Psychoboxe
Qu’est-ce que la psychoboxe ?
La Psychoboxe est un dispositif fondé par le psychanalyste Richard Hellbrunn dans les années 80. Elle s’adressait initialement à tout sujet qui souhaite interroger son rapport à la violence, qu’elle soit agie par lui-même ou subie.
Les adresses ont évolué cependant avec le temps et se sont élargies. L’aspect psychocorporel de ce dispositif étant en exploration, les patients ayant une problématique psychosomatique par exemple pourraient en bénéficier.
C’est la rencontre avec un adolescent de 16 ans qui a permis à Richard Hellbrunn d’élaborer son dispositif. Il le raconte dans son ouvrage A poings nommés.
Cela n’est certainement pas anodin que le dispositif ait été créé en direction des adolescents. Ils nous demandent en tant que cliniciens d’élaborer d’autres dispositifs pour être entendus.
C’est aussi pour cette raison que la médiation vidéoludique a été de plus en plus pratiquée.
Une définition
Hellbrunn la définit comme tel :
« La psychoboxe a pour but de permettre à un sujet, à travers ses gestes, ses affects et ses représentations, de remettre en jeu l’universalité des processus et la singularité des positions qui émergent de sa confrontation à ce qui lui est violence dans son corps, sa parole et ses actes.
Des combats libres à frappe atténuée effectués dans un cadre formellement défini quant aux mouvements qu’il autorise, contient, transforme et porte à l’intelligibilité, font apparaître le travail d’une image inconsciente du corps, dont la dynamique est secondairement reprise par une parole visant à le reconnaître, à l’élaborer et à lui permettre de s’engager dans une évolution propre.
La psychoboxe ne se soutient que de l’ouverture d’une scène qui appelle un sujet à interpréter sa violence en la précipitant dans les formes perceptibles ».
La psychoboxe s’inscrit donc comme dispositif d’écoute psychanalytique du sujet, à travers deux voies d’écoute que le dispositif vient mettre en jeu :
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Une écoute du corps, à travers ses manifestations rythmiques et pulsionnelles entre le psychoboxant et le psychoboxeur, qui convoquent l’émergence d’affects pouvant conduire à des proto représentations. Une écoute donc de ce qu’on appelle “des agirs expressifs”, forme d’association libre produite par les mouvements du corps.
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Et une écoute de la dynamique intrapsychique à travers ce que dit le sujet et des fantasmes qui peuvent se manifester tant dans les gestes et le mouvement que dans la parole.
En Psychoboxe, le sujet qui souhaite interroger son propre rapport à la violence rencontre deux co-thérapeutes. Il lui est proposé de choisir avec lequel il souhaite mettre les gants. Lorsqu’il débute le travail thérapeutique, le psychoboxeur (le psychanalyste) s’engage alors dans ce que Richard Hellbrunn nomme une « rencontre frappante ». Il va se proposer comme objet à investir au psychoboxant (le patient), en se tenant devant lui, pour échanger des coups, à frappe atténuée, c’est-à-dire à la touche, pour un combat d’une durée d’une minute trente, dans un espace limité.
Ce cadre est assuré par l’écoute seconde d’un autre psychoboxeur (le therapon), garant du dispositif et de ce qui s’y joue, qui aura pour fonction de soutenir le temps d’association libre à l’issue du combat, et de proposer éventuellement un second combat dans la séance. Car c’est aussi à lui, considérant la dynamique transférentielle, que le combat est adressé.
Dans cet espace, il n’y a pas d’apprentissage technique de la boxe à proposer, ni de message psychoéducatif à faire passer. C’est un point important : la technique est à oublier. “C’est en renonçant à une approche essentiellement technique que les grandes lignes d’attaque, de protection, d’évitement et de fuite pouvaient apparaître plus clairement en ne cherchant que secondairement le meilleur moyen de se réaliser, sans perdre du vue ce qui pouvaient se construire dans la dynamique de la rencontre avec l’adversaire”. (A poings nommés, p. 42)
Nous pensons que la technique est une manière de tenter de refouler son propre manque (ses difficultés existentielles) dans cette rencontre : la technique dans les relations amoureuses et les coachings qui tentent de promouvoir la technique comme remède à l’angoisse de la rencontre ne résolvent rien de durable à cet endroit.
C’est la même chose dans le combat. La technique vise à atténuer, à circonscrire, voire à dénier, l’angoisse et vise la performance.
Le combat en Psychoboxe est un combat théâtralisé. On ne va pas en psychoboxe pour se défouler ou pour apprendre à combattre. On y va pour s’exprimer et travailler sur soi, ce qui engage à partir de ce point de vue la dynamique transférentielle. Les frappes atténuées qui permettent de ne rien risquer au niveau de l’intensité des coups, amènent à se rendre sensible et à faire l’expérience de « gestes énigmatiques », d’éprouvés sensori-affectifs. L’affrontement est transformé par cet effet de théâtralité. Et c’est pour cette raison que l’on rapproche la Psychoboxe du dispositif du Psychodrame psychanalytique.