéalisée de l’enfance, on peut se demander si les enfants ne savent pas très tôt ce qui caractérise la spécificité humaine (langage, autonomie motrice, propreté). C’est l’hypothèse de Korff-Sausse dans « le miroir brisé » qui va il me semble à l’encontre de ce que l’on pense spontanément.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme par exemple Winnicott qui écrit selon un point de vue inverse, dans « La <em>consultation</em> thérapeutique et <em>l&#8217;</em><em>enfant »</em>, à propos du cas Iiro (page 15) :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Il était effectivement improbable qu’il sût ce qu’il faisait ou qu’il eût utilisé consciemment le canard comme symbole de son infirmité. Je pense en fait qu’il était incapable de reconnaître sa syndactylie et de s’en accommoder »</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Selon Korff-Sausse, les enfants sont capables de reconnaître leur handicap, mais comme pour Winnicott, les thérapeutes sont-ils parfois trop prudents, ou trop embarrassés pour aborder la question de front ?</p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Subjectivation du handicap</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Aussi, l’enfant aurait de son côté un travail de deuil à effectuer. Celle de sa « normalité », de son autonomie. Dans le cas d’Iiro décrit par Winnicott, ce sera par exemple celui de jouer du piano par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">La question est souvent celle de l’avoir ou de l’être. Ici, ce serait : avoir un handicap ou être handicapé ?</p>
<p style="text-align: justify;">La logique à laquelle a affaire l’enfant handicapé suit le même principe, dois-je être semblable aux autres et tenter d’annuler ce handicap ?</p>
<p style="text-align: justify;">Suivre cette logique peut le mettre en grande difficulté et devoir finalement nier ce qu’il est.</p>
<p style="text-align: justify;">Ou bien, une autre logique pourrait être : suis-je complètement différent des autres ?</p>
<p style="text-align: justify;">Et dans ce cas, l’enfant pourrait être amené à se sentir radicalement autre vis à vis de ses pairs et par là s’identifier complètement à ses manques, ses déficiences.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment sortir d’une identité trop réductrice ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’enfant handicapé comme le montre bien Korff-Sausse peut chercher un miroir, tout en refusant de s’y reconnaître.</p>
<p style="text-align: justify;">L’enfant handicapé ne va pas cesser de rencontrer des déceptions quant à ses possibilités qui vont être source de frustrations.</p>
<p style="text-align: justify;">Une question importante à ce sujet va être d’aider l’enfant dans les renoncements qu’il devra accepter sans chercher nécessairement à les imposer de manière forte, en ramenant par exemple les paroles de l’enfant toujours à une réalité censée lui rappeler sa condition. Ceci afin d’éviter d’une part son effondrement, une éventuelle dépression, qui pourrait se déclencher face à la perte. Mais d’autre part c’est également en quelque sorte une question de survie de la vie fantasmatique de l’enfant qui est en jeu, si on ne cesse de lui refuser d’imaginer, même ce qu’il ne sera jamais en mesure de faire. Cela ne signifie pas qu’il faille laisser s’installer pour autant l’illusion d’une toute-puissance. C’est un délicat positionnement à trouver, à construire avec l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu un aperçu de ce que l’annonce du handicap représentait du côté des parents. On peut aisément comprendre que les interactions avec l’enfant subissent les conséquences de ce traumatisme. Comment donc reconstruire ce miroir brisé ?</p>
<p style="text-align: justify;">Comment l’enfant va se positionner par rapport à la blessure des parents, la culpabilité de ses géniteurs ainsi que leurs éventuels souhaits de mort ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cela peut aboutir pour l’enfant à des attitudes d’opposition, saines par ailleurs, de révolte et de reproche de l’avoir conçu ainsi, ou des attitudes de perpétuelle excuse du simple fait d’être là. On peut trouver ainsi des défenses maniaques contre les affects dépressifs et le travail du deuil vis à vis des pertes auxquelles l’enfant a affaire.</p>
<h1 style="text-align: justify;">Conclusion</h1>
<p style="text-align: justify;">Après l’enfant, la psychose et le somatique, c’est un domaine clinique en pleine expansion, qui peut apporter aux autres domaines cliniques en retour.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense qu’il y a tout de même aujourd’hui une meilleure pris en compte de l’aspect fantasmatique des interactions, dans la perspective d’une prévention d’éventuels troubles de la parentalité et de troubles psycho-affectifs de l&#8217;enfant</p>
<p style="text-align: justify;">On peut citer une étude : « Répercussions du diagnostic périnatal de malformation sur l’enfant et ses parents : approche métapsychologique à partir de l’étude longitudinale de 30 familles » un article de Anne-Marie Rajon, Isabelle Abadie<em> et </em>Hélène Grandjean.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Ou encore renvoyer aux études sur les interactions précoces parents-nourrisson dans l&#8217;organisation du développement de l&#8217;enfant lorsque celui-ci naît avec un handicap.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le travail avec les parents, après avoir utilisé le paradigme du « deuil de l’enfant imaginaire », il est temps de proposer d’autres paradigmes pour penser ces situations afin de d’aider au mieux parents et enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu qu’il ne fallait pas oublier les pères, et aider les familles à partager cette expérience douloureuse afin de diminuer les impacts tant sur les parents et leurs éventuels sentiments de persécution que sur l’enfant et sa culpabilité. Mais nous pourrions ajouter qu’il ne fait pas oublier les frères et les sœurs de l’enfant handicapé qui peuvent se retrouver abandonnés devant la polarisation psychique des parents que provoque cette arrivée inattendue.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce sujet, on peut lire l’article : « Frères et sœurs psychiquement oubliés », neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 2003, n°51, toujours de Korf Sausse, Et enfin les grands-parents qui vont se sentir concernés au travers de la question de la transmission.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, il faut continuer de soutenir ardemment l’idée qu’il faut écouter ces enfants et se laisser enseigner par eux, au risque de perdre nos certitudes et d’être embarrassé face à leurs questions, particulièrement lorsqu’elle aborde leur handicap.</p>
<p style="text-align: justify;">Canguilehm, le philosophe héros de la résistance et médecin dans le maquis, avait travaillé pour dépasser une opposition normal/pathologique en se fondant sur Auguste Comte et Claude Bernard.</p>
<p style="text-align: justify;">Il avait examiné tout d’abord la question : l’état pathologique n’était-il qu’une modification quantitative de l’état normal. Mais il va démontrer que le pathologique obéit à une normativité qui lui est propre. Ainsi, être malade, c’est encore vivre, et vivre, c’est toujours fonctionner selon des normes, même restreintes, et parfois selon une normativité tout nouvelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Il défend ainsi un caractère relatif de la différenciation qualitative entre normal et pathologique dépendant des relations même de l’organisme avec son milieu et il montre que le fond du problème posé par les définitions du normal et du pathologique réside dans la connaissance de la vie (qui n’est ni un simple équilibre, ni une auto-régulation). Ainsi, plutôt que normale, la vie est normative, c’est-à-dire constitutive de ses propres normes auxquelles le pathologique participe.</p>
<p style="text-align: justify;">On ne peut que souhaiter des changements au niveau des représentations de la normalité. Mais la question serait, dans quel sens ?</p>
<p style="text-align: justify;">Celui du déni ou celui qui remet au travail nos fantasmes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les jeunes enfants n’auraient par exemple apparemment pas de souci avec le handicap, ceci tant qu’ils n’ont pas acquis une certaine conception de la mort. Ils considèrent alors le handicap comme guérissable.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela rejoint ce que dit Olivier Grim sur les pulsions de mort ravivées par le handicap. Bien que nous ne puissions vivre en pensant sans cesse à la mort, notre société a tendance à accepter de moins en moins tout ce qui touche à la mort, en refoulant et déniant tout ce qu’elle peut apporter et faire travailler psychiquement. Tout affect négatif n’a plus de droit de cité, et la tolérance signifie à nos yeux aujourd’hui l’indifférence. « Je te tolère tant que tu ne viennes pas me déranger ». Or le handicap dérange d’emblée, et notre premier mouvement est de supprimer ce qui nous dérange.</p>
<p style="text-align: justify;">Un enjeu de société sur lequel nous pourrions travailler serait de faire en sorte que ces drames puissent se partager collectivement, et que la société puisse prendre toujours mieux en charge quelque chose de cette souffrance. Ne pas laisser le handicap devenir une affaire purement individuelle est un enjeu considérable pour nos sociétés.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec la psychanalyse, et la découverte de l’inconscient, l’étranger en soi, c’est le lieu de l’Autre qui s’est trouvé ré-ouvert de manière originale. Il s’agit, aujourd’hui, plus qu’hier encore, de persévérer à le maintenir ouvert.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’altérité d’autrui ne peut être reconnue qu’à condition de  trouver un lieu intérieur pour être ressentie, investie et discutée, au  prix d’affronter l’ambivalence foncière liée à la dépendance originelle  vis-à-vis de la psyché de l’autre. Ce lieu intérieur à l’œuvre dans tout  lien, ce lieu de l’intériorité est donné et toujours à construire avec  la parole, issue du façonnage par les mots de l’autre. ». Ces phrases sont issues d’un éditorial du numéro de la revue Le Coq Héron, « Figures de l’autre en soi ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le psychiatre Lucien Bonnafé rappelait que le comportement d’une société avec ses fous était un des meilleurs témoignages de son degré de civilisation. Cette phrase pourrait être adaptée à la conduite envers les handicapés.</p>
<h1 style="text-align: justify;">BIBLIOGRAPHIE</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">-          Sous la direction de Lecuyer Roger, <em>Le développement du nourrisson, </em>Dunod, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Sausse Simone, <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Brazelton Berry &amp; Cramer Bertrand, <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Lachenal Marielle, <em>Mon enfant est différent,</em> Fayard, 2000.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Guidetti Michèle &amp; Tourrette Catherine, <em>Handicaps et développement psychologique de l’enfant</em>, Armand Colin, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Stiker Henri-Jacques, <em>Corps infirmes et sociétés</em>, Aubier Montaigne, 1982.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Ancet Pierre, <em>Phénoménologie des corps monstrueux, </em>PUF, 2007.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Vanden Driessche Luc, <em>Le narcissisme parental face au handicap de l&#8217;enfant : l&#8217;enfant parallèle</em>, in Cahiers de psychologie clinique n<sup>o</sup> 18 –2002/1, « Les différences ».</p>
<p style="text-align: justify;">-          Le Nestour Annick et Danon Gisèle, Des vécus corporels primitifs à l&#8217;intégration somato-psychique, Enfances &amp; Psy n<sup>o</sup>20 –2002/4, « Le souci du corps »</p>
<p style="text-align: justify;">-          Cosnier J., « <em>Observation directe des interactions précoces ou les bases de l’épigenèse interactionnelle</em> », Psychiatrie de l’enfant, XXVII, 1, 107,12</p>
<p style="text-align: justify;">-          Lebovici Serge, Diatkine René, Soulé Michel,  <em>Nouveau traité de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, </em>PUF, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Champ psychosomatique : numéro 34 « <em>Corps extrêmes –1 » </em>et numéro 35 « <em>Corps extrêmes –2 »</em>, L’Esprit du Temps, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Winnicott Donald Woods., <em>Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant</em>, in Jeu et réalité, Gallimard, 1975.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Lebovici Serge. et Stoléru Serge, <em>La nourrisson, la mère et le psychanalyste &#8211; les interactions précoces-</em>, Bayard 1994.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Lamour Martine et Lebovici Serge, « Les interactions du nourrisson avec ses partenaires : évaluation et modes d’abord préventifs et thérapeutiques », in <em>Psychiatrie de l’enfant</em> n°34, 1, 1991.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Mazet P. Rabain D., Martin M., Downing G., Couetoux F., Wendland J., Aidane E., « Le regard dans les troubles des interactions précoces », in <em>Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence</em>, n°49, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Oé Kenzaburo, <em>Une affaire personnelle</em>, Stock, 2000.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Bollack Jean, <em>La naissance d’Œdipe,</em> Gallimard, 1995.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Winnicott D. W., <em>Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant</em>, in Jeu et réalité, p. 153</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Winnicott D. W., <em>Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant</em>, in Jeu et réalité, p. 156</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Sausse S., <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996<em>, </em>p.34</p>
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		<title>Handicap et psychanalyse – Seconde partie</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Feb 2011 20:21:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[handicap]]></category>
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		<description><![CDATA[Je vous propose ici la suite de mon parcours de lecture au sujet du handicap, toujours largement inspiré des écrits de Simone Korff-Sausse.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;"><strong>Le handicap : du côté des parents</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Dans un point de vue général, « dans la plupart des cultures, le handicap de l’enfant fait l’objet d’un vaste tabou »<a href="#_ftn1">[1]</a> : il choque, décourage, inspire l’ennui, suscite le malaise et surtout fait peur parce qu’ « il nous confronte aux limites de l’humain, car il suscite des images d’anormalités proches de la bestialité ou de la monstruosité. »<a href="#_ftn2">[2]</a> Que ces images nous soient renvoyées par un enfant peut nous gêner d’autant plus que cela brise quelque peu l’image d’une enfance que nous nous plaisons à idéaliser.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons dit dans <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=315">notre première partie</a>, suite à la mutation anthropologique du 19<sup>ème</sup> siècle, notre rapport à l’altérité a profondément changé, ainsi tenir l’autre à distance, en l’identifiant à sa différence, nous permet d’écarter le risque fantasmatique que cet autre peut susciter par notre trop proche ressemblance. Tenter d’accepter l’autre dans sa ressemblance peut constituer une menace, c’est bien pourquoi « l’anormal » a bien souvent été rejeté dans l’altérité la plus lointaine et que « la logique de l’exclusion commence par cela : désigner l’autre comme radicalement différent. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Un ouvrage philosophique écrit par Pierre Ancet, « Phénoménologie des corps monstrueux », qui suit une approche phénoménologique, mais qui mêle différents points de vue comme celui de la psychanalyse, analyse l’articulation du monstrueux et de l’humain et montre justement que c’est la part d’hominité, c’est à dire son appartenance à l’espèce humaine, qui nous rapproche de ce corps monstrueux, tout en lui refusant sa part d’humanité. Et, sans confondre effectivement la personne handicapée avec le monstre, les psychanalystes, comme Korff-Sausse, peuvent retrouver par contre des fantasmes de monstruosité dans cette clinique.</p>
<p style="text-align: justify;">Les parents d’un enfant handicapé ne sont pas non plus exempts de ces mouvements projectifs. C’est pourquoi l’annonce d’un handicap, quel qu’il soit, même minime, est un moment extrêmement sensible et en cela important pour le devenir de l’enfant, et celui des parents. Guidetti et Tourette<a href="#_ftn4">[4]</a> notent à cet égard « que l’intensité des réactions à l’annonce du handicap est liée au statut social et culturel du handicap.» Les deux auteurs ajoutent que « dans notre société, les handicaps moteurs, surtout dans les cas où les fonctions intellectuelles sont préservées, bénéficient d’une représentation plus favorable que les handicaps mentaux. » D’où d’ailleurs la nécessité de travaux comme ceux de Stiker, et de leur diffusion au grand public, afin de faire travailler les fameuses représentations sociales chères à Serge Lebovici.</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il qu’il ne faut pas oublier que l’annonce du diagnostic va produire des effets sur toutes les relations intra-familiales, et sur l’équilibre psychique de chacun des membres de la famille. Essayons de préciser les enjeux au niveau de ce que l’on peut appeler les processus de parentalité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>La blessure narcissique</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Freud avançait dans « Pour introduire le narcissisme » que « si l&#8217;on considère l&#8217;attitude de parents tendres envers leurs enfants, l&#8217;on est obligé d&#8217;y reconnaître la reviviscence et la reproduction de leur propre narcissisme qu&#8217;ils ont depuis longtemps abandonné. »<a href="#_ftn5">[5]</a> Cette attitude des parents envers leur enfant est même une preuve pour Freud de l’existence antérieure de ce stade qu’est le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">« Maladie, mort, renonciation de jouissance, restrictions à sa propre volonté ne vaudront pas pour l&#8217;enfant, les lois de la nature comme celles de la société s&#8217;arrêteront devant lui, il sera réellement à nouveau le centre et le cœur de la création. » Freud décrit là le sentiment parental devant l’enfant. Selon lui, ce sentiment a donc pour origine le narcissisme du parent lui-même, c’est-à-dire ce moment où le parent, enfant lui-même, se prenait encore pour idéal lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Rien n’est évidemment véritablement oublié, derrière l’amour que les parents portent en direction de leur enfant, Freud  y voit la résurgence de leur narcissisme, projeté cette fois sur l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’amour parental, si touchant et au fond, si enfantin, n’est rien d’autre que le narcissisme des parents qui vient de renaître et qui, malgré sa métamorphose en amour d’objet, révèle à ne pas s’y tromper son ancienne nature. »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le premier problème peut-être avec l’enfant handicapé, c’est précisément qu’il va avoir du mal à donner l’illusion aux parents de retrouver cette immortalité propre au narcissisme qui dédommage de l’acceptation de sa propre finitude. L’enfant handicapé va constituer un obstacle à la projection des parents de leur Moi-Idéal sur leur enfant. C’est la blessure narcissique dont parle Korff-Sausse à propos de l’enfant handicapé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le second problème est à situer vis à vis de la dette de vie inconsciente qu’analyse Monique Bydlowski dans son ouvrage « La dette de vie ». Outre son concept de <em>transparence psychique</em>, elle avance l’idée qu’avec l’enfant, le parent peut régler sa dette envers les générations précédentes. Ainsi, le handicap peut venir, là encore, constituer un obstacle au solde de cette dette.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Le deuil imaginaire… impossible</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Dans un article d’une monographie<a href="#_ftn7">[7]</a>, Bernard Golse aborde le versant psychique de la grossesse au travers d’une réflexion sur la procédure d’agrément dans le contexte d’adoption.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui nous intéresse, ce sont ces fameux « quatre bébés dans la tête des parents ». En effet, l’enfant à venir est d’abord « matière à pensées » (ou « une matière de pensées ») pour les futurs parents. C’est ce que l’on a coutume de désigner par « enfant imaginaire » et qui recouvre finalement quatre dimensions distinctes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant fantasmatique</em></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">« Il s’agit d’un groupe de représentations mentales principalement inconscientes et que chacun des deux parents s’est forgé tout au long de son histoire depuis sa plus tendre enfance. »<a href="#_ftn8">[8]</a> Sous ce terme d’enfant fantasmatique est donc désigné, entre autres, l’enfant qui peut être désiré du père par la petite fille (ou par le petit garçon ?). Ces représentations inconscientes seront réélaborées à différentes périodes de la vie, comme à l’adolescence typiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant narcissique</em></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">C’est « le dépositaire de tous les espoirs et de toutes les attentes de ses parents », comme on l’a vu avec Freud et son <em>Pour introduire le narcissisme</em>. « Tout ce qu’ils n’ont pas pu faire, tout ce qu’ils n’ont pas réussi, tous les idéaux manqués, leur enfant sera chargé de l’accomplir. »<a href="#_ftn9">[9]</a> Même si cela peut être difficile à accepter sans rivalité par les parents rappelle l’auteur.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant mythique ou culturel</em></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">« Chaque groupe culturel a ses représentations spécifiques de l’enfant et celles-ci imprègnent (…) le fonctionnement psychique des adultes (…) »<a href="#_ftn10">[10]</a> C’est à notre sens ce qu’on peut observer dans l’idéalisation persistance de l’enfant dans nos sociétés : un enfant de plus en plus précieux, soumis à une injonction de perfection, et d’autonomie la plus rapide possible. Nous y associons également l’idéologie de l’enfant désiré, programmé, comme seul possibilité de « bon départ dans la vie ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant imaginé</em></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">« Il s’agit au fond des rêveries conscientes et pré-conscientes du couple à propos de l’enfant qu’il projette d’avoir : son sexe, son prénom, son apparence, etc… »<a href="#_ftn11">[11]</a> Ce deuxième groupe de représentations est plus tardif dans l’histoire individuelle. Il apparaît par exemple quand un homme ou une femme commence à anticiper un enfant, à projeter d’avoir ou d’adopter un enfant. Et on peut dire que <em>l’enfant imaginé</em> est nourri en quelque sorte par les représentations des trois autres bébés.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lors d’une naissance, on parle souvent de « deuil de l’enfant imaginaire ». En effet, il existe cet enfant espéré, attendu, censé les perpétuer après leur mort et réparer leurs blessures narcissiques anciennes, c’est l’enfant merveilleux et imaginaire comme on l’a vu. Et il y a un enfant réel qui arrive avec toute sa singularité, et éventuellement sa « différence ». Les parents sont censés passer par une étape de réconciliation avec le bébé réel en parallèle du travail du deuil de cet enfant imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cette étape de deuil devient alors problématique pour les parents dont l’enfant présente un handicap. En effet, le travail de deuil consiste généralement à « placer quelque chose à la place de l’objet perdu »<a href="#_ftn12">[12]</a> ce qui est dans le cas de l’enfant handicapé proprement impossible.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le disent Brazelton et Cramer, le bébé représente une part du self inconscient du parent<a href="#_ftn13">[13]</a>, l’enfant fait en quelque sorte partie du parent : ainsi, renoncer à l’enfant imaginaire, dans ces cas, revient à renoncer à l’image de parents pouvant mettre au monde un bel enfant sans aucune anomalie et déstabilise ainsi les assises narcissiques des parents. Cet enfant va alors leur renvoyer éventuellement leurs propres défauts cachés, refléter leurs propres faiblesses et les exposer également au grand jour, à tout le monde. Ainsi l’obstacle majeur qui va se poser à présent pour les parents c’est leur reconnaissance dans leur propre enfant. Comment s’identifier et se reconnaître en lui ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’œuvre de Kenzaburo Oé est sur ce point particulièrement riche d’enseignement. Son roman « <em>Une affaire personnelle </em>»<a href="#_ftn14">[14]</a> est le long et douloureux chemin d’un père vers l’acceptation de son fils handicapé et le dépassement de son désir premier de tuer cet enfant. La naissance de ce dernier ne cesse de le renvoyer à ses propres faiblesses, aux moments de son histoire qui lui font honte, qui le rendent finalement incapable de se reconnaître en son fils et donc de l’accepter. Il lui faudra d’abord revenir sur ses propres problèmes et angoisses, les élaborer et leur trouver une issue positive, avant de pouvoir faire une place à son fils.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>la représentation de la transmission</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="text-decoration: underline;"> </span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs la représentation de la transmission, dans la naissance d’un enfant handicapé, est en effet vivement investie. Elle intervient dans ce cadre bien au-delà de la stricte dimension biologique. C’est la dimension fantasmatique encore une fois qui va prendre le pas, et concerner tout autant la mère que le père. Car le handicap réouvre de manière aiguë la question de l’origine pour les parents. Qu’ont-ils fait, ou que n’ont-ils pas fait pour mettre au monde cet enfant ? Comme le précise Korff-Sausse<a href="#_ftn15">[15]</a>, les parents peuvent s’acharner à trouver une explication qui va osciller entre « deux tendances contradictoires : le besoin de n’y être pour rien et le besoin d’y être quand même pour quelque chose. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Le traumatisme</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi cette rencontre entre ces nouveaux parents et ce nouveau-né peut être un traumatisme ? Car les représentations éveillées par cette rencontre sont parfois telles qu’elles débordent la capacité de penser des parents. C’est l’effroi et la stupeur chez les parents : « les réactions de dénégations, les manifestations somatiques sont fréquentes, signes de la mise en échec de la pensée. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La première caractéristique du traumatisme est qu’il est une « situation hors du commun confrontant directement le sujet à la mort ou à l’intolérable »<a href="#_ftn17">[17]</a> et que cette situation déborde alors toutes les défenses du sujet : aucun des parents ne peut y avoir été préparé même si tous l’ont peut-être envisagé durant la grossesse.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde est « le revécu répétitif de l’événement traumatique » et le fait que « la pensée est polarisée par l’événement »<a href="#_ftn18">[18]</a>, les facultés mentales sont comme suspendues. Cet événement traumatique suscite donc des représentations intolérables chez les parents, mais il vient également réactualiser le passé de ces derniers, ainsi que certains sentiments qui vont faire écho à leur propre histoire, tout en réactivant des fantasmes inconscients bien souvent inacceptables pour ces parents. Des fantasmes de meurtre sont inévitables, même s’ils sont rarement évoqués tant ils sont insupportables pour les parents et tant l’idée du meurtre de cet enfant suscite la honte. Cette envie de meurtre est d’ailleurs bien plus ouvertement exprimée chez les parents non concernés. Mais la reconnaître peut être une partie importante d’un processus d’acceptation du handicap pour ces parents et pour l’enfant, afin que la violence ne fasse pas retour sous un autre forme, plus masquée et plus pernicieuse (Les attitudes de surprotection qui viennent contrecarrer les projets pour les enfants par exemple).</p>
<p style="text-align: justify;">Mélanie Klein écrit par exemple que dans le deuil, c’est lorsque la haine fait jour et est ressentie pleinement que l’amour de l’objet fait jour et que la personne endeuillée sent qu’elle peut conserver en elle l’objet aimé et perdu.</p>
<p style="text-align: justify;">Une certaine amnésie péri-traumatique autour de l’annonce du handicap, autour de cette première rencontre, se produit fréquemment. « Mais ces images et ces pensées restent bien entendu vivantes et actives quelque part au fond de la psyché et demandent à pouvoir s’exprimer. Réduites au silence, remisées dans l’inconscient, elles constituent une source d’angoisse d’autant plus difficile à maîtriser qu’elle n’avoue pas son origine. »<a href="#_ftn19">[19]</a> Bensoussan parle par exemple de « déroute narcissique »<a href="#_ftn20">[20]</a> pour qualifier cette étape où la colère accompagne la culpabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc le premier temps de la sidération du traumatisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, c’est la confrontation au fantasme, son objectivation qui va peut-être constituer l’aspect le plus traumatique.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons que la naissance d’un enfant va produire des effets aux niveaux des parents en devenir du côté de leurs identifications, et ce, dans deux directions différentes.</p>
<p style="text-align: justify;">On parle d’un mouvement régrédient d’identification au bébé, qui va alors réactiver la part infantile du parent. Le premier à l’avoir théorisé fut Winnicott avec ce qu’il a appelé « La préoccupation maternelle précoce »<a href="#_ftn21">[21]</a> qu’il compare tout de même à une folie passagère. Et on parle d’un second mouvement, progrédient cette fois, qui va remettre en jeu les identifications du nouveau parent avec son parent du même sexe. Ces identifications adulte-parent vont bien évidemment comporter leur part d’ambivalence névrotique mise au jour dans les angoisses quant à faire mieux ou moins bien que ses propres parents dans le fait d’avoir un enfant, de l’éduquer, etc…</p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Deux types de fantasmes peuvent être invoqués</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Un affect va être présent massivement, c’est la culpabilité rencontrée par une sorte d’objectivation du fantasme d’une filiation fautive, incestueuse. Ce que l’on peut aisément constater dans les mythologies (rappelons-nous le mythe d’Œdipe) qui rendaient alors les Dieux responsables.</p>
<p style="text-align: justify;">Korff-Sausse, à ce sujet, plaide pour un partage de celle-ci par les parents (si cela est possible bien entendu). La culpabilité peut être si forte qu’un des deux parents peut finir par rentrer dans une dévotion masochique afin de tenter d’expier une faute qu’il penserait avoir commise, ou encore qu’un des parents accuse l’autre d’avoir par exemple transmis un éventuel problème génétique afin de s’en libérer.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le fantasme du châtiment vis à vis d’une faute oedipienne n’est pas tout.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Mélanie Klein, l’envie et la réparation</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour aller plus loin, il faut reprendre la théorie kleinienne du développement psychosexuel tant chez les mères que chez les pères. Rappelons que Mélanie Klein s’écarte de la doxa freudienne quant à l’Œdipe en le situant beaucoup plus tôt, et surtout en apportant des éléments nouveaux concernant l’oedipe chez la petite fille.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour elle, le premier objet de désir du nourrisson est le sein de la mère, qu’il soit garçon ou fille. Le père est alors perçu comme un rival. Mais les angoisses schizo-paranoïdes, c’est à dire persécutives et dépressives, que va vivre l’enfant concernant son premier objet de désir, et sa mère une fois qu’elle sera perçue comme totale, comme rattachée au sein, pousseront l’enfant vers le père.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, le pénis du père deviendra pour la fille, comme pour le garçon, un objet de désir oral qui leur permettra de se détourner du sein. Mais auparavant, précisons que <em>l’envie</em> est placée par Klein au cœur de sa théorie, et donc des premiers échanges et des premières expériences du nourrisson. Là encore, Klein innove quant à l’envie chez Freud qui ne concernait, schématiquement, que l’envie de pénis chez la femme. Il ne faut pas confondre selon elle l’envie de la jalousie. Dans « Envie et gratitude », elle les distingue clairement et fait de l’envie un sentiment primitif. C’est une sorte d’avidité à vouloir posséder toutes les bonnes qualités qu’on peut extraire d’un objet sans se soucier des conséquences que cela peut produire sur l’objet, autrement dit, au risque même de le détruire. Et s’il est impossible de s ‘approprier ses bonnes qualités, l’envie poussera alors à détruire l’objet afin de ne plus ressentir ce sentiment finalement accablant. Cet aspect peut donc, selon Klein, devenir particulièrement nuisible au développement de l’enfant car il devient un obstacle aux introjections des bonnes expériences avec l’objet, dès que celui-ci est perçu comme gratifiant. Finalement l’envie, et surtout l’avidité contenue dans cette envie, peut être conçue comme une extériorisation directe de la pulsion de mort.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi le sein, premier objet source de bien-être, idéalisé au tout début de la vie, va susciter des sentiments d’envie chez le nourrisson qui désire s’accaparer sa perfection. La nourriture extraite du sein devient également source d’envie. Et le nourrisson peut commencer à projeter toutes ses angoisses et ses désirs destructeurs dans ce sein. Il peut finalement désirer détruire ce sein. Et une fois que la position dépressive est atteinte, ces attaques contre le sein peuvent se poursuivre contre la mère, son corps et tout ce qu’il contient à l’intérieur, notamment les bébés.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la position dépressive atteinte va de pair avec la possibilité de ressentir de la culpabilité. Le nourrisson peut se voir alors confronté à la culpabilité d’avoir endommagé, ou même détruit sa mère. Ainsi ces attaques vont finir par se solder par le désir de réparation, et plus l’agressivité due à l’envie est présente, plus elle peut engendrer un désir de sollicitude et de restauration. Cette réparation est particulièrement importante dans le développement, car elle permet à l’enfant de reconstituer ces objets internes et de ne pas ses sentir désespéré face à la haine qu’il peut ressentir dans la frustration. Le désir de reconstituer un bon objet interne et externe va finir par être une base d’activités créatrices afin de maintenir des bonnes relations.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, lorsqu’une femme devient une mère, ses fantasmes précoces et ses angoisses concernant sa propre relation à sa mère sont réactivées. Et les angoisses d’avoir un bébé anormal, qui sont classiques, peuvent être alors interprétées comme les possibles représailles d’avoir attaquer l’intérieur du corps de la mère. Ainsi, on peut imaginer comment un enfant handicapé peut venir là objectiver des fantasmes de destruction que la toute nouvelle mère a pu antérieurement ressentir à propos de la mère archaïque de sa vie fantasmatique.</p>
<p style="text-align: justify;">Côté père, il ne faut pas absolument pas oublier la souffrance qui peut s’y jouer comme on a pu le faire auparavant. En effet, on ne voit pas pourquoi la blessure narcissique ne les concernerait pas ? (Les projections narcissiques du père peuvent d’ailleurs être visibles lorsqu’elles conduisent par exemple au fantasme d’enfantement ou encore de « couvade »<a href="#_ftn22">[22]</a> mais également dans des états dépressifs) Et même peut-être encore plus que les mères tant le handicap peut être vécue comme une castration ! Le féminin n’est pas l’exclusivité des femmes. Et Korff-Sausse pense à ce sujet que « la relation avec un enfant handicapé vient dévoiler la dimension féminine de la fonction paternelle », rarement mise en avant il est vrai. Aussi, on peut se poser la question si l’on ne pourrait pas parler au final d’une « préoccupation paternelle primaire » ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans tous les cas, ignorer cette souffrance du côté des pères par des attitudes de déni du côté des soignants laisse les pères dans leur désespoir ou leur fuite éventuelle cherchant d’autres gratifications, professionnelle par exemple. Et on peut se demander si ce refus du masculin dans un univers essentiellement féminin bien souvent ne serait pas un déplacement du refus de la sexualité chez ces enfants handicapés, futurs adultes sexués. Et on sait combien la sexualité et son potentiel de procréation est une limite à l’intégration des handicapés : soit absente, soit monstrueuse. Rappelons-nous un passage du Vilain petit canard : « Tu peux te flatter d’être énormément laid ! dirent les canards sauvages ; mais cela nous est égal, pourvu que tu n’épouses personne de notre famille. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Défenses maniaques et idéalisation</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Enfin terminons avec le fait que la naissance d’un enfant handicapé entraîne des conséquences particulièrement importantes quant à vie sociale des familles. Les solutions matérielles à trouver pour l’éducation de l’enfant, sa vie quotidienne, d’une part sont coûteuses en temps et en énergie, mais d’autre part, cela peut se loger dans le regard et les attitudes des autres également qui, même avec de bonnes intentions, marquent le changement de statut de ces parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Des défenses maniaques chez les parents peuvent se mettre en place contre les pertes liées à la venue de cet enfant (perte de la mobilité, de la possibilité d’avoir plus de temps pour eux, etc…).</p>
<p style="text-align: justify;">Suite à cette mutation anthropologique, et les changements de nos rapports à l’altérité, on voit également de plus en plus l’idée que le handicapé a peut-être quelque chose en moins, mais il aurait quelque chose en plus. Cela est lié à la question de l’idéalisation. L’enfant handicapé peut venir ainsi capter toutes les attentions car il représente nos parties infantiles les plus vulnérables que l’on voudrait protéger et réparer. Ainsi, un processus d’idéalisation peut se mettre en place vis à vis duquel il faut être vigilant car la persécution succède bien souvent à l’idéalisation. Mais l’objet idéal peut devenir en retour rapidement un objet persécutant au sein des groupes et institutions, y compris dans les relations. Idéaliser un enfant handicapé peut également l’enfermer dans un rôle qui ne lui permet pas de se développer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Korff-Sausse S., <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996, p.8</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Korff-Sausse S., <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996, p.8</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> <em>ibid.</em>, p. 145</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Guidetti M.&amp; Tourrette C., <em>Handicaps et développement psychologique de l’enfant</em>, Armand Colin, 2002, p.146</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 234</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>Ibid.</em>, p. 235</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a><em> </em>Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, p.193 à 213.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>,  p.195.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> <em>ibid.</em>, p. 197.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, p.198.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> <em>ibid.</em>, p. 196.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Sausse S., <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996<em>, </em>p.44</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p. 169</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Oé K., <em>Une affaire personnelle</em>, Stock, 2000.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Simone Korff-Sausse « L’impact du handicap sur les processus de parentalité », Reliance, 2007, n°26</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Korff-Sausse, <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996, p. 33</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Plagnol A. « Sémiologie en psychopathologie de l’adulte », in <em>Psychologie clinique et psychopathologie</em>, Nouveau cours de psychologie sous la direction de Ionescu S. &amp; Blanchet A. p.130</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> <em>ibid.</em> p.130</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Korff-Sausse, <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996, p. 35</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Bensoussan P., <em>L’annonce faîte aux parents, Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence,</em> 1989, 37, p. 435</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> D.W. Winnicott « La préoccupation maternelle primaire », 1956, in <em>De la pédiatrie à la psychanalyse.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> A ce sujet, Dominique Cupa rapporte quelques exemples dans son article « Le complexe de grossesse du père », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, p. 166 à 170.</p>
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		<title>Autopsie du bug – introduction au glitch art</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Feb 2011 14:15:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Je vous conseille d&#8217;écouter la très bonne émission hebdomadaire (le dimanche soir de 17h à 18h) Place de la toile sur France Culture, et plus particulièrement celle du 20 février 2011 sur le bug : Autopsie du bug Les invités étaient Roberto Di Cosmo, Alexandre Fernandez-Toro et Gérard Berry. Où l&#8217;on apprend qu&#8217;il existe une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Je vous conseille d&#8217;écouter la très bonne émission hebdomadaire (le dimanche soir de 17h à 18h) <strong>Place de la toile</strong> sur France Culture, et plus particulièrement celle du 20 février 2011 sur le bug : <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-autopsie-du-bug-2011-02-20.html"><strong>Autopsie du bug</strong></a><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les invités étaient Roberto Di Cosmo, Alexandre Fernandez-Toro et Gérard Berry. Où l&#8217;on apprend qu&#8217;il existe une chaire de Médecine légale du logiciel informatique&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ces logiciels étant aujourd&#8217;hui les objets les plus complexes que l&#8217;homme n&#8217;aurait jamais fabriqués. Concernant la fabrication de ces programmes, nous passerions aujourd&#8217;hui d&#8217;une ère marquée par l&#8217;artisanat, à certaines possibilités d&#8217;industrialisation., avec des possibilités de vérifier les programmes par d&#8217;autres programmes.  Car il y aurait une multitude de petits <em>bugs </em>que les programmeurs auraient laissé passer il y a quelques années, faute de prendre le temps et sous la pression de livrer rapidement, et qui seraient susceptibles d&#8217;être exploités par des personnes malveillantes et qui couteraient ainsi une fortune aujourd&#8217;hui pour tenter de les corriger. Morale de l&#8217;histoire : &laquo;&nbsp;Un bug trouvé très tôt ne coûte pas cher, mais un bug trouvé très tard peut coûter abominablement cher&nbsp;&raquo;&#8230; Je vous passe les différentes méthodes pour essayer de retirer, ou d&#8217;éviter le maximum d&#8217;erreurs. Un des invités en arrive d&#8217;ailleurs à la conclusion que si les outils ne se sont pas franchement beaucoup développés, ce serait du à une sorte de dénigrement de la fonction du programmeur considéré comme simple implémentation du programme conçu en amont. La programmation n&#8217;aurait pas encore reçus ses lettres de noblesse&#8230; A un moment de cette émission, un autre invité, parlant de la  quantité de programmes embarqué aujourd&#8217;hui dans le moindre de nos  objets quotidiens, et en première ligne, nos chers téléphones, arrive à  la conclusion, presque en s&#8217;étonnant, que finalement, les gens acceptent  plutôt bien les bugs&#8230; Cela m&#8217;a un peu étonné. Car je ne saisis pas  bien le choix que j&#8217;ai concernant le fait que mon téléphone peut planter  régulièrement ? Et l&#8217;alternative que je pourrais avoir, mis à part le  fait, de ne plus avoir de téléphone portable ?</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je voulais profiter de cette émission pour introduire ici une petite réflexion que je ne vais juste qu&#8217;entamer à peine aujourd&#8217;hui, précisément sur le <em>bug</em>, le <em>glitch </em>et autres &laquo;&nbsp;plantades&nbsp;&raquo;, notamment dans leurs rapports avec l&#8217;art. Par ailleurs, plus tard cette fois, j&#8217;aimerais revenir sur ce que l&#8217;on nomme intelligence artificielle (la fameuse IA dont on parle également dans les jeux vidéo), et ce notamment à partir d&#8217;un retour au père de l&#8217;informatique, à savoir ce cher Alan Turing.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour introduire la question ici, vous trouverez une bonne revue de la question sur Wikipédia qui nous livre une première définition :</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;&raquo; En informatique<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Informatique"></a>, un <strong>bug</strong> (de l’anglais <em>bug</em>, « insecte ») ou <strong>bogue</strong> (au Québec et recommandé en France par la DGLF) est un défaut de conception d&#8217;un programme informatique à l&#8217;origine d&#8217;un dysfonctionnement. La gravité du dysfonctionnement peut aller de bénigne (défauts d’affichage mineurs) à majeure (explosion du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Vol_501_d%27Ariane_5">Vol 501 d&#8217;Ariane 5</a>). Un bug peut résider dans un <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Logiciel_applicatif">logiciel applicatif</a>, dans les logiciels tiers utilisés par ce logiciel applicatif, voire dans le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Micrologiciel">micrologiciel</a> d&#8217;un composant matériel comme ce fut le cas du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bug_de_la_division_du_Pentium">bug de la division du Pentium</a><sup id="cite_ref-2"><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bug_%28informatique%29#cite_note-2">[3]</a></sup>. Un <em><a title="Patch (informatique)" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patch_%28informatique%29">patch</a></em> (terme francisé en « <em>rustine</em> ») est un morceau de logiciel destiné à corriger un ou plusieurs bugs.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Le glitch bien qu&#8217;utilisé parfois comme synonyme de bug n&#8217;a pas la même origine. Si le bug correspond à un souci au niveau du software,  le glitch est un phénomène plutôt hardware. Je vous recopie la définition de Wikipedia :</p>
<p>&nbsp;&raquo; Le terme <strong>glitch</strong> désigne une défaillance électronique ou  électrique qui correspond à une fluctuation dans les circuits  électroniques ou à une coupure de courant (une interruption dans  l&#8217;alimentation électrique). Ce qui entraîne un dysfonctionnement du  matériel informatique (hardware), qui occasionne à son tour des  répercussions sur les logiciels (software). Le mot glitch en est venu à désigner tout type de problème en  informatique. Cela explique également le fait que &laquo;&nbsp;bug&nbsp;&raquo; (bogue) et  glitch soient souvent employés indifféremment, sans pour autant être de  parfaits synonymes. Par extension, il est employé pour désigner un bogue  dans un jeu vidéo, où un objet animé a un comportement erroné (par  exemple : passage au travers des murs, « téléportation » inattendue),  qui peut être exploité pour tricher ou pour finir un jeu le plus vite  possible, comme dans les concours de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Speedrun">speedrun</a> et plus particulièrement ceux de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tool-assisted_speedrun">tool-assisted speedrun</a>.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Avec cette émission, on peut également commencer à concevoir le bug comme le conflit entre la raison (disons ultra rigoureuse) de la machine et celle de l&#8217;homme, souvent défaillante , ou tout au moins, limitée et plus lente, il faut bien le reconnaître. Ainsi je trouve que, présenté de cette manière, il y a peut-être des analogies à tenter avec les outils psychanalytiques, outre évidemment, le fait que les logiciels, les programmes, sont du langage, et sont des parfaites illustrations du maniement de la fonction symbolique chez l&#8217;homme. La machine, selon un des invités, serait juste un amplificateur d&#8217;erreur, car il est évident que le souci, l&#8217;erreur, ou la défaillance, provient aujourd&#8217;hui du programme conçu par l&#8217;homme.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/02/glitch-11.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-353" title="glitch-11" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/02/glitch-11.jpg" alt="" width="500" height="400" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour revenir à mon introduction aux bugs, ou plutôt aux glitchs dans leurs rapports possibles avec l&#8217;art, cela m&#8217;avait surpris et avait excité ma curiosité. Je me demande comment interroger cette idéalisation de la <em>failure</em>, de la défaillance, du ratage, du dérèglement qui semble être à la base de cette tentative d&#8217;esthètisation. Pour reprendre le titre d&#8217;un article sur le sujet : <a href="http://www.ecrans.fr/Glitch-la-beaute-fatale-d-un-rate,11036.html">Glitch la beauté fatale d&#8217;un raté.</a> Car lorsque certains essaient d&#8217;en faire &laquo;&nbsp;un effet graphique sympa&nbsp;&raquo;, cela précisément rate il me semble. Un exemple raté à mon sens d&#8217;utilisation de l&#8217;esthétique qui se dégage de ce mouvement est donc le clip de Kanye West &laquo;&nbsp;To Heartbreak&nbsp;&raquo; :</p>
<div style="width:480px;"><iframe src="http://www.ultimedia.com/swf/iframe_pub.php?width=480&#038;height=385&#038;id=vxx0q&#038;url_artist=http://www.jukebo.fr/kanye-west/clip,welcome-to-heartbreak,vxx0q.html&#038;autoplay=0&#038;mdtk=01757410&#038;site=.fr" width="480" height="385" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0"></iframe><br /><SPAN style="color:#000000; font:bold 11px verdana;">Tous les </SPAN><a href="http://www.jukebo.fr/kanye-west/clip,welcome-to-heartbreak,vxx0q.html" style="color:#000000;text-decoration:underline;  font:bold 11px verdana;" target="_blank">clips Kanye West</a></div>
<p style="text-align: justify;">Ou encore le clip du groupe Chairlift &#8211; &laquo;&nbsp;Evident Utensil&nbsp;&raquo; :</p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/3139412?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="400" height="225" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/3139412">Chairlift &#8211; &laquo;&nbsp;Evident Utensil&nbsp;&raquo; Music Video</a> from <a href="http://vimeo.com/datamosher">Data Mosher</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p><iframe frameborder="0" width="480" height="270" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/xlgsw6"></iframe><br /><a href="http://www.dailymotion.com/video/xlgsw6_glitch-pixel-rock-n-roll_creation" target="_blank">GLITCH, PIXEL &amp; ROCK&#039;n ROLL</a> <i>par <a href="http://www.dailymotion.com/peanuts-film" target="_blank">peanuts-film</a></i></p>
<p><a href="http://vimeo.com/3139412"></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Aussi pour avoir une meilleure idée de ce qu&#8217;est le glitch, cette vidéo de Takeshi Murata me semble être un bon exemple :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Un festival a eu lieu à Chicago en septembre 2010 la dernière fois (<a href="http://gli.tc/h/">GLI.TC/H</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">En tout cas, j&#8217;apprécie cette tentative. Esthétique du dysfonctionnement, mais aussi détournement de ces objets électroniques, technologiques (comme les jeux vidéos détournèrent l&#8217;utilisation des écrans de télévision)  qui ont maintenant colonisé notre quotidien. Détournement par rapport à ces objets censés nous délivrer des programmes standardisés, et surtout censés assurer leur rôles sans dérailler, sans &laquo;&nbsp;délirer&nbsp;&raquo;. Le glitch art, ce serait traquer et surtout changer notre rapport à l&#8217;irruption de l&#8217;imprévu au sein même d&#8217;un univers dont nous fantasmons la solidité, l&#8217;assurance de bon fonctionnement. A ce sujet, j&#8217;ai toujours été surpris par le fait que les programmes informatiques, implémentés sur toutes ces couches d&#8217;électronique, que l&#8217;on trouve partout, mais par exemple, et surtout dans ce PC grâce auquel j&#8217;écris ceci, fonctionnaient si bien. Comment toute cette machinerie, et il suffit de s&#8217;amuser à &laquo;&nbsp;bidouiller&nbsp;&raquo; un peu sur un PC pour saisir combien c&#8217;est un assemblage de bric à brac, fonctionne-t-elle, arrive-t-elle à fonctionner, tant bien que mal&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>De l&#8217;immersion dans les jeux vidéo</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Feb 2011 18:31:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[A theory of Fun for Game Design]]></category>
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		<category><![CDATA[Philosophie des jeux vidéo]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris,  le 23/02/2011.

Un étudiant de l'ITIN (www.itin.fr), en formation de management de projets informatiques, avec spécialisation Jeux Vidéo m'a contacté pour me poser quelques questions sur la notion d'immersion. Cela a stimulé chez moi précisément une envie de m'y plonger...
Voici donc mes réflexions en vrac sous la forme d'un questionnaire. Je travaillerai plus tard à y remettre de l'ordre, et surtout à poursuivre cette réflexion, car elle m'apparaît évidemment importante pour appréhender l'expérience du fait de jouer à un jeu vidéo, et au-delà, permet d'approfondir des concepts psychanalytiques...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Paris,  le 23/02/2011</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>Un</em><em> étudiant de l&#8217;</em>ITIN <em>(<a href="http://www.itin.fr">www.itin.fr</a>), en formation de management de projets informatiques, avec spécialisation </em>Jeux Vidéo<em> m&#8217;a contacté pour me poser quelques questions sur la notion d&#8217;immersion. Cela a stimulé chez moi précisément une envie de m&#8217;y plonger&#8230;<br />
Voici donc mes réflexions en vrac sous la forme d&#8217;un questionnaire.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Je travaillerai plus tard à y remettre de l&#8217;ordre, et surtout à poursuivre cette réflexion, car elle m&#8217;apparaît évidemment importante pour appréhender l&#8217;expérience du fait de jouer à un jeu vidéo, et au-delà peut-être, permettre aussi d&#8217;approfondir certains concepts psychanalytiques&#8230;</em></p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong><em>1 &#8211; Mon directeur de mémoire m’avait prévenu que l’immersion était un sujet très vaste et complexe et je commence à le croire. Rien que d’essayer de définir le terme n’est pas évident. Si vous deviez décrire simplement l’immersion (que ce soit dans les jeux vidéo, au cinéma, pendant la lecture d&#8217;un roman, etc.), cela donnerait quoi ? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il se passe dans la tête de la personne à ce moment-là ?</em></strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Effectivement, ce concept d&#8217;immersion m&#8217;apparaît également très vaste. J’ai eu d’ailleurs l’impression de me perdre en écrivant ceci… Je m’arrête donc avec ceci pour le moment, en espérant que cela reste lisible. Mais je vais continuer cette réflexion, pour mieux l’organiser.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour commencer, vous avez raison de préciser qu&#8217;il ne concerne pas seulement les jeux vidéo. Mais il est vrai qu&#8217;on l&#8217;utilise de plus en plus, et cela, il me semble, précisément parce que les jeux vidéo sont apparus, et ont pris de plus en plus d&#8217;importance dans nos vies, mais surtout dans nos rapports avec les médias en général.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors pour tenter de cerner à la fois l’immersion et « ce qui se passe dans la tête d’un individu », je vais faire plusieurs détours théoriques…</p>
<p style="text-align: justify;">Car disons que l’immersion est pour moi un effet de la rencontre entre un objet qui possède certaines caractéristiques, et un sujet qui possède de son côté un certain type de fonctionnement psychique. Concernant ce sujet (l’individu humain), on lui supposera des traits communs aux autres, autrement dit, on supposera qu’il partage certaines caractéristiques de son fonctionnement avec les autres. Mais il ne faut pas oublier que son fonctionnement est singulier, ce qui induit certaines conséquences, et pour notre question des difficultés insolubles quant aux prédictions que l’on tentera de faire sur le phénomène d’immersion. Ce n’est finalement pas un exercice simple que de tenter de parler de cette immersion au regard de concepts analytiques qui n’ont <em>a priori</em> rien à voir avec cette notion.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est toujours une difficulté en effet, voire un écueil, que de considérer et de parler de ce fonctionnement psychique comme généralisable, afin d’essayer de produire de la connaissance. Et lorsqu’on essaie de réfléchir à cette notion d’immersion en tentant d’approcher ce qui se passe pour le sujet, il est difficile d’éviter de typologiser, de construire des typologies de joueurs, qui préfèreraient telle ou telle caractéristiques de jeux vidéo. Par exemple, lorsque Serge Tisseron écrit sur les ressorts de la passion du virtuel (« <em>L’enfant au risque du virtuel</em> », chapitre « Les quatre ressorts d’une passion » pages 8 à 12) il en vient à dresser un profil de quatre types de joueurs. Il place d’abord, à juste titre, au cœur du désir de jouer à un jeu vidéo, la recherche de sensations et d’excitations. Et ajoute immédiatement que cette recherche ne peut être séparée d’ une exigence de mise en sens : « le joueur de jeu vidéo cherche moins à s’immerger dans des excitations nombreuses – comme le fait par exemple un danseur en boîte de nuit – qu’à faire la preuve qu’il peut à tous moments les contrôler. La maîtrise du jeu est en effet indispensable pour continuer. » (page 9) De ce fait, le joueur « est toujours confronté à une tension entre excitations et significations. Et c’est même très probablement ce qui le ‘scotche’ aux jeux vidéo ! » (page 11) A partir de cette tension entre excitations et significations, et en ajoutant deux autres dimensions, la gratification et la socialisation, il construit ses quatre types de joueurs qui privilégieront l’un de ses quatre aspects.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi au-delà de l’éventuelle avancée explicative dans les ressorts de l’immersion dans les jeux vidéo d’un point de vue purement psychologique (car on va parler alors de motivation à jouer à tel ou tel type de jeu), je voulais juste pointer la difficulté épistémologique qu’il y a, il me semble, à construire ce genre de typologie générale de joueurs au regard d’un objet tel que le jeu vidéo, par rapport à la psychanalyse dont l’objet reste le champ de l’inconscient (il ne faut pas l’oublier), et qui vise finalement à s’occuper de sujets dont on postule un fonctionnement psychique singulier.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, on peut jouer chez soi, devant un ordinateur ou une console, à l’école, dans le métro, avec une console portable, dans une salle d’arcade, à des jeux qui se jouent seul, avec des histoires très travaillées, ou en réseau en ligne via internet. Toutes ces pratiques ne renvoient pas à la même réalité clinique du jeu vidéo. On y reviendra, mais cela a son incidence par exemple lorsque l’on essaie de réfléchir si le jeu vidéo peut être une « aire intermédiaire d’expérience » pour reprendre le terme de Winnicott. Tous les jeux vidéo n’offrent donc pas les mêmes possibilités d’immersion. Il faudrait donc dans l’idéal, pour tenter de véritablement s’engager dans une approche psychanalytique de l’immersion, se concentrer par exemple sur un jeu vidéo, ou peut-être mieux, se restreindre encore à parler de la rencontre entre un sujet et un jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, après avoir énoncé toutes ces précautions, je vais me placer ici d’emblée sous le coup de ma propre critique : à savoir, une généralisatop à outrance&#8230; Disons que ce n’est qu’un début de réflexion. Et que j’essaierai d’aller plus loin au fur et à mesure, plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Immersion et attention</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tout d’abord, je dirais que l’immersion me semble être en quelque sorte une variante de la notion d’attention, ou du moins, serait à articuler avec cette dernière. Car effectivement on peut parler d’immersion dans une multitude de situations dont on voit qu’elles ne sont pas sans rapport avec ce que l’on nomme l’attention. Je peux être attentif à une conversation, aux bruits du dehors, au dernier épisode de <em>Fringe</em>, à <em>Dead Space 2</em>, mais aussi à ce qui se passe en moi tant physiquement, qu’au niveau des représentations qui traversent mon espace mental, etc. De l’attention à l’immersion, serait-ce alors une simple question de degré ?</p>
<p style="text-align: justify;">En tout cas, si mon attention est captée si fortement, on pourra dire, du dehors, vu de l’extérieur, il est immergé, plongé dans… C’est de là que vient la métaphore. Il est vrai que la technique offre des possibilités de rendre plus « palpable », plus « sensoriel »,  un environnement dit virtuel qui simule un espace avec d’autres règles que la réalité courante, autrement dit, un environnement dont les caractéristiques sont contrôlables car elles sont « recréées », et qui propose alors une sorte d’illusion de monde réel. C’est là ce que l’on a en tête lorsqu’on parle de cette « réalité dit virtuelle ».</p>
<p style="text-align: justify;">On perçoit donc que quelque chose est commun à ces phénomènes où l’état du lecteur, du spectateur ou du joueur, est celui d’un sujet « détaché » de la réalité et plongé dans un ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">L’immersion n’est pas une notion qui appartient en propre à l‘univers de la psychanalyse. C’est une notion qui tente d’objectiver quelque chose, de l’extérieur, mais dont on voit bien qu’elle se situe dans un espace intermédiaire, c’est-à-dire où l’on ne sait pas si le phénomène est soit objectif, soit subjectif. Et c’est pourquoi elle intéresse aussi les psychanalystes car je pense qu’ils reconnaissent là des possibles liens avec un domaine qui leur est cher. C’est le domaine que Winnicott a essayé d’explorer théoriquement à travers sa pratique avec les jeunes enfants, notamment dans son fameux livre « Jeu et réalité – l’espace potentiel », et qu’il nomme justement « espace potentiel », « aire intermédiaire » ou « espace transitionnel ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Tentative d’approche d’une définition</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir sur cette tentative de définition à propos des jeux vidéo, l&#8217;immersion est schématiquement ce phénomène d&#8217;adhésion subjective à un environnement constitué uniquement de représentations numériques. Mais ce phénomène dépasse le cadre des jeux vidéo. Et peut-être faut-il prendre en compte l’immersion dans les autres domaines pour essayer de mieux en saisir les nuances.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me semble ainsi que l&#8217;immersion s&#8217;articule aussi avec la notion de fiction, et de façon plus psychanalytique, avec la notion de fantasme, qui est une notion éminemment polysémique en psychanalyse. La rencontre entre un sujet (et ses fantasmes) et un objet fictionnel permet en quelque sorte la possibilité de se laisser aller à une sorte de rêverie, où un certain engagement du sujet n’est pas exclu du tout, au sein d’un espace dont certains éléments ont été déjà créés par d’autres, mais qui nous permettent d’entretenir finalement un certain rapport avec nos fantasmes plus ou moins conscients.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est pourquoi il me semble que l’on va devoir s’éloigner des approches de l’immersion proposées par les autres champs que la psychanalyse, comme par exemple la définition qu’en donnent Dominic Arsenault et Martin Picard dans  <a href="http://www.le-ludophile.com/Files/arsenault-picard-immersion.pdf">&laquo;&nbsp;Le jeu vidéo entre dépendance et plaisir immersif : les trois formes d’immersion vidéoludique</a>&nbsp;&raquo; qui est la suivante :</p>
<p style="text-align: justify;">« Un phénomène qui se produit lorsqu’une couche de données médiatisées est superposée à celle non-médiatisée avec une force et étendue telles qu’elle empêche momentanément la perception de cette dernière » (Page 2).</p>
<p style="text-align: justify;">On peut citer également un autre article &laquo;&nbsp;<a href="http://www.omnsh.org/spip.php?article99">Immersion dans un monde virtuel  : jeux vidéo, communautés et apprentissages&nbsp;&raquo;</a> écrit par Vincent Berry qui explore trois dimensions de l’immersion. Ces auteurs construisent des typologies qui nous aident, assurément. Mais pour saisir ce qui se passe du côté du sujet, il va nous falloir nous en éloigner un peu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Immersion du côté d’un sujet</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">On peut noter tout de suite, avec l’article d’Arsenault et Picard, qu’il y a un présupposé important pour la suite, qui est le suivant : on aurait accès à la réalité extérieure sans médiation en quelque sorte, d’une manière « non-médiatisée », de façon brute, une sorte d’accès direct à la réalité quotidienne. Il y a donc dans cette conception du rapport à la réalité une sorte de hiérarchie implicite dans des couches de « réalités ». Et avec les dispositifs immersifs, on mettrait une couche sur une autre  couche plus fondamentale.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà donc le point, il me semble, où la psychanalyse propose une autre vue (plus réaliste si je puis dire…) en disant que notre rapport avec la réalité, mais aussi les rapports qui existent entre réalité et fiction, ne sont pas aussi simples qu’on le pense de prime abord. Serge Tisseron le montre bien par exemple dans &laquo;&nbsp;<a href="http://lhomme.revues.org/index1889.html">La réalité de l&#8217;expérience de fiction&nbsp;&raquo;</a>. Si à un moment, la fiction peut prendre le pas sur la réalité, c’est bien que nous avons un rapport premier à la réalité qui n’est pas si simple. Pour Arsenault et Picard, j’ai donc l’impression que la réalité serait construite selon un modèle où nos sens interprèteraient les données/informations qui nous parviendraient d’un extérieur objectif. Mais ce qu’ils oublient, ou ne prennent pas en compte, c’est la part de ce que la psychanalyse désigne par « réalité psychique », et qui est la résultante des effets du désir inconscient et des fantasmes associés, dont la théorie analytique montre qu’ils se retrouvent, et s’analysent, d’après des indices tels que les lapsus, les actes manqués, les répétitions, etc. Une cure psychanalytique est ainsi un espace où l’on peut « contrôler » certains éléments du cadre afin de pouvoir mettre l’accent sur ces indices, et tenter d’accéder à cette réalité psychique afin de dénouer certains conflits, mieux, de donner la possibilité au patient de trouver d’autres issues à certains conflits. Les symptômes, qui le font souffrir, étant les solutions qu’il a trouvées précédemment, mais qui lui apparaissent trop coûteuses, c’est-à-dire, insupportable à vivre, un jour.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Réalité psychique ?</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La psychanalyse montre donc que cette réalité psychique a pour chacun tout autant de valeur, de poids, que cette réalité matérielle (la réalité quotidienne non-médiatisée dont parle par exemple les deux auteurs, Arsenault et Picard). Car elle a mis en évidence l’importance des fantasmes inconscients dans <em>la perception même</em> de cette réalité matérielle.</p>
<p style="text-align: justify;">En psychanalyse, l’inconscient, les processus inconscients, le désir dirait Lacan, ne tiennent pas compte de la réalité extérieure, et au pire peuvent parfois s’y substituer. Cette donnée introduit alors beaucoup de problèmes théoriques concernant les rapports qu’un sujet entretient alors avec la réalité, et c’est pourquoi je citais tout à l’heure Winnicott. Après de longs développements dans la théorie analytique où l’on a tenté de cerner ce qui se jouait entre la réalité psychique et la réalité extérieure (comment l’objectivité devenait alors possible ? N’était-elle qu’une projection de notre psychisme ? etc.) Winnicott a apporté d’autres concepts pour aborder ces problèmes. Mais il n’est pas le seul, Lacan également s’y est attaqué… Mais s’engager plus loin dans ces problèmes dépasserait largement le cadre de notre propos.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qu&#8217;on désigne par &laquo;&nbsp;délire&nbsp;&raquo; dans la théorie psychanalytique est une forme, un peu trop solipsiste, de création d&#8217;une neo-réalité à laquelle croit le sujet, et qui va se trouver tout aussi réelle que la réalité. Certaines parties de la réalité sont alors tout simplement remplacées par le délire. Mais il ne faut pas oublier que ce délire est également une tentative de guérison pour le sujet qui va le produire. Ce délire va tenter de retisser un pan de réalité qui a été déchiré par certains évènements traumatiques, c&#8217;est-à-dire des évènements qui appartiennent à l&#8217;histoire du sujet que ce dernier n&#8217;a pu intégrer dans sa vie psychique, via les moyens, notamment représentationnels, qui étaient à sa disposition lorsque les évènements se sont produits.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais tout le monde ne délire pas. N&#8217;est pas fou qui veut, disait Lacan. Plus généralement, les rêves (qui possèdent des similitudes formelles avec les délires) ou les fantasmes (Il faut distinguer les fantasmes dits inconscients, et ceux que l&#8217;on &laquo;&nbsp;dirige&nbsp;&raquo; que l&#8217;on nommera alors plutôt fantaisies diurnes) sont des formations dites de l&#8217;inconscient, qui appartiennent donc à la réalité psychique du sujet. Ainsi la psychanalyse postule donc que la réalité psychique prime sur ce que l&#8217;on entend par réalité au sens courant.</p>
<p style="text-align: justify;">La notion de fantasme nous donc permet de saisir ce phénomène (qui lui est assez facile à constater) qui consiste en ce que cette réalité que nous pensons partager avec les autres est tout à fait construite, et très singulière. Notre réalité est en effet une construction fantasmée à l&#8217;aide de représentations que nous avons construites au cours de notre histoire (Les premières représentations étant issues de matériaux sensori-moteurs). Et c&#8217;est pourquoi cette réalité (que nous opposons un peu rapidement à la réalité dite virtuelle, mais aussi plus généralement, aux fictions) a pour nous, en fait, un statut qui est proche de celui des neo-réalités construites et offertes par les médias. Ce qui nous ramène généralement à la &laquo;&nbsp;réalité&nbsp;&raquo;, c&#8217;est la déception, la douleur physique. La réalité, en fait, c&#8217;est l&#8217;irruption de ce à quoi l&#8217;on ne s&#8217;attendait pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment se construisent ces fantasmes inconscients ? Grossièrement par une sorte de mise en forme (une sorte de figuration en quelque sorte) d&#8217;une opération psychique que le sujet met en place pour se séparer d’un objet dit primaire. (Cet objet primaire étant une personne qui lui a permis de survivre étant nourrisson pourrait-on dire). Cette opération va par la suite lui permettre également d’avoir un corps qu’il pourra vivre comme à peu près unifié, qu&#8217;il aura l&#8217;impression d&#8217;incarner, et enfin de pouvoir dire &laquo;&nbsp;Je&nbsp;&raquo; en désignant ce corps. Le fantasme est un scenario imaginaire à l’intérieur duquel va se trouver figurer le sujet même qui fantasme.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais de cette opération de séparation qui va lui permettre de se constituer comme un sujet désirant, il restera quelque chose qui va continuer d’aimanter en quelque sorte le désir du sujet, le souvenir d’une satisfaction qu’il n’oubliera jamais. De plus, c’est là qu’on peut distinguer d’une part ces fantasmes inconscients auxquels on n’aura jamais accès complètement, et l’activité de fantaisie, c’est-à-dire les fantasmes conscients qui sont des succédanées, des constructions que le sujet peut plus ou moins diriger, et qui sont élaborés avec certains éléments déformés mais issus des fantasmes inconscients.</p>
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Pour revenir à une définition de l’immersion</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour tenter cette fois de donner une définition, je dirai que l&#8217;immersion, c&#8217;est ce qu&#8217;on veut désigner lorsqu&#8217;un sujet suspend le rapport qu’il entretient généralement à la réalité objective, et qu’il se plonge littéralement dans une sorte de neo-réalité, c&#8217;est-à-dire une sorte d&#8217;univers cohérent produit par un objet représentationnel proposant une fiction, construite à base de représentations littéraires, cinématographiques, ou vidéoludiques. Pour ce sujet, à ce moment-là, plongé dans cet espace fictionnel, la distinction courante, que l&#8217;on est censé vivre quotidiennement (mais qui est donc totalement redéfinie en psychanalyse) entre ce qu&#8217;on nomme réalité et fiction, a tendance à s&#8217;effacer. Le sujet croit ainsi à ce qu&#8217;il lit, ou voit, tout en sachant que ce n&#8217;est pas &laquo;&nbsp;vrai&nbsp;&raquo;. Et c&#8217;est ce paradoxe qui n&#8217;est pas évident à saisir conceptuellement, qui me semble être désigné par l&#8217;immersion. L&#8217;immersion fait ressortir ce paradoxe inhérent au parlêtre comme disait Lacan (c&#8217;est un néologisme désignant l&#8217;être humain comme animal parlant) qui est que malgré les éléments de réalité qui nous parviennent de l’extérieur, la réalité psychique, le désir inconscient, prime.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment peut-on croire à quelque chose dont on sait que cela n’existe pas ? En fait, on s&#8217;aperçoit avec ce paradoxe de l&#8217;immersion que le &laquo;&nbsp;vrai&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas la &laquo;&nbsp;réalité&nbsp;&raquo;. La fiction a finalement tout autant de valeur que la réalité, sur le plan de la vérité. Et c&#8217;est bien plutôt ce que l&#8217;on a envie de croire qui deviendrait parfois tout aussi réel que la réalité. N&#8217;importe quel joueur l&#8217;expérimente, et c&#8217;est bien ce qui fait peur à ses parents lorsque celui-ci est un enfant ou un adolescent… On peut donc constater, avec toutes ces fictions proposées par les différents médias (mais qui ne proposent pas tout à fait la même position, le même engagement du sujet dans ces fictions) ce fait étrange que le statut de notre réalité n&#8217;est pas aussi stable ou inébranlable qu&#8217;on le croyait si la fiction peut, à un moment donné, nous paraître tout aussi réelle que la réalité habituelle. Tout sujet est en mesure de suspendre le sentiment qu&#8217;il a de la réalité. Nous appréhendons finalement la réalité de la même façon que les fictions, c’est-à-dire par le biais de cette réalité psychique, qui est structurée par notre histoire, jalonnée par les rencontres et les expériences de satisfaction antérieures.</p>
<p style="text-align: justify;">La réalité fictionnelle que les jeux vidéo proposent se distingue des autres fictions. Par rapport aux fictions littéraires, c&#8217;est plus simple peut-être de le constater. Les romans par exemple, proposent des univers, véhiculés par des images, elles-mêmes provoquées, ou induites, par les mots  de l&#8217;auteur. Le lecteur reconstruit cet univers et se crée des images dont il va se servir pour alimenter une activité imaginative, Freud disait, l&#8217;activité de fantaisie, et il la plaçait au cœur du travail de l&#8217;écrivain.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant les fictions proposées par le cinéma ou la télévision, ce sont directement des images, auxquelles le sujet est confronté. On est là proche de l&#8217;expérience du rêve. Le cinéma nous le montre plus aisément.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin concernant les jeux vidéo, je dirais que c&#8217;est l&#8217;engagement du joueur via l&#8217;action qui distingue le rapport du sujet aux images. On  passe d&#8217;une place de spectateur à une place d&#8217;acteur. Et c&#8217;est même avec ses actions que l&#8217;univers dans lequel il va s&#8217;immerger va se construire et prendre petit à petit une consistance.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut voir ici que les reproches faits aux objets fictionnels existent depuis très longtemps. Les jeux vidéo réactivent une peur bien plus ancienne, qui est la confusion entre réel et fiction. Peut-être que cette peur existait déjà lorsque Platon condamnait les poètes au nom de leur imitation du réel ? Elle se retrouve aussi dans ce que l’on a nommé le Bovarysme…etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, il me semble que cette réalité dite virtuelle (la réalité produite par l’engagement du joueur dans un jeu vidéo ou un simulateur) possède des similitudes avec la réalité psychique. Comme le dit Benoit Virole dans <em>Du bon usage des jeux vidéo</em> : « De façon remarquable, la réalité virtuelle des jeux vidéo partage avec cette réalité psychique un certain nombre de similitudes. Elle se trouve partagée entre le statut du fantasme, car le sujet se voir représenté à l’intérieur d’une scène virtuelle, et celui de la fantaisie, dans la mesure où le joueur peut diriger la héros qui le représente à l’instar des rêveries diurnes. La puissance attractive des jeux vidéo résulte de l’effet de proximité entre la réalité virtuelle et les processus internes de la réalité psychique » (page 116). Deux psychanalystes, Georges Pragier et Sylvie Faure-Pragier développent également quelque chose de proche dans un article : « Au-delà du principe de réalité : le virtuel ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong><em>2 &#8211; Mes grands-parents me disent souvent : « Mais sort donc au lieu de resté scotché devant ton écran ! ». Ils ne sont pas de la même époque et ont un peu de mal à saisir le fait que l’on puisse prendre du plaisir à rester assis des heures à &laquo;&nbsp;baver&nbsp;&raquo; devant son jeu. J’en suis à me demander : « Mais au fait, pourquoi a-t-on tant envie de se faire lobotomiser par les univers virtuels ? Pourquoi veut-on toujours plus d’immersion ? Pourquoi cherche-on tant à échapper à la réalité ? J’ai quelques petites idées mais je voulais avoir votre avis de psychanalyste.</em></strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>« douce narcose » des illusions</strong><strong>…</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">« Lobotomiser »… J’espère que ça ne va pas jusque-là&#8230; Mais surtout que vous ne bavez pas trop&#8230; ;o))</p>
<p style="text-align: justify;">Mais disons que ce que j’ai écrit plus haut devrait nous aider ici à saisir d’un point de vue très (trop) général pourquoi l’on peut chercher à s’immerger. J’ai dit que tout un chacun peut suspendre le sentiment qu’il a de la réalité, voire remplacer quelques pans de la réalité (sans nécessairement délirer) par d’autres appartenant à la réalité psychique que j’ai essayée de décrire.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, il apparaît évidemment que s’il existe des moyens pour échapper à quelque chose qui peut être parfois un peu pesant, et surtout très frustrant quant à nos désirs, à savoir cette réalité décevante telle que je l’ai décrite, c’est-à-dire comme l&#8217;irruption de ce à quoi l&#8217;on ne s&#8217;attendait pas, il devient difficile de ne pas avoir envie d’en user…</p>
<p style="text-align: justify;">Freud fait par exemple un inventaire dans « Le malaise dans la culture » des moyens dont peut user l’humain, dans sa quête éperdu du bonheur, pour faire face à l’expérience du malheur qui caractérise le destin humain. Et il y parle, outre de l’intoxication via les drogues, de « se rendre indépendant du monde extérieur <em>en cherchant ses satisfactions dans les processus psychiques internes […] la satisfaction est obtenue à partir d’illusions, que l’on reconnaît comme telles, sans se laisser troubler dans leur jouissance par le fait qu’elles s’écartent de la réalité effective</em><strong>.</strong> […] Le domaine d’où sont issues ces illusions est celui de la vie de fantaisie. […] En tête de ces satisfactions en fantaisie, il y a la jouissance puisée dans les œuvres de l’art […] Celui qui est réceptif à l’influence de l’art ne saurait la tenir en assez haute estime comme source de plaisir et comme consolation dans la vie. Et pourtant la douce narcose dans laquelle nous plonge l’art ne fait pas plus que soustraire fugitivement aux nécessités de la vie et n’est pas suffisamment forte pour faire oublier une misère réelle. » (pages 23 et 24)</p>
<p style="text-align: justify;">Cette « douce narcose » des illusions de l’art issues de la vie de fantaisie nous ramène donc selon moi à nos jeux vidéo… (Je ne rentrerai pas dans le débat de savoir si le jeu vidéo est un art ou pas, mais je trancherai rapidement en disant que l’on peut étendre ce que dit Freud aux objets culturels). Le souci avec cette comparaison (outre qu’elle est trop générale) est qu’elle est un peu trop prise à la lettre par la psychiatrie actuelle prête à élargir toujours plus les conduites addictives dites sans objet. Pour une critique très intéressante de cette tendance, il faut lire Thomas Gaon (« L&#8217;échappée virtuelle : futur délice ou délit de fuite », « Psychopathologie des jeux en ligne » ou encore « Jeux vidéo : L’avenir d’une illusion »). C’est un psychologue qui travaille en addictologie. Et il peut ainsi écrire : « La notion d’addiction aux jeux vidéo se construit à partir des éléments suivants : une réalité clinique, la méconnaissance de l’objet jeu vidéo, la mutation de la psychiatrie moderne, une ambiguïté terminologique et la gestion thérapeutique captée par l’addictologie. » Ce en quoi je suis d’accord.</p>
<p style="text-align: justify;">Car je pense également, par rapport à votre terme de « lobotomisation » qui me semble correspondre à cette peur actuelle de confusion réel/virtuel (qui me semble prendre sa source dans un fantasme) et à celle de « manipulation des cerveaux ou des esprits» (Souvenons-nous du cynique « temps de cerveau disponible » de Patrick Lelay). Et là je pense par contre que c’est une peur plutôt fondée, car il y a des enjeux économiques très réels), que nos rapports avec les images, ou plus largement, avec les fictions peuvent être également particulièrement intéressantes pour apprendre à se connaitre, prendre du plaisir à partager notre réalité psychique avec les autres, etc. C’est ce sur quoi met l’accent Serge Tisseron par exemple. Même s’il ne faut pas oublier, évidemment, les objectifs des industries culturelles de masse qui produisent la presque-totalité de ces objets.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans tous les cas, le jeu vidéo ne devrait pas rester un objet consommé par des enfants et des adolescents laissés tout seuls devant leurs écrans, sinon effectivement, cet objet peut devenir beaucoup plus attrayants que la rencontre avec les autres, qu’une conversation avec son père ou sa mère, même autour de sa dernière découverte vidéoludique. Il y a à ce sujet une anecdote tirée du blog d’Eric Viennot que je trouve vraiment édifiante où l’on peut lire combien le jeu vidéo et le type d’immersion qu’il propose, peut devenir également un objet de transmission intergénérationnel, à condition de l’avoir partagé avec un autre humain. Le fils de Viennot a envie de transmettre quelque chose à sa petite sœur, qu’il a lui-même partagé avec son père, et dont le jeu vidéo est devenu à un moment, un support car il a été, entre le fils et le père, un lieu de partage et de plaisir :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://ericviennot.blogs.liberation.fr/ericviennot/2010/10/le-h%C3%A9ros-de-zelda.html#more">http://ericviennot.blogs.liberation.fr/ericviennot/2010/10/le-h%C3%A9ros-de-zelda.html#more</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Désir d’immersion et accordage multisensoriel</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Alors, pour continuer sur ce désir d’immersion dans les jeux vidéo, je pense que là, justement, interviennent également les caractéristiques de l’objet. Car j’ai dit tout à l’heure que l’immersion est un effet de la rencontre entre un objet qui possède certaines caractéristiques qui lui donne une proximité importante avec la réalité psychique de tout un chacun, et un sujet avec un certain type de fonctionnement psychique.</p>
<p style="text-align: justify;">L’un des autres « atouts » des jeux vidéo, c’est l’aspect « créatif », participatif, c’est-à-dire mon engagement actif au sein de cette réalité virtuelle, si proche de ma réalité psychique. Je peux agir à l’intérieur de cet espace, contrairement à mes rêves, au roman (même ceux dont vous êtes les héros…) ou au cinéma. On a donc la combinaison d’un espace qui peut, à un certain moment, « se substituer » ou vient « enrichir » ma propre réalité psychique, avec un aspect sensoriel important (là je rejoins ce que veulent décrire les auteurs que j’ai cités lorsqu’il parle d’immersion sensorielle), et qui me laisse la possibilité d’y agir, une certaine liberté, au sein d’un espace de règles (c’est l’aspect du jeu) qui se sont substituées à celles qui régissent la réalité objective. On rejoindrait par là le domaine dont je parlais tout à l’heure à propos du psychanalyste Winnicott, à savoir l’aire transitionnel. A condition, encore une fois, que cela soit partagé avec un autre.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai parlé tout à l’heure du fait qu’il me semblait que cette réalité dite virtuelle possédait certaines similitudes avec la réalité psychique. Et il est vrai que Tisseron rejette cette voie de comparaison car il la trouve source de confusion : « […] tout tentative de donner aux expressions « réalité matérielle », « réalité psychique » et « réalité virtuelle » un statut équivalent ne peut être qu’une source de confusion sans fin et de beaucoup d’inquiétudes inutiles. » (<em>L’enfant au risque du virtuel</em>, pages 102 et 103). Il préfère ainsi aborder l’immersion en termes de relation d’objet (Schématiquement, c’est une approche qui s’est développée en psychanalyse pour parler de la relation qui se met en place, au cours du développement de l’être humain, entre un sujet et le monde et ses objets. Cette relation sera caractérisée avant tout par le mode d’appréhension fantasmatique du sujet vis-à-vis des objets du monde, et par les angoisses et défenses qui y sont rattachées. Mais surtout elle est marquée par une dynamique qui dialectise toujours les deux désirs du sujet que sont l’union/fusion et la séparation d’avec son objet premier d’amour). Dans cette perspective, les images comme alors conçues comme des objets virtuels. Et, j’anticipe par rapport à la question suivante, cela permet à Tisseron de chercher dans ce qu’il appelle « l’accordage multisensoriel précoce » la source de notre désir d’immersion.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce concept  d’accordage provient des recherches en psychologie du développement qui ont travaillé ce que l’on nomment les interactions précoces entre le bébé et ses parents. Au sein de ces interactions, ces chercheurs ont conceptualisé les interactions dites affectives. Elles sont définies comme « l’influence réciproque de la vie émotionnelle du bébé et de celle de sa mère ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est en somme la tonalité affective générale de l’interaction. Elles ne se laissent pas facilement décrire, en raison peut-être de la difficulté des adultes de lier les affects archaïques du bébé à des représentations.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est Daniel Stern, dans son livre « <em>Le Monde interpersonnel du nourrisson »</em>, qui va parler d’harmonisation affective et « d’accordage affectif », permettant aux deux partenaires de partager leurs expériences émotionnelles, pour désigner cette expérience subjective. L&#8217;accordage se produit donc par la mise en relation d&#8217;une conduite de l&#8217;adulte différente de celle de l&#8217;enfant : elle reprend un paramètre de l&#8217;expression émotionnelle de l&#8217;enfant mais elle ne reprend pas matériellement le comportement expressif de l&#8217;enfant, au contraire, elle le traduit dans une autre modalité de comportement. Cette conduite de traduction montre que d’un côté, l&#8217;adulte cherche à reprendre le comportement émotionnel de l&#8217;enfant, et du côté de l’enfant, elle lui permet de délier l&#8217;état émotionnel de son expression et de mettre au travail les formes d&#8217;expression de ses propres émotions.</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, il s’agit pour les deux protagonistes de ce dialogue, pour reprendre les termes de Tisseron : « d’éprouver le plaisir de l’interaction et de l’immersion dans une émotion partagée. » (page 105) Ce concept d’accordage permet ainsi à Tisseron de placer comme source d’un certain nombre d’interactions que les adultes auront dans leur vie, et donc celles que peut chercher avoir un joueur avec sa machine, « le désir du bébé d’entrer en contact avec l’état mental de son interlocuteur. » (page 106) « La relation avec l’ordinateur renoue avec le plaisir partagé et gratuit des premiers accordages. » (page 106) En d’autres termes, la machine devient cet Autre censé s’accorder harmonieusement à tous mes désirs, comprenant ce que je désire, et me le livrant au moment où je le veux. On est proche, encore une fois, de ce qu’a décrit Freud à propos des premières expériences de satisfaction du bébé, et que Winnicott développera avec les phénomènes transitionnels.</p>
<p style="text-align: justify;">La métaphore qu’utilise Tisseron me semble tout à fait parlante en effet pour comprendre un des ressorts qui nous pousse à nous immerger dans les jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je pense que l’on n’exclue peut-être pas non plus la part d’appréhension fantasmatique de cette réalité extérieure, y compris dans l’accordage multisensoriel. Même si je comprends bien qu’il veut mettre l’accent sur ce dernier quant à ce qui nous pousserait à chercher du plaisir à arpenter ces espaces virtuels peuplés d’autres personnages que la machine, l’IA, nous fait rencontrer et qui « s’accordent » effectivement toujours avec nos actions.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le moment, je pense que la position de Tisseron ne me semble pas invalider une approche de ce désir d’immersion également via ce désir de suspendre un temps le sentiment de réalité afin de chercher du plaisir dans cette réalité fictionnelle co-construite avec notre réalité psychique fondée sur le désir inconscient et les fantasmes associées. J’ai l’impression que si on l’oubliait on passerait à côté de l’éventuel aspect narratif du jeu vidéo ?</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, comme je le disais, étant donné qu’il faudrait restreindre les analyses à telle ou telle pratique, si on généralise trop, on en vient à avoir du mal à ne pas se contredire…</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Désir d’immersion et narcissisme</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Tentons pour le moment de poursuivre sur le désir de s’immerger. On peut évoquer concernant notre fonctionnement psychique, d’un point de vue très général, le désir de revenir à un état que la psychanalyse nomme narcissisme. J’ai écrit sur cette notion dans mon blog.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec Freud on peut énoncer que le renoncement à une satisfaction éprouvée une fois est une chose particulièrement difficile. En psychanalyse, on déduit qu’il a existé un type de satisfaction dont a bénéficié l’être humain dans un état « mythique » que Freud a qualifié de narcissisme. Cette satisfaction, liée à l’état de narcissisme, ne va, en pratique, jamais être complètement abandonnée. Elle va donc être recherchée, et ainsi être supposée atteignable par d’autres voies, par exemple celle des idéaux et des activités qui vont tendre vers ces idéaux. Mais aussi par d’autres activités qui permettrait de retrouver en quelque sorte, de manière substitutive, la satisfaction de cet état mythique qu’est le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce serait le désir de « régresser », comme on dit en psychanalyse, à un état où l’on peut se satisfaire soi-même. On quitte donc l’état courant où l’on investit des objets extérieurs, et où l’on doit aller chercher dans cet extérieur comment le modifier pour se satisfaire. Je pense qu’on peut ainsi articuler l’analogie de Tisseron entre l’expérience de joueur à un jeu vidéo et l’accordage multisensoriel précoce, avec ce désir de retrouver une satisfaction antérieure, qui est, entre autres, ce que l’on veut désigner par « régression » en psychanalyse.</p>
<p style="text-align: justify;">Un autre exemple que je trouve parlant, c’est le cas des fêtes foraines. Vous trouverez un chapitre très intéressant sur ce point dans le livre de Michael Balint (un autre psychanalyste d’origine hongroise) « Les voies de la régression », chapitre « Fêtes foraines et frissons », (page 19). Ce sont des lieux où l’on va aller chercher des satisfactions d’un autre ordre que durant la vie quotidienne. Un lieu où l’on peut s’acheter des sucreries, où l’on va rechercher certaines sensations qui peuvent évoquer des moments où l’on était bébé, porté par les bras des adultes, lancé en l’air par ces derniers, où l’on jouissait d’avoir peur tout en se sachant protégé.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, ici, j’irai dans le sens de Yann Leroux pour voir le désir de s’immerger comme un désir de régression, qui est une nécessité, pour tout le monde, de temps à autre :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.psyetgeek.com/metapsychologie-de-limmersion-dans-les-jeux-vido">http://www.psyetgeek.com/metapsychologie-de-limmersion-dans-les-jeux-vido</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il écrit par exemple : <strong>L’immersion comme régression</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Le désir d’immersion est une expression du désir de retour à la vie intra-utérine. […] il est facile de voir dans l’immersion vidéo-ludique une expression de ce même désir. Les satisfactions apportées par l’immersion vidéo-ludique sont les mêmes que celles du fantasme de régression intra-utérine : le joueur se satisfait que de lui-même, la réalité est devenue <em>sa </em>réalité, c’est-à-dire que les limites de son self se sont étendues jusqu’à englober tout l’univers du jeu. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il faudrait sûrement nuancer tout cela. Car il faudrait assurément mieux formaliser les choses à propos de ce désir de régression qui tendrait vers le narcissisme, dont l’état du bébé est souvent pris comme paradigme.</p>
<p style="text-align: justify;">Le souci avec ces analogies, c’est que l’on tend à oublier que le narcissisme est avant tout une question d’identification. Avec une perspective uniquement psychogénétique, on en vient peut-être parfois à confondre le besoin et le désir, dans des métaphores où le bébé, voire le fœtus, serait à lui-même son propre idéal, où ses besoins seraient entièrement pris en charge, sans qu’il lui soit nécessaire d’agir ou de transformer l’extérieur pour se satisfaire. Le narcissisme est à la base une formation libidinale construite à partir du lien d’amour avec l’objet primaire, par identification, autrement dit, ses bases sont pulsionnelles et sexuelles. Mais c’est une étape où il s’agit de construire de l’ordre, d’organiser les choses pour construire de l’unité. L’idéal devient alors une représentation unitaire. Et cette étape narcissique introduisant une sorte d’idéal va devenir par la suite une sorte de paradis perdu, d’image idéale vers laquelle, à laquelle on voudrait « coller » en quelque sorte.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, ce désir de régression vers cet état mythique du narcissisme, que l’on caractérise également par le sentiment de toute-puissance, me semble devoir être rapporté peut-être plus à un désir de se mouvoir uniquement dans le monde des idéaux, c’est-à-dire le monde des représentations, sans avoir affaire à la pulsion qui nous ramène au corps charnel, toujours très encombrant pour un sujet humain&#8230; C’est cet aspect du narcissisme qu’il me semble qu’il faudrait privilégier pour parler du désir de s’immerger comme régression narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, à ce sujet, l’immersion comme régression me semble être particulièrement visible dans certains jeux vidéo d’horreur qui construisent, il me semble, un univers fantasmatique comme justement l’expression d’une régression au sein du corps maternel. Et c’est précisément ce qui en constitue l’horreur ! (Le film de Peter Jackson <em>Brain Dead</em> en donne également une superbe et très drôle illustration à la fin du film notamment où la mère du héros, transformée en monstre, cherche, dans son délire incestueux, à ramener son fils dans son propre ventre…) Car la rencontre du sujet avec ses fantasmes inconscients n’est jamais une partie de plaisir si je puis dire ! Si cela se réalise, il y a de fortes chances que le sujet s’en trouve très mal.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Activité de fantaisie et honte</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cela me donne l’occasion de « rebondir » de la régression, aux rapports entre l’activité de fantaisie, c’est-à-dire le fait de joueur avec ses fantasmes conscients, et la honte. Pourquoi ? En partie parce que dans votre question, la remarque de vos grands-parents me fait penser à ce que peuvent parfois ressentir certains adultes qui n’ont pas l’habitude de jouer.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette régression correspond donc à cette tentative dont je parlais plus haut de retrouver la première satisfaction perdue, mise en place par l’opération de séparation du sujet d’avec un premier objet d’amour primaire. Comme je le disais également, le désir inconscient de ce sujet va par la suite se trouver aimanté par les traces de cette satisfaction. Jouer aux jeux vidéo est donc tout à fait pris dans cette recherche.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un texte fameux, paru en 1908, « le poète et l’activité de fantaisie », Freud explore le sujet de la création littéraire. Il y interroge la source de l’activité créatrice du poète. Très vite, il la compare au jeu, à l’activité ludique que l’on peut observer chez l’enfant. En fait on peut dire que l’activité du poète, pour Freud, est une façon de poursuivre les jeux d’enfant. Car il écrit dans ce texte à propos du renoncement à un plaisir goûté qu’ « à vrai dire, nous ne pouvons renoncer à rien, nous ne faisons qu’échanger une chose contre l’autre ; ce qui paraît être un renoncement n’est en réalité qu’une formation substitutive ou succédanée. » (Sigmund Freud, « le poète et l’activité de fantaisie », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 163)</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi l’activité de fantaisie, autrement dit, les fantasmes conscients auxquels s’adonnent l’être humain ne sont que des formations substitutives des plaisirs que procuraient par exemple ces jeux auxquels l’enfant qu’il était s’adonnait. Cette impossibilité de renoncer à une satisfaction déjà éprouvée est une proposition forte de Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud va poursuivre en observant que la différence notable entre l’adulte et l’enfant, c’est que l’adulte a honte de ses fantasmes. La honte de l’adulte qui fantasme s’expliquerait par cette contradiction dans laquelle il est plongé : fantasmer lui procure une satisfaction certes, mais celle-ci a un goût bien trop infantile, pour lui qui est devenu grand et adulte. Tirer de la satisfaction de cette activité substitutive, c’est creuser un écart important avec la satisfaction d’avoir atteint cet idéal qu’est le statut d’adulte pour l’enfant. C’est donc creuser un écart important avec cet idéal et cette activité de fantaisie qui devient alors la source du sentiment de honte.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce sentiment de honte attaché à l’activité de fantaisie chez l’adulte, comme le rappelle Freud dans ce texte, fait qu’il est alors difficile d’y avoir accès. « L&#8217;adulte, par contre, a honte de ses fantasmes et les dissimule aux autres, il les couve comme ses intimités les plus personnelles ; en règle générale, il préférerait avouer ses fautes que de faire part de ses fantasmes. » (Sigmund Freud, « le poète et l’activité de fantaisie », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 163)</p>
<p style="text-align: justify;">Or, il me semble que le fait de jouer à un jeu vidéo est une façon, dissimulée, de jouer avec ses fantasmes. Georges et Sylvie Pragier, écrivent à ce sujet par exemple : « Le virtuel est façonné par les motions pulsionnelles : accroître la maîtrise par la connaissance, jouer avec ses fantasmes sans crainte d&#8217;interdit, aimer sans être rejeté, tuer virtuellement sans détruire vraiment. La progression technique change la mise en scène, la réalité psychique demeure et se reflète dans les mondes virtuels. » (« Au-delà du principe de réalité : le virtuel », in <em>Revue française de psychanalyse,</em> n°59.)</p>
<p style="text-align: justify;">Jouer avec ses fantasmes et donc de prendre du plaisir avec cette activité de fantaisie dont parle Freud. Pour cette raison, peut-être provoque-t-elle chez certains un sentiment de honte et de dégoût qui ne peuvent alors considérer cette activité que d’une manière négative. Les raisons qui sont alors invoquées, comme celle de rendre les jeunes violents, ou de les couper de la réalité, par exemple, pourraient alors s’entendre un peu comme des rationalisations de cette honte.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong><em>3 &#8211; Y a-t-il des différences au niveau de l’âge, du sexe ou autre qui devraient être prises en compte lorsque l’on veut créer un univers immersif ? Peut-être que les centres d’intérêts de chacun ou leur état d&#8217;esprit à un moment T peuvent jouer sur l’efficacité de l’immersion dans certains cas ?</em></strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je pense en effet que l’on n’a pas envie de s’immerger de la même façon, avec n’importe quel média, à n’importe quel moment de sa vie. Et je pense que les différentes typologies déjà formalisées peuvent vous aider peut-être ici. Celle de Tisseron par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais également les typologies d’immersion d’Arsenault et Picard (l’immersion sensorielle, systématique et fictionnelle) et celle de Vincent Berry (L’immersion phénoménologique : par le regard et le corps / l’immersion narrative : par une culture et un récit collectif / l’immersion anthropologique : par une socialisation ludique), ou encore celle de Natkin qui fait reposer la sensation d&#8217;immersion sur &laquo;&nbsp;le contrôle narratif, sur la perception et sur l&#8217;intérêt ludique des règles&nbsp;&raquo; (&laquo;&nbsp;Jeux vidéo et médias du XXIème siècle&nbsp;&raquo;, p.40)</p>
<p style="text-align: justify;">Ces typologies me semblent donc caractériser, non des désirs d’immersion différents puisqu’elles concernent les caractéristiques de l’objet, mais des moyens, des voies de nature différente, pour satisfaire ce désir.</p>
<p style="text-align: justify;">Si je parle de ma propre expérience aujourd’hui, la dimension narrative est particulièrement forte pour que je me plonge dans un jeu. Il me faut un univers proposant une trame narrative stimulante. Alors que lorsque j’étais adolescent, les jeux d’arcade (Il est vrai qu’ils étaient certes beaucoup plus nombreux et étaient les principaux jeux proposés) étaient plus propices pour moi à une immersion vidéoludique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Immersion et angoisses</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que je pourrais ajouter également, c’est que ce sont nos angoisses qui génèrent également ce désir de s’immerger. Cela me permet de faire le lien avec la seconde raison qu’invoque Yann Leroux par rapport à ce désir d’immersion.</p>
<p style="text-align: justify;">Il écrit : <strong>« L’immersion comme négation »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Dans l’immersion vidéo ludique, la fonction du jugement d’existence est mise en suspens. Le joueur ne cherche plus à faire le tri entre ses processus subjectifs et objectifs. Le travail de mise en concordance entre les représentations et la réalité [objective] ne se fait plus. Peut-être que cette mise en suspens est favorisée par le fait que le joueur est dans immobilité relative ? Pour reprendre les choses dans un langage génétique, le fonctionnement prévalent est celui du moi-plaisir »</p>
<p style="text-align: justify;">Plus loin : « on joue parce que l’on a renoncé à penser ou à éprouver quelque chose ou encore <em>contre </em>des pensées et des éprouvés. »</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense effectivement que le jeu vidéo peut être utilisé pour éviter certaines pensées, ou certains éprouvés corporels qui sont angoissants, et qui ne sont pas les mêmes suivant l’âge et le sexe des joueurs. Et je reprendrai ici pour exemple ce que j’ai écrit sur la question du virtuel et de l’adolescence, grâce à Serge Tisseron, encore une fois. Car on peut faire des liens entre les différents sens du virtuel et les différentes dimensions des processus adolescents (<a title="Lien permanent vers Virtuel – Jeu vidéo – Adolescence" rel="bookmark" href="../?p=199">Virtuel – Jeu vidéo – Adolescence</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je mettrai l’accent ici sur le fait qu’on oppose souvent<em> le virtuel et le corporel</em>. L’adolescence est bien un moment où la question du corps se pose avec acuité, tant sur le plan réel, qu’imaginaire et symbolique, et où souvent, la question des rapports corps-esprit est retravaillée de manière fantasmatique avec les référents culturels que l’adolescent peut mobiliser dans la culture à laquelle il appartient. Et c’est là également où la question du narcissisme se trouve être convoquée pour les psychanalystes.</p>
<p style="text-align: justify;">La puberté entraîne des changements corporels réels et ces derniers entraînent à leur tour un changement au niveau du statut symbolique du corps. Celui-ci n’est plus un corps d’enfant, et l’adolescent ou l’adolescente le perçoit dans le regard des adultes. Désormais, son corps sera à l’égal de celui des adultes. De plus, et c’est souvent une des sources des conflits familiaux, la mise en œuvre des fantasmes à la fois incestueux et parricidaire est désormais possible. Cela pose de sérieux problèmes à l’adolescent dans son rapport à ses objets primaires. Enfin, ces changements corporels entraînent ce que Jean-Jacques Rassial nomme « un après-coup du stade du miroir ».</p>
<p style="text-align: justify;">La reconnaissance de sa propre image dans le miroir n’est pas aisée. Face à tout cela, le virtuel et le rapport au corps qu’il propose, à savoir la possibilité de supprimer en quelque sorte ce corps réel devenu si encombrant, peut devenir un espace de refuge (narcissique car uniquement fait de représentations), afin d’échapper à certaines angoisses pubertaires et tenter de « reprendre  la main » sur ce qui peut échapper à l’adolescent, à savoir l’aspect pulsionnel des processus pubertaires.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce sujet, d’un point de vue général, je pense que les jeux vidéo s’inscrivent dans ce grand mouvement de l’évolution de la technique où l’homme ne cesse d’essayer de substituer à son environnement réel, un autre, fait uniquement de représentations, et avec lequel il se sentirait plus en sécurité, car à même de le maîtriser. Par la pensée tout d’abord, c’est-à-dire avec ses moyens représentationnels, puis en externalisant son appareil psychique dans des prothèses technologiques.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce que Freud, il me semble, a voulu désigner sous l’expression « narcissisme intellectuel ». Dans les cures des névrosés, notamment celle d’Ernst Lanzer décrite dans « Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (l’homme aux rats) », Freud se rend bien compte que « les névroses n’attribuent de l’efficacité qu’à ce qui est intensément pensé, affectivement représenté, sans se préoccuper de savoir si ce qui est ainsi pensé et représenté s’accorde ou non avec la réalité extérieure. » (Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 125)  Il emprunte d’ailleurs l’expression « toute-puissance des idées » à Lanzer lui-même et la décrit comme « la prédominance accordée aux processus psychiques sur les faits de la vie réelle » (Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 12).</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi que grâce au concept de narcissisme, Freud fait le lien entre cette toute-puissance de la pensée, des idées, que l’on retrouve dans la magie utilisée dans certaines cultures, et dans certains états névrotiques, c‘est à dire enfin de compte, à peu près chez tout le monde. C’est une sexualisation de la pensée dans tous les cas, et Freud emploie le terme de « narcissisme intellectuel » (Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 12). Grossièrement, n’est-ce pas là une forme de « prendre ses désirs pour des réalités » ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong><em>4 &#8211; Une personne peut interagir avec un univers virtuel par l&#8217;intermédiaire de ses cinq sens. Cependant, lorsque l&#8217;on joue à un jeu, on utilise principalement la vue et l&#8217;ouïe (et dans une moindre mesure nos différents muscles avec la Wii, Move et Kinect). Or, je lis souvent que des sens comme l&#8217;odorat et le toucher sont des canaux importants. Le fait de toucher un objet ou sentir une odeur peut nous rappeler des souvenirs de façon très vive ou nous aider à appréhender le monde qui nous entoure. A votre avis, est-ce que tirer partie de ces sens pourrait permettre de rendre les jeux vidéo beaucoup plus immersifs ou est-ce que cela resterait négligeable ?</em></strong></h2>
<p style="text-align: justify;">L’action, et la possibilité de sentir le retour de nos propres actions par nos sens sont assurément essentiels dans la fabrication de notre monde, dans la possibilité même d’habiter notre monde. Nos cinq sens (et je crois que la mémoire des odeurs serait notre mémoire la plus archaïque ?) sont bien évidemment très importants dans ce processus.</p>
<p style="text-align: justify;">Après ce que j’ai écrit dans la première question, je pense que les dispositifs qui utiliseront plus tard tous nos sens, participeront à rendre l’univers virtuel des jeux vidéo plus consistant. Mais cela ne changera pas le désir de s’immerger. Peut-être cela rendra-t-il ces univers plus attrayants pour certains, mais cela les rendra également plus angoissants pour d’autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Les souvenirs qui sont ravivés par les rencontres avec les objets, et notamment les objets culturels comme les films, ou les jeux vidéo, sont particulièrement importants dans les processus qui permettent d’intérioriser ces objets et les images qui les constituent. Comme j’ai tenté de l’expliquer, c’est par le biais de notre réalité psychique que nous appréhendons le monde extérieur, mais aussi les univers des jeux vidéo. Alors, si un environnement virtuel est capable de mettre à disposition toute la gamme de sensations possible, on pourra dire que cet environnement sera plus immersif, où l’on y sera d’autant plus plongé physiquement, au sens des typologies que l’on a vues plus haut.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je pense que la perfectibilité de l’objet est finalement assez secondaire. Comme l’immersion est un phénomène à la charnière de l’objectif et du subjectif, il est difficile de la mesurer, de la calculer. Je ne pense pas que le temps passé soit une bonne mesure, mais un simple indicateur. Et je pense que lorsque les premiers jeux vidéo sont arrivés, il était possible de s’immerger tout autant qu’avec les tout derniers jeux usant des technologies les plus avancées.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>5 &#8211; Plus on est immergé dans un univers virtuel, plus le retour à la réalité est brutal. Le fait de s’immerger dans un univers virtuel quelconque et de retourner ensuite à la réalité pourrait-il amener à terme des conséquences négatives (ou positives) pour le sujet lorsque les technologies liées à l&#8217;immersion seront plus efficaces ? (Dans le cas d&#8217;un scénario à la Matrix par exemple). J’avoue ne pas être très familier de ces aspects mais peut-être que des difficultés à distinguer ce qui est réel et ce qui ne l’est pas pourraient entrainer des problèmes mentaux, des crises quelconques, etc.</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je pense que la technologie est déjà plutôt bien avancée. Evidemment, lorsque les casques, et des combinaisons à retour tactile par exemple, seront largement répandus, on pourra considérer que l’on aura franchi un autre cap que l’engagement du corps des joueurs qui est déjà arrivé avec  Kinect.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, on s’aperçoit tout de même aujourd’hui que nos craintes quant à cette indistinction entre le réel et le virtuel appartiennent largement à nos fantasmes. D’autres l’ont déjà mieux écrit.</p>
<p style="text-align: justify;">Je disais plus haut que l’immersion est un effet de la rencontre entre un objet qui possède certaines caractéristiques, et un sujet avec un certain type de fonctionnement psychique. Et je pense que les conséquences des rencontres entre les sujets et ces univers virtuels sont très majoritairement liées au fonctionnement psychique des sujets.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela dit, peut-être qu’à la longue, notre vision de ce qui se passera dans ces univers virtuels va évoluer. Les recherches et les développements de que certains nomment le transmédia, la fiction totale ou les Alternate Reality Games (lire à ce sujet : <a href="http://ericviennot.blogs.liberation.fr/">http://ericviennot.blogs.liberation.fr/</a>), les plateformes unifiées (lire Stéphane Natkin &laquo;&nbsp;Jeux vidéo et médias du XXIème siècle&nbsp;&raquo; pages 57 à 63), etc. vont faire évoluer les médias, ce qui permettra, entre autres, que par exemple des chaines de télévision ou de radio diffusent et relatent ce qui se passe dans ces univers, sur le même plan que les informations (qui sont déjà de l’ordre du spectacle) sur la réalité objective. Peut-être que tout cette évolution modifiera quelque chose dans nos rapports avec la réalité de ces espaces virtuels, comme faisant désormais partie de la géographie objective du monde réel. Mais cela modifiera-t-il notre rapport à la réalité, <em>a priori</em>, je ne crois pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pour revenir aux conséquences, je pense que pour la très grande majorité des individus, ces possibilités technologiques d’élargir notre expérience via ces espaces fictionnels peuvent apporter quelque chose d’intéressant dans la mesure où elles sont socialisées, où elles font partie d’un enrichissement de sa propre vie, à travers le partage avec d’autres humains. Ce partage permet en retour d’assimiler, d’intégrer de manière bénéfique, ces expériences, afin qu’elles ne restent pas de purs dérivatifs à l’angoisse.</p>
<p style="text-align: justify;">Les jeux vidéo, lorsqu’ils sont utilisés excessivement (et particulièrement les MMORPG) et qu’ils constituent un unique pôle d’investissement, peuvent déjà constituer un symptôme, c’est-à-dire, comme je l’ai dit plus haut une issue par rapport à un conflit psychique, qui finit par constituer autant une solution qu’un problème pour le sujet. Il faut donc accompagner, particulièrement les enfants, sensibiliser, éduquer, et tenter d’éviter un manichéisme (une technologie toute bonne ou toute mauvaise) qui est certes plus confortable intellectuellement, mais moins intéressante si on tient à une certaine vérité. Mais je ne pense pas  franchement que cela soit cette possibilité d’univers virtuel qui puisse, <em>à elle seule</em>, entraîner des problèmes mentaux graves.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong><em>6 &#8211; Une question peut-être un peu immorale mais qui est importante pour la suite de mon mémoire. On parle d&#8217;addiction aux jeux vidéo comme un des effets négatifs et c&#8217;est surement vrai dans la plupart des cas. Cependant, rendre un jeu addictif est dans l&#8217;intérêt des éditeurs de jeux. C&#8217;est un signe que le jeu plait, que les utilisateurs vont en parler à leur entourage, cela fera vendre. Sans forcément entrer dans les détails, qu&#8217;est-ce qui selon vous rend principalement un jeu addictif ?</em></strong></h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;"><strong>« Addiction » aux jeux vidéo ?</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai dit ce que je pensais du terme d’addiction aux jeux vidéo ailleurs <a href="../?p=101">Jeu vidéo et addiction : début de réflexion …</a> et <a href="../?p=128">Jeu vidéo excessif : une tentative de symbolisation ou la signature de son échec ?</a>. Mes propos n&#8217;apportent d&#8217;ailleurs rien de bien de neuf par rapport à ce que d&#8217;autres ont déjà dit très bien sur le sujet, mais il est bon de le rappeler.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense (avec Leroux, Gaon et Tisseron pour ne citer qu’eux) qu’il faut être prudent quant à l’utilisation de cette expression. Dans la psychiatrie, la notion de toxicomanie a progressivement laissé la place à celle d’addiction, afin d’englober ce qu’on appelle « les toxicomanies sans drogue », autrement dit les addictions comportementales. C’est pourquoi, en France, le terme de dépendance tend à être supplanté par le terme d’addiction qui permettrait selon certains psychiatres de regrouper de nombreuses conduites qui seraient sous-tendues par les mêmes mécanismes de dépendance. Les regrouper ainsi donnerait, selon eux, une légitimité scientifique à l’étude de certaines conduites de dépendance, comme le jeu pathologique notamment, qui ne serait pas assez prise en compte par la communauté médicale.</p>
<p style="text-align: justify;">Le fait d’utiliser ce paradigme de l’addiction peut masquer complètement les spécificités de l’objet de la « dépendance » qui peut s’installer et celles du rapport qu’entretient un joueur avec son objet. Ainsi lorsque le mot d’addiction est utilisé pour décrire toute une série de conduites qui touchent différents objets, le risque est de ne plus pouvoir penser ces conduites spécifiquement, et encore moins leur objet. Ainsi, si le terme d’addiction au jeu vidéo peut renvoyer certes à une réalité clinique (Un adolescent a pu me confier un jour qu’il pouvait jouer régulièrement jusqu’à dix heures par jour), il s’agit de ne pas rabattre ce que l’on peut saisir du rapport que peut entretenir un sujet avec un toxique par exemple, sur celui d’un sujet aux prises avec des jeux vidéo. Et la question à se poser d’emblée est celle-ci : de quelle réalité clinique parle-t-on ? Utiliser le terme « conduites addictives », dans le domaine des jeux vidéo, permet à mon sens juste de savoir de quoi l’on parle d’un point de vue phénoménologique, clinique. Cela sert à désigner au final un symptôme, ni plus, ni moins. Mais quid de ce qui est en cause ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Addiction et attention</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je pense par contre que les industries culturelles s&#8217;aperçoivent de plus en plus que les jeux vidéo permettent de capter l&#8217;attention des sujets de manière beaucoup plus forte qu&#8217;avec tous les autres médias qui existaient  jusqu&#8217;à présent (cinéma, télévision, littérature, …)</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, on peut qualifier ces industries comme des industries de l&#8217;attention. Je vous conseille la lecture de l&#8217;article de Dominique Boullier<a href="http://www.cairn.info/revue-reseaux-2009-2-p-231.htm"> &laquo;&nbsp;Les industries de l&#8217;attention &#8211; fidélisation, alerte ou immersion&nbsp;&raquo;</a> dans la revue Réseaux n°154. Un article très éclairant sur les différents modèles de l&#8217;attention relativement aux différents médias.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est pourquoi le philosophe Bernard Stiegler propose toute une argumentation intéressante sur cette notion d’attention, et sur les industries qui tentent de la capter, et d’en faire en gros de l’argent, au risque de finir par la détruire. Même si, encore une fois, il faut être prudent <em>d’un point de vue théorique</em> sur la comparaison (qu’il laisse entendre) entre drogue et télévision.</p>
<p style="text-align: justify;">Lire à ce sujet : <a href="http://skhole.fr/bernard-stiegler-l-%C3%A9cole-de-l-attention">http://skhole.fr/bernard-stiegler-l-%C3%A9cole-de-l-attention</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ou regarder : <a href="http://grandmeaulnes.free.fr/index.php/tag/bernard-stiegler">http://grandmeaulnes.free.fr/index.php/tag/bernard-stiegler</a></p>
<p style="text-align: justify;">Par contre, notre attention, à la base de notre capacité de jugement, de discernement, bref au fondement de notre intelligence, est devenue une source de revenu économique pour les industries culturelles qui alimentent les canaux médiatiques de masse. C’est clairement une matière première pour le marketing. Et il faut être très attentif à cela ! Les industriels sont donc responsables de quelque chose d’important quant à la culture d’aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Caractéristiques d’un jeu vidéo attirant ?</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Par contre, quant à ce qui rend concrètement « addictif » ou attractif un jeu, c’est une question compliquée pour moi, car précisément les réponses sont assez singulières… Je pense évidemment, comme tous ceux qui travaillent sur ces questions, que les MMORPG, du fait d’être potentiellement sans fin, sont les jeux les plus « addictifs ». J’ai déjà évoqué la typologie de Tisseron avec ses quatre types de joueurs. Chacun va donc être sensible au degré des dimensions d’excitations et de mise en sens, avec les deux autres importantes que sont la gratification et la socialisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je peux répondre personnellement que l’histoire, la narration des jeux est pour moi le plus attractif. La question du <em>gameplay</em> est aussi très sensible car le bon dosage de frustration et de gratification permet le meilleur « accrochage » avec un jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Même si l’univers graphique est important, je pense, avec le recul, que ce n’est pas le plus important. Car il y a 20 ans, l’immersion n’était pas moindre avec les jeux qui existaient. Je ne suis pas spécialiste, mais cela me semble reposer sur l’alliance d’un <em>gameplay</em> qui permet de varier les points de vue dans le jeu, qui permet de déstabiliser le joueur pour le faire réfléchir et l’obliger à trouver régulièrement d’autres stratégies que celles qui lui ont permis d’avancer jusqu’alors, et d’une histoire qui permet de faire tenir le tout, d’être surpris et embarqué dans un récit qui peut lui-même faire référence à des mythes, etc.. Ces deux points me semblent être les deux piliers sur lesquels repose un jeu attractif.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela me fait penser à la théorie du fun de Raph Koster (Raph Koster, <em>A theory of Fun for Game Design</em>) que commente Mathieu Triclot dans son excellent ouvrage, <em>Philosophie des jeux vidéo</em>. &laquo;&nbsp;Koster est en effet conduit à ramener en définitive le fun à une seule et unique composante, liée à une propriété de notre cerveau biologique. Selon Koster, le fun pourrait se ramener tout entier à notre propension à l&#8217;apprentissage. Les jeux apparaissent chez Koster comme des formes que nous donnons à analyser à notre cerveau&nbsp;&raquo; (page 42). Effectivement, je pense que l&#8217;on a là une caractéristique très importante de l&#8217;attractivité des jeux vidéo, en tant que &nbsp;&raquo; [...] l&#8217;activité du joueur est en effet bien souvent tendue vers le décryptage des règles implicites contenues dans le modèle du jeu.&nbsp;&raquo; (page 43).</p>
<p style="text-align: justify;">Cela rejoint également ce que peut dire Stéphane Natkin dans &laquo;&nbsp;Jeux vidéo et médias du XXIème siècle&nbsp;&raquo; sur le gameplay dans le chapitre <strong>Le gameplay : un gigantesque bluff</strong> (page 44). &laquo;&nbsp;Les règles d&#8217;un jeu sont en général très simples, mais ce qui en fait l&#8217;apparente complexité et l&#8217;intérêt, c&#8217;est qu&#8217;elles ne sont pas connues du joueur.  [...] Le concepteur du jeu a caché les règles et les modifie dynamiquement en fonction de la progression du joueur et, dans une certains cas, d&#8217;une mesure de son efficacité.&nbsp;&raquo; (page 45).</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je suis certain que vous avez-vous-mêmes de meilleures choses à dire sur le sujet… !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>7 &#8211; Dernière petite question par curiosité : Si vous jouez à des jeux vidéo, quel est celui, parmi ceux auxquels vous avez joué, qui vous a semblé le plus immersif et pour quelles raisons ?</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Tout dernièrement :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li><em>Mirro’s Edge</em></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Pour des aspects sensoriels très forts, des sensations de vertige et de course à pied comme je n’avais pas encore vécu avec un jeu. J’attends la suite avec impatience.</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li><em>Dead Space 1 &amp; 2</em></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Car je suis en train d’écrire un petit truc sur cette saga et l’aspect transmedia. Du coup, je me suis plongé dans l’univers du jeu et du film. Mais principalement à cause de l’aspect horreur (peur et dégoût) très bien distillé au sein de la narration de ces jeux (enfin là je débute à peine le second opus).</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li><em>GTA IV </em></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Pour son côté bac à sable allié à une narration bien construite et second degré comme j&#8217;apprécie.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus anciens :</p>
<p style="text-align: justify;">Les premiers <em>Alone in the Dark</em> pour la narration superbe à l’époque, et leur inspiration lovecraftienne.</p>
<p style="text-align: justify;">J’en oublie évidemment plein d’autres…</p>
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		<title>Thomas Gaon et la violence dans les jeux vidéo</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Feb 2011 17:42:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="640" height="390" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/2IFW9mFPc2Y&amp;hl=fr_FR&amp;feature=player_embedded&amp;version=3" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="640" height="390" src="http://www.youtube.com/v/2IFW9mFPc2Y&amp;hl=fr_FR&amp;feature=player_embedded&amp;version=3" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Thomas Gaon a été interviewé par le site GAMEBLOG : <a href="http://www.gameblog.f">www.gameblog.f</a></p>
<p style="text-align: justify;">Sa conclusion est tout à fait intéressante. D&#8217;une part, rappeler que l&#8217;on ne peut pas réfléchir lorsqu&#8217;on a peur, et d&#8217;autre part, que le jeu vidéo, comme objet culturel, nous renseigne sur notre société, sur les représentations qui y circulent, et donc sur les représentations qui nous fabriquent. C&#8217;est dans ce sens que je construis ce blog, c&#8217;est à dire avec ce désir de déconstruire et de construire les outils qui nous permettraient de mieux appréhender à la fois les objets qui nous entourent, comme les jeux vidéo, mais aussi les films (comme ici avec la franchise SAW : <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=23">Bonheur, devoir et corps supplicié : Saw, un nouveau cycle cruel)</a>, mais aussi les sujets qui en font des objets de satisfaction.</p>
<p style="text-align: justify;">Il commence par rappeler à juste titre que l’impact de la violence des images dépend avant tout de l’histoire, de l’environnement et des autres auxquels s’identifient le sujet. Il parle également, outre la question importante des MMORPG que je ne développerai pas ici, de la panique morale concernant la violence dans les médias, et les attaques régulières des associations de famille. Et replace cette aura sulfureuse des jeux vidéo dans une histoire plus longue qui a montré que le cinéma, le rock’n roll dans la musique, la bande-dessinée, ont toujours mis du temps avant d’acquérir une certaine légitimité.</p>
<p style="text-align: justify;">Il rappelle les deux menaces que l’on fait porter également sur ces médias  :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>La confusion réel/fictionnel (qui ne date pas d&#8217;hier) &#8211; Vous trouverez quelques développements sur ce thème ici : <a title="Lien permanent vers De l’immersion dans les jeux vidéo" rel="bookmark" href="../?p=337">De l’immersion dans les jeux vidéo</a></li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li>L’&nbsp;&raquo;effet d’entraînement&nbsp;&raquo;, la mimèsis, qui donc veut désigner un phénomène d&#8217;entraînement de personnalités fragiles dans des conduites qui les écarteraient de la vie sociale (le bovarysme par exemple, mais on retrouve déjà le thème dans Don Quichotte, je crois, au sujet des effets de la lecture des romans de chevalerie que le héros de Cervantès affectionne particulièrement et qui l’entraîne vers les aventures que l’on connaît…)</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Mais ce qui m’intéresse ici : c’est la question des limites aux jeux vidéo ou dans les jeux vidéo d’un point de vue ludique. L’intervieweur demande s’il ne faudrait pas réguler en somme la violence des jeux vidéo, est-ce que la limite pourrait être par exemple la torture ?</p>
<p style="text-align: justify;">Thomas Gaon répond tout d’abord que c’est une question morale. Et il a raison. Le psychanalyste n’est pas un prescripteur de conduites. Certains se laissent aller parfois à prescrire des normes (parentalité, sexualité, etc.), mais nous ne sommes plus du tout dans notre fonction dans ces moments-là.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis il explique que nombre de jeux, tels que GTA IV ou Manhunt, ont surfé sur des buzz concernant leurs aspects transgressifs, et que les adolescents, particulièrement, n’ont pu être qu’attirés par la suite par des objets désignés comme interdits.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais en fait pourrait-on répondre autrement, par exemple par le fait que la torture pourrait être une limite inhérente au jeu lui-même, où il sera peut-être difficile à un <em>game designer</em> (outre de prendre le risque de voir son jeu interdit, et de perdre ainsi de l’argent, donc de s’exposer à des risques économiques) de rendre de toute façon la torture jouable et source de plaisir. Je pense que les limites pourraient être inhérentes à la conception même d’un jeu, c’est-à-dire à ce qui rend un jeu jouable. En tout cas, cela pourrait être une hypothèse. Je ne connais pas jeu vidéo où la torture est incluse dans le gameplay ?</p>
<p style="text-align: justify;">Connaissez-vous des jeux où la torture existe ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le cas des adaptations de SAW. Il me semble que la torture n’existe pas, comme dans les films qui misent sur sa mise en scène. Mais pourrait-on l’y inclure, en jouant à être Jigsaw et en construisant par exemple les dispositifs de torture ? Outre le plan moral, j’aimerais avoir des avis quant à une réponse que l’on pourrait situer sur le plan du <em>gameplay</em> par exemple&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Handicap et psychanalyse &#8211; Première partie</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Feb 2011 17:01:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[handicap]]></category>
		<category><![CDATA[narcissisme]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[simone korff-sausse]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vous propose ici un parcours de lecture au sujet du handicap, largement inspiré des écrits d’une auteure que je trouve particulièrement intéressante quant à une approche psychanalytique pour le domaine du handicap, à savoir Simone Korff-Sausse.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">La déficience, l’incapacité, le handicap et ses représentations inconscientes</h2>
<p style="text-align: justify;">Si l’on en croit le professeur Claude Hamonet : « Les activités de recherche, directement centrées sur le handicap, sont relativement peu nombreuses si on les compare à d’autres domaines de la santé et des sciences humaines. » <a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons pour commencer la définition de l’OMS de 1980 pour laquelle « est handicapé un sujet dont l’intégrité physique ou mentale est passagèrement ou définitivement diminuée, soit congénitalement, soit sous l’effet de l’âge, d’une maladie ou d’un accident, en sorte que son autonomie, son aptitude à fréquenter l’école ou à occuper un emploi s’en trouvent compromises. »</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le précisent Guidetti et Tourette<a href="#_ftn2">[2]</a> il existe trois dimensions dans cette définition du handicap :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Une      dimension organique qui renvoie à la notion de déficit (« perte de      substance ou altération d’une structure ou fonction psychologique,      physiologique ou anatomique »).</li>
<li>Une      dimension fonctionnelle qui renvoie à la notion d’incapacité (« réduction      [résultant d’une déficience] partielle ou totale de la capacité      d’accomplir une activité donnée de la façon ou dans les conditions      considérées comme normales pour un être humain »).</li>
<li>Une      dimension sociale qui renvoie enfin à la notion de handicap      (« désavantage qui, pour un individu donné, résulte d’une déficience      ou d’une incapacité qui limite ou interdit l’accomplissement d’un rôle      normal [en rapport avec l’âge, le sexe, les facteurs sociaux et      culturels] »).</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, selon Guidetti et Tourette, « Il est donc important de relever l’aspect dynamique de la distinction déficience/incapacité/handicap » car dans cette perspective, « un enfant déficient n’est pas forcément handicapé »<a href="#_ftn3">[3]</a>, dans le sens social du terme ainsi défini.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette définition dynamique du handicap est somme toute assez récente, et elle met l’accent, comme on le voit, sur l’aspect social, peut-être au risque de perdre le point de vue individuel et singulier ? Toujours est-il, dans le même ordre idée, que nous allons vers une euphémisation toujours plus importante quant à toutes les expressions qui touchent au handicap : d’aveugle à malvoyant, de sourd à malentendant ou de paralytique à personne à mobilité réduite.</p>
<p style="text-align: justify;">Henri-Jacques Stiker l’interprète comme la visée de « démédicalisation des personnes et du secteur au profit des actions et des acteurs de l’insertion sociale et professionnelle »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais, avec Olivier Grim, on peut le voir également comme les signes d’une tentative individuelle et collective de refouler en somme quelque chose de l’ordre de l’inconscient qui tend toujours à déranger. Et ce quelque chose aurait partie liée avec la pulsion de mort, qui dans l’exclusion est particulièrement visible, mais qui agit également plus subtilement dans les pratiques qui visent l’intégration.<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour résumer en reprenant les mots de Korff-Sausse<a href="#_ftn6">[6]</a> qui définirait le handicap plus simplement comme « une atteinte invalidante de l’intégrité somato-psychique » : « plus on en parle, moins on en fait ».</p>
<p style="text-align: justify;">A la question si les handicapés sont des exclus, Korff-Sausse répond oui et non, car comme nous le verrons avec Stiker, ils sont plutôt du côté de la limite, du seuil, dans des hors lieux. En tout cas, le handicapé, comme d’autres figures telle la prostituée ou encore le clochard, inquiète et fascine. Le clochard transgresse l’ordre social en donnant l’apparence d’être libre, tandis que le handicapé donne l’impression d’avoir transgressé l’ordre biologique. Mais constater l’exclusion serait du domaine des sociologues, et la combattre appartiendrait de manière privilégiée au champ politique, la psychanalyse doit essayer de saisir les enjeux psychiques de cette exclusion.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi, l’approche psychanalytique apporte un éclairage intéressant en permettant peut-être de comprendre d’où proviennent les invariants anthropologiques qui traverseraient les rapports entre le handicap et les différentes cultures, autrement dit « il convient de s’interroger sur le statut de la personne handicapée et sur le sort qui lui est fait, à partir d’une analyse des représentations inconscientes qui sont à la source des attitudes persistantes de rejet ou, pire, d’indifférence. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Un peu d’histoire sur les corps infirmes au regard de la société</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Henri-Jacques Stiker, dans son ouvrage « <em>Corps infirmes et société</em> » propose un essai d’étude interculturelle, dans une perspective généalogique foucaldienne. Il pose ainsi qu’il est nécessaire, pour aborder cette question du handicap dans notre société, de faire une histoire des systèmes de pensée ayant eu cours à différentes époques (et non une histoire du handicap à proprement parler) afin de révéler les manières sociales et culturelles de considérer ce que nous nommons aujourd’hui le handicap. Stiker nous rappelle ainsi que «  les hommes ne se sont jamais bien accommodés de ce qui leur apparaît difforme, raté, cassé. Parce qu’ils n’ont jamais su qui était fautif ? »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">En effet, est-ce une conséquence de nos pêchés ? Du <em>fatum,</em> de notre destin ? Ou encore la faute de « la société » ? Statistiques aidant, une conséquence de la loi des grands nombres ? Nos gènes seraient-ils fautifs ? Ou bien sont-ce nos attitudes psychologiques, nos désirs inconscients ou encore nos conduites irresponsables ? Bref, cette irruption accidentelle du réel a été traitée différemment dans les systèmes de représentations, de catégories de pensées, qui ont eu cours au fil des siècles, et qui généraient des manières sociales de se comporter vis à vis de ces « hors du commun ».</p>
<p style="text-align: justify;">Stiker étudie alors les cinq « époques » que sont :</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li>La      culture et la société juive jusqu’à l’ère chrétienne.</li>
<li>L’antiquité      classique, grecque et romaine (la seconde source avec le judaïsme de      l’Occident).</li>
<li>Le ou      les Moyen-Age (la culture médiévale).</li>
<li>Les      sociétés classiques du 16<sup>ème</sup> siècle au 19<sup>ème</sup> siècle : l’époque classique.</li>
<li>Et      enfin la manière culturelle et sociale d’aborder l’infirmité qui va se      développer à partir de la première guerre mondiale avec la naissance de la      ré-adaptation.</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Nous retiendrons pour exemple deux moments : celui de l’antiquité grecque et celui du 19<sup>ème</sup> siècle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les sociétés antiques</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les sociétés antiques sont considérées comme hétéronomes, c’est à dire fondées sur un rapport avec un ailleurs, une transcendance, un divin. L’infirmité de naissance était alors considérée comme un message des dieux comportant une demande de réparation pour une faute commise par le groupe social dans lequel était né l’individu porteur de la malformation. De cette représentation découlait la pratique d’exhibition de ces enfants et leur exil hors du territoire afin de les laisser au bon vouloir des Dieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Le mythe d’Œdipe est à cet égard un bon exemple. Comme l’a montré Jean Bollack, la famille des Labdacides est considérée comme fautive (Laïos est coupable même s’il est difficile de cerner de quoi, mais sa dynastie s’en trouve condamnée), et la naissance d’Œdipe à la fois confirme et achève la transgression de Laïos : « Le sacrilège n’est pas dans la volonté de tuer l’enfant ; il est dans la naissance que l’exposition tendait à neutraliser. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Je vous conseille de lire également la lecture que fait Korff-Sausse du mythe d&#8217;Oedipe dans son livre &laquo;&nbsp;Figures du handicap&nbsp;&raquo; qui est particulièrement intéressante lorsqu&#8217;on travaille dans ce champ. Les chapitres deux et trois sont consacrés à Oedipe et sa mère Jocaste&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">La tragédie peut alors commencer… Ainsi Œdipe naît damné et infirme (Œdipe signifie « pied gonflé ») et sera exposé puis abandonné afin que l’oracle ne puisse s’accomplir. La malformation du corps réveille cette peur ancestrale. Le groupe doit alors exorciser cette dernière en protégeant ses propres frontières, celles qui lui permettent de se définir comme humain. L’infirme a transgressé ces frontières, il faut accuser réception du message des Dieux et se protéger. Le souhait d’une race pure, le sentiment eugénique, est au cœur de l’humain, et peut-être au cœur de la constitution de toute communauté.</p>
<p style="text-align: justify;">Stiker distingue ainsi trois types de peur : la peur de la mort, celle de la maladie et celle de l’infirmité, de la monstruosité. Il souligne que ces trois peurs se rejoignent dans le désir de meurtre. Ainsi « les systèmes sociaux sont plus ou moins meurtriers, c’est à dire plus ou moins astucieux à dévier et canaliser la violence spontanée et sauvage. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A partir du 19<sup>ème</sup> siècle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le second moment peut être mis au jour vers le 19<sup>ème</sup> siècle avec l’assomption de la notion de dégénérescence promue par Bénédict-Augustin Morel (1809-1873). Combinée avec l’idée d’hérédité, les êtres naissant anormaux représentent alors une dégénérescence <em>dans</em> l’espèce humaine, mais également une possible dégénérescence <em>de</em> l’espèce humaine. L’avertissement ne provient plus des Dieux, mais trouve là encore à s’exprimer : les aïeuls ont fauté, une tare existe dans la famille et se transmet : le danger s’exprime dans ces êtres déviants. L’essor du darwinisme social de l’époque profitera largement de cette notion de dégénérescence, et finira par inclure ces handicapés dans son classement hiérarchique des groupes sociaux sur l’axe d’une évolution avec force d’échelles d’humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur un autre terrain, Marcel Gauchet et Gladys Swain dans leur ouvrage « la pratique de l’esprit humain », s’opposent aux thèses foucaldiennes, et décrivent la mutation anthropologique qui a eu lieu au 19<sup>ème</sup> siècle. Selon eux, le malade mental et l’enfant handicapé vont être désormais pris en compte à partir de cette époque. Le premier va devenir soignable car la folie n’est plus considérée comme totalement incurable, et le second éducable. Il y a donc un changement dans le rapport à l’altérité dans « ce moment 1800 » pour reprendre l’expression de Gauchet, et qui est corollaire à l’émergence du savoir psychiatrique et l’avènement de l’institution scolaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour conclure sur ce petit survol historique, ce que montre bien Stiker, c’est le statut intermédiaire du corps infirme qui sous-tend l’évolution des représentations de ces corps. D’animalo-humain dans l’antiquité, il passera au statut d’entre-deux : n’appartenant pas tout à fait à l’humanité, ils seront voués (et plus particulièrement les déficients intellectuels) à être rejetés dans la condition d’une catégorie intermédiaire, d’une catégorie-frontière entre l’humain et « un autre chose ». C’est ce qu’on entend par « liminalité » en anthropologie (un concept repris de Van Gennep dans ses études sur les rites d’initiation) ou en sociologie et qui rend bien compte de ce que peut produire le déni de la réalité du handicap.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a><em> Un groupe international de recherche interdisciplinaire sur le handicap : le G.I.R.I.H., </em><em>pour la promotion de</em><em><br />
</em><em>la recherche sur le handicap et la réadaptation, HAMONET Claude, </em>http://claude.hamonet.free.fr/fr/art_girih.htm</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Guidetti M.&amp; Tourrette C., <em>Handicaps et développement psychologique de l’enfant</em>, Armand Colin, 2002, p.8</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Guidetti M.&amp; Tourrette C., <em>Handicaps et développement psychologique de l’enfant</em>, Armand Colin, 2002, p.9</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Stiker « Handicap, handicapé, handicap et inadaptation. Fragments pour une histoire : notions et acteurs », <em>Alter.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Olivier Grim « Aux confins de l’humanité, la galaxie <em>Freaks</em>. Anthropologie et psychanalyse de l’infirmité », <em>Champ psychosomatique </em>2007, n°45.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Simone Korff-Sausse, « Images et identités de la personne handicapée dans la société actuelle », Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 2008/06, n° 4-5.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Simone Korff-Sausse, « Images et identités de la personne handicapée dans la société actuelle », Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 2008/06, n° 4-5.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Stiker H.-J., <em>Corps infirmes et sociétés</em>, Aubier Montaigne, 1982, p.13</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Bollack J., <em>La naissance d’Œdipe,</em> Gallimard, 1995, p. 221</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Stiker H.-J., <em>Corps infirmes et sociétés</em>, Aubier Montaigne, 1982, p.17</p>
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		<title>« Quand le jeu vidéo fait du bien » – Le Monde du 11 février 2011</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Feb 2011 17:38:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[médiation thérapeutique]]></category>
		<category><![CDATA[objet culturel]]></category>
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		<description><![CDATA[La journaliste Chloé Woitier, spécialisée en nouvelles technologies pour Le Monde.fr, a écrit un très bon article sur le jeu vidéo et son utilisation dans le champ clinique que je vous conseille de lire. Il me semble que c&#8217;est assez rare dans les médias qu&#8217;un article, aussi bien informé, soit écrit dans cette direction. Je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La journaliste <em>Chloé Woitier, </em>spécialisée en nouvelles technologies pour <a href="http://www.lemonde.fr/technologies/" target="_blank">Le Monde.fr</a>, a écrit un très bon article sur le jeu vidéo et son utilisation dans le champ clinique que je vous conseille de lire.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me semble que c&#8217;est assez rare dans les médias qu&#8217;un article, aussi bien informé, soit écrit dans cette direction.</p>
<p style="text-align: justify;">Je cite le début de l&#8217;article :</p>
<p style="text-align: justify;">[ <em>"La pratique de certains jeux vidéo, jugés violents ou choquants,  par des jeunes – public sensibles et fragiles – pose question. Ces  contenus sont d'autant plus problématiques qu'ils font souvent l'objet  d'une consommation solitaire, fragmentée, répétée et active, qui  favoriserait une imprégnation plus forte et l'induction de comportements  agressifs. Certains redoutent que l'intensification des pratiques ne  débouche sur des formes d'addiction."</em> Cet extrait d'<a href="http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=1275" target="_blank">une note datée de novembre 2010</a> du Centre d'analyse stratégique, organisme rattaché à Matignon, résume  en quelques mots les principaux reproches faits aux jeux vidéo :  violence, désocialisation, addiction… Au point que l'organisme d'Etat se  questionne sur une possible régulation de ce loisir.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, certains psychologues et psychanalystes estiment que les jeux  vidéo ont des effets thérapeutiques bénéfiques pour leurs patients,  enfants ou adultes. Tisser une relation de confiance entre le thérapeute  et le patient, recréer de l'estime de soi, faire parler l'enfant  renfermé, ou bien accéder à une partie de l'inconscient…]</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lemonde.fr/week-end/article/2011/02/11/quand-le-jeu-video-fait-du-bien_1467596_1477893.html">L&#8217;article &laquo;&nbsp;Quand le jeu vidéo fait du bien&nbsp;&raquo; &#8211; sur le site du Monde en date du 11 février 2011</a></p>
<p style="text-align: justify;">Yann Leroux avait commenté cette note d&#8217;analyse sur son blog :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.psyetgeek.com/quelques-observations-propos-de-la-rgulation-des-jeux-vido">quelques observations propos de la régulation des jeux vidéo</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.psyetgeek.com/note-danalyse-201-la-discussion-continue">note danalyse 201 : la discussion continue</a></p>
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		<title>Esquisse pour une métapsychologie du jeu vidéo comme objet de médiation thérapeutique</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=43</link>
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		<pubDate>Fri, 11 Feb 2011 15:01:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<category><![CDATA[charlotte de bucy]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[médiation thérapeutique]]></category>
		<category><![CDATA[michael stora]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[serge tisseron]]></category>
		<category><![CDATA[yann leroux]]></category>

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		<description><![CDATA[Une histoire du jeu vidéo en tant qu&#8217;objet culturel est actuellement en train de s’écrire. Un des objectifs d&#8217;un article que j&#8217;ai écrit avec Grégoire Latry est de contribuer précisément à l’histoire du jeu vidéo en tant qu&#8217;objet de médiation thérapeutique. Nous y avons introduit le jeu vidéo comme objet culturel, avant d’examiner trois articles [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Une histoire du jeu vidéo en tant qu&#8217;objet culturel est actuellement en train de s’écrire. Un des objectifs d&#8217;un article que j&#8217;ai écrit avec <strong>Grégoire Latry</strong> est de contribuer précisément à l’histoire du jeu vidéo en tant qu&#8217;objet de médiation thérapeutique. Nous y avons introduit le jeu vidéo comme objet culturel, avant d’examiner trois articles clinico-théoriques qui nous ont permis d’aborder son utilisation dans le champ proprement clinique. Enfin, nous avons essayé de proposer une esquisse métapsychologique de cet objet pour une meilleure utilisation dans un cadre thérapeutique.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet article est à paraître.</p>
<p>Vous pouvez d&#8217;ores et déjà lire : <a title="Lien permanent : Présentation de trois articles sur l’utilisation du jeu vidéo dans un cadre thérapeutique – Par Grégoire Latry et Vincent Le Corre" rel="bookmark" href="../?p=688">Présentation  de trois articles sur l’utilisation du jeu vidéo dans un cadre  thérapeutique<br />
</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Plan de l&#8217;article :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Introduction</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1) Le jeu vidéo : éléments de compréhension</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce qu’un jeu vidéo</p>
<p style="text-align: justify;">Eléments sur l’histoire des jeux vidéo</p>
<p style="text-align: justify;">Deux notions pour aborder cet objet</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2) Trois articles sur l’utilisation du jeu vidéo dans un cadre thérapeutique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Michael Stora : « Rêves et réalité : une clinique du jeu vidéo comme médiation thérapeutique »</p>
<p style="text-align: justify;">Sous la direction de Charlotte De Bucy : « De l&#8217;étayage sur l&#8217;avatar à l&#8217;étayage sur l&#8217;animateur »</p>
<p style="text-align: justify;">Yann Leroux : « Le jeu vidéo comme support d&#8217;une relation thérapeutique »</p>
<p style="text-align: justify;">Conclusion</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3) Le jeu vidéo : un outil de médiation ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’angoisse au coeur du jeu vidéo</p>
<p style="text-align: justify;">Agir, symbolisation et vérité de l’acte</p>
<p style="text-align: justify;">Agir et dispositif vidéoludique</p>
<p style="text-align: justify;">Le dispositif vidéoludique, une sorte de prothèse symbolisante ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Virtuel &#8211; Jeu vidéo – Adolescence</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=199</link>
		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=199#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 06 Feb 2011 12:14:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[adolescence]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[On a coutume de placer maintenant les jeux vidéo sous le sigle « virtuel », et parfois de parler de « réalité virtuelle ». C’est d’ailleurs cette dernière expression qui est souvent l’entrée pour venir parler des jeux vidéo. Quelques éléments sur les liens entre virtuel et adolescence, ainsi que sur les pratiques vidéoludiques.
Ce sont des extraits d'une intervention à la vingtième matinée des CONFERENCES–DEBATS du Réseau Adolescents de Saint-Denis en mars 2010, dont le thème était «  Virtualités adolescentes  ».
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On a coutume de placer maintenant les jeux vidéo sous le sigle « virtuel », et parfois de parler de « réalité virtuelle ». C’est d’ailleurs cette dernière expression qui est souvent l’entrée pour venir parler des jeux vidéo. Une définition du jeu vidéo pourrait être « l’union du jeu et de l’image de synthèse »<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Immersion et interactivité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’image de synthèse n’a plus de référent, ou plutôt, son référent est entièrement numérique, mathématique, et sa technique de production lui permet d’être manipulable à souhait. Et de cette union, un phénomène surgit, <em>l’immersion</em>. L’immersion désigne le phénomène d’adhésion subjective à cette réalité dite virtuelle, et est une donnée importante dans la phénoménologie de l’activité de jouer à un jeu vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Un second phénomène tout aussi important pour décrire le jeu vidéo est <em>l’interactivité</em>. Et c’est cette dernière qui permet de parler de l’engagement du corps du joueur dans cette activité, au travers de la main pour le moment. Et c’est ce qui me semble signer la spécificité du virtuel par rapport à l’image.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me semble que les jeux vidéo s’inscrivent dans ce grand mouvement de l’évolution de la technique où l’homme ne cesse d’essayer de substituer à son environnement un autre, fait uniquement de représentations, et avec lequel il se sentirait plus en sécurité, car à même de le maîtriser. Cela commencerait par la pensée d’abord (La toute-puissance de l’esprit occidental est parfois sensible dans la philosophie et ses constructions de systèmes) puis évoluerait petit à petit avec des dispositifs techniques. Et finalement, on peut faire des liens ici avec le narcissisme et la fonction de l’idéal en psychanalyse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Virtuel et adolescence</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on essaie de lier la question des jeux vidéo, en la prenant par cet angle du virtuel, à celle de l’adolescence, Serge Tisseron[2], pense par exemple que l’on peut relier différents sens du virtuel et différentes dimensions des processus adolescents :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      <em>Le virtuel en tant que devenir et opposition à l’actuel</em> : telle la métaphore biologique de la graine qui donnera un arbre, l’adolescent est un adulte en puissance. Le cadre de référence est ici temporel.</p>
<p style="text-align: justify;">2)      <em>Le virtuel en tant que potentiel, donc déjà là, mais toujours non actuel</em> : cette fois, on peut prendre l’exemple des identifications du sujet qui se manifeste dans certaines circonstances. Et de ce point de vue, on sait que l’adolescent peut utiliser des identifications secondaires, face à des situations angoissantes par exemple, sur le mode même où il les utilisait durant l’enfance, ou bien, commencer à en utiliser d’autres qui l’amènent à se comporter plus comme un adulte. Le cadre de référence serait ici plutôt spatial, topique pour ainsi dire. Un exemple au sein des jeux vidéo sera la façon dont les adolescents vont jouer avec leurs différents avatars.</p>
<p style="text-align: justify;">3)      <em>Enfin, on oppose souvent le virtuel et le corporel</em>. L’adolescence est bien un moment où la question du corps se pose avec acuité, tant sur le plan réel, qu’imaginaire et symbolique, et où souvent, la question des rapports corps-esprit est retravaillée de manière fantasmatique avec les référents culturels que l’adolescent peut mobiliser dans la culture à laquelle il appartient. Et c’est là également que la question du narcissisme se trouve convoquée pour les psychanalystes. La puberté entraîne des changements corporels réels et ces derniers entraînent à leur tour un changement au niveau du statut symbolique du corps. Celui-ci n’est plus un corps d’enfant, et l’adolescent ou l’adolescente le perçoit dans le regard des adultes. Désormais, son corps sera à l’égal de celui des adultes. De plus, et c’est souvent une des sources des conflits familiaux, la mise en œuvre des fantasmes à la fois incestueux et parricidaire est désormais possible. Cela pose de sérieux problèmes à l’adolescent dans son rapport à ses objets primaires. Enfin, ces changements corporels entraînent ce que Rassial nomme un après-coup du stade du miroir. La reconnaissance de sa propre image dans le miroir n’est pas aisée. Face à tout cela, le virtuel et le rapport au corps qu’il propose, à savoir la possibilité de supprimer en quelque sorte ce corps réel devenu si encombrant, peut devenir un espace de refuge, afin d’échapper à certaines angoisses pubertaires et tenter de « reprendre  la main » sur ce qui peut échapper à l’adolescent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Evidemment, la question des jeux vidéo dépasse celle de l’adolescence et surtout dépasse ce qui est souvent médiatisé : violence et addiction<a href="#_ftn2">[3]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Lire nos posts :</p>
<p><a title="Lien permanent : Jeu vidéo excessif : une tentative de symbolisation ou la signature de son échec ?" rel="bookmark" href="../?p=128">Jeu vidéo excessif : une tentative de symbolisation ou la signature de son échec ?</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent vers Jeu vidéo et addiction : début de réflexion …" href="../?p=101">Jeu vidéo et addiction : début de réflexion …</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il me semble nécessaire dans un premier temps de considérer les jeux vidéo comme un phénomène social complexe<a href="#_ftn3">[4]</a>, qui demande d’ailleurs également une approche sociologique critique minutieuse, et non simplement psychologique ou psychanalytique. Il faut replacer le discours « psy » au sein des autres discours pour continuer à étudier sérieusement cet objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Un exemple plutôt cocasse&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a eu une énorme campagne de recrutement de l&#8217;armée de terre, avec un slogan que je trouve assez terrible :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>DevenezVousMeme.com</em></p>
<p style="text-align: justify;">Et il y a eu au même moment, une publicité pour un jeu vidéo, <em>Battlefield Bad Company 2</em>, édité par Electronic Arts, qui a détourné le slogan de l’Armée de Terre en écrivant sur les affiches énormes avec la même esthétique, <em>Devenez plus que vous-meme.com</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Je crois que l’Armée n’a pas été très contente de ce pastiche…</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le slogan de l’Armée de Terre empruntait déjà à l’esthétique des jeux vidéo. Et il suffit de voir leur récente campagne télévisuelle (et surtout sur leur site) pour voir que cela continue :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.recrutement.terre.defense.gouv.fr/devenez-vous-meme">devenez-vous-meme</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cet exemple pour dire qu’il ne faut pas oublier ce qu’est le jeu vidéo, à savoir un produit culturel de masse, pris dans une économie marchande énorme, avec des enjeux commerciaux et financiers colossaux qui ne cessent d’augmenter :</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai qu’on souligne symboliquement que le chiffre d&#8217;affaire des jeux vidéo a désormais dépassé celui des salles de cinéma. Mais il ne faut pas exagérer la comparaison, car il faut rappeler que l’on est loin d’une équivalence en termes de vente entre le nombre de tickets de cinéma et celui des jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce qu&#8217;on pourrait par contre sous-estimer, ce serait l&#8217;impact que ce média vidéoludique pourrait avoir sur nos rapports avec les autres médias, ou encore sur les rapports que nous entretenons avec d&#8217;autres sphères de nos vies, ou du moins sur les représentations que nous avons  de ces sphères, comme celle du travail par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En tout cas, concrètement, c’est aujourd&#8217;hui l&#8217;une des industries culturelles les plus importantes au monde. En 2008, il représentait près de 33 milliards d&#8217;euros de chiffre d&#8217;affaires avec en tête les Etats-Unis.<a href="#_ftn4">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">D’où l’intérêt, il me semble, d’associer à l’analyse clinique, des analyses du contenu des jeux (exemple de la bonne revue : <em>Les cahiers du jeu vidéo</em>) qui nécessitent une critique approfondie des jeux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>Dans un premier temps, il faut apprendre à distinguer les différentes pratiques de jeu vidéo.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Jouer chez soi, devant un ordinateur ou une console, à l’école, avec une console portable, dans une salle d’arcade, à des jeux qui se jouent seul, avec des histoires très travaillées, ou en réseau en ligne via internet.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Toutes ces pratiques ne renvoient donc pas à la même réalité clinique du jeu vidéo.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Et cela a son incidence par exemple lorsque l’on essaie de réfléchir si le jeu vidéo peut être une « aire intermédiaire d’expérience » pour reprendre le terme de Winnicott. Tous les jeux vidéo n’offrent donc pas la même possibilité d’expression des fantasmes des joueurs, ni les mêmes possibilités en termes de type de relations d’objet (la mise en place d’une relation d’objet narcissique n’est pas la même qu’une relation d’objet virtuel, pour reprendre les termes de Sylvain Missonnier, où l’autre n’est pas nécessairement manipulé pour obtenir les gratifications narcissiques escomptées).</p>
<p style="text-align: justify;">
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<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
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<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sous la direction de Mélanie Roustan, <em>La pratique du jeu vidéo : réalité ou virtualité</em>, l’Harmattan, 2003, p.16</p>
<p><span style="color: #0000ff;">[2]</span> Sous la direction de Serge Tisseron, <em>L’enfant au risque du virtuel</em>, dans le chapitre « Le virtuel, une relation », p.93 à 97</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[3]</a> Un exemple dernier : un couple sud-coréen trop occupé par un jeu sur Internet consistant à s&#8217;occuper d&#8217;un enfant virtuel, aurait laissé mourir de faim son propre bébé de trois mois. Le bébé né prématurément avait été découvert mort de malnutrition. Le couple sans emploi nourrissait le bébé seulement une fois par jour. L&#8217;homme et la femme qui s&#8217;étaient rencontrés sur Internet occupaient leurs journées à élever un enfant virtuel appelé Anima, dans le cadre d&#8217;un jeu de rôle en ligne baptisé &laquo;&nbsp;Prius Online&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[4]</a> Lire par exemple les actes du colloque : <em>Les jeux vidéo au croisement du social, de l’art et de la culture</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[5]</a> Les cinq dernières années ont été marquées par l&#8217;élargissement considérable de la population des joueurs : alors que le jeu vidéo était auparavant réservé à un public initié, jeune et masculin, il s&#8217;adresse désormais à tout un chacun à mesure que l&#8217;utilisation des technologies se généralise, que les plateformes de jeux sont plus nombreuses (PC, console de salon, console portable, téléphone mobile) et que les constructeurs proposent des systèmes de jeux innovants et accessibles à tous (exemple de la <em>Wii</em> de Nintendo, suivi par la <em>Playstation Move</em> et le <em>Kinect</em> de Microsoft).</p>
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		<title>A quoi résiste la psychanalyse ? Entretien avec Pierre-Henri Castel</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Jan 2011 21:10:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[épistémologie]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
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		<description><![CDATA[J’ai effectué cet entretien avec Pierre-Henri Castel en 2006 lors de la sortie de son ouvrage A quoi résiste la psychanalyse ?
Une partie devait être publiée dans Les Lettres Françaises. Ce ne fut pas le cas finalement. Je le mets aujourd’hui en ligne car le livre dont il est question est particulièrement intéressant pour le débat sur les enjeux actuels de la psychanalyse.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai effectué cet entretien avec <a href="http://pierrehenri.castel.free.fr/">Pierre-Henri Castel</a> en 2006 lors de la sortie de son ouvrage <em><strong>A quoi résiste la psychanalyse</strong> ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">Une partie devait être publiée dans <em>Les Lettres Françaises</em>. Ce ne fut pas le cas finalement. Je le mets aujourd&#8217;hui en ligne car le livre dont il est question est particulièrement intéressant pour le débat sur les enjeux actuels de la psychanalyse.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;essai de Pierre-Henri Castel est exigeant. Mais il me semble que c’est une invitation à cheminer au travers de ses propres résistances, en tant qu&#8217;analyste.<br />
Dans une première partie, il procède à un panorama de la crise « externe », et une revue des critiques les plus saillantes qu’on adresse, parfois violemment, à la psychanalyse. Pierre-Henri Castel y répond, chose rare, en restant sur le plan conceptuel, c’est à dire en restant sur le même terrain que ses adversaires. Point par point, il les réfute. Dans la seconde partie, il analyse les résistances « internes » que la psychanalyse développe à l’égard d’elle-même, et auxquelles il me semble que chaque analyste a affaire. Ainsi dans la partie « La psychanalyse contre elle-même », il dresse un panorama des « dégénérescences théoriques et pratiques » de la psychanalyse qui peut servir à dessiner en creux un portrait ou tout du moins des bornes, des limites, à ce que l’on nomme psychanalyse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Voici également un lien vers une conférence donnée par Castel en 2010, après la sortie de son livre <em><strong>L&#8217;Esprit malade. Cerveaux, folies, individus</strong></em>. Une conférence qui donne le ton l&#8217;envergure de son programme. Il y situe ses recherches en épistémologie de la psychiatrie, au milieu des débats entre les neurosciences mettant en avant un paradigme naturaliste (et nécessitant ainsi une naturalisation des concepts psychologiques traditionnels), et les recherches en sciences sociales qui use d&#8217;un constructivisme relativiste; aborde ce qu&#8217;il entend par esprit (à comprendre avec des lunettes wittgensteiniennes comme une perspective holiste sur l&#8217;esprit, dont la nature serait à situer sur le plan social, c&#8217;est à dire un esprit construit par des représentations collectives, des  règles sociales, des institutions, des formes de vie, etc.) :</p>
<p><a href="http://www.canal-u.tv/producteurs/canal_u_medecine/dossier_programmes/psychiatrie/colloque_et_evenement/7eme_congres_national_des_internes_en_psychiatrie/cnipsy_2010_marseille_l_esprit_malade_l_objet_meme_de_la_psychiatrie">L&#8217;esprit malade : l&#8217;objet même de la psychiatrie</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/01/A-quoi-résiste-la-psychanalyse.jpg"><img class="size-full wp-image-151 aligncenter" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/01/A-quoi-résiste-la-psychanalyse.jpg" alt="" width="400" height="576" /></a></p>
<p><a href="http://www.freud-lacan.com/articles/article.php?url_article=pcastel130508"></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous êtes philosophe et psychanalyste, ce qui est finalement assez courant, mais la particularité, c’est que vous travaillez la psychanalyse à partir de la philosophie analytique, et plus particulièrement la philosophie de l’esprit. Cette particularité me semble avoir son importance dans cet ouvrage, c’est-à-dire dans votre lecture de « la crise », mais aussi plus largement dans la lecture que vous faîtes de Freud. Pourriez-vous expliciter un peu ces rapports que vous faîtes entre philosophie analytique et psychanalyse ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est un vieux projet. Parce que mes premiers travaux sur Freud, et même mes premiers travaux sur le contexte historique de la naissance de la psychanalyse, dans <em>La querelle de l’hystérie<a href="#_ftn1"><strong>[1]</strong></a></em>, étaient déjà des travaux qui mettaient l’accent sur les enjeux conceptuels et argumentatifs de la notion d’esprit, d’inconscient, d’émotion, que l’on trouve, pas seulement chez Freud, mais au fond, dans toute une tradition philosophique et d’analyse psychologique, rationaliste, qui était d’ailleurs au 19<sup>ème</sup> siècle d’inspiration assez souvent spiritualiste, en particulier chez les contemporains de Janet, et qui s’est préservée. En effet, l’idée d’analyse conceptuelle n’est pas le monopole de la philosophie analytique, particulièrement sur les objets psychologiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc par exemple, lorsque j’ai essayé de montrer que la <em>Traumdeutung<a href="#_ftn2"><strong>[2]</strong></a></em> était un ouvrage que l’on pouvait comparer aux grands traités philosophiques sur l’esprit, comme par exemple celui de Locke, ou encore les essais terminaux sur la philosophie de la psychologie de Wittgenstein, ce n’est pas exclusivement pour favoriser l’idée de philosophie analytique, mais c’est pour montrer le besoin d’analyse des concepts psychologiques qui permet d’accéder assez rapidement au cœur du rationalisme freudien, qui prend des positions particulières sur ces concepts, sur le rapport du corps, sur la nature de la signification, sur la vie psychique etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui peut être effectivement un trait particulier, c’est que j’utilise souvent des instruments d’analyse assez techniques, dérivés de la philosophie de l’esprit contemporaine, la <em>philosophie of mind</em>, qui est dans mon cas effectivement fortement marquée par Wittgenstein, par des lecteurs contemporains de Wittgenstein, mais aussi des philosophes non-wittgensteiniens comme Donald Davidson. Et aussi par une attention au fait qu’il y a un besoin de maintenir un espace commun de discussion avec les gens qui s’intéressent aux questions de l’esprit, qui ne sont pas simplement les psychologues cognitivistes, mais aussi des gens qui élaborent des réflexions de type moral, sur les émotions, sur la volonté, mais aussi des réflexions de type politique, sur la nature des institutions, sur ce que ce sont les représentations collectives, si elles existent, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc en fait l’idée, dans mes travaux, c’est de se donner un instrument philosophique suffisamment subtil, où, en même temps, la boîte à outils est très grande, car la philosophie analytique, c’est un peu comme la métaphysique scolastique, il y a vraiment de quoi puiser énormément d’idées pour en quelque sorte « dé-sédimenter » un certain nombre d’automatismes que l’on peut avoir lorsqu’on lit les textes de Freud, en projetant souvent sans s’en rendre compte, soit des représentations philosophiques anachroniques, soit de simples préjugés de sens commun, dont on ne sait pas que l’on pourrait les faire travailler d’une façon plus complexe.</p>
<p style="text-align: justify;">Evidemment, il est vrai que j’aime bien dans l’idée de philosophie analytique, l’idée d’analyse, et je pense qu’elle est très opératoire, mais elle prime sur l’inscription dans un courant à proprement parler. Car sinon on finirait par succomber à ce piège qui consiste à attribuer à une seule forme de philosophie une sorte de monopole de la rationalité analytique alors que j’ai plutôt tendance à trouver dans la philosophie analytique une boîte à outils et aussi une manière de rendre compte de l’activité rationnelle de Freud dans la psychanalyse.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que j’écris souvent sur le rationalisme freudien est éventuellement critique, car je pense qu’il y a des choses chez Freud qui pourraient être dites de façon beaucoup plus convaincante autrement. Et qu’une des manières que j’ai de comprendre l’histoire de la psychanalyse c’est que, même si cela n’est pas fait explicitement comme cela, il y a des moments dans l’histoire de la psychanalyse où il y a des choses qui relèvent de la clarification conceptuelle et pas simplement d’un progrès empirico-clinique. On peut donc rendre compte de la psychanalyse de manière rationnelle, par endroit, dans un esprit qui n’est pas celui de la philosophie analytique, mais celui d’un rationalisme peut-être plus canguilhemien. C’est alors l’idée de traiter la psychanalyse &#8211; c’est un vieux rêve d’un certain nombre d’intellectuels philosophes français à l’égard de la psychanalyse &#8211; comme un ensemble de propositions rationnelles, même si elle n’est pas que cela bien entendu, qui progressivement se conquiert historiquement une autonomie normative, et qui est alors capable de dire ce qui relève, ou ce qui ne relève pas, de son champ, et pourquoi, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour en revenir à votre ouvrage, « A quoi résiste la psychanalyse ? ». Votre position, contre-critique en quelque sorte, dans la première partie de votre ouvrage, est très intéressante, car on la rencontre très rarement à mon avis. Vous répondez ainsi, point par point, de façon très argumentée, à deux anti-freudiens, Adolf Grünbaum et Mikkel Borch-Jacobsen. Pourquoi, à votre avis, ne trouve-t-on pas plus de réponses aux critiques adressées à la psychanalyse telle que la vôtre chez les psychanalystes ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il y a deux choses dans cette question. Il y a d’abord le point de savoir dans quel sens je parle d’une crise de la psychanalyse. Et ensuite, pourquoi avoir choisi Adolf Grünbaum et Mikkel Borch-Jacobsen comme références de ce à quoi, à mon avis, la psychanalyse se doit de répondre, comme elle le peut.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sur la crise, je voudrais préciser qu’il y a toute une argumentation sociologique extrêmement puissante aujourd’hui qui a largement montré que se présenter comme une discipline en crise, est un moyen de tirer les marrons du feu en se posant dans la figure très particulière des persécutés et des incompris. Tandis que par ailleurs on peut exercer des magistères intellectuels, avoir un poids social dans un système de santé publique, ou représenter des idéaux culturels qui eux sont complètement, en réalité, renforcés par ces attitudes. Moi ce qui m’importe beaucoup, c’est de tenir compte de cette objection-là, comme quoi depuis toujours, et Freud l’a très bien compris, se poser dans la position du persécuté, c’est une attitude dont on voit très bien les bénéfices. Cela attire par exemple un certain nombre d’esprits originaux. En revanche, ce que j’essaie de désigner comme étant une crise réelle, ce n’est pas forcément celle qui est ressentie comme une crise réelle. On peut bien évidemment critiquer cette assertion car je ne suis pas sociologue, et que l’on a assez peu de moyens statistiques empiriques corrects, pour dire si ce que je prétends est suffisamment objectivé. Mais il me semble en tout cas – et c’est assez facilement constatable &#8211; qu’il y a disparition de la psychanalyse, au sein de pans entiers du savoir contemporain dans les sciences humaines. Il y a une dilution dans la sphère psychothérapeutique de ce qui était autrefois le monopole de la psychanalyse. Et puis il y a une évidente difficulté qui fait que, même dans les pays comme la France, le recrutement est en crise, aussi bien celui des patients que celui des analystes. Il n’y a donc pas simplement un langage de la crise, mais bien quelque chose de réel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alors maintenant pourquoi avoir choisi Adolf Grünbaum et Mikkel Borch-Jacobsen ? Les raisons sont liées au fait que ce ne sont pas simplement des gens qui ont proposé des critiques minutieuses de la psychanalyse, ce sont des gens qui ont proposé des critiques constructives, c’est à dire des critiques où ils ne se contentent pas de pointer les faiblesses d’un dispositif, mais ils s’interrogent sur la façon dont fonctionne ce dispositif, et éventuellement comme il pourrait fonctionner autrement. Donc ils prennent beaucoup plus de risques que ceux que je traite avec un certain mépris il est vrai, ou une certaine ironie, et qui se contentent de recycler des choses qui sont bien connues des professionnels de l’histoire de la psychanalyse, à savoir les incompatibilités manifestes entre différents textes de Freud, les exagérations, les choses que l’on a tenté de cacher dans l’histoire du mouvement analytique et qui ne peuvent que sortir des archives à un moment ou à un autre. Chez ces deux personnes, il y a un pas au-delà.</p>
<p style="text-align: justify;">Chez Grünbaum, il y a entre autres, des conceptions puissantes, bien que je n’en parle pas dans ce livre, sur ce qu’est le placebo, des réflexions vraiment intéressantes sur les problèmes fondamentaux de ce que serait une explication causale en psychopathologie. Je suis sensible au fait qu’il s’est occupé de Freud également pour des raisons culturelles, car il est viennois. Il m’a dit une fois en plaisantant, au fond pour un viennois, il y a deux lectures dans la vie : Einstein et Freud. Aussi quand il eut fini avec Einstein, il est passé à Freud ! Bon alors évidemment il avait déjà plus de 70 ans&#8230; Il avait eu à faire avec Einstein ! Mais il faut savoir que Grünbaum est un des plus grands philosophes de la physique de ce siècle, et pas simplement un critique de Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai pris Borch-Jacobsen parce que je trouve ces analyses extrêmement systématiques, et très bien ajustées à des problèmes historiques réels. Le travail qu’il a effectué par exemple avec Sonu Shamdasani, sur l’histoire de la psychanalyse<a href="#_ftn3">[3]</a>, est extrêmement instructif et intéressant. C’est évidemment beaucoup plus intéressant que le livre noir de la psychanalyse<a href="#_ftn4">[4]</a> à mon sens ou que nombre de textes du même acabit. Et puis, comme il y a également un effort philosophique, ce sont des travaux qui sont dans mes cordes. Je peux éventuellement mettre en cause les concepts qui sont utilisés pour lire et pour critiquer Freud, mais de manière négative, c&#8217;est-à-dire que mon travail est un travail de philosophe de la psychanalyse, que je fais en psychanalyste, mais ce n’est pas un travail « de » psychanalyse à proprement parler. Je n’essaie pas de psychanalyser Grünbaum, ou Borch-Jacobsen. C’est essentiel pour moi de dire et de répéter, que ce n’est pas parce que je trouve critiquable les critiques, que pour autant on est quitte, et qu’on a pas de manière positive, à défendre certaines choses. Il y a par exemple un auteur, Vincent Descombes, qui n’est pas connu du milieu des critiques de la psychanalyse, et qui, à mon avis, a fait des observations, notamment sur Lacan, extrêmement profondes et beaucoup plus difficiles à réfuter que celles même de Grünbaum ! Je regrette que l’on ne puisse pas auprès d’un large public intéressé par la psychanalyse, s’interroger sur des positions que je trouve très subtiles, très différenciées, celles de Descombes par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>En effet, en vous lisant, on a parfois l’impression que vous accordez presque plus de crédit aux positions de ces auteurs qu’à bon nombre de psychanalystes, peut-être parce qu’ils vous permettent de développer vos idées et alimenter vos réflexions critiques de l’intérieur de la psychanalyse ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Oui. Je crois quand même qu’une analyse, c’est censée amener chacun à mesurer le peu que l’on peut savoir et éventuellement la marge considérable d’erreurs, et en fait la responsabilité que l’on prend en défendant certaines positions, dans l’incertitude. Et je ne vois pas très bien ce que l’on aurait à craindre. Je crois qu’effectivement, quand il s’agit d’affrontement de grands discours idéologiques, pour ou contre une certaine manière de se représenter l’homme, je veux bien… Mais je crois que cela va plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque je m’en prends à l’argument de la suggestion par exemple, auquel je consacre un développement assez long. Je pense que cela a des conséquences de dire que le mot de suggestion est utilisé dans des discussions psychologiques, où on lui donne une force que je ne crois pas qu’il puisse avoir, et pour des raisons argumentatives et logiques que j’explique en détails. Je pense que c’est assez original parce que beaucoup de psychanalystes pensent que la suggestion est un problème psychologique, un processus psychique particulier. J’ai une position complètement différente sur ce point. Et finalement je ne peux soutenir cette idée, que parce que Borch-Jacobsen, et Grünbaum, mais de manière moins informée, montrent ce que seraient les conséquences logiques de l’usage de ce concept de suggestion. Et ce n’est pas un débat stérile réduit à des oppositions. J’imagine déjà quelles pourraient être les objections que Borch-Jacobsen pourrait en retour faire à ma lecture de son travail sur la suggestion. Je ne crois pas qu’il y ait franchement grand-chose à y perdre ! Quand au fond il s’agit de concepts… Et il me semble en particulier que Borch-Jacobsen, récemment, a finalement attiré l’attention sur le fait qu’il y a une immodestie liée à la transformation de la psychanalyse en psychologie explicative ou en anthropologie générale, qui fait qu’il y aurait un bon usage de ces critiques. Je suis assez d’accord là-dessus.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il me semble que vous faîtes une peinture au vitriol de l’enseignement de la psychanalyse à l’université. Avez-vous un horizon ou un idéal de ce que pourrait être son enseignement à l’université ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce qui fait que ma peinture est au vitriol, c’est que je doute que l’on puisse faire beaucoup mieux !</p>
<p style="text-align: justify;">Au sens où de toute façon les pauvres collègues universitaires psychanalystes sont confrontés à un problème qui les déborde absolument qui est ce qu’on appelle à l’emporte-pièce « la demande psy ». Les gens veulent bouffer du psychologique ! Il y a des demandes qui motivent des carrières d’étudiants, qui sont des produits très inquiétants d’un désarroi social qui vient s’investir dans des demandes d’explication, des rêves de carrières, des identifications à des personnages soit très bienveillants et maternels, soit très savants, des thérapeutes, etc. Que peut-on faire devant cela ?</p>
<p style="text-align: justify;">Alors évidemment c’est une peinture au vitriol… Je pense qu’il y a des problèmes très graves qui sont liés à la fausseté de la position, c’est à dire que l’université a une fonction de légitimation et de consécration sur des discours, et que ces discours, cela leur fait du mal de se retrouver transformés en contenus de manuel, de cours, etc … Et que le rapport qu’impose l’université entre celui qui sait et celui qui apprend est un rapport beaucoup plus fort que tous les petits déplacements subjectifs qu’une analyse permet à quelqu’un. Il ne faut pas s’imaginer qu’une institution aussi vieille que l’Université, et qui fonctionne aussi bien, ne va pas finir par avoir le dessus sur toute tentative de faire exister un discours psychanalytique comme disait Lacan. D’un autre côté, ce que je dis dans ce livre, c’est une peinture au vitriol, mais elle ressemble comme deux gouttes d’eau à celle que les universitaires psychanalystes peuvent faire eux-mêmes, des impasses dans lesquelles ils sont eux-mêmes. Et certains, du coup peuvent tout de même s’en tirer pas mal, et produire des œuvres de valeur à l’intérieur du dispositif, même s’ils le doivent plus à eux-mêmes qu’à l’institution. Ce qui n’est pas le cas de quelqu’un qui ferait une carrière de biologiste par exemple, et même de philosophe !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans cette même ligne, vous écrivez : « L’art de la psychanalyse serait de transformer un Freud récitable en un Freud questionnant»<a href="#_ftn5"><strong>[5]</strong></a>. Vous dénoncez ainsi la transformation d’un discours psychanalytique en un discours de généralités psychologiques. Comment les psychanalystes peuvent-ils résister à cet attrait de la généralité ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si on parle « des » psychanalystes, c’est déjà cuit … Puisque l’on a fabriqué une catégorie qui va nécessairement produire des schémas de reconnaissance à l’intérieur du groupe, des discours normés, etc … Ce qu’on peut espérer c’est que ce soit des règles générales ou des généralités qui fassent le moins de mal possible. Parce qu’il faut déjà exister socialement, il faut permettre aux gens de se servir du mot de psychanalyste, en parlant de quelque chose, sans qu’en même temps, le psychanalyste auquel vous allez vous adresser se retrouve tellement enfermé <em>a priori</em> dans ces conceptions-là qu’il ne puisse plus être Vincent Le Corre ou Pierre-Henri Castel ; donc permettre à quelqu’un de pouvoir encore s’adresser, en particulier, à la personne qui vient le consulter.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un problème de juste position entre ce qui est général et ce qui est particulier dans l’usage des mots et la respiration que cela permet pour que l’on puisse à la fois se parler et en même temps se faire place chacun les uns aux autres dans le dispositif.</p>
<p style="text-align: justify;">En même temps, « un Freud questionnant » c’est un vœu pieux. J’en ai bien conscience ! Mais c’est déjà ça ! Je crois que le problème au sujet de cette transformation, c’est qu’elle ne peut pas venir que de l’intérieur de la psychanalyse. C’est la valeur que j’accorde à l’usage que je fais de la philosophie, par exemple. Comme tout ce qui est prise de conscience, cela se réfère à des valeurs de rationalité, de conscience, de responsabilité, sur lesquelles il n’y a pas de monopole du discours psychanalytique. Cela peut être aussi quelque chose qui a des moyens politiques, cela peut être aussi quelque chose qui a des moyens spirituels, bien que cela n’ait pas ma faveur&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Même si la psychanalyse n’est pas du tout, selon le mot horrible « une science juive », je ne suis pas sûr du tout qu’il n’y ait pas dans le judaïsme contemporain quelque chose qui soit susceptible justement de « transformer ce Freud récitable en un Freud questionnant ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ou comme Fehti Benslama l’a extrêmement bien montré<a href="#_ftn6">[6]</a>, même des religions, comme l’Islam, qui semblent avoir une aversion structurale pour un certain nombre de questions, comme celle de la femme par exemple, peuvent être en mesure de poser de sacrées questions, à l’intérieur même de ce que l’on appelle le monothéisme. Il y a donc plusieurs entrées, et je ne prétends pas en avoir donné qu’une, avec la philosophie. Peut-être aussi une entrée esthétique, je ne suis pas contre ! Je ne sais pas…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Votre position sur l’évaluation est singulière par rapport aux autres voix que l’on peut entendre ces derniers temps. Par exemple, vous ne cherchez pas à disqualifier les résultats des Thérapies Comportementales et Cognitives, et vous leur reconnaissez même un réel intérêt. Pensez-vous qu’un certain éclectisme pratique puisse être utile ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alors je réponds par la fin. Je suis viscéralement opposé à tout éclectisme. Je crois que le type d’engagement que suppose une analyse à l’égard de certains patients exclut totalement l’action comportementaliste standardisée qui, dans un certain nombre de cultures médicales, prévaut. Même si elle ne prévaut pas dans les faits ! Car il faut faire très attention à ce que les gens disent faire et à ce qu’ils font réellement ! Ils sont souvent beaucoup plus pénétrants psychologiquement et font beaucoup plus de soutien qu’ils ne le prétendent… Néanmoins on ne peut pas mélanger !</p>
<p style="text-align: justify;">C’est aussi une pratique hospitalière qui m’amène à dire un certain nombre de choses. Je crois que, pour prendre un exemple simple, à partir d’une catégorie employée dans les TCC, les TOC, lorsqu’une femme d’une soixante d’années passe huit heures par jour absorbée dans des rituels absolument épouvantables dont elle ne peut pas se dégager, et que par le biais d’une thérapie cognitive et comportementale on réussit à diminuer de moitié le temps qu’elle passe à ses rituels, je crois qu’il serait irresponsable de dire qu’il ne s’est rien passé, et que l’on a rien gagné.</p>
<p style="text-align: justify;">Je crois aussi que Feud lui-même a dit plusieurs fois, qu’il y a des choses dont il faut avoir la modestie de reconnaître qu’elles sont inaccessibles à une approche psychanalytique. Il y a des choses pour lesquelles ce n’est pas parce que nous sommes incapables en tant qu’analystes d’y porter secours ou remède que pour autant il faut discréditer totalement, et surtout pour des raisons qui sont profondément ignorantes des pratiques, car il y a très peu de psychanalystes qui ont une connaissance précise de la littérature scientifique sur ces questions. Je veux dire même une compréhension parfois des concepts statistiques qui sont souvent beaucoup plus compliqués qu’on ne le croit, et de l’histoire de ces méthodes. Il faut le dire, on n’a pas d’histoire aujourd’hui, rigoureuse et bien faite, de l’évolution de l’histoire de ces méthodes cognitives, même pour une seule pathologie. Donc ce sont des jugements qui me paraissent tout à fait excessifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour autant, je suis sensible aussi par le fait que beaucoup de psychanalystes aujourd’hui, et moi-même par exemple, reçoivent beaucoup de gens qui sont passés par ces méthodes et qui ne les ont pas supportées pour des raisons qui les amènent finalement à l’analyse. Et ça, c’est vraiment un phénomène nouveau. Car auparavant, les patients des thérapies comportementales ou des TCC étaient bien souvent des patients dont la psychanalyse avait échoué, ou qui avaient vécu ce qui s’était passé durant leur analyse comme insuffisant, même s’ils y reconnaissaient un intérêt. Maintenant, on a des allers-retours, dans les deux sens. Et, de fait, je suis d’accord pour dire que, bien souvent, à mesure que les TCC sont sorties du cadre où elles étaient pratiquées par des experts, dans des services universitaires, avec un suivi, un soin et une attention toute particulière, bref tout un cadre pour des patients gravement malades, elles se sont transformées en techniques thérapeutiques où les gens sont beaucoup moins bien soignés, même s’ils sont traités selon des canons qui, formellement, ont l’air d’être les mêmes. Quant au soin à proprement parlé, qui est une composante essentielle, il semble beaucoup moins bon, et les gens viennent se plaindre de ne simplement jamais avoir été entendus ! Tandis que l’on ne peut pas dire, pour les petits points d’histoire que j’ai vraiment travaillés moi-même, soigneusement, en prenant l’histoire des articles autour des TOC, qu’à l’origine de ces méthodes, les gens aient été à ce point ignorés.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Il est vrai que j’entends beaucoup de gens qui ont commencé par une thérapie cognitive, puis qui s’oriente vers un psychanalyste, car il souhaite autre chose… Il suive une TCC pendant trois, six mois, et se disent, bon, j’ai l’impression d’en avoir fait le tour, j’ai envie d’autre chose…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Oui, absolument, et de même que l’on peut trouver des cognitivistes qui vous disent qu’ils ont accueilli d’anciens patients de psychanalystes, qui en avaient tiré beaucoup de profit, mais qui restaient, par exemple, avec un phobie bien particulière, un élément qu’un simple déconditionnement très rapide a éliminé. Et je ne vois pas pourquoi l’on irait dire à ces gens qu’ils ont été « prostituer » leur analyse, ou qu’ils se sont laissés traiter comme des rats de laboratoire, pour le type de gain qu’ils en ont eu.</p>
<p style="text-align: justify;">Je crois aussi que cela va se généraliser dans la mesure où, si je n’aime pas l’éclectisme, chacun d’entre nous est éclectique en tant qu’individu, dans la mesure où il vit dans une société consumériste et va où souffle le vent…</p>
<p style="text-align: justify;">De toute façon sur le marché très réel des psychothérapies, l’éclectisme est la norme. Il l’est même, et c’est extrêmement inquiétant, lorsqu’on voit des gens se former, même dans des associations psychanalytiques très respectables, il arrive des gens avec des parcours de formation qui laissent pantois, passant par des écoles de psychothérapie… Et les gens de ma génération s’interrogent vraiment sur ce qu’ils viennent faire, qu’est-ce qu’ils viennent demander d’une formation analytique…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>On propose effectivement aujourd’hui, au sein de l’université, un enseignement théorique au niveau des psychothérapies qui prône une sorte de tentative d’intégration de ce que proposerait de meilleur chaque psychothérapie, en fonction par exemple de tel ou tel type de pathologie, ou symptôme…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je suis très sensible à ce type de choses, mais il y a souvent un abîme entre ce que les gens disent et même ce qu’ils croient faire, et ce qu’ils font réellement.</p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait construire des situations paradoxales extrêmement significatives… Cela a été fait. Par exemple, en montrant que certaines interventions de Carl Rogers étaient d’une subtilité qui ne déparait pas avec ce qu’un psychanalyste expérimenté aurait fait avec tel de ses patients. Et <em>a contrario</em>, on pourrait aussi bien montrer que certaines interventions prétendument haut de gamme lacanienne, relèvent de pratiques qui seraient pratiquement du conditionnement, de l’endoctrinement théorico-clinique, absolument cynique.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc qui dit faire quoi ? C’est vraiment très important ! Et l’usage des théories dans le champ psychothérapeutique est beaucoup plus fait pour se distinguer du concurrent, que pour décrire vraiment la pratique à laquelle on se livre. Et je ne connais pas de remède à ce problème très sensible.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans la fin de votre livre, vous abordez la question des rapports entre la théorie psychanalytique et les questions du genre, mais aussi l’usage de la théorie psychanalytique dans la critique actuelle du libéralisme économique. Et vous êtes très critique à ce sujet. Là encore, votre discours est singulier. Pourrait-on dire en somme que vous luttez pour une psychanalyse émancipée de la lutte politique ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je ne crois pas que le propre de la psychanalyse, ce soit d’être politique. Je pense par contre qu’elle rend les clivages politiques souvent beaucoup plus clairs et beaucoup plus violents, parfois entre l’analyste et l’analysant, parfois à l’intérieur même de l’analysant.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pas que je revendiquerai une sorte d’apolitisme de la psychanalyse, mais les vrais conflits réels auxquels les gens sont confrontés, on ne peut pas retirer le contexte politique des questions de sexualité, ce n’est pas le seul contexte qu’elle a, mais elle possède bien un contexte politique. Et bien cela jette une lumière un peu vive sur les choses qui sont en conflit à ce niveau-là aussi chez les gens. Maintenant, ce qu’il me paraît vain dans les usages libertaires ou les usages ouvertement réactionnaires du discours psychanalytique, c’est que les patients n’en ont rien à faire !</p>
<p style="text-align: justify;">Ca ne changera pas, parce que les contraintes réelles qui sont exercées sur eux, sont tellement fortes, qu’aller s’imaginer que l’on peut avoir un gain quelconque en étant plutôt libertaire, ou plutôt réactionnaire, cela me semble futile…</p>
<p style="text-align: justify;">On va simplement prostituer la psychanalyse à être, comme j’essaie de le dénoncer, une nouvelle valeur sur le marché de la morale, et on va simplement supprimer un moyen de faire un pas de côté. Ce que je peux dire, c’est que la psychanalyse ne peut pas guider les gens dans une certaine direction, quand bien même elle le voudrait. Je suis assez sceptique là-dessus. Elle peut les éclairer. Mais dans la vie, il n’y a pas simplement à être éclairé, il y a à avancer. Et avancer, on ne peut le faire à la place des gens. Mais la psychanalyse peut juste faire de la lumière sur certaines choses qui sont en jeu…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais vous ne pensez pas qu’une certaine lutte, disons alors extra-psychanalytique dans ce cas, peut-être, serait légitime et nécessaire pour maintenir une clinique digne de ce nom, et que le contexte socio-politique serait de moins en moins favorable à un certain type de clinique ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Certainement ! Mais on n’a pas besoin de la psychanalyse, ni d’être psychanalyste, et même peut-être d’être psychanalysé, pour être conscient que les enjeux de ce qui nous menace sont considérables.</p>
<p style="text-align: justify;">L’attachement à la possibilité d’avoir une vie privée, vraiment privée ! La possibilité de décider minimalement quand même de son destin, professionnel, d’être à l’abri d’un certain nombre de violence économique, social… Il n’y a pas vraiment de manière psychanalytique de répondre à ce type de question. Le fait est que la psychanalyse, en gros, n’existe que dans les sociétés individualistes avec des systèmes de droits libéraux. Elle existe d’ailleurs en général comme une profession libérale, et dans des systèmes sociaux qui ont des moyens pour s’intéresser à la vie psychique et à la santé mentale des masses. Elle n’existe pas ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Est-ce que pour autant il faut transformer le discours psychanalytique, soit en une caution de la vérité de ce qu’on dit sur ce système pour ou contre lui, soit en un instrument pour y promouvoir des positions politiques particulières ? Je sais bien que l’on n’empêchera pas les gens de le faire, mais c’est contingent, et non nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify;">On ne cesse donc pas de faire de la psychanalyse ou d’être psychanalyste quand on est sceptique à l’égard de cet usage des concepts psychanalytiques. A mon avis, ce n’est donc pas une nécessité d’essence pour la psychanalyse d’être d’un côté ou de l’autre… A mon avis…</p>
<p style="text-align: justify;">A supposé que vous soyez psychanalyste, bien psychanalysé ou pas, cela ne vous dispense pas de vous comporter en citoyen responsable ! Et on peut parfaitement défendre la psychanalyse contre certains assauts administratifs, comme certains responsables politiques l’ont fait, pas du tout à cause de la psychanalyse, mais parce qu’ils considèrent que dans une société où la liberté ne doit pas être un mot vide, la psychanalyse doit avoir sa place. Vis-à-vis de la manière dont ils se représentaient la société, ils pensaient qu’il devait y avoir une place pour la psychanalyse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Le risque que vous voulez pointer, c’est qu’elle y perde …</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je crois que ce n’est pas un risque, c’est une réalité ! Chaque fois que la psychanalyse se met à la remorque, soit d’idéaux libertaires comme on peut parfois le voir à propos de la notion de genre, soit au contraire de positions où on transforme des contraintes subtiles et sophistiquées portant sur l’ordre symbolique en essayant d’en faire une norme du bon psychisme de l’individu aujourd’hui, la psychanalyse disparaît. Et parfois elle disparaît même à la simple lecture du programme. Le simple énoncé de ce qui est voulu par ces usages de la psychanalyse vous fait assister à l’évaporation instantanée de son contenu psychanalytique.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc exactement l’inverse de cet usage particulier du discours qui pose le problème et qui met en mouvement chacun lorsqu’il est confronté à la lecture de Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Je voulais vous poser une dernière question sur ce que vous appelez l’appropriation subjective des différents savoirs. Est-ce qu’il serait possible de différencier les savoirs selon qu’ils nécessitent ou pas cette appropriation, elle-même liée au concept de résistance…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est une question réellement embarrassante. Car on pourrait tout à fait imaginer que les mathématiques nécessitent également une appropriation subjective. Je serai assez partisan pour penser cela. Les mathématiques, non seulement il faut les apprendre, mais il faut qu’un jour, quelqu’un se place avec vous sur un coin de table et vous montre ce que c’est une démonstration. Ca ne vient pas comme ça… En philosophie, c’est une évidence. Mais même en mathématiques… Je pense que les « vrais savoirs », et il n’y en a pas beaucoup, il y a les mathématiques, le droit, l’histoire, la philosophie… les « vrais savoirs » sont des savoirs qui sont « éternels » parce qu’ils vivent de cette possibilité d’interroger la subjectivité dans ses tréfonds. Le marketing, par exemple, n’est évidemment pas un « vrai savoir ». La psychologie, c’est un conglomérat de choses qui sont parfois de vrais savoirs, parfois des discours vides. Au final, ce n’est pas un vrai savoir. La sociologie, son enracinement dans l’histoire, dans l’engagement militant politique en fait quelque chose qui est susceptible d’avoir au final en quelque sorte une figure subjective du sociologue. Il y en a des grands… Je pense que la psychanalyse est de l’ordre de ces savoirs-là.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si on avait un enfant à élever, qu’aimerait-on qu’il étudie ? Si on se pose la question comme cela, on pourrait se demander ce qui forme quelqu’un. Qu’est ce qui fait que quelqu’un va être transformé, profondément, par le savoir qu’il apprend. Et bien, il peut faire de la médecine, ça va le transformer. A un certain niveau, c’est la même chose pour le droit ou pour les mathématiques… Je pense que c’est le cas pour la psychanalyse. Mais je suis beaucoup plus sceptique à l’égard d’autres connaissances.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce sont des savoirs qui sont éventuellement capables de faire des dégâts aussi. C’est-à-dire des savoirs qui peuvent fonctionner de manière toxique. Chez certains esprits, dans la mesure même où la génialité y est parfois possible. C’est très sensible par exemple dans les mathématiques, ou quand on voit ce que c’est qu’un grand juriste. Et ça, il me semble que c’est un élément anhistorique… C’est un vrai problème que de savoir si les sciences humaines, qui sont des sciences issus du 19<sup>ème</sup> siècle ont « une organisation psychiquement assimilable » qui permettent cette subjectivation. Peut-être que la psychanalyse a réussi cela, peut-être même l’a-t-elle trop réussi ? C’est moins évident avec d’autres sciences alors que ça ne cesse absolument pas de l’être pour les gens qui pratiquent la physique mathématique, ou des sciences exactes au plus haut niveau, ou du droit, ou encore de la théologie. J’avais oublié la théologie !</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui me paraît toujours extrêmement frappant et ce qui m’inquiète beaucoup, c’est qu’est-ce qu’on peut attendre d’un esprit qui voudrait devenir psychanalyste, d’un jeune esprit. Beaucoup viennent de la psychologie. Je pense que c’est une très bonne formation que de faire de la médecine, des mathématiques, de la philologie, ou un de ces savoirs qui, déjà, vous confrontent avec des contraintes sur la vérité et sur le réel qui sont formatrices. Il faut avoir fait des études, et il faut être cultivé pour être psychanalyste. Mais si on n’a jamais rien fait qui puisse vous apprendre à quel point on peut se tromper… A quel point il faut du temps pour devenir capable de faire des choses extrêmement difficiles, vous n’avez pas les conditions, je dirais, de base, pour faire un bon analyste.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Pierre-Henri Castel, <em>La querelle de l’hystérie</em>, PUF, 1998.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Sigmund Freud, <em>L’interprétation du rêves</em>, in Œuvres complètes, tome IV<em>, </em>PUF. Et  le commentaire analytique de Pierre-Henri Castel : <em>Introduction à l&#8217;interprétation du rêve, de Freud</em>, PUF, 1998.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Sonu Shamdasani, Mikkel Borch-Jacobsen, <em>Le dossier Freud : Enquête sur l&#8217;histoire de la psychanalyse</em>, Empêcheurs de Penser en Rond, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Sous la direction de Catherine Meyer, <em>Le livre noir de la psychanalyse : Vivre, penser et aller mieux sans Freud</em>, DOCUMENTS, 2005</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Pierre-Henri Castel, <em>A quoi résiste la psychanalyse ?</em>, PUF, 2006, p. 96.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Fehti Benslama , <em>La psychanalyse à l&#8217;épreuve de l&#8217;islam</em>, Flammarion, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;">
]]></content:encoded>
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		<title>Deux notions pour aborder les jeux vidéo : le gameplay et le genre</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Jan 2011 17:48:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
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		<description><![CDATA[Cet article est issu d'un article plus important à paraître : "Esquisse pour une métapsychologie du jeu vidéo comme objet de médiation thérapeutique" écrit en collaboration avec mon ami Grégoire Latry.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Deux notions pour aborder cet objet</h2>
<h3 style="text-align: justify;">Le gameplay</h3>
<p style="text-align: justify;">La notion de <em>gameplay</em> est particulièrement difficile à définir. Elle est même un peu insaisissable. Et pourtant, c’est la notion clef, utilisée de manière instinctive par les joueurs et les concepteurs ou encore les journalistes, qui permet de parler du critère de ce qu’est un bon jeu vidéo. Ici il y a un lien direct et évident avec ce que les psychanalystes connaissent bien, c’est l’utilisation chez Winnicott des distinctions que l’on peut faire avec les termes <em>game</em> et <em>play</em> en anglais. Dans <em>Jeu et Réalité<a href="#_ftn1"><strong>[1]</strong></a></em>, Winnicott utilise cette distinction, qui n’existe qu’en anglais, entre le <em>game</em> qui est l’aspect organisé du jeu, comportant des règles bien définies pour remporter la victoire, et le <em>play</em>, qui est le jeu libre, création de l’enfant par exemple. C’est la différence entre le fait de jouer à un jeu et le fait de jouer avec un objet, à laquelle a affaire tout thérapeute d’enfants. Et c’est justement cette tension dans un jeu vidéo entre ces deux pôles, c’est-à-dire entre toutes les règles mises en place, les contraintes imposées par les aspects techniques et logiciels (le scénario du jeu, les modalités d’action du personnage, etc…), et la liberté laissée au joueur dans l’univers du jeu, qui peut d’ailleurs devenir un peu effrayante, qui va constituer selon nous l’essence du <em>gameplay</em>. Ainsi, s’il y a trop de contraintes, trop de difficultés ou d’obstacles à la progression, le jeu perd en général de son intérêt. Et s’il n’y aucune règle, il est difficile de jouer, et d’y trouver un but. C’est donc à la fois l’équilibre de cette boucle informationnelle homme-machine et le plaisir qui s’en dégage qui sont visés au travers de cette notion.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Le genre</h3>
<p style="text-align: justify;">Comme dans l’industrie d’Hollywood, le genre s’est développé dans les jeux vidéo en fonction des concepteurs et des joueurs, et forme une sorte de contrat entre l’industrie et les consommateurs, ce qui permet d’identifier rapidement un jeu en le classant dans une catégorie existante. Tout comme dans le cinéma, les genres se créent à partir d’un film, ou d’un jeu, qui va faire date, et engendrer finalement des <em>game-like</em> (jeux quasi-identiques), en intégrant des caractéristiques d’autres genres pour finalement en créer d’autres, et ainsi de suite. Plutôt que de constituer une typologie, nous pourrions considérer cela comme un exemple de ce que Wittgenstein appelait les « airs de familles » dans ses <em>Recherches Philosophiques</em><a href="#_ftn2"><em><strong>[2]</strong></em></a>. C’est à dire que selon lui, ce qui permet de rassembler différents jeux (Wittgenstein fait ici référence à sa notion jeux de langage, mais l’homonymie est intéressante…) sous une même appellation, ce n’est pas la possibilité d’avoir une caractéristique commune, c’est plutôt la possibilité de passer d’un jeu à un autre d’une manière continue, pour autant qu’une caractéristique A soit commune au premier et au deuxième jeu, qu’une caractéristique B soit commune au deuxième et au troisième et ainsi de suite.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, concernant les jeux, et contrairement aux films (encore que cela mériterait discussion), nous pourrions ajouter qu’ils se sont constitués également en fonction des avancées techniques des supports que sont les bornes d’arcade, les consoles de jeux et les PCs. Ainsi, il existe aujourd’hui une multitudes de genres et sous-genres tels que les jeux de plate-forme (initié par <em>Donkey Kong</em><a href="#_ftn3"><em><strong>[3]</strong></em></a>, puis <em>Mario Bros.</em>), l’un des premiers genres, les jeux d’action tels que les <em>beat them all</em> (un personnage se bat généralement à mains nues contre des ennemis), les <em>shoot them all</em> (un vaisseau spatial contre d’autres vaisseaux spatiaux), ou encore les <em>First Person Shooter</em> (les FPS dont la série des <em>Doom</em><a href="#_ftn4"><em><strong>[4]</strong></em></a> fut une des représentantes les plus célèbres), les jeux d’aventure et de rôle, les jeux de simulation de course, de sport, ou encore les MMORPG…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ces deux notions, gameplay et genre, nous semblent importantes par leurs aspects introductifs à cet objet vidéoludique. Dans la mesure où il est nécessaire de pouvoir distinguer les différentes pratiques de jeu vidéo, car elles ne renvoient pas à la même réalité clinique, nous pensons donc qu’elles peuvent contribuer à affiner une réflexion clinique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> D. W. Winnicott, <em>Jeu et réalité</em>, Edition Gallimard, 1975.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> L. Wittgenstein, R<em>echerches philosophiques</em>, Gallimard, 2004. Wittgenstein débute sa réflexion à propos des jeux dans les paragraphes 66 et 67, p.64 et 65.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jeu vidéo créé par <em>Nintendo</em> en 1981, l&#8217;un des tout premiers jeux de plate-forme. Le succès de <em>Donkey Kong</em> fut tel qu’il en fit une référence de la culture américaine.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Doom</em> est devenue une franchise de jeu vidéo détenue par l’éditeur de jeu <em>id Software</em>. Le premier de la série est sorti en 1993. C’est « l’un des titres majeurs qui ont lancé ce type de jeu vidéo. Il est reconnu comme étant le pionnier des graphismes en trois dimensions immersifs, du jeu multijoueur en réseau, et d’avoir permis aux joueurs de créer leurs propres contenus. » source : <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Doom_%28jeu_vid%C3%A9o">http://fr.wikipedia.org/wiki/Doom_(jeu_vid%C3%A9o</a>)</p>
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		<title>Jeu vidéo excessif : une tentative de symbolisation ou la signature de son échec ?</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Jan 2011 13:34:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[addiction]]></category>
		<category><![CDATA[jeu excessif]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[pharmakon]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, janvier 2011.
La difficulté à concevoir le type d’objet que peut être le jeu vidéo d’une manière générale provient peut-être du fait qu’il peut devenir parfois simultanément un objet-support d’une élaboration psychique et l’objet d’une conduite que le sujet tend à répéter de manière compulsive. Tentatives d'élaboration (non compulsive) sur ce sujet...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je pense assurément que le jeu vidéo peut être un appui, le support d’une activité d’élaboration pour certains joueurs. Mais il peut également devenir un symptôme chez d’autres, qui s’enferment dans des conduites compulsives. Quand je parle de symptôme, cela signifie que leur pratique vidéoludique peut devenir pour moi le signe d&#8217;une souffrance qui se déroule ailleurs, mais qui n&#8217;est pas, en elle-même, pathologique. Bien au contraire parfois !</p>
<p style="text-align: justify;">Cela me rappelle ce que peut dire Bernard Stiegler sur le <em>pharmakon</em> qui désigne à la fois un poison et un remède, bien que je ne souscrive pas à sa vision trop &laquo;&nbsp;pathologisante&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;surplombante&nbsp;&raquo;.<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cet objet me semble en effet posséder à la fois certaines caractéristiques, qui peuvent contribuer à la symbolisation, voire à la sublimation, et d’autres qui peuvent parfois finir par constituer des pièges pour le joueur</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pour ces raisons que Tisseron peut par exemple poser cette question : « Le virtuel à l&#8217;adolescence &#8211; autodestruction ou autothérapie ? »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’hypothèse souvent utilisée par les thérapeutes qui travaillent avec des enfants ou des adolescents, en utilisant des jeux vidéos comme de véritables médiations thérapeutiques est de poser que le jeu vidéo permettra une restauration narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Michael Stora note que les enfants qu’il a rencontrés ont perdu le plaisir de jouer pour jouer, et que pour eux, « le jeu est envisagé surtout du côté de l’enjeu : perdre ou gagner »<a href="#_ftn3">[3]</a>. Ainsi, « le jeu va fonctionner comme un antidépresseur favorisant l’émergence de pulsions sadiques anales, tout en étant porté par une narration, à savoir l’histoire proposée par le jeu vidéo. » Stora décrit alors la situation du joueur incarnant une figure héroïque, via l’identification au héros du scénario comme un « dispositif [qui] répare quelque chose des blessures narcissiques qui se réouvrent à l’occasion de moments de fragilités où les autres renvoient le sujet à ses sentiments d’incomplétudes. »<a href="#_ftn4">[4]</a> Enfin, lorsqu’il essaie de penser plus précisément les conduites compulsives de certains sujets adolescents vis-à-vis du jeu vidéo, il la conçoit comme une tentative de « se restaurer narcissiquement par la pulsion létale, celle de la maîtrise. La main deviendrait ainsi la métaphore du Moi dont le but est de tenir le monde dans son poing fermé. »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Bien que ses descriptions dans une lignée développementale soient intéressantes d‘un point de vue heuristique, j’aimerais essayer ici, de concevoir l’activité de jouer à jeu vidéo de manière excessive plutôt dans l’optique d’une recherche de satisfaction pulsionnelle compulsive, d’une répétition mortifère liée plus directement à la pulsion, et non au narcissisme. Car je ne suis pas d’accord avec Stora lorsqu’il dit par exemple que « la satisfaction pulsionnelle est une exigence d’ordre narcissique et cette même exigence se trouve à travers tous les stades psycho-sexuels (oral, anal, phallique). »<a href="#_ftn6">[6]</a> Il me semble plutôt que le narcissisme aurait tendance à s’opposer à cette satisfaction pulsionnelle, qui viendrait le déranger, voire mettre en danger un Moi, qui, une fois constitué, ne peut que rentrer en conflit avec la pulsion.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le jeu vidéo est un objet libidinal. Il me semble que lorsqu’on commence à s’intéresser au rapport d’un sujet avec les jeux vidéo (comme avec ce que l’on nomme parfois rapidement « le virtuel ») on retrouve cette question polémique dans la théorie psychanalytique, à savoir celle des liens entre le narcissisme et la pulsion. Mais on retrouve également la possibilité de refouler les questions qui articulent les deux notions que sont le narcissisme et le sexuel.</p>
<p style="text-align: justify;">Lire à ce sujet  <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=125">Le narcissisme et le sexuel</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Répétition, tentative de liaison et compulsion de répétition</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il peut exister une dimension importante de l’ordre de la répétition dans l’activité de jouer chez certains joueurs. Et cela n’est pas sans rappeler l’analyse du jeu d’enfant faite par Freud au travers de celle de son petit-fils, Ernst, dans l’« Au-delà du principe de plaisir »<a href="#_ftn7">[7]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En un mot, rappelons le jeu : l’enfant s’amusait à faire disparaître derrière son lit une bobine de fil, dont il tenait un bout. « En même temps, il émettait avec une expression d’intérêt et de satisfaction un o-o-o-o sonore [qui] signifiait ‘fort’ » nous décrit Freud. Puis, l’enfant tirait sur le fil et faisait réapparaître la bobine « saluant maintenant son apparition d’un joyeux ‘da’ »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud interprète ce jeu hautement symbolique tout d’abord comme le dédommagement d’un renoncement pulsionnel. Ce renoncement serait le fait de laisser partir sa mère, « sans se rebeller », écrit Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Je formulerais donc une première hypothèse, à savoir que le jeu vidéo pourrait être considéré chez certains sujets comme un substitut de présence maternelle, comme la présence nécessaire d’un objet qu’ils peuvent percevoir, et au travers duquel il y a une satisfaction pulsionnelle due à sa perception en continu, leur permettant paradoxalement de ne pas être seul, et peut-être de s’assurer ainsi de la continuité de leur existence. Il faudrait donc examiner le dispositif vidéo-ludique au regard de deux articles : « le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je » de Lacan, et « le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant » de Winnicott.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Devant le fait que le petit Ernst pouvait se mettre à rejouer une expérience vécue <em>a priori</em> comme pénible, Freud s’interroge sur la place de son principe de plaisir dans cette activité enfantine. Il pose alors comme première hypothèse celle-ci : jouer permet à l’enfant de se rendre maître d’expériences qui ont pu être douloureuses pour lui : « il fut passif, fut atteint par l’expérience vécue, et voici qu’il s’engage dans un rôle actif en répétant celle-ci en tant que jeu, bien qu’elle soit empreinte de déplaisir. »<a href="#_ftn9">[9]</a> Cette part de répétition correspondrait alors à la tentative d’élaboration psychique de l’enfant de l’expérience.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant les joueurs excessifs, ce serait leur tentative d’élaborer quelque chose resté en suspens pour des raisons liées à leur propre histoire. Il devient donc difficile ici de généraliser.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Puis Freud hésite entre pulsion d’emprise, c’est à dire se rendre maître de la situation vécue tout d’abord dans la passivité, et impulsion de vengeance envers la mère, pour conclure finalement que dans toutes les hypothèses, que l’on pourrait subsumer en quelque sorte sous le fait de subjectiver l’expérience douloureuse du départ de la mère, il faut « un gain de plaisir d’une autre sorte » pour que l’enfant se mette à répéter dans son jeu « une impression désagréable ».<a href="#_ftn10">[10]</a> Car s’il s’agissait de ne maîtriser que ce qui est difficilement acceptable pour l’enfant, nous ne serions pas en mesure de postuler cet « au-delà du principe de plaisir ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce « gain de plaisir d’une autre sorte » (qui n’est autre que la première pierre théorique qui conduira Lacan à théoriser le concept de jouissance<a href="#_ftn11">[11]</a>) me semble également conditionner une partie de l’activité de jouer chez ces sujets.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un point de vue économique, jouer de manière intensive pourrait être une tentative pour certains joueurs « d’épuiser », de « maîtriser », l’exigence de la pulsion sexuelle. Ce serait la pente du principe de plaisir qui conduirait vers la déréalisation et vers la mort que Freud avait bien vue. Si le but d’Eros est la liaison, la tentative de prolonger la vie, celui de Thanatos est la déliaison, la tentative de restaurer un état antérieur et de revenir finalement à l’état zéro d’excitation.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais jouer peut être également conçu comme une façon de tenter de lier cette pulsion sexuelle à quelque chose. On pourrait alors poser l’hypothèse qu’une partie de la satisfaction à jouer provient de la tentative de créer quelque chose, de créer du lien, donc de symboliser.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le problème est que ces tentatives de liaison peuvent apparaître parfois comme de plus en plus précaires, et que la visée de l’activité de jeu devient alors une tentative de ramener l’excitation pulsionnelle au niveau zéro. Jouer se réduit alors à la tentative d’évacuer, via la projection, une pulsion sexuelle trop embarrassante.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Au final comment essayer de penser la répétition dans l’activité vidéoludique chez certains joueurs ?</p>
<p style="text-align: justify;">Toute répétition n’est pas compulsion, si l’on suit par exemple le raisonnement de Freud dans « Remémoration, répétition et perlaboration »<a href="#_ftn12">[12]</a>. La répétition peut être tentative de remémoration en acte. « l’analysé ne se remémore absolument rien de ce qui est oublié et refoulé, mais [qu’] il l’agit. Il ne le reproduit pas sous forme de souvenir mais sous forme d’acte, il le répète, naturellement sans savoir qu’il le répète. »<a href="#_ftn13">[13]</a> Or l’agir est précisément un point essentiel de l’activité vidéoludique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il faut donc distinguer:</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1 – une répétition comme une tentative d’élaboration</strong>, voire de perlaboration, au travers de de l’objet jeu vidéo, afin d’essayer de résoudre certaines questions. Une hypothèse est donc de se saisir de cette répétition pour aider le sujet dans ses tentatives d’élaboration.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>2 – une répétition mortifère proche cette fois de la compulsion de répétition freudienne</strong>, ayant cette fois pour fonction, de manière générale, de contrer toute tentative de créer du lien, en court-circuitant par exemple la pensée. De ce côté, c’est à un contre-investissement massif de la pulsion auquel on aurait plutôt affaire, avec la tentative de décharge d’une énergie pulsionnelle qui n’arrive plus à se lier à des représentations, court-circuitant au final tout travail psychique d’élaboration. C’est l’échec de la symbolisation. Et il faut alors aider le joueur à retrouver du plaisir à jouer, ce qui pourrait l’aider ainsi à se protéger contre cette répétition mortifère.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> « <em>Toute</em> technique, originairement, est ambivalente : l’écriture alphabétique, par exemple, a pu et peut encore être aussi bien un instrument d’émancipation que d’aliénation. Raisonner pharmacologiquement c’est, autre exemple, comprendre que pour lutter contre les effets néfaste du web, il convient non pas de ne plus se servir du web (ce qui n’aurait pas de sens) mais de s’en servir autrement. Si le web peut être dit pharmacologique c’est qu’il est à la fois un dispositif technologique associé permettant la participation<sup><a title="cliquez pour accéder au glossaire" href="http://arsindustrialis.org/vocabulaire-ars-industrialis/participation">i</a></sup> et un système industriel dépossédant les internautes de leurs données pour les soumettre à un marketing omniprésent et individuellement ciblé (<em>user profiling</em>)</p>
<p style="text-align: justify;">Une pharmacologie est une étude (organologique) des effets suscités par ces techniques qui suppose des prescriptions, soit un système de soin ou une thérapeutique. Une pharmacologie de l’attention<sup><a title="cliquez pour accéder au glossaire" href="http://arsindustrialis.org/glossaire/attention">i</a></sup>, par exemple, s’intéresse aux effets, positifs ou néfastes, qu’ont sur l’attention, les nouveaux médias, afin bien entendu de susciter les premiers et d’éviter les seconds. » issu du site d’Ars Industrialis (http://arsindustrialis.org/pharmakon). Voir aussi le site <a href="http://pharmakon.fr/wordpress/">http://pharmakon.fr/wordpress/</a> où vous pouvez trouver un cours de Stiegler sur la philosophie de Platon.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Serge Tisseron, « Le virtuel à l&#8217;adolescence &#8211; autodestruction ou autothérapie ? », in <em>Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescent</em>, 2007, n°55.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Michael Stora « Jeu vidéo, un nouvel enjeu thérapeutique », in <em>L’enfant au risque du virtuel</em>, sous la direction de Serge Tisseron, Dunod, 2006, p. 127, ou encore p.120.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Ibid.</em>, p. 136.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Michael Stora, Addiction au virtuel – le jeu vidéo », in <em>Adolescence</em> 2004, n°47, p. 75.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>Ibid.</em>, p. 68.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Sigmund Freud, « Au-delà du principe de plaisir », in <em>Œuvres complètes, tome XV</em>, PUF, 1996.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> <em>Ibid.</em>, p. 285.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> <em>Ibid.</em>, p. 286.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> <em>Ibid.</em>, p. 287.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Il faudrait essayer de voir en quoi ce concept de jouissance pourrait nous aider à saisir ce qu’il en est de ces conduites de jeu excessives. En effet, nous postulons que le plaisir que l’on peut retirer à jouer permet précisément de maintenir à distance la jouissance mortifère, qui conditionne à coup sûr le fait de jouer compulsivement. Lacan écrivait : « Que nous dit-on du plaisir ? que c’est la moindre excitation, ce qui fait disparaître la tension, la tempère le plus, donc ce qui nous arrête nécessairement à un point d’éloignement, de distance très respectueuse de la Jouissance. (…) ce que j’appelle jouissance au sens où le corps s’éprouve, est toujours de l’ordre de la tension, du forçage, de la dépense, voire de l’exploit. », Jacques Lacan : « Intervention à une table ronde sur La place de la psychanalyse dans la médecine », in <em>Bulletin de l’Association freudienne internationale</em>, n°80, Paris, novembre 1988.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Sigmund Freud, « Remémoration, répétition et perlaboration », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> <em>Ibid.</em>, p.190.</p>
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		<title>Le narcissisme et le sexuel</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Jan 2011 12:59:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[narcissisme]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[sexuel]]></category>

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		<description><![CDATA[Le narcissisme est une étape où il s’agit de construire de l’ordre, d’organiser les choses pour construire de l’unité. L’idéal, cette représentation qui va être chargée de libido, est également une représentation unitaire. Et la libido qui l’alimente est d’ordre homosexuelle. Que veut dire homosexuelle ici ? On pourrait la définir simplement comme l’attente de quelque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Le narcissisme est une étape où il s’agit de construire de l’ordre, d’organiser les choses pour construire de l’unité. L’idéal, cette représentation qui va être chargée de libido, est également une représentation unitaire. Et la libido qui l’alimente est d’ordre homosexuelle. Que veut dire homosexuelle ici ? On pourrait la définir simplement comme l’attente de quelque chose, de quelqu’un à la même place où l’on a été aimé. L’identification première à la mère, narcissique, introduit une sorte de contrainte qui va venir interférer avec la logique pulsionnelle qui dominait jusqu’alors, c’est à dire une logique où la pulsion pouvait se satisfaire à sa guise. Le Moi, une fois mis en place, tend alors à faire oublier, à refouler ses soubassements pulsionnels et sexuels, qui deviennent alors facteurs de désordre pour cette instance. Mais ce n’est pas pour autant que cette logique pulsionnelle s’efface complètement. Bien au contraire même, même si l’un des objectifs du Moi tendrait à nous le faire croire. Le narcissisme est à la base une formation libidinale construite à partir de l’objet d’amour par identification, autrement dit ses bases sont pulsionnelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Une partie de notre étude sur les remaniements narcissiques à l’adolescence (la dialectique Moi Idéal &#8211; Idéal du Moi) essaie de formaliser cela : les changements sur le plan du narcissisme sont bien évidemment liés à des changements au niveau pulsionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour mieux le dire, je dirai que ces remaniements narcissiques sont sous contrainte pulsionnelle. Si le narcissisme entre en crise à l’adolescence, c’est parce qu’il n’est plus en mesure de faire face à l’exigence pulsionnelle qui subit elle-même certains changements avec par exemple la génitalisation du corps devenu pubère.</p>
<p style="text-align: justify;">Il resterait cependant ici à mieux définir le concept de sexuel en psychanalyse, ce qui n&#8217;est pas une mince affaire&#8230;</p>
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		<title>Connaissance de l&#8217;individu &#8211; une étude inachevée autour de la démarche clinique</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Jan 2011 16:53:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[épistémologie]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Cet article est un essai inachevé de réflexion épistémologique traitant de du concept de connaissance de l'individu au regard de la démarche clinique utilisée en psychanalyse. Le savoir issu de cette démarche est-il généralisable, ou bien cela pose-t-il certains problèmes ? Certains problèmes sont ici esquissés et mériteraient d'être approfondis...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;"><strong>Introduction</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Face à une expression telle que « la connaissance de l’individu », il apparaît d’emblée nécessaire de circonscrire le champ, ceci afin d’être en mesure de problématiser et de tenter d’apporter quelque élément de réponse. C’est ce que nous allons donc faire dans cette introduction. Notons avant toute chose que l’expression « la connaissance de l’individu » est équivoque. En effet, le <em>de</em> porte cette équivoque, car il autorise une double interprétation dans les termes, soit d’un génitif subjectif (la connaissance est celle de l’individu, c’est l’individu qui possède ou vise cette connaissance), soit d’un génitif objectif (cette fois, le sujet connaissant est extérieur et s’attache à examiner et à connaître un objet : l’individu). Nous trancherons en posant que ce qui nous intéressera ici, ce sera plutôt la seconde possibilité. Ajoutons cependant que l’acte de connaître un objet suppose tout de même un agent, que celui-ci peut être qualifié d’individu, ce qui peut ainsi mêler en quelque sorte les deux sens de l’expression « la connaissance de l’individu » que nous venons d’évoquer. C’est d’ailleurs un des points que nous aborderons. Car pour être plus précis sur notre problématique, nous viserons une connaissance sur cet objet particulier qu’est la personne humaine prise dans sa globalité, que l’on peut alors qualifier d’individu.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un point de vue général, une définition de l’individu peut s’énoncer ainsi « Tout être formant une unité distincte et ne pouvant être divisé sans être détruit. »<a href="#_ftn1">[1]</a> On peut ainsi l’interpréter dans le sens où, est individu, tout être ne pouvant être divisé, mais également, dans le sens où cet être, s’il peut tout de même être divisé (c’est alors un composé formé de différentes parties) cesse alors d’être, par le fait même de l’opération de sa division. Ainsi, en biologie, un individu peut être défini comme « un être vivant indivisible circonscrit dans l’espace, doué d’une unité intérieure et d’une solidarité fonctionnelle entre ses parties constituantes (organisme), et jouissant d’une relative autonomie par rapport au milieu ambiant (milieu intérieur) ; par rapport aux autres individus de la même espèce qui possèdent tous les caractères communs qui la définissent, l’individu est une réalité unique et singulière. »<a href="#_ftn2">[2]</a> Ou en logique, on pourra le définir comme « le sujet logique singulier contenu dans l’extension d’une espèce, c&#8217;est-à-dire qui admet des attributs ou prédicats mais qui ne peut lui-même être prédicat d’un autre. »<a href="#_ftn3">[3]</a> On remarquera l’avancée de Frege dans l’analyse propositionnelle, qui, par l’invention de son idéographie, permit d’observer qu’une proposition composée d’un sujet et d’un prédicat était asymétrique, car elle était formée d’une entité incomplète, le prédicat et sa copule, et d’une entité complète, le sujet. Ainsi dans « Le chien est un mammifère », le chien ne peut être un sujet, mais reste un prédicat, car l’analyse logique de la proposition selon Frege montre que ces noms communs ne sont que des faux sujets. Le problème de l’identification d’un individu en logique s’est par ailleurs considérablement enrichi et complexifié avec l’introduction des logiques modales, contre l’interdiction de Quine. Nous ne développerons pas ce point ici<a href="#_ftn4">[4]</a> ; il mériterait à lui seul de longs développements techniques, mais nous voulions simplement observer à travers cet exemple qu’une question peut se poser d’emblée au sujet de l’individu, à savoir la procédure qui permet de l’identifier comme tel. Ainsi, s’il n’est pas si évident d’identifier un individu, il peut être aisé alors de dire qu’il ne va pas être évident d’en établir une connaissance. Dans quelle mesure, sous quelles conditions, va-t-on être en mesure de connaître un individu, d’en établir un savoir, si, précisément, les contours de cet individu apparaissent aussi fluctuants ? Sommes-nous condamnés à nous limiter au champ métaphysique pour être en mesure de soutenir des propositions sur l’objet-individu. Nous ne le pensons pas. Tel pourrait être une autre question directrice : peut-il exister une définition universelle de l’individu et une perspective de réponse, celle de la tradition analytique, qui tenterait une approche de type épistémique, à savoir des liens entre les notions de croyances, de vérité et de justification.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais comme nous l’avons dit, nous ne nous placerons pas sur ce terrain ; nous examinerons plutôt une méthodologie, la démarche clinique en psychanalyse, au travers de quelques points historiques et épistémologiques, ceci dans le but d’évaluer certains des problèmes que pose cette méthode, afin d’en tirer quelques conclusions tout à fait partielles et provisoires quant à cette question : une connaissance de l’individu prise comme personne ayant une certaine intériorité est-elle possible, et la construction de cas dans cette démarche clinique psychanalytique peut-elle y apporter son appui.</p>
<p style="text-align: justify;">Car nous pensons que cette tension, perceptible immédiatement dans l’expression « la connaissance de l’individu », entre le pôle de la connaissance, et dont une approche tend automatiquement à la référer à l’universel et au général, et le pôle de l’individuel, qui s’opposerait quant à lui à cet universel en tant qu’il relèverait précisément du particulier et du singulier est mise à l’épreuve et au travail dans cette méthode, d’une façon qui peut nous éclairer en retour. Ainsi, dans un premier temps, nous nous demanderons si la démarche clinique en psychanalyse peut apporter quelque connaissance sur l’individu en adoptant la position de Freud. Puis, nous tenterons de pointer les limites de cette dernière. Enfin, à partir de ce que nous aurons dégagé, nous essaierons de trouver une position acceptable.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>1 – La démarche clinique en psychanalyse : une connaissance de l’individu </strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Après avoir replacé très brièvement la psychanalyse dans le contexte épistémologique de son époque, nous nous attacherons à montrer comment s’y inscrit l’étude de cas au sein de sa méthode, avec pour objectif de saisir l’usage qu’en fait Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que lorsque Freud donne une définition de la psychanalyse, aucune mention de l’individu, prise dans un sens large comme synonyme de personne, de patient, n’apparaît. «Psychanalyse est le nom : d&#8217;un procédé pour l&#8217;investigation des processus mentaux à peu près inaccessibles autrement; d&#8217;une méthode fondée sur cette investigation par le traitement de désordres névrotiques ; d&#8217;une série de conceptions psychologiques acquises par ce moyen et qui s&#8217;accroissent ensemble pour former progressivement une nouvelle discipline scientifique.»<a href="#_ftn5">[5]</a> Si l’on suit sa définition, il apparaît donc clairement qu’il souhaite d’une part constituer un corpus de connaissances scientifiques à l’aide de sa méthode, et d’autre part inscrire cette dernière dans le champ scientifique, et plus encore, nous pourrions ajouter, dans le champ des sciences naturelles. Freud se présente comme médecin neurologue et s’occupe de patients en cabinet privé ; l’étude de l’individu malade, du pathologique, est la voie qu’il choisit pour finalement mieux saisir les processus normaux. C’est ce que l’on nomme en France, au 19<sup>ème</sup> siècle la psychologie pathologique, et la démarche clinique de Freud s’inscrit dans cette tradition<a href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pourrions d’emblée voir un double paradoxe apparent. Freud veut étudier la sphère psychologique et il souhaite inscrire la psychanalyse dans les sciences de la nature, puis, d’une part, il ne va finalement produire principalement que des études de cas, des monographies<a href="#_ftn7">[7]</a> publiées dans ses deux œuvres majeures que sont ses « Etudes sur l’hystérie » et ses « Cinq psychanalyses », qui deviendront célèbres, pour justifier ses propositions, et d’autre part, il définit la méthode de sa discipline à partir de l’observation et du traitement de désordres névrotiques chez un individu, par un autre individu, le psychanalyste.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le premier paradoxe, rappelons que Freud commence sa carrière en pleine querelle des méthodes, qui opposa à la fin du 19<sup>ème</sup> siècle les sciences de l’esprit, dont Dilthey s’imposa comme le grand théoricien, et qui revendiquaient une démarche consistant à saisir leur objet dans toute leur singularité, dans leur devenir historique, sans le dissoudre dans l’universel, aux sciences de la nature, qui s’efforçaient quant à elles de réduire ce devenir aux lois générales, de ramener le particulier sous l’universel. Cette controverse entre les sciences de la culture, ou « sciences idiographiques », et les sciences de la nature ou « sciences nomothétiques »<a href="#_ftn8">[8]</a>, formait alors les deux pôles épistémologiques de l’époque par rapport auxquels Freud fut amené à se situer. Freud ne céda à aucun moment sur le fait qu’il souhaitait sa <em>scienza nuova</em> inscrite dans le champ des <em>Naturwissenschaften</em>, car il ne scinda aucunement sa méthode, comme on put le voir plus tard dans les études de Ricoeur<a href="#_ftn9">[9]</a> sur Freud par exemple, en d’un côté, une démarche naturaliste ou explicative, et de l’autre, une démarche interprétative<a href="#_ftn10">[10]</a>, qui serait alliée à la première. Pour lui, l’interprétation est une explication et, comme le souligne Assoun,  « jamais l’attention subtile à l’idiosyncrasie du lapsus ou du symptôme névrotique ne s’émancipe de la démarche qui tend à subsumer le particulier sous son déterminant. »<a href="#_ftn11">[11]</a> Freud refuse même carrément d’entrer dans cette querelle des méthodes. Il n’y a science qu’au sein des sciences naturelles. Le projet de Freud d’une psychologie scientifique qu’est la psychanalyse pour lui s’inscrit dans une perspective physicaliste radicale, et il ne cessera par exemple d’utiliser l’analogie entre le travail du chimiste qui décompose ses substances en éléments élémentaires, et celui du psychanalyste qui analyse les formations psychiques en motions pulsionnelles élémentaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le second paradoxe qui concernerait sa méthode, l’étude de cas, Freud, qui n’expose pas dans son œuvre une épistémologie véritablement construite, semble se référer à une conception de la connaissance, que nous qualifierions de classique, c&#8217;est-à-dire où l’étude des cas à laquelle il procède doit concourir parfaitement à la définition de lois générales auxquelles les individus sont soumis. D’ailleurs, Freud ne s’empêche absolument pas de mettre au travail les lois qu’il pense dégager des observations cliniques qu’il construit, et ceci, dans des écrits qui abordent des questions anthropologiques<a href="#_ftn12">[12]</a>, sociologiques<a href="#_ftn13">[13]</a> ou bien encore politiques<a href="#_ftn14">[14]</a>. Ce qui est plus rarement vu par les détracteurs de cette démarche, c’est le double souci de Freud quant à l’étude de cas, à savoir qu’il cherche véritablement à poser l’énigme du cas et à y répondre, avant de ramener ses découvertes aux conceptions plus générales qu’il se constitue au fur et à mesure de ses recherches.</p>
<p style="text-align: justify;">La pratique de l’histoire de cas dans la psychanalyse, va donc être instituée par Freud, et ne va cesser d’évoluer au cours de l’histoire de la discipline. On peut aisément soutenir qu’à l’instar de nombreuses autres démarches cliniques, mais avec un degré certainement plus élevé, cette pratique a fondé le savoir psychanalytique dans le fait qu’elle a constitué, et cela dès le début, le mode privilégié de transmission de ce savoir. Aussi il est évident que les critiques qui s’adressent à la psychanalyse s’en prennent avant tout aux histoires de cas publiés par Freud pour en montrer les erreurs, la fausseté, voire la supercherie, au travers de tentatives d’ajouts de données biographiques ou de remise en cause de la théorie sous-tendant le travail de mise en récit. La littérature qui tend à essayer de démolir l’édifice freudien, tente ainsi de montrer que les cas ne peuvent être pris au sérieux du fait des déformations que le matériel clinique a subi, et cela pour différentes raisons allant de la névrose de Freud, jusqu’à sa malhonnêteté, et elle n’a cessé d’enfler ces trente dernières années. Les enquêtes sur les anciens patients, sur l’histoire « réelle » des cas publiés, se sont multipliées.<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’étude de cas clinique telle qu’elle s’est donc pratiquée nous paraît donc d’emblée au cœur de la tension dont nous avons parlé en introduction. La démarche clinique en psychanalyse semble ainsi affirmer qu’elle est en mesure de fonder une connaissance de l’individu qui relève à la fois du particulier, qui n’évite aucunement la question de la singularité de l’individu, mais qui ne s’oppose pas non plus à une conception de la connaissance comme relevant du général et de l’universel. La démarche clinique consistant à s’attacher à la singularité d’un cas, telle que Freud l’utilisait, semble ainsi assumer le paradoxe qui s’introduit lorsque l’on pense la connaissance comme ne pouvant relever que des lois générales, de l’universel de structures formelles permettant d’expliquer les enchaînements de phénomènes. Ce n’est pas le cas de tous les psychologues aujourd’hui, puisque l’on peut voir actuellement une utilisation de plus en plus répandue d’outils relevant de l’épidémiologie et des statistiques. Comment une seule occurrence étudiée pourrait ainsi apporter quelque connaissance, comme celle-ci pourrait en effet prendre sa place dans ces lois générales sinon comment un exemple ou cas particulier, mais qui ne relève alors plus vraiment de la connaissance. Nous allons donc à présent examiner cette question.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>2- La méthode psychanalytique face à la science en tant que science du général</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Une connaissance établie à l’aide de cette méthode, qui s’énoncerait comme générale ou universelle, s’exposerait à être réfutée d’emblée. Car si la science est avant tout science du général, comme le soutenait Aristote, alors l’individu semble être définitivement le grain de sable dans l’édifice de l’universel sur lequel repose toute connaissance. Et dans ce cadre de pensée, la démarche clinique psychanalytique semble être vouée à l’échec quant à produire quelque connaissance que ce soit. Une étude de cas ne pourra être considérée à la limite que comme un exemple d’une théorie déjà produite, que comme un cas particulier qui cherche à instancier les traits généraux décrits par cette théorie. Tentons d’examiner ce problème avec un auteur qui travaille la conception aristotélicienne de la science avec une grande précision.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, il n’est pas anodin que le philosophe des sciences Gilles-Gaston Granger ait choisi de traiter cette question de la connaissance de l’individuel précisément au travers de l’évaluation de cette démarche clinique en psychanalyse dans son livre « Pensée formelle et sciences de l’homme »<a href="#_ftn16">[16]</a>. Il est vrai que son livre date de 1967 et c’est à cette époque que la psychanalyse en France rayonne en grande partie grâce à l’enseignement de Lacan. Ce dernier affichant une volonté de scientificité, innove et emprunte à d’autres disciplines, comme l’anthropologie, la linguistique, la logique et les mathématiques, afin de tenter de soutenir un discours sur ce qu’on peut, en un certain sens, considérer comme ce qu’il y a de plus individuel dans l’individu (mais qui s’avère peut-être n’être plus si intérieur ou profondément enfoui dans les replis d’une subjectivité, si l’on suit toujours Lacan créant par exemple le néologisme « extime », qui évoque par là notre part la plus intime, mais restant toujours extérieure à nous-même). Lacan peut irriter par ses prétentions à l’accès à la vérité, et c’est assurément le cas de Granger. Mais au-delà de la situation historique dans laquelle a été conçu le livre, il nous semble que la démarche clinique offre un point de vue sur ce vieux dilemme que Granger énonce comme tel : « ou il y a connaissance de l’individuel, mais elle n’est pas scientifique, &#8211; ou bien il y a science du fait humain, mais qui n’atteint pas l’individu. Aucune réussite éclatante en psychologie, en sociologie, n’est encore venue apporter la preuve indiscutable de la spéciosité de l’alternative.»<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Reprenons certaines critiques que Granger adresse à la démarche clinique. La première concerne les rapports qu’entretiennent psychanalyse et sociologie. Sur ce point, nous ne pouvons qu’être d’accord avec Granger, car il a le grand mérite d’interroger le fait que chez certains psychanalystes les structures sociales sont réduites à des agrégats d’individus. En effet, une fois un individualisme méthodologique le plus radical mis en œuvre, il leur est aisé d’utiliser les connaissances qu’ils pensent acquises sur l’individu pour reconstruire et expliquer ces structures. Leur erreur est donc bien souvent de considérer l’individu comme une monade se développant de façon autonome, et qui viendra nouer certaines relations avec les autres par la suite (on retrouve par là toutes les théories contractualistes sur le social de Hobbes, Locke ou encore Rousseau). Il y a là ainsi une sorte d’écueil sur ce qu’est le travail de culture, que tout psychanalyste rencontre lorsqu’il s’abandonne au biais consistant à prendre l’individu comme premier.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde qui m’intéresse plus particulièrement ici, est ce qu’il appelle « l’équilibre entre le vécu et le conceptuel »<a href="#_ftn19">[19]</a>. Je ne m’attarderai pas sur les observations de Granger quant à l’insuffisance de la conceptualisation de la psychanalyse, son impossible réfutation, cela m’emmènerait trop loin, car il me semble qu’il pose la bonne question, celle « de la transposition en connaissance objective, contrôlée, de la saisie active d’une situation »<a href="#_ftn20">[20]</a>. Il se demande alors si le cas clinique est un cas particulier d’une démarche inductive, qui irait du particulier au général donc. Mais il répond que non, et en cela, il a raison. La « connaissance clinique vise essentiellement l’individu comme tel. » Granger saisit d’ailleurs bien combien cette connaissance doit s’attacher à conceptualiser le « couple analytique », le « rapport analyste-analysé », qui permettra en retour de saisir quelque chose des individus. Alors si le cas clinique n’est pas une simple démarche inductive, quel est donc son statut ? Nous en reparlerons plus tard. Mais on peut tout de même en déduire pour le moment qu’il ne peut apporter une connaissance d’ordre scientifique dans ce cadre. Le second point concerne ce que Granger appelle « le problème du raccordement ». Le raccordement concerne ici le lien que l’on peut faire entre les structures formelles et l’individuel. C’est en effet là que se situe toujours le problème lorsqu’on adopte la position de Granger, et d’Aristote, sur la science comme science du général. Le raccordement est impossible, et il faut renoncer « au rêve inconsistant d’une science qui nous ferait atteindre l’individuel, et singulièrement l’individuel humain, de la même manière qu’il nous est donné dans l’expérience […] »<a href="#_ftn21">[21]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Devant cette aporie, Granger développera une solution, en germe dans « Pensée formelle et sciences de l’homme », mais que l’on peut trouver mieux exposée dans l’article « Connaissance scientifique, connaissance technique », tiré d’un autre livre, <em>Philosophie, langage, science<a href="#_ftn22"><strong>[22]</strong></a></em>. Cette solution consiste à reprendre les distinctions d’Aristote à propos de la connaissance scientifique et de la connaissance technique, précisément à partir de l’exemple de la médecine, et lui permet ainsi en quelque sorte de ne pas refuser à la technique toute possibilité de fonder un savoir, de ne pas dénigrer la connaissance technique. Ainsi ce que la technique vise, c’est l’individuel, et la science, le général. La connaissance technique permet d’anticiper des conséquences, de prévoir, tout comme la science, mais sans avoir besoin d’un modèle abstrait qui vient expliquer. La technique assure son résultat en effet sur la situation individuelle. Cette distinction lui permet donc de préciser la forme de connaissance qui concerne les individus, et qui, selon lui, ne peut qu’échapper à la connaissance scientifique, étant donné que cette dernière se fonde sur des schémas abstraits, des modèles. Granger va même jusqu’à définir tout savoir technique comme un savoir clinique. Car finalement, selon lui, chaque espèce de connaissance scientifique serait en équilibre au sein d’un champ de forces dont les deux pôles seraient d’un côté les mathématiques caractérisant « le mouvement vers l’abolition des contenus empiriques », et de l’autre, l’histoire comme « la disparition des contenus formels ». Granger réfute en effet le statut de science à l’histoire, une « clinique sans pratique » pour reprendre son expression.</p>
<p style="text-align: justify;">Pouvons-nous nous contenter de cette distinction ? La connaissance de l’individu que permettrait la démarche clinique serait d’ordre technique, ce qui, certes, n’enlèverait rien à sa valeur. Mais nous ne pouvons être tout à fait d’accord. Reprenons les deux points qui nous semblent importants pour conclure sur cette position avant d’y apporter une contradiction.</p>
<p style="text-align: justify;">1-      La connaissance de l’individu en clinique ne peut être que spécifique à la situation, car la situation clinique vise un résultat thérapeutique. Ce dernier d’ailleurs constitue, selon Granger, « l’unique barrière qui la préserve encore des divagations et des mythes. Ce que peut devenir une méta-psychologie affranchie des contraintes thérapeutiques, les considérations de style heideggerien de certains analystes nous en donnent un avant-goût. »</p>
<p style="text-align: justify;">2-      Si l’on pose la science comme science du général, il se pose automatiquement et assurément « le problème du raccordement » des structures et de l’individuel, qui fait que l’histoire, le récit ne peuvent qu’être repoussés du côté d’une connaissance non scientifique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>3 – La démarche clinique en psychanalyse interroge le cadre de cette connaissance de l’individu</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Face à ce problème du raccordement, Granger abandonne, on l’a vu. Mais on peut s’interroger sur le fait qu’il retire la possibilité d’une connaissance spéculative, c&#8217;est-à-dire scientifique, à cette démarche clinique du fait même du cadre conceptuel qu’il s’est posé <em>a priori</em> pour penser la science, plutôt que d’examiner cette méthode clinique dans un dispositif autre qui lui aurait permis d’en faire ressortir d’autres aspects. Il le souligne lui-même d’ailleurs : « L’apport méthodologique de la psychanalyse à une connaissance de l’individu ne saurait donc être présenté comme une subversion totale de l’idéal scientifique. S’il contribue à déclencher efficacement une révision de la science, c’est dans la mesure sans doute où l’objectivation de la situation clinique appelle un assouplissement des modèles mis en œuvre dans les autres disciplines, et une mise en perspective, à l’intérieur d’une pratique, de la notion de structure. »<a href="#_ftn23">[23]</a> Il n’y a ainsi de connaissance clinique qu’en relation à la pratique, autrement dit, il n’y a de connaissance de l’individu que dans le cadre d’une pratique. Et sur le plan clinique, elle est donc liée au projet thérapeutique de la méthode psychanalytique. Sur ce point, il nous semble que la question est plus complexe que les termes dans lesquels Granger la pose. Nous pensons qu’il est tout de même nécessaire « d’essayer d’oublier » le projet thérapeutique pour paradoxalement le mener à son terme. Freud avait bien noté que « vouloir le bien de son patient » pouvait mener l’analyse dans une impasse où précisément le patient ne cesserait alors de contrecarrer en somme tout ce que pourrait entreprendre l’analyste. Les mécanismes de défense se tournant alors vers une opposition à la guérison.<a href="#_ftn24">[24]</a> Ce n’est pas en oubliant l’aspect thérapeutique que l’on s’expose au délire, ce serait plutôt, selon nous, en perdant de vue l’élaboration théorique de ce qui se déroule dans la situation clinique que l’on s’y exposerait. L’épistémologie du psychanalyste fait en somme partie de son éthique. Par rapport à la question si le projet thérapeutique d’une situation clinique empêche toute connaissance acquise au sein de cette situation d’accéder à un statut de connaissance scientifique, Il devient ainsi nécessaire de préciser ce que l’on entend par science. C’est la conclusion à laquelle nous devrions nous rendre si l’on prend l’histoire des sciences comme guide. Il n’est pas certain que les conceptions aristotéliciennes et le formalisme des mathématiques, qui semblent être les canons de la conception de la science contemporaine, aient été d’usage à toutes les époques. Nous ne voulons pas non plus soutenir que la psychanalyse est une science. Mais cela n’empêche nullement que sa démarche clinique soit rationnelle, voire scientifique. Le problème est que la science contemporaine est assurément moins bienveillante que la position de Granger par exemple. Elle aurait plutôt tendance à ne même pas accorder le statut de connaissance technique à la démarche clinique. Pour cette science, ce qui ne peut se soumettre à ses canons semble basculer hors raison. Le débat actuel entre neurosciences et psychanalyse nous semble être un exemple d’une conséquence de l’abord de ce problème : la connaissance clinique est-elle scientifique, ou autrement dit, quel est le statut d’un fait clinique, c&#8217;est-à-dire en fin de compte comment peut-on en rendre compte ? On rejoint ici la question majeure de l’utilisation du langage, de sa fonction, dans les sciences. Rappelons comme exemple que Granger pose que celui-ci doit être utilisé comme « véhicule d’information ». La syntaxe pure doit primer, d’où l’importance des structures formelles. Aussi, la fonction du langage, et de la parole, en psychanalyse ne peut que devenir un problème. Selon lui, les fonctions du langage que promeut Lacan fermeraient toute possibilité à la psychanalyse d’établir quelques connaissances conceptuelles. Nous nous contenterons de dire ici que son approche de Lacan est fortement réductrice (« Le psychisme tout entier serait langage, et la névrose solécisme »<a href="#_ftn25">[25]</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">Revenons un instant à ce sujet sur la méthode de constitution du savoir psychanalytique, nous avons dit que Freud s’inscrivait dans la tradition française des études de cas. Et celle-ci est parfaitement considérée comme scientifique à l’époque. En 1870, contre l’interdiction comtienne vis-à-vis de l’introspection, et au moment où Charcot redéfinit l’hystérie en maladie neurologique, sont publiés les deux livres-manifestes d’Hippolyte Taine et de Théodule Ribot qui construisent un véritable programme de recherche pour cette nouvelle science qu’est la psychologie pathologique, et dont Pierre Janet incarnera l’exemple le plus typique. Comme Jacqueline Carroy le souligne : « La représentativité du cas, commun ou extraordinaire, vient de qu’il est extrait, ou potentiellement extrait, d’un ensemble qui prend la forme d’une collection. »<a href="#_ftn26">[26]</a> Les deux cibles privilégiées alors seront les cas pathologiques et les artistes, ou hommes de génie. Puis, après les cas d’auto-observation ou d’observations suscitées, comme chez les « pervers », se multiplièrent les comptes-rendus de psychothérapies et les histoires de cas. « Le récit psychothérapeutique n’est plus assimilable à une observation ponctuelle ou à une addition d’observations ponctuelles mais il devient une intrigue, une histoire à rebondissements qui affecte le patient et le thérapeute. »<a href="#_ftn27">[27]</a> La relation entre patient et thérapeute devient un objet privilégié, chez Janet où il est nommé « rapport », ou chez Freud qui en fera le levier même de la cure avec les notions de transfert et de contre-transfert.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes donc passés d’une recherche qui se voulait « objective » où sujet et objet d’étude étaient bien séparés (la notion d’observation évoluera au cours du temps, mais elle impliquait alors la non-participation de l’observateur) à une recherche qui va de plus en plus porter sur une histoire qui concernent deux individus, voire qui mélange ce qui concernerait les deux subjectivités, et cela pour précisément et <em>a priori</em> paradoxalement, mieux connaître ce qu’il en est d’un des deux sujets. Ainsi la connaissance de l’un des deux individus, et de ses processus psychiques, se fonderait sur la mise en récit d’une histoire, d’une rencontre entre deux individus. Ainsi, il n’est pas étonnant que, dans la conception de Granger, mais également dans celle de la science contemporaine, l’histoire finit par avoir un statut limite. C’est précisément le statut de cette mise en récit qui pose problème à la conception de la science en cours. Ainsi, nous soutiendrions que toute démarche véritablement clinique suppose, entre autres, comme méthode, l’étude de cas, et que celle-ci est prise, d’une part dans cet interactionnisme où le savoir d’un individu agit sur celui de l’autre et réciproquement, d’où (mais ce n’est peut-être pas la seule raison) une connaissance de l’individu et de sa subjectivité plus difficile à définir (c’est ce que l’on a vue avec Granger), et d’autre part une difficulté à soutenir la valeur scientifique des propositions issus de cette méthode, cela peut-être en fonction de la conception de la science qui a cours.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin nous avancerions que précisément la démarche clinique en psychanalyse radicalise un point de vue sur l’individu qui tendrait à en redéfinir les contours. Comme la médecine occidentale aurait tendance à redéfinir l’individu en des termes physiologiques afin d’être mieux armée pour restaurer les processus biologiques et au final l’unité même de cet individu, l’hypothèse de l’inconscient freudien irait par exemple à l’encontre de toute position théorique qui tiendrait l’individu transparent à lui-même, et autonome dans ses choix. Lacan, avec d’autres références  théoriques, (notamment celle de <em>sujet </em>et sa conception du rapport de ce sujet au langage) n’aura eu de cesse de souligner cette impossibilité d’un savoir de l’individu sur lui-même<a href="#_ftn28">[28]</a>. Lacan a finalement toujours été rigoureux sur le fait que la psychanalyse opérait sur un <em>sujet</em>, qui était effectivement bien distinct de toute forme d’individualité empirique.<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">La pratique qui consiste à écrire des histoires de cas tirées de la clinique en psychanalyse n’existe quasiment plus actuellement. Ce sont les vignettes cliniques qui par contre font florès. Elles se présentent comme des sortes d’exemplification, de figuration de points théoriques où l’existence de l’individu dont il est censé être question s’accorde alors parfaitement avec le réseau conceptuel qui constitue la théorie du psychanalyste. Ces vignettes cliniques représentent donc les cas particuliers des énoncés universaux conçus comme vrais par les analystes, et nous semblent être le signe que ces derniers se rangent derrière une conception de la science uniquement comme science du général. Nous espérons ici avoir fait comprendre ainsi que la connaissance clinique demande, impose, un autre cadre théorique pour penser la science, sans quoi l’on perdrait même la possibilité de l’existence de la méthode en mesure de produire cette connaissance. L’irréductible de cette connaissance clinique nous parait en effet remettre en cause les critères scientifiques admis aujourd’hui, en ce que ceux-ci perdraient de vue les méthodes pour saisir l’individuel, à savoir, dans le champ clinique, l’implication du sujet qui produit du savoir, et le passage nécessaire par la narration pour mettre en forme la connaissance sur un individu. La fonction de la parole et du langage au sein de cette possible connaissance clinique de l’individu serait par ailleurs à relier au « problème du raccordement » que nous avons évoqué. Si l’individu, redéfini en sujet en psychanalyse, est à préciser dans le rapport que celui-ci entretient avec le langage, cela engage une conception du langage et de la parole autre que celle d’un instrument, et d’un simple instrument de connaissance <em>a fortiori</em>, qui va ainsi à l’encontre de la conception de la science actuelle. Une science qui prendrait en compte la démarche clinique serait assurément une science qui penserait autrement son rapport au langage.</p>
<p style="text-align: justify;">D’une part, et plus précisément, cette fonction accordée au langage, conçu, entre autres, comme cette matrice symbolique dans laquelle est pris tout un chacun avant même de venir au monde, permet à Lacan, qui est quant à lui durkheimien (c&#8217;est-à-dire qui pose que la société est première et façonne en quelque sorte les individus qui la composent, contrairement à Freud qui se réfère à Le Bon) de ne pas tomber dans le piège de l’individualisme méthodologique que nous avons évoqué précédemment. D’autre part, si l’on prend au sérieux le fait que l’homme ne devient qu’un individu au sein d’un groupe, qu’il est toujours « en relation », bref, qu’il est d’emblée cet animal social et non pas un organisme individuel sur lequel va s’appliquer par la suite une loi de socialisation, alors la relation clinique au cours d’une analyse qui s’installe entre ces deux individus, qui viendront former alors « un groupe de deux personnes» pour reprendre l’expression de Bion<a href="#_ftn30">[30]</a>, peut devenir une formidable expérimentation sur les différentes procédures possibles selon lesquelles les sujets deviennent précisément des individus, autrement dit sur les phénomènes d’individuation. Et nous pensons alors qu’une connaissance clinique de ces phénomènes peut être tirée de ces expérimentations.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> <em>Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines</em>, Louis-Maris Morfaux, Armand Colin, 2001, p.167</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> <em>Ibid.,</em> p.167</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> <em>Ibid.,</em> p.167 et p.168</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Pour une revue de la question, entre autres, voir le chapitre XVIII « l’ontologie analytique et la métaphysique : mondes possibles, propriétés, essences », de l’ouvrage impressionnant de Frédéric Nef, <em>Qu’est-ce que la métaphysique ?</em>, Gallimard, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Sigmund Freud, « Psychanalyse »,1923, in <em>Résultats, Idées, Problèmes II</em>, PUF, 1985.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Au début de sa carrière, il traduit par exemple des œuvres de Charcot et de Bernheim en allemand.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a>Sigmund Freud et Joseph Breuer, <em>Etudes sur l’hystérie</em>, PUF, 1981 et Sigmund Freud, <em>Cinq psychanalyses</em>, PUF, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Wilhelm Windelband, philosophe allemande du XIXème siècle avança le premier cette distinction dans son <em>Histoire et science de la nature</em> en 1894.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Paul Ricoeur, <em>De l&#8217;interprétation, essai sur Freud</em>, 1966.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Pour aller plus loin sur le contexte épistémologique de l’époque de la naissance de la psychanalyse dans lesquels s’inscrivent les choix de Freud, voir la première partie « Les fondements épistémologiques du freudisme » dans le livre de Paul-Laurent Assoun, <em>Introduction à l’épistémologie freudienne</em>, Payot, 1981.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Paul-Laurent Assoun, <em>Introduction à l’épistémologie freudienne</em>, Payot, 1981, p.43.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Sigmund Freud, « Totem et Tabou », in <em>Œuvres complètes, tome XVIII</em>, PUF, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Sigmund Freud, « Le malaise dans la culture », in <em>Œuvres complètes, tome XVIII</em>, PUF, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Sigmund Freud, « l’avenir d’une illusion », in <em>Œuvres complètes, tome XVIII</em>, PUF, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Pour n’en citer que quelques exemples, les travaux de Patrick Mahony, <em>Les hurlements de l&#8217;homme aux loups</em>, PUF, 1996, ou encore <em>Dora s’en va, violence dans la psychanalyse</em>, Les Empêcheurs de penser en rond, 2001. Ou les travaux de Mikkel Borch-Jacobsen, <em>Souvenirs d&#8217;Anna O.: une mystification centenaire</em>, 1996.<em> Folies à plusieurs : de l&#8217;hystérie à la dépression</em>, Les Empêcheurs de penser en rond, 2002 ou encore avec Sonu Shamdasani, <em>Le dossier Freud. Enquête sur l&#8217;histoire de la psychanalyse</em>, Les Empêcheurs de penser en rond, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Gilles-Gaston Granger, <em>Pensée formelle et sciences de l’homme</em>, Aubier-Montaigne, 1967.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> <em>Ibid., </em>p.185.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Sigmund Freud, « Le malaise dans la culture », in <em>Œuvres complètes, tome XVIII</em>, PUF, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Gilles-Gaston Granger, <em>Pensée formelle et sciences de l’homme</em>, Aubier-Montaigne, 1967, p.190.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> <em>Ibid.,</em> p.191.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> <em>Ibid.,</em> p.204.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Gilles-Gaston Granger, <em>Philosophie, langage, science</em>, EDP Sciences, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Gilles-Gaston Granger, <em>Pensée formelle et sciences de l’homme</em>, Aubier-Montaigne, 1967, p.196.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Sigmund Freud, « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin »,1937, in <em>Résultats, Idées, Problèmes II</em>, PUF, 1985.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Gilles-Gaston Granger, <em>Pensée formelle et sciences de l’homme</em>, Aubier-Montaigne, 1967, p.192.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Jacqueline Carroy, « L’étude de cas psychologie et psychanalytique », in <em>Penser par cas</em>, sous la direction de Jean-Claude Passeron et de Jacques Revel, p.211.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> <em>Ibid.,</em> p.220.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> « Pour savoir ce qu&#8217;est le transfert, il faut savoir ce qui se passe dans l&#8217;analyse. Pour savoir ce qui se passe dans l&#8217;analyse, il faut savoir d&#8217;où vient la parole. Pour savoir ce qu&#8217;est la résistance, il faut savoir ce qui fait écran à l&#8217;avènement de la parole : et ce n&#8217;est pas telle disposition individuelle, mais une interposition imaginaire qui dépasse l&#8217;individualité du sujet, en ce qu&#8217;elle structure son individualisation spécifiée dans la relation duelle. », « Situation de la psychanalyse en 1956 », in <em>Ecrits</em>, p. 461 et 462.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> « Bref nous retrouvons ici le sujet du signifiant tel que nous l&#8217;avons articulé l&#8217;année dernière. Véhiculé par le signifiant dans son rapport à l&#8217;autre signifiant, il est à distinguer sévèrement tant de l&#8217;individu biologique que de toute évolution psychologique subsumable comme sujet de la compréhension. », « La science et la vérité », in <em>Ecrits</em>, p. 875. Dans cet article, Lacan se demande si la psychanalyse est une science. Il avance qu’elle opère précisément sur le sujet de la science : « Dire que le sujet sur quoi nous opérons en psychanalyse ne peut être que le sujet de la science, peut passer pour paradoxe. ». On renverra à « L’œuvre claire » de Jean-Claude Milner pour plus d’explication sur ce sujet de la science et ses rapports avec la psychanalyse selon Lacan.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Wilfred Rupert Bion, <em>Recherches sur les petits groupes</em>, PUF, 1982. Bion est un psychanalyste britannique d’origine indienne qui a beaucoup travaillé sur la dynamique des groupes et qui a cherché à véritablement prendre acte du fait que même la cure type, où l’analysant est seul avec son analyste, est une sorte de groupe, et que le transfert, pivot de la psychanalyse, est à rapporter aux phénomènes de groupe, car l’individu n’est individu qu’au sein de différents groupes qui lui permettent de s’individuer de telle ou telle manière.</p>
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		<title>Jeu vidéo et addiction : début de réflexion …</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Jan 2011 15:35:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[addiction]]></category>
		<category><![CDATA[adolescence]]></category>
		<category><![CDATA[jeu excessif]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, janvier 2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si dans les médias les jeux vidéo sont largement incriminés pour leur violence supposée (et de cette manière régulièrement convoqués à la barre comme possible facteur dans le déclenchement de graves passages à l’acte auto et hétéro-agressifs chez des adolescents<a href="#_ftn1">[1]</a>) dans la littérature de ce que l’on peut appeler rapidement aujourd’hui les « <em>game studies</em> »<a href="#_ftn2">[2]</a>, les études qui s’intéressent plus particulièrement au rapport des adolescents et des jeunes adultes (ce sont finalement ces derniers qui sont les plus grands consommateurs de ce type de produits culturels<a href="#_ftn3">[3]</a>) mettent régulièrement l’accent sur les risques d’une certaine dépendance.</p>
<p>Et quand je dis l’accent, c’est un euphémisme… Je souscris par exemple au découragement de Yann Leroux :</p>
<p><a title="Lien Permanent : Ou l’on reparle de l’addiction aux jeux vidéo" rel="bookmark" href="http://www.psyetgeek.com/ou-lon-reparle-de-laddiction-aux-jeux-vido">Ou l’on reparle de l’addiction aux jeux vidéo</a></p>
<p style="text-align: justify;">Olivier Mauco retrace dans un très bon article l&#8217;évolution des discours médiatiques, &laquo;&nbsp;<a href="http://www.omnsh.org/spip.php?article173">La  médiatisation des problématiques de la violence et  de l’addiction  aux  jeux vidéo : fait divers, dépendance journalistique  et pénurie   d’approvisionnement en sources</a>&nbsp;&raquo; (in Quaderni n°67. Jeu vidéo et  dicsours. Violence, addiction, régulation, MSH-Sapientia, automne 2008,  p. 19 &#8211; 31).</p>
<p>Il faut lire également la note du Centre d&#8217;analyse stratégique, organisme rattaché à Matignon : <a href="http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=1275" target="_blank">note datée de novembre 2010</a>, dont voici un extrait :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;La pratique de certains jeux vidéo, jugés violents ou choquants,   par des jeunes – public sensibles et fragiles – pose question. Ces   contenus sont d&#8217;autant plus problématiques qu&#8217;ils font souvent l&#8217;objet   d&#8217;une consommation solitaire, fragmentée, répétée et active, qui   favoriserait une imprégnation plus forte et l&#8217;induction de comportements   agressifs. Certains redoutent que l&#8217;intensification des pratiques ne   débouche sur des formes d&#8217;addiction.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Yann Leroux, psychanalyste averti sur cette question, commente cette note d’analyse sur son blog :</p>
<p><a href="http://www.psyetgeek.com/quelques-observations-propos-de-la-rgulation-des-jeux-vido">quelques observations propos de la régulation des jeux vidéo</a></p>
<p><a href="http://www.psyetgeek.com/note-danalyse-201-la-discussion-continue">note d&#8217;analyse 201 : la discussion continue</a></p>
<p>Je cite également un article de Serge Tisseron qui me paraît également bien résumer les choses : <a href="http://www.pedagojeux.fr/sujets-sensibles/ce-qui-est-excessif-n-est-pas-forcement-pathologique">Ce qui est excessif n’est pas forcément pathologique</a></p>
<p>Quant à moi, qu&#8217;ai-je envie de dire ici ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le premier cas, celui de violence, il n’est pas besoin de s’attarder sur le fait que ce type de raccourcis sert trop souvent à masquer d’autres problèmes. Dans le cas par exemple de Tim Kretschmer, cela permet d’éviter de se pencher sur le rapport aux armes qu’entretenait visiblement son père, et sur le fait étrange que tous le désignait comme le lycéen modèle sans problème apparent. D’autres discours sont plus subtiles et, tel celui du film <em>Elephant</em>, arrivent à montrer intelligemment l’entrelacement de la perception de la réalité, parfois tragique de certains adolescents, et de celle que peuvent mettre en scène certains jeux vidéo.<a href="#_ftn4">[4] </a>Il est vrai que les images peuvent parfois devenir envahissantes pour la psyché, et Anne Brun, dans son article « Images fictives violentes et thérapies d’enfants : obstacle ou support pour la symbolisation », a étudié ce phénomène chez des enfants qui avaient recours à des images fictives violentes empruntées aux jeux vidéo au cours de psychothérapies. Mais son propos est justement très intéressant car la moralisation y est absente. Dans cette histoire de violence traumatique au niveau des images,  le &laquo;&nbsp;mal&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas toujours là où on le croit.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Quant à ce que l’on nomme, l’addiction aux jeux vidéo, je pense (avec Leroux<a href="#_ftn5">[5]</a>, Gaon et Tisseron pour ne citer qu’eux) qu’il faut être très prudent quant à l’utilisation de cette expression. Dans la psychiatrie, la notion de toxicomanie a progressivement laissé la place à celle d’addiction, afin d’englober ce qu’on appelle « les toxicomanies sans drogue »<a href="#_ftn6">[6]</a>, autrement dit les addictions comportementales. C’est pourquoi, en France, le terme de dépendance tend à être supplanté par le terme d’addiction qui permettrait selon certains psychiatres de regrouper de nombreuses conduites qui seraient sous-tendues par les mêmes mécanismes de dépendance. Les regrouper ainsi donnerait, selon eux, une légitimité scientifique à l’étude de certaines conduites de dépendance, comme le jeu pathologique notamment, qui ne serait pas assez prise en compte par la communauté médicale.<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Même s’il existe un usage psychanalytique du terme<a href="#_ftn8">[8]</a>, il est clair que ce qui sous-tend ce regroupement sous le terme d’addiction, est le paradigme issu des neurosciences qui met en avant un dérèglement au niveau des différents circuits neuronaux, et plus précisément, au sein de celui nommé circuit de la récompense, pour expliquer l’impossibilité de l’individu à contrôler sa conduite.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le psychologue Thomas Gaon qui travaille en addictologie peut ainsi écrire : « La notion d’addiction aux jeux vidéo se construit à partir des éléments suivants : une réalité clinique, la méconnaissance de l’objet jeu vidéo, la mutation de la psychiatrie moderne, une ambiguïté terminologique et la gestion thérapeutique captée par l’addictologie. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous serions donc plutôt enclin à penser avec Serge Tisseron, que le fait d’utiliser ce paradigme peut masquer complètement les spécificités de l’objet de la dépendance qui peut s’installer et celles du rapport qu’entretient un joueur (et encore plus précisément un joueur adolescent) avec son objet. La recherche de sensations et d’excitations que procure assurément la pratique vidéoludique ne peut être séparée d’ « une exigence de mise en sens » comme le précise Tisseron : « le joueur de jeu vidéo cherche moins à s’immerger dans des excitations nombreuses – comme le fait par exemple un danseur en boîte de nuit – qu’à faire la preuve qu’il peut à tous moments les contrôler. La maîtrise du jeu est en effet indispensable pour continuer. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">De ce fait, le joueur « est toujours confronté à une tension entre excitations et significations. Et c’est même très probablement ce qui le ‘scotche’ aux jeux vidéo ! »<a href="#_ftn11">[11]</a> Ainsi lorsque le mot d’addiction est utilisé pour décrire toute une série de conduites qui touchent différents objets, le risque est de ne plus pouvoir penser ces conduites spécifiquement, et encore moins leur objet, et dans le cas des jeux vidéo, c’est, entre autres, cette recherche de sens, nécessaire pour progresser dans un jeu quel qu’il soit, qui va être évacuée de la description.<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Thomas Gaon résume les risques de cette manière :</p>
<p style="text-align: justify;">« Les risques de l’usage du terme d’addiction appliqué au jeu vidéo en ligne sont donc :</p>
<p style="text-align: justify;">1/ La stigmatisation d’une nouvelle pratique ludique, technologique et sociale encore en voie d’intégration et de régulation dans la population.</p>
<p style="text-align: justify;">2/ La pathologisation et la surévaluation de pratiques excessives du MMORPG sur la base d’une description ignorant tant les dynamiques intrinsèques de l’objet que des différentes fonctions notamment anti-dépressives et compensatoires prises par le jeu pour un sujet donné.</p>
<p style="text-align: justify;">3/ La captation centripète par des marchands de soins spécialisés au détriment d’une démarche d’explication psychosociale et anthropologique des mutations à l’œuvre dans la société et particulièrement dans le processus de subjectivation »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, si le terme d’addiction au jeu vidéo peut renvoyer certes à une réalité clinique (Un adolescent a pu me confier un jour qu’il pouvait jouer régulièrement jusqu’à dix heures par jour), il s’agit de ne pas rabattre ce que l’on peut saisir du rapport que peut entretenir un sujet avec un toxique par exemple, sur celui d’un sujet aux prises avec des jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Et la question à se poser d’emblée est celle-ci : de quelle réalité clinique parle-t-on ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Catherine Chabert pose une question intéressante dans son article « De l’acte à la scène »<a href="#_ftn14">[14]</a> au sujet de ce qu’elle appelle <em>l’objet d’attraction</em> : « Est-ce effectivement l’objet au sens le plus habituel du terme, un objet réel, appartenant ou non à l’adolescent ou bien, non pas tant cet objet que le geste, l’acte qui permet de l’atteindre ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, si c’est l’acte, il s’agit plutôt d’une compulsion de répétition et la question qui se pose alors est : répéter quoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">Elle souligne qu’effectivement, la difficulté dans le décryptage de la répétition chez les adolescents, c’est que l’objet d’addiction peut obturer l’objet d’attraction.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces conduites addictives appartiennent alors à des systèmes de défenses narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il qu’utiliser le terme « conduites addictives », dans le domaine des jeux vidéo, permet à mon sens juste de savoir de quoi l’on parle d’un point de vue phénoménologique, clinique. Cela sert à désigner au final un symptôme, ni plus, ni moins. Mais quid de ce qui est en cause ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’espace médiatique s’est emparé de cette question. Et la simple désignation clinique a fait office d’explication.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les soucis commencent en effet dès que l’on essaie de creuser, et de saisir quelque chose du fonctionnement psychique en jeu derrière ces manifestations symptomatiques.</p>
<p style="text-align: justify;">La paresse intellectuelle guette alors, comme le souligne Leroux<a href="#_ftn15">[15]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Et je crois que la théorie psychanalytique a déjà les concepts et les moyens pour aborder ces phénomènes. Il suffit de s’y mettre…</p>
<p style="text-align: justify;">Pour continuer sur le sujet, vous pouvez lire sur ce site :</p>
<p><a title="Lien permanent : Jeu vidéo excessif : une tentative de symbolisation ou la signature de son échec ?" rel="bookmark" href="../?p=128">Jeu vidéo excessif : une tentative de symbolisation ou la signature de son échec ?</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et aller également sur le très bon Blog de Psy Infos :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://psyinfos.blogspot.com/search/label/addiction%20aux%20jeux%20vid%C3%A9o">Théma sur : l&#8217;addiction aux jeux vidéo existe-t-elle ?</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Voir à ce sujet la dernière fusillade en date à Winnenden en Allemagne, où le jeune Tim Kretschmer, l’adolescent allemand de dix-sept ans qui a tué quinze personnes et blessé sept autres par armes à feu : « Tuerie de Winnenden : les jeux vidéos en cause », source :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.rfi.fr/actufr/articles/111/article_79179.asp">http://www.rfi.fr/actufr/articles/111/article_79179.asp</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Julien Rueff, « Où en sont les ‘game studies’ ? », <em>Réseaux</em>, 2008, n° 151.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> « Fil rouge de la mondialisation, aux USA, le chiffre d&#8217;affaire des jeux vidéo a désormais dépassé celui des salles de cinéma. Leur diffusion de masse est un des principaux moteurs de la propagation de la culture multimédia. Au départ exclusivement destinés aux enfants et aux adolescents, les jeux s’adressent désormais à un public plus large : la moyenne d&#8217;âge des joueurs s&#8217;est progressivement élevée — elle est autour de 20/22ans — et la fourchette s&#8217;est considérablement élargie du très jeune enfant aux « nouveaux seniors ». Fait notable, seulement 15 % des joueurs sont des joueuses. », Sylvain Missonnier, in <em>Carnet Psy</em>, « Dossier spécial<br />
Le virtuel, les nouvelles technologies de l&#8217;information et de la communication (NTIC) et la santé mentale » , source : <a href="http://www.carnetpsy.com/archives/dossiers/Items/SpecialVirtuel/index.htm">http://www.carnetpsy.com/archives/dossiers/Items/SpecialVirtuel/index.htm</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Elephant</em> est un film réalisé par Gus Van Sant en 2003, ayant pour cadre la tuerie perpétrée par deux adolescents au lycée de Colombine aux Etats-Unis en 1999. Notons justement que le jeu vidéo auquel joue l’adolescent dans le film ne semble être aucunement scénarisé. Le principe semble être d’abattre des personnages sans aucune raison, dans un monde désertique. On pourrait donc soutenir que le jeu vidéo dans ce film ne sert pas du tout à montrer que le jeu peut induire le passage à l’acte, mais, d’un point du vue strictement cinématographique, qu’il permet de se représenter visuellement l’état du monde interne des deux adolescents. Le jeu vidéo comme métaphore visuelle des fantasmes crus et cruels des futurs assassins.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> <a href="http://www.psyetgeek.com/tag/addiction">http://www.psyetgeek.com/tag/addiction</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Otto Fenichel est souvent cité comme le premier auteur qui aurait avancé cette notion de « toxicomanies sans drogues », dans son ouvrage <em>Théorie psychanalytique des névroses</em>, écrit en 1945.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Pour une bonne revue de cette question lire : Marc Valleur, Dan Velea, « Les addictions sans drogue(s) », in revue <em>Toxibase </em>,n°6 , juin 2002, source : <a href="http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/toxicomanies/textes/addictionssansdrogues.pdf">http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/toxicomanies/textes/addictionssansdrogues.pdf</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Le terme « addiction » aurait été introduit dans la littérature proprement psychanalytique par Joyce MacDougall dans son ouvrage <em>Plaidoyer pour une certaine anormalité</em>, Gallimard, 1978, notamment dans l’article « Création et déviation sexuelle » pour explorer ce qu’elle y nomme « une sexualité addictive – [de] la sexualité comme drogue ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Thomas Gaon, « Critique de la notion d’addiction au jeu vidéo », in <em>Quaderni « Jeu vidéo et discours. Violence, addiction, régulation</em> », n°67, MSH-Sapientia, automne 2008, p.36.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Serge Tisseron, « Les quatre ressorts d’une passion », in <em>L’enfant au risque du virtuel</em>, sous la direction de Serge Tisseron, p. 9.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> <em>Ibid.</em>, p. 11.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> « Ce mot [d’addiction] désigne en effet la dépendance à des produits qui génèrent des états psychiques seconds auxquels le consommateur est invité à s’abandonner. La recherche du sens en est totalement absente, le consommateur d’une substance cherchant avant tout à éprouver les effets de celle-ci. », in « Les quatre ressorts d’une passion », in <em>L’enfant au risque du virtuel</em>, sous la direction de Serge Tisseron, p. 11.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Thomas Gaon, « Critique de la notion d’addiction au jeu vidéo », in <em>Quaderni « Jeu vidéo et dicsours. Violence, addiction, régulation</em> », n°67, MSH-Sapientia, automne 2008, p.37.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Catherine Chabert, « De l’acte à la scène », Adolescence, 2008, 26, 4.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> http://www.psyetgeek.com/laddiction-aux-jeux-vido-une-paresse-intellectuelle</p>
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		<title>Psychanalyse et adolescence</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Jan 2011 16:46:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[adolescence]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[subjectivation]]></category>

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		<description><![CDATA[Freud n’a pas théorisé le processus de l’adolescence tel que nous le concevons aujourd’hui. Après avoir été une "crise", l’adolescence est devenue un "processus" au sein de la théorie psychanalytique.
Je vous propose ici un parcours au fil de mes lectures sur l'évolution, au sein de la théorie psychanalytique, du concept d'adolescence.
Je termine ce parcours avec le concept de subjectivation, qui a pris beaucoup de place dans les recherches actuelles autour de l'adolescence.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Introduction</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’on étudie la littérature psychanalytique au sujet de l’adolescence, il n’est pas aisé de s’y retrouver. Et ce serait une gageure que de se lancer dans un résumé de la littérature sur le sujet. Ce que j’essaierai de faire ici, ce sera de retracer mon propre itinéraire. Pour ce faire, un axe m’a permis de tracer une première démarcation.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, depuis presque 25 ans, tout un courant de recherche a mis l’accent sur les difficultés du passage de l’enfance à l’adolescence, ou pour le dire autrement, ce courant a essayé de caractériser au mieux ce qui se produisait avec l’arrivée de la puberté, par rapport à l’infantile. C’est ce qu’à la suite de Philippe Gutton on a pris l’habitude de résumer sous le terme de <em>pubertaire. </em>Nous reviendrons sur ce concept plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Disons simplement pour le moment que Gutton distingue les processus du <em>pubertaire </em>des processus de <em>l’adolescens</em>. Les premiers désignent les phénomènes psychiques qui sont induits par la venue de la puberté. Le pubertaire a ainsi pour lui, un ancrage neuro-hormonal et éthologique, qui advient avec un caractère de nouveauté radicale, ayant une date, une origine fixe. Tandis que les seconds désignent les phénomènes de transformations des identifications qui ont lieu, parfois tout au long de la vie.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ces recherches (portées en France entre autres l’équipe de <em>l’Unité de Recherches Adolescence,</em> puis le <em>Collège International de l’Adolescence</em>, en Grande-Bretagne par les Laufer, et aux Etats-Unis par Peter Blos) ont permis tout d’abord de conceptualiser l’adolescence, puis d’en faire un <em>processus.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Auparavant l’adolescence restait dans le champ du développement et désignait plutôt un âge de la vie, et une crise. Pierre Mâle avait déjà commencé à mettre en avant <em>l’originalité juvénile<a href="#_ftn1"><strong>[1]</strong></a></em> et l’aspect révolutionnaire de l’adolescence dans son rapport à l’infantile. Et c’est à partir des années 60 que l’on peut clairement dire que l’adolescence est sortie de l’enfance, notamment avec le fameux texte de Kestemberg « Identité et identifications chez les adolescents », qui servira d’appui important pour les tentatives de description du monde interne de l’adolescent et de ce qu’il a de plus spécifique au niveau de son économie psychique.<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">D’un point de vue historique, si l’on suit par exemple Patrick Delaroche<a href="#_ftn3">[3]</a>, après une naissance sociologique, au 19<sup>ème</sup> siècle, la notion d’adolescence, née avec la Révolution, ne va acquérir ses fondements médicaux et psychologiques qu’au 20<sup>ème</sup> siècle. La psychanalyse a par ailleurs joué un rôle important dans son l’histoire de ce concept. Cela ne veut pas dire que l&#8217;adolescence n&#8217;existait pas, mais qu’elle sera identifiée par la société qui va la poser comme un état reconnu, et principalement d’ailleurs comme une crise. Comme l’explique Jeammet<a href="#_ftn4">[4]</a> par exemple, l’adolescence est « une réponse de la société face à des phénomènes physiologiques et physiques qu&#8217;engendre la puberté. […] La puberté est un processus toujours identique. Ce qui change, c&#8217;est la forme sociale et individuelle sous laquelle se manifestent ces modifications. Dans notre société libérale, l&#8217;adolescence est plus longue. C&#8217;est à la fois une chance et une évolution qui comportent des risques.»</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans la première moitié du 20<sup>ème</sup> siècle les premiers cliniciens de l’adolescence apparaissent. Ils sont d’abord des éducateurs ou des enseignants pour la plupart. Florian Houssier<a href="#_ftn5">[5]</a> montre d’ailleurs comment les concepts de <em>« Pubertät »</em> et d’<em>« Adoleszenz »</em> émergent sur le fond des réflexions autour des échecs scolaires et des désordres sociaux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si l’on suit une approche développementale, la période de l’adolescence apparaît comme l’achèvement et la répétition de l’enfance. Mais les données cliniques et la poursuite de recherches théoriques dans le cadre de la psychanalyse révèlent un travail psychique spécifique qui aboutit à un remaniement structural de la personnalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Annie Birraux dans « De la crise au processus »<a href="#_ftn6">[6]</a> décrit très bien cette évolution conceptuelle qui partit donc de « la crise d’identité ou crise d’originalité juvénile à la notion de processus » et qui peut se décrire comme un mouvement d’intériorisation conceptuelle analogue au mouvement adolescent d’intériorisation psychique :</p>
<p style="text-align: justify;">« un mouvement externe débordant les institutions et qui en appelle aux hommes de l’art (éducateurs, enseignants, médecins, psychologues) pour dessiner ses marges » laissant place à « un investissement scientifique de ces marges pour en extraire [….] ce qui est utilisable », pour finir en « un déplacement, une intériorisation de cet investissement qui permet de faire advenir une véritable création. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’adolescence devenue <em>processus</em> au sein de la psychanalyse, ces recherches ont également permis de distinguer sur le plan psychopathologique (et c’est là l’axe de démarcation dont nous parlions plus haut et qui peut nous servir de fil rouge) le devenir de pathologies telles que les psychoses infantiles lors de l’arrivée de la puberté, de ce que l’on a nommé <em>les psychoses pubertaires, </em>qui seraient plutôt de l’ordre d’impasses subjectives actuelles à faire face aux changements psychiques induits par l’arrivée de la puberté. Le concept de subjectivation (introduit dans ces recherches par Raymond Cahn à partir de son ouvrage <em>Adolescence et Folie</em> écrit en 1991, et utilisé plus largement dans le suivant <em>L’adolescent dans la psychanalyse. L’aventure de la subjectivation</em> écrit en 1998) a pu ainsi rendre de grands services dans une certaine unification de ces différentes descriptions théoriques. Nous terminerons d’ailleurs ce petit exposé sur ce concept.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, avec la reconnaissance du pubertaire, on a la possibilité d’approcher à l’adolescence d’un côté, les difficultés comme prolongements de failles structurales établies depuis l’enfance, et de l’autre ce que Gutton a pu nommer <em>la folie pubertaire, </em>ou <em>la psychose pubertaire</em> selon François Marty<a href="#_ftn8">[8]</a>, c’est à dire la mise en place de modes de fonctionnement psychotiques éventuellement transitoires, mais qui en tout cas signeraient de façon exemplaire les spécificités métapsychologiques des processus adolescents. L’enjeu est clair : mettre en avant les spécificités de ces processus adolescents permettrait d’insister sur la part d’opportunité bénéfique d’une intervention psychothérapeutique durant ce remaniement de la structuration psychique du sujet. Enfin, le débat sur ces spécificités métapsychologiques n’est pas clos, ce qui permet peut-être de remettre la pensée en mouvement et les théories au travail. Par exemple le congrès « Existe-t-il une psychanalyse de l’adolescence ? » a eu lieu en février 2009. Ce débat existe en effet depuis l’origine de ce courant de recherche au sein du mouvement analytique. Et il suffit de se pencher sur l’histoire de l’<em>Unité de Recherche sur l’Adolescence</em> pour l’observer dans les institutions, à propos de la pertinence d’isoler et de différencier l’adolescence.<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En suivant l’hypothèse d’Annie Birraux sur l’évolution conceptuelle de l’adolescence, et en lisant l’avant-propos du livre de Raymond Cahn <em>Adolescence et folie</em>, on perçoit bien que grâce à la nécessité clinique d’ouvrir, de construire, des lieux de soin spécifiques aux adolescents, on a pu persévérer dans les travaux de recherche théorique sur la spécificité de ces processus. Ainsi, dans un premier temps, il y a bien reconnaissance clinique (qui suit donc la première reconnaissance, d’abord sociale) d’une nécessité à distinguer quelque chose, avant de pouvoir construire et tester des hypothèses théoriques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une autre hypothèse sur le rapport entre psychanalyse et adolescence est celle d’un certain héritage freudien du refoulement de l’adolescence au sein même de la théorie psychanalytique (Il s’arrête au seuil de la puberté dans « Les trois essais sur la théorie sexuelle », et devant l’urgence et la nécessité à faire reconnaître l’existence de la sexualité infantile, il aurait été stratégiquement délicat d’appuyer sur une possible distinction des processus pubertaires et des processus infantiles tant cela aurait pu se retourner contre lui, ou contre l’idée même de cette sexualité infantile au profit de l’idée courante de la puberté comme véritable début de la sexualité). Ce qu’Anna Freud aurait en quelque sorte tenté de pallier en formant un certain nombre de disciples et en les incitant à travailler sur ce champ. Certains vont jusqu’à dire que le fait qu’Anna Freud ait été analysée par son père aurait eu également comme conséquence d’évacuer la possibilité d’analyser les éléments du pubertaire chez la fille du maître viennois.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce sujet, c’est une remarque souvent faîte par les psychanalystes que de souligner le fait que les psychanalystes eux-mêmes ont tendance à garder refoulés les parties les plus importantes de leur propre adolescence ce qui n’irait pas sans conséquence quant au rapport que ces analystes peuvent avoir vis à vis des patients adolescents qu’ils rencontreront.<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
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<h2 style="text-align: justify;">Spécificités d’une psychopathologie adolescente ?</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lorsque j’ai abordé cette question de <em>la clinique des pathologies adolescentes, </em>c’était bien évidemment la question de <em>la spécificité</em> de ces pathologies qui m’avait semblé devoir être posée d’emblée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce qu’<em>une pathologie adolescente </em>? Peut-on parler de pathologies spécifiquement adolescentes, ou bien, l’expression désigne-t-elle simplement des pathologies « classiques » que l’on est obligé de nuancer avec certaines spécificités dues à l’adolescence ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les deux cas, je crois que l’on est obligé de se poser la question de ce que peut être l’adolescence au regard du point de vue psychanalytique, si l’on veut être en mesure d’opérer une distinction quelconque.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans son ouvrage, <em>L’adolescent et le psychanalyste</em>, Jean-Jacques Rassial (que nous prendrons dans la suite de cet exposé comme exemple du discours d’inspiration lacanienne sur les recherches autour de l’adolescence dans la psychanalyse) dit par exemple qu’il souhaite aborder cette question sous l’angle des effets que la rencontre des adolescents peut avoir sur la théorie psychanalytique (la bousculer, et la reformuler, en mettant la métapsychologie en crise ?), plutôt que de s’attaquer directement à la construction d’une théorie psychanalytique de l’adolescence. Ce à quoi s’était attaqué Gutton par exemple quasiment au même moment dans son ouvrage sur le pubertaire en 1991, tandis que Rassial écrit le sien en 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La spécificité en tout cas implique donc la question des <em>différences (Mais des différences à quel niveau, et  termes de quoi ? de qualité ? de  quantité ?)</em>. Comme le dit Rassial au terme de son livre, « L’adolescence, donc, se signe de symptômes spécifiques ou d’une modification de la symptomatologie. Cela suffirait pour donner consistance au concept d’adolescence dans la psychopathologie. »<a href="#_ftn11">[11]</a> Mais ce qui l’intéresse également, c’est fonder le concept d’adolescence dans la théorie psychanalytique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi on aboutit finalement à se questionner sur les différences entre la métapsychologie que l’on peut construire au sujet de l’enfant (Il est maintenant acquis qu’elle peut être distinguée de celle de l’adulte) et de l’adulte, et la métapsychologie de l’adolescent, ou de l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">A partir de cette question de la spécificité, il m’a semblé que la clinique de la psychose au sens large pouvait nous aider à aborder ce qu’il y aurait de spécifique à l’adolescence. Pourquoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">Parce qu’il m’a semblé que certaines recherches clinico-théoriques avaient pu mettre en évidence qu’un sujet pouvait commencer à montrer des signes de ce que Gutton a pu nommé « la folie pubertaire ou Œdipe maniaque » avec le paradigme de la folie hystérique, ou Laufer « la cassure du développement »<a href="#_ftn12">[12]</a>, et qui peuvent être proches de certains moments psychotiques, ou de ce que l’on peut observer dans les états limites graves de l’adulte, d’une part sans qu’auparavant dans leur vie, il n’ait été décelé de troubles qui pourraient faire penser à une psychose infantile se déclenchant à l’adolescence (même si cela est parfois difficile à distinguer tant la pathologie peut être sous-estimée ou déniée par les parents eux-mêmes), et d’autre part, en montrant que ces états parfois très graves peuvent avoir malgré tout une issue heureuse qui laissent penser que la structure de ces sujets n’est nullement psychotique.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les processus adolescents pouvaient avoir comme effets de précipiter un sujet dans de telles difficultés qu’il devient parfois difficile de distinguer si l’on a affaire au déclenchement d’une psychose infantile latente ou bien à autre chose, il apparaît nécessaire d’essayer de mieux caractériser ces processus, car la réponse que l’on peut essayer d’apporter n’est peut-être pas la même.</p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>« Les métamorphoses de l’adolescence »<a href="#_ftn13"><strong>[13]</strong></a> : qu’est-ce à dire pour ce courant de recherche ?</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Freud n’a pas théorisé le processus de l’adolescence tel que nous le concevons aujourd’hui. Mais si l’on suit François Richard, qui tente de confronter approche psychogénétique et structurale pour faire ressortir précisément la spécificité de ce temps non linéaire, Freud développerait une conception de l’adolescence comme « un après-coup d’une séduction vécue dans l’enfance. »<a href="#_ftn14">[14]</a> L’adolescence serait ainsi le temps privilégié de l’après-coup où « une réécriture de l’histoire […] cherche à rétrojecter dans l’enfance les idéaux de la sexualité adulte ».<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut se souvenir que Freud remaniera le troisième essai de ses <em>Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, intitulé « Les métamorphoses de la puberté », jusqu’en 1924. Il décrit  d’emblée le primat du génital : « L’avènement de la puberté inaugure les transformations qui doivent mener la vie sexuelle infantile à sa forme normale définitive. La pulsion sexuelle était jusqu’ici essentiellement autoérotique, elle trouve à présent l’objet sexuel. Son activité provenait jusqu’ici de pulsions isolées et de zones érogènes qui, indépendamment les unes des autres, recherchaient comme unique but sexuel un certain plaisir. Maintenant, un nouveau but sexuel est donné, à la réalisation duquel toutes les pulsions partielles collaborent, tandis que les zones érogènes se subordonnent au primat de la zone génitale. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais Freud décrit également « une des réalisations psychiques les plus importantes, mais aussi les plus douloureuses de la période pubertaires : l’affranchissement de l’autorité parentale, grâce auquel seulement est créée l’opposition entre la nouvelle et l’ancienne génération, si importante pour le progrès culturel ».<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">François Richard peut ainsi proposer une définition du processus d’adolescence, qui nous paraît intéressante, comme : « travail psychique rendu nécessaire par le bouleversement pubertaire qui réactualise le conflit oedipien infantile sur le mode d’un sentiment d’obligation de devenir adulte. L’idéal de normalité adulte impose une conformité à certains égards incompatible avec la ‘perversité polymorphe’ et avec la bisexualité psychique de la sexualité infantile. »<a href="#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Revenons sur ce que les auteurs disent aujourd’hui à propos des reconfigurations de l’adolescence. Si l’on admet avec Birraux ou encore Gutton que « l’adolescence n’est pas un état mais un ensemble processuel », et que l’on s’inscrit ainsi dans la lecture que ce dernier fait de Freud (et plus précisément du troisième essai des « Trois essais sur la théorie sexuelle ») en posant qu’ « à la puberté survient une métamorphose psychique », il s’agit alors de déplier ce qu’est cette métamorphose psychique et en quoi elle détermine éventuellement des pathologies spécifiques. On se servira ici principalement du concept de <em>pubertaire</em> chez Gutton.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Le <em>pubertaire</em> de Gutton</h2>
<p style="text-align: justify;">En effet, pour ce dernier, penser ce concept de pubertaire est si important qu’il peut aller jusqu’à dire « Peut-on être psychanalyste sans une théorie du pubertaire ? Je ne le pense pas. »<a href="#_ftn19">[19]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>« La réalisabilité du coït réactive à cet âge la problématique fondamentale de lutte contre l’inceste. »<a href="#_ftn20"><strong>[20]</strong></a></em> Cette phrase de Raymon Cahn résume une idée clé pour penser le pubertaire, et son éventuelle folie, chez Gutton. Mais il ne fait pas oublier que si l’adolescent se met à lutter contre l’excitation érotique que peut créer la proximité avec le parent, notamment du sexe opposé, l’agressivité parricidaire en est son corollaire, particulièrement chez les garçons.</p>
<p style="text-align: justify;">Gutton, comme nous l’avons déjà précisé, distingue les processus du <em>pubertaire </em>(les phénomènes psychiques de la puberté) et les processus de <em>l’adolescens </em>(qui sont à mettre en rapport avec les remaniements identificatoires. A ce sujet, Mosès Laufer disait que l’essentiel de la pathologie grave des adolescents était due à une « panne des identifications »).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette distinction reprend celle de Freud au sujet d’une part des pulsions soumises au refoulement et d’autre part des pulsions à but inhibé ; ceci correspondant à l’évolution des fonctions identificatoires et de la catégorie de l’idéal.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’advenue de ces pulsions pubères va créer chez l’encore-enfant <em>un éprouvé originaire de puberté</em>. (Le concept d’originaire est emprunté à Piera Aulagnier). Et c’est là un point central dans sa théorie du pubertaire, mais qui n’est pas des plus aisés à saisir…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Toutefois, pour Gutton, c’est cet éprouvé qui va engendrer le drame de l’adolescence, car c’est à ce moment que l’Œdipe peut être mis à mal. Il y a comme un « réchauffement » du complexe d’Œdipe (C’est évidemment l’idée classique de la reviviscence oedipienne de l’adolescence. La récapitulation des moments de l’Œdipe, mais avec une nouvelle force, celle de la puberté et de l’advenue du génital que Gutton nomme <em>force d’hétérosexualité</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une lutte va alors s’engager chez l’adolescent pour contrer toute représentation trop incestueuse du fait précisément de la capacité nouvellement acquise de réaliser l’acte sexuel. Ce processus de « réchauffement de l’Œdipe » est à articuler, il me semble, avec le fait que l’infantile est déjà là. Les théories sexuelles infantiles, les fantasmes oedipiens ont été élaborés par le sujet pour répondre à la séduction, dans le sens de Laplanche, et à la pulsion sexuelle. C’est donc à l’aide de ces fantasmes oedipiens que le sujet tente d’interpréter la survenue, vécue comme effraction, de l’instinct pubertaire, l’éprouvé originaire de puberté. Viennent alors au premier plan ce que Gutton nomme <em>les scènes pubertaires</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’enfant, qui avait auparavant eu affaire à l’adulte séducteur, avait construit ses modalités défensives vis à vis de sa sexualité (il élabore ses théories sexuelles infantiles). Il se trouve à présent aux prises avec un autre type de sexualité, totalement nouveau, qui va bouleverser, ou du moins remettre en question les structures relationnelles dans lesquelles l’enfant était pris.<a href="#_ftn21">[21]</a> On pense ici principalement aux imagos parentaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Gutton attache donc beaucoup d’importance à ces scènes pubertaires. Peut-être à l’instar de Freud qui pouvait dire que pour que l’adulte ait une sexualité à peu près satisfaisante, il eut fallu que l’adolescent qu’il a été, se fut familiarisé avec le fantasme incestueux ; Gutton pose que l’un des buts de la cure de l’adolescent serait de retrouver et d’éprouver ses scènes pubertaires, dont les thèmes centraux sont donc incestueux mais aussi parricides.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi posé, la question que Gutton formule est : qu’est-ce qui va permettre à l’enfant, ou à l’inverse l’empêcher de remanier, de retravailler ses positions identificatoires ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le pubertaire doit pouvoir en effet être élaboré, subjectivé un minimum, pour que les processus adolescents adviennent véritablement. C’est là tout un pan des questions qu’avait soulevé en son temps Evelyne Kestemberg, notamment dans son livre « L’adolescence à vif », et plus particulièrement dans le chapitre « L’identité et l’identification chez les adolescents », où cette dernière met l’accent sur les retrouvailles difficiles et pathogènes avec les fameuses imagos parentales. L’adolescent se retrouve aux prises avec ces dernières, mais dans une relation génitalisée. Et le danger va se trouver dans l’impossibilité qu’il peut rencontrer de transférer l’investissement génital sur un autre objet, et ce, particulièrement si le parent se laisse piéger également par ses propres motions pulsionnelles à tendance incestuelles.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On peut voir ainsi que Gutton ajoute à l’hypothèse classique de l’Œdipe revisité au cours de l’adolescence, une dimension biologique pour qualifier l’instinct pubertaire (en le distinguant à la fois du pulsionnel infantile comme du pulsionnel génital. Ce dernier est ainsi conçu par analogie au  modèle de l’étayage de la pulsion sexuelle sur la pulsion d’auto-conservation : le pulsionnel génital s’étaie sur l’instinct sexuel pubertaire.)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Au cœur de cet instinct pubertaire se loge <em>une pression hétérosexuelle</em> (la puberté ferait taire en quelque sorte la bisexualité psychique de l’infantile. Cette bisexualité résulte selon lui d’une symétrie au niveau des identifications oedipiennes infantiles). Gutton laisse ainsi plus de la place à la « nature », quant à la sexuation et à l’identité sexuelle de l’individu, que d’autres courants psychanalytiques, comme par exemple ceux qui se réfèrent à Lacan.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une autre question importante, à quel niveau intervient ces métamorphoses de la puberté ? Gutton répond au niveau archaïque, entendu comme le niveau de l’originaire selon Piera Aulagnier. « Le noyau du commencement archaïque est l’éprouvé originaire de complémentarité des organes sexués. »</p>
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<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Remarques sur le pubertaire au regard d’autres approches qui s’inspirent de l’enseignement de Lacan.</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La direction que prend Gutton, à essayer de le comprendre, semble s’ancrer dans une réflexion n’excluant pas <em>a priori</em> un fondement biologique, ou tout au moins, un fondement ultime dans le biologique (On pense ici au texte de Ferenczi, « Thalassa », auquel Gutton fait parfois allusion, notamment avec le concept d’anphimixie), par exemple avec le fait qu’il suppose <em>une complémentarité des sexes</em> qui serait contenue dans le programme génétique déclenché à la puberté, c’est à dire, que l’objet partiel, que serait le sexe opposé, « serait déjà là dans le programme de l’instinct. »<a href="#_ftn22">[22]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il est vrai qu’il semble que pour Lacan, le sujet continue toute sa vie à avoir affaire à la logique phallique, tandis que pour Gutton, la puberté aurait tendance, mieux, devrait avoir tendance à refouler cette logique au profit d’une dichotomie, d’une déliaison assumée par le sujet du couple pénis-phallus. Le sujet, et ce quelque soit son sexe biologique, pourrait ainsi, selon Gutton, sortir de la référence phallique/castré et aboutir ainsi à la perception de l’existence du sexe féminin. La logique phallique à la puberté deviendrait pour Gutton un obstacle pour le sujet dans sa reconnaissance de l’Autre sexe.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette question d’une éventuelle sortie de la bisexualité psychique infantile est en effet une problématique importante, et la rencontre du féminin (titre d’un ouvrage de Serge Lesourd<a href="#_ftn23">[23]</a> par ailleurs, qui s’inscrit dans le courant de recherche lacanien sur l’adolescence) est même un point pour le moins épineux dans l’histoire de la psychanalyse elle-même. Il faut relire l’un des derniers articles de Freud « Analyse avec fin et l’analyse sans fin» de 1937.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car on peut trouver d’autres approches, s’inspirant de Lacan, qui par contre, tente d’approcher la spécificité adolescente sans aucune référence biologique. Ainsi, avec Jean-Jacques Rassial, on peut peut-être trouver une option théorique intéressante, (complémentaire par rapport à Gutton qui attache vraisemblablement plus d’importance aux changements « réels », biologiques du corps) qui est <em>le changement de statut et de valeur du corps à l’adolescence</em>.) Si le corps de l’adolescent n’est plus celui d’un enfant, il se rapproche de celui des adultes. Cela met l’adolescent dans une certaine ressemblance avec le parent du même sexe et modifie ainsi tous les rapports sur le plan imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce corps de l’adolescence n’est certes plus le même. Et c’est pourquoi il y a certainement une remise au travail des identifications primaires, ou un après-coup du stade du miroir<a href="#_ftn24">[24]</a> si l’on use de la conceptualisation de ce moment apportée par Lacan. Mais, le corps de l’enfant ne change-t-il pas énormément de l’état du nourrisson à celui d’enfant au stade de la latence par exemple ? C’est pourquoi, il ne faut pas oublier, en suivant Rassial, que ce changement est peut-être avant tout logique, c’est à dire « d’une modification de la valeur même du corps », et que cette modification est « signée », pourrait-on dire, par un autre qui « détient le pouvoir de reconnaître en ce corps, un corps génitalement mature, désirable et désirant. »<a href="#_ftn25">[25]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour finir de manière non exhaustive, disons encore que la fin du livre Rassial est un bon exemple des possibilités qu’offre la trinité lacanienne du réel, du symbolique et de l’imaginaire quant à une description de l’adolescence et une tentative d’en saisir la spécificité sur le plan psychanalytique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
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<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Le concept de subjectivation</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au regard de ce travail psychique rendu nécessaire par la puberté, il existe un concept psychanalytique, <em>la subjectivation</em>, sur lequel il peut être intéressant de s’arrêter, car d’une part, son usage s’est d’abord répandu parmi les cliniciens qui travaillent avec les adolescents, et d’autre part, parce qu’il semble offrir un point de vue pertinent, permettant d’articuler une problématique importante durant cette période de changement au niveau identitaire, <em>le devenir-sujet</em>, et ce qui m’intéresse, à savoir les obstacles ou les conditions favorables à l’appropriation des évènements psychiques qui sont liés à l’arrivée de la puberté.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J’ai travaillé ailleurs sur une étape importante dans le processus qui mène les futurs parents à ce que Serge Lebovici nommait la parentalité<a href="#_ftn26">[26]</a> : le choix du prénom de l’enfant. Je voulais inscrire cette recherche dans le champ plus large de la transmission intergénérationnelle. Pour ce faire, j’ai utilisé un concept chez Freud qui m’a paru particulièrement intéressant, celui d’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette recherche, j’ai donc considéré le prénom comme une sorte de trace du désir parental inscrit dans ce signifiant particulier qu’est le prénom. Et j’ai posé l’hypothèse que l’Idéal du Moi de chaque parent jouait un rôle dans le choix et l’acte de prénommer. Je pense que cet acte est un des premiers phénomènes dits « de transmission » qui ont lieu dans la famille.</p>
<p style="text-align: justify;">Intéressons-nous à présent aux phénomènes, tout aussi importants, qui leur sont liés, à savoir « les processus de subjectivation ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les concepts dits super-egoïques (Idéal du Moi/Moi Idéal/Surmoi) sont des instances qui participent amplement à ces phénomènes de transmission mais également aux processus de subjectivation. Philippe Gutton écrit par exemple au sujet des impasses des processus de subjectivation : « L’Idéal du Moi est le pivot du processus de subjectivation »<a href="#_ftn27">[27]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les textes sur le narcissisme, j’ai cherché à comprendre comment l’Idéal du Moi pouvait se construire, en optant pour le point de vue psychogénétique qui semble primer dans les textes de Freud. Cependant, même si cette distinction Idéal du Moi/Moi Idéal<a href="#_ftn28">[28]</a> n’apparaît pas de façon conceptuelle chez Freud, elle est très utile, et particulièrement quant au sujet des problématiques adolescentes si on lit certains auteurs comme Bernard Penot<a href="#_ftn29">[29]</a>, ou encore François Richard : « On gagne, me semble-t-il, à resituer la problématique du développement par rapport à l’ensemble moi idéal/idéal du moi/surmoi. La subjectivation correspondrait au passage d’une prédominance du moi idéal (de l’omnipotence narcissique) à son effacement au profit d’un idéal du moi de plus en plus impersonnel et surmoïque. »<a href="#_ftn30">[30]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Les idéaux et l’adolescence</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>le roman familial du névrosé</em>, Freud propose un idéal dans le développement de l’individu : « se détacher de l’autorité de ses parents »<a href="#_ftn31">[31]</a>. Et il ajoutait que la caractéristique principale du névrosé, c’est que ce dernier a échoué dans cette tâche. Mais plus précisément, et avant cette étape, Freud évoquait ce « souhait le plus intense et le plus lourd de conséquences, c’est le « devenir grand comme père et mère »<a href="#_ftn32">[32]</a>. Nous pourrions dire que les parents s’imposent de l’extérieur comme des objets sur lesquels la libido sera déplacée, du narcissisme vers ces objets tenant la place d’Idéal du Moi de l’enfant, pour faire le lien avec le futur texte de 1914, <em>Pour introduire le narcissisme<a href="#_ftn33"><strong>[33]</strong></a></em>. D’autre part, loin de vouloir simplement remplacer les parents, ou plus précisément le père<a href="#_ftn34">[34]</a>, c’est l’idéalisation de ce dernier qui est bien souvent à l’œuvre dans ce roman familial, et qui peut se retrouver dans les problématiques d’adolescents aux prises avec une figure paternelle idéale « à la fois interdictrice et permissive, douée de toutes les qualités. Cette figure, apte à pallier les manques symboliques ou réel, n’existe pas, bien entendu, mais on a besoin d’y croire.»<a href="#_ftn35">[35]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Freud s’est également attardé sur le processus d’idéalisation lors de l’introduction du narcissisme, pour le distinguer de la sublimation. Il expliquait que tandis que cette dernière porte sur la libido d’objet et que son objectif est de faire changer de but la pulsion (Toute la difficulté de la sublimation est bien d’échanger le but sexuel originaire contre un autre but qui ne soit plus sexuel<a href="#_ftn36">[36]</a>) l’idéalisation concerne principalement l’objet et que « celui-ci est agrandi et exalté psychiquement sans que sa nature soit changée. »<a href="#_ftn37">[37]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il me semble que la clinique de l’adolescence permet de saisir à quel point l’idéalisation du Moi ou de l’objet, peut venir constituer un obstacle, une défense radicale contre la possibilité de se (re)saisir des aptitudes sublimatoires que les jeunes auront déjà pu développer dans les étapes précédentes de leur développement. C’est en effet un âge où l’adolescent peut être en difficulté face à cette nécessaire désidéalisation des figures  parentales et tutélaires que Freud a décrite. La tentation peut être alors de déplacer les idéaux vers des objets idolâtrés puisés dans la culture marchande dont ils sont la proie toute désignée, ou de tout désidéaliser brutalement en un mouvement de déception massif, et de sombrer finalement dans un état dépressif.</p>
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<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Retour sur la subjectivation en forme de conclusion</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La spécificité de l’adolescence, ou sa mise en question, nous a donc semblé intéressante car elle peut nous aider, entres autres choses, à nous interroger sur le concept de sujet, sur les conditions de sa mise en place, les processus qui sous-tendent cette mise en place, et peut-être les pathologies qui découlent des impasses de ces processus. Ce concept de subjectivation répondrait par là à une possible description de ce genre d’observations en empruntant le vocabulaire théorique de la structure tout en restant dans la possibilité d’un certain développement, d’une certaine croissance psychique, qui ne seraient pas pensés en termes de tout ou rien, caractéristiques de la logique de la structure.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le souligne justement Richard<a href="#_ftn38">[38]</a>, « l’accent mis ces dernières années sur la subjectivation au cours du processus d’adolescence, me semble correspondre à une opération d’importation de la distinction lacanienne entre un Moi trop imaginaire et un sujet mieux inséré dans l’ordre symbolique. Mais il y a autant transformation qu’importation puisque c’est la conception lacanienne qui est alors influencée par un point de vue différent [celui d’une subjectivation évolutive qui ne serait pas totalement définie par une structure]. »</p>
<p style="text-align: justify;">En relisant « Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien »<a href="#_ftn39">[39]</a> on sent effectivement bien cette tension entre une logique de la structure qui déterminerait et désir et sujet, comme effets de structure, et une logique de l’histoire des aléas des traumatismes. Peut-être est-ce une bonne partie de l’histoire de la psychanalyse qui pourrait être regardée au travers du prisme de cette tension entre explication par l’histoire développementale, psychosexualité et stades libidinaux, et explication par la logique de la structure. Et c’est bien entendu la psychose qui porte le débat à son intensité maximum. (Quoique maintenant, cela pourrait être les états limites ?).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avons déjà dit qu’à partir des travaux de Raymond Cahn, (notamment, <em>Adolescence et folie</em>), la notion de subjectivation va être de plus en plus utilisée pour aborder tout d’abord la question de la psychose à l’adolescence (et celle des adultes limites), et plus généralement, celle de la description des processus à l’œuvre dans un travail psychothérapeutique avec un adolescent (ou un adulte).</p>
<p style="text-align: justify;">Un chapitre s’intitule « Les impasses de la subjectivation ». Cahn préfère ainsi parler d’empêchement de la subjectivation et de pathologie de la subjectivation, plutôt que de parler des pathologies de l’individuation, « évoquant la seule problématique de la séparation à partir des schémas mahlériens ». Ce serait ainsi contre une approche trop développementale du type de celle de Peter Blos qui définit l’adolescence comme le temps du second processus de séparation/individuation que Cahn avance le concept de subjectivation, et que les auteurs l’ont reprise après lui.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce qui est enfin frappant c’est finalement que ces auteurs peuvent quasiment être distingués les uns des autres suivant leur référence à un concept de sujet<a href="#_ftn40">[40]</a>, où à une extrémité, il est identique au Moi, et à l’autre, il lui est presque antinomique (reprenant par là bien évidemment la distinction entre imaginaire et symbolique chez Lacan). Richard, suivant Green, proposerait avec d’autres, une sorte de voie médiane avec l’idée d’une <em>fonction Moi-Sujet</em>. Nous nous représentons ainsi la subjectivation comme une fonction, définie en termes de processus, qui possèderait une finalité, que l’on pourrait décrire comme une sorte d’objectif inatteignable, une asymptote. Cette finalité étant un concept si chargé philosophiquement qu’il est difficile de ne pas se situer par rapport à ce qui a pu être dit, non sans risque.<a href="#_ftn41">[41]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce risque serait de faire du concept de subjectivation, de l’appropriation subjective, de cette opération de transformation, quelque chose qui finirait par ressembler à cette idée classique de l’ego-psychology de consolidation d’un Moi, de meilleure intégration d’un Moi. Alors que précisément après Lacan, il est devenu difficile de soutenir ce point de vue.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
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<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Une solution pour la subjectivation chez les adolescents : la sublimation en situation de groupe ?</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour terminer examinons cette quatrième forme de destin possible pour la pulsion<a href="#_ftn42">[42]</a> qu’est la sublimation, « car c’est un fait qu’elle contribue de façon majeure à assurer aux sujets des deux sexes une capacité accrue de jouissance et d’accomplissement libidinal, en même temps qu’elle satisfait durablement quelque chose du côté de l’idéal du moi. »<a href="#_ftn43">[43]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est également un concept qui apparaît à la charnière des deux dimensions que sont la vie pulsionnelle et la vie collective, qui va exiger son lot de renonciations individuelles.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans cette perspective, j’aimerais examiner ici les liens que la sublimation entretient avec le masochisme. Car en effet, si la sublimation permet d’éviter le refoulement et la répression, mais également d’obtenir une satisfaction sans la décharge pulsionnelle, alors la jouissance qu’elle permet s’inscrit sur le fond d’une tension à érotiser, donc <em>a priori</em> connotée masochiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans la perspective d’examiner ce qui pourrait favoriser l’accès à des réalisations sublimatoires chez les adolescents il faudrait explorer théoriquement le travail que l’on peut faire autour d’atelier à médiation culturelle ou artistique.</p>
<p style="text-align: justify;">Didier Chaulet et Jean-Edouard Prost<a href="#_ftn44">[44]</a> posent par exemple que la situation de mise en groupe des adolescents peut permettre de négocier deux types de mouvements transférentiels comme le refus mutique et la contestation face à un thérapeute placé dans le camp des parents et détenteur du savoir, ou encore l’adhésion immédiate exprimée par une demande massive plaçant cette fois le thérapeute à la  place du copain ou du double prêt à lui révéler son identité. La situation de mise en groupe comme tentative de dilution de la pression transférentielle. Et à ce sujet Marcelli postule que « le groupe thérapeutique correspond aux besoins pulsionnels et aux défenses caractéristiques de cet âge. Le groupe donne à l’adolescent à la fois une protection, une possibilité de régression, mais aussi un étayage identificatoire de transition. »<a href="#_ftn45">[45]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le travail reste à effectuer …</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Citons par exemple le recueil d’articles de Pierre Mâle, <em>La crise juvénile</em> , 1982.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Peut-être que l’adolescence excite d’autant plus les psychanalystes qui acceptent les remises au travail de leur propres identifications ? D’où une autre question qui nous vient : est-ce une spécificité de l’adolescence, ou bien une spécificité du psychanalyste devant l’adolescent ?</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Patrick Delaroche, <em>Psychanalyse de l’adolescent</em>, Armand Colin, 2005, p.6 à 9.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> http://www.linternaute.com/sante/psychologie/interviews/07/0702-ado-jeammet/1.shtml</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Florian Houssier, « La puberté psychique : premières esquisses », in <em>Le tourment adolescent.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Annie Birraux, « De la crise au processus », in « L’adolescence dans l’histoire de la psychanalyse » sous la direction de François Marty, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> <em>Idem</em>, p.241.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Raymond Cahn pense justement que c’est la psychose à l’adolescence qui indiquerait les apories des conceptions théoriques des psychanalystes concernant la psychopathologie des adolescents.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Voir « Une création à l’Université : l’unité de recherches Adolescence » de Philippe Gutton in Recherche en psychanalyse, 2004, n°1. Jean Laplanche répondant à la proposition de Gutton concernant la création d’un laboratoire sur l’adolescence en 1982 : « Me voyez-vous faire un laboratoire sur la sublimation ? ». La création de la revue « Adolescence » date de cette même année. On peut aller plus loin avec l’ouvrage « L’adolescence dans l’histoire de la psychanalyse » sous la direction de F. Marty, notamment avec les contributions d’Annie Birraux (« De la crise au processus ») et de Philippe Gutton (« L’école française de psychanalyse de l’adolescent »). Et sur ce même point, on peut également se référer au très bon livre dirigé par Philippe Givre et Anne Tassel « Le tourment adolescent ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> E. Kestemberg dans « Identité et identification » par exemple : « Il est compréhensible donc que s’il existe chez les adultes un tel refoulement à l’endroit de leur propre adolescence, refoulement qui témoigne sans doute de l’existence d’une angoisse sous-jacente mal jugulée, ils risquent d’avoir vis à vis des adolescents des attitudes contre-transférentielles déterminées par cette angoisse même. » p. 67-68 ; ou encore Octave Mannoni « L’adolescence est-elle analysable » in « La crise d’adolescence » Gibello, Mannoni : « Celui qui a condamné sa propre crise d’adolescence, ou qui en a honte, peut être gêné, s’il devient analyste, devant la crise d’adolescence de son patient. » p.28). Cette remarque sur les contre-attitudes provoquées du côté du thérapeute, mais encore du côté des parents, est également reprise par Gutton pour qui la venue du pubertaire des adolescents n’est pas sans provoquer moult remous chez leurs parents (crises conjugales, dépression, etc …).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jean-Jacques Rassial, <em>L’adolescent et le psychanalyste</em>, p.197</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> M. et E. Laufer, <em>Adolescence et rupture du développement. Une perspective psychanalytique</em>, 1983, 1989 pour la traduction française.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Pour reprendre le titre du troisième essai de Freud « Trois essais sur la théorie sexuelle ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> François Richard, « Freud : un ‘processus primaire posthume’ », in <em>Le tourment adolescent</em>, p. 84.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> François Richard, « Freud : un ‘processus primaire posthume’ », in <em>Le tourment adolescent</em>, p. 102.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Sigmund Freud, <em>Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, Folio Essai, 1987, p.143.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Sigmund Freud, <em>Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, Folio Essai, 1987, p.171.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> François Richard, <em>Le processus de subjectivation à l’adolescence</em>, Dunod, 2001, p. 7.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Philippe Gutton, « La trace pubertaire », in <em>Le pubertaire savant, monographie de la revue Adolescence,</em> 2008, p. 52.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Raymond Cahn, « Adolescence et folie », p.34.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Gutton s’inspire ici largement de Jean Laplanche quant à la sexualité infantile. Par exemple, Laplanche dans « Pulsion et instinct », in Adolescence, 2000, n°18, s’attache à montrer les différences entre ces deux notions qui, en psychanalyse, ont tendance à brouiller les cartes. Si l’instinct d’auto-conservation existe chez l’homme, comme chez les mammifères chez qui il est particulièrement bien mis en évidence, les phénomènes qui peuvent s’y rattacher sont bien vite recouverts par ce qu’il y a de plus spécifiquement humain à savoir, pour Laplanche, la séduction et la réciprocité narcissique. Le sexuel pulsionnel (infantile), occupe bien pour la psychanalyse la place décisive dans les phénomènes humains. Il est, pour Laplanche, d’origine intersubjective, comme implanté au cours des relations de soins donnés par un adulte sur un enfant. Cet adulte possède un inconscient façonné de sexualité infantile. Le troisième temps de la sexualité, à savoir pour Laplanche, le développement de l’instinct sexuel, c’est à dire l’instinct pubertaire et adulte, la mise en place du génital à la puberté, se heurte donc à un obstacle qui est le fait qu’il « trouve la place occupée par la pulsion infantile ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Philippe Gutton, « Esquisse d’une théorie de la génitalité » in « Le pubertaire savant, monographie de la revue Adolescence », 2008.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Serge Lesourd, <em>Adolescences&#8230; Rencontre du féminin</em>, Erès poche, 2009.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Le chapitre « l’adolescence, après-coup du stade du miroir » nous semble à cet égard particulièrement intéressant comme autre éclairage quant à la question des identifications que peut apporter ce courant d’inspiration lacanienne.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Jean-Jacques Rassial, <em>L’adolescent et le psychanalyste</em>, p.18 En suivant Laplanche, et en lisant Rassial, on peut saisir autrement la spécificité du rapport du sujet à la sexualité à la puberté : quand le sujet adolescent quitte cette période où sa sexualité dite infantile est advenue dans la rencontre avec un Autre qui l’a séduit d’une manière ou d’une autre, il entre dans une période où, cette première sexualité infantile est bien toujours présente et agissante, mais où une autre sexualité, instinctuelle cette fois, s’y mêle. Cet Autre séducteur devient alors le corps même de l’adolescent.</p>
<p style="text-align: justify;">D’où le titre de l’article de Philippe Jeammet « Etre adulte ou comment apprendre à gérer la place de l’infantile » in Adolescence, 2000, n°18).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> « Avoir un enfant ne signifie pas qu’on en est le parent : le chemin qui mène à la <em>parentalité</em> suppose qu’on ait “co-construit” avec son enfant et les grands-parents de ce dernier un “arbre de vie” qui témoigne de la <em>transmission intergénérationnelle</em> et de l’existence d’un double processus de parentalisation-filiation grâce auquel les parents peuvent devenir père et mère. » disait par exemple Serge Lebovici, dans sa <em>Présentation de L’école de la parentalité</em>, conférence de presse vidéo-filmée par Starfilm, mars 1999, Paris.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Philippe Gutton, <em>Dieu, l’adolescent et le psychanalyste,</em> L’Harmattan, 1998, p. 251</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> On peut considérer avec Lagache que les aspects moraux, d’obéissance à la loi sociale, d’autorité morale, appartiennent plutôt au registre de l’Idéal du Moi, et que les idées de grandeur, mégalomaniaques, de toute-puissance, de prestige ou de gloire, sont en revanche du registre du Moi Idéal. Et relever également ce qu’en dit Lacan dans ses remarques sur le rapport de Lagache : « (…) dans la relation du sujet à l’autre de l’autorité, l’Idéal du Moi, suivant la loi de plaire, mène le sujet à se déplaire au gré du commandement ; le Moi Idéal, au risque de déplaire, ne triomphe qu’à plaire en dépit du commandement ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> Bernard Penot, « Réprimer, idéaliser, sublimer », in <em>Revue Française de Psychanalyse, 2001, vol. 65.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> François Richard, <em>Le processus de subjectivation à l’adolescence</em>, Dunod, 2001, p. 11.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Sigmund Freud, « Le roman familial des névrosés », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 253.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> <em>Ibid.</em>, p. 253</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref33">[33]</a> Freud écrit en effet dans ce texte que « Le développement du moi consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme. Cet éloignement se produit par le moyen du déplacement de la libido sur un idéal du moi imposé de l’extérieur, la satisfaction par l’accomplissement de cet idéal. »[33]</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref34">[34]</a> En effet, face à l’insatisfaction de certaines situations où l’enfant se sent mis à l’écart par ses parents, où il se sent ne plus être le centre unique de leur attention, ou en d’autres termes, il pense que son amour n’est pas pleinement reconnu et réciproque, il se met à fantasmer qu’il y a des parents ailleurs qui sont sans aucun doute meilleurs et donc qu’en définitive, il ne peut être qu’ « un enfant d’un autre lit ou un enfant adopté ». L’enfant met alors en place une activité de fantaisie, une rêverie diurne dont la fonction est « d’accomplir des souhaits, corriger la vie, et qu’ils ont principalement deux buts, érotiques et ambitieux ». Ces fantasmes vont alors se structurer à ce moment en ce que Freud va appeler « le roman familial des névrosés ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref35">[35]</a> Patrick Delaroche, <em>Psychanalyse de l’adolescent</em>, Armand Colin, 2005, p. 118 et 119.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref36">[36]</a> Il faut noter que si Freud donne cette définition en 1908 dans <em>La morale sexuelle « culturelle » et la nervosité moderne</em>, il ajoutera plus tard, en 1932, dans sa <em>Suite aux leçons d’introduction de la psychanalyse</em> que la sublimation consisterait à la fois en un changement de but, mais également en un changement d’objet à valeur sociale plus élevée. Aussi, la distinction qu’il fait dans <em>Pour introduire le narcissisme</em> entre sublimation et idéalisation serait à reprendre pour être affinée avec sa dernière définition de la sublimation.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref37">[37]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref38">[38]</a> François Richard, « Lacan import-export », in <em>Adolescence</em>, 2000, n°18.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref39">[39]</a> Jacques Lacan, « Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien », in <em>Ecrits 2</em>, Seuil.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref40">[40]</a> Car qui emploie ce concept de <em>subjectivation</em>, ne peut se passer d’une référence au concept de <em>sujet</em>. Freud a toujours dédaigné à employer ce concept de Sujet, trop empreint de philosophie métaphysique. Une des rares occurrences significatives où il l’emploie se trouve dans « Psychologie des masses et analyse du Moi » où il explique la différence entre l’identification au père et le choix du père comme objet : « Dans le premier cas le père est ce qu’on voudrait être, dans le second ce qu’on voudrait avoir. »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref41">[41]</a> On retrouve par là les réflexions de Lacan sur le fait que le sujet ne serait qu’une hypothèse pour le psychanalyste.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref42">[42]</a> Freud propose effectivement quatre destins à la pulsion dans son texte de 1915, <em>Pulsions et destins de pulsion</em> : le renversement de la pulsion dans le contraire (le sadisme devenant le masochisme ; le voyeurisme l’exhibitionnisme), le retournement sur la personne propre, le refoulement et la sublimation.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref43">[43]</a> Bernard Penot, « Réprimer, idéaliser, sublimer », in Revue Française de Psychanalyse, 2001, vol. 65, p. 6.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref44">[44]</a> Didier Chaulet et Jean-Edouard Prost, « Un groupe de parole pour adolescents », in Enfances &amp; Psy, 2002, n<sup>o</sup>19.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref45">[45]</a> Daniel Marcelli, « Un père, pairs et passe », <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, 1999, n°31</em>.</p>
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