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	<title>Vincent LE CORRE - Psychologue - Psychanalyste</title>
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	<description>psychologue, psychanalyste, en institution et en libéral, travaillant, entre autres, sur les jeux vidéo, les médiations, le jeu...</description>
	<lastBuildDate>Thu, 02 May 2013 15:04:18 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Sortie du livre &#171;&#160;L&#8217;Adolescent entre marge, art et culture&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Thu, 02 May 2013 07:58:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Médiation]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 2 mai 2013.
Je suis ravi de vous informer de la sortie d'un livre auquel j'ai participé "L'adolescent entre marge, art et culture" chez Erès, dans la collection La vie devant eux.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: center;">Je suis ravi de vous informer de la sortie d&#8217;un livre auquel j&#8217;ai participé</h2>
<h1 style="text-align: center;"><a href="http://www.editions-eres.com/parutions/enfance-et-parentalite/vie-devant-eux-la-/p3147-adolescent-entre-marge-art-et-culture-l-.htm" target="_blank">&laquo;&nbsp;L&#8217;adolescent entre marge, art et culture&nbsp;&raquo;</a></h1>
<h2 style="text-align: center;">chez Erès, dans la collection <a href="http://www.editions-eres.com/resultats_collections.php?COLLECTION=190http://" target="_blank"><em>La vie devant eux</em></a></h2>
<p style="text-align: center;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/05/Photo-livre-Ladolescent-entre-marge-art-et-culture.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-1273" title="Photo livre L'adolescent entre marge art et culture" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/05/Photo-livre-Ladolescent-entre-marge-art-et-culture-658x1024.jpg" alt="" width="395" height="614" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Vous trouverez ici la <a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/05/Table-des-matieres-Ladolescent-entre-marge-art-et-culture2.pdf" target="_blank">table des matières.</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce livre est un ouvrage collectif abordant, entre autres, une pluralité de médiations pratiquées aujourd&#8217;hui avec les adolescents. Pluralité de pratiques, de lieux, mais aussi de médiums (le slam, la danse, la sculpture, la création de costumes, jeux de sociétés ou encore jeux vidéo, création musicale, etc.).</p>
<p>J&#8217;en reparlerai prochainement. Mais si vous voulez rencontrer les auteurs, rendez-vous<strong> <a href="http://www.editions-eres.com/agenda.php?DateEvt=2013-06-01#12" target="_blank">le mercredi 12 juin</a></strong><a href="http://www.editions-eres.com/agenda.php?DateEvt=2013-06-01#12" target="_blank"> </a><strong><a href="http://www.editions-eres.com/agenda.php?DateEvt=2013-06-01#12" target="_blank">à librairie La Terrasse de Gutenberg, 9 rue Emilio Castelar, 75012 PARIS.</a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>1- « La politique de l’algorithme » ou la question des jeux vidéo et de la politique</title>
		<link>http://vincent-le-corre.fr/?p=1254</link>
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		<pubDate>Wed, 10 Apr 2013 12:41:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 9 avril 2013.
En prenant comme point de départ le livre de Mathieu Triclot, et plus précisément les chapitres « La politique de l’algorithme » et « L’engagement total », j’aimerais débuter une réflexion sur l’aspect politique des jeux vidéo. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">En prenant comme point de départ le livre de Mathieu Triclot, et plus précisément les chapitres <a href="http://www.editions-zones.fr/spip.php?id_article=135&amp;page=lyberplayer#chapitre7" target="_blank">« La politique de l’algorithme »</a> et <a href="http://www.editions-zones.fr/spip.php?id_article=135&amp;page=lyberplayer#chapitre8" target="_blank">« L’engagement total »</a>, j’aimerais débuter une réflexion sur l’aspect politique des jeux vidéo. Cela me demandera d’approfondir le fait que l’informatique peut être une technologie de pouvoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le chapitre « La politique de l’algorithme », Mathieu Triclot envisage en effet l’informatique comme un dispositif de pouvoir, et à partir de là, il explore comment ce dispositif a pour fonction de produire un certain type de subjectivité. Comme technologie de pouvoir, l’informatique présente selon lui deux caractéristiques, qui rejoignent cette idée de Jean Lassègue de l’écriture informatique comme nouvel équivalent général, et qui sont d’une part la possibilité de numériser potentiellement tous les objets du monde réel et de les faire passer ainsi dans un monde symbolique sur lequel on aura une sorte de vue d’ensemble, une vue synoptique (proche ainsi de  l’idée de panoptique de Bentham analysé par Foucault). D’autre part, une fois ce monde symbolique construit, on peut alors agir dessus ce qui aura des conséquences non pas seulement sur la vue d’ensemble, mais bien sur le monde réel ainsi symbolisé.</p>
<p style="text-align: justify;">Triclot commence donc ce chapitre par une question importante qui subsume nombre d’angoisses autour des jeux vidéo, les jeux vidéo nous rendent-ils plus violents ? Nous éloignent-ils de la réalité ? Fabriquent-ils certaines identités collectives à travers la diffusion de représentations sociales telle « la masculinité militarisée » (Grossman et le jeu vidéo comme entraînement à tuer, le décryptage idéologique des objets, etc.).</p>
<p style="text-align: justify;">« Qu’est-ce que les jeux font de nous dans l’expérience même qu’ils proposent ? »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_0_1254" id="identifier_0_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Triclot, Philosophie des jeux vid&eacute;o, p.185 ">1</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Mais cette question ainsi posée déplace en fait les enjeux des angoisses de type le jeu vidéo et la violence, ou le jeu vidéo et la confusion réel/virtuel, vers le domaine qui reste précisément masqué par l’idéologie actuelle et qui serait la véritable nature du dispositif de pouvoir qu’est l’informatique. En effet, la place des algorithmes dans nos vies, leur puissance non pas de calcul mais de production ou de transformation de notre réalité, est complètement éludée dans le tissu de nos représentations courantes. La « crise financière » fut par exemple un des rares moments où l’on plaça le projecteur sur la place des algorithmes qui régissent une partie des transactions financières.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour répondre à sa question, l’auteur de « Philosophie des jeux vidéo » propose de commencer par ce qui différencie les jeux vidéo des autres jeux, à savoir que le jeu vidéo est une expérience ludique avec une machine numérique. Cette machine numérique est au cœur de ce que l’on peut appeler aujourd’hui « une révolution numérique »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_1_1254" id="identifier_1_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" lire Jean-Michel Salanskis, Le monde du computationnel &agrave; ce sujet ">2</a></sup>. L’ordinateur est ainsi « l’objet technique le plus indispensable au monde contemporain, celui par lequel l’ensemble des dispositifs de pouvoir, économique ou politique, à quelque niveau que ce soit, s’exercent. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_2_1254" id="identifier_2_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Triclot, Philosophie des jeux vid&eacute;o, p.185 ">3</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi comme le dispositif cinématographique peut être interprété comme le dispositif technique de notre modernité (l’œuvre filmique se reproduit sans dégradation de l’original et est ainsi diffusé en masse), le dispositif vidéoludique propose une expérience de plaisir avec la machine qui se trouve au cœur même « du dispositif central des pouvoirs économiques et politiques.<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_3_1254" id="identifier_3_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Triclot, Philosophie des jeux vid&eacute;o, p.186 ">4</a></sup> Et c’est donc cette proximité entre l’expérience vidéoludique et l’expérience de la production de nos subjectivités au sein des dispositifs de pouvoir actuels à travers la machine numérique qui fait de l’étude du jeu vidéo un observatoire intéressant.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis Turing et son rêve d’un cerveau électronique, l’informatique comme technologie militaire s’est aujourd’hui largement diffusée, en partie d’ailleurs grâce à sa réappropriation par la contre-culture américaine<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_4_1254" id="identifier_4_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Lire sur ce point l&rsquo;excellent livre de Fred Turner, Aux sources de l&rsquo;utopie num&eacute;rique, de la contre-culture &agrave; la cyberculture, Stewart Brand, un homme d&rsquo;influence, C&amp;amp;F Editions, 2012 ">5</a></sup> qui souhaitait en faire une technologie au service de « l’éveil des consciences ». Dans la foulée, les dispositifs de pouvoir ne se sont pas privés de se réapproprier cette technologie.</p>
<p style="text-align: justify;">En partant de l’exemple de l’historien de l’informatique Paul Edwards sur la tentative américaine de se construire un « champ de bataille électronique »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_5_1254" id="identifier_5_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Triclot, Philosophie des jeux vid&eacute;o, p.186-187 ">6</a></sup> durant la guerre du Vietnam<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_6_1254" id="identifier_6_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" http://archive.constantvzw.org/events/vj4/gdop/gv/iwhite/igloof.html ">7</a></sup>, Triclot montre combien la salle de contrôle, cette tentative de « conversion du réel en un monde clos de symboles efficaces »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_7_1254" id="identifier_7_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Triclot, Philosophie des jeux vid&eacute;o, p.186 ">8</a></sup>, est tout d’abord un fantasme (car le contrôle rate toujours, les viêt-congs contre-attaquent et se jouent du dispositif en le détournant avec de la fausse information), mais surtout que ce fantasme est reproduit de manière inverse avec certains jeux vidéo, comme la série Call of Duty. De manière inverse, car si la salle de contrôle <em>White Igloo</em> (comme aujourd’hui les salles de pilotage des drônes américains) cherchait le moyen de traduire/numériser le champ de bataille, certains jeux vidéo cherchent à accentuer l’effet d’immersion qui produirait l’illusion qu’à partir de son ordinateur, on pourrait aller combattre sur le champ de bataille…</p>
<p style="text-align: justify;">Les jeux vidéo de la <em>Molle Industria</em> s’amusent par exemple avec cet aller-retour, mais de manière tout à fait ironique. Il faut par exemple jouer à <a href="http://unmanned.molleindustria.org/" target="_blank"><em>Unmanned, a day in the life of a drone pilot</em></a><sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_8_1254" id="identifier_8_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" http://www.molleindustria.org/ ">9</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Ici encore, l’idéologie du photo-réalisme des jeux video prend donc avec Triclot une autre tournure : « Le ‘réalisme’ du jeu dissimule la réalité de l’ordinateur. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_9_1254" id="identifier_9_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Triclot, Philosophie des jeux vid&eacute;o, p.188 ">10</a></sup>. Et si l’on peut considérer l’ordinateur comme un bon exemple d’un être où la pulsion de mort liée à un langage univoque règne en maître, l’exemple de cette « puissance destructrice de l’univers symbolique »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1254#footnote_10_1254" id="identifier_10_1254" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Triclot, Philosophie des jeux vid&eacute;o, p.188 ">11</a></sup> qui accompagne ce <em>White Igloo</em> prolonge cette hypothèse. Ce fantasme du tout-symbolique, du recouvrement total du réel par le symbolique, est mortifère, et les tentatives de mise en œuvre le dévoilent. Les jeux vidéo peuvent ainsi jouer avec cet aspect du symbolique, soit masquer ce fait, par un déferlement d’imaginaire, c’est-à-dire de représentations de héros en action (<em>Call of Duty Modern Warfare</em>), soit le dévoiler ironiquement (<em>Unmanned, a day in the life of a drone pilot</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le font-ils simplement au niveau du contenu, ou bien ont-ils d’autres possibilités à faire valoir. Dans un post suivant, nous verrons avec Triclot qu’à ce propos qu’il faut distinguer plusieurs niveaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour conclure, rappelons-nous les futures pistes de travail. Il faut donc avancer sur cette question de l’informatique comme technologie de pouvoir, et comment elle pourrait dès lors affecter la fabrique des subjectivités contemporaines. Pourquoi la qualifier de cette manière ? Ce serait d’une part en raison de sa proximité avec les dispositifs de pouvoir déjà établis, pouvoirs économiques et politiques. Et d’autre part, ce serait en tant qu’elle permet de numériser les objets réels afin d’obtenir une vue panoptique du monde, qui permettra à ce même pouvoir d’agir en conséquence (Cela rappelle ainsi les jeux vidéo de type <em>God game</em>, c’est-à-dire les plus proches des simulateurs, comme Sim City par exemple).</p>
<p style="text-align: justify;">Et pour finir avec &laquo;&nbsp;le sourire&nbsp;&raquo;, <a href="http://www.theoria.fr/le-top-10-des-jeux-les-plus-totalitaires/" target="_blank">un article sur le même thème : le top 10 des jeux les plus totalitaires&#8230;</a></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1254" class="footnote"> M. Triclot, <em>Philosophie des jeux vidéo</em>, p.185 </li><li id="footnote_1_1254" class="footnote"> lire Jean-Michel Salanskis, <em>Le monde du computationnel</em> à ce sujet </li><li id="footnote_2_1254" class="footnote"> M. Triclot, <em>Philosophie des jeux vidéo</em>, p.185 </li><li id="footnote_3_1254" class="footnote"> M. Triclot, <em>Philosophie des jeux vidéo</em>, p.186 </li><li id="footnote_4_1254" class="footnote"> Lire sur ce point l’excellent livre de Fred Turner, <em>Aux sources de l’utopie numérique, de la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence</em>, C&amp;F Editions, 2012 </li><li id="footnote_5_1254" class="footnote"> M. Triclot, <em>Philosophie des jeux vidéo</em>, p.186-187 </li><li id="footnote_6_1254" class="footnote"> <a href="http://archive.constantvzw.org/events/vj4/gdop/gv/iwhite/igloof.html" target="_blank">http://archive.constantvzw.org/events/vj4/gdop/gv/iwhite/igloof.html</a> </li><li id="footnote_7_1254" class="footnote"> M. Triclot, <em>Philosophie des jeux vidéo</em>, p.186 </li><li id="footnote_8_1254" class="footnote"> <a href="http://www.molleindustria.org/" target="_blank">http://www.molleindustria.org/</a> </li><li id="footnote_9_1254" class="footnote"> M. Triclot, <em>Philosophie des jeux vidéo</em>, p.188 </li><li id="footnote_10_1254" class="footnote"> M. Triclot, <em>Philosophie des jeux vidéo</em>, p.188 </li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Colloque de l&#8217;association HEBE le 29 mars 2013 : Les jeux vidéos, perspectives cliniques, thérapeutiques et culturelles</title>
		<link>http://vincent-le-corre.fr/?p=1220</link>
		<comments>http://vincent-le-corre.fr/?p=1220#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 18 Jan 2013 17:56:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Association Hébé]]></category>
		<category><![CDATA[Clémence Moreau]]></category>
		<category><![CDATA[Grégoire Latry]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Christophe Dardart]]></category>
		<category><![CDATA[jeux vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Lucie Parisot]]></category>
		<category><![CDATA[Mehdi Debbabi-Zourgani]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris le 17 janvier 2013.
Sous l’appellation "jeux vidéo" coexistent une pluralité de pratiques ludiques, et donc de potentialités créatives. Comment nous saisir de ces objets dans la clinique ?
Cette journée de l'association Hébé située à Tours aura pour visée d'interroger le champ vidéoludique en tant que processus culturel et thérapeutique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>« Il ne faut jamais oublier  que jouer est une thérapie en soi. Faire le nécessaire pour que les  enfants soient capables de jouer, c’est une psychothérapie qui a une  application immédiate et universelle ; elle comporte l’établissement  d’une attitude sociale positive envers le jeu. Mais il faut admettre que  le jeu est toujours à même de se muer en quelque chose d’effrayant. Et  l’on peut tenir les jeux (games), avec ce qu’ils comportent d’organisé,  comme une tentative de tenir à distance l’aspect effrayant du jeu </em>(<em>playing</em>)<em> ». (Winnicott, 1975)</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/format-email-200x300.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1222" title="format-email-200x300" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/format-email-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a></em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p>Le <a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/plaquette-jeux-vid%C3%A9o2.pdf" target="_blank">programme est à télécharger ici</a> et le <a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/bulletin-jeu-vid%C3%A9o1.pdf" target="_blank">bulletin d&#8217;inscription est à télécharger ici</a>.</p>
<p><strong>Argument :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous  sommes de plus en plus amenés a rencontrer des enfants et des  adolescents dont le rapport aux jeux vidéo nous interpelle, parfois nous  inquiète. Dans le même temps, nous découvrons au travers de ce média  leurs potentialités créatrices, ainsi que la richesse culturelle liée à  ces univers ludiques dont il faut reconnaître la valeur<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1220#footnote_0_1220" id="identifier_0_1220" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Le jeu vid&eacute;o est devenu &agrave; cet &eacute;gard une sorte de pharmakon &amp;#8211; rem&egrave;de et  poison- que parents, cliniciens, journalistes ou politiciens ont su  mettre en avant comme objet d&rsquo;ancrage de nombreuses inqui&eacute;tudes. ">1</a></sup> .</p>
<p style="text-align: justify;">Le jeu vidéo peut être considéré comme  le paradigme ludique de notre rapport au numérique. Il s’agit certes de «  jouets » techniques, mais ils s’inscrivent dans l’histoire de nos  rapports avec les machines et produisent une expérience subjective  venant bousculer la culture ludique.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec Freud, nous pourrions nous atteler à  mettre en avant une psychopathologie psychanalytique du vidéoludique  quotidien; c’est à certains égards ce qu’il a proposé au travers de  l’interprétation des rêves&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Encore faut-il définir l’objet de  recherche ; constatation faite d’une confusion, d’une trop grande  ambiguïté des termes dans la qualification du champ vidéoludique :  tantôt le virtuel, la cyberculture, la ludologie, les mondes numériques,  les nouvelles technologies de l’information et de la communication, etc<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1220#footnote_1_1220" id="identifier_1_1220" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" D&rsquo;ailleurs force est de constater que le champ de addictologie s&rsquo;est  saisie de cette question en proposant des rem&eacute;diations qui peuvent  mettre de cot&eacute; la dimension culturelle que sugg&egrave;rent ces acceptions. ">2</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Que vient dès lors questionner cette profusion sémantique?</p>
<p style="text-align: justify;">De notre place de cliniciens,  éducateurs, enseignants ou soignants, quelles responsabilités avons-nous  dans la médiatisation et la confusion liée à ces termes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sous l’appellation &laquo;&nbsp;jeux vidéo&nbsp;&raquo; coexistent, de fait, une pluralité de pratiques ludiques, et donc de potentialités créatives.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment nous saisir de ces objets dans la clinique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cette journée que nous proposons à pour  visée une élaboration de ces objets en interrogeant le champ  vidéoludique en tant que processus culturel et thérapeutique. C’est à  travers la fonction du jeu, en référence à la dialectique Winnicottienne  entre le <em>play </em>et le <em>game</em>, que nous souhaitons  questionner les jeux vidéo, en soutenant que le jeu est un tout qui a  des vertus thérapeutiques en soi, à plus fortes raisons à l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">A cette occasion nous pourrons échanger  avec des professionnels de différents champs qui aujourd’hui pensent cet  ou ces objets en prenant à contrepied les arguments clivés en tout ou  rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Intervenants :</p>
<p style="text-align: justify;"><a title="benoit virole" href="http://www.asso-hebe.fr/2012/11/benoit-virole/" target="_blank"><strong><em>Benoit Virole</em></strong></a> Psychologue Psychanalyste, <a title="mathieu Triclot" href="http://www.asso-hebe.fr/2012/11/mathieu-triclot/" target="_blank"><strong><em>Mathieu Triclot</em></strong></a> Philosophe, <strong><em><a title="olivier mauco" href="http://www.asso-hebe.fr/2012/10/game-in-society-le-blog-dolivier-mauco/" target="_blank">Olivier Mauco</a> </em></strong>Docteur en Sciences Politiques, <a title="jean yves le fourn" href="http://www.cairn.info/publications-de-Le%20Fourn-Jean-Yves--2552.htm" target="_blank"><strong><em>Jean Yves Le Fourn</em></strong></a> Pédopsychiatre Psychanalyste chef de service du Centre Oreste- membre du <a title="CILA" href="http://www.asso-hebe.fr/a-propos/partenaires/" target="_blank">Collège international de l’Adolescence</a>, <strong><em>Clémence Moreau</em></strong> Psychologue clinicienne, <strong><em><a href="http://mehdi-debbabi.fr/" target="_self">Mehdi Debbabi-Zourgani</a> </em></strong>Psychologue clinicien, <a title="lucas pradalier" href="https://sites.google.com/site/lucasislookingfor/" target="_blank"><strong><em>Lucas Pradalier</em></strong></a> Artiste.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Le <a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/plaquette-jeux-vidéo2.pdf" target="_blank">programme est à télécharger ici</a> et le <a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/01/bulletin-jeu-vidéo1.pdf" target="_blank">bulletin d&#8217;inscription est à télécharger ici</a>.</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comité scientifique et d’organisation :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>le “GTA JV” (Clémence Moreau, <a href="http://www.vududivan.fr/" target="_blank">Lucie Parisot</a>, <a title="vincent le corre" href="http://vincent-le-corre.fr/" target="_blank">Vincent Le Corre</a>, Grégoire Latry,</em></strong> <strong><em><a title="jc dardart" href="http://www.jcdardart.net/" target="_blank">Jean-Christophe Dardart</a>, <a href="http://mehdi-debbabi.fr/" target="_self">Medhi Debbabi-Zourgani</a>), Caroline Gauvreau, Aurélie Wijkuisen, Jean Yves le Fourn, Isabelle Perrin, Arnaud Sylla.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1220" class="footnote"> Le jeu vidéo est devenu à cet égard une sorte de pharmakon &#8211; remède et  poison- que parents, cliniciens, journalistes ou politiciens ont su  mettre en avant comme objet d’ancrage de nombreuses inquiétudes. </li><li id="footnote_1_1220" class="footnote"> D’ailleurs force est de constater que le champ de addictologie s’est  saisie de cette question en proposant des remédiations qui peuvent  mettre de coté la dimension culturelle que suggèrent ces acceptions. </li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Le jeu vidéo chez l&#8217;enfant et l&#8217;adolescent : soirée à Lille Le mercredi 6 février 2013</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Jan 2013 15:20:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[jeux vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Savoirs et Clinique]]></category>
		<category><![CDATA[Sylvie Boudaillez]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 15 janvier 2013. Rencontre à Lille le 6 février autour des jeux vidéo.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;"><strong>LE JEU VIDEO CHEZ L’ENFANT ET L’ADOLESCENT. </strong></div>
<div style="text-align: justify;"><strong>QU’EN DIT LA PSYCHANALYSE&#8230;</strong></div>
<div style="text-align: justify;"><strong><br />
</strong></div>
<div style="text-align: justify;">Le mercredi 6 février 2013</div>
<div style="text-align: justify;">lien : <a href="http://www.aleph-savoirs-et-clinique.org/de/soirees-qlenfant-objetq-lille.html" target="_blank">http://www.aleph-savoirs-et-clinique.org/de/soirees-qlenfant-objetq-lille.html</a></div>
<div style="text-align: justify;"><strong><br />
Sylvie Boudailliez</strong>, psychologue, psychanalyste, Roubaix</div>
<div style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;jeux vidéo, traitement de l&#8217;angoisse?&nbsp;&raquo;</div>
<div style="text-align: justify;">Dans <em>Au-delà du principe de plaisir</em> Freud met en évidence comment le jeu du Fort-Da de l’enfant est au cœur  de l’angoisse. Nous chercherons à montrer comment l’angoisse suscitée  dans les jeux vidéo d’aujourd’hui est moteur de l’activité ludique tout  en offrant au joueur de quoi se protéger contre elle. Nous tenterons de  cerner également comment les jeux vidéo en permettant d’accueillir et de  travailler l’agir chez certains sujets, constituent une aide, un  support aux processus de symbolisation de l’angoisse.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"><strong>Vincent Le Corre</strong>, psychologue clinicien, psychanalyste, Paris</div>
<div style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;les jeux vidéo, de l&#8217;objet de médiation à l&#8217;objet culturel&nbsp;&raquo;</div>
<div style="text-align: justify;">
<div>Partant de rencontres cliniques, j&#8217;essaierai de présenter  différentes facettes de la présence de cet objet vidéo-ludique dans le  travail que je mène auprès d&#8217;enfants ou d&#8217;adolescents.</div>
<div>Constatant que cet objet de consommation de masse fait partie de  notre culture contemporaine, et plus particulièrement de  l&#8217;environnement des enfants et des adolescents, je parlerai de mes  tentatives d&#8217;essayer d&#8217;entendre quelque chose du sujet à travers son  usage lorsqu&#8217;il est utilisé comme objet de médiation dans le présent  d&#8217;une séance, ou bien lorsqu&#8217;il est plus simplement utilisé comme un  objet support de relation. J&#8217;essaierai d&#8217;en déduire certaines  propositions concernant son usage plus courant.</p>
</div>
<p>21 h &#8211; 23h  à l’U.r.i.o.p.s.s. – 199/201 Rue Colbert Immeuble Douai 5ème étage,  Lille ouvert à tous; frais: participation 8 euro, réduit 5 euro</p>
</div>
<p style="text-align: justify;">Renseignements : Sylvie Boudailliez, 03 20 70 81 52,   <a href="mailto:sboudaillez@aleph-savoirs-et-clinique.org">sboudaillez@aleph-savoirs-et-clinique.org</a> et Jean-Claude Duhamel, 03 21 69 11 08,   <a href="mailto:jcduhamel@aleph-savoirs-et-clinique.org">jcduhamel@aleph-savoirs-et-clinique.org</a></p>
]]></content:encoded>
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		<title>14ème Colloque de l’ALEPH: « Jeu d’enfant » (Lille, samedi 6 avril 2013)</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Dec 2012 08:34:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[ALEPH]]></category>
		<category><![CDATA[Franz Kaltenbeck]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris décembre 2012. Annonce du prochain colloque de l'association ALEPH sur Lille, le 6 avril 2013.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.aleph-savoirs-et-clinique.org/14e-colloque-qjeu-denfantsq-lille-samedi-6-avril-2013.html" target="_blank">http://www.aleph-savoirs-et-clinique.org/14e-colloque-qjeu-denfantsq-lille-samedi-6-avril-2013.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En voici l&#8217;argument écrit par Franz Kaltenbeck.</strong></p>
<div style="text-align: justify;">
<p>Explorant   l’enfance où se joue l’avenir d’un être humain, la psychanalyse   ne pouvait pas négliger ce que Freud appela « l’occupation la plus chère   et la plus intense de l’enfant », &#8211; le jeu. En 1908, il le met à la   base même de « l’activité poétique », issue de celle du fantasme. Tout   enfant se comporte, selon lui, comme un poète ; il crée son propre   monde. Dans son séminaire <em>Les psychoses</em>, Lacan entérine cette  idée que  le poète engendre un monde. Par contre, les Mémoires d’un  névropathe du  Président Schreber ne relèvent pas de la poésie, car leur  auteur n’y  crée pas un monde à lui, il décrit son aliénation extrême,  étant donné  qu’il est devenu l’objet de la jouissance de l’Autre. Freud  prend, comme  d’ailleurs l’enfant lui-même, le jeu très au sérieux : «  Il serait  alors injuste de dire qu’il ne prend pas ce monde au sérieux;  tout  au contraire, il prend très au sérieux son jeu, il y emploie de  grandes  quantités d’affect. Le contraire du jeu n’est pas le sérieux,  mais la  réalité »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1193#footnote_0_1193" id="identifier_0_1193" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Freud S., &laquo; Der Dichter und das Phantasieren &raquo; (Le  po&egrave;te et l&rsquo;activit&eacute; de fantasmer), 1908. ">1</a></sup> .</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Freud  a raison d’y rajouter que l’enfant distingue fort bien  la réalité et  le monde de ses jeux et appuie même souvent son monde sur  des objets  réels. N’a-t-il pas observé comment son petit-fils Heinerle a  su  répondre au départ de sa mère et plus précisément à l’alternance de  la  présence et de l’absence de celle-ci par le jeu d’une bobine où il   saluait l’apparition et la disparition de cet objet par deux sons que   Freud interpréta comme les mots fort (absent) et da (ici) ? L’enfant   aurait ainsi répété l’expérience désagréable de l’absence de la mère   qui ne pouvait pas être plaisante pour lui. Voilà pourquoi Freud   s’interroge à cet endroit sur l’existence d’un « au-delà du principe du   plaisir », un domaine où le sujet n’agit pas pour maintenir ses  tensions  à un bas niveau. Peut-on pointer le sérieux du jeu d’une façon  plus  incisive que par cette observation et par les « spéculations   » freudiennes sur l’automatisme de répétition et la pulsion de mort  ?</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Les  meilleurs disciples de Freud ont poursuivi la recherche dans ce  sens.  Ils ont fait du jeu à la fois un moyen d’explorer l’inconscient   infantile qui ne sait pas encore se dire et un instrument jouissif au   service de la dimension thérapeutique dans l’analyse des petits   patients. Ainsi, Lacan rend tôt hommage à Mélanie Klein qui, dans le cas   Dick<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1193#footnote_1_1193" id="identifier_1_1193" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Klein M., Essais de psychanalyse, &laquo; L&amp;#8217;importance de la  formation du  symbole dans le d&eacute;veloppement du moi &raquo; (1930), Payot,  Paris, 2005. ">2</a></sup>, a su livrer à son petit patient psychotique, grâce à un  jeu de  trains (le petit et le grand train), un symptôme très proche de  la  réalité psychique (« le schéma de l’OEdipe »)<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1193#footnote_2_1193" id="identifier_2_1193" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Lacan J., Le S&eacute;minaire I. Les &eacute;crits techniques de Freud,  Paris, 1975, Seuil, p. 99-104. ">3</a></sup>. Winnicott, lui, émancipe  le jeu de  la seule réalité psychique. Il en fait un dispositif « à  l’extérieur de  l’individu » mais précise que l’aire de ce jeu n’est  pas le monde  extérieur. Si l’objet transitionnel aide l’enfant à accepter  et à  maîtriser la présence et l’absence de la mère, le jeu est chez   Winnicott plutôt pensé comme un « phénomène transitionnel »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1193#footnote_3_1193" id="identifier_3_1193" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Winnicott  D. W., Jeu et r&eacute;alit&eacute;, Paris, Gallimard, 1975. ">4</a></sup>. Par la  suite, des  psychanalystes ont trouvé des objets spécifiques  pour certaines  structures cliniques, par exemple les « objets de  sensation autistiques  » repérés par Francis Tustin<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1193#footnote_4_1193" id="identifier_4_1193" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Tustin F., &laquo; Psychotherapy with  children who cannot play &raquo;, in The  protective Shell in Children and Adults.  Londres, 1992, Karnac Books, p.  87-121. ">5</a></sup>  pour chaque enfant et  font partie de son corps, de  sorte que l’on peut se demander si  l’autiste joue avec  ses objets.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Depuis  les temps héroïques de la psychanalyse des enfants,  beaucoup de  jeux nouveaux sont offerts aux enfants de tout âge.  L’industrie  électronique a apporté un degré de sophistication aux jeux  d’ordinateur  dont on n’a pas encore mesuré les conséquences pour  l’inconscient et  pour le domptage des pulsions. Les  psychanalystes doivent étudier le  défi de ces objets et gadgets s’ils  veulent persister dans leur effort  d’accueillir les êtres souffrant du  malaise dans la civilisation. Après  tout, le sujet de la psychanalyse  est défini par Lacan comme sujet de  la science. Et ce sujet-là demande  plus que des thérapies  simplistes. Si les jeux d’enfants contribuent à  façonner les activités  intellectuelles et ludiques des adultes, force  est de reconnaître que  les jeux joués à partir de la puberté ou à l’âge  adulte, ne sont pas  toujours constructifs. Ils peuvent avoir des effets  dévastateurs et  régressifs. Dès leur adolescence, certains sujets  tombent dans la  dépendance des jeux d’ordinateurs et s’y consacrent  jours et nuits,  menant alors une vie de larve. À la différence des  enfants observés par  Freud, Klein, Winnicott, Tustin et d’autres, pour  ces jeunes et moins  jeunes, le jeu n’est plus un symptôme salutaire mais  plutôt une  activité incessante qui masque mal un vide menaçant.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Notre   colloque, ouvert à tout le monde, mais aussi adressé aux   médecins, psychiatres, cliniciens, soignants, éducateurs, enseignants,   littéraires et philosophes, est préparé avec l’ambition:</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>-   d’approfondir la notion du jeu dans la psychanalyse, en l’articulant   aux quatre concepts fondamentaux freudiens (inconscient, répétition,   transfert et pulsion) ainsi qu’à l’acte, à la jouissance et au symptôme   dans la théorie de Lacan ;</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>- d’étudier les rapports du jeu à la poésie, à l’art, à la science et à la philosophie ;</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>-  de  recenser les jeux nouveaux de notre époque. Ceux-ci aident le sujet   dans sa construction cognitive et psychique mais peuvent aussi   l’entraîner vers la perte des ses coordonnées personnelles et sociales ;</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>- de poser, grâce à des cas cliniques, la question de l’efficacité des jeux dans les cures d’enfants.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Franz Kaltenbeck</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<h3><strong>Parmi les intervenants, nous pouvons déjà vous annoncer la présence de :</strong></h3>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Anne BOISSIERE</strong> Professeur  à l’Université de Lille 3 où elle enseigne  l’esthétique et dirige le  Centre d’Etudes des Arts Contemporains. Elle  est notamment l’auteur de  La pensée musicale de Theodor W. Adorno  (Beauchesne, 2011), Adorno, la  vérité de la musique moderne (Presses  Universitaires du Septentrion,  1999). Elle a également coordonné le  collectif Musique et philosophie  (1997), co-dirigé avec Catherine  Kintzler, Approche philosophique du  geste dansé, de l’improvisation à  la performance (2006), et, avec  Véronique Fabbri et Anne Volvey,  Activité artistique et spatialité  (L’Harmattan, 2010).</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Sylvie BOUDAILLIEZ</strong> Psychanalyste, psychologue clinicienne au BAPU, au  CMPP Henri Wallon, membre du Collège de Psychanalystes de l’ALEPH.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Chantal DALMAS</strong> Gérontopsychiatre à Aubagne, membre de l’ALEPH.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Franz KALTENBECK</strong> Psychanalyste à Paris et à Lille, membre du Collège de Psychanalystes de l’ALEPH.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Vincent LE CORRE</strong> Psychologue  clinicien et psychanalyste. Il exerce à  Paris. Il est notamment  intéressé par les relations que nous  entretenons avec les machines  numériques (notamment leurs origines avec  les travaux d&#8217;Alan Turing). A ce sujet, il étudie les jeux vidéo comme  objet culturel dans leurs usages courant ou excessif.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong> </strong></p>
</div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Marie LENORMAND</strong> Psychologue  clinicienne en CMPP, chargée de cours à  l’université de Provence  Aix-Marseille, docteur en psychologie, agrégée  de philosophie.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Eric Le TOULLEC</strong> Psychiatre et psychanalyste à Toulouse, membre du Collège de Psychanalystes de l’ALEPH.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Marie-Claude THOMAS</strong> Psychanalyste  à Paris et auteur de Lacan, lecteur  de Mélanie Klein (Erès, 2012),  L’autisme et les langues (L’Harmattan,  2011) et La première journée de  Sabine (Amalthée, 2006).</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><strong>Antoine VERSTRAET</strong> Psychologue clinicien à Lille, membre de l’ALEPH.</p>
</div>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1193" class="footnote"> Freud S., « Der Dichter und das Phantasieren » (Le  poète et l’activité de fantasmer), 1908. </li><li id="footnote_1_1193" class="footnote"> Klein M., Essais de psychanalyse, « L&#8217;importance de la  formation du  symbole dans le développement du moi » (1930), Payot,  Paris, 2005. </li><li id="footnote_2_1193" class="footnote"> Lacan J., <em>Le Séminaire I. Les écrits techniques de Freud</em>,  Paris, 1975, Seuil, p. 99-104. </li><li id="footnote_3_1193" class="footnote"> Winnicott  D. W., Jeu et réalité, Paris, Gallimard, 1975. </li><li id="footnote_4_1193" class="footnote"> Tustin F., « Psychotherapy with  children who cannot play », in <em>The  protective Shell in Children and Adults</em>.  Londres, 1992, Karnac Books, p.  87-121. </li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Alan Turing, sur les traces de l’IA : Episode 12 – Turing et la course aux premiers ordinateurs</title>
		<link>http://vincent-le-corre.fr/?p=1144</link>
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		<pubDate>Sun, 09 Sep 2012 16:09:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, le 9 septembre 2012.
Après la seconde Guerre Mondiale, Turing va participer à la grande aventure des premiers projets d'ordinateurs, concrétisation matérielle de son concept logique de 1936.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Nous avons donc « fêté », le 23 juin 2012 dernier, l’anniversaire du centenaire de la naissance de ce cher Alan Turing, « héros » de la pensée du siècle dernier. Il y eut quelques articles dans les quotidiens nationaux, comme par exemple <a href="http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/06/23/la-grande-bretagne-fete-les-100-ans-de-la-naissance-d-alan-turing-genie-de-l-informatique_1722897_3214.htmlhttp://" target="_blank">Le Monde</a>, pour fêter ce centenaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à notre vagabondage biographique, et plus précisément, attachons-nous cette fois à la participation de Turing à ce moment particulier dans l’histoire des machines automatiques au sens large, à savoir le passage des calculateurs aux premiers ordinateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, les ancêtres des ordinateurs étaient des calculateurs, de plus en plus puissants et de plus en plus rapides, grâce aux avancées technologiques (de la mécanique, on passait à l’électronique). Mais ces calculateurs ne possédaient pas encore la structure logique d’un ordinateur, à savoir le fait d’être des « machines entièrement automatiques, disposant d’une mémoire étendue et d’une unité de commande interne, qui effectuent des opérations logiques de calcul et de traitement de l’information grâce à des algorithmes enregistrés. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_0_1144" id="identifier_0_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Philipe Breton, Une histoire de l&rsquo;informatique, Seuil, 1990, p. 84 ">1</a></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette structure logique, appelée « architecture de von Neumann » et encore en usage aujourd’hui, sera formalisée par le mathématicien von Neumann dans un papier intitulé <a href="http://virtualtravelog.net.s115267.gridserver.com/wp/wp-content/media/2003-08-TheFirstDraft.pdf" target="_blank">« First draft of a report on the EDVAC »</a> et daté du 30 juin 1945.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, par une rencontre fortuite, von Neumann va travailler avec les deux concepteurs (Eckert et Mauchly) d’un calculateur, l’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Electronic_Numerical_Integrator_Analyser_and_Computer" target="_blank">ENIAC</a> (<em>Electronic Numerical Integrator and Calculator</em>), afin d’en saisir les limites et tenter de proposer de nouveaux principes de fonctionnement qui aboutiront à un prototype, l’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Electronic_Discrete_Variable_Automatic_Computer" target="_blank">EDVAC</a> (<em>Electronic Discrete Variable Automatic Computer</em>), qui ne sera terminé seulement qu’en 1952, alors même que les Anglais auront de leur côté mis en route le premier ordinateur. Le projet EDVAC prit beaucoup de retard en raison de divergences de points de vue concernant l’orientation du projet. Pour les uns, il fallait penser à sa commercialisation, donc à un brevet. Pour von Neumann, le projet devait être discuté et donc diffusé largement auprès des chercheurs anglos-saxons. C’est ce qui se produisit, et cela aboutit aux projets de cinq prototypes au cours des années 45-51 : « l’EDVAC, la machine IAS, le BINAC, l’EDSAC et le Manchester MARK I. Ces cinq machines furent véritablement les premiers ordinateurs. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_1_1144" id="identifier_1_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Philipe Breton, Une histoire de l&rsquo;informatique, Seuil, 1990, p. 97 et pour en savoir plus sur ces cinq projets&nbsp;: p. 99 &agrave; 105">2</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Concernant les nouveaux principes posés dans ce « first draft », von Neumann s’inspira vraisemblablement des travaux de Turing de 1936 qu’il connaissait bien. Les deux grands changements vont être « la mise en place d’une ‘unité de commande interne’, et la représentation des problèmes à traiter sous la forme d’algorithmes universels enregistrés. La nouvelle machine […] ne calcule plus : elle traite de l’information binaire (ce qui lui permet, indirectement, d’effectuer des calculs). »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_2_1144" id="identifier_2_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Philipe Breton, Une histoire de l&rsquo;informatique, Seuil, 1990, p. 91 ">3</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Cet automatisme de l’ordinateur, par rapport aux calculateurs, est la transposition technique du concept logique de machine universelle que Turing avait avancé en 1936.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais où en est Turing au sortir de la guerre ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Que faire en temps de paix ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Telle fut en effet la question qui se posa à Turing. La seconde guerre mondiale était à présent terminée. Et on a vu dans le précédent épisode comment Turing y a participé. A la fin de la guerre, les avancées et les travaux qui eurent lieu dans ce fameux lieu appelé <em>Bletchley Park</em> devaient cependant rester secrets. Impossible donc pour Turing de parler de ce qu’il avait fait, même à sa propre famille. Il n’en avait pas le droit. Cela explique, en partie, l’oubli de Turing dans les décennies qui suivirent sa mort.</p>
<p style="text-align: justify;">« […] le rôle exact de <em>Bletchley Park</em> fut généralement occulté et s’il eut par la suite une influence certaine sur de nombreux stratèges, il n’eut pas de véritable impact populaire. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_3_1144" id="identifier_3_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.246 ">4</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc un moment de flottement pour Turing du point de vue de sa « carrière professionnelle ». Que faire à présent ? Retourner au King’s College ? Peut-être. Mais c’est à ce moment-là que Turing a le désir de mettre en œuvre concrètement son projet de construire « un cerveau électronique ».</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons-nous que dans son article, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », écrit en 1936, Turing avait avancé l’idée de la notion « d’état d’esprit » pour construire son concept de machine. Cette notion d’état d’esprit était purement symbolique, autrement dit, elle ne faisait aucunement référence à un état physique neuronal ou un état physique de la machine. « L’état d’esprit » de Turing est une notion logique. « Pour notre mathématicien, quoi que fasse un cerveau, il le faisait en vertu de sa structuration logique et non parce qu’il se trouvait dans un crâne humain […]. Sa structure logique devait parfaitement être réplicable dans un autre milieu, matérialisée par une autre espèce de mécanisme physique. C’était une conception matérialiste, qui avait le mérite de ne pas confondre les systèmes logiques et les relations avec les substances physiques et les choses elles-mêmes, selon une erreur trop souvent commise. La démarche d’Alan n’avait rien à voir avec celles des défenseurs de la psychologie behaviouriste qui cherchaient à réduire la psychologie à la physique. Son projet ne cherchait pas à expliquer un phénomène, en l’occurrence l’esprit, par un autre.»<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_4_1144" id="identifier_4_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.248 ">5</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Cette citation est importante à mes yeux tant elle montre comment Turing concevait son modèle de l’esprit, ou de ce qu’il appelait encore &laquo;&nbsp;l’intelligence&nbsp;&raquo;, à l’aide de son concept de « machine logique à états discrets », et comment on peut chercher à relier sa tentative de modélisation avec l’importance de la dimension symbolique chez le sujet humain, ce que je chercherai à faire une autre fois.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela signifiait également pour Turing qu’importait peu le substrat matériel de la machine qui allait « supporter » le système logique qu’était l’esprit. Nul besoin de construire une sorte d’imitation du cerveau physiologique, comme tenteront de le faire d’autres chercheurs par la suite dans le futur mouvement cybernétique, pour matérialiser son modèle.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, la dimension la plus importante aux yeux de Turing était celle de l’apprentissage. Avec ce projet, il lui fallait en effet réussir à montrer comment une machine, selon lui, était capable d’apprendre. Et pour lui, le fait que sa machine universelle était, par définition, capable d’imiter le fonctionnement de n’importe quelle autre machine, constituait le point de départ de sa démonstration. Il restait à présent à la construire.</p>
<p style="text-align: justify;">Juste avant de quitter <em>Bletchley Park</em>, Turing débuta alors son projet avec son assistant de l’époque, Don Bayley.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le projet ACE</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si l’Angleterre était financièrement au plus mal à la sortie de la guerre, les universités restaient des lieux très stimulants pour la recherche. Les dirigeants politiques visaient à cette époque l’arme nucléaire, et se dotaient alors de programmes de recherche adéquats. Pour mener à bien un programme nucléaire, les calculateurs et les ordinateurs constituaient donc des outils importants. Travaillé par son idée de cerveau électronique, Turing va alors rejoindre une institution anglaise importante, le Laboratoire National de Physique (NPL), au sein de laquelle le projet <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Automatic_Computing_Engine" target="_blank">ACE </a>(<em>Automatic Computer Engine) </em>va être mis en route.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous le disions en introduction, l’ACE n’était pas le seul projet de machine de ce type. Comme le rappelle Hodges, «  […] il existait déjà toutes sortes de machines ‘à penser’ […]. Elles se classaient, grossièrement, en deux groupes : les ‘analogiques’ et les ‘numériques’ »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_5_1144" id="identifier_5_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.252 ">6</a></sup> Et Alan avait finalement déjà travaillé sur ces deux types, notamment sur la machine appelée <em>Colossus</em>, qui avait servi à décrypter les codes d’Engima. Charles Babbage (1791 – 1871) avait par exemple construit dès 1837 un calculateur mécanique, « une machine analytique dont la propriété essentielle était de mécaniser n’importe quelle opération mathématique. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_6_1144" id="identifier_6_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.253 ">7</a></sup> En 1937, l’ingénieur allemand, Konrad Zuse, qui avait redécouvert certaines idées de Babbage, avait quant à lui construit des calculateurs qui servirent à la conception des V2.</p>
<p style="text-align: justify;">Turing avait toujours travaillé en faisant cavalier seul. Il avançait, presque seul, avec les moyens du bord. Ses idées essaimaient, également, tranquillement. Mais les moyens étaient beaucoup plus substantiels aux Etats-Unis. Aussi, « sans l’existence d’ENIAC et du projet EDVAC […] il n’aurait sans doute jamais été appelé par J. Womersley, responsable de la Division de mathématiques du Laboratoire National de Physique. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_7_1144" id="identifier_7_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.259 ">8</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Cette institution, le NPL, était en effet le plus grand laboratoire gouvernemental britannique de l’époque, et Womersley, qui avait lu l’article de Turing, et qui avait également eu connaissance des projets ENIAC et EDVAC, avait immédiatement pensé à engager Alan Turing. « Le NPL avait été fondé pour abattre les barrières séparant la théorie de la pratique, et cela correspondait exactement à ce qu’Alan se proposait de faire. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_8_1144" id="identifier_8_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.261 ">9</a></sup> Turing rejoignit donc le NPL en octobre 1945, et le projet ACE (<em>Automatic Computer Engine</em> en hommage à « l’Analytical Engine » de Charles Babbage) débuta.</p>
<p style="text-align: justify;">L’un des problèmes principaux fut l’invention technique qui allait matérialiser le concept de mémoire (le ruban de papier de la machine du Turing), et la mise au point de la possibilité pour la machine, de modifier les instructions qu’elle stockait elle-même. Autrement dit, la machine stockerait dans sa mémoire, et ses instructions, et ses données. Elle pourrait modifier directement sa propre mémoire. C’était ainsi le début d’une possibilité, pour la machine, de modifier ses propres instructions. Et c’était également le début de l’invention de « l’art de la programmation informatique, en complète rupture avec les calculateurs en vigueur à l’époque […] »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_9_1144" id="identifier_9_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.278 ">10</a></sup> C’était donc un projet particulièrement ambitieux et couteux que Turing avait imaginé.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette possibilité découlait donc directement de ses recherches en mathématiques, et de son concept de machine universelle, à l’intérieur de laquelle on trouvait déjà un mélange de nombres et d’instructions. Cette machine universelle, de papier, servant, comme on l’a vu, à résoudre de manière mécanique des problèmes mathématiques selon la conception hilbertienne des mathématiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Turing écrivit le rapport ACE qui, finalement, contenait des propositions qui allaient déjà dans le sens d’une relation homme-machine de plus en plus facile. Il anticipait d’une certaine manière sur les futures idées d’un J. Licklider et sa notion de symbiose homme-machine. « Alan alla même jusqu’à penser à d’éventuelles terminaux à distance. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_10_1144" id="identifier_10_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.282 ">11</a></sup> Enfin il anticipa le besoin croissant de <em>coders</em>, de programmeurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement achevé en 1945, « le rapport ACE constituait […] le premier compte-rendu des utilisations possibles d’une machine universelle. L’ACE devait résoudre ‘ tous les problèmes qui peuvent être résolus par l’esprit humain travaillant selon des règles fixes et sans avoir à comprendre.’ »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_11_1144" id="identifier_11_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.283 ">12</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">« Sans avoir à comprendre ». Cela évoque le fait que la notion de « comprendre » est attachée à celle de sens, qui, pour être mise en œuvre, nécessite d’avoir un corps. Or la machine universelle de Turing est finalement conçue comme le modèle d’un esprit ; d’un pur esprit fonctionnant « selon des règles fixes ». Elle ne peut alors effectivement comprendre le sens d’une chose.</p>
<p style="text-align: justify;">Il fut décidé de soutenir le projet ACE en mai 1946, et le projet fut annoncé officiellement en novembre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Turing n’était pas au bout de ses peines. Sa collaboration avec le NPL fut de plus en plus difficile d’une part en raison de la concurrence, de celle du projet américain EDVAC par exemple, et en raison d’autre part, de choix techniques que d’autres intervenants tentaient d’imposer et qui venaient s’opposer à la philosophie du projet initial de Turing.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette philosophie, qui se basait donc sur sa notion de machine universelle, pourrait se résumer dans le fait que Turing cherchait à réduire au maximum les ajouts de matériel pour préférer l&#8217;exploitation de l’aspect programmable de sa machine.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette perspective, il cherchait donc à développer le fait que les programmeurs devraient pouvoir communiquer avec la machine « dans n’importe quelle langage pourvu qu’il soit exact, c’est-à-dire qu’on devrait en principe pouvoir communiquer dans n’importe quelle logique symbolique du moment que les machines auront reçu les tables d’instruction nécessaires pour interpréter ce système logique. Cela devrait signifier que les systèmes logiques auront un champ d’action nettement plus concret que par le passé. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_12_1144" id="identifier_12_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.301 ">13</a></sup>. Turing entrevoyait donc l’écosystème technique dans lequel nous vivons aujourd’hui, et la multiplication croissante des langages informatiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une machine capable d’apprendre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce qui le poussait avant tout, c’était sa volonté de développer cette fameuse capacité d’apprentissage de la machine. Une machine capable d’assimiler sa propre expérience. « […] Alan considérait que le processus de modification des instructions était relativement proche de celui de l’apprentissage humain et méritait qu’on s’y arrête. Il voyait dans les progrès de la machine modifiant elle-même ses instructions un ‘élève’ apprenant l’enseignement d’un ‘maître’. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_13_1144" id="identifier_13_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.302 ">14</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Toujours dans cette perspective de développement de cette capacité d’assimilation de sa propre expérience, autrement dit pour Turing, de développement de l’intelligence chez la machine, il faisait une proposition qui peut sonner étrange encore aujourd’hui, donc qui mérite notre attention. En effet, on lui objectait que la machine ne pouvait être intelligente, en raison de limitations logiques même démontrées par le théorème de Gödel ; limitations auxquelles il avait d’ailleurs lui-même contribué avec son article de 1936. Une des conclusions que l’on pouvait tirées de son article était ainsi une voie de réhabilitation de l’intuition humaine comme seule possibilité de dépasser ses limites logiques. Mais Turing proposait autre chose à cette époque.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je dirai que justice doit être rendue aux machines. Au lieu de laisser parfois les machines dans l’incapacité de fournier une réponse, nous pourrions faire en sorte qu’elles nous donnent occasionnellement des réponses erronées. Le mathématicien humain commet lui-même des erreurs lorsqu’il essaye de nouvelles techniques. Il nous paraît tout naturel de lui pardonner et nous sommes prêts à lui donner une autre chance alors que nous nous montrerions implacables avec une machine. En d’autres termes, si une machine n’a pas droit à l’erreur, on ne peut attendre d’elle qu’elle soit intelligente. Il existe plusieurs théorèmes qui reviennent exactement à cela. Mais ces théorèmes ne disent pas dans quelle mesure une machine peut être intelligente si elle ne prétend pas à l’infaillibilité. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_14_1144" id="identifier_14_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.304 ">15</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Turing voulait ainsi abolir « la position officielle qui distinguait ‘la machine automatique inconsciente’ des ‘sphères supérieures de l’intellect’ »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_15_1144" id="identifier_15_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.305 ">16</a></sup> C’était une manière de tenter de subvertir l’autorité des intellectuels, ou de l’intellectualité humaine, en tentant de montrer que la pensée humaine pourrait être un jour automatisée.</p>
<p style="text-align: justify;">Progressivement, le NPL prit une série de décisions, sans faire confiance à Turing et à son projet initial, ce qui aboutit à une impasse, à retarder de plus en plus le projet ACE et enfin à réduire de beaucoup l’enjeu du projet. Mais pire, cela finit par démobiliser Turing qui fut considéré finalement comme un obstacle au projet. Le NPL s’arrangea alors pour éloigner Turing de l’opération, en lui octroyant une bourse au King’s College de Cambridge. C’est durant ce retour à King’s College que Turing se lia d’amitié avec Robin Gandy qui fut considéré comme le seul étudiant dont Turing dirigea la thèse.</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, le projet ACE se réduira pour aboutir à une version nommée « ACE Pilot » qui sera terminée en mai 1950.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Retour au King’s College puis départ à Manchester</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le père de Turing mourut le 3 août 1947. Sa mère se portant bien, elle s’intéressa alors de plus en plus aux activités de son fils.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui préoccupait Turing en cette année 1947, « c’était de comprendre le mécanisme de la pensée. Le cerveau arrivait à penser, mais comment ? Les physiologistes de l’époque n’avaient que des idées extrêmement vagues sur les réponses et les stimuli des neurones. ».<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_16_1144" id="identifier_16_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.314 ">17</a></sup>. Ce qui intéressait Turing n’était d’ailleurs pas les explications de type biologique ou chimique, mais il cherchait toujours « une description <em>logique</em> du système nerveux, où la physique et la chimie ne jouaient qu’un rôle de support. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_17_1144" id="identifier_17_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.314 ">18</a></sup>. Il s’intégra rapidement à la vie Cambridge, entreprit d’avoir de nouveau de vraies relations amoureuses avec des hommes après la période difficile de la guerre. Il commencera alors une liaison avec un étudiant nommé Neville Johnson en avril 1948.</p>
<p style="text-align: justify;">La vie intellectuelle de Cambridge lui permettait donc de poursuivre précisément ses propres recherches et développer ses thèmes de prédilection. Il fit par exemple une conférence sur les robots en janvier 1948.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Turing s’interrogeait cependant sur ses possibilités pour travailler concrètement sur ce projet de machine numérique. S’il restait à Cambridge, il pourrait poursuivre en tant que maître-assistant, mais contribuer aux prolégomènes de ce qui allait s’appeler plus tard l’informatique l’attirait trop. A Manchester, le professeur de Mathématiques Max Newman, qui connaissait bien Turing pour avoir été son premier lecteur, avait lancé un autre projet d’ordinateur dans le milieu de l’année 1946. Turing s’arrangea donc pour démissionner du NPL, quitter Cambridge, et rejoindre l’université de Manchester.</p>
<p style="text-align: justify;">« Dès le 21 juin 1948, l’équipe de Manchester avait réussi à exécuter un programme sur le premier calculateur digital électronique à programme enregistré qui eût jamais fonctionné dans le monde. […] La mémoire utilisée était le tube cathodique imaginé par Williams, et on ne pouvait disposer à ce moment que d’une mémoire totale de 1024 chiffres binaires enregistrés sur un tube.»<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_18_1144" id="identifier_18_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.324 ">19</a></sup> Turing rejoindra ainsi peut après Manchester, en octobre 1948, ce qui sonnera l’effacement progressif de son nom autour du projet ACE.</p>
<p style="text-align: justify;">Au mois de juillet et août 1948, il rédigea alors un rapport sur ses activités à Cambridge pour le NPL, centré sur l’idée de <em>Machines Intelligentes</em>. Les idées qui y sont contenues seront reprises dans son fameux article qui paraîtra dans la revue <em>Mind</em> un peu plus tard, « Les ordinateurs et l’intelligence »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_19_1144" id="identifier_19_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Alan Turing, &laquo;&nbsp;Les ordinateurs et l&rsquo;intelligence&nbsp;&raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995 ">20</a></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Outre le fait qu’il tentait dans ce rapport de travailler aux questions touchant le déterminisme et l’aléatoire, au cœur de sa notion de machine intelligente, il finissait par se poser des questions quant à la nécessité de périphériques (caméras, microphones, roues, etc.), bref à la place du corps de cette machine dans ses possibilités d’apprentissage. Enfin, il y définissait ce qu’était une machine pour lui, ce qu’on retrouvera également dans son article publié par <em>Mind.</em></p>
<p style="text-align: justify;">A Manchester, Turing eut certaines difficultés pour trouver sa place dans le projet, notamment auprès des ingénieurs. Difficile également d’être séparé de Neville. Mais Newman laissa cependant un rôle important à Turing dans la conception de la machine qui allait être baptisée <em>le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Manchester_Mark_I" target="_blank">Mark I</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Afin d&#8217;avoir une idée des capacités inventives de Turing, et de son côté « Geo Trouvetout », voici un exemple. Durant cette période, Turing rencontra l’américain David Sayre, diplômé des Laboratoires de rayonnements du MIT, qui étudiait « la biologie moléculaire à Oxford avec Dorothy Hodgkin. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_20_1144" id="identifier_20_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.344 ">21</a></sup>. Sayre venait observer les travaux autour du calculateur afin de savoir si ces derniers pouvaient l’aider dans le domaine de la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cristallographie" target="_blank">cristallographie</a> à rayons X. Les deux savants discutèrent à partir des travaux de Turing en cryptologie. « Les rayons X permettraient en effet d’obtenir un modèle de diffraction que l’on pouvait considérer comme le chiffrement de la structure moléculaire. […] Le résultat de cette analogie fut que […] avant la fin de nos entretiens, il avait réinventé la plupart des méthodes qu’avaient élaborées jusque-là les spécialistes de la cristallographie. Il avait des connaissances dont l’étendue dépassait largement celles de tous les cristallographes que j’ai pu connaître, et je suis certain qu’il aurait pu faire avancer d’un grand pas la cristallographie s’il s’y était attaqué sérieusement pendant quelque temps. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_21_1144" id="identifier_21_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.344-345 ">22</a></sup>. Cet aspect touche-à-tout se retrouvera également un peu plus tard, quand Turing prendra cette fois le temps de se pencher sur une autre discipline qui l’intéressait déjà depuis quelques années, et dont il posera les bases, la morphogenèse.</p>
<p style="text-align: justify;">L’année 1948 fut aussi l’année de publication du célèbre ouvrage <em>La Cybernétique</em> de Norbert Wiener, qui définissait cette nouvelle discipline comme travaillant sur « la régulation et les communications dans l’être vivant et la machine ». Cela signifiait, en fait, la description du monde où l’information et la logique importaient davantage que l’énergie ou la constitution matérielle. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_22_1144" id="identifier_22_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.339 ">23</a></sup>. <em>Le moment cybernétique</em>, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Mathieu Triclot, introduit effectivement une véritable révolution avec pour cœur conceptuel, l’information. L’ouvrage de Wiener permit la diffusion vers le grand public de ce qui se préparait depuis quelques années déjà, notamment avec les travaux de Claude Shannon, que Turing avait rencontré par ailleurs durant la guerre, et qui viendra cette fois voir Turing à Manchester. La cybernétique, et la future théorie de l’information avait en effet besoin des idées de Turing. Il fut d’ailleurs invité à participer au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ratio_Club" target="_blank">Ratio Club</a>, un groupe de discussion autour des idées de la Cybernétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi prenait de plus en plus d’importance, tant dans l’espace médiatique que celui des idées, le thème désormais classique de l’analogie entre l’esprit et la machine, celui de la machine pensante. Un colloque important eut lieu à Manchester en octobre 1949 sur « L’esprit et la machine à calculs », auquel Turing participa.</p>
<p style="text-align: justify;">Et nous achèverons cet épisode sur la publication, un an plus tard, de son plus fameux article, « Computing Machinery and Intelligence » dans la revue <em>Mind</em>. Cet article, où Turing expose son test comme une tentative de « définition opérationnelle de la ‘pensée’ de ‘l’intelligence’ ou de la ‘conscience’ en recourant à un jeu de devinettes sexuelles »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1144#footnote_23_1144" id="identifier_23_1144" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.349 ">24</a></sup> me semble en effet ce qui a marqué le plus la culture informatique. Même si Turing n’a cessé de rêver à ses machines intelligentes, comme en témoigne ce morceau d’anthologie qu’est cet article, il n’en verra pas la concrétisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous le lirons plus en détails une autre fois, et nous essaierons au prochain épisode de saisir après-coup, avec Jean Lassègue, la cohérence des travaux de Turing, à savoir que sa participation à la naissance de l’informatique correspondait chez Turing à l’étape d’une tentative de modélisation informatique de l’activité de pensée. Le second volet concernait cette fois les aspects proprement biologiques, à savoir l’étude de la genèse des formes à travers ses recherches en morphogenèse utilisant toujours la modélisation informatique.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1144" class="footnote"> Philipe Breton, Une histoire de l’informatique, Seuil, 1990, p. 84 </li><li id="footnote_1_1144" class="footnote"> Philipe Breton, Une histoire de l’informatique, Seuil, 1990, p. 97 et pour en savoir plus sur ces cinq projets : p. 99 à 105</li><li id="footnote_2_1144" class="footnote"> Philipe Breton, Une histoire de l’informatique, Seuil, 1990, p. 91 </li><li id="footnote_3_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.246 </li><li id="footnote_4_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.248 </li><li id="footnote_5_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.252 </li><li id="footnote_6_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.253 </li><li id="footnote_7_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.259 </li><li id="footnote_8_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.261 </li><li id="footnote_9_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.278 </li><li id="footnote_10_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.282 </li><li id="footnote_11_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.283 </li><li id="footnote_12_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.301 </li><li id="footnote_13_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.302 </li><li id="footnote_14_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.304 </li><li id="footnote_15_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.305 </li><li id="footnote_16_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.314 </li><li id="footnote_17_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.314 </li><li id="footnote_18_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.324 </li><li id="footnote_19_1144" class="footnote">Alan Turing, « Les ordinateurs et l’intelligence », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995 </li><li id="footnote_20_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.344 </li><li id="footnote_21_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.344-345 </li><li id="footnote_22_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.339 </li><li id="footnote_23_1144" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.349 </li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Interview pour le journal des femmes : sur les jeux vidéo</title>
		<link>http://vincent-le-corre.fr/?p=1122</link>
		<comments>http://vincent-le-corre.fr/?p=1122#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 20 Apr 2012 11:50:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[jeux vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[PEGI]]></category>
		<category><![CDATA[serge tisseron]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 20 avril 2012.
Audrey Achekian est journaliste pour la rubrique "Maman" du journal des femmes. Elle m'avait contacté pour une petite interview au sujet des jeux vidéo. Voici ses questions et mes réponses.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p>Audrey Achekian est journaliste pour la rubrique &laquo;&nbsp;Maman&nbsp;&raquo; du <a href="http://www.journaldesfemmes.com/" target="_blank">journal des femmes</a>. Elle m&#8217;avait contacté pour une petite interview au sujet des jeux vidéo. L&#8217;article est publié <a href="http://www.journaldesfemmes.com/maman/enfant/jeux-video-quelles-regles-imposer/" target="_blank">ici</a>.</p>
<p><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2012/04/Famille_JeuVideo.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1136" title="Photo tiré du site gameblog" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2012/04/Famille_JeuVideo.jpg" alt="" width="490" height="260" /></a></p>
<p>Photo tirée du site <a href="http://www.gameblog.fr/news/8109-lettre-ouverte-a-madame-roselyne-bachelot" target="_blank">Gameblog</a></p>
<p>Voici ses questions et mes réponses.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1- A partir de quel âge estimez-vous que l’on peut autoriser les jeux vidéo à son enfant ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Du point de vue général des « écrans », je pense que les préconisations de Serge Tisseron peuvent servir de cadre de référence pour les parents. Il présente cela comme la règle des « 3, 6, 9, 12 ».</p>
<p style="text-align: justify;">Avant trois ans, il faudrait éviter que l’enfant ne soit exposé aux écrans en général. Pas de console portable de jeux avant 6 ans minimum, car les enfants ont besoin d’apprendre à se servir de leurs doigts et leurs mains, afin de développer l’appréhension des trois dimensions de l’espace, ce qui est très important dans leur développement psychomoteur. Les jeunes enfants ont d’abord et avant tout, besoin d’interactions avec des adultes et des pairs.</p>
<p style="text-align: justify;">L’enfant pourrait commencer à surfer sur Internet, accompagné, à partir de 9 ans, car selon Tisseron, l’internet brouille les repères entre les sphères intime et publique qui se construisent également au cours du développement de l’enfant. Enfin, à partir de 12 ans, les adultes pourraient continuer d’accompagner de temps en temps l’enfant, afin de pouvoir parler ensemble des usages d’internet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>2- Quelles sont les limites qui vous semblent justes (temps de jeu, type de jeux autorisés…) ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme toute autre activité, les jeux vidéo doivent être encadrés par les éducateurs en général, et les parents en particulier. Concernant l’enfant, il peut donc avoir accès à sa console dans une certaine limite de temps. Une heure par jour me semble amplement suffisant par exemple. On peut le valoriser lorsqu’il sait respecter le cadre qu’on lui a fixé. Les enfants sont généralement plus sensibles aux gratifications qu’aux punitions, comme le jeu vidéo nous le montre…</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le type de jeux, si les parents sont un peu perdus, ils peuvent utiliser le système PEGI (<em>Pan European Game Information</em>) qui a été mis en place par l’Union Européenne pour se repérer quant à la question « Quel jeu pour mon enfant ? ». C’est une classification en fonction du contenu du jeu et de l’âge de l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>3- Y a-t-il des précautions particulières à prendre lorsqu’il s’agit d’un enfant (de moins de 10 ans) concernant les jeux vidéo ? (ex : lui demander de jouer à nos côtés, etc.)</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les jeux vidéo ne sont pas une potentielle menace pour l’enfant. Un enfant a besoin de jouer, et parfois également de jouer seul.</p>
<p style="text-align: justify;">Il existe cependant des jeux qui permettent maintenant de faire participer toute la famille. Cela peut être une bonne façon pour les parents d’essayer de comprendre et même de prendre plaisir à cette activité vidéoludique, avec leurs enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un point de vue général, le cadre éducatif qui va donner les limites par rapport à cette activité doit être construit pour que l’enfant y trouve son compte de plaisir, mais également son compte de stabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">Le conseil que j’adresserai aux parents concernant les jeux vidéo est assez simple. S’intéresser de manière active aux jeux en général des enfants, donc également aux jeux vidéo. Non pas en surveillant en permanence, mais en essayant de faire du jeu vidéo le support d’une relation, afin de faire en sorte que cette expérience soit partageable, soit une source de plaisir à partager. C’est en effet un plaisir pour l’enfant que de pouvoir se mettre à raconter ses aventures vidéoludiques, là où il prend plaisir, ce qu’il découvre, les astuces, ses problèmes, etc. Un enfant a besoin de mettre en narration ces expériences ludiques et <em>a fortiori</em> vidéoludiques. Cela lui permet d’élaborer avec un autre sujet humain ce qu’il a investi comme pulsions et désir dans son jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>4- Si c’est un ado, comment éviter qu’il ne devienne trop « accro » ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Votre question semble dire implicitement qu’il y aurait un danger potentiel « d’accrochage », ou de « dépendance » avec cet objet culturel… Les jeux vidéo peuvent être en effet passionnants pour un adolescent. Mais pour les parents, il s’agit à mon sens d’éviter un regard d’emblée trop méfiant, ou trop inquiet.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant l’adolescent qui peut avoir tendance à jouer « un peu trop », la difficulté est déjà de définir ce « trop ». Et je dirai que cela dépend d’abord de ce qu’il cherche dans cette activité qu’il va investir. Un adolescent peut développer par exemple différentes activités autour du jeu vidéo, jusqu’à apprendre à programmer. Il ne fait plus alors « que jouer », il se sert du jeu vidéo comme médiation vers la culture en général.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut souligner que les jeux vidéo sont aujourd’hui désignés comme de véritables boucs émissaires de nombreux problèmes ou questions d’ordre éducatif. Il n’est pas simple d’éduquer un enfant ou un adolescent. Aussi il est toujours plus facile d’essayer de désigner un coupable plutôt que d’essayer de penser ce qui se pose à nous comme problèmes. Si un enfant a du mal à apprendre à l’école, si un adolescent n’a plus envie d’aller au collège, et si certains jeunes tuent ou se suicident, ce n’est pas la faute des jeux vidéo. Ils seraient d’ailleurs plutôt une tentative, certes illusoire, pour aller mieux et trouver une solution temporaire à certains problèmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, comme je le disais, il est nécessaire pour les parents de s’intéresser aux activités de leurs enfants, et de pouvoir partager des discussions sur celles-ci. Aussi, d’un point de vue général, rendre sensibles enfants et adolescents à l’histoire des jeux vidéo est important et intéressant dans la mesure où cela peut changer le regard du joueur (et du non-joueur). On peut le faire en replaçant les jeux actuels dans l’histoire de ce média, à l’aide de livres, de documentaires, de sorties au musée ou à des expositions qui se multiplient.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec certains, essayer la négociation, des petits contrats, en privilégiant toujours la gratification, plutôt que l’unique sanction. Avec d’autres, essayer d’analyser avec eux la mécanique des jeux, les idéologies qui y sont implicites. Mais ne tentez pas de dévaloriser systématiquement les jeux vidéo que votre adolescent affectionne. En agissant ainsi, vous aurez à mon sens tendance à les rendre encore plus attractifs à ses yeux…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>5- Que faire s’il tombe dans la dépendance ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons qu’il n’y a aucun consensus scientifique quant à ce que certains appellent « addiction aux jeux vidéo », ou « dépendance aux jeux vidéo ». L’académie de médecine vient de présenter un communiqué sur ce point, et préconise de parler de « pratiques excessives ».</p>
<p style="text-align: justify;">Encore une fois, il n’est pas toujours évident de distinguer une passion d’une dépendance. Il faut prendre en compte non simplement la quantité de temps passé à jouer, mais aussi la qualité, c’est-à-dire quelle place, quelle fonction du jeu vidéo, à quoi cela répond chez ce jeune, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Evidemment, si vous vous sentez un peu perdus avec votre enfant ou votre adolescent, et si vous commencez à avoir peur, il est possible de consulter. La pratique vidéoludique excessive existe, et elle est le signe d’une certaine souffrance et de problèmes qui dépassent largement la simple question des jeux vidéo. Elle est à replacer à la fois dans la dynamique familiale et celle du sujet.</p>
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		<title>Autour de l&#8217;annonce du handicap &#8211; interview pour le magazine declic</title>
		<link>http://vincent-le-corre.fr/?p=1061</link>
		<comments>http://vincent-le-corre.fr/?p=1061#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 02 Apr 2012 11:10:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Anne-Claire Préfol]]></category>
		<category><![CDATA[annonce du handicap]]></category>
		<category><![CDATA[Déclic]]></category>
		<category><![CDATA[handicap]]></category>
		<category><![CDATA[Kenzaburo Oé]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 2 avril 2012.
Pour le numéro de septembre-octobre 2011 du magazine Déclic, la journaliste Anne-Claire Préfol m'avait contacté pour une interview. J'avais écrit mes réponses à ses questions que voici.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Pour le numéro de <a href="http://www.magazine-declic.com/images/stories/librairie/pdf/sommaire-declic-143.pdf" target="_blank">septembre-octobre 2011</a> du magazine <a href="http://www.magazine-declic.com/" target="_blank">Déclic</a>, la journaliste Anne-Claire Préfol m&#8217;avait contacté pour une interview.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J&#8217;avais écrit mes réponses à ses questions que voici :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>- Pourquoi l&#8217;annonce du handicap est-elle un moment particulièrement important ?</strong></p>
<p>Lors d&#8217;une grossesse, l’enfant à venir est d’abord « matière de pensées » pour les futurs parents. C’est ce que l’on a coutume de désigner par « l&#8217;enfant imaginaire ».</p>
<p style="text-align: justify;">A la naissance, on parle souvent du « deuil de l’enfant imaginaire ». Car en effet, il existe cet enfant espéré, attendu, censé perpétuer les parents après leur mort et réparer leurs blessures narcissiques anciennes, c’est l’enfant merveilleux et imaginaire. A la naissance, il y a un enfant réel qui arrive avec toute sa singularité. Les parents sont alors censés passer par une sorte d’étape de réconciliation avec ce bébé réel. Avec cet enfant imaginaire, chaque parent peut ainsi essayer de régler une dette symbolique qu’il a contractée envers les générations précédentes.</p>
<p style="text-align: justify;">Le handicap peut constituer un obstacle au solde de cette dette, ainsi qu’au deuil de cet enfant imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Renoncer à l’enfant imaginaire, dans le cas d’un enfant porteur d’un handicap, peut revenir à renoncer à l’image de parents pouvant mettre au monde un bel enfant sans aucune anomalie et ainsi déstabiliser fortement les assises narcissiques des parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Car le handicap réouvre de manière aiguë la question de l’origine pour les parents. Qu’ont-ils fait, ou que n’ont-ils pas fait pour mettre au monde cet enfant ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cet enfant peut alors leur renvoyer éventuellement leurs propres défauts cachés, refléter leurs propres faiblesses et les exposer également au grand jour, à tout le monde. Ainsi l’obstacle majeur qui peut se poser pour les parents, c’est leur reconnaissance dans leur propre enfant. Comment s’identifier et se reconnaître en lui ? L’œuvre de l’écrivain Kenzaburo Oé est sur ce point particulièrement riche d’enseignement.</p>
<p style="text-align: justify;">La difficulté avec le handicap de l&#8217;enfant, c’est qu’il peut donc constituer un obstacle vis à vis de l’illusion parentale qui consiste à se retrouver dans leur enfant. C’est ce que Simone Korff-Sausse nomme le miroir brisé. Ce handicap peut en effet empêcher cette projection parentale tout à fait classique, et par conséquent infliger une blessure narcissique aux parents, dont les réactions vont alors être diverses pour y faire face.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi l&#8217;annonce du handicap va donc être une étape importante. Ce moment est la rencontre d&#8217;un sujet avec un évènement de parole lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une annonce. Mais il peut correspondre aussi à la confirmation de ce que les parents avaient déjà remarqué après la naissance.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette annonce va en tout cas produire des effets sur toutes les relations intra-familiales, et sur l’équilibre psychique de chacun des membres de la famille, des éventuels autres enfants jusqu&#8217;aux grand-parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Je dirai qu’elle constitue un moment tragique dans le sens où, comme on vient de le voir, c&#8217;est une rencontre potentiellement fortement traumatique pour les parents, où la parole joue un rôle tout à fait fondamentale.</p>
<p style="text-align: justify;">Les mots employés peuvent peser longtemps sur le destin de la relation entre les parents et l&#8217;enfant, car ils vont en général marquer durablement les parents. Avec la prise en compte de ce moment chez le personnel médical, les mots et les images employées ont d&#8217;ailleurs évolué au fil du temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il me semble qu’il faut le dire d’emblée, il y a une part de douleur incompressible dans cet évènement, et ce, quel que soit les précautions que les professionnels prendront.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Quelles peuvent-être les répercussions psychologiques de cette annonce tout au long de la vie des parents ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette rencontre entre ces nouveaux parents et ce nouveau-né peut donc être un traumatisme particulièrement important. En effet les représentations éveillées par cette rencontre sont parfois telles qu’elles débordent la capacité de penser des parents. C’est l’effroi, la stupeur et la sidération chez les parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet événement traumatique suscite donc des représentations intolérables chez les parents, mais il vient également réactualiser le passé de ces derniers, ainsi que certains sentiments qui vont faire écho à leurs propres histoires.</p>
<p style="text-align: justify;">Des fantasmes de meurtre de l’enfant sont inévitables, même s’ils sont rarement évoqués tant ils sont insupportables pour les parents et tant l’idée même du meurtre de cet enfant suscite la honte.<br />
Cette envie de meurtre est d’ailleurs bien plus ouvertement exprimée chez les parents non concernés. Mais la reconnaître peut être une partie importante d’un processus d’acceptation du handicap pour ces parents et pour l’enfant, afin que la violence ne fasse pas retour sous un autre forme, plus masquée et plus pernicieuse (Les attitudes de surprotection qui viennent par exemple contrecarrer les projets pour les enfants par exemple).</p>
<p style="text-align: justify;">Le traumatisme généré par l&#8217;irruption de cet évènement va donc pousser ces parents à construire un sens à cet évènement. Pourquoi est-ce arrivé ? A nous ? Qu’avons-nous fait ? Quelle faute est à l’origine de ce malheur ?</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, dans ce contexte traumatique, les mots qui auront été utilisés pour annoncer constituent en eux-mêmes l&#8217;évènement. C&#8217;est avec ces mots que les premières représentations chez les parents vont être éveillées.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> &#8211; Comment faire en sorte que l&#8217;annonce soit la moins violente possible ? Y a-t-il de &laquo;&nbsp;bonnes&nbsp;&raquo; façons d&#8217;annoncer une telle nouvelle ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme je le disais, il n’y a pas de « recette » qui puisse ôter la souffrance des parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien évidemment, cela ne veut pas dire que l’on ne puisse pas éviter certaines pratiques, comme de le faire comme si l’on voulait se débarrasser au plus vite de la mauvaise nouvelle, ou bien encore de faire l’annonce au téléphone…</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je pense que c&#8217;est avant tout le sentiment de ne pas être seul face à cet évènement pour les parents, qui peut aider. Le sentiment que l&#8217;on peut partager cela avec la personne qui vous l&#8217;annonce est tout à fait important.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, la personne en charge d&#8217;annoncer le diagnostic doit être en mesure de pouvoir proposer plus qu&#8217;un simple entretien informatif. C’est un véritable accompagnement qui doit pouvoir être proposé et mis en place dès ce moment. Il faut que cette personne puisse accueillir l’effet de choc chez les parents, tout en acceptant elle-même ses propres limites.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me paraît également préférable que les deux parents soient informés en même temps. Cela évite de placer celui qui reçoit cette nouvelle dans le devoir de l&#8217;annoncer à l&#8217;autre. Cela permet également de partager la nouvelle plus facilement. La mère et le père ne vont évidemment pas recevoir la nouvelle de la même façon, mais ils peuvent peut-être plus facilement trouver du soutien chacun chez l&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin certains services proposent un premier entretien où un médecin et un psychologue sont présents. Le premier pour tenir le rôle de l’expert qui va informer, le second pour accompagner les parents sur le plan affectif, sachant que la colère inévitable des parents peut se retourner sur les médecins.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Pour que l&#8217;annonce se passe au mieux, est-ce selon vous surtout une question de mots ou d&#8217;oreille ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Encore une fois, il est difficile de répondre de manière générale, et de se focaliser uniquement sur l’annonce. L&#8217;annonce est un moment certes important, où ce qui va être dit peut être marquant, mais l&#8217;important me paraît être principalement l&#8217;accompagnement qui va être proposé pour ces parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Car le facteur temps est tout à fait primordial dans cette affaire. Tout ne peut être dit en une seule fois, et tout ne peut être entendu également lors d&#8217;un seul entretien.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à la sidération de l&#8217;annonce, il faut un certain temps aux parents pour reprendre un peu pied, et accepter d&#8217;entendre quelque chose. Puis peuvent venir une certaine dénégation, la colère, mais aussi la nécessité de trouver un sens, un responsable, voire un coupable.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut donc se donner du temps pour être présent pour ces parents, ainsi que pour l’éventuelle fratrie, afin de les accompagner et les aider à élaborer ce traumatisme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><br />
- Comment expliquer que certains professionnels chargés de cette annonce semblent opter pour une franchise parfois brutale ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Face à l&#8217;angoisse que suscite le handicap chez tout un chacun, le personnel médical et soignant n’est pas épargné. Il y a donc beaucoup de mécanismes de défense qui peuvent être mobilisés. Un de ces mécanismes qui me paraît évident est de se réfugier dans son identité professionnelle afin d&#8217;éviter de s&#8217;identifier aux parents.<br />
Aussi, le généticien pourra par exemple employer un vocabulaire technique, et s&#8217;adresser aux parents comme s&#8217;il suffisait de leur communiquer une information, qu&#8217;est-ce que ce handicap et ses symptômes&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être manque-t-il également de formation. Mais je pense que le personnel soignant est là confronté à ses propres angoisses, et surtout au fait que l&#8217;on ne peut &laquo;&nbsp;guérir&nbsp;&raquo; ce handicap. Ainsi cet enfant les place face à leurs propres limites de soignant, et peut mettre en échec leur désir de soigner ou de guérir.</p>
<p style="text-align: justify;">La &laquo;&nbsp;brutalité&nbsp;&raquo; dont ils peuvent parfois faire preuve me semble donc à la mesure de l’angoisse et du désarroi dans lequel ils se trouvent bien souvent de faire face aux parents.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>- N&#8217;y a-t-il pas un risque de tuer tout espoir d&#8217;évolution et à terme d&#8217;un bonheur possible pour la famille concernée ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il me semble impossible de prévoir la manière dont chaque parent va faire face au traumatisme<strong>.<br />
</strong>La réaction de celui-ci est tout à fait singulière, dans le sens où c&#8217;est sa propre histoire, avec ses propres faiblesses mais aussi ses propres forces, qui vont être mobilisées, et remises en jeu.<br />
Encore une fois, il ne faut pas se focaliser uniquement sur l’annonce. Même si dans le discours des parents, c’est ce moment qui peut sembler avoir scellé l’histoire de leur rencontre avec l’enfant. L&#8217;important me paraît être la possibilité de l&#8217;accompagnement qui va être proposé pour ces parents.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><br />
- Quelle attitude conseiller aux parents devant affronter l&#8217;annonce du handicap de leur enfant ?</strong></p>
<p>Surtout ne pas rester seuls ! Le traumatisme peut être tel que les parents peuvent avoir tendance à s&#8217;enfermer, à s&#8217;isoler, voire à se couper du reste de leur famille. Je suis conscient que les relations entre les professionnels et les familles peuvent être houleuses, tissées de malentendus et d’incompréhension réciproque.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il est plus qu&#8217;important que ces parents puissent partager leur expérience avec d’autres parents, rencontrer des professionnels qui peuvent les aider à traverser ce traumatisme et le cortège des affects douloureux qui lui sont associés, afin qu’ils reconstruisent du sens face à l’évènement.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est là que notre société se doit d&#8217;être présente, afin d&#8217;apporter du soutien, autant matériel que moral pour les familles. Et pour ce faire, il est également plus que nécessaire de continuer à faire &laquo;&nbsp;travailler la culture&nbsp;&raquo; et les représentations sociales du handicap.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Les jeux vidéo ? Et si on en parlait … Episode 3</title>
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		<comments>http://vincent-le-corre.fr/?p=1107#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 26 Mar 2012 17:31:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Dominic Arsenault]]></category>
		<category><![CDATA[Donald Winnicott]]></category>
		<category><![CDATA[gameplay]]></category>
		<category><![CDATA[Guillaume Gillet]]></category>
		<category><![CDATA[immersion]]></category>
		<category><![CDATA[Interactivité]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Picard]]></category>
		<category><![CDATA[retrogaming]]></category>
		<category><![CDATA[yann leroux]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 26 mars 2012.
Nous continuerons à parcourir quelques éléments du jeu vidéo comme objet culturel, et quelques notions pour en parler plus précisément.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1053">Les jeux vidéo ? Et si on en parlait… Episode 1</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1085">Les jeux vidéo ? Et si on en parlait … Episode 2</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Un certain travail de la culture ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis quelques années déjà, on assiste à l’émergence du <em>retrogaming</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une pratique qui me semble être signifiante d’une sorte de réflexivité de la communauté des joueurs sur leur propre pratique. Une sorte de prise de conscience que ce qu’ils font s’inscrit dans une histoire qui les dépasse, mais aussi que la qualité des jeux n’est pas nécessairement corrélée à la date de sortie récente.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut lire le post de Guillaume Gillet sur cette pratique : <a href="https://psychologienumerique.wordpress.com/2012/03/16/definition-et-analyse-retrogaming/" target="_blank">Définition et analyse du Retrogaming</a></p>
<p style="text-align: justify;">On peut également lier le retrogaming à ce que l’on définit généralement comme une mode, mais qui est un phénomène historique certainement plus signifiant, qui est la mise en scène de nostalgies générationnelles que l’on trouve dans toute l’industrie culturelle ; la réflexivité étant comptée généralement comme un des caractères de la « postmodernité ».</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau des jeux vidéo, ce mouvement tente ainsi également de préserver certaines formes d’expériences de jeu. Car, jouer dans son salon, même avec ses amis, n’est pas la même expérience que jouer en salle d’arcade. A l’époque les bornes d’arcade étaient les seules à offrir la possibilité de s’affronter, de jouer à plusieurs (parfois jusqu’à quatre joueurs simultanément). Même si aujourd’hui, avec Internet, il est possible de se confronter à des dizaines de milliers de joueurs en ligne, via les <em>MMORPG (</em>Massively Multiplayer On-line Roleplaying Game. Ces « jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs » sont traditionnellement présentés comme des jeux reposant sur un monde virtuel, ouvert à quelques milliers d&#8217;utilisateurs simultanément, formant ensemble une communauté virtuelle), il manque l’atmosphère particulière de ces lieux de socialisation, la confrontation en face à face avec un joueur inconnu ou encore l’apprentissage des techniques via l’observation des autres joueurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous pouvez lire également <a title="Lien permanent : Retrogaming, salle d’arcade et préservation des formes d’expérience de jeu vidéo" href="../?p=584" target="_blank">Retrogaming, salle d’arcade et préservation des formes d’expérience de jeu vidéo</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ceux qui pratiquent ce <em>retrogaming</em>, ne pourrait-on pas les appeler « ludophiles » ? Cela ressemblerait au passage d’un rapport uniquement de consommation au cinéma, à un rapport plus cinéphilique. Cela se pratique souvent via des <em>émulateurs</em>, mais pas seulement. Des magasins se sont spécialisés dans la vente d’anciennes consoles et jeux vidéo.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Petit lexique du jeu vidéo</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Immersion</em></strong><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour ma part je dirai que l’immersion, c’est ce qu’on veut désigner lorsqu’un sujet suspend le rapport qu’il entretient généralement à la réalité objective, et qu’il se plonge littéralement dans une sorte de neo-réalité, c’est-à-dire une sorte d’univers cohérent produit par un objet représentationnel proposant une fiction, construite à base de représentations littéraires, cinématographiques, ou vidéoludiques. L’immersion se définirait ainsi par rapport à la fiction, non pas simplement par rapport au virtuel. Pour ce sujet, à ce moment-là, plongé dans cet espace fictionnel ou simplement représentationnel, la distinction courante, que l’on est censée vivre quotidiennement (mais qui est totalement redéfinie en psychanalyse) entre ce qu’on nomme réalité et fiction, a tendance à s’effacer. <em>Le sujet croit ainsi à ce qu’il lit, ou voit, tout en sachant que ce n’est pas « vrai »</em>. Et c’est ce paradoxe qui n’est pas évident à saisir conceptuellement, qui me semble être désigné par l’immersion.</p>
<p style="text-align: justify;">L’immersion fait ressortir ce paradoxe inhérent à cet animal parlant qu&#8217;est l&#8217;être humain, qui est que malgré les éléments de réalité qui nous parviennent de l’extérieur, la réalité psychique, le désir inconscient du sujet, prime.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous pouvez lire sur ce blog à ce sujet : <a title="Lien permanent : De l’immersion dans les jeux vidéo" href="../?p=337" target="_blank">De l’immersion dans les jeux vidéo</a></p>
<p style="text-align: justify;">On peut ajouter d’autres dimensions à l’immersion, qui seraient ainsi spécifiques à l’immersion vidéoludique.</p>
<p style="text-align: justify;">Dominic Arsenault et Martin Picard dans  <a href="http://www.le-ludophile.com/Files/arsenault-picard-immersion.pdf" target="_blank">« Le jeu vidéo entre dépendance et plaisir immersif : les trois formes d’immersion vidéoludique</a> » en proposent une définition:</p>
<p style="text-align: justify;">« Un phénomène qui se produit lorsqu’une couche de données médiatisées est superposée à celle non-médiatisée avec une force et étendue telles qu’elle empêche momentanément la perception de cette dernière » (Page 2).</p>
<p style="text-align: justify;">Dans leur article, il distingue ainsi trois types d’immersion :</p>
<p style="text-align: justify;">« L’<strong>immersion sensorielle </strong>est provoquée lorsque les sens sont saturés par le média à tel point que le joueur est comme accaparés par le monde du jeu et ses stimuli (sons élevés, immenses images). <strong>L’immersion systémique </strong>repose sur la connaissance et la maitrise du des règles et des procédures du jeu. <strong>L’immersion fictionnelle </strong>est provoquée par l’identification ou à l’attachement à un personnage. Elle est produite lorsque le joueur considère qu’il y a un monde au-delà de ce qui est affiché sur l’écran et que ce monde fictionnel est intéressant<em> </em>à explorer. » (Yann Leroux, <a href="http://www.psyetgeek.com/metapsychologie-de-limmersion-dans-les-jeux-vidohttp://" target="_blank"><em>Métapsychologie de l’immersion dans les jeux vidéo</em></a> )</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, avec Guillaume Gillet, on peut dire que « L’immersion représente l’ensemble des éléments qui permettent au joueur une absentification de la prise de conscience qu’il se trouve devant un dispositif numérique. L’immersion est intimement liée à la notion d’illusion, au sens où l’entend D. Winnicott. » (Guillaume Gillet, <a href="http://psychologienumerique.wordpress.com/2011/10/16/premiere-notion-fondamentale-de-la-metapsychologie-du-jeu-video-limmersion/" target="_blank">Première notion fondamentale du Jeu vidéo : l’immersion</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Interactivité</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est cette notion qui permet de parler de l’engagement du corps du joueur dans cette activité, au travers de la main et maintenant du corps du joueur. Cela désigne également le fait que la machine, le système informatique, est à la place d’un autre avec lequel le joueur échange. La question qui en découle, et qui angoisse je crois beaucoup d’adultes, est alors la nature de cet autre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Gameplay</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La notion de <em>gameplay</em> est particulièrement difficile à définir. Elle est même un peu insaisissable, car elle est liée au plaisir, au « fun ». Et pourtant, c’est la notion clef, utilisée de manière instinctive par les joueurs et les concepteurs ou encore les journalistes, qui permet de parler du critère de ce qu’est un bon jeu vidéo. Ici il y a un lien direct et évident avec ce que les psychanalystes connaissent bien, c’est l’utilisation chez l’analyste britannique Donald Winnicott des distinctions que l’on peut faire entre les termes <em>game</em> et <em>play</em> en anglais. Dans son excellent livre <em>Jeu et Réalité</em>, Winnicott utilise cette distinction, qui n’existe qu’en anglais, entre le <em>game</em> qui est l’aspect organisé du jeu, comportant des règles bien définies pour remporter la victoire, et le <em>play</em>, qui est le jeu libre, création de l’enfant par exemple. C’est la différence entre le fait de jouer à un jeu et le fait de jouer avec un objet, à laquelle a affaire tout thérapeute d’enfants. Et c’est justement cette tension dans un jeu vidéo entre ces deux pôles, c’est-à-dire entre toutes les règles mises en place, les contraintes imposées par les aspects techniques et logiciels (le scénario du jeu, les modalités d’action du personnage, etc…), et la liberté laissée au joueur dans l’univers du jeu, qui peut parfois devenir un peu pénible, qui va constituer selon nous l’essence du <em>gameplay</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, s’il y a trop de contraintes, trop de difficultés ou d’obstacles à la progression, le jeu perd en général de son intérêt, de son « fun ». Et s’il n’y aucune règle, il est difficile de jouer, et d’y trouver un but. C’est donc à la fois l’équilibre de cette boucle informationnelle homme-machine et le plaisir qui s’en dégage qui sont visés au travers de cette notion.</p>
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		<title>Les jeux vidéo ? Et si on en parlait &#8230; Episode 2</title>
		<link>http://vincent-le-corre.fr/?p=1085</link>
		<comments>http://vincent-le-corre.fr/?p=1085#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 19 Mar 2012 13:27:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Etienne Armand Amato]]></category>
		<category><![CDATA[Etienne Pereny]]></category>
		<category><![CDATA[Joseph Carl Robnett Licklider]]></category>
		<category><![CDATA[Mathieu Triclot]]></category>
		<category><![CDATA[Mélanie Roustan]]></category>
		<category><![CDATA[yann leroux]]></category>

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		<description><![CDATA[Pairs le 19 mars 2012.
A la recherche d'une définition, on cheminera à travers les origines cybernétiques des jeux vidéo, pour saisir combien les jeux vidéo sont un exemple paradigmatique de l'évolution de nos relations avec les machines. Avec l'idée qu'il ne faut pas nécessairement s'en effrayer tout de suite, mais peut-être explorer en quoi ces relations peuvent nous fournir des pistes pour analyser peut-être d'autres modes de subjectivation.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1053">Les jeux vidéo ? Et si on en parlait… Episode 1</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">A la recherche d’une définition…</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Car en effet, il est difficile d’en donner une stricte et définitive&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez dit virtuel ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">On a souvent coutume de placer maintenant les jeux vidéo sous la catégorie de « virtuel », et parfois de parler de « réalité virtuelle ». C’est d’ailleurs cette dernière expression qui sert souvent d’entrée pour venir parler des jeux vidéo. Une définition du jeu vidéo pourrait être alors « l’union du jeu et de l’image de synthèse »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1085#footnote_0_1085" id="identifier_0_1085" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="M&eacute;lanie Roustan, &laquo; La r&eacute;alit&eacute; virtuelle vid&eacute;oludique : exp&eacute;rience sensible, pratique sociale et ph&eacute;nom&egrave;ne culturel &raquo;, in La pratique du jeu vid&eacute;o : r&eacute;alit&eacute; ou virtualit&eacute;, p.16">1</a></sup>. Rappelons que l’image de synthèse n’a plus de référent, ou plutôt, son référent est entièrement numérique, mathématique, et sa technique de production lui permet d’être manipulable à souhait.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;une manière générale, je pense que les jeux vidéo s’inscrivent dans ce grand mouvement de l’évolution de la technique où l’homme ne cesse d’essayer de substituer à son environnement un autre qui serait constitué uniquement de représentations, et avec lequel il se sentirait ainsi plus en sécurité, car à même de mieux le maîtriser.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ou cybernétique ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On peut aussi dire que le jeu vidéo est une activité ludique, pratiquée seul ou en groupe, à partir d&#8217;un logiciel (software) sur une plate-forme informatique physique (hardware). Les interfaces font le lien entre l&#8217;utilisateur et la machine en transformant une commande physique via un clavier, une souris, une manette ou un joystick, en commande numérique. Cette commande est alors traitée par la machine, puis l&#8217;information est communiquée à l&#8217;utilisateur via l&#8217;écran et les haut-parleurs et parfois par retour de force (vibrations de la manette ou du joystick).</p>
<p style="text-align: justify;">C’est en cela que l’on peut qualifier le jeu vidéo d’objet cybernétique.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, les jeux vidéo sont nés dans les années 60, dans les laboratoires  d’Intelligence Artificielle, après le développement et la disparition de cette discipline que l&#8217;on avait nommé <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cybern%C3%A9tique" target="_blank">cybernétique</a>. La cybernétique a certes disparu, mais elle a essaimé et colonisé notre quotidien. Et les jeux vidéo peuvent donc être considérés comme des dispositifs cybernétiques, voire comme un des vecteurs importants de la transformation de nos rapports avec les machines.</p>
<p style="text-align: justify;">Le livre de Mathieu Triclot, <em><a href="http://www.editions-zones.fr/spip.php?id_article=135&amp;page=lyberplayer" target="_blank">Philosophie des jeux vidéo</a>, </em>que j’ai déjà cité au <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1053" target="_blank">premier épisode</a>, est encore une fois un bon exemple. Mathieu Triclot, est maître de conférences en philosophie à l’université de technologie de Belfort-Montbéliard. Ses premières recherches ont porté sur la cybernétique, l’histoire de l’informatique et la notion d’information. Il s’inscrit dans une « philosophie des sciences à la française ». Il a écrit en effet le livre « Le moment cybernétique »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1085#footnote_1_1085" id="identifier_1_1085" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Mathieu Triclot, Le moment cybern&eacute;tique, Champ Vallon, 2008. ">2</a></sup>. Un livre issu de sa thèse sur la cybernétique, ce mouvement de pensée qui a initié, et accompagné la naissance de l’informatique, mais influencé également une partie des sciences humaines.</p>
<p style="text-align: justify;">Son travail de thèse fut donc axé sur la révolution autour de la notion d’information, en posant que le concept d’information est « toujours clivé entre le code et le signal. Si le code est une suite de symboles, de zéros et de uns, susceptible de s’incarner dans n’importe quelle matière, le signal est une matière qui prend forme, l’expression d’un ordre matériel. La cybernétique a fait, à la différence de l’intelligence artificielle, le choix du signal contre le code. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce qui est également notable, c’est le fait que Triclot ne s’est aperçu du lien entre ses précédentes recherches sur la cybernétique en histoire et philosophie des sciences, et ses recherches sur le jeu vidéo seulement qu’après-coup, après la rédaction de son livre.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’est aperçu, après-coup donc, que les jeux vidéo étaient nés effectivement après la naissance de ce qu’il appelle lui-même « le moment cybernétique », dans les années 60, dans les laboratoires  d’Intelligence Artificielle, et que cette connexion était forte. On peut soutenir que ce « refoulement » ne lui appartient pas seulement en propre. Il fait partie de la culture des jeux vidéo, qui a oublié ses propres origines.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici <a href="https://docs.google.com/View?id=dck9fgpm_285gjbq76gz" target="_blank">un texte</a> qui explore les liens entre les jeux vidéo et cette <em>scienza nova</em> aujourd’hui disparue. Et une petite <a href="http://www.ina.fr/sciences-et-techniques/nouvelles-technologies/video/CAF88038611/albert-ducrocq-la-cybernetique-1ere-partie.fr.html" target="_blank">vidéo</a> d’époque&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, vous pouvez lire l’article d’Etienne Pereny et d’Etienne Armand Amato « <a href="http://www.omnsh.org/spip.php?article171" target="_blank">Comment le premier cybermédium a pu un temps échapper aux SIC ?</a> »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans <strong>c</strong>ette mise en perspective historique et conceptuelle, les deux auteurs démontrent un point que je trouve particulièrement important, à savoir comme je le disais, «  que <strong>le jeu vidéo se fit dès ses origines le principal vecteur de l&#8217;humanisation des rapports entre l&#8217;homme et l&#8217;ordinateur</strong>, grâce à une image interactive depuis au cœur de notre relation avec les programmes. »</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut se souvenir ici des travaux de Joseph Carl Robnett Licklider sur la symbiose homme-machine, à partir de son fameux article « <a href="http://groups.csail.mit.edu/medg/people/psz/Licklider.html" target="_blank">Man-Computer Symbiosis</a> ».</p>
<p style="text-align: justify;">La symbiose homme-machine « repose sur la relation entre deux organismes disssemblables, qui maintiennent leurs logiques propres. ».Vous pouvez lire <a href="http://www.psyetgeek.com/licklider-lhomme-qui-parlait-aux-machines" target="_blank">le post</a> de Yann Leroux sur Licklider.</p>
<p style="text-align: justify;">Un autre point qui m’intéresse dans l’article de Pereny et d’Amato et que je compte travailler, c’est cette idée « d’externalisation de nos désirs par la technologie », que je traiterai une autre fois en partant de la question du plaisir et des jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">« Le moment de sa légitimation scientifique coïncide avec la fusion du jeu vidéo et du Réseau. Il révèle l’arrivée à maturité de ce qui s’avère être le premier cybermédium de masse, lequel a matérialisé les principes et les spécificités du traitement automatisé de l’information et du contrôle de la communication. Toujours précurseur, le jeu vidéo a déjà défriché le processus en cours de cybernétisation et d’externalisation de nos désirs par la technologie. Le concept de <em>cybernalisation</em> ainsi défini pourrait permettre de mieux comprendre les interactions entre plans de réalité et de virtualité, alors que s’amorcent des logiques inédites d’interconnexion généralisée, multiforme et permanente. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je rappellerai que ce motif de l&#8217;externalisation est déjà contenu dans les travaux de Turing. Dans son article « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1085#footnote_2_1085" id="identifier_2_1085" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="  Alan Turing, &laquo;&nbsp;Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application  au probl&egrave;me de la d&eacute;cision&nbsp;&raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing,  Jean-Yves Girard, Seuil, 1995">3</a></sup>, Turing nous montre en effet simplement  en quoi une partie de notre activité mentale peut être mécanisable, car  l’acte de calculer opéré par un être humain peut effectivement être  externalisé dans une machine. La question de savoir si toute l’activité  mentale d’un être humain est calcul est une toute autre question, et  semble beaucoup plus compliquée à démontrer… Et la question du plaisir  est peut-être un point-clé, ou plutôt un grain de sable qui empêche de  réduire la pensée au calcul. Sinon, il n&#8217;y aurait pas de névrose  obsessionnelle&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Turing et les zombies…</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour ma part, j’ai commencé une longue série de posts sur les origines du numérique au travers d’une lecture des travaux de cet homme fascinant que fut Alan Turing, en tentant donc, comme ici, de faire des liens avec ces objets culturels que sont les jeux vidéo, et qui sont un exemple paradigmatique de cette « <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=925" target="_blank">matière numérique</a> » (le <a href="http://www.scoop.it/t/matiere-numerique" target="_blank"><em>scoop it</em></a> associé&#8230;) alliée à la dimension ludique qui est particulièrement importante pour l’espèce humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Je trouve en effet tout à fait intéressantes les approches (notamment d’autres psychologues comme celles de Yann Leroux ou de <a href="https://psychologienumerique.wordpress.com/" target="_blank">Guillaume Gillet</a>) autour de ce que l’on peut appeler <em>la matière numérique</em>, et à l’intérieur de ce vaste sujet, comme nous l’avons vu, nos relations avec les machines entre autres, car il me semble que cela a, et ne cessera d’avoir dans les prochaines années des effets sur nos subjectivités. Aujourd’hui, on parle en effet de post-humanisme, de trans-humanisme, ou encore d’hybridation, perspectives théoriques qui tentent de conceptualiser des changements dans nos relations les plus intimes avec les machines. Ces relations vont continuer à s’intensifier : comment allons-nous nous interfacer avec elles, comment nos corps se verront transformer par elles, quels effets sur nos subjectivités, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut lire à ce sujet deux autres posts :</p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent : L’homme, la machine et… les Zombies 1/2" href="../?p=835">L’homme, la machine et… les Zombies 1/2</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent : L’homme, la machine et les Zombies 2/2" href="../?p=845">L’homme, la machine et les Zombies 2/2</a></p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Christophe Dardart a également proposé une notion intéressante, avec ce qu’il appelle <a href="http://www.jcdardart.net/2011/11/04/zombie-numerique/" target="_blank"><strong>le zombi numérique</strong></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il a créé un site <a href="http://imaginaire-studies.com/" target="_blank">Imaginaire Art Studies</a> pour explorer différents aspects de cette période d’hybridation actuelle. Jean-Christophe Dardart met également en avant le travail du philosophe Pierre Cassou-Noguès qui promeut une méthode philosophique explorant l’imaginaire, depuis l’imaginaire lui-même, c’est-à-dire via la fiction, afin de travailler sur la question du sujet dans notre période de transformation.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agit pour ce philosophe, en écrivant de la fiction, d’analyser les images, mais non en se tenant à l’extérieur de l’imaginaire comme dans une analyse philosophique classique ou scientifique, mais en tentant plutôt d’être à l’intérieur même de l’espace où elles se forment, et par là de jouer avec elle, afin de « construire des propositions philosophiques, des systèmes si l’on veut, que l’analyse des concepts ne suffirait pas à justifier »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1085#footnote_3_1085" id="identifier_3_1085" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.161. ">4</a></sup> Vous pouvez continuer à lire <a href="http://vincent-le-corre.fr/?cat=19" target="_blank">ici</a> sur ses deux livres « <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous » et « Mon zombie et moi ».</em></p>
<p style="text-align: justify;">On peut dire que Cassou-Noguès prend en quelque sorte à la lettre la maxime de Lacan : « la vérité a structure de fiction ». Lacan, lui qui disait par contre ne jamais lire de science-fiction (ce qui fut bien dommage pour lui !).</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le texte dit « <a href="http://espace.freud.pagesperso-orange.fr/topos/psycha/psysem/troisiem.htm" target="_blank">La troisième</a> », Lacan disait par exemple :</p>
<p style="text-align: justify;">« Dans tout ça, donc, il n&#8217;y a pas de problème de pensée. Un psychanalyste sait que la pensée est aberrante de nature, ce qui ne l&#8217;empêche pas d&#8217;être responsable d&#8217;un discours qui soude l&#8217;analysant &#8211; à quoi ? comme quelqu&#8217;un l&#8217;a très bien dit ce matin, pas à l&#8217;analyste. Ce qu&#8217;il a dit ce matin, je l&#8217;exprime autrement, je suis heureux que ça converge ; il soude l&#8217;analysant au couple analysant-analyste. C&#8217;est exactement le même truc qu&#8217;a dit quelqu&#8217;un ce matin.</p>
<p style="text-align: justify;">Le piquant de tout ça, c&#8217;est que ce soit le réel dont dépende l&#8217;analyste dans les années qui viennent et pas le contraire. Ce n&#8217;est pas du tout de l&#8217;analyste que dépend l&#8217;avènement du réel. L&#8217;analyste, lui, a pour mission de le contrer. Malgré tout, le réel pourrait bien prendre le mors aux dents, surtout depuis qu&#8217;il a l&#8217;appui du discours scientifique.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est même un des exercices de ce qu&#8217;on appelle science-fiction, que je dois dire je ne lis jamais ; mais souvent dans les analyses on me raconte ce qu&#8217;il y a dedans ; ce n&#8217;est pas imaginable. L&#8217;eugénique, l&#8217;euthanasie, enfin toutes sortes d&#8217;<em>euplaisanteries</em> diverses. Là où ça devient drôle, c&#8217;est seulement quand les savants eux-mêmes sont saisis, non pas bien sûr de la science-fiction, mais ils sont saisis d&#8217;une angoisse ; ça, c&#8217;est quand même instructif. C&#8217;est bien le symptôme type de tout événement du réel. Et quand les biologistes, pour les nommer, ces savants, s&#8217;imposent l&#8217;embargo d&#8217;un traitement de laboratoire des bactéries sous prétexte que si on en fait de trop dures et de trop fortes, elles pourraient bien glisser sous le pas de la porte et nettoyer au moins toute l&#8217;expérience sexuée, en nettoyant le parlêtre, ça c&#8217;est tout de même quelque chose de très piquant. Cet accès de responsabilité est formidablement comique ; toute vie enfin réduite à l&#8217;infection qu&#8217;elle est réellement, selon toute vraisemblance, ça c&#8217;est le comble de l&#8217;être pensant ! L&#8217;ennui, c&#8217;est qu&#8217;ils ne s&#8217;aperçoivent pas pour autant que la mort se localise du même coup à ce qui dans lalangue, telle que je l&#8217;écris, en fait signe. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le moment de conclure, finalement non pour définir mais pour ouvrir…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Alan Mathison Turing a en effet bouleversé l’univers scientifique et technique du vingtième siècle. Il cristallise, y compris dans ses travaux les plus mathématiques comme celui où il élabore la fameuse « machine de Turing », également certaines choses de l’imaginaire de notre époque. Outre le fait qu’il fut un héros de la seconde guerre mondiale pour ses travaux en cryptographie, et un grand mathématicien et logicien, les questions qu’il s’est posées ont contribué grandement à donner naissance à la discipline informatique mais aussi à celle que l’on nomme intelligence artificielle. Sa vie est d’une richesse passionnante pour le psychanalyste. On retient généralement de lui, un article écrit en 1950, « Les ordinateurs et l’intelligence ». Mais ses question sont, d’une certaine manière, encore d’actualité, et méritent d’être mieux connues. Turing a été poursuivi sa vie durant par des questions autour des relations corps-esprit, questions d’actualité, et questions qui se retrouvent également dans le débat actuel entre les neurosciences, la psychologie cognitive et la psychanalyse.</p>
<p style="text-align: justify;">Je m’éloigne des jeux vidéo ? Pas tant que ça… Car pour saisir l’usage qui en est fait aujourd’hui, il faut certes se mettre à l&#8217;écoute notamment des enfants ou des adolescents, car le jeu, c’est en effet une part importante du travail clinique. Car à ce sujet, j’ai fait mienne une phrase du fameux psychanalyste britannique Donald W. Winnicott : « Je reste aussi en contact avec ce que les enfants me disent des objets et des techniques qui comptent pour eux. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1085#footnote_4_1085" id="identifier_4_1085" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jeu et R&eacute;alit&eacute;, p.6 ">5</a></sup>. La question des jeux vidéo, et du numérique (les réseaux sociaux par exemple) traverse aujourd’hui la clinique en 2012. Et la question des jeux vidéo dépasse en effet ce qui en est souvent médiatisé : violence et addiction. La prise en compte du jeu vidéo dans le champ thérapeutique a donc été tardive mais la forte propension du jeu vidéo à jouer agilement avec des aspects très diversifiés de notre culture et de notre psyché, l&#8217;indique comme un outil potentiel de liaison et de symbolisation, ou encore de médiation dans certains cas.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais en explorant l’imaginaire, avec Turing, les travaux de Cassou-Noguès, la figure de ce cher Zombie, etc. je crois que l’on approche également les rapports que l’on peut mettre en place avec cet objet. Autrement dit, que devient un sujet lorsqu’il se connecte avec une machine le temps d’un jeu, quelles éventuelles formations de l’inconscient peuvent advenir durant cette expérience (C&#8217;est un point tout à fait important lorsque l’on va tenter d’utiliser le jeu vidéo comme objet de médiation), quel type de plaisir le sujet peut prendre, en quoi cela viendrait déplacer la subjectivation de son corps, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur ce point des formations de l’inconscient, je signale le <a href="http://mehdi-debbabi.fr/2011/10/fragments-d%E2%80%99experiences-d%E2%80%99un-gamer-1-assassin%E2%80%99s-creed-ii/" target="_blank">post</a> de Mehdi Debbabi-Zourgani qui analyse de manière tout à fait intéressante son propre positionnement de sujet dans l’expérience vidéoludique au travers d’un acte manqué au sein d’une QTE. Et c’est dans ce sens (de tentative d&#8217;analyse) que j’ai tenté de faire le lien <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=883" target="_blank">ici</a> entre la notion de destructivité primaire au sens de Winnicott et « matière numérique ». Je signale également ce très bon post qui explore l&#8217;évolution du gameplay, la place de la frustration et celle de la perte réelle : <a href="http://pandacore.fr/?p=826">&laquo;&nbsp;Risque, vacuité et autres digressions&nbsp;&raquo;</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1107" target="_blank">Les jeux vidéo ? Et si on en parlait… Episode 3<br />
</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1085" class="footnote">Mélanie Roustan, « La réalité virtuelle vidéoludique : expérience sensible, pratique sociale et phénomène culturel », in <em>La pratique du jeu vidéo : réalité ou virtualité</em>, p.16</li><li id="footnote_1_1085" class="footnote">Mathieu Triclot, <em>Le moment cybernétique</em>, Champ Vallon, 2008. </li><li id="footnote_2_1085" class="footnote">  Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application  au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing,  Jean-Yves Girard, Seuil, 1995</li><li id="footnote_3_1085" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.161. </li><li id="footnote_4_1085" class="footnote"> <em>Jeu et Réalité</em>, p.6 </li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Les jeux vidéo ? Et si on en parlait&#8230; Episode 1</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2012 15:29:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Guillaume Gillet]]></category>
		<category><![CDATA[jeux vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Mathieu Triclot]]></category>
		<category><![CDATA[OMNSH]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 14 mars 2012.
Ce post constitue le début d'une petite série qui reprendra certaines choses déjà écrites ici et là, en résumera d'autres et enfin reformulera certaines...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Introduction</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce post constitue le début d&#8217;une petite série qui reprendra certaines choses déjà écrites ici et là, en résumera d&#8217;autres et enfin reformulera certaines&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Donc les jeux vidéo, et si on tentait d&#8217;en parler&#8230; différemment. Mais Tout d&#8217;abord, en parler n’est peut-être pas si aisé actuellement. Pourquoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">Tout d’abord peut-être à cause de la doxa médiatique qui fait grand bruit actuellement.</p>
<p style="text-align: justify;">Le psychologue Guillaume Gillet a publié un très bon post intitulé <a href="https://psychologienumerique.wordpress.com/2011/10/11/pourquoi-avons-nous-peur-du-numerique-et-des-jeux-videos/" target="_blank">Pourquoi avons-nous peur du numérique et du jeu vidéo ?</a> que je vous invite à lire. Outre le fait qu&#8217;il y propose des hypothèses très intéressantes concernant une approche psychodynamique du jeu vidéo, il pointe certains <em>a priori</em> sociaux vis à vis de cet objet, mais également du côté des cliniciens.</p>
<p style="text-align: justify;">Une seconde raison, un peu plus périphérique mais souvent ignorée, est qu&#8217;il est difficile d&#8217;en donner une définition stricte, autrement dit de définir clairement les contours de cet objet. Un livre récent, <em><a href="http://www.editions-zones.fr/spip.php?id_article=135&amp;page=lyberplayer" target="_self">Philosophie des jeux vidéo</a></em>, écrit par Mathieu Triclot, en donne une démonstration des plus intéressantes, en particulier dans le chapitre 1. « Play Studies » (p.13 à 34).</p>
<p style="text-align: justify;">La troisième raison est que l&#8217;industrie du jeu vidéo est actuellement lancée dans un processus actif de légitimation culturelle sur le plan social. Processus accompagné par la communauté des joueurs qui cherche également à se faire entendre face à certains discours tendant à faire des jeux vidéo un risque pour la jeunesse. Il suffit alors parfois d&#8217;essayer simplement de penser l&#8217;objet pour, soit d&#8217;un côté, être taxé de prosélyte lorsque vous relevez certains aspects plutôt positifs de son utilisation ou certaines de ses propriétés, soit, à l&#8217;inverse, vous rendre coupable aux yeux de certains lorsque vous pouvez en déplorer d&#8217;autres&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Cela dit, il est ensuite d’usage de rappeler symboliquement à propos de la place qu’occupe le jeu vidéo comme loisir que le chiffre d&#8217;affaire de cette industrie a désormais dépassé celui des salles de cinéma. Il est en effet aujourd&#8217;hui l&#8217;une des industries culturelles les plus importantes au monde. En 2008, il représentait près de 33 milliards d&#8217;euros de chiffre d&#8217;affaires avec, en tête, les Etats-Unis. Les cinq dernières années ont été marquées par l&#8217;élargissement considérable de la population des joueurs : alors que le jeu vidéo était auparavant réservé à un public initié, jeune et masculin, il s&#8217;adresse désormais à « tout un chacun » à mesure que l&#8217;utilisation des technologies se généralise, que les plateformes de jeux sont plus nombreuses (PC, console de salon, console portable, téléphone mobile) et que les constructeurs proposent des systèmes de jeux innovants et plus accessibles (exemple de la Wii de Nintendo).</p>
<p style="text-align: justify;">Si les jeux vidéo n’appartiennent pas (encore) à la culture de la plupart des psychanalystes et des psychologues, ils n’en font pas moins partie de celle des enfants que nous recevons en consultation, et d’ores et déjà de bon nombre d’adultes. Le jeu vidéo, anciennement pratique minoritaire, est en effet en passe d’appartenir à la culture commune, sinon en tant que pratique du moins en tant qu’univers culturel.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi pour commencer, Il me semble nécessaire de rappeler que cette question des jeux vidéo est à traiter comme <em>un fait social complexe</em>, qui demande par ailleurs une approche sociologique critique minutieuse, et non simplement psychologique ou psychanalytique. Il faut ainsi replacer le discours « psy » au sein des autres discours pour continuer à étudier sérieusement cet objet, et associer à l’analyse clinique, des analyses du contenu des jeux, ou encore des idéologies sur lesquelles ces derniers s’appuient.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour de bons exemples d’analyses de contenu, on peut lire la revue : <em>Les cahiers du jeu vidéo</em>. Des revues académiques ont émergé et des manifestations scientifiques sont à présent régulièrement organisées. Ce courant est cependant beaucoup plus développé dans les pays anglo-saxons, même si la recherche francophone semble chercher à s’affirmer, notamment avec les chercheurs de l&#8217;<a href="http://www.omnsh.org/">OMNSH</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Je pense qu’il faut donc apprendre à distinguer les différentes pratiques de jeu vidéo. </em>Jouer chez soi, devant un ordinateur ou une console, à l’école, avec une console portable, dans une salle d’arcade, à des jeux qui se jouent seul, avec des histoires très travaillées, ou en réseau en ligne via internet. <em>Toutes ces pratiques ne renvoient pas à la même réalité clinique du jeu vidéo.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi distinguer cliniquement les différents types de jeux ?</p>
<p style="text-align: justify;">Guillaume Gillet dans <a href="https://psychologienumerique.wordpress.com/2011/10/11/pourquoi-avons-nous-peur-du-numerique-et-des-jeux-videos/" target="_self">Pourquoi avons-nous peur du numérique et du jeu vidéo ?</a><strong> </strong> préfère par exemple parler <strong>DU</strong> jeu vidéo car cela signifie pour lui mettre l’accent sur les processus psychiques qui accompagnent ou permettent l’activité de jouer à un jeu vidéo, et non sur l’objet jeu vidéo. Il nous dit à ce sujet : &laquo;&nbsp;Tout en reconnaissant l’importance de ces multiples critères de distinction, l’emploi du singulier pour parler de Jeu vidéo se justifie par une volonté de ne pas focaliser notre attention sur « l’objet Jeu vidéo » en lui-même, au sens d’un assemblage de matière créé et utilisé dans un but précis. Sans négliger toutefois les qualités intrinsèques de cet objet singulier, l’approche psychodynamique du Jeu vidéo nous invite plutôt à nous intéresser à l’activité DE Jeu vidéo qui relève d’un ensemble de préparatifs, de paramètres et de processus tout à fait complexes, dont les effets ne s’observent qu’en interaction et par conséquent que dans le présent de l’activité de jeu.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ma part, je suis tout à fait d’accord avec lui. Car distinguer les jeux vidéo pour moi a précisément pour but de pouvoir parler de cette activité du joueur. En effet, si l’on apprend à distinguer <strong>LES </strong>jeux vidéo, il est alors possible de mieux cerner ce que fait tel sujet avec cette activité. Ce qui m’intéresse, ce ne sont pas les genres de jeu vidéo, ou encore les jeux sur console ou sur PC, etc, bref l’objet jeu vidéo en tant que tel, mais pourquoi tel sujet se met à investir les MMORPG, tandis que tel autre se met à jouer à des jeux d’arcade, et ainsi s’intéresser à la fonction de l’avatar, la façon de perdre, les angoisses spécifiques liées éventuellement au <em>gameplay </em>que le sujet peut évoquer, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Je crois également que concernant cette distinction DU ou DES jeux vidéo, on recroise finalement là une question qui parcourt les sciences dites humaines. J&#8217;avais publié un post titré <a href="../?p=111" target="_self">Connaissance de l’individu – une étude inachevée autour de la démarche clinique</a> qui tentait d’approcher justement la question du général et du particulier au sein de démarche clinique. Si l’on se réfère à la psychanalyse, peut-on tirer un savoir général ? Ou est-on cantonné à ne traiter que du cas par cas ? Comment généraliser ce que l’on peut apprendre du cas particulier ? Ou au contraire particulariser, dans le cadre d’un objet tel que celui de la psychanalyse ? etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Partant de la méthode du cas par cas (ce que fait la démarche psychanalytique), je pose donc que ce qui est intéressant pour l’analyste, c’est ce que fait un sujet de cet objet. Donc il me semble qu’il faut pouvoir distinguer (ce que ne peut faire quelqu’un qui parlerait DU jeu vidéo en tant qu&#8217;objet sans possibilité d’en distinguer les spécificités) et parler DES jeux vidéo, c’est-à-dire finalement pour moi, du jeu vidéo en particulier qui va être utilisé par tel sujet, dans tel contexte. Mais posant que cette démarche clinique du cas par cas s’inscrit tout à fait (quoiqu’on en dise aujourd’hui) dans une démarche scientifique, je ne m’oppose pas du tout au fait de pouvoir généraliser par la suite, et donc de parler DU jeu vidéo dans un seconde temps, comme peut le faire Guillaume Gillet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ceci posé préambule, je continuerai à cartographier quelques enjeux qui me sont apparus intéressants depuis que je me suis penché sur cet objet et cette pratique.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1085">Les jeux vidéo ? Et si on en parlait … Episode 2</a></p>
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		<title>Alan Turing, sur les traces de l’IA : Episode 11 &#8211; Turing en héros de la seconde guerre mondiale</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Mar 2012 14:45:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Alan Turing]]></category>
		<category><![CDATA[Andrew Hodges]]></category>
		<category><![CDATA[Arthur Scherbius]]></category>
		<category><![CDATA[Blanche-Neige et les Sept Nains]]></category>
		<category><![CDATA[Claude Shannon]]></category>
		<category><![CDATA[Enigma]]></category>
		<category><![CDATA[GC & CS]]></category>
		<category><![CDATA[Joan Clarke]]></category>
		<category><![CDATA[Léon Alberti]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 5 mars 2012.
On parlera de l'épisode peut-être le plus connu de la vie de Turing au cours de la seconde Guerre Mondiale, lorsqu'il participa aux activités de renseignement, dans le décryptage des messages codées de l'armée allemande. Ainsi que de l'évolution de ses travaux vers des réalisations matérielles de sa machine universelle.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Parti un temps aux Etats-Unis, à Princeton, Turing aurait pu devenir l’assistant de von Neumann. Mais il refusa la proposition, préférant revenir en Angleterre, avec l’idée de faire une thèse. Ce qu’il fit.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Turing et la GC &amp; CS</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il s’intéressait depuis longtemps déjà au <em>cryptage</em>, c’est-à-dire à la fabrication de codes secrets, ainsi qu’au décryptage de ces derniers (La cryptologie étant  l’étude des textes chiffrés). Au moment où il commence à entrevoir la guerre se profiler, la <em>Government Code and Cypher School</em> (La GC &amp; CS), un établissement créé en 1922 par le gouvernement britannique et placé sous le contrôle des services secrets, en charge « d’étudier les méthodes de communications chiffrées utilisées par les puissances étrangères et de donner un avis sur la sûreté des codes et chiffres britanniques »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1033#footnote_0_1033" id="identifier_0_1033" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p. 131 ">1</a></sup> le contacta afin de l’employer.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est durant l’été 1938 qu’il effectua son premier stage au quartier général de la GC &amp; CS.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est également à cette période que Turing vit le fameux film de Walt Disney, tiré du conte populaire de Blanche-Neige, en octobre 1938 précisément, lorsqu’il était à Cambridge. <em>Blanche-Neige et les Sept Nains</em> est le premier long-métrage parlant et en couleurs de l&#8217;histoire du dessin-animé, qui porta la firme Disney au bord de la faillite tant l’ampleur du projet dépassa les budgets prévus.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il en retiendra surtout la scène où la méchante sorcière trempe la pomme dans le bouillon empoisonné, et ne cessera de chantonner ensuite le couplet prophétique pour lui :</p>
<p style="text-align: justify;">Plonge la pomme dans le brouet</p>
<p style="text-align: justify;">Et laisse le Sommeil de Mort l’imprégner »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1033#footnote_1_1033" id="identifier_1_1033" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.133 ">2</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons qu’en 1954, il se suicida en effet en s’empoisonnant au cyanure. Une demi-pomme entamée fut retrouvée près du lit, et bien que le fruit ne fut jamais analysé, on conjectura que Turing s’était donnée la mort en plongeant lui-même la pomme dans le brouet pour rejoindre le Sommeil de Mort<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1033#footnote_2_1033" id="identifier_2_1033" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.402 ">3</a></sup> .Un dispositif censé, d’après son biographe, « protéger » sa mère, en lui permettant de croire à la thèse d’un accident, car Turing manipulait effectivement du cyanure pour certaines expériences.</p>
<p style="text-align: justify;">Après son stage, Turing ne cessa de s’impliquer davantage dans les activités de la GC &amp; CS, tandis qu’il donnait quelques cours à Cambridge au printemps 1939. Il suivait également à l’époque l’enseignement de Wittgenstein sur les fondements des mathématiques. « Ils avaient en commun la même apparence rude, spartiate, campagnarde et négligée (même si Alan restait fidèle à ses vestons sport alors que le philosophe leur préférait des vestes de cuir), et partageaient un même sérieux, une même concentration dans le travail. […] Seuls les problèmes fondamentaux les intéressaient réellement, même s’ils prenaient ensuite des voies différentes. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1033#footnote_3_1033" id="identifier_3_1033" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.137 ">4</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">C’est au lendemain de la chute de la Tchékoslovaquie en mars 1939 et surtout de la chute de la Pologne en septembre 1939, que Turing va rejoindre complètement la GC &amp; CS. Il l’intègre le 4 septembre 1939. Le combat de Turing contre la désormais célèbre machine allemande <em>Enigma </em>commençait. En effet, c’est cette machine Enigma qui mettait en échec la GC &amp; CS. « Enigma constituait le problème majeur pour les services de renseignements britanniques en 1938. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1033#footnote_4_1033" id="identifier_4_1033" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.132 ">5</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Les polonais se rendirent compte à partir de 1933 que l’Allemagne allait subir de grands bouleversements, et qu’ils seraient potentiellement en danger. Ils ont alors commencé à réunir des mathématiciens qui connaissaient, entre autres, la langue allemande afin de pouvoir démarrer une activité de décryptage des messages allemands interceptés. Ce sont donc les polonais qui, les premiers, vont commencer à adopter des méthodes automatiques. Ils seront donc les précurseurs des fameuses <em>bombes</em> que les britanniques construiront par la suite, grâce à l’aide précieuse de Turing. Ce sont donc les polonais enfin qui commencèrent les premiers à s’attaquer à la machine Enigma. Ils réussirent enfin à communiquer aux alliés leurs travaux et succès autour de leur compréhension d’Enigma, juste avant que leur pays se fasse envahir par l’Allemagne.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Bletchley Park</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La GC &amp; CS fut soutenue Churchill qui avait pris la mesure de la nouvelle importance de l’activité de renseignement et de décryptage depuis la guerre de 14. Il visitera Bletchley Park en 1941, et salua à cette occasion Turing. L’institution avait déménagé dans un manoir victorien au doux nom de Bletchley Park, afin de se mettre à l’abri d’éventuels bombardements, et d’être bien situé stratégiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">« Bletchley était une petite ville d’une tristesse ordinaire, mais elle se situait au centre géométrique de l’Angleterre intellectuelle, là où la ligne de chemin de fer de Londres bifurquait pour Oxford ou Cambridge. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1033#footnote_5_1033" id="identifier_5_1033" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.143 ">6</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Le site est aujourd’hui un musée dédié à l’activité de décryptage mettant en avant le travail de Turing. (<a href="http://www.bletchleypark.org/">http://www.bletchleypark.org/</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">Turing participera donc à la construction de machine capable de parcourir automatiquement les possibilités de cryptage pour trouver certaines possibilités de mots qu’il s’agissait par la suite de tester sur une Enigma.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous pouvez trouver une photo d’une version de ces bombes ici : <a href="http://www.apprendre-en-ligne.net/crypto/Enigma/bombe.html">http://www.apprendre-en-ligne.net/crypto/Enigma/bombe.html</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’évolution du travail de la GC &amp; CS durant cette période de début de guerre prit la forme d’une administration toujours plus importante. Ils n’étaient qu’une poignée d’individus au départ, travaillant comme Turing de manière plutôt solitaire, ou en petites équipes. L’étape suivante fut celle d’une intégration des travaux de chacun au sein d’une coordination qui, seule, permettait de décrypter plus rapidement et en grande quantité. Petit à petit, l’excentricité Turing, sa tendance à s’isoler et sa difficulté à rendre claires aux autres ses intuitions, devinrent un frein à la possible évolution du mathématicien au sein de cette administration.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Enigma</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">« La première machine cryptographique fut le disque à chiffrer, inventé au XV siècle par l’architecte italien <em>Léon Alberti</em>, l’un des pères du chiffre polyalphabétique. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1033#footnote_6_1033" id="identifier_6_1033" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Simon Singh, Histoire des codes secrets, de l&rsquo;&eacute;gypte des Pharaons &agrave; l&rsquo;ordinateur quantique, JC Latt&egrave;s, 1999 ">7</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Vous pouvez lire des éléments plus précis sur la machine d’Alberti ici : <a href="http://www.ostdudauphin.fr/crypto.htm">http://www.ostdudauphin.fr/crypto.htm</a></p>
<p style="text-align: justify;">Et ici : <a href="http://www.bibmath.net/crypto/concret/alberti.php3">http://www.bibmath.net/crypto/concret/alberti.php3</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais les débuts de la mécanisation du chiffrage, débutèrent avec l’inventeur allemand Arthur Scherbius et son ami Richard Ritter. C’est en effet Scherbius qui entreprit de remplacer les anciens systèmes de cryptographie de la première guerre mondiale, et qui inventa une première version de la fameuse <em>Enigma</em> autour de 1918, en cherchant à concevoir une version électrifiée de la machine d’Alberti. Ses premières applications étaient destinées au champ commercial, mais Enigma fut par la suite utilisée largement par l’armée allemande.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cœur inventif de cette machine, qui ressemble à une machine à écrire (d’une certaine manière comme la « machine de Turing »…) consistait en des rotors qui, à chaque cryptage de lettres, se déplaçaient d’un cran. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’historique d’Enigma, vous pouvez lire ceci : <a href="http://alexandre.goyon.pagesperso-orange.fr/Enigma.htm">http://alexandre.goyon.pagesperso-orange.fr/Enigma.htm</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cette machine Enigma était utilisée par les sous-marins, les U-boat de l’armée allemande. Ces sous-marins ne cessaient de couler les navires britanniques ce qui isolait de plus en plus l’Angleterre du reste de l’Europe, et les mettait à terme dans une situation critique quant à l’issue de la guerre.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, le temps de décryptage des messages avait des conséquences très pratiques quant au nombre de navires anglais qui pouvaient continuer à transiter et apporter les matières premières nécessaires au pays.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Evolution des recherches de Turing : du code aux machines…</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est durant cette période si exaltante et si étrange que Turing fit d’une part l’expérience de diriger une équipe pendant un temps, et d’autre part, qu’il apprit pour la première fois à vivre au contact de femmes, et ce jusqu’à tenter de se marier avec une jeune femme nommée Joan Clarke qu’il rencontra en 1941. Turing lui proposa le mariage et ils se fiancèrent au cours du printemps. Alan lui expliqua cependant ses tendances homosexuelles, mais cela ne fit pas reculer Miss Clarke dans un premier temps. Ce n’est qu’après l’été, après une longue et difficile réflexion, que Turing prit la décision de rompre.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est également durant cette période qu’il mit finalement de plus en plus en pratique ses travaux précédents sur les procédés mécaniques de calcul. Comme l’écrit Hodges, « Même si sa solution à l’<em>Entscheideungsproblem</em> et ses travaux sur la logique ordinale avaient attiré l’attention sur les limites des procédés mécaniques, ses présupposés matérialistes commençaient à être plus clairs pour lui ; aussi il ralentit son interrogation sur ce que les machines ne peuvent <em>pas faire</em> pour concentrer sa curiosité sur l’exploration de ce qui pouvait réellement <em>être fait</em> par elles. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1033#footnote_7_1033" id="identifier_7_1033" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p.187 ">8</a></sup>. Turing put réfléchir par exemple sur un thème qui deviendra un des exemples grand public le plus connu de l’intelligence articificielle quelques années plus tard, à savoir la mécanisation du jeu d’échecs.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1942, dans le cadre d’échanges entre les USA et l’Angleterre, Turing effectuera un voyage particulièrement riche de découvertes au sein des fameux laboratoires BELL qui abritait alors une quantité impressionnante de projets technologiques qui allaient marquer le paysage des télécommunications de la seconde moitié du vingtième siècle. Turing y rencontra par exemple Claude Shannon, un des pères (avec Warren Weaver) de la prochaine cybernétique, qui était sur le point de révolutionner l’approche de la notion d’information avec son article « <em>A Mathematical Theory of Communication »</em>. (Si vous voulez en savoir plus sur ces changements majeurs autour de la notion d’information, vous pouvez lire le livre de Mathieu Triclot <em>Le moment cybernétique, la constitution de la notion d’information</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce voyage marquera un tournant dans les recherches de Turing, qui s’orienteront de plus en plus vers l’exploration des machines matérielles. Autour de 1944 notamment, sa tentative de construire « un cerveau électronique » sur la base de son concept de machine universelle (Pour en savoir plus, lire <a href="../?p=907">http://vincent-le-corre.fr/?p=907</a> et <a href="../?p=986">http://vincent-le-corre.fr/?p=986</a>) devint de plus en plus concrète.  Son idée était de s’intéresser déjà aux machines capables d’apprendre. C’est donc dans ces années que commençaient à s’élaborer ses idées qui seront couchées sur le papier un peu plus tard dans l’article écrit en 1950, « Les ordinateurs et l’intelligence »&#8230;</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1033" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 131 </li><li id="footnote_1_1033" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.133 </li><li id="footnote_2_1033" class="footnote">Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.402 </li><li id="footnote_3_1033" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.137 </li><li id="footnote_4_1033" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.132 </li><li id="footnote_5_1033" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.143 </li><li id="footnote_6_1033" class="footnote"> Simon Singh, <em>Histoire des codes secrets, de l’égypte des Pharaons à l’ordinateur quantique</em>, JC Lattès, 1999 </li><li id="footnote_7_1033" class="footnote"> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p.187 </li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Colloque Savoirs et Clinique</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 16:49:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Daisuke Fukuda]]></category>
		<category><![CDATA[Eric Marty]]></category>
		<category><![CDATA[Franz Kaltenbeck]]></category>
		<category><![CDATA[Geneviève Morel]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques Lacan]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Cassou-Noguès]]></category>
		<category><![CDATA[Savoirs et Clinique]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris le 23 janvier 2012.
Jacques Lacan, matérialiste - Le symptôme dans la psychanalyse, les Lettres et la politique.
Colloque international, les 16, 17 et 18 mars 2012.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Jacques Lacan, matérialiste -</h2>
<h2>Le symptôme dans la psychanalyse, les Lettres et la politique</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong>Colloque international, les 16, 17 et 18 mars 2012</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;">par &laquo;&nbsp;Savoirs et clinique&nbsp;&raquo; et le Centre de Recherches Interdisciplinaires sur les Mondes Ibériques Contemporains</span><span style="font-size: medium;"> <a title="CRIMIC" href="http://www.crimic.paris-sorbonne.fr/Jacques-Lacan-materialiste-Le.html" target="_blank">CRIMIC</a></span></p>
<p style="text-align: justify;">Je vous place le texte de présentation à la suite de l&#8217;affiche.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je mets en avant une partie des interventions qui concerne plus particulièrement mes intérêts, à savoir la samedi 17 mars, la présence de Pierre Cassou-Noguès, et la question des rapports entre Lacan et la cybernétique :</p>
<p style="text-align: justify;">Samedi 17 mars 2012</p>
<p style="text-align: justify;">Institut hispanique, 31 rue Gay-Lussac, 75005 Paris<br />
9h30-11h, présidente Isabelle Baldet, discutant Paul Audi<br />
Lacan avec Sade : deux logiques de la matérialité, Daisuke Fukuda<br />
Jacques Lacan et le matérialisme sadien, Éric Marty<br />
11h-11h 30, café<br />
11h30-13h, discutant Pierre Cassou-Noguès<br />
L’étiologie psychanalytique en criminologie dans l’œuvre de Lacan, Franz Kaltenbeck<br />
Les fraudes dans le domaine de la médecine légale : à la recherche perverse de la trace matérielle de la réalité, Renata Salecl</p>
<p style="text-align: justify;">Pause déjeuner</p>
<p style="text-align: justify;">15h-16h30, président Frédéric Yvan, discutant Bernard Baas<br />
L’esprit de Lacan et le matérialisme de la jouissance, Geneviève Morel<br />
Lacan et la cybernétique, ou comment le symbole « vole de ses propres ailes », Pierre Cassou-Noguès<br />
16h30-17h, Thé<br />
17h-18h30, présidente Monique Vanneufville, discutant Nestor Braunstein<br />
Le traitement de la lettre (volée) par Lacan s’applique-t-il à l’œuvre d’art contemporaine ?, Diane Watteau<br />
Le corps du réfugié à l’épreuve du politique, Élise Pestre</p>
<p><span style="font-size: medium;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2012/01/Lacan-colloque-2012.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1010" title="Lacan colloque 2012" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2012/01/Lacan-colloque-2012.jpg" alt="" width="510" height="722" /></a></span></p>
<p><a href="http://www.aleph.asso.fr/offres/file_inline_src/73/73_E_10822_1.pdf">Télécharger le programme complet et le bulletin d\&#8217;inscription</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Texte de présentation :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le matérialisme de Lacan est rarement étudié. Il est vrai que le  psychanalyste déplace de façon inattendue ce concept, chargé d’une  longue tradition philosophique qui va de Démocrite à Marx via Spinoza.  De fait, on peut considérer comme matérialistes ses définitions  successives du symptôme, inventé selon lui par Marx avant Freud, qu’il  caractérise simplement comme « le signe de ce qui ne va pas dans le réel  ». Mais Lacan ne s’arrête pas de façon fataliste au constat brutal des  impasses rencontrées par le sujet dans le réel. Il y répond par une  théorie de l’acte censé changer le sujet et, avec lui, le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Le  matérialisme de Lacan s’avère ainsi dynamique et doublement orienté  vers l’avenir : il ne ferme pas les yeux sur ce qui s’annonce  d’inquiétant mais il ouvre en même temps sur la possibilité d’une utopie  réaliste. Il se déploie autour du symptôme selon les deux axes d’une  logique du signifiant et d’une logique de la jouissance qui s’articulent  dans divers champs, notamment ceux de la lettre, de la psychanalyse et  de la politique.<br />
C’est dans la fiction littéraire que Lacan isole la  logique du signifiant qu’il a déduite de sa lecture structuraliste de  Freud, dite « retour à Freud ». Dans son commentaire de La lettre volée d’Edgar  Poe, il fait d’une lettre compromettante dérobée à la Reine le support  matériel d’un signifiant hors-la-loi, qui circule entre les personnages,  les féminisant tour à tour à leur insu — l’insu, un nom de  l’inconscient. Le mot « lettre » prend pour lui plusieurs significations  : objet matériel, lieu d’une écriture, d’une adresse à l’autre,  symptôme comme support d’une chaîne signifiante à déchiffrer. Son  aphorisme célèbre, « une lettre arrive toujours à destination », sera  contesté par ses contemporains, notamment Althusser et Derrida. Mais  Lacan fait aussi un autre usage de la lettre : il tente d’en formaliser  le trajet grâce à un calcul algébrique, introduisant des « mathèmes »  pour « matérialiser le procès subjectif ». On peut y lire son aspiration  à rester au plus près de la science alors que, contrairement à Freud,  il a affirmé que la psychanalyse n’en était pas une.</p>
<p style="text-align: justify;">À ce  matérialisme du signifiant se noue un matérialisme des jouissances. Dans  ses « formules de la sexuation », Lacan distingue de la jouissance  phallique « l’Autre jouissance », caractérisée d’être « pas toute »  phallique, et montre comment elles se répartissent entre les hommes et  les femmes. Il articule ainsi la différence sexuelle d’une façon, plus  radicale que Freud, dont débattent passionnément les féministes. Mais le  matérialisme de la jouissance intervient plus largement : en tant que  satisfaction des pulsions, la jouissance touche au corps, « décerné »  par le langage, et à ses zones érogènes. Selon les structures cliniques  (névroses, psychoses et perversions), une jouissance (orale, anale,  scopique, vocale) vient y prendre des valeurs différentes modulée dans  des fantasmes, dont la formule lacanienne implique l’invention de  l’objet a. Dans la période dite classique de son enseignement, soit les  années 60, le sujet en analyse déchiffre ses symptômes jusqu’à leur  noyau fantasmatique pour le « traverser ».</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan n’a pas cessé de  redéfinir le symptôme, d’abord avec Freud comme métaphore soit  substitution d’un signifiant à un autre, plus tard comme le retour d’une  vérité surgie de l’inconscient : « En fait, il (le symptôme) est  vérité, d’être fait du même bois dont elle est faite, si nous posons  matérialistement que la vérité, c’est ce qui s’instaure de la chaîne  signifiante2». Puis, dans les années 70, il devient une fonction  singulière de jouissance, « la façon dont chacun jouit de l’inconscient  en tant que l’inconscient le détermine3 ». Enfin, la dernière théorie  lacanienne du sinthome, appuyée sur une lecture de Joyce, a non  seulement inspiré durablement la critique littéraire, mais elle a aussi  servi de relais théorique à l’oedipe en perte de vitesse dans nos  sociétés. Il s’ensuit un abord non déficitaire des psychoses, voire une  nouvelle caractérisation des structures cliniques. Á cet égard, on ne  peut nier que Lacan ait, dès les années 60, anticipé L’anti-oedipe de  Deleuze et Guattari, ni qu’il ait ensuite fourni des outils théoriques  précis pour aller « au-delà de l’Oedipe », suscitant bien des débats  entre les praticiens.</p>
<p style="text-align: justify;">On a beaucoup parlé des formes  ultrarapides, voire immatérielles prises par les flux du capital.  Pourtant, ces processus virtuels souvent imprévisibles ont bien des  conséquences matérielles, inscrites dans la chair des êtres humains, qui  contribuent à « l’enveloppe formelle » de leurs symptômes. L’ouverture  de Lacan à l’histoire du XXème siècle lui a permis de recevoir à la fois  le message de Freud, auteur du Malaise dans la civilisation, et celui  de Marx dans Le manifeste communiste. Ce n’est plus tant la répression  de la pulsion par la famille qui intéresse Freud que le double langage  de la culture vis-à-vis de la pulsion, d’où son concept d’un « surmoi  culturel » : la culture se bâtit avec la pulsion tout en interdisant sa  satisfaction. Marx, pour sa part, dénonce le destin du travailleur :  marchandise comme une autre, livré aux fluctuations du marché, comment  pourrait-il ne pas tomber malade, livré à l’angoisse de l’insécurité ?  Combien d’êtres humains démunis sont-ils condamnés à devenir des «  hommes nus » ? Voilà pourquoi Lacan fait de Marx l’inventeur, avant  Freud, du symptôme, et critique toute prétention politique à « l’empire »  en introduisant, dans l’universel, la logique du « pas tout ». Sa  théorie de l’acte, articulée à celle d’un sujet résolument  post-cartésien, inspire de nombreux chercheurs dans les champs de la  politique et de l’économie, qui y voient des outils pour penser les  crises du capitalisme, voire la possibilité de futures révolutions.<br />
Les  interventions à ce colloque interdisciplinaire de trois jours porteront  donc sur les différents aspects du matérialisme lacanien pour  interroger sa pertinence dans la théorie et la clinique  psychanalytiques, la littérature et l’art, la philosophie et la  politique. On s’intéressera aussi aux influences et aux grands débats  qui ont traversé l’enseignement de Lacan et qui sont, contrairement aux  controverses psychanalytiques, trop peu étudiés par ses disciples.</p>
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		<title>Alan Turing, sur les traces de l’IA : Episode 10 : la machine de Turing – seconde partie</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Jan 2012 15:04:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Alan Turing]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, le 12 janvier 2012.
Nous reprenons et terminons ici la lecture de l’article de Turing « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision ». On tente de présenter la démonstration de Turing, et son utilisation de son concept de machine, pour finir par quelques réflexions sur quelques conséquences que l'on pourrait envisager sur le concept de symbolique. 
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p>Je reprends et termine ici ma lecture de l’article de Turing « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision ».<br />
Nous nous étions arrêtés la dernière fois sur la description que Turing fait de sa fameuse machine.</p>
<h2>Théorie des machines</h2>
<p style="text-align: justify;">Turing définit ensuite les a-machines, et les c-machines, pour préciser qu’il ne s’intéressera qu’aux premières. Les a-machines sont des machines automatiques n’ayant donc nul besoin d’intervention extérieure d’un opérateur pour fonctionner. Les c-machines sont des machines à choix « dont le comportement ne dépend que partiellement de sa configuration […] un opérateur extérieur doit intervenir et faire un choix arbitraire pour que la machine puisse continuer son travail. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_0_986" id="identifier_0_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 52 ">1</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Au sein des a-machines, il y place les machines à calculer, et au sein de ces dernières, il définit enfin les machines cycliques et acycliques. Les machines cycliques sont les machines qui finissent en gros par tourner en rond, et ne sont pas en mesure de calculer un nombre réel dont les décimales sont infinies. « Une machine qui n’écrit jamais qu’un nombre fini de symboles de la première famille [cette première famille de symboles est constituée des 0 et des 1 et compose les chiffres du nombre réel à calculer] est dite cyclique. Dans le cas contraire, elle est dite acyclique. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_1_986" id="identifier_1_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 53 ">2</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Cette bipartition des machines, cycliques et acycliques, permet ainsi à Turing de redéfinir ce qu’il appelle une séquence calculable et un nombre calculable. « Une séquence est dite calculable s’il existe une machine acyclique qui la calcule. Un nombre est dit calculable s’il existe une machine acyclique qui calcule sa partie décimale. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_2_986" id="identifier_2_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 54 ">3</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Comme on l’a déjà écrit, Turing a proposé l’idée de « nombre calculable » en prenant effectivement comme champ de recherche les nombres réels. « Le point crucial était que tout ‘nombre calculable’ régi par une loi définie pouvait être calculé par une de ses machines. Ainsi il y aurait une machine capable de calculer l’expansion décimale de π, car cela ne requérait en fait qu’un ensemble de règles pour additionner, multiplier, recopier, etc.»<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_3_986" id="identifier_3_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p. 94 ">4</a></sup>. Même si dans le cas de π la machine ne s’arrêtera pas, (nous sommes alors dans le cas d’une machine acyclique) étant donné que son nombre de décimale est infini. La machine peut cependant être parfaitement définie dans une table, avec un nombre fini de règles.</p>
<p style="text-align: justify;">Turing continue son article en présentant des exemples de machines à calculer, c’est-à-dire en faisant « tourner » littéralement le fonctionnement des machines abstraites qu’il vient de nous présenter. Car d’une part, il ne faut pas oublier que la machine que Turing vient de concevoir n’est en rien une machine concrète, matérielle. C’est une machine « de papier » comme l’écrira Turing lui-même, avec une mémoire infinie, ce qui est d’ailleurs matériellement impossible. C’est finalement une « Machine mathématique dont l’aspect infini introduit à tout jamais une rupture par rapport aux machines matérielles finies comme celles dont nous avons pris l’habitude d’être environnés. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_4_986" id="identifier_4_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 73 ">5</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Nulle part dans l’article Turing ne précisera comment cette machine pourrait être construite, comment s’agenceraient matériellement les différentes pièces qui pourraient la composer. C’est une « boîte noire » appelée à transformer des symboles. « Une machine de Turing est en effet une machine qui transforme des symboles d’entrée en symboles de sortie en traversant une succession d’états discrets qui sont tous définissables à l’avance. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_5_986" id="identifier_5_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 75 et 76 ">6</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">D’autre part, comme le souligne encore Jean Lassègue, Turing a bien conscience que si l’on veut saisir son concept, il faut en passer par l’expérience cette fois très concrète de faire fonctionner la machine, d’effectuer soi-même les différentes étapes, c’est-à-dire finalement d’être soi-même la machine pendant le temps du calcul. « Le passage de la notion informelle de calcul à une notion formelle ‘mécanique’ s’opère par un travail du lecteur sur lui-même qui doit adopter le ‘bon’ point de vue, celui du mécanisme, pour réussir à apprécier la portée du concept présenté. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_6_986" id="identifier_6_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 75 ">7</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Cela peut ressembler à l’argument du retrait de l’échelle présenté par Wittgenstein à la fin de son Tractatus Logicus-Philosophicus (Turing rencontrera d’ailleurs le philosophe un peu plus tard dans sa vie, à Cambridge). Il n’existe pas de métalangage pour la logique, il faut s’y exercer. Pour comprendre sa machine, il faut donc jouer avec. « En conséquence, l’aspect finitaire de la procédure de calcul est rapporté à un agent mécanique de la pensée et il n’y a pas d’autre moyen de vérification de l’aspect en question que l’effectuation de celle-ci. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_7_986" id="identifier_7_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 75 ">8</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Des machines particulières aux machines universelles ou de l’infini des calculs à la finitude de la machine</h2>
<p style="text-align: justify;">Une fois ses machines définies et présentées via des exemples, Turing peut ainsi poser l’équivalence entre une séquence calculable et la description d’une machine au travers de la description de sa table d’instructions. «En fait toute séquence calculable peut être décrite au moyen d’une table de ce genre.»<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_8_986" id="identifier_8_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 63 ">9</a></sup>.  Cette étape lui permet d’introduire l’idée essentielle de machine universelle.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, jusqu’à présent, pour chaque calcul, il fallait définir une machine particulière avec sa table d’instructions permettant d’effectuer ledit calcul. La machine universelle va permettre de « calculer n’importe quelle séquence calculable. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_9_986" id="identifier_9_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 66 ">10</a></sup>.  En fait, cette machine universelle décrit mécaniquement le procédé qui permet au calculateur humain de trouver la bonne machine particulière relativement au calcul particulier à effectuer. Le concept de cette machine universelle permet ainsi à Turing de cerner un peu mieux le champ même du calculable, « dans la mesure où elles [les machines universelles] réduisent tout calcul à la construction de la table d’instruction d’une seule machine. Grâce à l’usage d’une machine universelle, il devient possible de réutiliser l’intégralité des tables d’instructions d’autres machines. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_10_986" id="identifier_10_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 81 ">11</a></sup>  Turing va ensuite présenter la table de fonctionnement d’une machine universelle.<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_11_986" id="identifier_11_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 68 ">12</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">On peut ainsi concevoir que les machines de Turing particulières sont les ancêtres des futurs programmes informatiques, tandis que les machines universelles seraient les précurseurs des futurs ordinateurs capables de faire tourner des programmes.<br />
Et c’est là que l’on observer comment Turing retrouve la démarche gödelienne à travers le fait de coder les machines particulières en leur attribuant un entier naturel, un index en somme, qui permet ainsi de « combiner en une table d’instructions de plus en plus complexe des tables d’instructions effectuant des calculs plus simples en réduisant tout calcul à n’être qu’une partie d’un calcul plus vaste. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_12_986" id="identifier_12_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 81 ">13</a></sup>  La machine universelle est alors chargée de retrouver à partir de l’index, la table correspondante contenant les instructions des machines particulières, puis d’exécuter ces dernières. « Ainsi non seulement chaque calcul, de longueur arbitraire, est-il réduit au point de vue du fini mais l’infinité des calculs elle-même est aussi réduite au point de vue du fini […] »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_13_986" id="identifier_13_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 81 et 82 ">14</a></sup>.</p>
<h2>Calculabilité et problème de la décision, l’Entscheidungsproblem</h2>
<p style="text-align: justify;">Turing parvient ainsi à redéfinir la notion de calculabilité. Ce n’est pas le seul mathématicien qui le fait à cette époque. Comme on l’a vu Gödel, mais aussi Church, auront produit finalement tous les trois une définition de la calculabilité équivalente. Mais l’un des intérêts de la définition de Turing, est, comme le précise Cassou-Noguès, de garder un lien évident avec la notion intuitive de calcul.</p>
<p style="text-align: justify;">Turing l’aura cependant fait d’une manière singulière (et c’est par ailleurs cette manière singulière qui autorisera toute une somme de réflexion sur les rapports entre l’esprit et la machine), en montrant que le travail qu’effectue un calculateur humain est une succession d’étapes, une composition d’éléments qui vont s’articuler pour devenir finalement un algorithme pris en charge par son concept de machine. Comme on l’a dit, Turing ne suit pas les canons d’un article théorique classique. A travers une sorte d’opération cartésienne de division du problème, Turing écrit que « le travail du calculateur est divisé en une suite d’’opérations élémentaires’, tellement simples qu’il serait difficile de les diviser encore. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_14_986" id="identifier_14_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 78 et 79 ">15</a></sup>  Il a posé désormais les bases de son concept de machine à calculer.</p>
<p style="text-align: justify;">Il décrit en effet à présent le travail qu’effectue un calculateur humain dans les termes même de son concept de machine. « […] c’est l’état mental du calculateur et les symboles qu’il observe qui déterminent l’opération à effectuer, et en particulier le nouvel état mental dans lequel il se retrouve après exécution de ladite opération. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_15_986" id="identifier_15_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 80 ">16</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi la description du travail effectué par l’humain devient fidèle à son concept de machine, dont nous avons parlé <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=907">dans l’épisode 8</a>. La machine est ce dispositif à deux propriétés principales : 1) une machine n’a effectivement qu’un nombre fini d’états qui lui sont propres. 2) ce qu’effectue la machine à l’instant T ne dépend que de l’état de la machine à l’instant T et des données qui lui parviennent via un dispositif quelconque. Le calculateur humain est ainsi devenu une machine universelle au sens de Turing.</p>
<p style="text-align: justify;">Il lui reste à présent à s’atteler à la seconde partie de son article, contenue dans le titre « … l’application au problème de la décision ».<br />
Comme nous l’avons précisé, une fois défini ces a-machines, Turing avait présenté les machines cycliques et les machines acycliques, ce qui lui avait permis de redéfinir la calculabilité en fonction des machines acycliques. Le problème de la décision autrement nommé, problème de l’arrêt, peut ainsi s’énoncer de cette manière : « peut-on savoir à l’avance si tout calcul aura ou non une fin ? »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_16_986" id="identifier_16_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 82 ">17</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Et Turing va y répondre par la négative en démontrant qu’une fois que l’on aurait produit une liste infinie des machines acycliques capables de produire les séquences calculables, c’est-à-dire de calculer la partie (infinie) décimale des nombres réels, il faudrait supposer l’existence d’une autre machine capable cette fois de « décider » elle-même si elle doit s’arrêter ou non, ce qui apparaît impossible. Turing le démontre à l’aide du formalisme de sa machine qu’il vient d’inventer.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous pouvez trouver ici un cours très intéressant sur la calculabilité et la complexité qui présente le modèle de la démonstration de ce problème de l’arrêt dans l’informatique :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.canal-u.tv/producteurs/fuscia/dossier_programmes/science_info_lycee_profs_conferences_de_formation_des_professeurs_du_secondaire_en_science_informatique/quelques_rudiments_de_calculabilite_et_de_complexite">Quelques rudiments de calculabilité et de complexité, par Paul Gastin</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cette vidéo présente ainsi ce problème d’indécidabilité au travers des limites intrinsèques de la puissance de calcul des machines informatiques.<br />
Turing va user de la méthode diagonale que Cantor avait utilisée dans un article datant de 1891 pour démontrer que l’ensemble des nombres réels était non dénombrable.<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_17_986" id="identifier_17_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Lire &agrave; ce sujet :&nbsp;Argument_de_la_diagonale_de_Cantor ">18</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Turing utilise le même procédé pour s’interroger cette fois sur le caractère dénombrable des nombres calculables qu’il a cette fois lui-même redéfinis à l’aide de son concept de machine.<br />
« On peut définir sommairement les nombres ‘calculables’ comme étant les réels dont l’expression décimale est calculable avec des moyens finis. […] Selon ma définition, un nombre est calculable si sa représentation décimale peut être décrite par une machine. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_18_986" id="identifier_18_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 49 ">19</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Reprenant l’argument de Cantor, combiné avec son concept de machine, Turing montrait qu’il pouvait ainsi exister des nombres définis, mais non calculables. Une machine universelle est en effet censée tester chaque index correspondant à une machine particulière calculant une séquence calculable, ce qui revenait à mécaniser le procédé de Cantor. Mais Turing montrait finalement qu’il était impossible de déterminer mécaniquement si une table d’instructions particulière, une machine selon son concept, allait produire une suite infinie ou non, c’est-à-dire si telle machine particulière allait boucler ou non ; autrement dit par Turing, « […] ce problème d’énumération des séquences calculables est équivalent à celui qui consiste à déterminer si un nombre donné est le ND [le Nombre Descriptif, c’est-à-dire l’entier qui désigne une machine particulière via la méthode de Gödel] d’une machine acyclique, et il n’existe pas de procédure générale pour faire cela en un nombre fini d’étapes ».<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_19_986" id="identifier_19_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 73 ">20</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">En somme, le procédé de Cantor, la méthode de la diagonale, ne peut être mécanisé.<br />
Comme l’écrit Guillaume Watier : « Remarquons que le théorème de l’arrêt est à l’algorithmique ce que le théorème de Gödel est à la démonstration mathématique de théorème. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_20_986" id="identifier_20_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Guillaume Watier, Le calcul confi&eacute; aux machines, Ellipses, 2001, p.57 ">21</a></sup><br />
Après les résultats de Gödel, c’est donc un nouveau coup à l’optimisme d’Hilbert, Turing montrant d’une part qu’il ne peut exister de méthode pour décider si telle ou telle assertion de l’axiomatique peut être considérée comme vraie ou fausse, et d’autre part qu’il existe des problèmes insolubles. Gödel dira que les travaux de Turing donnait ainsi une véritable définition de ce qu’était finalement un système formel « dont la propriété est qu’en son sein, et en principe, le raisonnement peut être entièrement remplacé par des règles mécaniques. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_21_986" id="identifier_21_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" G&ouml;del cit&eacute; par Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 85 ">22</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons dit Turing redéfinit ainsi la notion de calculabilité, comme Church et Gödel. Mais l’un des intérêts de la définition de Turing, est, comme le précise Cassou-Noguès, de « garder un lien évident avec la notion intuitive. »  Sa définition de la calculabilité en passe en effet dans cet article par une sorte de « psychologie du calcul » lors de la comparaison calculateur mécanique et calculateur humain.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, Turing vient avec son article de distinguer deux choses : la démonstration et la vérité, car il montre combien « démontrer revenait à calculer et non pas à établir la vérité d’un théorème puisque démontrabilité et vérité se trouvaient au contraire dissociés. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2>Le style, c’est l’homme…</h2>
<p style="text-align: justify;">Répétons-le, même si le déploiement futur des calculateurs numériques s’origine dans les trouvailles de Turing, le problème auquel il s’est attaqué ici était un problème de mathématique pure. Et pourtant, le style de cet article théorique qui complète les travaux de Gödel reste tout à fait surprenant. On a vu combien son biographe Hodges avait noté que Turing présentait depuis son enfance différents traits d’originalité dans ses conduites, notamment sociales. Cette fois, on peut dire que l’originalité de Turing se manifeste dans le contenu dans son article : il produit un concept novateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l’originalité se manifeste également dans la forme, c’est-à-dire sa façon de conceptualiser et de résoudre ce problème mathématique, ce que Cassou-Noguès nomme « la psychologie du calcul » de Turing. En effet, ce dernier se met à analyser le travail d’un sujet humain qui calcule, ce qu’il nomme le « computer » dans le texte original que vous pouvez trouver ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.thocp.net/biographies/papers/turing_oncomputablenumbers_1936.pdf">ON COMPUTABLE NUMBERS, WITH AN APPLICATION TO THE ENTSCHEIDUNGSPROBLEM By A. M. TURING</a></p>
<p style="text-align: justify;">On peut y remarquer qu&nbsp;&raquo;il y a en effet deux occurrences dans le texte original où Turing compare « l’homme-qui-calcule » à « la-machine-qui-calcule » : dans sa présentation de la machine à calculer<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_22_986" id="identifier_22_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 51 ">23</a></sup>  et dans sa discussion sur la pertinence de la notion de calculabilité<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_23_986" id="identifier_23_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 78 &agrave; 84 ">24</a></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans la seconde que Turing va d’ailleurs définir sa notion d’ « état mental ». Il la redéfinit cependant encore une fois à l’aide d’une analogie. « Notre calculateur peut toujours interrompre sa tâche, quitter son lieu de travail et oublier tout ce qui s’y rapporte, pour revenir plus tard et reprendre son calcul là où il l’avait laissé. Pour ce faire, il doit conserver une notice où se trouvent consignées (sous une forme canonique quelconque) un certain nombre d’instructions indiquant comment  reprendre son calcul. C’est cette notice qui remplace l’état mental dont nous parlions en (I). […] »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_24_986" id="identifier_24_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Alan Turing, &laquo; Th&eacute;orie des nombres calculables, suivie d&rsquo;une application au probl&egrave;me de la d&eacute;cision &raquo;, in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p.84 ">25</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">
<h2>Conséquences …</h2>
<p style="text-align: justify;">Avec cet article, nous avons certes comme le souligne Dupuy, « les prolégomènes d’une nouvelle science de l’esprit »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_25_986" id="identifier_25_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean-Pierre Dupuy, Aux origines des sciences cognitives, La d&eacute;couverte, 1999, p.22 ">26</a></sup>, même si Turing n’en avait pas conscience bien entendu. Mais il faut se rappeler un point important par rapport aux autres directions qui seront prises dans cette nouvelle science de l’esprit et qui favoriseront la naturalisation complète du concept d’esprit, ce qui n’est pas du tout le cas de Turing.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le remarque la psychanalyste Christiane Alberti, Turing « prend donc appui sur la représentation que l’on peut se donner d’un être humain en train de calculer […] »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_26_986" id="identifier_26_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Christiane Alberti, &laquo; Alan Turing et sa A-machine : le moment de la logique &raquo;, in Le traumatisme de la langue &ndash; &eacute;tudes cliniques, Association Himeros, 2007, p. 74 ">27</a></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout comme Cassou-Noguès, Alberti souligne ainsi que Turing fonde ses résultats dans l’imaginaire, et que son assertion « Un homme en train de calculer la valeur d’un nombre réel peut être comparé à une machine susceptible de se trouver dans un nombre fini d’états q1, q2, …, qR, que nous appellerons ses m-configurations » fonctionne effectivement, non pas grâce à un réductionnisme (qui associerait un état mental à un état physique) dont Turing serait le thuriféraire, mais finalement grâce à la nature de l’acte de calculer lui-même situé sur un plan logique. Turing s’intéressera quelques années plus tard à la façon de rendre concrète sa machine, avec par exemple son projet de « construire un cerveau » à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais comme l’écrit Hodges « Pour notre mathématicien, quoi que fasse un cerveau, il le faisait en vertu de sa structuration logique et non parce qu’il se trouvait à l’intérieur d’un crâne humain ou parce qu’il était constitué de manière spongieuse composée d’une espèce particulière de formation cellulaire biologique. Sa structure logique devait parfaitement être réplicable dans un autre milieu, matérialisée par une autre espèce de mécanisme physique. C’était une conception matérialiste, qui avait le mérite de ne pas confondre les systèmes logiques et les relations avec les substances physiques et les choses elles-mêmes, selon une erreur trop souvent commise. […] Lorsqu’il parlait de ‘construire un cerveau’, il ne pensait pas que les éléments de sa machine devaient ressembler à ceux du cerveau, ni que leurs connexions devaient en imiter les différentes régions.»<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_27_986" id="identifier_27_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Andrew Hodges, Alan Turing ou l&rsquo;&eacute;nigme de l&rsquo;intelligence, Payot, 1983, 1988, p. 248 ">28</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Turing nous montre ainsi simplement en quoi une partie de notre activité mentale peut être mécanisable, car l’acte de calculer opéré par un être humain peut effectivement être externalisé dans une machine. La question de savoir si toute l’activité mentale d’un être humain est calcul est une toute autre question, et semble beaucoup plus compliquée à démontrer….</p>
<p style="text-align: justify;">Au sujet de l’autonomie de la machine, Jean Lassègue est très clair. « Croire en l’autonomie de la machine et en conséquence, à sa supériorité , conduit à une anthropomorphisation regrettable du concept de machine. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_28_986" id="identifier_28_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 88 ">29</a></sup>Selon lui, même si Turing réussit cette « mise en rapport du concept de machine universelle de Turing avec la notion d’esprit humain », la machine ne peut en aucun cas produire une décision, c’est à dire être « indépendante de la pensée humaine qui l’a produite. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_29_986" id="identifier_29_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 88 et 89 ">30</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès rappelle une boutade de Lacan qui résumerait selon lui la différence entre la machine et l’homme<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_30_986" id="identifier_30_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, G&ouml;del, Les Belles Lettres, 1998, p. 90 ">31</a></sup> dans le sens où avec Turing (et ce que l’on vient de voir au sujet de la méthode de la diagonale et du problème de l’arrêt) on pourrait dire qu’une machine de Turing ne peut établir la liste de toutes les machines de Turing.<br />
Lacan lors de son séminaire sur les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, est en train d’introduire son concept d’inconscient via les apports de Levi-Strauss. Il parle de l’enfant qui compte le nombre de ses frères et qui s’y compte, avant de s’y reconnaître dans le comptage.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&nbsp;&raquo; Je prends d’abord le concept de ‘l’inconscient’. […] pour l’illustrer par quelque chose qui est matérialisé assu¬rément sur un plan scientifique, je l’illustrerai par exemple par ce champ […] qu’explore, structure, élabore et qui se montre déjà infiniment riche, ce champ que Claude Lévi-Strauss avait épinglé du titre de Pensée sauvage. Avant toute expérience, toute déduction individuelle, avant même que s’y inscrivent les expériences collectives qui ne sont rapportables qu’aux besoins sociaux, quelque chose organise ce champ, en inscrit les lignes de force initiales, qui est cette fonction que Claude Lévi-Strauss, dans sa critique du totémisme, nous montre être sa vérité, et vérité qui en réduit l’apparence, de cette fonction du totémisme, à savoir une fonction classificatoire primaire : ce quelque chose qui fait [que], avant que les relations s’organisent, qui soient des relations proprement humaines, déjà s’est organisé ce rapport d’un monde, à un autre monde de certains rapports humains qui sont déterminés par une organisation, aux termes de cette organisation qui sont pris dans tout ce que la nature peut offrir comme support, qui s’or¬ganisent dans des thèmes d’opposition. La nature, pour dire le mot, fournit des signifiants, et ces signifiants organisent de façon inaugurale les rapports humains, en donnent les structures et les modèlent.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>L’important est ceci, c’est que nous voyons là le niveau où, avant toute formation du sujet (d’un sujet qui pense, qui s’y situe), ça compte, c’est compté, et dans ce compté, le compte, déjà, y est! Il a ensuite à s’y recon¬naître, et à s’y reconnaître comme comptant. Disons que l’achoppement naïf où le mesureur de niveau mental s’esbaudit de saisir le petit homme, quand il lui propose l’interrogation : «J’ai trois frères, Paul, Ernest et moi, qu’est-ce que tu penses de ça ? » — Le petit n’en pense rien pour la bonne raison, c’est que c’est tout naturel! D’abord sont comptés les trois frères Paul, Ernest et moi, et tel je suis moi, au niveau de ce qu’on avance que j’ai à réfléchir : ce moi&#8230; c’est moi! et que c’est moi qui compte.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>C’est cette structure, affirmée comme initiale de l’inconscient, aux temps historiques où nous sommes de formation d’une science, d’une science qu’on peut qualifier d’humaine, mais qu’il faut bien distinguer de toute psychosociologie. D’une science dont le modèle est le jeu combi¬natoire que la linguistique nous permet de saisir dans un certain champ, opérant dans sa spontanéité et tout seul, d’une façon présubjective, c’est ce champ-là qui donne, de nos jours, son statut à l’inconscient. C’est celui-là, en tout cas, qui nous assure qu’il y a quelque chose de quali¬fiable sous ce terme qui est assurément accessible d’une façon tout à fait objectivable.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le débat sur l’infériorité ou la supériorité de la machine est pour Lassègue une question qui n’a que peu d’importance. Mais par contre, il estime que le résultat de Turing, mais aussi celui de Gödel, en pointant les limitations internes de l’axiomatique formelle telle que la souhaitait Hilbert, engagerait un questionnement sur les rapports entre le conscient et l’inconscient (Il pense à une sorte d’inconscient mécanique en deça de l’intuition) dans la pensée humaine, du fait de leur mise en valeur de l’impossible recouvrement total du domaine de la pensée humain par la pensée algorithmique. « Chaque processus mental mis sous forme algorithmique manifeste la présence d’une générativité algorithmique de la pensée qui suit la générativité de l’intuition comme son ombre. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_31_986" id="identifier_31_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Lass&egrave;gue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 90 ">32</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Cela rejoint il me semble l’objet du livre de Michel Bourdeau, <em>Pensée symbolique et intuition</em><sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_32_986" id="identifier_32_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Michel Bourdeau, Pens&eacute;e symbolique et intuition, PUF, 1999 ">33</a></sup> qui cherche à élaborer une théorie de l’intuition, à partir d’un cheminement philosophique sur ce qu’est d’abord la pensée symbolique et ses succès (dont le programme de Hilbert est une sorte d’exacerbation ou de tentative de la rendre hégémonique), ceci afin de mieux en cerner les limites.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une intervention au colloque « Le réel en mathématiques – Psychanalyse et mathématiques », la mathématicienne, Marie-Françoise Roy, spécialiste des algorithmes de la géométrie algébrique réelle, rappelle ce que nous avons dit lors de <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=925">l’épisode précédent</a>, à savoir qu’avec l’informatique, « l’histoire du calcul entre dans une phase radicalement nouvelle. »</p>
<p style="text-align: justify;">Elle cite également Lacan, dans son séminaire sur <em>le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse</em> qui a beaucoup travaillé sur la cybernétique cette année-là, parlant souvent de la différence entre l’homme et la machine, tentant d’ouvrir des pistes, mais sans jamais fermer le débat. Lacan tente d’expliquer quelque chose au sujet de la répétition, concept par lequel il introduira à celui d’inconscient dans le séminaire que nous avons déjà cité, à savoir les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Il parle de Kierkegaard et de son écrit <em>La répétition</em>, puis il en vient à la machine à calculer.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Mais à la suite de ça, il nous mène sur le chemin de notre problème, à savoir, comment et pourquoi tout ce qui est d&#8217;un progrès essentiel pour l&#8217;être humain doit passer par la voie d&#8217;une répétition obstinée.<br />
J&#8217;en viens au modèle sur lequel je veux vous laisser aujourd&#8217;hui pour vous permettre d&#8217;entrevoir ce que veut dire chez l&#8217;homme le besoin de répétition. Tout est dans l&#8217;intrusion du registre symbolique. Seulement, je vais vous l&#8217;illustrer.<br />
C&#8217;est très important, les modèles. Non pas que ça veuille dire quelque chose-ça ne veut rien dire. Mais nous sommes comme ça &#8211; c&#8217;est notre faiblesse animale -, nous avons besoin d&#8217;images. Et, faute d&#8217;images, il arrive que des symboles ne viennent pas au jour. En général, c&#8217;est plutôt la déficience symbolique qui est grave. L&#8217;image nous vient d&#8217;une créa¬tion essentiellement symbolique, c&#8217;est-à-dire d&#8217;une machine, la plus moderne des machines, beaucoup plus dangereuse pour l&#8217;homme que la bombe atomique, la machine à calculer. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Françoise Roy se demande ainsi quel est la nature de ce danger ? Peut-être est-ce la croyance que tout le registre qualitatif pourrait être « transféré » dans le registre du quantitatif, ce qui est une des craintes actuelles ?</p>
<p style="text-align: justify;">Son intervention est intéressante en ce qu’elle montre le mathématicien aux prises avec cet objet qu’est l’ordinateur, dans une relation étrange, où l’homme peut produire un algorithme, le maîtriser le visualiser de l’intérieur, et rester pourtant totalement surpris, agréablement ou désagréablement d’ailleurs, des résultats que cet algorithme peut produire. « Les mathématiques accèdent alors à un véritable statut de sciences expérimentale, l’ordinateur jouant le rôle de l’appareil expérimental en physique. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=986#footnote_33_986" id="identifier_33_986" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Marie-Fran&ccedil;oise Roy, &laquo; Le r&eacute;el du calcul &raquo; in Le r&eacute;el en math&eacute;matiques &ndash; Psychanalyse et math&eacute;matiques, Agalma, 2004, p. 200 ">34</a></sup> Mais elle cite également le mathématicien et informaticien Doron Zeilberger qui prévoit que l’informatique et les ordinateurs tiendront un rôle de plus en plus important dans la création et la recherche en mathématiques, jusqu’à supplanter complètement les sujets humains.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le disait Lacan, idée que reprend M-F Roy, « Dans une machine, le symbolique fonctionne tout seul. » Avec cet article, Turing s’est installé au cœur de ce symbolique mécanique pour en montrer certains rouages, mais aussi, certains de ses aspects que l’on nomme indécidables. Cette révolution n&#8217;a pas fini de produire ses effets sur nous&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 52 </li><li id="footnote_1_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 53 </li><li id="footnote_2_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 54 </li><li id="footnote_3_986" class="footnote"> Andrew Hodges, Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence, Payot, 1983, 1988, p. 94 </li><li id="footnote_4_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 73 </li><li id="footnote_5_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 75 et 76 </li><li id="footnote_6_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 75 </li><li id="footnote_7_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 75 </li><li id="footnote_8_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 63 </li><li id="footnote_9_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 66 </li><li id="footnote_10_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 81 </li><li id="footnote_11_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 68 </li><li id="footnote_12_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 81 </li><li id="footnote_13_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 81 et 82 </li><li id="footnote_14_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 78 et 79 </li><li id="footnote_15_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 80 </li><li id="footnote_16_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 82 </li><li id="footnote_17_986" class="footnote"> Lire à ce sujet : <a href="http://www.presse-agrume.net/argument-diagonal-cantor.htmlethttp://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_de_la_diagonale_de_Cantor">Argument_de_la_diagonale_de_Cantor</a> </li><li id="footnote_18_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 49 </li><li id="footnote_19_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 73 </li><li id="footnote_20_986" class="footnote"> Guillaume Watier, Le calcul confié aux machines, Ellipses, 2001, p.57 </li><li id="footnote_21_986" class="footnote"> Gödel cité par Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 85 </li><li id="footnote_22_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 51 </li><li id="footnote_23_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 78 à 84 </li><li id="footnote_24_986" class="footnote"> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p.84 </li><li id="footnote_25_986" class="footnote"> Jean-Pierre Dupuy, Aux origines des sciences cognitives, La découverte, 1999, p.22 </li><li id="footnote_26_986" class="footnote"> Christiane Alberti, « Alan Turing et sa A-machine : le moment de la logique », in Le traumatisme de la langue – études cliniques, Association Himeros, 2007, p. 74 </li><li id="footnote_27_986" class="footnote"> Andrew Hodges, Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence, Payot, 1983, 1988, p. 248 </li><li id="footnote_28_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 88 </li><li id="footnote_29_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 88 et 89 </li><li id="footnote_30_986" class="footnote"> Pierre Cassou-Noguès, Gödel, Les Belles Lettres, 1998, p. 90 </li><li id="footnote_31_986" class="footnote"> Jean Lassègue, Turing, Les Belles Lettres, 1998, p. 90 </li><li id="footnote_32_986" class="footnote"> Michel Bourdeau, Pensée symbolique et intuition, PUF, 1999 </li><li id="footnote_33_986" class="footnote"> Marie-Françoise Roy, « Le réel du calcul » in Le réel en mathématiques – Psychanalyse et mathématiques, Agalma, 2004, p. 200 </li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Notes sur « Une histoire de machines, de vampires et de fous » – Episode 5</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Jan 2012 15:46:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Alan Turing]]></category>
		<category><![CDATA[Cassou-Noguès]]></category>
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		<category><![CDATA[machine]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris le 6 janvier 2011.
Avec Cassou-Noguès, on se demandera si la machine est une forme imposée, une figure repoussante, et si le vampire est ce qui permet d'échapper à l'emprise de la machine...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Revenons au livre précédent, avec la question pourquoi lire <strong><em>Une</em><em> histoire de machines, de vampires et de fous </em>?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelques mots sur ce qui m’intéresse plus précisément dans ce livre. Sa thèse m’intéresse dans le sens où, d’une part, elle me semble heuristique par rapport à la lecture que l’on peut faire des œuvres de fiction qui nous entourent. Œuvres contemporaines, ou bien, œuvres qui appartiendraient encore à un imaginaire plus classique. On verra pourquoi plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autre part, sa thèse me semble rejoindre (mais je ne sais pas encore exactement comment) une question, à savoir celle du lien/appareillage/branchement aux machines, à travers la question du corps. Les jeux vidéo sont intrigants en effet quant aux questions qu’ils peuvent soulever sur la façon dont on peut vivre le fait d’être incarné dans un corps. Ayant l’intuition que le jeu vidéo permettrait une sorte d’expérimentation de la possibilité de subjectiver son corps différemment, au travers de ce lien à la machine, je me demande en quoi ce que développe Cassou-Noguès sur l’évolution de notre imaginaire concernant les machines peut m’aider.</p>
<p style="text-align: justify;">Car on peut dans ce livre, trouver certaines descriptions particulièrement intéressantes autour de ce que pourrait être l’expérience que nous faisons lorsque nous jouons à un jeu vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Un exemple : « Je vois et j’entends normalement. Pourtant, l’absence de sensation avec la possibilité de mouvement me donne une impression bizarre, de ne pas me trouver dans ce corps mais de le diriger à distance, tout en restant ailleurs. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_0_962" id="identifier_0_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.47 ">1</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">C’est le genre de description que Cassou-Noguès poursuivra par ailleurs dans <em>Mon zombie et moi</em> qu’il s’agirait également de lire attentivement afin de voir en quoi il peut nous aider sur cette même question des modifications de la subjectivité du joueur vidéoludique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Retour à la thèse</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La thèse soutenue et développée par Cassou-Noguès tout au long de sa fiction se résume ainsi :</p>
<p style="text-align: justify;">« La thèse en est que l’imaginaire contemporain, qui parcourt la littérature comme les sciences, met en scène, parmi d’autres oppositions, un face-à-face particulier entre les deux figures de la machine et du vampire. » Mais qu’entend-il par vampire et machine ici ? Et dans quelle relation d’opposition se trouvent ces deux figures ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<strong>La figure du vampire comme parasite</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Car ce n’est pas un vampire classique auquel on a affaire dans la fiction. Le vampire que décrit Cassou-Noguès est avide de sensations humaines. C’est un être qui vit dans les images. Ils se cachent, et errent, dans les peintures ou dans les films.</p>
<p style="text-align: justify;">Au début de cette aventure, le héros est donc mordu par un vampire, et se retrouve projeté littéralement dans le monde de la peinture. Il s’aperçoit qu’il doit d’une part se nourrir, et que d’autre part, sa nourriture se trouvent être les sensations qu’il peut capter des spectateurs qui viennent admirer les peintures dans lesquelles vivent ces vampires.</p>
<p style="text-align: justify;">« Un homme, qui examine ensuite la mappemonde à côté de moi, le livre ouvert. Or je le sens. C’est-à-dire, j’arrive à saisir son propre corps avec les sensations qu’il éprouve. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_1_962" id="identifier_1_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.21 ">2</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Et de la même manière, pour parler, ces vampires de peinture doivent emprunter leurs mots à l’extérieur, dans la tête des gens.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pire encore, si l’on peut dire, certains vampires cherchent à sortir de leur condition, à échapper au monde de l’image, pour tenter de se loger dans des hôtes humains, et coloniser leurs corps, tels des parasites.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, Cassou-Noguès imagine une forme de vampire qui serait une type d’existence particulier, logé dans les images que nous, humains, contemplons, et qui finit par nous coloniser, en se nourrissant des sensations que le corps humain génère.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>La figure de la machine</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La figure de la machine permet, quant à elle, à la fois de décrire l’organisme humain, mais également, depuis l’avènement d’un imaginaire moderne (et l’on reviendra plus tard sur le passage de l’imaginaire classique à l’imaginaire moderne) la machinerie mentale.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons une manière de décrire ce que pourrait être une machine concrète ? C’est un dispositif avec deux propriétés principales :</p>
<p style="text-align: justify;">1) une machine n’a qu’un nombre fini d’états internes qui lui sont propres. Ne définissant pas la nature de ces états internes, on peut ainsi imaginer que ces états soient des états matériels, mais aussi des états mentaux.</p>
<p style="text-align: justify;">2) ce qu’effectue la machine à l’instant T, « son action », ne dépend que de l’état de la machine à l’instant T (son <em>qR</em> dans les termes de Turing) et des données qui lui parviennent via un dispositif quelconque. (Dans la machine de Turing [lire le commentaire de l'article de 1936 de Turing <a href="../?p=907" target="_blank">première partie</a>] inspiré de la machine à écrire, ce sera le ruban découpé en cases contenant des symboles à déchiffrer. Dans le cas d’un ordinateur, ce sera un humain qui tape sur son clavier. On peut remarquer qu’une horloge est également une machine, mais qu’elle ne reçoit pas d’information de l’extérieur, son fonctionnement est donc entièrement déterminé par son état à l’instant T).</p>
<p style="text-align: justify;">La machine comme machine mentale pose, avec Turing, certains problèmes. Dire qu’un homme en train de calculer peut être comparé à une machine (Comme dans son article de 1936) suppose que les différents états mentaux de l’esprit humain sont en nombre fini d’une part. D’autre part, cela suppose que cet homme n’agit qu’en fonction de son état mental à l’instant T, associé aux données extérieures qui lui parviennent par ses sens, et suppose enfin qu’il agira toujours de la même façon s’il se trouve dans tel état qR, avec les mêmes données extérieures.</p>
<p style="text-align: justify;">Concevoir donc que les différents états mentaux soient en nombre finis n’est pas si aisé il me semble, en raison même de l’expérience que nous avons de notre propre esprit, qui nous pousserait plutôt à concevoir celui-ci comme une expérience du continu. Enfin de quelle nature seraient ces états mentaux internes en nombre finis ?</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, si l’on envisage, comme Cassou-Noguès, une machine infinie, ayant donc la possibilité d’un nombre infini d’états internes, on peut par contre continuer d’imaginer une machine mentale. Et il s’amuse ainsi à l’intérieur de sa propre fiction, avec certains personnages de fiction, tels Watson et Sherlock Holmes (qui fut traité justement par son médecin et ami d’automate et de « machine à calculer ») à concevoir justement l’existence, la condition de ces personnages à l’intérieur de leur vie de fiction.</p>
<p style="text-align: justify;">Par contre, l’analogie du corps-machine pour représenter l’être humain parait être limitée pour Cassou-Noguès par la notion que nous avons de la pensée, et surtout du <em>sens</em>, ou bien par la notion que nous avons d’un dispositif matériel.</p>
<p style="text-align: justify;">« […] je n’arrive pas à me convaincre que cette machine puisse être capable de saisir le sens des mots de la même façon que moi. Il me semble que la notion que j’ai, ou que nous avons, de la matière nous interdit de prêter à un dispositif matériel, notre corps-machine ou notre ordinateur, une expérience du sens telle que la nôtre. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_2_962" id="identifier_2_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.120 et 121 ">3</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, la machine (en tout cas, tel que nous la concevons encore aujourd’hui) ne semble pas pouvoir ressentir les sensations, comme nous les concevons aujourd’hui pour le monde humain, et que cette idée entraîne celle d’une machine incapable de concevoir le sens de ses expériences, et par là le sens des mots, comme un être humain.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Le vampire, être de l’image, parasite de la machine où comment s’articulent ses deux figures ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi posées, ces deux figures se combinent selon Cassou-Noguès d’une certaine manière. Et c’est cette articulation qui me semble également intéressante.</p>
<p style="text-align: justify;">Si une machine ne peut avoir de sensations, ou du moins, ne peut les ressentir comme un être humain (car on peut concevoir que la machinerie produise certaines sensations, mais, comme le dit Cassou-Noguès « sans personne qui les sent »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_3_962" id="identifier_3_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.142 ">4</a></sup> à l’instar de toutes ces couleurs qui nous environnent sans nécessairement personne pour le voir), le vampire, qui s’installerait confortablement dans une machine, pourrait, lui, s’en nourrir.</p>
<p style="text-align: justify;">« […]nous sommes tous habités par les figures auxquelles nous nous identifions et sur lesquelles nous modelons notre comportement. Ce sont tous les personnages croisés au cinéma, dans les romans et sur les tableaux. Ils vivent en nous et nous agissons comme ils le veulent. Nous reprenons leurs gestes et leurs mots selon la situation. Nous faisons ce qu’ils feraient. Sans que nous le sachions, ils restent au fond de notre tête et nous dictent nos conduites. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_4_962" id="identifier_4_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.145 ">5</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Pourrait-on considérer ces êtres de l’image comme justement une reviviscence d’un mode de pensée où l’image d’un homme, la peinture de celui-ci comportait quelque chose de vivant. Searles dans son livre &laquo;&nbsp;l’environnement non humain&nbsp;&raquo; décrit à partir du livre de Mead et Calas, <em>Primitive heritage, </em>une culture où les « figurations de l’art, peintures, sculptures, ou modelages » sont aussi réelles que les modèles à partir desquels ces images ont été conçues. (p.60 et 61)</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense aussi à Bernard Stiegler dans &laquo;&nbsp;La technique et le temps 3, le temps du cinéma et la question du mal être&nbsp;&raquo; lorsqu’il parle du film « Mon oncle d’Amérique » où les personnages du film sont montrés comme agissant dans certaines situations, grâce à ou complètement vampirisés par, certaines séquences de films appartenant à l’histoire du cinéma.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.dailymotion.com/video/xeu0gh_mon-oncle-d-amerique-alain-resnais-1980_shortfilms" target="_blank">http://www.dailymotion.com/video/xeu0gh_mon-oncle-d-amerique-alain-resnais-1980_shortfilms</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, il ne faut pas en conclure que Cassou-Noguès cherche à « modéliser » l’être humain par cette combinaison, cette union d’un corps-machine et d’un vampire, figure de peinture. Ce qui l’intéresse, c’est la figure du sujet, et la recherche d’une tentative pour en fixer quelques contours, cela au travers d’une analyse de l’imaginaire prenant appui sur la fiction comme on l’a vu.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je ne dis pas que nous sommes l’union d’une machine, d’un corps-machine, et d’une figure de peinture, ou d’un vampire, installé dans ce corps-machine. Je crois seulement que nous ne pouvons pas décrire notre subjectivité. Ce en quoi nous sommes des sujets – sujets d’une expérience, d’une pensée – notre être de sujet reste insaisissable. C’est un point d’évanouissement – je l’ai lu quelque part – qui se manifeste par ses effets mais se retire au moment où on le prend comme objet. Tout ce que nous pouvons faire alors, c’est nous comprendre à partir d’images, en nous identifiant à des objets extérieurs, à des figures imaginaires. Et, parmi ces identifications, il y a des identifications individuelles, comme celles qui installent en nous des figures de peinture, et des identifications sociales, comme celle qui nous donnent un corps de machines. En ce sens, nous sommes des machines et des vampires. Ou, peut-être, nous sommes des machines et il y a des vampires. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_5_962" id="identifier_5_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.146 et 147 ">6</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, qui me dit que mes semblables ne sont pas que des machines…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Le vampire comme échappée…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour finir avec cette thèse, Cassou-Noguès tente ainsi de nous montrer à quel point ces deux figures lui semblent être omniprésentes, comment elles finissent par former selon lui les deux pôles de notre imaginaire nous servant à nous comprendre. Deux pôles qui se nourrissent l’un l’autre, dans le sens où le vampire se nourrit de notre tentative pour échapper à cette conception réductrice de la machine, qui est elle-même issue de la science et dont on ne cesse de voir aujourd’hui les productions sur le plan de l’imaginaire qui structure nos œuvres de fiction.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je dis que Frankenstein, la machine, est la figure que la science nous donne et dans laquelle notre société doit nous maintenir, tandis que Dracula, le vampire, rassemble tout ce qui de nous échappe à cette première représentation. D’un côté, parce que l’on veut nous réduire, de l’extérieur et par une contrainte sociale, à cette machine, Frankenstein est pour nous repoussant. Et, de l’autre, le vampire, que nous ne pourrons jamais être complètement, prend quelque chose d’attirant, en même temps qu’il reste le paria, hors-la-loi et dans l’interdit. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_6_962" id="identifier_6_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.146 et 148 ">7</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Cette dernière formulation me semble être particulièrement heuristique. Et c’est pourquoi il est intéressant d’examiner à la fois les œuvres scientifiques, mais également l’imaginaire qui structure le terreau sur lequel ces œuvres évoluent. Pour Cassou-Noguès, le vampire et la<br />
machine « appartiennent en propre à la société capitaliste. Elles en expriment la dualité essentielle. […] Frankenstein, le robot, figure de l’ouvrier qui travaille à une machine et lui-même comme une machine, tandis que le vampire est l’image du rentier qui vit du travail de l’ouvrier.»<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_7_962" id="identifier_7_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.149 ">8</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Le vampire comme objet <em>a</em> dans l’imaginaire…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès propose également une autre formulation concernant l’articulation de ces deux figures. Comme on l’a vu avec la thèse de Turing, « Lorsqu’un homme [le calculateur dans l’article de Turing] accomplit une tâche logique, c&#8217;est-à-dire une tâche réglée ou dont les<br />
étapes sont définies par un programme fixé, comme une recette de cuisine [autrement dit, lorsqu’un homme déroule un algorithme, exécute lui-même un algorithme], il se comporte comme une machine et, en réalité, <em>est</em> une machine. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_8_962" id="identifier_8_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.150 ">9</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, comment pouvons-nous être certain que toute notre vie n’est pas réglée à l’avance, que toute notre vie nous n’agissons pas comme si nous déroulions un algorithme ? C’est par exemple, l’objet de certaines nouvelles de Greg Egan, lorsqu’il imagine finalement qu’un jour nous aurions la possibilité de « scanner » le cerveau pour être en mesure d’en construire le modèle informatique et pouvoir le simuler et ainsi, dans sa nouvelle « L’enlèvement »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_9_962" id="identifier_9_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Greg Egan, Axiomatique, Le Livre de Poche, 2009. ">10</a></sup>, sauvegarder littéralement l’identité d’un individu. C’est une position réductionniste forte, un peu analogue à celle de Putnam dans les années 60, où l’on considère que tous les états mentaux sont réalisés par des configurations d&#8217;états physiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, pour le logicien nous dit Cassou-Noguès, il est possible que l’homme ne soit qu’une machine. Mais il est également possible à ce logicien de concevoir que l’homme soit capable d’exécuter des tâches illogiques, de « sortir du programme » (Est-ce là par exemple la figure de Neo dans le film <em>Matrix</em> ?). « Il [le logicien] admet alors que l’homme est une machine, quand il accomplit des tâches réglées, associée à un dispositif susceptible de transgresser toute règle fixée. Le logicien imagine ainsi une machine accouplée à ce qu’il appelle un ‘oracle’. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_10_962" id="identifier_10_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.150 ">11</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai le sentiment pour ma part que lorsqu’on se met programmer, c&#8217;est-à-dire, lorsqu’on se met à essayer de suivre pas à pas, le déroulement d’algorithmes dans leur complexité, l’on ressent bien cette possibilité de concevoir l’être humain.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais qu’est-ce donc que cet ‘oracle’ ? Ce dispositif qui donnerait des informations nouvelles à la machine « qu’elle ne pourrait pas obtenir d’elle-même et que, en fait, aucune machine ne pourrait toutes obtenir. […] justement on ne peut pas le définir, sinon de façon négative : tout ce que l’on peut dire de cet oracle, annonce le logicien, c’est qu’il n’est pas lui-même mécanique. Ce complément qui fait l’homme, si l’homme n’est pas une machine, échappe donc à la représentation logique.»<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_11_962" id="identifier_11_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.150 et p.151 ">12</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Le pendant de cet échappement à la logique, au sein de l’imaginaire et de la fiction, c’est ce qui échappe à la représentation, et au miroir, c’est donc pour Cassou-Noguès, la figure du vampire.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’oracle, c’est le vampire qui parle à l’oreille de celui qui se voit dans le miroir logique comme une machine. »<sup><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=962#footnote_12_962" id="identifier_12_962" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Cassou-Nogu&egrave;s, Une histoire de machines, de vampires et de fous, Vrin, 2007, p.151 ">13</a></sup></p>
<p style="text-align: justify;">Je me demande comment l’on pourrait articuler, d’une part, « ce reste qui échappe à la représentation » à ce que dit Lacan de L’objet <em>a</em>. Et d’autre part, je me demande si cet oracle dans la logique dont parle Cassou-Noguès, représenté par la figure du vampire dans la fiction littéraire, n’aurait pas quelque chose à voir finalement avec la fonction de l’amour ? On peut rapprocher également cet oracle, ce dispositif qui échappe à la logique de la machine, au <em>clinamen</em> de Lucrèce qui est littéralement cette déclinaison des atomes permettant de continuer de poser de la liberté dans la description atomiste, matérialiste et donc finalement complètement déterministe de Lucrèce.</p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait également faire un lien entre ce dispositif qui échappe à la représentation et la question du Désir. Je me souviens que Pierre-Henri Castel avait évoqué dans son séminaire Lucrèce et le clinamen, en relation avec la question du Désir. Le désir, serait justement la possibilité de renouer avec la liberté, au sein d’un espace entièrement déterministe, entièrement mécanisable.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela m’apparaît d’autant plus intéressant que l’on peut noter combien la figure du vampire, comme l’instanciation de ce dispositif échappant à la représentation dans la fiction littéraire, est associée à la notion de Désir. Le vampire, qui dans son image moderne a fini par porter une charge érotique de plus en plus importante, n’est-il pas celui qui séduit, et qui se ferait littéralement objet cause du désir ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion en forme de questions&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je me demande en quoi Cassou-Noguès ne tente-t-il pas décrire en quelque sorte, au travers de l’imaginaire, les questions autour de l’Universel et du singulier ?</p>
<p style="text-align: justify;">Si la machine (Frankenstein) est la forme imposée, (comme une représentation sociale ?), une figure repoussante. Le vampire serait donc pour lui une forme plus séduisante. Mais j’ai parfois l’impression que ce constat pourrait être revu ou inversé.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, on pourrait se demander s’il n’existe pas une sorte de devenir-machine à l&#8217;oeuvre dans un certain nombre de situations, et par exemple dans une situation ludique comme le fait de jouer à un jeu d’arcade par exemple ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès est un auteur qui prend au sérieux à la fois les rapports de la rationalité avec la fiction, et notre fascination pour les machines, pour la question qui me semble éminemment contemporaine, sommes-nous des machines&#8230;</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.47 </li><li id="footnote_1_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.21 </li><li id="footnote_2_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.120 et 121 </li><li id="footnote_3_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.142 </li><li id="footnote_4_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.145 </li><li id="footnote_5_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.146 et 147 </li><li id="footnote_6_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.146 et 148 </li><li id="footnote_7_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.149 </li><li id="footnote_8_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.150 </li><li id="footnote_9_962" class="footnote">Greg Egan, Axiomatique, Le Livre de Poche, 2009. </li><li id="footnote_10_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.150 </li><li id="footnote_11_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.150 et p.151 </li><li id="footnote_12_962" class="footnote">Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.151 </li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Alan Turing, épisode 9 : La révolution des mathématiques, Turing et la matière numérique</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Dec 2011 15:01:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Alan Turing]]></category>
		<category><![CDATA[Clarrisse Herrenschmidt]]></category>
		<category><![CDATA[Gérard Berry]]></category>
		<category><![CDATA[Guillaume Gillet]]></category>
		<category><![CDATA[yann leroux]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 19 décembre 2011.
La question des jeux vidéo me travaille, et on peut la considérer comme une manière d'investir, d'interagir avec la "matière numérique" et la machine. Une autre entrée pour rejoindre l'ami Turing, en travaillant sur la nature (de langage et d'écriture) et les propriétés de cette matière numérique...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/12/Une-de-La-Recherche-décembre-2012.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-933" title="Une de La Recherche décembre 2012" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/12/Une-de-La-Recherche-décembre-2012.png" alt="" width="300" height="418" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l&#8217;avons déjà répété, 2012 est le centenaire de la naissance d&#8217;Alan Turing (1912-1954), l&#8217;un des concepteurs de nos petites machines informatiques. Le dernier numéro de La Recherche propose un dossier fort passionnant sur la profonde transformation des  mathématiques induite justement par ses échanges avec l&#8217;informatique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Rappelons avec Gérard Berry (auteur du livre &laquo;&nbsp;Penser, modéliser, maîtriser le calcul informatique&nbsp;&raquo;, sa leçon inaugurale au collège de France que vous pouvez visionner ici <a href="http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/cha_inf2009/Lecon_inaugurale_du_19_novembr.htm" target="_blank">Leçon inaugurale du 19 novembre 2009. Gérard Berry &#8211; Penser, modéliser et maîtriser le calcul informatique</a>), directeur de recherche à l&#8217;INRIA et professeur au collège de France, que &laquo;&nbsp;l&#8217;informatique est née d&#8217;une conjonction entre ingénierie électronique et mathématiques&nbsp;&raquo;, (p.10). Les deux disciplines n&#8217;ont cessé de se nourrir l&#8217;une l&#8217;autre, pour aboutir à une sorte de symbiose. &laquo;&nbsp;Et depuis une vingtaine d&#8217;années les échanges se sont accélérés L&#8217;univers numérique joue actuellement pour les mathématiques le même rôle de catalyseur qu&#8217;a joué la physique au XXème siècle.&nbsp;&raquo; (p.10)</p>
<p style="text-align: justify;">Ce numéro fort intéressant retrace ainsi les grandes étapes de l&#8217;histoire de l&#8217;informatique (dont l&#8217;apport de Turing évidemment) en lien avec la notion d&#8217;algorithme présente depuis longtemps dans le champ mathématique (des algorithmes empiriques existaient d&#8217;ailleurs même avant leur conceptualisation et leur compréhension théorique par les mathématiques).</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/12/La-recherche-Turing-1_00011.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-938" title="La recherche - Turing première page" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/12/La-recherche-Turing-1_00011-688x1024.jpg" alt="" width="688" height="1024" /></a></p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/12/La-recherche-Turing-2_0001.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-939" title="La recherche - Turing seconde page" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/12/La-recherche-Turing-2_0001-728x1024.jpg" alt="" width="728" height="1024" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il se propose ensuite de présenter certains des grands problèmes qui résultent précisément de l&#8217;utilisation de l&#8217;informatique dans le travail mathématique, ou le travail des mathématiciens.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Turing et la matière numérique</h2>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est l&#8217;occasion pour moi de commencer à m&#8217;interroger ici sur une expression qui me semble intéressantes, à savoir celle de &laquo;&nbsp;matière numérique&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.scoop.it/t/matiere-numerique" target="_blank">Scoop it sur les matière(s) numérique(s)</a></p>
<p style="text-align: justify;">On parle depuis longtemps des &laquo;&nbsp;mondes numériques&nbsp;&raquo;. Yann Leroux en fait par exemple ici une typologie intéressante :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.psyetgeek.com/une-typologie-des-mondes-numeriques" target="_blank">Une typologie des mondes numeriques par Yann Leroux</a></p>
<p style="text-align: justify;">Où l&#8217;on pourrait donc établir cette typologie des mondes numériques avec Leroux :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1) &laquo;&nbsp;Les jeux&nbsp;&raquo; </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2) </strong>&laquo;&nbsp;<strong>Les sites de réseaux sociaux&nbsp;&raquo; </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3) &laquo;&nbsp;Les écritoires&nbsp;&raquo; </strong>dans lesquels il place les Wiki, le mail, les forums de discussion, les  messageries instantanées et les bavardoirs formant &laquo;&nbsp;des espaces  d’écritures collectifs ou de personne à personne&nbsp;&raquo;, mais aussi &laquo;&nbsp;Les blogues&nbsp;&raquo; et enfin &laquo;&nbsp;les espaces virtuels&nbsp;&raquo; de type Second Life (2001) .</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4) </strong><strong>&laquo;&nbsp;Les espaces augmentés. </strong>Le croisement de l’Internet et de la téléphonie mobile a donné naissance  à un nouvel espace : celui de la réalité augmentée. En visant un objet  avec son téléphone mobile, l’utilisateur fait apparaitre des  informations issues de bases de données formées sur le réseau. Il est  ainsi possible de faire apparaitre les appartements en vente dans un  immeuble, ou déterminer si un produit est écologique. En somme, ce que  certains appelaient « le virtuel » enrichit la réalité.&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Personnellement, la question des jeux vidéo me travaille, et on peut la considérer comme une manière d&#8217;investir, d&#8217;interagir avec la &laquo;&nbsp;matière numérique&nbsp;&raquo; et la machine. Si la machine est aujourd&#8217;hui appréhendée comme une sorte de partenaire, la matière numérique serait à la fois le lieu de rencontre où des objets malléables sont partagés avec ce partenaire; objets sur lesquels nous pouvons agir ou objets que nous pouvons co-construire, transformer, modeler parfois avec l&#8217;aide de ce partenaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette expression &laquo;&nbsp;matière numérique&nbsp;&raquo; est en effet de  plus en plus utilisée chez certains de mes collègues qui réfléchissent  sur le numérique. Elle est intéressante car finalement un peu paradoxale (C&#8217;est une matière que l&#8217;on ne peut toucher), mais utile pour le champ clinique.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense enfin également qu&#8217;elle peut rejoindre Turing, en travaillant sur sa nature (du langage) et ses propriétés&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un autre article, <a href="http://owni.fr/2009/12/28/le-numerique-une-matiere-cognitive/" target="_blank">&laquo;&nbsp;Le numérique, une matière cognitive&nbsp;&raquo;</a>, Leroux présente ce qui serait selon lui les deux premières matières d&#8217;humanité, à la fois porteuses de codes (au sens du code vestimentaire par ex. donc de support d&#8217;identité sociale), et porteuses d&#8217;un sens partageable, nous aidant finalement à imprimer, mémoriser nos états intérieurs, ainsi que l&#8217;état du monde. La troisième matière qui aurait émergée serait donc le numérique, au sens où ce dernier <em>&laquo;&nbsp;est la nouvelle matière à penser de l’humanité.&nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: justify;">Il fait un lien entre cette nouvelle matière, le numérique, et l&#8217;écriture : <em>&laquo;&nbsp;A  chaque fois qu’une société humaine a changé la façon dont elle   produisait, stockait et diffusait l’information, il y a eu des   changements majeurs à l’échelle de l’humanité. L’invention de   l’écriture, quelque part dans le bassin fertile vers – 3300 ans avant   J.-C. est souvent donné en exemple. Avec l’écriture, viennent toute une   série de changements : l’agriculture, la ville, la loi… Elle mature   lentement jusqu’au 15ieme siècle avec l’imprimerie de Gutenberg   explosant alors en une série de changements que l’on connait sous le nom   de Renaissance. Mais que serait l’écriture sans la tablette d’argile,   le <em>volumen</em> et le <em>codex</em> ? Que serait l’écriture sans le support sur lequel elle s’écrit ? Que serait l’écriture sans le <strong>tissu</strong> et le <strong>papier, </strong>ces matières premières d’humanité ?&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Clarisse Herrenschmidt, dans son ouvrage <em>Les trois écritures, langue, nombre, code</em>, interprète les premiers travaux de Turing comme les débuts d’une troisième révolution dans le domaine de l’écriture, « celle de l’écriture informatique et réticulaire »<a href="#_ftn1">[1]</a>, après celle qui aurait consisté en « l’invention de l’écriture des langues », et celle que fut « l’écriture monétaire arithmétique ».</p>
<p style="text-align: justify;">Les images numériques sont des images construites non plus à partir d&#8217;une impression photochimique ou d&#8217;un enregistrement vidéo-électronique d&#8217;un fragment de réel, mais à partir d&#8217;algorithmes, donc à partir d&#8217;une écriture mathématique. L&#8217;écriture serait donc le niveau ontologique de cette matière numérique.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour conclure sur le niveau de nos interactions possibles avec cette matière, Guillaume Gillet liste par exemple les diverses opérations que le numérique permettrait, dans son billet <a href="http://psychologienumerique.wordpress.com/2011/11/29/le-numerique-et-ce-blog-comme-bloc-magique/" target="_blank">Le numérique et ce blog magique</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr size="1" /><a href="post.php?post=925&amp;action=edit#_ftnref1">[1]</a> Clarisse Herrenschmidt, <em>Les trois écritures, langue, nombre, code</em>, Gallimard, 2007.</p>
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		<title>Alan Turing, sur les traces de l’IA : Episode 8 &#8211; la machine de Turing, première partie</title>
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		<comments>http://vincent-le-corre.fr/?p=907#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 21 Nov 2011 11:45:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Alan Turing]]></category>
		<category><![CDATA[Hilbert]]></category>
		<category><![CDATA[Kurt Gödel]]></category>
		<category><![CDATA[machine de Turing]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 20 novembre 2011.
Nous nous pencherons au cours de cet épisode de notre « saga » sur Turing sur un de ses articles, qui a connu une fortune importante dans le vingtième siècle , à savoir « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision ». C'est en effet à partir de cet article que le concept de "machine de Turing" sera posé par le mathématicien britannique. Nous le ferons en deux temps. Ceci est la première partie.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Nous allons essayer de centrer cet épisode de notre « saga » sur Turing sur un de ses articles, qui a connu une fortune importante dans le vingtième siècle , à savoir « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision ». Nous le ferons en deux temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons encore une fois que 2012 sera l’année anniversaire de la naissance de Turing. Et j’invite donc ceux qui ne le connaissent pas encore à lire les premiers articles que j’ai postés sur sa vie :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=444">Alan Mathison Turing, sur les traces de l’Intelligence Artificielle : Introduction</a></p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup d’hommages auront assurément lieu. Citons par exemple celui-ci, car il concerne un autre domaine qui m’importe, à savoir la place grandissante des machines et des robots dans nos vies :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/vu-sur-le-web/20110922.OBS0873/un-robot-pourrait-porter-la-flamme-olympique.html">Un robot pourrait porter la flamme olympique</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi donc, cet article de Turing, écrit en 1936, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », s’inscrit dans les travaux de recherches sur la théorie des fonctions calculables, et plus largement comme nous l’avons vu, dans les recherches autour du programme de Hilbert. Encore une fois, je ne pourrai entrer dans les détails des démonstrations de Turing du fait de mes propres limitations et lacunes en Mathématiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour lire l&#8217;article en anglais : <a href="http://www.thocp.net/biographies/papers/turing_oncomputablenumbers_1936.pdf">ON COMPUTABLE NUMBERS, WITH AN APPLICATION TO THE ENTSCHEIDUNGSPROBLEM</a></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avions vu que Turing s’était intéressé à la physique et surtout à la chimie. Des disciplines où la notion de déterminisme est importante.</p>
<p style="text-align: justify;">La psychanalyste Christiane Alberti nous rappelle dans un article très intéressant « Alan Turing et sa <em>A</em>-machine : le moment de la logique » que Turing s’était senti porter vers « un questionnement sur la cohérence logique de la théorie mais aussi sur la signification de la notion de vérité absolue. »<a href="#_ftn1">[1]</a> Nous avions effectivement vu avec son biographe Hodges que Turing avait découvert en 1933 avec grand intérêt les écrits de John von Neumann sur la mécanique quantique (<em>Les fondements mathématiques de la mécanique quantique</em>). Il avait probablement déjà lu également les ouvrages de Schrödinger et de Heisenberg. Et il semble que l’intérêt de Turing ait été stimulé durant cette période par le fait que von Neumann « travaillait sur la cohérence logique de la théorie et non sur ses résultats expérimentaux. » La même année, Turing avait également lu l’ouvrage de Russel, <em>Introduction à la philosophie mathématique</em>. Cela lui avait permis d’approcher le problème de la signification de la vérité, à partir du moment où « les mathématiques devaient être considérés comme un jeu soumis à des règles arbitraires dans le maniement de ses symboles […] »<a href="#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut rapprocher la question du déterminisme en mathématiques du problème dit de la décidabilité dans un système formel (un système tel que l’arithmétique de Peano). Ce problème peut s’énoncer comme le fait d’être capable de savoir si telle assertion (tel théorème) ou sa négation peuvent être démontrées (ou encore dérivées) au sein de ce système formel. S’inscrivant dans le programme de Hilbert, et au courant des résultats de Gödel via les enseignements du mathématicien Newman, Turing va finalement réussir avec à sa découverte, à « abstraire cette qualité d’être déterminé pour l’appliquer à la manipulation de symboles. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Retour sur Gödel…</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’épisode précédent, j’ai cherché à montrer comment le problème de Hilbert concernant la décision (le fameux dixième problème de Hilbert en 1900, qui concernait la décision des équations diophantiennes) pouvait être compris comme la recherche d’un algorithme. J’ai également cherché à montrer comment ce problème de la décision s’était articulé au problème dit de la calculabilité, tout d’abord avec les résultats de Gödel.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec Gödel, on peut énoncer que si un système formel (tel qu’il serait capable de formaliser l’arithmétique des entiers, comme celui de Peano donc) est cohérent ou consistant (autrement dit, sans contradiction), alors il existe au moins un énoncé dans ce système tel qu’il n’est pas possible de le dériver dans ce système. Le système est donc dit incomplet. Il y existe un reste qui échappe à la démonstration au sein de ce système formel.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis, l’on peut également dire que si ce système formel (toujours comme celui de l’arithmétique de Peano) est cohérent (c’est-à-dire encore une fois, que l’on ne peut y démontrer une proposition P et sa négation non-P), et que si l’on y applique le premier résultat, à savoir qu’il existe au moins une proposition impossible à démontrer (c’est-à-dire à dériver des axiomes) alors la proposition au sein de ce système formel qui démontrerait la cohérence de ce dernier est impossible à dériver au sein de ce même système.</p>
<p style="text-align: justify;">« Grossièrement, le théorème d’incomplétude affirme que tout langage consistant, susceptible d’être compris par une machine et suffisamment riche pour exprimer les nombres entiers avec les opérations d’addition et de multiplication, permet de formuler des propositions indécidables, qui ne sont ni démontrables, ni réfutables dans ce langage, des propositions que l’on sait devoir être vraies bien que l’on ne puisse pas les démontrer dans ce langage. De ce premier théorème, on déduit qu’il est impossible d’établir la consistance, la non-contradiction, d’un tel langage au moyen de raisonnements qui pourraient s’exprimer dans ce langage. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">En d’autres termes, il n’est pas possible de démontrer la complétude d’un système formel consistant, à l’intérieur de ce même système. Et en vertu de ce résultat, il n’est pas possible de prouver, toujours à l’intérieur de ce même système formel consistant, sa propre consistance. Par exemple, au sein de ce système formel qu’est l’arithmétique de Peano, il n’est pas possible de déduire syntaxiquement des axiomes posés au départ (c’est-à-dire de dériver simplement de ces axiomes) l’ensemble des propositions vraies.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour arriver à ses fins, Gödel s’est proposé d’« arithmétiser la syntaxe ». C’est un point important de la démonstration de Gödel, et Turing va emprunter cette même démarche. Gödel se propose en effet de coder les formules du système formel sur lequel il effectue sa démonstration. « L’idée maîtresse, dans la démonstration de Gödel, est de représenter par des formules arithmétiques les propriétés métamathématiques, qui ont pour objets des formules arithmétiques. »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">« Il ne faut pas se méprendre sur le sens de ce résultat imposant de l’analyse de Gödel : il n’exclut pas la possibilité d’une démonstration métamathématique de la consistance de l’arithmétique. Ce qu’il exclut, c’est la possibilité de refléter cette démonstration dans les déductions formelles de l’arithmétique. »<a href="#_ftn5">[5]</a> Ce qui n’est pas la même chose… Ce à quoi le théorème de Gödel invite en effet, c’est à produire de nouveaux principes de démonstration étant donné que « l’on ne peut pas axiomatiser entièrement les ressources de l’intelligence humaine […] Les propositions mathématiques qui ne peuvent être établies par une déduction formelle à partir d’un ensemble donné d’axiomes peuvent l’être néanmoins par un raisonnement métamathématique non formalisé.»<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons que le mathématicien Alonzo Church (1903 – 1995), qui a beaucoup œuvré également concernant les bases théoriques de l’informatique, proposa une thèse (c’est-à-dire qu’il n’a pas totalement prouvé le résultat) quasiment au même moment où Turing parlait de sa découverte à Newman ; thèse que l’on appelle parfois Thèse de Church-Turing (car c’est seulement avec le concept de machine de Turing  que le concept de mécanique prend véritablement sens) et qui pose l’équation « calculable = récursif »<a href="#_ftn7">[7]</a>. Mais la notion de fonction récursive n’est pas simple à manier. Et c’est pourquoi elle n’aura pas la postérité des machines de Turing.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Lecture de l’article de Turing</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Afin d’avancer sur une définition de la notion de calcul, Turing donne d’emblée, dès le début de son article, une définition de ce qu’est selon lui un nombre calculable : « On peut définir sommairement les nombres ‘calculables’ comme étant les réels dont l’expression décimale est calculable avec des moyens finis. […] Selon ma définition, un nombre est calculable si sa représentation décimale peut être décrite par une machine. »<a href="#_ftn8">[8]</a> Et il différencie les « nombres définissables » des « nombres calculables ». Selon Lassègue, « L’étude des nombres réels pour la délimitation de ce qui est accessible au calcul s’impose donc puisque l’on est assuré <em>a priori</em> que certains nombres réels y échapperont toujours : c’est donc au sein de cet ensemble de nombres qu’il sera le plus facile de tracer des limites à la calculabilité. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">En fonction de cette première définition, Turing va introduire dans son article sa notion de machine à calculer, via l’analogie suivante : « Un homme en train de calculer la valeur d’un nombre réel peut être comparé à une <em>machine</em> susceptible de se trouver dans un nombre fini d’états q1, q2, …, qR, que nous appellerons ses <em>m-configurations</em> ». C’est un point extrêmement important car Turing imagine donc ici que l’esprit humain peut être décrit dans les termes d’une machine. Cela n’est pas rien. Il fait appel à l’imaginaire de son époque.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce que cela veut dire ? D’une part, que Turing commence par nous emmener finalement assez loin d’une démonstration logique. Il le dit lui-même. Il pose d’emblée sa thèse et l’analogie censée la démontrer, et dit ensuite qu’il va détailler le fonctionnement de ses machines pour défendre son point de vue sur ce qu’est un nombre calculable. Il reprendra son analogie calculateur humain un peu plus loin dans son article comme on va le voir.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le dit ailleurs Pierre Cassou-Noguès dans son « <em>histoire de machines, de vampires et de fous »</em>, l’article de Turing finit par nous donner une définition de la calculabilité comme « résultat logique fondé dans l’imaginaire. »<a href="#_ftn10">[10]</a> Qu’est-ce qu’une machine finalement ? C’est un dispositif avec deux propriétés principales : 1) une machine n’a effectivement qu’un nombre fini d’états qui lui sont propres. Et c’est pourquoi la machine de Turing est équivalente à la table de fonctionnement de la dite machine. 2) ce qu’effectue la machine à l’instant T, ne dépend que de l’état de la machine à l’instant T (son qR dans les termes de Turing) et des données qui lui parviennent via un dispositif quelconque. (Dans la machine de Turing, inspiré de la machine à écrire comme on le verra plus loin, ce sera le ruban découpé en cases contenant des symboles à déchiffrer. Dans le cas d’un ordinateur, ce sera un humain qui tape sur son clavier. On peut remarquer qu’une horloge est également une machine, mais qu’elle ne reçoit pas d’information de l’extérieur, son fonctionnement est donc entièrement déterminé par son état à l’instant T).</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, dire qu’un homme en train de calculer, un calculateur humain, peut être comparé à une machine suppose que les différents états mentaux de l’esprit humain soient en nombre fini d’une part. Et d’autre part, cela suppose que cet homme n’agit qu’en fonction de son état mental à l’instant T, associé aux données extérieures qui lui parviennent par ses sens, et suppose enfin qu’il agira toujours de la même façon s’il se trouve dans tel état qR, avec les mêmes données extérieures.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’un corps, ou plutôt, qu’un organisme biologique soit réductible à la notion de machine, il est possible de le concevoir. Mais concevoir que les différents états mentaux soient en nombre finis n’est pas si aisé il me semble, en raison même de l’expérience que nous avons de notre propre esprit, qui nous pousserait plutôt à concevoir celui-ci comme une expérience du continu. Enfin de quelle nature sont ces états mentaux, c’est encore une autre grande question…</p>
<p style="text-align: justify;">Et pourtant, cette analogie nous paraît plausible d’un point de vue imaginaire. Elle fonctionne même plutôt pas mal…</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette perspective, imaginaire, il serait possible à chaque instant de déterminer dans quel état (parmi un certain nombre déterminé et fini), dans quelle configuration se trouve la machine mentale. « Le couple (qn, S(r)) est appelé la <em>configuration</em> de la machine, et c’est donc cette configuration qui détermine l’évolution possible de la machine […] »<a href="#_ftn11">[11]</a> où qn désigne pour Turing l’état de sa machine à l’instant T, et S(r) le symbole inspecté par la tête de lecture de sa machine.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">De la machine à écrire à la machine de Turing</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Turing s’inspire de la machine à écrire, qui manipule aussi des symboles. « Qu’est-ce qui faisait qu’une machine à écrire était ‘mécanique’ ? Cela était lié au fait qu’à une action de l’opérateur correspondait de façon certaine une réponse de la machine dont on pouvait décrire à l’avance le comportement dans tous les cas de figure. […] la réponse dépendra de l’état en cours de la machine, de sa ‘configuration’, dira Alan, pensant aux positions majuscule et minuscule ; une idée qu’il reprit sous une forme plus générale.»<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le modèle de la machine à écrire apparaît cependant trop limité, notamment à cause du fait que la machine à écrire ne peut qu’écrire et non lire des symboles. Sa machine doit être capable d’<em>écrire</em> (<em>write</em>), mais aussi de <em>lire</em> (d’inspecter dans ses termes : <em>scan</em>), d’<em>effacer </em>(<em>delete</em>), et enfin de se déplacer à gauche ou à droite.</p>
<p style="text-align: justify;">Turing reprend ainsi du fonctionnement de la machine à écrire le fait que sur cette dernière on ne peut effectuer qu’un nombre fini d’opérations, et que l’on peut dresser « un compte rendu détaillé et définitif du comportement intégral de la machine. »<a href="#_ftn13">[13]</a> Autre élément important, sa machine reprend l’idée du déplacement du point de frappe sur la page. Il simplifia ce point en imaginant « des machines n’opérant que sur une seule ligne d’écriture. […] Dans son idée, le point de frappe de <em>sa super-machine à écrire</em> pouvait se déplacer indéfiniment vers la gauche ou la droite. »<a href="#_ftn14">[14]</a> Le ruban de papier, support de cette ligne d’écriture, sera pensé comme infini, mais également divisé en cases. On peut également imaginer que ce soit le ruban qui se déplace et non la tête d’écriture/lecture.</p>
<p style="text-align: justify;">A chaque étape, son fonctionnement est donc déterminé par sa configuration du moment, son état, ainsi que par le symbole déchiffré, lu, par la tête de lecture de la machine. C’est ce qu’il appelle le couple (qn, S(r)), encore appelé la <em>configuration</em> de la machine. Une table de fonctionnement peut être écrite, qui définira complétement la machine. « D’un point de vue abstrait, la table était la machine elle-même. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’idée est donc que sa machine doit être entièrement automatisée, sans qu’un opérateur n’ait à agir ou prendre de décision, et qu’elle devait être en mesure de déchiffrer « toute assertion mathématique qui lui serait présentée pour juger si elle était démontrable ou non. Mais il fallait impérativement que ce verdict soit rendu sans la moindre interférence avec l’intelligence, l’imagination ou le jugement humains. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cette machine doit donc être capable de faire des additions, des multiplications, d’être finalement capable de savoir, ou plutôt de décider par exemple (c’est-à-dire de dérouler un algorithme comme on l’a vu précédemment) si un nombre est divisible par un autre, ou encore si un nombre est premier.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Les élements importants de la machine</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">On a donc :</p>
<p style="text-align: justify;">-          Un ruban « avec une extrémité gauche, infini à droite, divisé en cases de même taille […] »<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">-          Un ensemble fini de symboles, qui vont servir à la description et au fonctionnement de la machine. Ils seront imprimés sur le ruban.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Le ruban, qui sera donc la mémoire. Il permet de stocker temporairement les symboles, car il permet l’écriture et la lecture.</p>
<p style="text-align: justify;">-          La tête de lecture/écriture. Elle peut rester sur place, ou se déplacer vers la gauche ou la droite. Enfin, elle peut lire ou écrire un symbole dans une case du ruban.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Un ensemble fini d’états sachant que « ces états permettent de distinguer plusieurs comportements possibles […] »<a href="#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">-          « Un ensemble fini d’instructions : à chaque étape, en fonction du symbole <em>c</em> que la tête lit dans la case sondée et en fonction de son état courant  <em>S</em>, elle écrit un nouveau symbole <em>c’</em> […], elle passe dans un nouvel état <em>S’</em> […] et elle effectue un déplacement […] »<a href="#_ftn19">[19]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/11/Ruban-machine-de-Turing1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-913" title="Ruban de la machine de Turing" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/11/Ruban-machine-de-Turing1.jpg" alt="" width="602" height="140" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’idée est qu’avec cette machine, on puisse normalement simuler n’importe quel algorithme.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais comment ce type de machine, décrite par une table quelconque, est censé finalement résoudre le fameux problème de décidabilité d’Hilbert ?</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir présenté brièvement sa machine à calculer, Turing va affirmer que les opérations que peut effectuer sa machine « englobent toutes celles qui peuvent être utilisées pour calculer la valeur d’un nombre. »<a href="#_ftn20">[20]</a> Et il propose ensuite de présenter sa « théorie des machines » afin de défendre ce point de vue. Son article est ainsi écrit d’une manière plutôt originale pour un article théorique en mathématique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous terminerons sa lecture au prochaine épisode.</p>
<p style="text-align: justify;">La machine de Turing est un concept. Ce n&#8217;est donc en rien le plan d&#8217;une machine concrète. Voici cependant une vidéo qui me paraît donner une figuration du concept de &laquo;&nbsp;machine de Turing&nbsp;&raquo; que vous pouvez regarder ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://youtu.be/E3keLeMwfHY">Vidéo d&#8217;une &laquo;&nbsp;machine de Turing</a>&laquo;&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Christiane Alberti, « Alan Turing et sa <em>A</em>-machine : le moment de la logique », in <em>Le traumatisme de la langue – études cliniques</em>, Association Himeros, 2007, p. 62</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 77.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Pierre Cassou-Noguès, Gödel, Les Belles Lettres, 2008, p.60</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Pierre Cassou-Noguès, Gödel, Les Belles Lettres, 2008, p.62</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Ernest Nagel, James N. Newman, « La démonstration de Gödel », in <em>Le théorème de Gödel</em>, p. 91</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Ernest Nagel, James N. Newman, « La démonstration de Gödel », in <em>Le théorème de Gödel</em>, p. 94</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Jean-Yves Girard, « La machine de Turing : de la calculabilité à la complexité », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 13.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 49</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 71</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.160</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 51</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 91.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 91.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 91.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 92.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 92.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Jean-Yves Girard, « La machine de Turing : de la calculabilité à la complexité », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 31.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Jean-Yves Girard, « La machine de Turing : de la calculabilité à la complexité », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 31</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Jean-Yves Girard, « La machine de Turing : de la calculabilité à la complexité », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 31 et p.32</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995, p. 52</p>
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		<title>La fonction symbolisante de l&#8217;objet 2/2 ou les jeux vidéo face à la destructivité primaire</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Nov 2011 11:13:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[destructivité primaire]]></category>
		<category><![CDATA[Guillaume Gillet]]></category>
		<category><![CDATA[jeux vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[René Roussillon]]></category>
		<category><![CDATA[Winnicott]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 07 novembre 2011.
Je continue ici mon commentaire de l’article de René Roussillon « La fonction symbolisante de l’objet » publié dans « Agonie, clivage et symbolisation ». On lira également également un article particulièrement intéressant de Winnicott « Objets de l’’usage d’un objet’ » publié dans « La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques », afin d'avancer quelques propositions autour de ce que Winnicott appelle la destructivité. On se pose la question de l'utilisation du modèle que propose Winnicott notamment dans le cadre de l'utilisation excessive du jeu vidéo par certains sujets.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Dans la première partie, je commence le commentaire de l’article de René Roussillon « La  fonction symbolisante de l’objet » publié dans « Agonie, clivage et  symbolisation », vous pouvez la lire ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=876">La fonction symbolisante de l’objet 1/2</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">La conception winnicottienne de la genèse de la découverte de l’altérité de l’objet</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Rappelons que différents écrits de Winnicott ont été publiés après sa mort sous le titre « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ ». Cet article qui est donc une collection de notes et écrits, a été placé dans le recueil <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut considérer cet article de Winnicott, comme Roussillon le fait par ailleurs dans un autre article, « Le paradoxe de la destructivité ou l’utilisation de l’objet selon Winnicott »<a href="post.php?post=883&amp;action=edit&amp;message=10#_ftn1">[1]</a>, comme une contribution psychanalytique « à la théorie de la construction de l’épreuve de réalité et à l’application de ses présuppositions aux cures de patients réputés psychotiques ou <em>limites</em> »<a href="post.php?post=883&amp;action=edit&amp;message=10#_ftn2">[2]</a>, ou autrement dit au problème de l’accès à la réalité par le sujet, et au problème concomitant : celui de la constitution de l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’article de Winnicott n’est pas « évident », c&#8217;est à dire qu&#8217;il ne nous livre pas de solution clé en main, mais il me semble être, et peut-être pour cette raison, des plus importants et intéressants. Il apporte des compléments à sa théorie des phénomènes transitionnels où la question principale est d’une certaine manière, comment en sort-on ? Comment l’Objet peut-il à un moment être découvert dans sa réalité externe.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Roussillon rappelle que pour Freud, &laquo;&nbsp;l’objet naît dans la haine&nbsp;&raquo; (« <em>Pulsions et destin des pulsions</em> », 1915). La position de Winnicott est donc à réarticuler avec celle de Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Si Winnicott semble avoir du mal avec un concept comme celui de pulsion de mort, Roussillon pense que l’on peut considérer chez Winnicott un couple de concepts qui se rapproche du couple freudien, pulsion de vie/pulsion de mort : le couple destructivité/créativité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il existe différentes hypothèses chez Freud concernant ce que l&#8217;on nomme l’épreuve de réalité, mais celle qui est la plus articulée à la découverte de l’Objet est celle que nous avons rappelée, à savoir que l’objet naît dans la haine. Winnicott va ainsi se positionner dans son texte « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » par rapport à cette hypothèse freudienne. Pour le psychanalyste britannique, ce n’est pas la découverte de l’Objet via son caractère frustrant lors de l’épreuve de réalité qui déclencherait haine et destructivité. Il pose d’une part une sorte de paradoxe qui énonce que pour que l’Objet puisse être découvert dans sa réalité extérieure, il faut qu’il puisse être détruit fantasmatiquement, tout en y survivant. Cet Objet doit ainsi se présenter d’une manière qui laisse penser au sujet qu’il a été atteint, mais qu’il reste vivant, tout en le faisant d’une manière qui ne porte aucunement atteinte du côté du sujet, c’est-à-dire en évitant les représailles envers lui. Autrement dit, la destructivité et la survivance de l’Objet dépendent expressément pour Winnicott du mode de réponse de l’Objet face aux attaques du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« Alors que classiquement l’extériorité était découverte ‘dans la haine’ […], directement issue de la frustration et de la destructivité, et comme en opposition à celles-ci, Winnicott soutient, quant à lui, que la naissance de l’extériorité dépend de la réponse de l’objet à la destructivité du sujet. Là commence le registre et de la relation d’objet et de l’utilisation de l’objet.»<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est cette étape de plus que l’on va essayer de cerner avec l’article « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans ces écrits, Winnicott distingue donc « la relation à l&#8217;objet » de « l&#8217;usage de l&#8217;objet », puis essaie d’articuler ces deux dimensions. Essayons de voir comment.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Winnicott nous dit que selon lui « le mode de relation à l&#8217;objet est une expérience du sujet que l&#8217;on peut décrire par référence au sujet en tant qu&#8217;être isolé »<a href="#_ftn2">[2]</a>. Il résume la différence entre ces deux dimensions de cette manière « […] la relation peut être décrite par référence au sujet individuel et [que] l’usage ne pourra l’être que si l’on accepte l’existence indépendante de l’objet, tout comme sa propriété d’avoir été là constamment. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il réfère ainsi le mode de relation à ce qu’il a développé autour de la notion de « capacité à être seul ».<a href="#_ftn4">[4]</a> Mais concernant l&#8217;usage, « il n&#8217;y a pas d&#8217;échappatoire possible: l&#8217;analyste doit prendre en considération la nature de l&#8217;objet, non en tant que projection, mais en tant que chose en soi ».</p>
<p style="text-align: justify;">La séquence, nous dit Winnicott, débute par le mode de relation à l&#8217;objet puis se termine par l&#8217;usage de l&#8217;objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre les deux, (la relation et l&#8217;usage), se situe « la chose la plus difficile peut être du développement humain, ou la plus ingrate des toutes premières failles qu&#8217;il s&#8217;agira de réparer [...] c&#8217;est la place assignée par le sujet à l&#8217;objet en dehors de l&#8217;aire du contrôle omnipotent de celui-ci : à savoir la perception que le sujet a de l&#8217;objet en tant que phénomène extérieur et non comme entité projective, en fait, la reconnaissance de celui-ci comme une entité de plein droit. »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Détruire, dit-il</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Winnicott distingue ainsi ces deux dimensions pour préciser que le changement qui mène de la relation à l&#8217;usage « signifie que le sujet détruit l&#8217;objet »<a href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais que signifie <em>détruire l&#8217;objet</em> pour Winnicott ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Est-ce le renvoyer, l&#8217;expédier hors l&#8217;aire transitionnelle, hors du contrôle omnipotent de l&#8217;enfant ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les objets « sont en cours de destruction parce qu&#8217;ils sont réels et ils deviennent réels parce qu&#8217;ils sont détruits (étant détruits et consommés) »<a href="#_ftn7">[7]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Winnicott nous dit en effet que le sujet détruit l&#8217;objet parce qu&#8217;il est situé en-dehors de l&#8217;aire, mais également que c&#8217;est la destruction de l&#8217;objet qui le fait sortir de cette aire de contrôle omnipotent. Sommes-nous donc ici dans les phénomènes paradoxaux chers à Winnicott ? Et que la destruction de l&#8217;objet en fait partie.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui semble en tout cas certain, c’est qu’à partir de cette étape, « le sujet peut alors commencer à vivre sa vie dans le monde des objets ».</p>
<p style="text-align: justify;">« survivre » (concernant l&#8217;Objet) signifie « ne pas appliquer de représailles », et il semble que pour Winnicott, c&#8217;est là tout l&#8217;art de l&#8217;analyste et de sa propre capacité à élaborer une réponse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce « détruire » ne doit pas s’entendre dans le sens d&#8217;une véritable destruction/disparition, mais dans le fait que « cette activité destructrice correspond à la tentative que fait le patient pour placer l&#8217;analyste hors du contrôle omnipotent, c&#8217;est à dire dehors, dans le monde. S&#8217;il ne fait pas l&#8217;expérience de la destructivité maximale (objet non protégé), le sujet ne place jamais l&#8217;analyste au-dehors, c&#8217;est pourquoi, il ne pourra rien faire de plus que l&#8217;expérience d&#8217;une sorte d&#8217;auto-analyse utilisant l&#8217;analyste comme une projection d’une partie de son soi. »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Retour à Roussillon</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon reprend donc cette idée importante de Winnicott que pour être découvert et utilisé, l’Objet doit tout d’abord être détruit, ce qui signifie selon Winnicott, survivre à la destructivité du patient. Le fait de survivre, pour l’Objet, est donc en lien avec la réponse qu’il offre aux attaques du sujet-patient.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon veut préciser la nature de cette réponse et ajoute donc que cela « implique  [pour l’Objet] la présence de trois caractéristiques dans ses réponses à celle-ci [la destructivité] : l’absence de retrait – l’objet doit se montrer psychiquement présent – l’absence de représailles ou de rétorsion – l’objet ne doit pas engager un rapport de force avec le sujet. Cependant ces deux caractéristiques premières, et souvent seulement évoquées, ne suffisent pas, l’objet – et en cela il témoigne de son existence comme autre-sujet – l’objet doit sortir de l’orbite de la destructivité pour rétablir le contact avec le sujet : il doit <em>se montrer créatif et vivant</em>. […] les deux autres caractéristiques ne sont au fond que des pré-conditions nécessaires pour celle-ci advienne.»<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En suivant Winnicott, c’est donc l’expérience de la destructivité primaire qui se trouve placée à l’origine de la construction de tout appareil de symbolisation. Mais plus précisément, c’est la réponse de l’Objet aux premières attaques du sujet qui détermine la possibilité de mise en place de toute symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette réponse de l’objet est donc caractérisée par deux pré-conditions :</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’absence de retrait</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’absence de représailles ou de rétorsion</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et une dernière caractéristique qui signe le fait que l’Objet est également un autre-sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’objet doit se montrer créatif et vivant</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« L’objet ainsi découvert dans son extériorité, une relation d’objet, nécessairement ambivalente, va pouvoir advenir. L’objet ‘survit’, il est ‘découvert’ comme objet de la pulsion, il est aimé. Mais du même coup le sujet dépend de lui ; l’objet peut être absent, manquer, et de cela il sera haï. […] La transformation de l’illusion et de la destructivité en moteurs de l’activité représentative ne peut s’effectuer sans l’entremise de l’objet.»<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En suivant Winnicott et Roussillon, on peut également concevoir à présent que la tendance à la destruction, dans la réalité, qui s’actualise parfois chez certains sujets, sans qu’ils y trouvent même de plaisir (car dans ce cas on pourrait la concevoir comme de la « simple » agressivité, c’est-à-dire une certaine violence mêlée d’érotisme), « pourrait être alors comprise non pas comme le signe de quelque intolérance primaire à la frustration mais le signe de l’échec répété de l’expérience détruit/créé. […] Le sujet a expérimenté la ‘réalité’ de la non-survivance de l’objet, cette ‘réalité’ réalise le fantasme de destructivité et du même coup lui fait perdre sa localisation intra-psychique, son caractère potentiel.»<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cette réalisation d’un fantasme a les atours d’un trauma particulièrement conséquent et brouillant de manière dramatique les « repères du dedans et du dehors en créant un noyau de confusion primaire. »</p>
<p style="text-align: justify;">On peut ainsi comprendre pourquoi Winnicott finira par dire, dans « la crainte de l’effondrement »<a href="#_ftn12">[12]</a> que l’évènement qui est redouté par le sujet s’est en fait déjà produit dans l’histoire de celui-ci. « La tendance à la destruction des psychotiques et ‘cas limites’ répéterait indéfiniment cet échec primordial du détachement primaire de l’objet […] »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Destructivité et « matière numérique »</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J’aimerais tenter d’examiner maintenant si et comment l’on pourrait se servir du « modèle » que propose Winnicott pour saisir l’utilisation de certains objets numériques dans des cadres différents, tel que le simple cadre ludique, ou bien le cadre d’une psychothérapie, mais également le cadre de ce que l’on pourrait appeler avec Tisseron, une « auto-thérapie » (« Le virtuel à l’adolescence – autodestruction ou autothérapie ? »<a href="#_ftn14">[14]</a>) c’est-à-dire les tentatives solitaires d’un sujet pour trouver une autre issue plus favorable à certains conflits ou traumas. Ces tentatives mènent généralement à des répétitions, parfois envahissantes. Dans le cadre des jeux vidéo, on peut ainsi parfois émettre l’hypothèse que le sujet chercherait à (re)nouer une relation avec la machine, plus sécurisante, là où les relations antérieures avec ses Autres primordiaux ont pu échouer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’axe central serait alors les propriétés à la fois de l’analyste (et on a vu combien pour Winnicott la conduite de la cure dépend de sa capacité à « survivre aux attaques », donc de ne pas exercer de représailles) et du jeu vidéo, ou encore de l’outil numérique qu’est un PC par exemple, dans leur rapport à la destructivité du sujet selon Winnicott.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si l’on comprend le fait de « détruire » (tel que je comprends ici Winnicott du moins…) comme le passage d&#8217;un lieu à un autre, et non comme une disparition, l&#8217;analyste, ou un jeu vidéo, ne « disparaissent » pas (du moins ils ne sont pas censés le faire. Il va de la responsabilité de l’analyste d’être fiable. Et il va de la bonne qualité de l’outil numérique de ne pas bugger, ou de ne pas se détruire réellement par suite d’une mauvaise manipulation par exemple. Ce serait l’absence de retrait ?). Ils seraient donc d’une certaine manière « toujours là ». L’ordinateur est censé présenter certaines fonctions qui permettent la sauvegarde des contenus, donc la possibilité de retrouver intact quelque chose, même après son altération. Idem pour un jeu vidéo. L’angoisse de « tout casser » chez certaines personnes qui appréhendent un ordinateur pour la première fois, pourrait être articulée à un fantasme primaire de destruction de l’Objet car lorsque ces personnes acceptent de passer outre cette première angoisse, elles peuvent réellement commencer à apprendre l’usage de l’ordinateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Guillaume Gillet explore ici (<a href="http://psychologienumerique.wordpress.com/2011/10/29/le-travail-de-la-mort-dans-le-jeu-video/">http://psychologienumerique.wordpress.com/2011/10/29/le-travail-de-la-mort-dans-le-jeu-video/</a>) de manière tout à fait intéressante ce qu’il appelle le travail de la mort dans les jeux vidéo, et ses liens justement avec la fonction de la sauvegarde dans les jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si cet objet numérique n’exerce <em>a priori</em> pas de représailles envers son utilisateur. Même si ce dernier l’a malmené… Il paraît cependant difficile au même objet numérique, y compris à une IA, de se montrer psychiquement présent, et peut-être encore plus, de se montrer créatif et vivant…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Peut-on soutenir  tout de même qu’ils (l’Objet, l’analyste ou l’objet numérique) sont censés de cette manière « survivre » ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est là que la difficulté théorique apparaît, et que l’équivocité du mot « objet » conduit peut-être à faire des analogies trompeuses. Et c’est là également qu’il me semble que la difficulté théorique concernant la manière de penser la nature de cet objet numérique se trouve. C’est la question de l’intersubjectivité au sein des relations homme-machine. Une machine peut-elle être mise à la place d’un autre-sujet pour un sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est le sujet qui, à un moment, placent les objets en-dehors de son aire d&#8217;omnipotence. Winnicott nous met par exemple en garde vis-à-vis de l’interprétation qui pourrait apparaître au patient comme une défense, voire des représailles.</p>
<p style="text-align: justify;">Winnicott a cette phrase que je trouve importante : « il n&#8217;y a pas de colère dans la destruction de l&#8217;objet, bien qu&#8217;on puisse dire qu&#8217;il y a de la joie quand l&#8217;objet survit. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut bien comprendre que ce qui est important dans cette expérience de destruction, censée aboutir à la capacité de faire usage de l&#8217;objet, c’est cette idée de survivance. « Bien que j’utilise le mot de destruction, on voit que la destruction effective se situe du côté de l’objet, s’il n’arrive pas à survivre. Sans cet échec de la part de l’objet, la destruction reste potentielle. Le mot ‘destruction’ est nécessaire, non en raison de l’impulsion destructrice du bébé, mais de <em>la propension de l’objet à ne pas survivre, ce qui signifie également subir un changement dans la qualité, dans l’attitude.</em> »<a href="#_ftn16">[16]</a> (C’est moi qui met en italique).</p>
<p style="text-align: justify;">Du point de vue psychopathologique, pourrait-on dire que c’est ce que chercheraient certains sujets en mettant en place une relation que Tisseron qualifie de « dyade numérique » ? Ils rechercheraient tout d’abord une situation où retrouver une aire intermédiaire d’expérience où exercer un contrôle omnipotent.</p>
<p style="text-align: justify;">Viendrait alors la tentative de mettre en place une relation où l’objet numérique comme les jeux vidéo (qui possèdent une IA et qui proposent donc une réponse en fonction des actions du joueur), serait mis en place de l’Objet, de l’objet primaire, au risque parfois d’y passer trop de temps…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et si justement, les joueurs qui y passent trop de temps, étaient des joueurs qui n’arrivaient pas à exercer leur « destructivité » en direction de l’objet numérique, des jeux vidéo ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pourrait-on faire du rapport au jeu vidéo, ou plus généralement à certains objets numériques, une sorte d’indicateur de la destructivité du sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cet objet numérique peut-il être « détruit » au sens de Winnicott ? L’objet numérique n’exerce a priori pas de représailles ? Mais quels pourraient être ses modalités de présence ? Peut-il se montrer psychiquement présent ainsi que créatif et vivant, pour le sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les moments de bug, de plantage, de perte de données ou de sauvegarde, les <em>lags<a href="#_ftn17"><strong>[17]</strong></a></em> au sein des jeux vidéo qui engendrent beaucoup de frustration voire de la rage chez le joueur, sont des moments où les jeux vidéo ou les mondes numériques sortent « violemment » de l&#8217;espace d&#8217;omnipotence. L’aire intermédiaire est détruite. On les perçoit alors comme extérieurs, comme des objets appartenant au monde objectif. C’est d’ailleurs dans ces moments que précisément on peut potentiellement leur attribuer une certaine « subjectivité », une intentionnalité mauvaise qui agirait contre nous, car justement elle ne réagit plus comme on l’attendait. Dans le langage de Winnicott, l’objet n’est pas présenté au moment même où il est halluciné. Ce sont donc parfois des moments de haine chez le sujet. Les <em>lags</em> particulièrement sont des expériences où le jeu vidéo perd tout réalisme dans le sens où le contrôle que le joueur exerce sur l’environnement  lui échappe. L’illusion est perdue. Pourrait-on considérer ces moments comme des moments où le joueur vit « des représailles » de la part de l’objet ? Ou bien, serait-ce juste la rencontre avec le principe de réalité dont parle également Winnicott dans son article, mais pour le distinguer du type de destructivité qu’il cherche à élaborer ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Winnicott  nous dit en effet : « La théorie orthodoxe suppose toujours que l’agressivité est réactionnelle à la rencontre avec le principe de réalité alors qu’en fait c’est la pulsion destructrice qui crée la qualité de l’extériorité. »<a href="#_ftn18">[18]</a> Plus loin : « […] l’attaque dans la colère relative à la rencontre avec le principe de réalité est un concept plus élaboré, venant après la destruction dont je fais ici l’hypothèse. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans la première hypothèse, si l’on pense que le joueur peut vivre cela comme des représailles, ce serait donc qu’il cherche à « détruire » l’objet dans son fantasme.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette hypothèse, ce qui serait attendu par le sujet serait une réponse de l’Objet telle qu’elle n’exercerait pas de représailles cette fois-ci. Car si le sujet recherche à nouveau cette expérience, on pourrait supposer qu’il n’a pu le faire jusqu’ici. Le sujet « attend » donc une réponse de l’Objet susceptible de recevoir, d’« enregistrer » les expériences de sa destructivité et finalement survivre, c’est à dire témoigner qu’il a bien été attaqué mais que ces attaques ont été transformées. Cet objet numérique tel que le jeu vidéo, en revenant possiblement au même endroit (fonction de la sauvegarde, etc.), tout en ne produisant <em>a priori</em> aucune représailles (si tout fonctionne sans bug), peut-elle alors être celle qui permette à un sujet d&#8217;expérimenter d’une part cette expérience d’omnipotente, et d’autre part, au bout d’un moment, lorsque le sujet le « décide », l’expérience de placer cet objet numérique hors du champ de l&#8217;omnipotence, donc de le « détruire » fantasmatiquement ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pourrait-on considérer par exemple la fin du jeu comme précisément le moment parfois recherché très activement par le joueur pour enfin « détruire » le jeu vidéo, à savoir être capable de continuer à en user, d’être dans une relation avec cet objet, mais une relation toute autre. Une relation qui permette par exemple la représentation de cet objet, le partage des représentations de cet objet avec d’autres sujets, la critique esthétique de celui-ci, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans la seconde hypothèse, on se situerait alors à un niveau plus élaboré comme le précise Winnicott. Ce serait alors lorsque le joueur ressent cela comme des représailles qu’en fait il s’aperçoit qu’il attribuait une part d’intentionnalité à l’objet numérique. Il était déjà dans une relation d&#8217;objet de type ambivalente, car il usait déjà de cet objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si l’on reste dans le cadre ludique classique, ou bien pour certains joueurs excessifs, dans le cadre de ce que l’on appelle ces tentatives d’« auto-thérapies » qui consisteraient donc à tenter de placer l’objet numérique en place d’Objet, comment savoir ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cela dépendrait des sujets, et des relations qu’ils ont pu expérimenter précédemment avec leur environnement.</p>
<p style="text-align: justify;">Certains pourraient déjà user de la relation avec l’objet numérique, s’énerver, le laisser tomber, c’est-à-dire le concevoir alors comme un objet externe, extérieur à l’aire intermédiaire d’expérience, et en user comme tel.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autres pourraient avoir du mal à détruire l’objet, donc finalement à être véritablement en relation avec, car des représailles de la part de l’environnement auraient déjà été exercées lorsqu’ils auraient tenté d’expérimenter leur destructivité.  D’où une source de difficultés à laisser tomber l’objet, à s’en séparer, c’est-à-dire à le concevoir comme un « objet objectif » qui existe en-dehors de lui, et possiblement lui attribuer des états mentaux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce serait alors une meilleure compréhension de « l’aspect cathartique » de la « destructivité » que l’on prête souvent aux jeux vidéo, en pensant cette destructivité avec Winnicott, c’est-à-dire en lien avec les qualités de la réponse de l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Avant de conclure, essayons de résumer…</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un objet numérique tel que le jeu vidéo possèderait certaines propriétés qui le rendrait attractif pour certains sujets quant à l’exercice de leur destructivité primaire, plus précisément quant à la tentative de retrouver une situation où exercer cette destructivité primaire sur un objet mis en lieu et place de l’Objet primaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Une des qualités du jeu vidéo me semblant être sa possible permanence (via la possibilité de sauvegarder une partie en cours, d’offrir la possibilité de la reprendre, etc.), c’est-à-dire l’absence de retrait et l’absence de représailles ou de rétorsion envers le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On peut en effet faire l’hypothèse que le dispositif vidéoludique offrirait une sorte d’ « espace virtuel contenant » où le sujet pourrait faire l’expérience de pouvoir représenter ses actions, puis de les réinscrire éventuellement dans un cadre narratif, et enfin que cet espace réactiverait le dispositif que Lacan et Winnicott ont décrit successivement dans « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je »<a href="#_ftn19">[19]</a> et « Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant »<a href="#_ftn20">[20]</a> concernant la fonction de miroir de l’environnement dans le développement du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais le jeu vidéo peut-il répondre de manière créative et vivante, quand bien même celui-ci propose des réponses aux actions du joueur ? D’où peut-être l’impossibilité d’aller plus loin pour les sujets qui tentent de s’engager dans une relation avec la machine de cette manière, et d’user de celle-ci de cette façon. Cette impossibilité pourrait être mise à la source de certains comportements compulsifs et de certaines situations de jeu excessif.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la capacité de survivre sans exercer de représailles qui permet la destruction dans le fantasme comme on l’a dit, et non la disparition de l’objet qui permet la destruction donc la découverte de l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces conduites de jeu excessif seraient alors des indicateurs du rapport des sujets quant à cette destructivité primaire. Dans cette optique, si ces sujets ne peuvent rompre la relation avec la machine, ce serait en raison de l’impossibilité d’exercer leur destructivité, une impossibilité qui ne serait pas due aux jeux vidéo eux-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Conclusion</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cela fait beaucoup de questions en suspens. Mais l’on peut réaffirmer par contre la nécessité d’un cadre, d’un dispositif thérapeutique  où cet objet numérique peut jouer le rôle de « médium malléable » tel que l’a développé justement Roussillon en le décrivant avec les caractéristiques empruntées à l’Objet primaire</p>
<p style="text-align: justify;">User du modèle que propose Winnicott et Roussillon concernant l’Objet pour l’appliquer directement à un objet numérique semble être de prime abord un forçage théorique qu’il faut reprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car le champ du transitionnel suppose normalement le champ de l’intersubjectivité. L’Objet primaire est censé être comme l’a dit un autre sujet, tout comme l’analyste. Y-a-t-il la possibilité d’instaurer une aire transitionnelle sans un autre sujet, seulement dans le « dialogue » avec une machine ?</p>
<p style="text-align: justify;">On touche là il me semble à une ambiguïté dans nos rapports aux machines informatiques qui nous pousse à entretenir de plus en plus avec elles un rapport tendant vers l’intersubjectivité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour avancer enfin sur l’utilisation du jeu vidéo dans le cadre thérapeutique, il me semble qu’il faut continuer cette réflexion sur la nature de l’objet numérique avec Roussillon, à partir de ses réflexions sur ce qu’il nomme, après Marion Milner, le médium malléable. Guillaume Gillet (<a href="http://psychologi3num3rique.wordpress.com/">http://psychologi3num3rique.wordpress.com/</a>) a déjà entrepris d’aborder le jeu vidéo comme médium malléable. Il poursuit actuellement une thèse dans le domaine de l’utilisation de cette « matière numérique » dans le cadre de médiation thérapeutique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 176</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 234</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 234</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> D.W. Winnicott, « La capacité d’être seul », in <em>De la pédiatrie à la psychanalyse</em>, p. 325</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 236</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 236</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 237</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 238</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 177</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 177</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> René Roussillon, <em>Paradoxes et situations limites de la psychanalyse</em>, PUF, 2005, p.121 et 122</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Winnicott, « La crainte de l’effondrement », in La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques, PUF, 2000, p.205</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> René Roussillon, <em>Paradoxes et situations limites de la psychanalyse</em>, PUF, 2005, p.122</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Serge Tisseron, « Le virtuel à l’adolescence – autodestruction ou autothérapie ? », in <em>Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescent</em>, 2007, n°55.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 241</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 240</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> « Terme anglais signifiant littéralement &laquo;&nbsp;Décalage&nbsp;&raquo;. Le &laquo;&nbsp;<em>lag</em>&nbsp;&raquo; désigne un encombrement du flux des données transitant entre l&#8217;ordinateur du joueur et le serveur de jeu. Les données circulent par vague, avec des périodes d&#8217;inactivité plus ou moins longues. Le &laquo;&nbsp;<em>lag</em>&nbsp;&raquo; engendre des ralentissements notables du jeu, entravant les possibilités de jeu. Il est généralement dû au rassemblement d&#8217;un trop grand nombre de joueurs dans une même zone augmentant considérablement la quantité d&#8217;informations à traiter par l&#8217;ordinateur, qui s&#8217;étouffe. », <a href="http://www.jeuxonline.info/lexique/mot/Lag">http://www.jeuxonline.info/lexique/mot/Lag</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 241</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> J. Lacan « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in <em>Ecrits I</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> D. W. Winnicott, « Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant », in <em>Jeu et réalité</em>.</p>
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		<title>La fonction symbolisante de l&#8217;objet   1/2</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Oct 2011 17:29:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Bion]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[Lacan]]></category>
		<category><![CDATA[René Roussillon]]></category>
		<category><![CDATA[Winnicott]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 24 octobre 2011.
Je tente ici un commentaire de l'article de René Roussillon "La fonction symbolisante de l'objet" publié dans "Agonie, clivage et symbolisation". Je le fais dans le but de lire également un article particulièrement intéressant de Winnicott « Objets de l'’usage d'un objet’ » publié dans "La crainte de l'effondrement et autres situations cliniques". J'espère pouvoir avancer quelques propositions quant à la relation que l'on peut entretenir avec "la matière numérique" comme les jeux vidéo, en usant justement du modèle que propose Winnicott.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">René  Roussillon est  membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris  et professeur de psychologie clinique à l’Université Louis-Lumière de  Lyon. La liste de ses ouvrages conséquente.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un article qui fut publié dans un premier temps en 1997 dans la <em>Revue Française de Psychanalyse</em><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn1">[1]</a>. Il appartient également au recueil de textes intitulé <em>Agonie, clivage et symbolisation<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn2"><strong>[2]</strong></a></em>.  Cet ouvrage fondamentalement clinique, comme le souligne l’auteur, vise  tout de même à proposer un modèle concernant ce que Roussillon nomme  « les souffrances identitaires-narcissiques ». Ce modèle vise ainsi, au  travers de différentes approches et de différents tableaux cliniques,  d’exposer certains processus psychiques qui seraient selon lui typiques  de ces formes de pathologie du narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je propose un modèle de de leur agencement [celui des processus psychiques] et de la fonction intrapsychique et <em>intersubjective</em> fondé sur l’hypothèse d’une organisation défensive contre les effets d’un <em>traumatisme</em> primaire clivé, et la menace que celui-ci, soumis à la contrainte de  répétition, continue de faire courir à l’organisation de la psyché et de  la  subjectivité. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce  modèle s’appuie également fortement sur un autre écrit, « La  métapsychologie des processus et la transitionnalité », que l’on peut  trouver ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Revue française de psychanalyse (Paris). 1995. Lien vers Gallica</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452348t.image.langFR" target="_blank"><strong>http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452348t.image.langFR</strong></a><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">L’article « La fonction symbolisante de l&#8217;objet »</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai  choisi de commenter cet article, car d’un point de vue théorique, il  tente d’approfondir ce qui permettrait à un sujet d’advenir, et cela, en  passant par une théorie de la mise en place chez ce futur sujet d’un  appareil de symbolisation. Cette théorie décrit ainsi la réponse de  l’Objet à certaine phases du développement.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un  point de vue clinique, les tableaux que décrit Roussillon, me semblent  tout à fait en résonnance avec ceux que je peux rencontrer chez certains  enfants que je peux rencontrer au Placement Familial Spécialisé où je  travaille. Et plus particulièrement celui d’une petite fille qui m’a  semblé pouvoir être éclairé par cette lecture.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette  perspective de l’advenue d’un sujet, liée à l’apparition de son appareil  de symbolisation, est une direction de travail que poursuit Roussillon  depuis plusieurs décennies, cela dans les traces, entre autres,  évidemment de Freud, mais aussi Winnicott, Bion ou Green.</p>
<p style="text-align: justify;">« Telle  est la fonction symbolisante de l’objet, si l’on accepte de superposer  le développement de la symbolisation avec la fonction d’appropriation  subjective et subjectivante. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est  aussi pour moi la capacité a entré dans une discussion fine avec  Winnicott qui me semble être un des apports les plus intéressants de  Roussillon.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce  texte, « La fonction symbolisante de l’objet », d’emblée on peut noter  l’équivocité qui se retrouvera tout au long de l’article, du mot  « objet ». Il désignera ainsi la mère, ou plutôt le sujet qui assume la  fonction maternelle, puis le père, ou le sujet assumant la fonction  paternelle. l’objet désigne ici ce que Roussillon appelle aussi,  « l’autre-sujet », cet Autre qui s’occupe du sujet en devenir. On  l’écrira alors l’Objet. Enfin il peut désigner d’autres types d’objets,  plus difficilement représentables, mais pouvant être instanciés parfois  par des objets matériels il me semble.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa  description du processus visant le développement de cet appareil de  symbolisation, Roussillon veut ainsi ajouter la dimension qualitative, à  la dimension quantitative, qui lui semble avoir déjà été décrite par  Freud, puis entre autres par les travaux de Benno Rosenberg, avec ses  travaux sur le masochisme comme gardien de la vie.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Comment  donc advient la symbolisation ? Quelles en sont les conditions ou  pré-conditions, avant même la possibilité de pouvoir faire intervenir ce  que l’on peut rassembler sous le nom de tiercité, fonction tierce,  fonction paternelle, etc. ? C’est l’axe principal de la réflexion que  propose ici Roussillon, qui prend également son origine dans certaines  élaborations de Winnicott que l’on verra plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons retenir de cette réflexion deux axes :</p>
<p style="text-align: justify;">-           Le détruit/trouvé de l’Objet (en lien donc avec l’élaboration de  Winnicott) et les « pré-conditions » de ce détruit/trouvé.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Le transfert de l’Objet vers d’autres objets</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">S’étayer sur l’objet ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Freud, en effet, avait ouvert un champ de questions avec ce que l’on nomme <em>la théorie de l’étayage</em>.  Roussillon reprend donc les avancées des kleiniens, et plus précisément  celles de Bion et surtout Winnicott, pour affiner cette première étape  théorique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  il conteste ce que peut induire le mot « étayage ». En effet, ce mot  induirait selon lui la possibilité que la mise en place de l’activité  représentative chez un sujet soit en quelque sorte issue d’un programme  de développement, qui inclurait l’environnement certes, mais uniquement à  une place de <em>soutien</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon  expose alors l’endroit de la théorie qu’il vise dans cet article, à  savoir : en quoi le sujet en voie d’advenir nécessite la mise en place  de son appareil de symbolisation, et en quoi cet appareil de  symbolisation nécessite un apport de l’environnement, plus précisément,  un apport de l’objet primaire, de l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon, c’est donc cet apport qu’il faut être à même de mieux  caractériser si l’on veut comprendre la genèse de l’appareil de  symbolisation. D’autre part, il lui semble possible de poser une  première hypothèse sur la nature de cet apport : ce serait un rapport  entre le futur sujet et son objet primaire <em>transféré</em> progressivement dans le rapport que le sujet entretiendra cette fois avec sa propre activité de symbolisation.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans  cette perspective, la psychose étant une structure où le fonctionnement  de l’appareil de symbolisation ( le « pensoir » selon Bion) est  généralement le plus atteint, « les différents modes de fonctionnement  psychique présentent des modes de rapport à la symbolisation, à ses  appareils et à ses fonctions qui sont différents et spécifiques »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn7">[7]</a>,  que ce soit au niveau de la symbolisation secondaire (langage),  primaire (représentations de choses), ou encore dans le fonctionnement  onirique.</p>
<p style="text-align: justify;">En  effet, le transfert dans la psychanalyse concerne, pour Roussillon (dans  la lignée d’André Green également), aussi bien, l’analyste, que la  situation (la notion de « site analytique &#8211; situation analysante » de  Jean-Luc Donnet par exemple), qui comprend quant à elle en premier lieu,  l’appareil de langage.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  l’auteur, c’est donc en s’appuyant, dans le cadre d’une psychanalyse,  sur ce transfert du sujet sur la situation analytique et ses appareils  de symbolisation (au premier rang desquels, comme on l’a dit, on  retrouvera donc le langage, mais aussi chez les enfants, le jeu) que  l’on pourra effectuer une sorte de reconstruction, théorique et  clinique, de la mise en place du rapport primitif du sujet à ses propres  appareils de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette  mise en place est donc censée avoir déjà eu lieu, via un premier  transfert, effectué préalablement dans son histoire et préhistoire, du  rapport du sujet avec son objet primaire vers ses objets oedipiens, et  enfin vers ses premiers appareils de symbolisation.  Selon Roussillon,  la situation analytique, et son principe de régression/transfert, va  ainsi permettre d’en savoir un peu plus sur certaines étapes du  développement du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="../wp-content/uploads/2011/10/Transfert-symbolisation.jpg"><img title="Transfert des rapports du sujet à l'Objet" src="../wp-content/uploads/2011/10/Transfert-symbolisation.jpg" alt="" width="580" height="120" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans  une perspective développementale, il existe en effet plusieurs  formulations théoriques pour décrire des modes de fonctionnement  sujet-objet qui ont pu être nécessaires au développement de l’individu.  Le point commun de ces modes de relations du sujet avec ses objets  premiers pourrait être le fait qu’ils sont censés écarter une  confrontation trop directe avec ces mêmes objets, une confrontation qui  pourrait être, pour le sujet désorganisante. Ces modes relationnels  primaires vont alors finir par constituer ce que Philippe Jeammet  appellent « des acquis » quant à la structuration du sujet<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn8">[8]</a>.  Selon cet auteur qui a travaillé le champ de l’adolescence, les modes  d’identification qui vont pouvoir se mettre en place comme autant de  solutions pour l’adolescent, vont dépendre de ces « acquis ». Autrement  dit, des relations antérieures sécurisantes que le sujet a pu avoir avec  ses objets primaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces  « acquis », ces relations objectales fondamentales, ont été décrites  dans un premier temps par Freud sous les termes d’activité d’étayage du  nourrisson par la mère (encore que la notion d’étayage fait débat et  renverrait chez Freud à un développement psychosexuel plutôt  solipsiste), ou, de façon originale, par Winnicott, avec l’aire  transitionnelle où l’enfant a pu faire usage de l’objet sans qu’il lui  reconnaisse une existence propre, se construisant la capacité illusoire  de créer cet objet au moment où il en a eu besoin. Ce fonctionnement  omnipotent transitoire, mais nécessaire, aboutira selon Winnicott à ce  qu’il a appelé « la capacité à être seul en présence de la mère »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn9">[9]</a>, où l’Objet change cette fois de statut, il constitue une sorte de cadre pour l’enfant.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn10">[10]</a> Nous reviendrons sur cela plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir à Roussillon, l’objectif de cet article est de mieux dégager les aspects de cette <em>fonction symbolisante des différents objets</em> qui interviennent comme on l’a vu à différentes périodes, c’est-à-dire  finalement, d’être en mesure de mieux décrire d’une part ce premier  transfert des rapports sujet-Objet, au cœur du procès du sujet selon  lui. Puis dans un second temps, de pouvoir penser la place et le  positionnement de l’analyste avec certains patients, afin d’accompagner  ou de relancer la dynamique de construction et de transfert des rapports  sujet-appareils de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">La question de la fonction symbolisante proprement dite</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon, il lui semble que jusqu’à présent, seules deux conditions ou  pré-conditions à la mise en place d’appareils de symbolisation, ont été  abordées dans la théorie, et qu’elles visent plutôt les  objets  oedipiens :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      <span style="text-decoration: underline;">Une condition économique</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">« La première a trait à la <em>fonction pare-excitante</em> ou pare-quantité de l’environnement »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Classiquement,  après Freud, le traumatisme surgit lorsque l’excitation déborde les  possibilités de liaison ou de décharge de l’appareil psychique de  l’infans. Il est donc nécessaire que la quantité d’excitation à lier  reste dans les capacités du sujet, pour que « le passage de  l’hallucination-perceptive à la simple représentation de chose » soit  possible.</p>
<p style="text-align: justify;">En  effet, l’excitation induite principalement par l’absence de l’objet  entraîne la nécessité chez le sujet d’user de la représentation (de la  chose hallucinée) pour s’assurer une certaine continuité psychique. Cela  est possible, mais dans une certaine limite de temps. On pourrait  ajouter que la trop grande présence de l’objet peut induire également  une excitation pénible pour le sujet, mais qu’il lui sera peut-être plus  difficile d’user du même recours.</p>
<p style="text-align: justify;">2)      <span style="text-decoration: underline;">Une condition qualitative</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Celle-ci est toujours en lien avec l’appareil de protection (le <em>Reizschultz </em>freudien traduit  par « protection contre l’excitation » par Laplanche et Pontalis, et  qui fut introduit par Freud dans « Au-delà du principe de plaisir » en  1920 et utilisé dans « Note sur le bloc magique » de 1925 mais aussi  « Inhibition, symptôme et angoisse » de 1926<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn12">[12]</a>) contre les excitations externes, mais cette fois, c’est le repérage de la manière dont ce <em>Reizschultz</em> est mis en œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  Roussillon relie cependant cet aspect qualitatif de la fonction  pare-excitante à la triangulation oedipienne (« l’attracteur  oedipien »). Les prémices de celle-ci ayant été conceptualisée par  différents auteurs (Il cite « La censure de l’amante » chez Michel  Fain ; « la menace de castration » chez Freud ; on ajoutera quant à nous  Lacan et la place du phallus dans le triangle enfant-mère-phallus, dans  son séminaire <em>La relation d’objet </em>).<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est  vrai que le pare-excitations chez Freud était à l’origine issu d’un  modèle psychophysiologique, et semblait plutôt appartenir au sujet  lui-même, c’est-à-dire que ce pare-excitation n’était pas spécialement  relié à une caractéristique de l’objet primaire ou à une éventuelle  fonction symbolisante de ce dernier. Dans les modèles actuels, le  pare-excitation semble donc s’être transféré du sujet vers l’écart, vers  le rapport entre ce sujet et son objet primaire, son Autre primordial.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous  ces repères, que l’on ne fait que rappeler rapidement, fournissant « la  matrice de la fonction symbolisante des objets oedipiens » ne semblent  pas suffisants pour Roussillon pour aborder une certaine clinique,  précisément, celle qu’il a nommé « les souffrances  identitaires-narcissiques ». Ou autrement dit, une fois que la fonction  de cette Tiercité, ce cadre oedipien, est posée comme condition générale  de la symbolisation, il n’en reste pas moins la tâche au  clinicien-théoricien de décrire plus finement comment ce cadre est  « subjectivé », autrement dit comment le sujet s’approprie cette  condition générale.</p>
<p style="text-align: justify;">A  ces premières conditions de mise en place de la fonction symbolisante,  Roussillon accroche alors la notion de « fonction contenante maternelle  ou parentale », ou encore celle de « rêverie maternelle » chez Bion. Ces  auteurs ont en effet décrit certaines caractéristiques du côté de  l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces différentes notions ou références renvoient donc cette fois à <em>une modalité de présence réflexive de l’objet</em>,  censée être en mesure d’accueillir, de transformer, et finalement de  lier l’excitation en provenance du sujet, dans le but de lui permettre  de déployer ses propres capacités représentatives.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais,  cette « rêverie maternelle » reste pour Roussillon, une « vraie »  rêverie des analystes qui se contenteraient de prendre une métaphore,  certes heuristique, pour une vraie description. « L’abstraction des  formulations de W. Bion concernant la transformation des éléments bêta  en fonction alpha, a paradoxalement elle aussi pris une valeur  métaphorique dans l’échange interanalytique. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Winnicott contre Bion</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Devant  les problèmes posés par « la rêverie maternelle », Roussillon fait alors  appel à Winnicott pour souligner deux problèmes permettant d’introduire  une discussion plus fine avec ce dernier.</p>
<p style="text-align: justify;">1)       Comment s’effectue le passage, le transfert des fonctions assurées tout  d’abord par la mère ou son substitut, vers le futur sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">En  somme, comment le sujet en vient à assumer lui-même la fonction  maternelle, ou la rêverie maternelle ? Est-ce « simplement » par  identification ? Cela paraît en effet difficile. Roussillon souligne  justement que nous sommes en-deçà d’une possible identification de ce  type, que l’identification qui est convoquée généralement pour expliquer  ce transfert fait partie du problème lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">2)       Le second problème peut être décrit à partir de la situation analytique  en tant que l’analyste peut être un objet à la fois pris dans le  narcissisme du sujet, c’est-à-dire imaginairement identique pour le  sujet, et un objet gardant une part d’altérité, car il reste un Autre  sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon c’est « le problème de l’articulation de deux faces de la  fonction symbolisante des objets. Ils sont à la fois – c’est la  difficulté que je notais plus haut concernant l’Œdipe – objet à  symboliser, dans leur différence, leur altérité, leur manque, et objets  « pour » symboliser. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que  Roussillon veut avancer, c’est que cette clinique des « souffrances  identitaires-narcissiques » lui semble mettre en avant le fait que si la  triangulation n’existe pas (et même si elle finit par exister mais que  l’on se place dans le temps précédent sa mise en place, celui d’un face à  face avec l’objet) il reste à tenter de saisir <em>comment le sujet en vient à symboliser l’altérité de cet objet, en s’appuyant sur ce même objet</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet  « pour » symboliser désignant ainsi « l’objet en tant que celui-ci se  prête au jeu de la symbolisation du sujet, en tant qu’il accepte  d’effacer ou d’atténuer le rappel de son altérité pour permettre  celle-ci. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn16">[16]</a> Cet aspect de l’objet sera alors à articuler avec la notion  d’utilisation de l’objet chez Winnicott que l’on va détailler plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est  à ce point que l’on peut faire un petit parallèle avec Lacan.  Roussillon transforme l’Objet, ou plutôt la rencontre avec l’altérité de  l’Objet, en ce qu’il appelle un « autre-sujet ». Car en effet, cette  part d’inconnu chez l’Objet qui résiste au futur sujet provient du fait  que cet Objet est également lui-même un sujet, et non pas simplement un  objet. Il me semble que c’est précisément un des aspects du grand Autre  chez Lacan (la part d’altérité absolue), que l’on peut retrouver  notamment dans ses développements lors du séminaire sur <em>La relation d’objet.</em> Que veut ce sujet, que me veut-il. Pourquoi ces allées et venues ? etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre  point qui me paraît intéressant. Lacan essaie de bien distinguer la  privation, la frustration la castration dans leurs rapports aux  dimensions symbolique, imaginaire et réel. (Vous pouvez lire mes notes  ici : <a title="Lien permanent : Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)" href="../?p=623" target="_blank">Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)</a> ) S’il tente de mieux faire sentir ce qu’est la frustration, comme  plaque tournante par rapport à l’entrée dans le symbolique, comme moment  essentiel et fugitif, mais surtout particulièrement dépendant de la  réponse que l’Autre va apporter à la demande du sujet<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn17">[17]</a>, c’est également pour essayer de saisir, il me semble, <em>la place et la qualité de présence de l’Autre</em>,  au sein du procès du sujet, autrement dit au sein des processus visant  la construction des appareils de symbolisation de ce futur sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans  ses développements, Lacan place comme objet fondamental, l’objet  phallique. Mais ce n’est pas pour rien qu’il est lui aussi en dialogue  avec Winnicott dans ce séminaire, qui est un séminaire portant  finalement sur la fonction maternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon tente donc de dégager, dans ce dialogue avec Winnicott, <em>les modalités de présence de cet Autre</em> dans le rapport que ce dernier peut entretenir avec le futur sujet. Il  essaie d’articuler ces modalités avec leurs conséquences sur les  possibilités de symbolisation du côté du sujet. Tout comme Lacan essaie  de cerner comment la mère peut introduire son enfant à l’ordre  symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  Roussillon adopte quant à lui la perspective de Winnicott ainsi que son  vocabulaire. A savoir que Roussillon distingue ce qu’il nomme « le  rapport à l’objet » de l’expression « la relation d’objet », afin  d’introduire la notion winnicottienne « d’utilisation de l’objet ».  Ainsi « le rapport à l’objet concerne la dialectique qui s’établit entre  la relation à l’objet et l’utilisation de l’objet. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La  notion « d’utilisation de l’objet » chez Winnicott désignera alors pour  Roussillon ce que l’on a décrit de l’objet « pour » symboliser, à savoir  les modalités de présence de l’objet permettant au futur sujet de  mettre en place une relation d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Le  processus qui mène de l’usage d’un objet à la relation d’objet est  décrit par Winnicott à l’aide de  « la destruction de l’objet », en lien  avec les phénomènes transitionnels.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous  nous pencherons donc la prochaine fois sur Winnicott et l’article  « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ », afin de rappeler quelques éléments  sur le modèle qu’il propose de l’accès à la réalité par le sujet. Car  c’est un problème concomitant à celui de la constitution de l’Objet et  des appareils de symbolisation du sujet. Puis nous reviendrons à  Roussillon dans un second temps.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref1">[1]</a> RFP 1997, vol. 61, n<sup>o</sup> 2.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref2">[2]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref3">[3]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.9</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref4">[4]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.169</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref5">[5]</a> « […] la symbolisation ne va pas de soi, [qu’] elle est le fruit d’un <em>travail interne</em> qui requiert plus que la simple retenue de la décharge […] », René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.169</p>
<p style="text-align: justify;">Lire à ce sujet, Benno Rosenberg et Claude Le Guen, <em>Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie</em>, PUF, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref6">[6]</a> « Les caractéristiques du rapport primaire à l’objet tendent à se  transférer dans le rapport du sujet à l’activité de symbolisation et à  la ‘reconnaissance’ symbolique qu’il pourrait en attendre. », p.170</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref7">[7]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.171</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref8">[8]</a> Philippe Jeammet, « Les enjeux des identifications à l’adolescence », in <em>Psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent</em>, sous la direction de Claudine Geissmann et Didier Houzel, Bayard, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref9">[9]</a> D.W. Winnicott, « La capacité d’être seul », 1958, in <em>De la pédiatrie à la psychanalyse</em>, Payot,1969.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref10">[10]</a> Vous trouverez quelque chose de plus développé ici : <a href="../?p=62">Narcissisme et adolescence – première partie</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref11">[11]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.172</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref12">[12]</a> Il semble que Freud ait postulé dès 1895 l’existence d’appareils  protecteurs à l’endroit des excitations externes. Cette nécessité  d’appareils protecteurs serait à relier à l’importance posée du principe  d’inertie du système neuronique.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref13">[13]</a> « Le pare-excitation par excellence est le fruit de la tiercité qui  fonde le caractère organisateur de la double différence, des sexes, des  générations. », René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.173</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref14">[14]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 173.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref15">[15]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 174</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref16">[16]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.175</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref17">[17]</a> Lacan, <em>La relation d’objet</em>, p. 100 et 101</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref18">[18]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 175</p>
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		<title>L’homme, la machine et les Zombies 2/2</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Oct 2011 09:57:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Frédéric Kaplan]]></category>
		<category><![CDATA[Hirata Oriza]]></category>
		<category><![CDATA[Hiroshi Ishiguro]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Cassou-Noguès]]></category>
		<category><![CDATA[serge tisseron]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 17 octobre 2011.
Nous poursuivrons sur l'importance du corps, au travers d'une pièce de théâtre avec un robot-comédien, et des recherches en robotique de Frédéric Kaplan...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je vous conseille de lire la première partie du texte : <a href="../?p=835"></a><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=835">L’homme, la machine et… les Zombies 1/2</a> à laquelle je ferai référence dans ce texte.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Sayonara</em></strong><strong> de Hirata Oriza ou comment il faudra prévoir un jour des psychanalystes pour robots… ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J’ai eu connaissance de cette courte pièce il y a quelque temps qui s’est jouée au théâtre de Genevilliers.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="http://www.theatre2gennevilliers.com/2007-11/index.php/09artistes/Oriza-Hirata.html"><a href="http://www.theatre2gennevilliers.com/2007-11/index.php/09artistes/Oriza-Hirata.html">Oriza Hirata </a></a></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="http://www.theatre2gennevilliers.com/2011-12/fr/component/content/article/289-sayonara-android-human-theater-par-oriza-hirata.html"><a href="http://www.theatre2gennevilliers.com/2011-12/fr/component/content/article/289-sayonara-android-human-theater-par-oriza-hirata.html">Oriza Hirata [11 - 12 octobre à 19h30] Sayonara (au revoir)</a></a></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il m&#8217;a semblé intéressant de prendre cette pièce comme en quelque sorte, « le pendant artistique » de ce que le reportage, auquel je faisais allusion dans la première partie du texte, montrait au sujet des robots dits thérapeutiques. Vous pouvez voir le reportage ici : <a href="http://www.dailymotion.com/video/xlaeno_les-robots-therapeutiques-1-3_tech">http://www.dailymotion.com/video/xlaeno_les-robots-therapeutiques-1-3_tech</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cette pièce <strong><em>Sayonara</em> </strong>met en scène deux personnages, dont l’un est « incarné » par F Geminoid, un androïde conçu par le laboratoire Ishiguro, à l’université d’Osaka.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un court dialogue entre ces deux personnages où cet androïde « joue » un robot acheté par un père pour sa fille atteinte d&#8217;un mal incurable. Le robot est ainsi censé l’accompagner dans sa maladie, notamment en lui déclamant des poèmes. Même si le robot se défend de pouvoir répondre à certaines questions existentielles, ce qui m&#8217;a retenu dans le dialogue, c’est que c’est ce robot, au travers de poèmes, tente finalement de fournir à la jeune fille mourante des mots pour décrire ce qu’elle ressent à l’approche de sa mort, dans le but de tenter de la soulager.</p>
<p style="text-align: justify;">Le « vrai » robot, F Geminoid, a donc été conçu par Hiroshi Ishiguro. Et c’est ce même laboratoire que Tisseron a visité en 2009 ; et dont il dit que la visite l’a bouleversé, toujours dans son article « De l’animal numérique au robot de compagnie : quel avenir pour l’intersubjectivité »<a href="#_ftn1">[1]</a>. D’où le lien entre les robots en forme de phoques appelés, Paro, et F Geminoid : un même créateur, Hiroshi Ishiguro.</p>
<p style="text-align: justify;">Tisseron nous explique dans son article qu’Hiroshi Ishiguro conçoit ces androïdes, non comme des machines, ni même des animaux, mais comme des enfants. S’inscrivant d’une certaine manière dans la même lignée qu’Asimov qui expliquait dans la préface de son recueil <em>Les Robots</em>, qu’il en avait assez des histoires de robots qui, tels des Frankenstein, venaient détruire en retour leurs créateur, Ishiguro pense que les robots ne doivent pas apparaître comme potentiellement menaçants. D’où sa volonté de leur donner une apparence fragile, comme celle d’un jeune enfant, ou celle d’une jeune femme, telle que F Geminoid. « Bien sûr, sa force est très supérieure à celle d’un humain, mais son apparence doit évoquer l’innocence, la fragilité et surtout l’incomplétude. »<a href="#_ftn2">[2]</a> »</p>
<p style="text-align: justify;">Tisseron nous parle également de la technique d’apprentissage qu’Ishiguro a implanté chez ses robots. Un apprentissage via le sourire de « la mère » en charge du robot. Car en effet Ishiguro a mis au point un système complètement inspiré des recherches sur les interactions précoces développementales (Si vous voulez en savoir plus : <a href="../?p=418"></a><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=418">Etude sur le courant de recherche des interactions précoces – première partie</a> et <a href="../?p=423"></a><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=423">Etude sur le courant de recherche des interactions précoces – dernière partie</a> ) qui passe par le sourire de la personne en charge du robot.</p>
<p style="text-align: justify;">« […] Hiroshi Ishiguro a encore accompli un pas de plus, qui mobilise chez moi, je l’avoue, un mélange d’admiration et d’effroi. Il a eu l’idée que le propriétaire du robot éduque celui-ci… par son sourire. Bien évidemment, cette idée a dû lui être soufflée par quelques psychiatres. Les spécialistes de la petite enfance savent combien les émotions maternelles sont un repère essentiel dans la construction de la vision du monde et de lui-même par le bébé. Par exemple, il tente de marcher et tombe. Que fait-il en premier ? Essayer de se redresser ? Pas du tout : il cherche d’abord le visage de sa mère. Si celle-ci lui sourit, il se remet debout et recommence à marcher. Mais si celle-ci semble inquiète ou lui manifeste de la colère, le bébé s’immobilise et pleure. Dans le premier cas, il acquiert de la confiance en lui et dans son environnement et il se trouve gagnant à la fois du point de vue de ses apprentissages et de son estime de lui même. Dans le second cas, au contraire, il est insécurisé et risque d’inhiber ses capacités d’exploration. […] Hiroshi Ishiguro a […] décidé d’appeler la personne en charge de l’éducation du robot sa « mère ». »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Tisseron note donc combien l’empathie envers ce type de robots a des chances de se construire, et combien le sentiment d’attachement envers la machine sera ainsi sollicité. Ce lien d’attachement qui se mettra progressivement en place aura des conséquences encore difficiles à anticiper aujourd’hui. Et finalement, il ne peut que générer une espèce de fascination, et peut-être également de la peur. Un peu comme cette peur attachée aux jeux vidéo (ces fameux « mondes numériques » dont &#8216;on&#8217; nous dit qu’ils proposent des espaces parfois plus intéressants que « la réalité »), ces êtres qui évolueront auprès de nous, qui nous seront entièrement dévolus, mais qui par contre ne seront pas nécessairement soumis comme les enfants réels à une loi obligeant à les éduquer ou à les socialiser (donc à les voir un jour partir et nous quitter), ne produiraient-ils pas le désir chez leurs propriétaires de se détacher progressivement des autres sujets humains qui les entourent pour préférer la compagnie de ces androïdes ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« Serons-nous plus ou moins humains lorsque nous serons capables de développer de l’empathie pour une machine ? Assurément ni l’un ni l’autre, mais la tentation sera probablement moins grande de chercher à communiquer avec des humains différents de soi dans la mesure où chacun pourra s’entourer d’un ou de plusieurs robots correspondant parfaitement à ses attentes et à son système de valeurs… Il est bien évident qu’au passage, les fameuses « lois » imaginées par l’écrivain de science-fiction Asimov sont balayées. Le propriétaire de chaque robot pourra lui apprendre ce qui lui fait plaisir, que cela soit licite ou non. Mais n’est-ce pas déjà la même chose avec les enfants ? Bien sûr, mais les enfants n’ont pas que leurs parents pour les éduquer, et encore moins exclusivement leur mère ! L’autre parent peut corriger les effets nocifs ou antisociaux du parent privilégié, et l’école les modifie encore ensuite. Si le système développé aujourd’hui par Hiroshi Ishiguro devait être appliqué à large échelle, j’imagine qu’il faudrait prévoir un correctif : programmer les robots pour qu’ils s’autoconnectent régulièrement sur Internet de manière à entrer des données susceptibles de corriger une éventuelle éducation « maternelle » déviante ou pathologisante. Bref, une sorte d’école des robots parallèlement à leur éducation familiale ! »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Finalement, c’est notre rapport à la castration qui est encore une fois mobilisé avec ces robots-enfants potentiellement entièrement dévolus aux caprices et plaisirs de leur « parents »…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://culturebox.france3.fr/all/29854/le-robot-feminin-actroid-f-en-route-pour-hollywood#/all/29854/le-robot-feminin-actroid-f-en-route-pour-hollywood">http://culturebox.france3.fr/all/29854/le-robot-feminin-actroid-f-en-route-pour-hollywood#/all/29854/le-robot-feminin-actroid-f-en-route-pour-hollywood</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.youtube.com/watch?v=9q4qwLknKag&amp;feature=related">http://www.youtube.com/watch?v=9q4qwLknKag&amp;feature=related</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://english.ntdtv.com/ntdtv_en/ns_asia/2010-11-14/620076791678.html">http://english.ntdtv.com/ntdtv_en/ns_asia/2010-11-14/620076791678.html</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De l’amour primaire … avec les machines ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;où une réflexion annexe…</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être que le <em>primary love</em> des Balint existe finalement… mais seulement dans l’ordre de ces relations homme-machine, où l’homme fait tout pour que la machine fonctionne, qui le lui rend bien. Ce serait une piste à creuser…</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense ainsi au chapitre « Objet et Sujet » du livre de Michael Balint <em>Les voies de la régression</em> (vous pouvez trouver la même réflexion également dans son livre <em>le défaut fondamental</em> »). Balint part en effet de la constatation que dans ce qu’on appelle la régression en psychanalyse, on peut mettre au jour un fantasme, celui « d’une harmonie primaire qui nous reviendrait de droit et qui aurait été détruite, soit par notre faute, soit du fait des machinations d’autrui, soit par la cruauté du destin. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La croyance en cet état où tous les désirs seraient satisfaits et qu’il n’y aurait plus de manque, qui se retrouve dans un certain nombre de religions par exemple, serait selon lui la visée ultime de toute aspiration humaine. Balint déduit également de l’expérience de la vie sexuelle, et de l’orgasme en particulier, qu’il existe bien un état où la satisfaction tirée de cette harmonie parfaite entre le sujet et son environnement et qu’il est quasiment atteint dans ces expériences.</p>
<p style="text-align: justify;">Il reprend ce point à Sandor Ferenczi qui pense que l’orgasme est la situation parfaite de réciprocité, l’identité parfaite des intérêts entre les partenaires, et donc entre l’individu et son environnement. La théorie de l’amour primaire de Balint, lui permet de sortir selon lui, de l’aporie de la théorie du narcissisme primaire où le monde extérieur n’existerait pas. Elle lui permet donc de dire que le monde extérieur existe, mais qu’il y a surtout une harmonie primaire entre le sujet et le monde qui l’entoure. A partir de cette description de l’amour primaire, il va concevoir la notion d’objet primaire, qui sera dans le développement du sujet, le succédané de cette période bienheureuse, alimentant l&#8217;idée de l&#8217;existence d’un objet harmonieux et entièrement satisfaisant pour le sujet. Ce qui deviendra par la suite le prototype, le paradigme de toute relation d’objet. Paradigme que Lacan récusera en reprenant le thème lors de son séminaire de 1956-1957. Lire à ce propos mes notes sur ce séminaire par ici : <a href="../?p=556"></a><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=556">Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Introduction (21/11/1956)</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il me semble que la construction du fantasme d’une symbiose avec la machine, dont le texte de Joseph Carl Robnett Licklider (dont j’ai parlé en première partie) est une étape importante, peut être proche de ce fantasme d’un « amour primaire », où les deux protagonistes seraient dans une harmonie parfaite.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On rejoint enfin par-là les réflexions de Tisseron autour de ce qu’il appelle « l’accordage multisensoriel précoce » d’où s’originerait notre désir d’immersion. Ce concept  d’accordage provient des recherches en psychologie du développement sur les interactions précoces entre le bébé et ses parents. Il s’agit pour les deux protagonistes de ce dialogue, pour reprendre les termes de Tisseron : « d’éprouver le plaisir de l’interaction et de l’immersion dans une émotion partagée. »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce concept d’accordage permet ainsi à Tisseron de placer comme source d’un certain nombre d’interactions que les adultes auront dans leur vie, et donc celles que peut chercher avoir un joueur avec sa machine, « le désir du bébé d’entrer en contact avec l’état mental de son interlocuteur. »<a href="#_ftn5">[5]</a> « La relation avec l’ordinateur renoue avec le plaisir partagé et gratuit des premiers accordages. »<a href="#_ftn6">[6]</a> En d’autres termes, la machine devient cet Autre censé s’accorder harmonieusement à tous mes désirs, comprenant ce que je désire, et me le livrant au moment où je le veux. On est proche, encore une fois, de ce qu’a décrit Freud à propos des premières expériences de satisfaction du bébé, et que Winnicott développera avec les phénomènes transitionnels.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Frédéric Kaplan et ses expériences de pensée appareillées</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour finir, je voudrais faire quelques liens avec un chercheur en robotique qui se nomme Frédéric Kaplan. Car en lisant son article « Le corps comme variable expérimentale »<a href="#_ftn7">[7]</a>, j’ai eu l’impression de retrouver l’hypothèse qui sous-tend globalement ce texte et qui relier les différents phénomènes cités, à savoir l’importance centrale du corps et les différentes figures de la subjectivation de celui-ci au sein même de nos relations avec les machines, notamment ce que j’essaierai de développer plus tard au sujet du « corps érotique », ce corps vécu par chaque sujet, construit dans la relation avec l’Autre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Certes, ce que Kaplan étudie dans son article, ce sont des expériences avec des robots seuls. Mais il y montre l’importance du corps chez les robots eux-mêmes. Il m’a semblé donc tout à fait intéressant de souligner qu’un chercheur en « intelligence artificielle incarnée », puisse développer cette idée au travers même de ses recherches sur les robots, et ceci afin de résoudre des problèmes de robotique, mais aussi engager une réflexion plus générale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De l’importance de l’incarnation&#8230; chez la machine elle-même</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car en effet, Kaplan se propose d&#8217;utiliser des robots pour étudier des questions qui dépassent le simple cadre de la robotique ou de l&#8217;intelligence artificielle. Il a pu  étudier précédemment le développement d&#8217;une sorte de langage de communication chez les robots.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">«  Nous voudrions montrer que l’enjeu de ces expériences dépasse la simple communication scientifique, et que le travail de modélisation avec les robots permet de dégager des concepts nouveaux, difficilement approchables par d’autres méthodes. »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les origines de la robotique remontent finalement très loin dans l’histoire des hommes et de leur relation avec les machines qu’ils se construisent. Le 18ème siècle fut par exemple un siècle particulièrement important dans la construction d’automates par des ingénieurs, tels que l’horloger Pierre Jaquet-Droz et sa musicienne, ou encore Jacques de Vaucanson, avec son fameux canard capable de manger et de digérer, ou encore son joueur de flûte traversière pouvant exécuter différents airs de musique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais avec l’arrivée des ordinateurs numériques, une nouvelle discipline naît autour de ce que l’on va nommer désormais l’Intelligence Artificielle. Cette discipline va ainsi radicaliser une perspective qui se dessinait autour des possibilités des automates. En effet, après le 18<sup>ème</sup> siècle, « les dispositifs mécaniques permettant la programmation se multiplient  […]. Les procédés d’animation se développent sous la forme de modules toujours plus indépendants du corps mécanique de l’automate. »<a href="#_ftn9">[9]</a> Ainsi, le corps de l’automate que l’on appellera désormais, robot, progressivement ne va plus faire partie du domaine de l’IA, qui s’intéressera de son côté seulement aux algorithmes permettant de décrire, de programmer, les comportements des corps eux-mêmes, c’est-à-dire des robots.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Au fil des années, l’IA et la robotique vont de plus en plus diverger, comme deux disciplines bien différentes. D’un côté, nous aurons des recherches en robotique qui développeront des machines de plus en plus perfectionnées, dans des environnements industriels, en somme ce que Kaplan appelle « des corps sans intelligence », tandis que la majorité des chercheurs en IA tenteront de développer quant à eux, « des intelligences sans corps ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En effet, « de nombreux chercheurs en intelligence artificielle en particulier ne considèrent plus l’incarnation comme une composante essentielle de leur recherche. Ils préfèrent concentrer leur effort sur la modélisation de comportements cognitifs humains complexes, ou encore élaborer des modèles de l’intelligence humaine adaptés au diagnostic médical, à la preuve de théorèmes mathématiques ou aux jeux de société. Ces algorithmes viennent soutenir une vision de l’intelligence humaine comme étant avant tout un système de manipulation de symboles (Haugeland, 1985). La psychologie cognitive s’empare de cette hypothèse soutenant que ce type de processus de traitement de l’information rend mieux compte des mécanismes de l’intelligence que ne font les théories comportementalistes très influentes outre-Atlantique. Les hypothèses cognitivistes et computationalistes, stipulant que la pensée est réductible à un ensemble de calculs symboliques, s’imposent (Fodor, 1987). Le corps, quant à lui, est oublié, irrémédiablement séparé des mécanismes de l’intelligence. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le corps est ainsi progressivement oublié dans les conceptions issues de la psychologie cognitive qui s&#8217;inspirent elles-mêmes des apports de l&#8217;intelligence artificielle. Dans les recherches en intelligence artificielle, le problème de ce schisme va progressivement apparaître et devenir très gênant, lorsque les chercheurs vont tenter d’utiliser les robots, non plus dans des environnements parfaitement contrôlés et prédictibles, mais au sein d’environnements changeants. « Les algorithmes d’intelligence artificielle conçus pour manipuler des symboles définis <em>a priori </em>et non ambigus se révèlent fortement inadaptés à la complexité et l’imprévisibilité du monde réel. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les problèmes comme celui de faire marcher un robot deviennent alors particulièrement difficiles à résoudre, car ils demandent de modéliser à la fois le corps du robot et l’environnement dans lequel il évolue. Or lorsque ce dernier est inconnu, comment faire…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette impasse donnera le jour à un nouveau courant, appelé <em>l’Intelligence Artificielle incarnée</em> (<em>embodied artificial intelligence</em>) à la fin des années 80, autour de chercheurs comme Rodney Brooks, Luc Steels et Rolf Pfeifer, qui mettent l’accent cette fois sur l’interaction directe du corps du robot avec l’environnement, comme c’était le cas avant l’avènement et la diffusion des ordinateurs numériques. Kaplan précise ainsi que les fameuses « tortues » cybernétiques de Grey Walter devinrent à nouveau des modèles dans les méthodes de conception et d’expérimentation de cette nouvelle approche.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>La machine comme pôle opposé de l’homme ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Rappelons que Lacan citait Grey Walter dans son séminaire en 1954 où la cybernétique tenait une grande place pour tenter d’approcher ce qu’était la parole et le langage.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On pourrait soutenir que Lacan usait ainsi de ce rapprochement avec la cybernétique de son époque, pour essayer de saisir, de penser par différence avec la machine, la frontière entre les relations que l’homme peut entretenir avec le langage et celles que les machines pourraient avoir elles-mêmes avec le langage et la parole.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Rappelons que pour le philosophe Pierre Cassou-Noguès c’est à partir de Descartes, et ensuite, de Turing, que l’imaginaire a changé autour de la conception que l’on peut avoir de la machine, précisément vis-à-vis de la parole, et des émotions. «  […] le paradigme de la machine, pour Descartes et dans l’imaginaire classiques, est une horloge, c’est-à-dire un automate qui, une fois mis en branle, possède en lui-même le principe de son mouvement. En revanche, le modèle auquel nous pensons avec le robot est l’ordinateur, la machine à calculer. […] Le robot pour nous est d’abord un cerveau. […] Les machines classiques […] sont susceptibles de manifester toutes sortes d’émotions, la joie, la tristesse, la colère ou l’amour. C’est à cela qu’on les distingue des êtres humains : les robots, pour Descartes, ne peuvent pas user du langage humain. […] Les robots de la science-fiction sont alors à l’opposé des robots cartésiens. Nos robots imaginaires sont capables de parler et, du point de vue de la parole, rien ne les distingue d’un être humain. Mais ils ne peuvent pas exprimer d’émotion. »<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans son séminaire, Lacan pose ceci, que le seul désir possible d’une machine reste pour le moment, l’alimentation, sa survie en quelque sorte via son énergie :</p>
<p style="text-align: justify;">« Je vous ai montré les conséquences de ce cercle quant au désir. Entendons-nous &#8211; quel pourrait être le désir d&#8217;une machine, sinon celui de repuiser aux sources d&#8217;énergie ? Une machine ne peut guère que se nourrir, et c&#8217;est bien ce que font les braves petites bêtes de Grey-Walter. Des machines qui se reproduiraient, on n&#8217;en a pas construites, et pas même conçues &#8211; le schéma de leur symbolique n&#8217;a même pas été établi. Le seul objet de désir que nous puissions supposer à une machine est donc sa source d&#8217;alimentation. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais quand bien même cet état de fait, si chacune des machines est réglée sur le fonctionnement de l’autre en tant qu’elle ira chercher de l’énergie au même point que l’autre, autrement dit qu’elles aient toutes le même objet de désir, cela risque de produire des collisions entre elles. Et qu’ainsi, il faut supposer, comme chez l’homme, une instance régulatrice symbolique, qui est le langage.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« Eh bien, si chacune est fixée sur le point où l&#8217;autre va, il y aura nécessairement collision quelque part. C&#8217;est à ce point que nous étions parvenus. Supposons maintenant à nos machines quelque appareil d&#8217;enregistrement sonore, et supposons qu&#8217;une grande voix &#8211; nous pouvons bien penser que quelqu&#8217;un surveille leur fonctionnement, le législateur &#8211; intervient pour régler le ballet qui n&#8217;était jusqu&#8217;à présent qu&#8217;une ronde et pouvait aboutir à des résultats catastrophiques. Il s&#8217;agit d&#8217;introduire une régulation symbolique, dont la sous jacence mathématique inconsciente des échanges des structures élémentaires vous donne le schéma. La comparaison s&#8217;arrête là, car nous n&#8217;allons pas entifier le législateur &#8211; ce serait une idole de plus. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Je crois donc que c’est une démarche assez similaire que Lacan, dans ce séminaire sur <em>le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse</em>, et Kaplan proposent, à la différence importante que <em>Kaplan propose de réaliser l’expérience concrètement</em>, mais aussi que je suis à peu près certain qu’ils ne seraient pas d’accord sur les résultats.</p>
<p style="text-align: justify;">Kaplan a en effet travaillé sur la construction d’une sorte de langage chez des robots. Les robots mis en œuvre étaient en mesure de se mettre progressivement d’accord sur certains mots désignant leurs activités. Mais je souhaitais ici faire surtout ressortir l’intérêt de la démarche que Kaplan poursuit dans un livre qui vient de sortir <em>L’homme, l’animal et la machine</em>, écrit avec le biologiste Georges Chapouthier.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« le corps comme variable expérimentale »</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais retrouvons pour le moment son article « le corps comme variable expérimentale ». Après cette période où le corps fut oublié. Et alors que certains chercheurs en IA construisent des algorithmes toujours plus sophistiqués, capables de battre aux échecs certains champions, d’autres chercheurs construisent « des robots capables d’apprendre comme le font les jeunes enfants. L’idée n’est pas nouvelle, puisqu’elle était exprimée par Alan Turing dans ce qui a été un des articles fondateurs de l’intelligence artificielle (Turing, 1950), mais la perspective ‘sensori-motrice’ développée par l’intelligence incarnée lui donne une dimension inédite. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Au sein de cette branche de l’intelligence artificielle qui a fait rentrer le corps du robot dans son champ de recherche, Kaplan met en avant certaines recherches menées par des « chercheurs en robotique ‘développementale’ ou ‘épigénétique’ »<a href="#_ftn15">[15]</a> qui consistent à identifier « un processus indépendant de tout corps, de toute niche écologique et de toute tâche particulière. »<a href="#_ftn16">[16]</a> C’est une sorte d’algorithme qui pousse le robot à développer ses aptitudes, qui le « motive » à apprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« En distinguant ainsi un processus d’incarnation général et des espaces corporels particuliers, les développements les plus récents de la robotique épigénétique conduisent à reconsidérer le corps sous un autre angle »<a href="#_ftn17">[17]</a>. Et c’est précisément là que l’article m’a semblé le plus intéressant dans les analogies possibles.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En effet, en s’apercevant de la nécessité de construire des robots dotés à la fois d’un algorithme général, une sorte de noyau stable toujours identique, et de ce que Kaplan appelle « des espaces corporels périphériques », ces chercheurs conçoivent des machines qui apprennent par exemple à marcher, sans que ces derniers ne soient conçus expressément pour apprendre à marcher.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus surprenant encore, ce type de robot apprend à marcher en fonction du corps dont il est doté. On pourrait dire qu’il explore tout d’abord les potentialités du corps dont il dispose, et cela au sein d’un terrain inconnu, via l’algorithme général qui a été conçu de telle façon qu’il calcule les situations dans lesquelles il peut effectuer les meilleures prédictions quant aux effets de certains mouvements réellement effectués (les signaux de sortie). Je ne m’étendrai pas sur la complexité d’un tel algorithme, mais il faut insister sur le fait que le robot n’était pas doté d’un algorithme ayant pour objectif d’apprendre à marcher, et que c’est finalement la morphologie du robot, en lien avec le terrain dans lequel il va évoluer, qui va constituer « la variable expérimentale » que l’on peut donc faire varier à l’envi pour en étudier les effets.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Au final, « Dans ce nouveau dualisme méthodologique, il s’agit de séparer une <em>enveloppe corporelle </em>potentiellement variable correspondant à un espace sensori-moteur donné et un <em>noyau d’entraînement, </em>ensemble de processus généraux et stables capables de contrôler n’importe quelle interface corporelle. En distinguant ainsi un processus d’incarnation général et des espaces corporels particuliers, les développements les plus récents de la robotique épigénétique conduisent à reconsidérer le corps sous un autre angle. »<a href="#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je voudrais conclure ici sur l’analogie que j’aimerais faire entre ce type de recherche en robotique et ce que la psychanalyse peut avancer. D’une part, je trouve remarquable que la robotique et l’intelligence artificielle finissent par reconnaître cette place centrale à l’incarnation dans le développement d’une certaine intelligence aux robots, et d’autre part qu’ils fournissent dans une certaine mesure un cadre expérimentale à ce type d’étude. « Plus qu’une technologie des corps animés, la robotique apparaît alors comme science et pratique de l’incarnation. »<a href="#_ftn19">[19]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enfin, et c’est là que se trouve le lien avec nos Zombies et les « pré-conditions » dont j’ai parlé en première partie, il me semble que ce type de recherche rejoint ce qu’avance la psychanalyse, à savoir que le développement de l’intelligence, de nos capacités instrumentales, l’usage de la langue, sont en étroite liaison avec la manière dont nous habitons notre corps.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et je laisse à ce chercheur en robotique le soin de conclure :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« En effet, qu’est-ce que le développement si ce n’est une séquence d’incarnations successives : non seulement un corps en perpétuel changement, mais aussi des espaces corporels qui se succèdent les uns aux autres ? Chaque nouvelle compétence acquise change l’espace à explorer. La marche en est à nouveau un exemple illustratif. Une fois maîtrisée, elle permet à l’enfant l’accès à un nouvel espace de recherche.</p>
<p style="text-align: justify;">Penser le corps variable, c’est aussi penser une notion de corps étendu capable d’incorporer les objets qui l’entourent sous la forme d’agencements transitoires. Dans cette perspective, outils, instruments de musique et véhicules sont autant d’enveloppes corporelles à explorer, sans différence fondamentale avec leur pendant biologique (Clark, 2004).</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, en pensant le corps variable, ne pourrait-on pas considérer le raisonnement symbolique et la pensée abstraite comme autant de formes d’extensions corporelles ? Si, comme le suggèrent Lakoff et Nunez, il y a une correspondance directe entre la manipulation sensori-motrice et les raisonnements mathématiques les plus abstraits (Lakoff, Nunez, 2001), nous pouvons naturellement considérer que même les processus mentaux les plus « intérieurs » peuvent être pertinemment interprétés comme des enveloppes corporelles à explorer. L’usage de la langue elle-même ne pourrait-il pas être interprété comme une incarnation corporelle particulière (Oudeyer, Kaplan, 2006) ? »<a href="#_ftn20">[20]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> <a href="http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFP_751_0149">http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFP_751_0149</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> <a href="http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFP_751_0149">http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFP_751_0149</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a>Michaël Balint, <em>Les voies de la régression</em>, Payot, p.80</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a>Serge Tisseron, « Le virtuel, une relation », in <em>L’enfant au risque du virtuel</em>, Dunod, p.105</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a>Serge Tisseron, « Le virtuel, une relation », in <em>L’enfant au risque du virtuel</em>, Dunod, p.106</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a>Serge Tisseron, « Le virtuel, une relation », in <em>L’enfant au risque du virtuel</em>, Dunod, p.106</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> <a href="http://www.pyoudeyer.com/kaplan-oudeyer-revuephilo.pdf">http://www.pyoudeyer.com/kaplan-oudeyer-revuephilo.pdf</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 288</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 289</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 289</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 290</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, p.162 et 163.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Lacan, <em>Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse</em> , Seuil, 1978, p. 81</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 292</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 292</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 293</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 293</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 293</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 296</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a>Frédéric Kaplan, Pierre-Yves Oudeyer, « Le corps comme variable expérimentale », in Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2008, n°133, p. 296 et 297</p>
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		<title>L’homme, la machine et&#8230; les Zombies 1/2</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Oct 2011 18:38:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, le 12 octobre 2011.
Si le gamer peut être un Zombie, quel corps pour ce dernier ?
On se demandera si le "corps érotique", c'est à dire le corps tel que la psychanalyse cherche à le théoriser, ne serait pas en lien avec la figure du Zombie de Cassou-Noguès que Mathieu Triclot met en avant face au Cyborg...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Les philosophes et les scientifiques ont souvent utilisé « l’animal » comme catégorie pour penser, par différence, celle de « l’homme ». Il s’agit alors bien souvent de tenter de cerner « une certaine nature humaine » en opposition à une autre nature, qui serait plus &laquo;&nbsp;naturelle&nbsp;&raquo; en quelque sorte, et que l’animal incarnerait. Avec les progrès technologiques, un certain type de machines a pris de plus en plus d’importance dans nos vies, à savoir les robots. Une des questions (que l’on retrouve dans la science-fiction de manière imposante) sera ou est, quelle(s) relation(s) aurons-nous avec ce type de machines que sont les robots. Il semble important de relever que nous avons déjà des dispositifs technologiques qui engagent nos subjectivités, les modifient, les disciplinent tant elles engagent nos corps, et qui sont déjà largement diffusés, à partir desquels nous pouvons d’ores et déjà penser des débuts de réponse. Ces dispositifs sont les jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous cheminerons donc ici en deux temps au travers de réflexions mettant en jeu robots, ordinateurs ou encore jeux vidéo, qui mériteront d’être remises en ordre plus tard, mais que je voudrais voir fonctionner comme des pistes de travail, pour saisir certains phénomènes que j’ai l’impression de pouvoir mettre sur le même plan.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Du Cyborg aux Zombies…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Serge Tisseron s’intéresse au devenir de nos relations avec les machines.  Et il fait le lien très justement avec les relations que nous entretenons déjà avec les jeux vidéo<a href="#_ftn1">[1]</a>. Car en effet, les jeux vidéo proposent des expériences de relation avec un type de machine, dite Intelligence Artificielle, qui sont finalement très proches de celles que l’on peut mettre en place avec un robot, à la différence cependant importante, que les robots ont un corps, c’est-à-dire qu’ils occupent un espace physique, ont un poids, une texture, etc. qui peut rappeler celui d’un animal de compagnie d’ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette relation de l’homme avec la machine a une longue histoire. Dans la période qui a succédé l’invention de la machine universelle de Turing, la métaphore du Cyborg a fait fortune.</p>
<p style="text-align: justify;">Le philosophe Mathieu Triclot, qui a écrit l’excellent « Philosophie des jeux vidéo » (dont on peut trouver<strong> <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=599">quelques mots ici</a>)</strong>, nous interpelle dans un texte récent qui lui aussi articule relations aux machines et relation aux jeux vidéo : « <cite>Cyborg vs Zombies. Ou pourquoi il est important de considérer les jeux vidéo ».</cite><cite></cite></p>
<p style="text-align: justify;"><cite>Dans ce texte, il rappelle </cite>que deux textes scandent l’évolution de la figure métaphorique du Cyborg :</p>
<p style="text-align: justify;">-          Manfred E. Clynes, Nathan S. Kline, « Cyborg and space », Astronautic, September 1960.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Donna Haraway, « A Manifesto for Cyborgs : Science, Technology, and Socialist Feminism in the 1980s », in The Haraway Reader, Routledge, New York, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à cette figure du Cyborg qui nous a aidés pour penser nos relations avec la machine sur le mode d’une hybridation de nos corps avec les dispositifs machiniques (« Le terme apparaît pour la première fois dans l&#8217;article si souvent cité de Manfred E. Clynes et Nathan S. Kline de 1960 pour désigner le cyber-organisme, l’organisme qui délègue ses fonctions de régulation à un système mécanique exogène »<a href="#_ftn2">[2]</a>), se sont développés d’autres usages et pratiques relationnelles avec les machines, qu’un autre texte moins connu a cherché à saisir au même moment, précisément en mars 1960, à savoir celui de Joseph Carl Robnett Licklider intiutlé : « Man-Computer Symbiosis »<a href="#_ftn3">[3]</a>. La symbiose homme-machine « repose sur la relation entre deux organismes disssemblables, qui maintiennent leurs logiques propres. »<a href="#_ftn4">[4]</a> <cite>(On lira également le post de Yann Leroux sur Licklider : </cite><a href="http://www.psyetgeek.com/licklider-lhomme-qui-parlait-aux-machines">http://www.psyetgeek.com/licklider-lhomme-qui-parlait-aux-machines</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">Il existe toujours des réactualisations de cette figure sur le plan philosophique, comme en témoigne ce livre de Thierry Hoquet (que je n&#8217;ai pas encore lu), « Cyborg philosophie » : <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-cyborg-philosophie-2011-10-08.html">http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-cyborg-philosophie-2011-10-08.html</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais au-delà de cet aspect historique tout à fait important (car il faut, et le travail de Triclot est important sur ce sujet, articuler le contexte socio-politique avec l’évolution de nos relations avec les machines), il y a cette question qui me fait me sentir tout à fait proche de ce travail de recherche, c’est celle de « la fabrique de la subjectivité dans la relation intime aux machines informatiques. »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai en effet déjà écrit ici, au travers de mes recherches sur Turing, que je cherchais à penser le lien qui peut nous unir aux machines. Un lien de jouissance assurément. Et j’ai déjà également dit combien les jeux vidéo sont un bon terrain d’observation. Les jeux vidéo sont intrigants en effet quant aux questions qu’ils peuvent soulever sur la façon dont on peut vivre le fait d’être incarné dans un corps, et dont on en jouit. Je conçois le jeu vidéo comme permettant une sorte de léger déplacement, d’expérimentation de cette possibilité de subjectiver son corps différemment, et donc d’en jouir de manière également différente.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est là que l’on peut parler du lien que Mathieu Triclot fait avec un auteur que j’apprécie également, et qui avance des choses intéressantes, à savoir Pierre Cassou-Noguès. Ce dernier a écrit notamment <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em> et <em>Mon zombie et moi</em>. J’ai déjà commencé à en parler ici :<strong> </strong><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=760">Notes sur « Une histoire de machines, de vampires et de fous » – Episode 1</a> et les suites <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=767">Episode 2</a><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=784"></a><strong>, </strong><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=774">Episode 3 </a>et<a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=774"> </a><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=784">Episode 4</a><strong>.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En usant de cette figure du Zombie, via le travail de Cassou-Noguès, Triclot nous enjoint donc à penser désormais avec les Zombies, plutôt qu’avec les Cyborgs.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour lui, ces Zombies possèdent en effet trois propriétés intéressantes :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      Le zombie « constitue comme le cyborg <strong><em>un être frontière</em></strong> qui frappe l’imaginaire, à l’articulation de l’organique et de l’inorganique, du vivant et du mort. Le zombie est une sorte d’animal-machine cartésien, un corps privé de conscience, sans regard ni parole. Il n’y a pas de machine en lui, seulement la mort, mais sa démarche hésitante et bancale rappelle cependant la formule de Bergson à propos du rire : de la mécanique plaquée sur du vivant. »</p>
<p style="text-align: justify;">2)      « Le deuxième intérêt du zombie est de nous renvoyer directement <strong><em>aux variations possibles du corps propre</em></strong>. C’est ainsi que l’utilise Cassou-Noguès : le zombie permet de tourner en variations imaginaires autour du corps, d’en interroger la constitution et les limites. »</p>
<p style="text-align: justify;">3)      « […] contrairement au cyborg, aussi bien qu’à la figure proche de la créature de Frankenstein, le zombie va par bandes. L’ontologie du zombie est de hordes, disparates et bariolées. Par différence avec le héros romantique de Shelley, qui erre sans fin sur la terre gelée, rejeté par les hommes, <strong><em>le zombie agit en groupe</em></strong>, sous la forme du déplacement aléatoire ou de la convergence vers la citadelle assiégée. La horde maintient l’individuation, la dissemblance entre individus. »</p>
<p style="text-align: justify;">Leibniz disait déjà « Nous sommes des automates dans les trois-quarts de nos actions ». Cassou-Noguès est un auteur qui prend au sérieux à la fois les rapports de la rationalité avec la fiction, et notre fascination pour les machines, notamment la question qui me semble éminemment contemporaine, en quoi sommes-nous et surtout continuerons-nous à être différent des machines ? J’ai l’impression, comme d’autres psychanalystes, qu’un certain devenir-machine pourrait être à l’œuvre dans notre culture. Il consisterait en cette illusion de pouvoir se libérer de la pulsion comme du désir. Cette « part maudite » qui pèse finalement si souvent sur l’être humain. La machine, bien qu’il s’en défende, pourrait apparaître alors à l’être humain comme une figure libérée du Mal.</p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès travaille également à saisir la bascule qui a eu lieu selon lui dans notre imaginaire autour de notre conception de la machine, et donc par conséquent dans notre conception de ce qu’est l’humain. Cette évolution du paradigme classique au moderne, il lui semble qu’on peut l’observer au travers des textes de Descartes qui proposent une conception de l’homme-machine exactement contraire à celle des robots contemporains. Nous en reparlerons une autre fois.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Des relations d’empathie et de la symbiose homme-machine</strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai récemment vu ce reportage où des chercheurs japonais ont mis au point un robot qu’ils ont distribué dans certaines institutions accueillant des personnes âgées atteintes neurologiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour voir la vidéo :  <a href="http://videos.arte.tv/fr/videos/les_robots_therapeutiques-4112072.html"></a><a href="http://videos.arte.tv/fr/videos/les_robots_therapeutiques-4112072.html">Les robots thérapeutiques</a></p>
<p style="text-align: justify;">Serge Tisseron qui parle de ce même robot, développe ses réflexions dans cet article « De l’animal numérique au robot de compagnie : quel avenir pour l’intersubjectivité »<a href="#_ftn6">[6]</a> à partir d’une notion qu’il met au centre, <em>l’empathie</em>. C’est en effet à partir de l’empathie qu’il explique les phénomènes que les joueurs, ou les arpenteurs de mondes virtuels, connaissent bien, mais qui restent parfois tout à fait surprenantes à qui les éprouve. Ce sont en effet ces sensations physiques que l’on peut éprouver au travers de ce que vit le personnage censé nous représenter dans l’espace numérique que l’on nomme avatar.</p>
<p style="text-align: justify;">Je m’interroge quant à moi sur la manière dont il pourrait être possible d’articuler ces phénomènes avec d’autres que tout le monde connaît lorsqu’il utilise d’autres machines, une voiture par exemple, et qui ont déjà été étudiés dans le domaine de la clinique du travail. Ces phénomènes sont ressentis et désignés par le fait d’avoir la sensation de « faire corps avec la machine ». Lorsque nous conduisons une voiture, ou bien lorsque nous jouons à un jeu vidéo, il me semble que l’éprouvé de notre corps change, et que notre « enveloppe corporelle » s’étend si l’on peut dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Christophe Dejours<strong> </strong>est un psychiatre et psychanalyste français. Professeur au CNAM, il a fondé une discipline qu’il a baptisée, la psychodynamique du travail. « Ses thèmes de prédilection sont l&#8217;écart entre travail prescrit et réel, les mécanismes de défense contre la souffrance, la souffrance éthique ou bien encore la reconnaissance du travail et du travailleur. »<a href="#_ftn7">[7]</a> Vous pouvez lire cet ouvrage écrit par une de ses élèves, Pascale Molinier : <em>Les enjeux psychiques du travail. Introduction à la psychodynamique du travail</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Dejours a travaillé sur ce qu’on pourrait appeler « la symbiose du travailleur avec sa machine ». Il me semble que cela pourrait rejoindre certaines réflexions de Licklider sur la symbiose homme-machine. Dejours a remarqué que lorsque se développe un véritable dialogue entre le travailleur et sa machine, il se développe en parallèle un certain type de fantasme, un fantasme vitaliste, qui donne vie à cette machine, afin de la domestiquer comme un animal. C’est bien évidemment ce fantasme qui est à l’œuvre lorsque nous commençons à donner des petits surnoms à nos machines, nos smartphones par exemple, lorsqu’on se surprend à les encourager, ou bien à les gronder lorsqu’elles ne fonctionnent pas comme on l’attend. Christophe Dejours explore donc ces phénomènes en mettant en avant ce qu’il appelle <em>l’intelligence du corps</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet c’est par le corps que l’on développe cette sensibilité. Et c’est cette sensibilité qui nous fera apprécier le contact avec le bois, l’acier ou bien encore le langage binaire… Selon Dejours, ce n’est que dans ce dialogue sensible que se développent nos compétences techniques, y compris celles qui restent en apparence les plus intellectuelles, et non pas grâce à une intelligence désincarnée.</p>
<p style="text-align: justify;">Dejours rappelle dans un exposé<a href="#_ftn8">[8]</a> que ce sens technique a déjà étudié par certains cliniciens du travail, et il me semble que ces pistes de recherche pourraient tout à fait nous aider à comprendre ce qui se passe lorsqu’un <em>gamer</em> « subjective » son jeu vidéo et sa manette, afin d’en faire une véritable extension de son propre corps.</p>
<p style="text-align: justify;">Le corps qui est en mesure de subjectiver, de se transformer finalement en Zombie, de faire corps avec une machine, ce n’est donc pas le corps des biologistes, ou en tout cas de ceux qui réduisent le corps à un pure organisme (c’est-à-dire finalement à une machine ?). C’est bien plutôt le corps que chacun éprouve, celui qu’il habite dans une relation intime et qui évolue au fil des ans. C’est « le corps qui est engagé dans la relation à l’autre ». Et c’est finalement le corps érogène qu’a conceptualisé la psychanalyse.</p>
<p style="text-align: justify;">Dejours, dans la perspective la plus traditionnelle de la théorie psychanalytique, nous rappelle que ce corps, celui du travailleur, du <em>gamer</em> et j’ajouterai donc celui du Zombie, s’est construit dans la relation à l’autre, et en premier lieu dans la relation la plus intime avec la mère ou son substitut. Ce corps est ainsi « contaminé » par le sexuel de l’adulte, les fantasmes érotiques de la mère, du père. Et c’est bien ce corps qui est convoqué à la fois par le travail, mais également par une relation avec la machine, et donc par les jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous faudrait donc explorer plus en avant ces liens, entre la seconde propriété du Zombie dont parle Triclot, et ce que la psychanalyse peut nous apporter sur le corps érogène et sa capacité à s’étendre, à développer une sensibilité qui englobe la machine pour en faire une extension du corps propre, car je crois que le corps tel qu’il a déjà été théorisé en psychanalyse pourrait constituer comme des pré-conditions à l’advenue du Zombie. Le corps est un construit, façonné par sa rencontre avec le langage, ainsi que ses rencontres avec les incarnations de l’Autre ayant pris soin de ce corps.</p>
<p style="text-align: justify;">A suivre &#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Fin de la première partie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=845">Seconde partie</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Par exemple dans « De l’animal numérique au robot de compagnie : quel avenir pour l’intersubjectivité ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Mathieu Triclot, « <cite>Cyborg vs Zombies. Ou pourquoi il est important de considérer les jeux vidéo », http://arcade-expo.fr/?page_id=620</cite></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> <a href="http://groups.csail.mit.edu/medg/people/psz/Licklider.html">http://groups.csail.mit.edu/medg/people/psz/Licklider.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Mathieu Triclot, « <cite>Cyborg vs Zombies. Ou pourquoi il est important de considérer les jeux vidéo », </cite><a href="http://arcade-expo.fr/?page_id=620">http://arcade-expo.fr/?page_id=620</a><cite>.</cite></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Mathieu Triclot, « <cite>Cyborg vs Zombies. Ou pourquoi il est important de considérer les jeux vidéo », </cite><a href="http://arcade-expo.fr/?page_id=620">http://arcade-expo.fr/?page_id=620</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <a href="http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFP_751_0149">http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFP_751_0149</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Dejours">http://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Dejours</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Chrisophe Dejours, <em>« Subjectivité, Travail et Action »</em>, <a href="http://sites.univ-provence.fr/ergolog/pdf/bibliomaster/dejours.pdf">http://sites.univ-provence.fr/ergolog/pdf/bibliomaster/dejours.pdf</a></p>
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		<title>De l’analyse comme bundling (19/12/1956) et ses conséquences…</title>
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		<pubDate>Mon, 03 Oct 2011 09:55:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[la relation d'objet]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, le 3 octobre 2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lacan reprend sa critique de la notion de relation d’objet telle qu’il la retrouve dans les textes de son époque. Il cite ainsi Maurice Bouvet, mais aussi un article de Pierre Marty et Michel Fain, « L’importance du rôle de la motricité dans la relation d’objet »<a href="#_ftn1">[1]</a>, comme « un exemple vivant de la conception dominante. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est un article que vous pouvez lire ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54459170.image.langFR.r=Revue%20fran%C3%A7aise%20de%20psychanalyse,%201955">Numéro de la Revue Française de Psychanalyse de 1955</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce que Lacan retire de cette conception qu’il appelle dominante de l’analyse :</p>
<p style="text-align: justify;">-    L’analyste est posé comme un objet extérieur réel.</p>
<p style="text-align: justify;">-    Le patient est donc le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">-    Le couple sujet-patient / analyste-objet réel est « l’élément animateur du développement analytique »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">-    Le sujet-patient étant dans l’impossibilité de se mouvoir, se déploie alors « la relation pulsionnelle primitive ».</p>
<p style="text-align: justify;">-    Etant donné que la convention analytique empêche une relation réelle avec l’objet extérieur (l’analyste-objet réel), le sujet-patient fait alors preuve d’une relation avec un objet interne imaginaire qui reste « la personne présente, mais en tant que prise dans les mécanismes imaginaires déjà institués par le sujet. »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">-    D’où il s’ensuit une discordance entre l’objet fantasmatique/imaginaire et l’objet réel. Et la saisie conceptuelle de cette discordance avec la notion de « distance névrotique que le sujet impose à l’objet »<a href="#_ftn5">[5]</a>. C’est-à-dire que le sujet ne peut réaliser complètement la présence réelle de l’objet extérieur, du fait de la place et de l’importance de cet objet imaginaire qui vient comme s’intercaler. Le progrès de l’analyse est alors conçu comme une progression vers la possibilité de réaliser toujours plus réellement cet objet réel qu’est l’analyste, et de réduire la part fantasmatique qui vient y faire obstacle. Selon Lacan : « C’est ainsi que la situation analytique se trouve conçue comme une situation réelle, où s’accomplit une opération de réduction de l’imaginaire au réel. Dans le cadre de cette opération, il se déroule un certain nombre de phénomènes qui permettront de situer les différentes étapes où le sujet est resté plus ou moins adhérent, ou fixé, à la relation imaginaire. »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan en conclue le fait que dans cette conception « on ne sait pas pourquoi l’on y parle »<a href="#_ftn7">[7]</a> et si l’on y parle, dans cette conception, du fait de parler, c’est pour rabattre finalement la verbalisation sur la manifestation motrice de la pulsion.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan rappelle le schéma posé en toute première séance, le schéma Z :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_823" class="wp-caption aligncenter" style="width: 738px"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/10/Schma-en-Z.jpg"><img class="size-full wp-image-823" title="Schéma en Z" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/10/Schma-en-Z.jpg" alt="" width="728" height="334" /></a><p class="wp-caption-text">Schéma en Z</p></div>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le sujet y est en lien avec l’Autre, S-A. L’Autre y étant défini principalement comme « le lieu de la parole », et cette ligne S-A, comme le lieu d’établissement de « tout ce qui est de l’ordre transférentiel, l’imaginaire y jouant précisément un rôle de filtre, voire d’obstacle ». C’est par ailleurs « la ligne a-a’ [qui] concerne la relation imaginaire »<a href="#_ftn8">[8]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan essaie ainsi, avec son schéma, de montrer comment cette conception dominante pose les choses, mais également de faire sentir comment il pose de son côté, une autre conception, à la fois du sujet, et du déroulement de l’analyse. Pour lui, il ne s’agit plus de réduire l’obstacle imaginaire, pour accéder à un analyste réel supposé, mais de permettre au sujet « de s’achever, de se réaliser autant comme histoire que comme aveu […] »<a href="#_ftn9">[9]</a>, autrement dit, d’articuler d’abord le passage par le symbolique (la névrose étant conçue chez lui à cette époque comme « l’impossibilité de l’avènement symbolique »<a href="#_ftn10">[10]</a>), avant de faire jouer la réalité supposée accessible du côté de l’analyste.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Objet médiateur et objet phallique</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la séance sur les trois formes du manque d’objet, Lacan avait introduit ce qu’il avait appelé la triade imaginaire, mère-phallus-enfant « en tant que prélude à la mise en jeu de la relation symbolique, laquelle ne se fait qu’avec la quarte fonction, celle du père, introduite par la dimension de l’Œdipe »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’on utilise une médiation dans le travail analytique avec un enfant, j’avais avancé (ici :<a title="Lien permanent : « De l’objet à la médiation », ou le jeu vidéo comme objet médiateur au sein d’un groupe" href="../?p=518">« De l’objet à la médiation », ou le jeu vidéo comme objet médiateur au sein d’un groupe</a>)  l’hypothèse que l’utilisation d’un objet médiateur n’était peut-être pas sans lien avec l’objet phallique.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le préciser ici, je dirai d’une part que l’objet médiateur pourrait jouer ce rôle de polarisation des désirs dans le cadre d’un travail individuel, et cela particulièrement pour des sujets qui auraient des difficultés à supporter quelque chose dans un face à face, dans la mesure où cela les inhiberait.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet médiateur matérialiserait alors le fait que le désir de l’analyste ne serait pas « focalisé » uniquement sur le sujet-patient. La présence de cet objet médiateur, médiateur pour les deux désirs en présence (celui de l’analyste donc, et celui du patient), pourrait ainsi « alléger » une situation qui confronterait le patient avec une situation qui rappellerait celle où l’enfant est censé « réaliser » sur lui l’image phallique…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Paradoxalement, c’est « la déception fondamentale de l’enfant » qui est censée se produire lorsqu’il reconnaît que la mère désire ailleurs, qu’il n’est pas l’objet unique de son désir, autrement dit lorsqu’il reconnait que « l’intérêt de la mère, plus ou moins accentué selon les cas, est le phallus ». Lacan laisse en suspens la manière dont l’enfant s’y prend, les conditions par lesquelles passe l’enfant pour reconnaître donc dans un premier temps que sa mère désire autre chose que lui, et dans un second temps, qu’elle manque de quelque chose, donc qu’elle désire tout court.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je me demande si, dans la situation où l’enfant s’est vu soumis « aux caprices » de la mère, dans le sens où cet objet phallique n’était pas spécialement repérable chez la mère, où ce phallus n’ordonnait pas (ne mettait pas un peu d’ordre) les conduites maternelles, vécues alors comme erratiques par l’enfant (cf mes notes sur la séance intitulée <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=623">&laquo;&nbsp;le phallus et le météore&nbsp;&raquo;</a>), une relation thérapeutique entre un analyste et un enfant, dans un premier temps et sous certaines conditions, peut éventuellement réactualiser cette première situation. Je pense à des situations où les enfants ont vécu des situations d’abandon précoces et importantes du fait, non pas d’une volonté de maltraitance active, mais d’une impossibilité maternelle à s’occuper, à se préoccuper, d’eux.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet médiateur, dans le cas d’un travail individuel, pourrait alors permettre de donner, pendant un temps, un sens aux conduites de l’analyste qui peuvent apparaître potentiellement angoissantes pour l’enfant. « Nous (l’enfant et l’analyste) sommes là, ensemble, pour et à travers cet objet ». Et ce dernier va progressivement ouvrir la relation vers un ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">La présence de l’objet phallique permet en effet d’articuler la fonction maternelle et l’entrée en jeu de la fonction paternelle, associée à ce que Lacan nomme « la déception fondamentale de l’enfant »<a href="#_ftn12">[12]</a>. Cette articulation est aussi le passage de la frustration (ce manque imaginaire d’un objet réel, supporté par un agent symbolique), vers la castration (ce manque symbolique d’un objet imaginaire, le phallus).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Phobie, déception et rapport à la machine<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, la phobie serait une construction du sujet pour faire face à cette déception fondamentale. On a vu également que Lacan usait de l’article d’Anneliese Schnurmann pour en faire la démonstration.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan fait alors quelques remarques sur les deux types de relations libidinales chez Freud, la relation anaclitique et narcissique, et plus spécialement sur la première. Il la déplie à l’aide de ce qu’il vient de montrer, à savoir que l’enjeu y est de dépendance à l’autre, certes (ce que le mot d’anaclitique est censé désigner) mais surtout de dépendance du sujet (l’homme), vis-à-vis de l’exercice de la satisfaction de l’autre (la femme comme substitut maternel) qui vient lui signifier en retour qu’il possède bien l’objet du désir de la mère.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, Lacan prend le fétichisme comme exemple de la solution perverse permettant d’éviter au sujet la confrontation avec l’intersubjectivité, et d’une certaine manière donc, avec le désir chez l’objet de son désir. Le fétichiste « dit lui-même qu’il trouve finalement son objet, son objet exclusif, d’autant plus satisfaisant qu’il est inanimé. […] assuré de ne pas avoir de déception de sa part. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La perversion est ainsi présentée par Lacan, comme une autre solution, « non typique » dit-il, sur un mode imaginaire, comme par exemple dans « l’identification de l’enfant à la mère », lorsque l’articulation que l’on a décrite de la fonction paternelle à la fonction maternelle, via l’objet phallique, ne se fait pas.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il peut se faire, en effet, qu’un accident évolutif ou une incidence historique porte atteinte aux liens de la relation mère-enfant par rapport au tiers objet, l’objet phallique, qui est à la fois ce qui manque à la femme et ce que l’enfant a découvert qui manque à la mère. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Là encore, lorsque certains parlent d’addiction aux jeux vidéo, il faut s’interroger plus en avant, à quelle place est mise la machine chez ces sujets. Quelle est la nature de l’objet utilisé dans ces cas-là ?</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-il s’agir d’une solution perverse transitoire, où le sujet tente ainsi de s’éviter la part d’angoisse dans la relation intersubjective en investissant la machine comme objet de désir presque unique. Le sujet est alors presque assuré de ne pas rencontrer de déception du côté de la machine.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le dit de manière humoristique Lacan (qui aime bien d’ailleurs prendre cet exemple de la pantoufle), « Aimer une pantoufle, c’est vraiment avoir l’objet de ses désirs à sa portée. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>De l’amour courtois et des artefacts pervers…</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan s’est intéressé à l’amour courtois tout au long de ce séminaire. Et il me semble que cette séance est la première occasion où qu’il commence à en parler.</p>
<p style="text-align: justify;">« Ces techniques et ces traditions, à partir du moment où on en a la clef, on en retrouve dans d’autres aires culturelles les points d’émergence, explicitement formulés, car cet ordre de recherche dans la réalisation amoureuse a été posé à plusieurs reprises dans l’histoire de l’humanité de façon tout à fait consciente.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est visé et effectivement atteint, c’est sans aucun doute un au-delà du court-circuit physiologique, si on peut s’exprimer ainsi. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour illustrer une certaine analogie avec la solution perverse, Lacan rapproche finalement la conduite de la cure qui oublie la place du symbolique dans la relation analyste-analysant, en centrant sa conception sur la relation d’objet conçue comme dialectique entre l’imaginaire de l’objet interne et le réel de l’analyste, d’une « conception des relations amoureuses » nommée <em>bundling</em>, où une femme se livre certes à un homme, mais reste totalement inaccessible physiquement, elle est entourée dans un drap…</p>
<p style="text-align: justify;">Il reproche ainsi à cette conception psychanalytique, la production de comportements fétichistes, de passages à l’acte, de réactions perverses, qu’il nomme aussi « artefacts pervers ». Et il prend comme exemple un article de Ruth Lebovici, « Perversion sexuelle transitoire au cours d’un traitement psychanalytique »<a href="#_ftn17">[17]</a> qui s’intéresse à un sujet phobique, qui en réaction à certaines interprétations de l’analyste, se construit un fantasme pervers avant de mettre en acte sa solution.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan interprète les différentes étapes du traitement telles qu’elles sont relatées dans l’article relativement à sa critique de la conception de l’analyse en cours et des interprétations qui en découlent, et qui mettent donc au premier plan « la notion de la distance à l’objet-analyste en tant qu’objet réel »<a href="#_ftn18">[18]</a>. Selon lui, cette conception et les actes de l’analyste sont corrélatifs à l’adoption par le sujet de solutions perverses ; cela pousse littéralement le sujet à des artefacts pervers.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Pierre Marty et Michel Fain, « L’importance du rôle de la motricité dans la relation d’objet », in Revue française de psychanalyse, 1955, vol 19, n° 1-2.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.77</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.77</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.78</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.78</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.79 et 80</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.80</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.80</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.81</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.81</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.81</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.81</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.85</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.84</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.86</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.88</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Ruth Lebovici, « Perversion sexuelle transitoire au cours d’un traitement psychanalytique », in <em>Bulletin d&#8217;activité des psychanalystes de Belgique</em>, 1956.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.91</p>
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		<title>La dialectique de la frustration (12/12/1956)</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Sep 2011 14:20:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Miller]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 22 septembre 2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Paris, le 22 septembre 2011.</p>
<p style="text-align: justify;">La semaine suivante, Lacan propose d’emblée un tableau récapitulatif « qui permet d’articuler avec précision le problème de l’objet tel qu’il se pose dans l’analyse »<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<table style="text-align: justify;" border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td width="205" valign="top"><strong>Agent</strong></td>
<td width="205" valign="top"><strong>Manque d’objet</strong></td>
<td width="205" valign="top"><strong>Objet</strong></td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top"></td>
<td width="205" valign="top">Castration</p>
<p><em>Dette symbolique</em></td>
<td width="205" valign="top">imaginaire</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top"></td>
<td width="205" valign="top">Frustration</p>
<p><em>Dam imaginaire</em></td>
<td width="205" valign="top">réel</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top"></td>
<td width="205" valign="top">Privation</p>
<p><em>Trou réel</em></td>
<td width="205" valign="top">symbolique</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Puis il dit une chose intéressante qui prend à rebours l’idée répandue selon laquelle le scandale de la psychanalyse serait d’avoir mis l’accent sur la sexualité (voir d’avoir produit un certain pansexualisme), à savoir que le scandale serait plutôt d’avoir exposé les paradoxes de cette sexualité, à savoir par exemple que « l’approche de l’objet sexuel présente une difficulté essentielle qui est d’ordre interne. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il en dira une autre un peu plus loin que je trouve tout aussi importante, car peu reprise. C’est le fait que l’important dans le développement de l’enfant, est non pas la fameuse toute-puissance de cet enfant, mais la toute-puissance de la mère ou de son substitut. C’est un des signes qui montrent que Lacan est en dialogue critique avec Winnicott dans ce séminaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette première idée donc contredit, on le dit encore une fois, toute approche théorique qui proposerait la théorie d’un objet pleinement satisfaisant pour le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le démontrer, il rappelle au travers d’une citation<a href="#_ftn3">[3]</a> issue de l’article de 1915 « Pulsions et destins de pulsions », que Freud n’établissait aucun lien préétabli entre la pulsion et son objet. L’objet est conçu comme variable et même interchangeable vis-à-vis de la satisfaction de cette pulsion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La notion qui va par contre être au centre de cette séance est donc celle de frustration.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il s’agit pour nous de la critiquer afin de la rendre utilisable et, pour tout dire, cohérente avec ce qui fait le fond de la doctrine analytique […] »<a href="#_ftn4">[4]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons que la castration, comme on l’a vu au cours de la séance « Les trois formes du manque d’objet du 28/11/1956 », est en lien avec l’ordre symbolique, et plus précisément avec une dette symbolique. L’objet de cette dette est (pour le moment) un objet imaginaire, et c’est le phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>A propos du phallus, et de sa nature</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">A ce sujet, on peut rappeler la question que pose Moustapha Safouan dans son livre <em>Lacaniana</em> au sujet de cet objet imaginaire phallique. S&#8217;agit-il « du même imaginaire que celui qui est en jeu dans la relation avec le semblable, l&#8217;imaginaire spéculaire&nbsp;&raquo;<a href="#_ftn5"><em><strong>[5]</strong></em></a>. C’est une question qui touche juste, car il se pourrait ainsi que l&#8217;imaginaire dégagée par la notion de phallus soit d&#8217;un ordre différent que celui dégagé par la relation au miroir.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Safouan, c&#8217;est une distinction importante, car « La difficulté qu&#8217;aura Lacan à frayer son chemin sera d&#8217;autant plus grande que la question [celle d'un imaginaire distinct] n&#8217;est pas formulée. Celle que le lecteur aura à le suivre ne le sera pas moins. »<a href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il me semble également que c’est une question que traite Braunstein dans le chapitre « Le phallus comme SOS (signifiant, organe, semblant) »<a href="#_ftn7">[7]</a> de son livre <em>Depuis Freud, après Lacan – déconstruction dans la psychanalyse</em>. Braunstein examine comment la nature du registre dans lequel Lacan situe ce phallus oscille tout au long des années de son séminaire. En suivant Braunstein, il faudrait donc examiner de plus près comment Lacan écrit sur le phallus dans son article <em>la signification du phallus<a href="#_ftn8"><strong>[8]</strong></a></em> en mai 1958, et comment il semble rectifier son propos au cours du séminaire de 1970-1971, <em>D’un discours qui ne serait pas du semblant<a href="#_ftn9"><strong>[9]</strong></a></em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce sera pour une autre fois…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>L’enjeu réel de la frustration </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Revenons à la question de la castration, la question qui se pose est celle d’y articuler la notion de frustration. Et la première étape au sujet de la frustration va être de noter avec insistance que la frustration introduit un mode de relation à l’objet qui est à placer sur le plan du réel.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan rappelle combien la littérature psychanalytique a porté un intérêt croissant aux conditions réelles du développement du sujet. Cela est palpable jusqu’à aujourd’hui. J’ajouterai que ce fut aussi le développement d’un intérêt des psychanalystes pour l’observation directe des enfants. Lire <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=418">ici</a> et <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=423">ici</a> sur le courant d’étude des interactions précoces</p>
<p style="text-align: justify;">Une définition de la frustration pourrait être selon Lacan :</p>
<p style="text-align: justify;">« La frustration est donc considérée comme un ensemble d’impressions réelles, vécues par le sujet à une période de développement où sa relation à l’objet réel est centrée d’habitude sur l’imago dite primordiale du sein maternel, par rapport à quoi vont se former chez lui ce que j’ai appelé tout à l’heure ses premiers versants et s’inscrire ses premières fixations, celles qui ont permis de décrire les types des différents stades instinctuels. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Alors « […] qu’en est-il de ce rapport, le plus primitif, du sujet avec l’objet réel ? »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’auto-érotisme désigne-t-il un état où n’existe pas d’objet réel, extérieur au sujet, et avec lequel justement le sujet serait en relation ? Le sein peut-il être considéré comme un objet réel pendant la phase dite auto-érotique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Avant d’aborder la théorie kleinienne pour avancer sur la notion de frustration, Lacan cite comme premier exemple la théorie du <em>primary love</em> des Balint, qui tente selon lui de concilier l’existence d’une phase auto-érotique  et l’existence d’un objet réel, reconnu par l’enfant pendant cette phase, en proposant cette idée d’un amour parfait et complémentaire entre l’enfant et sa mère. Puis il la critique comme tout à fait contraire à l’expérience clinique.</p>
<p style="text-align: justify;">Il soutient par contre les positions de Klein, vis-à-vis de critiques qui reprochent à « la géniale tripière » de produire une sorte de schéma du développement où justement, tout serait déjà contenu en quelque sorte à l’intérieur du sujet, une théorie platonicienne qui oublierait finalement les conditions réelles dans lesquelles se développe le sujet, pour mettre l’accent sur la reconnaissance. Lacan finit par s’interroger sur l’hypothèse qui lui semble féconde de l’Œdipe précoce selon Klein.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces détours pour revenir au point de départ :</p>
<p style="text-align: justify;">« On a tort de ne pas partir de la frustration qui est le vrai centre quand il s’agit de situer les relations primitives de l’enfant. »<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Les deux pôles de la frustration et…  les jeux vidéo</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan propose finalement deux versants dans la frustration :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      <em>L’objet réel</em>. Pas de manque. Pour Lacan, même dans la phase auto-érotique, où l’autre n’est pas encore conçu, l’objet réel existe et exerce bel et bien une influence sur l’enfant, « bien avant d’avoir été perçu comme objet. »<a href="#_ftn13">[13]</a> Mais surtout, il faut l’introduction de « périodicité » entre des absences, des « trous et des carences », pour que cet objet commence d’être perçu véritablement par le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>2) </em><em>L’agent</em>. C’est-à-dire ici la mère. « La mère est autre chose que l’objet primitif. Elle n’apparaît pas en tant que telle dès le départ, mais, comme Freud l’a souligné, à partir de ses premiers jeux, jeux de prise d’un objet parfaitement indifférent en lui-même et sans aucune espèce de valeur biologique. »<a href="#_ftn14">[14]</a> C’est la mère qui, par ses jeux donc, va introduire le sujet au manque d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan s’est donc bien intéressé à Winnicott. J’aurais envie de dire que ses propositions, ce que Miller appelle « La théorie du manque d’objet », s’articulent avec celles de Winnicott sur l’aire transitionnelle, elles semblent tout à fait se construire en dialogue avec le psychanalyste britannique. En dialogue critique, il faut ajouter.</p>
<p style="text-align: justify;">Car Lacan dit à un moment, au sujet de cette frustration, que l’objet peut changer de statut uniquement grâce à cette périodicité des absences, et que nous n’avons pas besoin de postuler chez le sujet la distinction d’un moi et d’un non-moi.<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Alain Vanier rappelle que le 3 février 1975, à l’Institut français de Londres, Lacan disait que son objet <em>a</em> était ce que Winnicott appelait l’objet transitionnel<a href="#_ftn16">[16]</a>. Il rappelle également que les points de rencontre entre ces deux grands analystes ont été autour de trois thèmes principaux : « Tout d’abord la question de l’objet, puis celle du stade du miroir et enfin celle du self. Avec en filigrane, le problème de la position de l’analyste dans la cure. »<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Concernant les jeux vidéo, il a souvent été question d’auto-érotisme à leur sujet. La thèse de Mathilde Cador-Delcourt s’intitule par exemple : « L’addiction aux jeu vidéo : une activité auto-érotique ? »<a href="#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’objet serait réel, le manque imaginaire. On parle de jouissance auto-érotique où l’Autre serait absent.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Yves Le Fourn écrit également : « Avec les jeux vidéo, l’enfant ne rejoue que rarement : il demande à ce qu’on lui en ‘achète  un autre’. Le plaisir à jouer, à partager du temps, à recommencer est remplacé par le plaisir du « toujours plus » d’isolement, du «  toujours plus » de jouissance auto-érotique. En paraphrasant Melanie Klein, on pourrait dire que « le jeu (vidéo) transforme l’angoisse de l’enfant en réussite (impossible) de rencontrer cet Autre, autre que lui-même ». Peut-on alors jouer, au-delà du défi ou d’une compétition classique, avec la rencontre d’un Autre soi-même virtuel ? »<a href="#_ftn19">[19]</a></p>
<p style="text-align: justify;">De quelle nature est cet Autre virtuel, cette IA, pour le joueur ? Je ne suis pas certain qu’elle puisse se réduire à « soi-même ». Il n’est pas certain que le temps du jeu, il soit difficile de distinguer si l’IA du jeu vidéo est si différente d’un Autre sujet, d’un Autre, certes absent physiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait également essayer de reprendre cette réflexion autour de la frustration dans les jeux vidéo. Car ces derniers fonctionnent beaucoup avec elle. C’est un grand moteur dans ce type de jeux. Comme le dit Lacan, la frustration est « une impression très réelle ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la frustration de ne pas réussir, de ne pas savoir comment passer telle situation, frustration de n’avoir pas fait un bon score, etc. Tout cela peut rendre d’ailleurs parfois un peu agressif, tendu, mais donne finalement généralement envie de s’y remettre, sauf si un point de non-retour est atteint où c’est plutôt l’abandon du jeu qui prime alors. Du côté des game designers, il faut donc un bon dosage de la frustration dans le gameplay.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel serait l’agent dans les jeux vidéo qui distille cette frustration ? Pourrait-elle être l’IA (l’Intelligence Artificielle) ?</p>
<p style="text-align: justify;">Certains psychologues, comme Thomas Gaon<a href="#_ftn20">[20]</a>, ont articulé le jeu excessif ou problématique chez certains sujets, avec la difficulté, dans certains jeux tels que les MMORPG (les jeux de rôles en ligne persistants) de se séparer. Se séparer des communautés virtuelles, des groupes en ligne dans ce type de jeux, mais aussi se séparer de cet Autre que serait l’IA, la machine. Cette séparation serait à articuler avec cette alternance présence/absence dont Lacan, dans cette séance de son séminaire, fait précisément les conditions de possibilité d’articulation d’une relation réelle avec une relation symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, à la suite de Freud (relire l’analyse du jeu d’enfant faite par Freud au travers de celle de son petit-fils, Ernst, dans l’« Au-delà du principe de plaisir »), Lacan articule ce qu’il appelle « le registre de l’appel » (« L’objet maternel est proprement appelé quand il est absent – et quand il est présent, rejeté, dans le même registre que l’appel, à savoir par une vocalise »<a href="#_ftn21">[21]</a>), avec « la présence-absence » (qui, quant à elle, « connote la première constitution de l’agent de la frustration, qui est à l’origine la mère »<a href="#_ftn22">[22]</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce registre de l’appel, c’est l’amorce de l’ordre symbolique, et c’est, selon Lacan, l’élément de la relation d’objet réelle qui importe pour la transition de la frustration vers la castration.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est aussi pourquoi, tout bêtement, il est tout à fait intéressant de parler de cet objet vidéoludique avec les patients pour lesquels le jeu peut être excessif. La relation d’objet réelle que certains joueurs entretiennent avec certains jeux vidéo pourrait ainsi reconduire le désir de renouer une relation sécurisante avec un Autre dont la demande est tout à fait compréhensible et « le désir » pas du tout insatiable justement. En effet, il est souvent mis l’accent sur le sujet quant à sa difficulté à se séparer, notamment chez les adolescents. Mais il est plus rarement mis l’accent sur l’Autre (possiblement incarné par le parent). La demande du jeu vidéo peut ainsi être « comblée ». Le joueur sait ce que l’IA attend de lui. Il lui est possible de bien décrypter cette demande, et de la combler, en terminant tout simplement le jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Jouer peut ainsi être l’occasion de remettre au travail la possibilité de se séparer, via une relation avec un Autre d’un type un peu spécial.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en revenir à Lacan, ce couple présence-absence est ainsi « le premier élément d’un ordre symbolique », en ce qu’il représente un jeu d’opposition plus-moins. « […] dans l’opposition plus et moins, présence et absence, il y a déjà virtuellement l’origine, la naissance, la possibilité, la condition fondamentale, d’un ordre symbolique. » <a href="#_ftn23">[23]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>De la frustration à la castration en passant par la toute-puissance… de la mère</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan s’interroge sur les éléments qui permettront à ce qu’une dialectique s’installe entre la mère et l’enfant, ce qui donnera plus tard d’ailleurs le titre à cette séance.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan nous livre une proposition à retenir, c’est celle de la constitution de la mère comme puissance, c’est le passage de la mère symbolique, à la mère réelle. Et corrélativement, le passage de l’objet de satisfaction qui était jusque-là réel, à un objet symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, lorsque la mère, comme agent symbolique représentant ce couple d’alternance présence-absence, répondant à l’appel du sujet et offrant par exemple le sein comme objet réel, ne répond plus, « lorsque, en quelque sorte, elle ne répond plus qu’à son gré, elle sort de la structuration, et elle devient réelle, c’est-à-dire qu’elle devient une puissance. »</p>
<p style="text-align: justify;">Associé à ce changement de nature du côté de l’agent, il y a également un changement de nature de l’objet. Car en effet, si la mère devient réelle, lorsqu’elle ne répond plus. Les objets de satisfaction, qui étaient jusqu’ici réels, deviennent cette fois « objets de don » (« L’objet vaut comme le témoignage du don venant de la puissance maternelle »), et donc « susceptibles d’entrer dans la connotation présence-absence ».</p>
<p style="text-align: justify;">« L’objet a dès lors deux ordres de propriété satisfaisante, il est deux fois objet possible de satisfaction – comme précédemment, il satisfait à un besoin, mais aussi il symbolise une puissance favorable. »<a href="#_ftn24">[24]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est là, il me semble, que Lacan discute le plus avec Winnicott. Il récuse la notion même de toute-puissance du côté de l’enfant. Pour lui, c’est celle de la mère qui compte le plus. Il n’existerait même de toute-puissance que du côté de la mère ou de son substitut. On sait combien cette expérience d’omnipotence a une place singulière dans la théorisation winnicottienne, notamment dans la construction de cette aire intermédiaire, l’aire transitionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on peut résumer les choses, nous pourrions dire qu’à partir du moment où l’agent faisant fonction de mère peut ne pas répondre à l’appel du sujet, d’un statut symbolique fondé sur cette alternance présence-absence calée sur l’appel du sujet, il passe à un statut réel fondé sur le fait qu’il peut donner cette fois l’objet attendu par le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">N’existait dans l’état 1, qu’un agent symbolique, avec un objet réel de satisfaction. A l’état 2, l’agent est devenu réel, et l’objet qu’il pourvoie est devenu quant à lui symbolique, c’est-à-dire qu’il symbolise la puissance de l’agent.</p>
<p style="text-align: justify;">« C’est un moment décisif, où la mère passe à la réalité à partir d’une symbolisation tout à fait archaïque. »<a href="#_ftn25">[25]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est pour Lacan, ici, que se situe l’objet intermédiaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sujet, nous dit Lacan, a réalisé qu’il existait une puissance, extérieure, détenant tout ce dont il avait besoin, par le fait que cette puissance peut se refuser, peut refuser de donner.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Retour au phallus et articulation avec le dispositif Moi Idéal – Idéal du Moi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan repart maintenant de la nature imaginaire du phallus chez Freud. Ce phallus est « à proprement parlé la forme, l’image érigée »<a href="#_ftn26">[26]</a> et sert d’opérateur de distinction entre ceux que l’on appelle hommes, et ceux appelées femme. Chez les femmes, toujours en suivant Freud, le phallus est mis en position d’objet manquant, donc désirable. Lacan rappelle que, pour Freud (notamment dans son article publié en 1917 « Des transpositions pulsionnelles en particulier dans l’érotisme anal »), cet autre objet qu’est l’enfant, est possiblement mis à la place de ce premier objet manquant qu’est le phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan revisite là la théorie du narcissisme, à l’aide du phallus. Dans son ouvrage sur le narcissisme<a href="#_ftn27">[27]</a>, Patrick Delaroche propose de rapprocher le dispositif Moi Idéal &#8211; Idéal du Moi de ce que construit Lacan ici, à savoir l’introduction du phallus comme élément symbolique tiers dans la relation dyadique mère-enfant afin de subvertir le modèle classique de la relation d’objet fondée sur une complémentarité entre la satisfaction recherchée (ce qui serait la complétude du Moi en somme) et celle que pourrait apporter l’objet (tout ce qui manque, sur le modèle d’une relation mère-enfant parfaite, adéquate, comme on a pu le voir dans les conceptions des Balint<a href="#_ftn28">[28]</a> et parfois dans les études sur les interactions précoces).</p>
<p style="text-align: justify;">En introduisant le phallus, on peut en effet essayer d’articuler de manière intéressante narcissisme et castration. Delaroche décrit ainsi « l’investissement de l’enfant comme phallus par la mère comme le paradigme de la fusion incestueuse que pourra représenter le Moi Idéal. »<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Que l’enfant vienne saturer le manque maternel, Lacan le dit en ces termes : « […] l’enfant en tant que réel prend pour la mère la fonction symbolique de son besoin imaginaire […] »<a href="#_ftn30">[30]</a> Aussi, l’étape suivante consistera en ce que l’enfant est censé s’apercevoir que ce que la mère désire est non pas lui-même, mais l’image du phallus. Ce sera donc à la phase freudienne dite phase phallique, c’est-à-dire au moment où le phallus devient l’organisateur entre les sexes (lire entre autres l’article de Freud de 1923 « L’organisation génitale infantile »), que le sujet est censé reconnaître à la fois ce décalage, mais également le fait que cette puissance maternelle qu’est l’agent symbolique devenu réel, n’est en fait pas tout-puissant, car il lui manque bien quelque chose, à savoir, le phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que Lacan apporte finalement<a href="#_ftn31">[31]</a> et que les « deux notes sur l’enfant » à Jenny Aubry résument, à la suite de Freud et de son équation pénis=enfant<a href="#_ftn32">[32]</a>, c’est la possibilité de comprendre que la sortie du narcissisme côté enfant, doit se penser avec la mère et la contrainte s’exerçant sur cette dernière quant à désinvestir progressivement son enfant comme phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, avec Lacan et Delaroche, le Moi Idéal se constituerait durant l’étape où la mère investirait son enfant comme le prolongement d’elle-même, comme la partie d’elle-même qui lui manque et qui serait censée lui apporter toute satisfaction, à savoir le phallus. Puis, le mouvement censé succéder à cette étape, serait le désinvestissement par la mère de cet enfant-phallus, pour en faire un objet séparé d’elle. Se soumettant elle-même à la castration, l’enfant, qui pouvait être pour elle le phallus, pourra désormais chercher à l’avoir.</p>
<p style="text-align: justify;">En suivant Lacan, le petit enfant doit donc abandonner la croyance en la possession du phallus, de son côté, mais également du côté de la mère. Il doit abandonner l’espérance de satisfaire pleinement cette mère en incarnant pour elle le phallus, puis en acceptant le fait qu’elle-même doive chercher ce qui lui manque ailleurs que chez lui. Il est à noter que ce mouvement est par ailleurs décrit chez Freud du côté de l’enfant (chez Freud, c’est un enfant actif, qui tend à désirer de manière active sa mère), c’est à dire que c’est à lui que s’adresserait d’abord le renoncement à la mère, et sur lui que s’exercerait avant tout la castration. Alors que du côté de Lacan (chez Lacan, on a plutôt le modèle d’un enfant séduit par sa mère, pris dans une séduction qui peut s’avérer d’ailleurs particulièrement dangereuse<a href="#_ftn33">[33]</a>), c’est d’abord la mère qui doit se soumettre à la castration, l’enfant, qui pouvait être pour elle le phallus, doit être désinvesti de cette place.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec Delaroche, nous pensons que le Moi Idéal représente bien ce moment où l’enfant est identifié par la mère au phallus qui lui manque. Et que se soumettre à la castration, ce qui se traduit entre autres pour la mère, à aller chercher ce phallus ailleurs que chez son enfant ou dans la relation qu’elle a avec lui, permet alors que s’enclenche chez l’enfant cette dialectique entre le Moi Idéal et l’Idéal du Moi. Cet Idéal du Moi va représenter ce à quoi l’enfant devra désormais se soumettre pour obtenir à nouveau la satisfaction narcissique perdue, ou en devenir d’être perdue, et qui va donc se situer au-dehors de la relation à caractère incestueuse que représente le Moi Idéal.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour terminer, Lacan commencera à parler d’un exemple (tiré d’un article d’Anneliese Schnurmann, élève d’Anna Freud, « L’observation d’une phobie »), un cas de phobie censé offrir une vue intéressante justement sur ce passage de la mère symbolique à la mère réelle, et de la construction chez le sujet d’une phobie afin de faire face au manque phallique chez la mère.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.60.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.60.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Moustapha Safouan, <em>Lacaniana</em>, Fayard, 2001, p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Moustapha Safouan, <em>Lacaniana</em>, Fayard, 2001, p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Nestor Braunstein, « Le phallus comme SOS (signifiant, organe, semblant) » in <em>Depuis Freud, après Lacan – déconstruction dans la psychanalyse</em>, Erès, 2008, p. 107.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Jacques Lacan, « La signification du phallus », in <em>Ecrits II</em>, Seuil, 1999, p.163.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jacques Lacan, Jacques Lacan, <em>D’un discours qui ne serait pas du semblant</em>, Seuil, 2007.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.62</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.63</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.66</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.66</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.67</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.66</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> « LACAN – Oui, petit <strong>a </strong>est une fonction que j’ai inventée pour désigner l’objet du désir. Petit <strong>a </strong>est ce que Winnicott appelle l’objet transitionnel… J’ai eu la chance de faire la connaissance de Winnicott. »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Alain Vanier, « Winnicott et Lacan, Lacan et Winnicott », in <em>Winnicott avec Lacan</em>, sous la direction de Catherine et Alain Vanier, Hermann, 2010.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> <a href="http://www.hopital-marmottan.fr/documentation/pmb/opac_css/index.php?lvl=notice_display&amp;id=957">http://www.hopital-marmottan.fr/documentation/pmb/opac_css/index.php?lvl=notice_display&amp;id=957</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Le Fourn Jean-Yves , « Les enfants jouent-ils encore ? » Game-boy et jeux vidéo, <em>Enfances &amp; Psy</em>, 2001/3 n°15, p. 48.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Gaon T. (2009), « L’échappée virtuelle : Futur délice ou délit de fuite ? » in <em>La Lettre de l’enfance et de l’adolescence</em>, revue du GRAPE, « Tous addicts ? », n°77, décembre 2009, Erès.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.67</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.67</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.67</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.68</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.69</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.70</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Patrick Delaroche, <em>De l’amour de l’autre à l’amour de soi</em>, Denoël, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Michael Balint, <em>Amour primaire et technique psychanalytique</em>, Payot, 2001, ou encore <em>Le défaut fondamental</em>, Payot, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> Patrick Delaroche, <em>De l’amour de l’autre à l’amour de soi</em>, Denoël, 1999, p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.71</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Notamment avec ce que les deux notes sur l’enfant à Jenny Aubry résument. Elles ont été publiées par Jacques-Alain Miller dans : Jacques Lacan, <em>Autres écrits</em>, Paris, Le Seuil, 2001, p. 373-374.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> Sigmund Freud, « Des transpositions pulsionnelles, en particulier dans l’érotisme anal », in <em>Œuvres complètes, tome XV</em>, PUF, 1996.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref33">[33]</a> « Le rôle de la mère, c’est le désir de la mère. C’est capital. Le désir de la mère n’est pas quelque chose qu’on peut supporter comme ça, que cela vous soit indifférent. Ça entraîne toujours des dégâts. Un grand croco­dile dans la bouche duquel vous êtes — c’est ça, la mère. On ne sait pas ce qui peut lui prendre tout d’un coup, de refermer son clapet. C’est ça, le désir de la mère.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, j’ai essayé d’expliquer qu’il y avait quelque chose qui était ras­surant. Je vous dis des choses simples, j’improvise, je dois le dire. Il y a un rouleau, en pierre bien sûr, qui est là en puissance au niveau du clapet, et ça retient, ça coince. C’est ce qu’on appelle le phallus. C’est le rouleau qui vous met à l’abri, si, tout d’un coup, ça se referme. », in Jacques Lacan, <em>L’envers de la psychanalyse</em>, Seuil, 1991, p. 129.</p>
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		<title>Notes sur « Une histoire de machines, de vampires et de fous » – Episode 4</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Sep 2011 09:31:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Mon zombie et moi]]></category>
		<category><![CDATA[phénoménologie]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Cassou-Noguès]]></category>
		<category><![CDATA[Une histoire de machines de vampires et de fous]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 19 septembre 2011.
Un passage par un autre livre de Cassou-Noguès, Mon zombie et moi, ou il explicite sa méthode d'analyse philosophique via la fiction. Il reste un point obscur pour moi. Si la fiction donne le possible, et que l'adhésion à la fiction devient un critère important pour cerner les limites du domaine du possible. Où doit-on situer l'adhésion ? Du côté du lecteur ou du sujet qui raconte l'histoire ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Variations imaginaires au sein de fictions…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il s’agirait ainsi pour Cassou-Noguès, en écrivant de la fiction, d’analyser les images, mais non en se tenant à l’extérieur de l’imaginaire comme dans une analyse philosophique classique ou scientifique, mais en tentant plutôt d’être à l’intérieur même de l’espace où elles se forment, et par là de jouer avec elle, afin de « construire des propositions philosophiques, des systèmes si l’on veut, que l’analyse des concepts ne suffirait pas à justifier »<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans un livre plus récent, <em>Mon zombie et moi</em>, Cassou-Noguès poursuit cette manière de philosopher, et apporte des précisions sur la manière dont il pense cette imagination. Petit détour donc pour essayer de suivre sa démarche :</p>
<p style="text-align: justify;">« L’hypothèse dont je pars est que <span style="text-decoration: underline;">les bornes de l’imagination sont définies par la fiction</span>, au sens d’une histoire que l’on raconte. Ce que je peux imaginer, c’est ce que je peux raconter. […] Mon idée est que l’analyse donnée par le philosophe est elle-même fondée sur des fictions : un texte au moins qui décrit une certaine expérience et s’entend de la même façon qu’une description littéraire.»<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Plus précisément, Cassou-Noguès emprunte à Husserl une partie de sa méthode analytique qui pouvait écrire effectivement que « La fiction constitue l’élément vital de la phénoménologie. »<a href="#_ftn3">[3]</a> Husserl avait effectivement parlé de la technique des variations imaginaires, afin de rechercher les essences.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agit de faire « varier » par l’imagination un objet pour en déduire ses limites. Ainsi, « par exemple la couleur peut-elle être saisie indépendamment de la surface sur laquelle elle est ‘étalée’ ? Non, puisque une couleur séparée de l’espace où elle se donne serait impensable. Car si, en faisant ‘varier’ par l’imaginaire l’objet couleur, nous lui retirons son prédicat ‘étendue’, nous supprimons la possibilité de l’objet couleur lui-même, nous arrivons à une conscience d’impossibilité. Celle-ci révèle l’essence. Il y a donc dans les jugements des limites à notre fantaisie, qui nous sont fixés par les choses mêmes dont il y a jugement et la Phantasia elle-même décèle grâce au procédé de la variation. […] L’essence ou <em>eidos</em> de l’objet est constitué par l’invariant qui demeure identique à travers les variations. »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès entend y introduire une différence : « Je reprends donc la méthode phénoménologique de la variation imaginaire, avec cette différence que l’imagination tient dans une fiction, une fiction narrative : elle passe par le langage. Le possible est donné dans un récit, une histoire que l’on raconte, et non comme un vécu intérieur. »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, nous dit-il, c’est notre adhésion à certaines histoires, notre capacité à nous laisser entraîner dans certaines fictions qui vont ainsi constituer la base de l’analyse philosophique, à l’instar des variations imaginaires dont le phénoménologue rendait compte pour atteindre l’essence d’un objet. En sachant que « Les histoires qui emportent l’adhésion ne sont pas arbitraires. Le domaine, les situations et les êtres qui s’y dévoilent, est délimité et possède une structure, des lois qui restent implicites mais qu’il s’agit justement d’étudier. C’est le domaine du possible, des situations ou des êtres possibles. […] Un être possible fait l’objet d’une histoire à laquelle on adhère.»<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Je pense ici au dernier film d’Almodovar, <em>La piel que Habito</em> (<em>La peau que j’habite</em>) qui revisite en quelque sorte et entres autres thèmes, le mythe de Frankenstein. Sans tout développer, l’histoire nous présente un chirurgien qui, par vengeance et désespoir, recrée sa femme (et sa fille peut-être…) à partir d’un jeune homme, via les avancées de la chirurgie, et de la recherche médicale. On peut adhérer à cette fiction où la transformation de ce pauvre jeune homme nous paraît aujourd’hui tout à fait plausible.</p>
<p style="text-align: justify;">En apportant certains être bizarres issus de la littérature, comme Frankenstein donc, mais aussi les vampires ou encore les zombies, on peut ainsi importer certaines propriétés et les faire varier, pour atteindre les limites même de l’imagination, les limites du domaine du possible, là où l’histoire que l’on va inventer ou raconter, va finir par poser problème, à l’instar du personnage Griffin de H. G. Wells par exemple : si un homme invisible peut voir sans être vu, un homme dont le corps serait intangible (comme une sorte de fantôme ?) pourrait-il serrer la main d’un autre homme, et sentir cette main, alors que l’homme ne pourrait sentir en retour la main de cet homme au corps intangible ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Cassou-Noguès, dire cela, « C’est dire, d’une part, que la fiction permet, par une variation imaginaire, d’analyser les propriétés de nos sens. Et c’est dire, d’autre part, que cette variation imaginaire, dans la fiction, connaît des limites : on ne peut pas raconter n’importe quoi. <span style="text-decoration: underline;">Le champ du possible possède une structure et des limites que la fiction, d’une époque donnée, ne semble pas pouvoir dépasser</span>.»<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’expérience fictionnelle et l’adhésion qu’elle suscite chez nous, délimite ainsi le domaine du possible. Ces limites varient selon les époques, soit qu’un auteur réussisse à inventer des situations ou des êtres possibles nouveaux, auxquels nous pourront adhérer, soit que certains bouleversements, notamment scientifiques, viennent modifier le cadre de nos lectures.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces limites mobiles du possible sont censées nous permettre en retour de mieux analyser certains aspects de nos subjectivités en relation avec nos sens, notre rapport à notre corps et aux autres, et peut-être, j’ajouterai certains aspects qui peuvent nous apparaître difficiles à cerner dans certaines situations.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Sur la fiction, le possible et ses limites</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Mon Zombie et moi</em>, en citant deux textes importants dans la tradition philosophique, Descartes et l’expérience du morceau de cire qui fond à la chaleur du feu (à travers laquelle Descartes veut démontrer que l’unité du morceau de cire, même si, et surtout si ses propriétés en viennent à se modifier, nécessite l’exercice de l’entendement), et Merleau-Ponty sur « le sujet de la sensation »<a href="#_ftn8">[8]</a> (qui répond au premier, au travers d’une description où, au contraire, c’est le corps du sujet qui a son importance dans l’acte de perception), Cassou-Noguès entend montrer que quel que soit le texte, il « s’appuie sur une description, qui relève de la même écriture que la fiction littéraire. »<a href="#_ftn9">[9]</a> Les deux philosophes nous construisent, chacun à leur manière, une « fiction inavouée », qui « ouvre une situation possible »<a href="#_ftn10">[10]</a> venant attirer le lecteur, afin d’y faire jouer par la suite ses concepts.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Cassou-Noguès, le réel que la philosophie convoque pour l’analyser, est transféré, ou métabolisé, pourrait-on dire via l’écriture, « informé par une écriture qui utilise les mêmes ressources que la littérature ou est de même nature que celle de la littérature. […] » Et « L’analyse de l’expérience repose elle-même sur la fiction.»<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il ne s’agit donc plus d’opposer le sérieux du philosophe à la fantaisie du littérateur, des descriptions qui seraient d’un côté réelles face à d’autres qui se donneraient pour imaginaires. Mais si l’on suit Cassou-Noguès, de reconnaître plutôt qu’au travers de l’analyse des situations possibles, on va pouvoir distinguer dans le réel ce qui est essentiel de ce qui est contingent, en faisant varier certaines propriétés jusqu’à faire ressortir certaines limites liées au possible. Le possible débordant l’actuel, on peut imaginer certains êtres impossibles dans notre monde actuel, mais tout à fait possibles dans un monde possible, un monde par exemple issu des univers de la science-fiction. En analysant certaines propriétés de ces êtres, nous pourrons ainsi, en retour, en apprendre un peu plus sur les caractères et les propriétés essentielles de notre monde actuel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Des limites du langage ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Posant ceci, Cassou-Noguès pose une question qui me semble importante. C’est celle des limites du langage qui donne la fiction, qui l’informe, et en retour des conséquences de cette limite sur le statut de la fiction.</p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès prend pour exemple la description que Roquentin relate dans son journal, dans le roman de Sartre <em>La Nausée</em>. Roquentin en effet semble à un moment perdre le contact avec les mots et leurs significations, et par là, semble réussir à avoir comme un accès aux choses elles-mêmes. « Le voile se déchire » écrit-il. Une impression que les choses se donnent elles-mêmes directement à lui, impression qui devient angoissante, et au travers de laquelle Roquentin pense toucher à une sorte de secret concernant l’Existence.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment rendre compte, relater une expérience d’avant le langage, par le biais même du langage ?</p>
<p style="text-align: justify;">La psychanalyse se heurte souvent à ce même problème il me semble. Lorsqu’elle cherche par exemple à parler de l’autisme, ou encore de l’expérience des nourrissons.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus généralement, on pourrait s’interroger sur ce qu’on appelle « clinique » dans nos écrits, ou bien dans la transmission orale que l’on peut faire entre collègues. Quelles sont les modes sous lesquelles on la relate ? Comment relate-t-on cette expérience ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès en conclue ainsi que selon lui l’on ne peut décrire ce monde hors langage en première personne. « Celui qui observe le monde d’avant le langage n’est pas celui qui décrit cette expérience »<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le cas de Roquentin, le personnage relate l’expérience de la nausée, de la rencontre avec l’Etre, <em>dans son journal</em>, c’est-à-dire, <em>après avoir vécu l’expérience</em> en première personne, et donc après avoir retrouvé l’usage du langage.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je ne peux pas m’imaginer revenir à un monde d’avant le langage : l’imaginer, c’est-à-dire le raconter. Je peux imaginer un autre personnage dans ce monde sans langage, un autre personnage qui peut être moi-même quelques heures auparavant mais qui n’est pas moi qui raconte actuellement. Il faut donc distinguer deux sortes de possibles et deux sortes de fictions. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, nous aurions :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      Une fiction qui peut se raconter et s’écrire à la fois au présent et en première personne : ce serait la fiction qui détermine le possible. « <em>je</em> peux m’imaginer »</p>
<p style="text-align: justify;">2)      Une fiction qui se raconte au passé ou au futur, et en troisième personne : ce serait une fiction qui n’ouvre qu’un possible-limite. « <em>je </em>ne peux pas m’imaginer moi-même mais seulement imaginer un autre, un personnage qui n’est pas moi »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La question du possible de la science et du possible de la fiction</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">On a vu combien cette question était au centre de son travail sur Gödel, et combien les théories scientifiques pouvaient à la fois influencées les fictions, mais aussi être également en écho avec l’imaginaire de l’époque.</p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès distingue donc le possible du monde actuel, du possible de la fiction qui déborde le premier. Qu’en est-il de ce troisième possible, de la science, qui est, lui aussi, plus large que le possible de notre monde actuel. Il serait en principe inclus dans celui de la fiction.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les voyages dans le passé semblent par exemple une possibilité dans certaines théories scientifiques, bien qu’impossibles dans notre monde actuel. Alors que l’invisibilité restera une impossibilité scientifique (du simple fait que pour voir il faut que nos yeux arrêtent la lumière, donc ne doivent pas être invisibles), tandis qu’elle semble tout à fait acceptable dans les mondes de la fiction.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion en forme de question</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour conclure ici sur ces limites du possible de la fiction, je me poserai une question à laquelle je n’ai pas de réponse qui me satisfasse pour le moment.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons dit, en suivant Cassou-Noguès, que le champ du possible possédait une structure et des limites. Mais aussi que la fiction, comme une sorte de méthodes de variations imaginaires était un moyen intéressant pour explorer les limites de ce possible. Il me semble ainsi que pour le philosophe, c’est le critère de l’adhésion dans l’expérience fictionnelle qui va permettre ainsi de cerner les limites de ce domaine du possible.</p>
<p style="text-align: justify;">Ma question est alors au sujet de cette adhésion. Comment analyser cette adhésion ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je me suis demandé dans un premier temps s’il n’y aurait pas des variations subjectives, d’un sujet lecteur à l’autre, concernant l’adhésion à certaines fictions ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès prend ainsi l’exemple du chat qui s’efface dans Les Aventures d’<em>Alice au pays des merveilles</em>. « Voir un sourire sans un visage qui sourit me semble impossible, que ce soit moi qui assiste à la scène ou un autre personnage. C’est donc que je n’adhère pas à ce passage. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Puis, j’ai compris cependant qu’il veut poser que le possible qui l’intéresse n’est pas du ressort du sujet lecteur :</p>
<p style="text-align: justify;">« […] une conception du possible que je veux écarter : un possible déterminé dans une réflexion intérieure, indépendante de la narration elle-même et fixant des bornes pour celles-ci. »<a href="#_ftn15">[15]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Le possible qui l’intéresse doit donc être construit par un sujet qui appartient tout entier à la fiction. Et c’est ce sujet de la fiction qui imagine, et qui raconte au présent et en première personne.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme il le précise, « Je ne prétends pas cependant que la fonction de la littérature consiste à explorer le possible dans de telles fictions. Mes recherches ne portent pas sur la littérature. Elles visent seulement à aborder des problèmes philosophiques au moyen d’un certain genre de fictions. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais l’adhésion reste de quel côté. Du côté du sujet de la fiction ou du sujet-lecteur ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a quelque chose qui m’échappe donc pour le moment, et que je laisse en suspens…</p>
<p style="text-align: justify;">Si vous avez des remarques à ce sujet, n’hésitez donc pas.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.161.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 37</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Edmund Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie, Gallimard, p. 227</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jean-François Lyotard, <em>La phénoménologie</em>, PUF, 1954, p.11 et 12</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 38</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 38 et 39</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 40</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 41 à 43</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 43</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 44</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 44</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p.48</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p.48</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p.49</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p.50</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p.50</p>
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		<title>Notes sur « Une histoire de machines, de vampires et de fous » – Episode 3</title>
		<link>http://vincent-le-corre.fr/?p=774</link>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 14:14:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Alan Turing]]></category>
		<category><![CDATA[Emil Post]]></category>
		<category><![CDATA[imaginaire]]></category>
		<category><![CDATA[Kurt Gödel]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Cassou-Noguès]]></category>
		<category><![CDATA[science]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 15 septembre 2011.
On explorera ici l’imaginaire et son lien avec la science dans l'analyse qu'en produit Cassou-Noguès à partir de ses livres "Les démons de Gödel" et "Une histoire de machines, de vampires et de fous".]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Paris, le 15 septembre 2011.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Le concept d’imaginaire et son lien avec la science</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que Cassou-Noguès cherchait des modes d’analyse philosophique de nos positions de sujet. Rejouant d’une certaine manière le geste cartésien, il le transfert pourrait-on dire dans un espace fictionnel, censé donner ce qu’il appelle « le possible », qui serait la matière sur laquelle on peut philosopher, c’est-à-dire un ensemble de figures subjectives fictionnelles, sur lesquelles, ou plutôt à l’intérieur desquelles il va analyser notre rapport à la réalité, comment nous nous représentons nous-mêmes, les autres, comment nous tentons de faire avec le fait que, spontanément, nous nous pensons comme à la fois des corps et des esprits. Sachant finalement, que la structure imaginaire, autrement dit les figures que nous pouvons convoquer pour nous penser, ne sont plus les mêmes qu’à l’âge classique par exemple. Et c’est vers ce dernier point que j’aimerais avancer.</p>
<p style="text-align: justify;">« La méthode est une analyse de l’imaginaire intérieure à l’imaginaire. Il s’agit de jouer sur les images, d’utiliser leurs ressorts propres, dans la fiction par conséquent, pour mettre en lumière leur structure.»<a href="#_ftn1">[1]</a> Le concept d’imaginaire auquel fait référence Cassou-Noguès est nous dit-il, emprunté à Bachelard. Il s’en explique dans les « compléments » dans son livre <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, et qui sont deux textes d’une autre facture, plus classique, placés après la fiction.</p>
<p style="text-align: justify;">« […] nous dirons que l’imaginaire est en mouvement et se transforme avec les techniques, la littérature et les sciences. A chaque époque, il y a des images qui viennent de la littérature et entrent dans les sciences, des images sur lesquelles les sciences s’appuient et dont elles ne se détachent pas mais qu’elles ne font que transformer. Prenons l’exemple des machines de Turing. […] avec le texte de Turing, l’image de la machine, déjà présente dans littérature et de façon plus diffuse dans d’autres textes logiques, dès Frege, prend une portée à l’intérieur même de la science. […] ici la ‘machine’, le caractère ‘mécanique’, intervient bien comme une image, qui prends son sens d’elle-même, un sens irréfléchi. Il y a bien sûr une description rigoureuse des machines de Turing, un concept si l’on veut. Mais celui-ci ne se dessine qu’<em>a posteriori</em>. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Cassou-Noguès, l’article de Turing finit même par nous donner une définition de la calculabilité comme « résultat logique fondé dans l’imaginaire. »<a href="#_ftn3">[3]</a><strong><em> </em></strong>Vous pouvez lire sur Turing <strong><em><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=444">ici</a>.<br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">« La thèse de Turing s&#8217;appuie sur cette comparaison raisonnée mais elle s&#8217;appuie également sur l&#8217;image de la machine. Les textes logiques qui précèdent Turing, les textes de Frege, von Neumann, Gödel, qualifient en un sens vague les procédures calculables, ou formelles, de « mécaniques ». Il y a aussi toute une littérature qui, depuis le XIXe siècle, associe la notion de raisonnement à celle de machine. <span style="text-decoration: underline;">Ce sont des images diffuses que Turing fixe dans un concept logique</span>. La thèse de Turing ne peut avoir lieu que dans un contexte qui fait déjà place à l&#8217;idée de machine. L&#8217;article de 1937 ne peut voir le jour que dans une société qui utilise des machines et des machines, qui, comme les métiers à tisser Jacquart dont s&#8217;inspire Babbage, peuvent être programmées, c&#8217;est-à-dire peuvent réaliser différentes tâches selon les instructions qu&#8217;on leur donne. <span style="text-decoration: underline;">Ces machines sont d&#8217;abord passées dans la littérature et Turing les a introduites en logique.</span> »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, nous avons bien affaire à une sorte de construction fictionnelle dans laquelle le lecteur est invité à se promener et où les éléments qui construisent le monde décrit lui paraissent plausibles, crédibles, quand bien même ils ressortent d’un espace fictionnel. Car selon Cassou-Noguès, ni la philosophie, ni les sciences ne sont imperméables à l’imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Il précise cette thèse, et cherche à mieux la cerner dans « le livre complément » à <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, <em>Les démons de Gödel</em>, où il montre comment Gödel lui-même a cherché à « extrapoler » sur ses propres résultats en logique, d’une manière qui pourrait d’ailleurs tomber sous le coup de la fameuse accusation des Sokal et Bricmont.<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il décrit ainsi l’autre face de son exploration dans <em>Les démons de Gödel : </em>« Le problème qui m&#8217;occupe est de savoir ce que l&#8217;on peut légitimement tirer d&#8217;un énoncé scientifique. […] Ma thèse, de façon très générale, serait que les énoncés scientifiques sont toujours pris dans un contexte qui leur donne une signification plus large que leur simple usage dans la théorie à laquelle ils appartiennent. Il n&#8217;y a pas de science, et il n&#8217;y a pas de logique sans un tel contexte. »<a href="#_ftn6">[6]</a> On a donc, avec <em>Les démons de Gödel </em>, un livre qui explore comment un des scientifiques les éminents du 20<sup>ème</sup> siècle a cherché à « extrapoler » ses résultats, pour s’interroger sur ces rapports, houleux parfois, entre les résultats scientifiques, et le contexte, en partie imaginaire, dans lequel ils s’inscrivent.</p>
<p style="text-align: justify;">« […] la discussion sur la légitimité d&#8217;une interprétation philosophique est elle-même philosophique et doit porter sur le contexte, les principes extrascientifiques qui sont associés à l&#8217;énoncé scientifique : leur validité ou, dans le cas de Gödel, leur pertinence. On peut bien relever des erreurs chez les philosophes mais l&#8217;existence d&#8217;un contexte et, par conséquent, l&#8217;interprétation extrascientifique des théories scientifiques, qui leur donne un sens plus large que leur usage technique, est intrinsèque à la visée des sciences. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès insiste donc sur le fait, que Turing et Gödel par exemple, logiciens exemplaires, d’une part utilisent en quelque sorte des ressources imaginaires pour asseoir leurs démonstrations logiques, et d’autre part, avec l’exemple du travail philosophique de Gödel, cherchent eux-mêmes à donner un sens plus large à leurs découvertes scientifiques. C’est pour cette raison qu’il s’est intéressé au travail philosophique de Gödel, et qu’il tente dans <em>Les démons de Gödel </em> d’articuler l’analyse proprement logique et mathématique, à l’analyse de la structure de l’imaginaire. Alors qu’il tente dans <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em> de partir de la fiction et de philosopher à l’intérieur même de l’imaginaire, en faisant varier certaines propriétés aux limites du possible, afin d’éclairer nos figures subjectives.</p>
<p style="text-align: justify;">Il précise cependant que l’imaginaire dont il parle n’est pas à rapporter à l’imaginaire défini par Lacan, mais plutôt aux images de la littérature, aux images portées par une sorte d’imaginaire collectif d’une époque.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je parle d&#8217;un contexte imaginaire dans la mesure où ces « images », ces « peurs » ou, disons, ces thèmes diffus dans la vie et l&#8217;oeuvre du logicien sont de l&#8217;ordre de ceux qui, lorsqu&#8217;ils sont collectifs et non simplement individuels, s&#8217;expriment avant tout dans la littérature. J&#8217;emploie donc le terme « imaginaire » en un sens vague (qui ne recoupe pas la distinction lacanienne entre le symbolique et l&#8217;imaginaire). »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le travail des logiciens serait donc « fondé » dans ce contexte imaginaire d’une époque. Mais en quel sens exactement ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le problème pour Cassou-Noguès serait que ce contexte imaginaire est particulièrement difficile à cerner tant nous en sommes imprégnés. L’intérêt du travail philosophique de Gödel qui « grossirait » en quelque sorte les images utilisées dans son travail purement logique, serait de présenter un imaginaire si décalé par rapport aux images qui nous sont familières qu’il nous apparaitrait en retour plus « visible », plus manifeste.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il faut admettre que notre logique s&#8217;enracine également dans un imaginaire mais que nous ne voyons pas ces images comme telles, précisément parce que nous les utilisons, nous les associons aux notions logiques à ce point que nous les confondons avec elles. En fait, l&#8217;imaginaire de notre logique ne peut se montrer que négativement par le rapport ambigu des logiciens « fous » à nos images auxquels ils n&#8217;adhèrent pas totalement. Leur « folie » vient de ce que l&#8217;imaginaire qui sous-tend leur logique comme leur philosophie est décalé par rapport à notre imaginaire ou, pour reprendre l&#8217;expression de Gödel,  l&#8217;imaginaire de l&#8217;esprit du temps : décalé et, manifestement, moins solide. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cette position quant au travail logique permet également de montrer pourquoi certaines inventions, certaines découvertes sont retenues dans l’histoire de telle ou telle science, ici en logique. Car Turing ne fut pas le seul logicien à proposer certaines définitions du calcul. Un autre logicien comme Emil Post en avait également proposé une autre, une définition qui empruntait à l’image du travailleur à la chaîne. Mais ce furent les machines de Turing qui l’emportèrent. Cassou-Noguès en conclue que l’imaginaire joue là un rôle important, un rôle de sélection des définitions théoriques.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour conclure sur la relation entre les théories scientifiques et le contexte imaginaire de leur époque, Cassou-Noguès pense cette articulation comme une « détermination par un écho imaginaire » qui viendrait orienter les intérêts des logiciens ou des mathématiciens, vers telle ou telle recherche. Ces recherches permettant en conséquence de répondre à des questions de l’époque qui dépassent le cadre des théories scientifiques elles-mêmes. Ces questions de l’époque étant par ailleurs travaillées dans la littérature qui accompagne chaque époque.</p>
<p style="text-align: justify;">« La thèse qui m&#8217;occupe actuellement est plus faible que celle à laquelle l&#8217;exemple de la calculabilité pouvait me conduire dans <em>Les démons de Gödel</em>. Il serait en effet impossible de soutenir, de façon générale, que les principes d&#8217;une théorie, comme les axiomes de la théorie des ensembles, sont déterminés en référence à un contexte imaginaire. Ma thèse serait plutôt que l&#8217;intérêt des notions et, par conséquent, les directions du travail des mathématiciens (les mathématiciens ne s&#8217;intéressent pas à toutes les notions ou ne cherchent pas à démontrer tous les théorèmes mais seulement des théorèmes « intéressants ») sont déterminés par un écho imaginaire : par ceci que ces notions, ces énoncés reprennent une préoccupation plus large et que l&#8217;on rencontre avant tout dans la littérature. Il s&#8217;agirait d&#8217;étudier cette thèse sur différents domaines mathématiques et, par exemple, la théorie des ensembles. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour le philosophe, notre fascination pour la machine, pour l’idée d’être des machines viendrait ainsi par exemple orienter l’idée de validation de théorèmes en logique.</p>
<p style="text-align: justify;">« Ainsi, la notion de machine de Turing se trouve fixer le mode de validation des énoncés mathématiques et, par là, ancrer à nouveau les mathématiques dans l&#8217;imaginaire. La question, au fond, serait de savoir pourquoi nous voulons qu&#8217;un théorème puisse être déduit mécaniquement de la théorie des ensembles. Et une réponse serait parce que nous sommes fascinés par l&#8217;image de machine, ou l&#8217;idée d&#8217;être des machines. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.157.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.159-160.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.160.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <a href="http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html">http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> « L&#8217;unité entre ‘folie’, philosophie et logique pose alors au moins deux problèmes. Le premier concerne l&#8217;interprétation de la logique. Que peut-on faire dire à un théorème logique ?  On connaît la dénonciation – par A. Sokal et J. Bricmont dans les <em>Impostures intellectuelles</em>, par J. Bouveresse également dans son livre sur Gödel,<em> Vertiges et prodiges de l&#8217;analogie – </em>des usages de concepts, ou d&#8217;énoncés scientifiques en philosophie. Or il se trouve d&#8217;abord que Gödel emploie par avance le terme même que J. Bouveresse stigmatise, « l&#8217;extrapolation ». La philosophie, pour Gödel, est tirée d&#8217;une « extrapolation » de la science : une extrapolation, c&#8217;est-à-dire non pas une lecture rigoureuse et stricte des énoncés scientifiques mais bien une interprétation qui dégage des idées, des tendances dans les théories actuelles et les prolonge au-delà de ce que celles-ci montrent. […]  Certaines rejoignent d&#8217;assez près les conclusions des auteurs que critiquent J. Bouveresse ou A. Sokal et J. Bricmont. Ainsi, Gödel a une interprétation politique de son théorème d&#8217;incomplétude qui n&#8217;est pas sans rappeler celle de R. Debray »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6] </a><a href="http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html">http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> <a href="http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html">http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> <a href="http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html">http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> <a href="http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html">http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10] </a><a href="http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html">http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> <a href="http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html">http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html</a></p>
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		<title>Notes sur « Une histoire de machines, de vampires et de fous » – Episode 2</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Sep 2011 09:17:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[H.G. Wells]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de la folie à l’âge classique]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques Derrida]]></category>
		<category><![CDATA[L'écriture et la différence]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Foucault]]></category>
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		<category><![CDATA[Pierre Cassou-Noguès]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, le 5 septembre 2011.
Tentons d'avancer sur le livre « Une histoire de machines, de vampires et de fous », en notant ses références aux méditations cartésiennes, et en cherchant à cerner la méthode employée par le philosophe.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Paris, le 5 septembre 2011.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Une analyse philosophique du « possible » à travers la fiction, conçue précisément comme mode de donation de ce possible.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans un article « Projet d’une philosophie extra-ordinaire », Cassou-Nogès discute de sa recherche autour de la philosophie et de la fiction. il y écrit :</p>
<p style="text-align: justify;">« Le but de cet article est de discuter d&#8217;une méthode philosophique, une façon de faire de la philosophie, fondée sur la fiction narrative. J&#8217;entends par fiction, ou fiction narrative, une histoire que l&#8217;on raconte : une histoire qui peut être développée dans un roman de plusieurs volumes  aussi bien qu&#8217;esquissée en quelques mots, une histoire qui peut être écrite mais peut aussi passer par l&#8217;image, comme au cinéma. Le terme est donc vague. Je veux distinguer la fiction, en ce sens, d&#8217;une imagination qui serait intérieure. La fiction se raconte et s&#8217;adresse à un lecteur, un spectateur, qui peut y adhérer ou non. Et je veux d&#8217;autre part distinguer la fiction du récit en ce qu’un récit peut se vouloir véridique – le récit de tel événement dans le journal –, ce qui n&#8217;importe pas dans la fiction, et en ce que le récit est construit alors que la fiction peut rester à l&#8217;état d&#8217;esquisse – une phrase dans un texte de philosophie visant à donner un exemple. » <a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès cherche donc à distinguer ce qu’il entend par « fiction », d’une part en la séparant de l’imagination, qu’il pense « intérieure » (on pourrait dire du fantasme ? De la rêverie diurne), et d’autre part du récit, qu’il pense finalement comme trop « construit », ou potentiellement « véridique ». Aussi, la fiction dans son cas, c’est simplement « une histoire que l’on raconte ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il ajoute :</p>
<p style="text-align: justify;">« Sans doute, la fiction, que ce soit le récit d&#8217;une situation comme celle de la honte dans <em>L&#8217;être et le néant</em> ou une expérience de pensée, comme celles de D. Parfit dans <em>Reasons and Persons</em>, peut toujours intervenir en philosophie. Mais il s&#8217;agit ici de réfléchir sur ce recours à la fiction ou d&#8217;en rendre l&#8217;usage explicite, systématique et de le fonder. <span style="text-decoration: underline;">Mon hypothèse est que la fiction est le mode de donation du possible tel que l&#8217;exige l&#8217;analyse philosophique.</span> »<a href="#_ftn2">[2]</a> [ C’est moi qui souligne]</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Méditations cartésiennes ou gödeliennes ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On peut rapprocher le livre de Cassou-Noguès « Une histoire de machines, de vampires et de fous » des méditations cartésiennes. Le livre est en effet composé de six séquences, répertoriées à la fin de l’ouvrage comme « Méditations ». Pierre Macherey, autre philosophe, parle même d’utilisation du genre pastiche, dans un texte où il analyse les deux livres en même temps<a href="#_ftn3">[3]</a>. Il rappelle également le débat Foucault/Derrida au sujet de l’argument du rêve confronté à celui de la folie chez Descartes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour rappel, Foucault avait écrit dans son ouvrage fameux sur l<em>‘Histoire de la folie</em> tiré de sa thèse soutenue en mai 1961 (<em>Folie et déraison &#8211; Histoire de la folie à l’âge classique, </em>publiée en 1961) un chapitre intitulé « Le grand renfermement ». Ce chapitre qui retraçait donc ce qu’il appelait Le Grand Renfermement du 17<sup>ème</sup> siècle, commençait par un paragraphe sur Descartes où la première méditation (et son fameux passage qui finit par « Mais quoi ? ce sont des fous ; et je serais pas moins extravagant, si je me réglais sur leurs exemples ») de ce dernier étaient interprétée comme le signe du mouvement de cette époque qui aurait donc consisté en l’exclusion de la folie afin d’asseoir la domination de la raison.<a href="#_ftn4">[4]</a> Derrida avait répondu à Foucault dans une conférence prononcée en mars 1963 au collège philosophique de Jean Wahl, ayant pour titre « Cogito et histoire de la folie »<a href="#_ftn5">[5]</a>, où il remettait en cause l’interprétation de son ami de ce passage de Descartes sur la folie ainsi que son incidence sur l’interprétation du Cogito. La querelle éclatera quelques années plus tard lorsque Foucault publiera une seconde édition de son livre avec une réponse cinglante adressée à Derrida. Mais laissons cela de côté…</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir au livre de Cassou-Noguès « Une histoire de machines, de vampires et de fous », et à son sous-texte cartésien, Cassou-Noguès emploie régulièrement cet  argument du rêve confronté à celui de la folie, ainsi que la réflexion de Descartes (un peu comme Beckett dans <em>L’innommable</em> d’ailleurs) au sujet des gens passant dans la rue, qu’il aperçoit depuis sa fenêtre et à propos desquels ils s’interrogent, s’agit-il d’humains ou bien d’automates déguisés ?</p>
<p style="text-align: justify;">Macherey résume la démarche de Cassou-Noguès ainsi :</p>
<p style="text-align: justify;">« Les problèmes qui l’ont intéressé sont ceux-là mêmes que Descartes avait traités, à savoir principalement : la réalité du monde, l’appréhension que je peux avoir de ma propre identité, l’union de l’âme et du corps. Cependant, l’objectif de P. Cassou-Noguès n’est pas de refaire à l’identique le parcours effectué par Descartes dans ses <em>Méditations Métaphysiques</em>, en le transposant dans un autre langage, qui serait celui de la fiction, mais au contraire de <span style="text-decoration: underline;">montrer que, depuis Descartes, la donne a changé pour ce qui concerne la manière de poser les problèmes fondamentaux qui viennent d’être évoqués, ce dont le symptôme est fourni par la structure de notre imaginaire, c’est-à-dire de l’ensemble des figures par l’intermédiaire desquelles nous nous représentons la réalité, notre position à l’intérieur de celle-ci en tant que sujets, et nous-mêmes en tant que nous sommes à la fois des esprits et des corps : cette structure n’est plus du tout la même qu’à l’époque classique, et c’est ce changement que cherche à mettre en évidence le parcours fictif retracé dans <em>Une histoire de vampires, de machines et de fous</em>.</span> »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès écrivait une sorte de journal biographique, une sorte de portrait de Gödel associant éléments personnels, recherche en logique et en philosophie, au moment même où il écrivait ce texte fictionnel « Une histoire de machines… ».</p>
<p style="text-align: justify;">« […] la lecture des textes et, en particulier, la lecture du journal philosophique que Gödel a tenu pour l&#8217;essentiel entre 1940 et 1946, permet de saisir certains aspects du monde du logicien et de l&#8217;unité qui semble lier son travail logique, ses recherches philosophiques et, disons, ses troubles dans la vie quotidienne. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est finalement une sorte de fiction (qu’il définit finalement comme juste « une histoire qu&#8217;on raconte ») où les arguments sont employés certes différemment d’un écrit philosophique traditionnel, mais où l’objectif reste le même. Seule la méthode change.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>La méthode ? Quelle méthode ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cassou-Noguès travaille ainsi cette notion de <em>possible</em> : « L&#8217;analyse philosophique ne peut pas se passer d&#8217;une référence au possible […] La façon même dont le philosophe décrit l&#8217;expérience, les caractères qu&#8217;il mentionne, les situations auxquelles il s&#8217;intéresse, sont déterminés par la considération du possible, qui fait ressortir des caractères contingents, lesquels pourraient être autrement, et des caractères essentiels, qui subsistent dans toute variation possible. L&#8217;expérience telle que l&#8217;envisage le philosophe est entourée d&#8217;un halo de possibles et structurée par ces possibles. »<a href="#_ftn8">[8]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il pose que précisément, le travail du philosophe qui est un travail conceptuel sur ce <em>possible</em>, peut se faire sur la fiction en tant que c’est elle qui nous donnerait le possible.</p>
<p style="text-align: justify;">« Mon hypothèse est maintenant que ce possible qu&#8217;exige l&#8217;analyse philosophique est donné par la fiction, par les histoires, les récits si l&#8217;on veut, que le philosophe trouve dans la littérature ou qu&#8217;il tente pour lui-même. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Cassou-Noguès, c’est donc la fiction qui détermine le possible : « Est possible un être, une situation, évoqué dans une fiction à laquelle on adhère. Je ne veux pas parler de ‘croyance’ parce que l’on ne ‘croit’ pas littéralement aux histoires bizarres que l’on peut lire […] on suit cette histoire, à laquelle on ne croit pas, jusqu’à même s’identifier à des personnages dont l’expérience n’est pas identique à la nôtre. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cette idée d’adhésion à une histoire, sans croyance véritable à celle-ci, comme à un véritable récit qui serait censé relater une expérience, me rappelle l’énoncé fameux d’Octave Mannoni « Je sais bien, mais quand même… », titre d’un article<a href="#_ftn11">[11]</a> sur la notion de <em>Verleugnung</em> chez Freud, traduit en français par déni. Pourrait-elle nous être utile pour saisir ce concept de possible ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je sais bien qu’il n’existe pas d’hommes invisibles, mais quand même, l’histoire que je lis, le film que je regarde me parait plausible… D’ailleurs, lorsque quelque chose nous apparaît comme impossible, nous nous en apercevons. Cassou-Noguès prend pour exemple, Griffin, le personnage de H. G. Wells, dans son roman<em> L&#8217;homme invisible</em>. Et pose ainsi la question :</p>
<p style="text-align: justify;">« Puis-je imaginer, par analogie, toucher tout en restant intouchable ? Toucher l&#8217;épaule ou la main d&#8217;un passant sans que celui-ci puisse en retour sentir ma main, comme Griffin observe les gens dans les rues de Londres sans que ceux-ci puissent le voir. Admettons que, devenu un homme intangible, ou un homme « au corps subtil », je veuille serrer la main d&#8217;un ami. Je prendrais sa main dans la mienne, je serrerais sa main, sans que lui puisse sentir ma main dans la sienne ? Je ne vois pas comment cela serait possible. Je ne peux pas l&#8217;imaginer. »<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire que l’on suit avec intérêt nous paraît donc possible sur un certain plan, tout en restant impossible sur un autre, celui du monde actuel. L’expérience relatée dans la fiction est donc possible « au sens où cette situation, cette expérience, est une variante de la nôtre et une variante qu’il faut donc prendre en compte dans l’analyse de ce qu’est l’expérience en général. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais pourquoi donc agrandir encore l’expérience pour ensuite tenter de l’analyser ? Il semble que si l’on suit Cassou-Noguès, dont le projet philosophique est d’essayer précisément d’analyser « la subjectivité et son incarnation »<a href="#_ftn14">[14]</a>, nous ayons justement besoin de l’imaginaire, de ces possibles, des différents mondes possibles, et donc des différentes variantes de ces mondes. Nous aurions besoin (ou disons que cela nous faciliterait la tâche) d’introduire « les être bizarres de la science-fiction et de la littérature fantastique »<a href="#_ftn15">[15]</a>, afin d’avancer dans l’exploration des possibles incarnations de nos subjectivités, à l&#8217;ère des &laquo;&nbsp;machines mentales&nbsp;&raquo;&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
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<p style="text-align: justify;">
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<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Pierre Cassou-Noguès, « Projet d’une philosophie extra-ordinaire », Revue <em>Methodos</em>, numéro « Penser la fiction »,  <a href="http://methodos.revues.org/2328">http://methodos.revues.org/2328</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Pierre Cassou-Noguès, « Projet d’une philosophie extra-ordinaire », Revue <em>Methodos</em>, numéro « Penser la fiction »,  <a href="http://methodos.revues.org/2328">http://methodos.revues.org/2328</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> <a href="http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/macherey12032008_Cassou.html">http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/macherey12032008_Cassou.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> « La Folie dont la Renaissance vient de libérer les voix, mais dont elle a maîtrisé déjà la violence, l’âge classique va la réduire au silence par un étrange coup de force. Dans le cheminement du doute, Descartes rencontre la folie à côté du rêve et de toutes les formes d’erreur. Cette possibilité d’être fou, ne risque-r-elle pas de le déposséder de son propre corps, comme le monde du dehors peut s’esquiver dans l’erreur, ou la conscience de s’endormir dans le rêve ? », Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Gallimard, 1972, p. 67.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Reprise dans <em>L&#8217;Écriture et la Différence</em>, éd. du Seuil, « Points Essais », 1967, p. 51-97</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <a href="http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/macherey12032008_Cassou.html">http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/macherey12032008_Cassou.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Pierre Cassou-Noguès, <em>Présentation des Démons de Gödel</em>, <a href="http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html">http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20072008/Cassou_reponseamacherey13032008.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Pierre Cassou-Noguès, « Projet d’une philosophie extra-ordinaire », Revue <em>Methodos</em>, numéro « Penser la fiction »,  <a href="http://methodos.revues.org/2328">http://methodos.revues.org/2328</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Pierre Cassou-Noguès, « Projet d’une philosophie extra-ordinaire », Revue <em>Methodos</em>, numéro « Penser la fiction »,  <a href="http://methodos.revues.org/2328">http://methodos.revues.org/2328</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 34 et 35</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Octave Mannoni, « Je sais bien, mais quand même », in <em>Clefs pour l’imaginaire</em>, Seuil, 1969.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Pierre Cassou-Noguès, « Projet d’une philosophie extra-ordinaire », Revue <em>Methodos</em>, numéro « Penser la fiction »,  <a href="http://methodos.revues.org/2328">http://methodos.revues.org/2328</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 35</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 35</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Mon zombie et moi</em>,<em> la philosophie comme fiction</em>, Seuil, 2010, p. 35</p>
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		<title>Notes sur « Une histoire de machines, de vampires et de fous » &#8211; Episode 1</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Sep 2011 14:54:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Alan Turing]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, le 1 septembre 2011. Le livre : « Une histoire de machines, de vampires et de fous » L&#8217;auteur : Pierre Cassou-Noguès est né en 1971, il est philosophe et chercheur au CNRS. Il enseigne à l’université Lille III. Il a travaillé en philosophie des sciences et s’intéresse actuellement aux rapports entre science et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Paris, le 1 septembre 2011.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le livre : « Une histoire de machines, de vampires et de fous »</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;auteur : Pierre Cassou-Noguès est né en 1971, il est philosophe et chercheur au CNRS. Il enseigne à l’université Lille III. Il a travaillé en philosophie des  sciences et s’intéresse actuellement aux rapports entre science et  littérature notamment autour du thème de la machine.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>L’insolite au détour d’une rencontre…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un homme rencontre une femme dans un bar. Il la suit, et va prendre un verre chez elle. Quoi de plus ordinaire, si ce n’est que…</p>
<p style="text-align: justify;">L’insolite est la rupture, l’échappée hors de l’ordre des choses, « qui, en conséquence, étonne, déconcerte, surprend […] » et échappe « au banal, à l’ordinaire», mais aussi au spectaculaire<a href="#_ftn1">[1]</a>. C’est « l’intrusion dans l’univers banal d’une réalité située sur un plan différent »<a href="#_ftn2">[2]</a>. Dans cet essai de philosophie-fiction, l’entrée dans l’insolite commence par une morsure.</p>
<p style="text-align: justify;">Car la femme est un vampire… d’un genre un peu spécial. Ceci n’étant que le début d’une aventure un peu spéciale pour ce pauvre homme. En effet cette morsure aura un effet étrange.</p>
<p style="text-align: justify;">On s’écarte donc ici du mythe traditionnel du vampire, et on va commencer à cheminer « phénoménologiquement ».</p>
<p style="text-align: justify;">« […] c’est comme cela que j’explique que ce vampire, en réduisant mon corps n’ait laissé de moi qu’une image. […] La morsure du vampire a eu ceci d’étrange qu’elle a défait mon corps sans interrompre mon existence. Celle-ci s’est seulement repliée sur l’autre terme, l’image, qui accompagnait ma vie corporelle. Déplacée dans un autre corps, un corps en peinture.»<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cette morsure a donc eu l’effet suivant. L’homme se retrouve dans un tableau incarné dans le corps, vide, d’un homme peint sur une toile. Et c’est à partir de cette situation, peu banale, que Cassou-Noguès va s’amuser littéralement à essayer de décrire ce que peut vivre cet homme, dans sa nouvelle condition, et par là interroger la façon dont nous vivons au quotidien le fait d’être nous-mêmes incarnés dans un corps physique.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il me semble évident que le corps, dans l’existence humaine, se vit d’abord de l’intérieur. C’est une sorte de lieu obscur, sans lumière et peuplé d’une multitude de sensations […] »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce qu’une existence lorsqu’on a un corps vivant, fait d’organe et de fluides, ou plutôt, comment peut-on décrire, de l’intérieur, le fait de vivre dans un corps qui possède un intérieur ? Telle est la question de départ de Cassou-Noguès, qui va, de questionnements en interrogations, et telle une enquête policière (Sherlock Holmes fera partie des figures littéraires convoquées d’ailleurs), emprunter le chemin de l’imaginaire pour justement explorer les méandres de ce dernier.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment savons-nous que ce corps est bien le nôtre ? Que ce visage dans la glace est le nôtre ? Sachant qu’ « il n’y a pas de rapport immédiat entre ce que je vis de l’intérieur, ce corps morcelé par des sensations différentes, et cette image que je saisis dans le miroir. »<a href="#_ftn5">[5]</a> On pense ici évidemment au stade du miroir de Lacan, que Cassou-Noguès dramatise au travers de cette fiction d’un homme peint, et pourtant toujours vivant, à travers laquelle il cherche à nous montrer combien l’identification à des images est au cœur de notre subjectivité.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’irai pas plus loin dans la description de sa fiction, et vous laisse le soin d’y goûter par vous-mêmes. Les références, tant à la littérature, qu’aux mathématiques et à la logique, y sont nombreuses et hétéroclites. Elles vont de Borgès, Conan Doyle, ou encore le film <em>Matrix</em>, en passant par Turing, Lacan donc, mais aussi Gödel, dont Cassou-Noguès écrivait une biographie au moment même où il écrivit ce texte fictionnel : <em>Les démons de Gödel, logique et folie<a href="#_ftn6"><strong>[6]</strong></a></em>. Ces deux écrits, quoique de constructions fort différentes, forment en effet une sorte de diptyque.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On continuera plus tard sur « la méthode » et la thèse de ce livre de philosophie-fiction…</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> <em>insolitus</em> provient du participe <em>solere </em>qui désigne la coutume de faire quelque chose, l’être habituel. <a href="http://recherches.en.esthetique.cereap.pagesperso-orange.fr/revue_16.htm">Editorial de la revue  &laquo;&nbsp;Recherches en Esthétique&nbsp;&raquo; sur le thème de l&#8217;insotlite</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> <em>Vocabulaire d’esthétique</em>, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 1999, p. 889.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.16.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.14.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Pierre Cassou-Noguès, <em>Une histoire de machines, de vampires et de fous</em>, Vrin, 2007, p.15.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Pierre Cassou-Noguès<em>, Les démons de Gödel, logique et folie</em>, Seuil, 2007.</p>
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		<title>Alan Turing, sur les traces de l’IA : Episode 7</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Aug 2011 13:11:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<category><![CDATA[consistance]]></category>
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		<description><![CDATA[Je voudrais tenter ici d'avancer quant au programme de Hilbert, et les questions qui en découlent : consistance, complétude et surtout la question de la décidabilité qui va se trouver liée à celle de calculabilité. Encore un fois, je m’excuse d’emblée de mes propres lacunes en mathématiques.
Paris, le 22/08/2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: justify;">Le contexte de l’article de 1936 « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision »</h3>
<p>Paris, le 22/08/2011</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cet épisode, on va essayer d’avancer vers l’article de 1936, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision »<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">(Je me rends compte par ailleurs que plus j’essaie &laquo;&nbsp;d’avancer&nbsp;&raquo; vers cet article, plus j’ai l’impression d’être Achille tentant de rattraper la tortue…)</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce faire, je voudrais revenir sur ce que j’ai écrit précédemment. Car en relisant ma précédente présentation du programme de Hilbert, je me suis rendu compte qu’il était aisé de finir par la concevoir de façon simplifiée.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai écrit que ce que l’on nomme <em>consistance</em> de l’axiomatique formelle c’est le fait qu’aucune formule contradictoire ne peut y être engendrée à partir des axiomes.</p>
<p style="text-align: justify;">Et il est vrai que, à certains moments, Hilbert a distingué deux activités, celle du mathématicien, qui raisonne principalement sur des signes, en excluant la signification, et celle du métamathématicien, qui, cette fois, réintroduit le contenu, autrement dit, le sens. « Dans cette métamathématique, à l’opposé de ce qui se fait dans les procédés de raisonnement purement formels de la mathématique proprement dite, on applique un raisonnement doué de contenu, et cela pour établir la consistance des axiomes. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais, comme l’écrit Girard, « Une simplification outrancière du point de vue de Hilbert nous donne : les mathématiques sont une activité purement formelle, sans plus de signification que le jeu d’échecs. Pour démontrer, nous utilisons des axiomes et de la logique, mais notre intuition de ces entités est douteuse. Il faut donc <em>objectiver</em> ce qui se passe, en se contentant d’analyser le <em>jeu formel</em> de signes sous-jacent, de façon à démontrer sa <em>consistance</em> c’est-à-dire le fait qu’il ne mène pas à contradiction. Cette formulation sombre immédiatement dans le ridicule : il serait en effet absurde de dire d’une part que les énoncés mathématiques n’ont aucun sens, pour d’autre part mettre l’accent sur la propriété métamathématique de consistance, qui est aussi un énoncé mathématique. »<a href="#_ftn3">[3]</a> Ainsi, Hilbert ne faisait que séparer de manière rigoureuse deux façons de raisonner, selon que l’on raisonnait <em>dans</em> le système, ou <em>sur</em> le système des mathématiques. Mais il est impossible d’évacuer au final l’intuition et le sens des mathématiques, y compris dans la conception hilbertienne de ces derniers.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Consistance et complétude</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une autre formulation de la <em>consistance</em> pourrait être de dire qu’un système formel est <em>consistant</em> si, de deux formules contradictoires, A et ­­­­­­­­­non-A, <em>l’une au moins</em> <em>n’est pas démontrable</em>, et qu’il n’est donc pas possible de prouver A et non-A simultanément dans ce système.</p>
<p style="text-align: justify;">Une autre formulation de la <em>complétude</em> serait alors de dire qu’un système formel est <em>complet</em> si, de deux formules contradictoires, A et non-A, <em>l’une au moins est démontrable</em>, et qu’il est alors nécessaire de pouvoir prouver ou A, ou non-A, dans ce système.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons-nous qu’en 1900 Hilbert avait soumis aux mathématiciens 23 problèmes. Gottlob Frege (avec qui Hilbert avait correspondu et était justement en opposition sur la nature de ce qu’était un axiome) s’était attaqué aux fondements des mathématiques dans son livre homonyme de 1884. Il abordait le problème d’un point de vue logique, et pour lui, « l’arithmétique découlait des relations logiques entre les entités de ce monde, et dont la consistance était assurée par une relation avec la réalité. »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le second problème de Hilbert portait sur cette même <em>consistance</em> des « axiomes de Peano » dont il faisait dépendre toute la rigueur des mathématiques. On pourrait dire que la préhistoire de la <em>métamathématique</em> de Hilbert était en effet une reprise de l’axiomatique telle qu’elle avait été proposée par Euclide, puis une autre reprise portant cette fois sur la tentative de fonder l’objet nombre de manière mathématique.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une autre orientation, Bertrand Russel avait introduit l’idée d’ensemble dans l’orientation théorique ouverte par Frege, notamment avec sa tentative de définir le nombre UN, comme « l’ensemble de tous les ensembles à un élément »<a href="#_ftn5">[5]</a>. Mais l’on connait les paradoxes qui surgissent lorsqu’on manipule ces ensembles de tous les ensembles… Russel et Alfred North Whithead (1861 – 1947) travaillèrent longuement sur leur <em>Principia Mathematica</em>, précisément pour élaborer certaines solutions inhérentes à l’utilisation des ensembles dans ce cadre. Il en ressortit ce que l’on appelle « la théorie des types », qui sera critiquée par Wittgenstein par ailleurs dans ses travaux de logique. Pour tente d’éviter de faire surgir ces paradoxes, Russel et Whitehead définissaient des types d’ensembles. Turing s’intéressa par ailleurs à « L’introduction à la philosophie mathématique » de Russel.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais c’est en 1928, alors que le programme de Hilbert était à son apogée, lors du congrès de Bologne, que Hilbert signala « quatre problèmes encore à résoudre et demandait en particulier de démontrer : la complétude sémantique du calcul des prédicats, la consistance et la complétude syntactiques de l’arithmétique formelle. »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">En 1930, le jeune logicien viennois Gödel apportera une réponse positive à la complétude sémantique du calcul des prédicats. Mais il allait par contre l’année suivante mettre un coup d’arrêt à l’optimisme du programme de Hilbert, en montrant les limites de la formalisation dans un mémoire devenu célèbre, et qui allait tracer la voie à des recherches sur l’indécidabilité. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Sautons quelques années pour nous retrouver fin 1933. Sur la scène mondiale, la montée du nazisme provoque l’exil de nombreux scientifiques vers l’Angleterre et les Etats-Unis. C’est alors le déclin de la fameuse université de Göttingen, le fief de Hilbert. Einstein émigre vers Princeton. Von Neumann part également pour les Etats-Unis. Turing, sans être directement politisé, a des affinités avec le mouvement anti-fasciste. Il passe ses examens, et ses résultats lui valent une bourse de recherche au King’s College de Cambridge. Ainsi, en novembre 1934, il termine son mémoire et en mars 1935, il est reçu premier de son année. A 22 ans, il obtient alors une bourse de 300 livres par an, pendant 3 ans. Et au même moment, il publie son premier article dans le <em>London Mathematical Society</em>. « Il s’agissait d’une petite découverte touchant à la théorie des groupes, qu’il annonça le 4 avril à Philip Hall […] », qui est un spécialiste de la théorie des groupes. « Les recherches d’Alan complétaient un article de von Neumann […] », qui était de passage à Cambridge en avril 1935, et que Turing rencontra peut-être.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Démontrabilité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme je l’ai précisé en fin d’<a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=663">épisode 6</a>, Kurt Gödel (1908 – 1978) s’est attaqué au programme de Hilbert, pour l’ébranler sérieusement avec son fameux article de 1931, « Sur les propositions formellement indécidables des <em>Principia Mathematica</em> et des systèmes apparentés I» (le II n’a jamais été crit). C’est sur le plan de la complétude de l’axiomatique formelle, mais également sur celui de la consistance, que Gödel travailla. Il démontra ainsi « qu’une axiomatique formelle susceptible de servir de réplique à l’arithmétique des entiers est structurellement incomplète : on peut montrer qu’il y a un « reste » arithmétique qui échappe à l’axiomatique formelle quels que soient les aménagements axiomatiques ultérieurs susceptibles de se produire. Il fallait en conclure que la démontrabilité d’un énoncé n’était pas strictement équivalente à sa vérité puisqu’un théorème (un énoncé vrai) pouvait être vrai sans être déductible des axiomes : il devenait nécessaire de dissocier la déductibilité de nature syntaxique et la vérité de nature sémantique au sein de l’axiomatique formelle.»<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Et, même si c’est sur un autre plan, celui de la décidabilité, que Turing va œuvrer, c’est d’une certaine manière, dans l’ombre du génial logicien Gödel, qu&#8217;il va publier son article sur la théorie des nombres calculables. Nous allons voir pourquoi.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour tenter d’approcher l’article de Turing, il me semble qu’il faut retracer à grands traits <em>la notion de calcul</em>, avant de l’articuler à celle de <em>décidabilité</em> (car pour résoudre le problème de la décision, tel énoncé est-il décidable, il faut finalement savoir ce qu’est un calcul), pour parler enfin de la démarche, similaire à celle de Gödel, qu’emprunta Turing (l’arithmétisation de la métamathématique). Au final, retenons le fait que « le problème de la décision est ainsi ramené à celui de savoir si une fonction est calculable. »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>La notion de calcul : de la fonction à l’algorithme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est seulement dans les années 1920 que l’on commença à s’interroger de manière approfondie sur ce qu’est cette notion de calcul, « outil de la démarche mathématique, elle n’était pas devenue objet mathématique. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Au 18<sup>ème</sup> siècle, eu lieu l’émergence de la théorie des fonctions. Et dès lors, « la notion de calcul fut associée à la notion de fonction […] à une valeur numérique de x correspondait, par une transformation effectuée par la fonction f, une valeur  f(x).»<a href="#_ftn10">[10]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis au cours du 19ème siècle, sous l’avancée des recherches en théorie des ensembles, c’est la notion de fonction qui va elle-même évoluer, « jusqu’à signifier une correspondance quelconque entre éléments d’un ensemble de départ vers un ensemble d’arrivée sans que fut envisagée une procédure effective de calcul. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Une fois cette définition de la fonction acquise, le problème va être de savoir si effectivement il existe une procédure de calcul pour telle ou telle fonction particulière. On va pouvoir ainsi définir une classe générale de fonctions, et une sous-classe qui sera celle des fonctions dites <em>calculables</em>, lorsque l’on peut trouver effectivement une procédure de calcul. Mais à présent, comment cerner concrètement cette sous-classe des fonctions calculables ? On retombe ainsi sur le problème de ce qu’est véritablement une « procédure de calcul ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est à ce point que l’on peut faire entrer la notion d’algorithme. « Le terme ‘algorithme’ dérive du nom d’un mathématicien de langue arabe originaire d’Asie Centrale – Al Khowarismi – qui vivait dans cette capitale scientifique qu’était Bagdad au IXème siècle et à qui l’on doit notamment d’avoir transmis des mathématiciens indiens la numération de position et d’avoir écrit l’un des premiers traités d’algèbre […] »<a href="#_ftn12">[12]</a>. Un algorithme est ainsi une sorte de recette, de méthode, de procédure systématique qui nous donne « la liste d’instructions que l’on doit suivre pour réussir à atteindre un résultat après un nombre fini d’étapes. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Si vous souhaitez écouter une bonne émission sur ce sujet : <a href="http://radiofrance.saooti.com/fr/broadcast/36_Genese_dun_algorithme">http://radiofrance.saooti.com/fr/broadcast/36_Genese_dun_algorithme</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’on manipule les propriétés de certains ensembles, du type entier naturel, et que l’on s’en tient à des cas précis, ou lorsqu’on veut rechercher les occurrences d’un nom donné dans un fichier, et répondre, soit oui, le nom s’y trouve, soit non, il ne s’y trouve pas, il n’y a pas vraiment de problème. On touche là à la question de <em>la décision</em>. Si l’on s’en tient à des ensembles finis, pas de problème particulier. On peut par exemple dresser des listes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si l’on commence à travailler sur des ensembles infinis, on va commencer à se heurter à certains soucis. Par exemple, si l’on veut s’assurer que certains énoncés peuvent être applicables sur tous les nombres entiers naturels, ou bien tester sur tous les noms possibles, les difficultés commencent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Lacan et la logique de la cure selon Miller</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour faire un parallèle avec la psychanalyse orientée par Lacan. Certains lacaniens se sont posés la question si l’ensemble des signifiants essentiels pour un sujet était un ensemble fini ou infini par exemple. En effet, si l’on voulait définir « une logique de la cure » qui tenterait de formaliser non pas la structure du sujet, mais de formaliser les transformations qui s’opèrent au sein de cette structure du sujet au cours de la cure, la question pouvait se poser. Selon Jacques-Alain Miller, le Séminaire IV de Lacan, <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=550">La relation d’objet</a>, proposerait en effet une tentative « d’utiliser le schéma L au moins pour formaliser le changement de position subjective d’un point de vue clinique. »<a href="#_ftn14">[14]</a> En tentant ainsi de penser les transformations dans la cure, comme des permutations de termes au sein d’un jeu de place au sein de la structure, on se trouve devant le fait qu’il faille poser au préalable un nombre fini de signifiants essentiels. La conclusion de cette logique de la cure pensée ainsi, sera alors obtenue au terme d’un certain nombre de permutations. Cette logique par permutation s’oppose à une logique linéaire, c’est-à-dire à une déduction qui démarre des prémisses pour arriver à une conclusion. Enfin, si l’on suit Miller lisant Lacan dans « L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud » où ce dernier résume sa recherche sur le petit Hans dans son séminaire IV de la même année 1957, ce serait également une démonstration par l’absurde, et non une démonstration positive. « Lacan dit là que ‘le petit Hans […] développe, […] sous une forme mythique, toutes les permutations possibles d’un nombre limité de signifiants’. Ce que l’on obtient est la solution de l’impossible, à savoir que la démonstration qu’apporte la cure conçue à partir de la logique de la cure relève de la démonstration par l’absurde ; elle se conclut par un ‘il n’y a pas’, par un ‘ce n’est pas le cas posé dans l’hypothèse’. Telle est l’orientation fondamentale de Lacan depuis son étude de la cure du petit Hans. La transformation de l’impuissance en impossibilité, comme il le formulera dans les années soixante-dix, est déjà présente dans ce Séminaire IV. On y trouve aussi inscrite la formulation de la fin de l’analyse comme perception, subjectivation du ‘il n’y a pas de rapport sexuel’.»<a href="#_ftn15">[15]</a> Nous essaierons peut-être de creuser cela dans notre lecture de ce séminaire, <a href="../?p=550">La relation d’objet.</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à la notion d’algorithme et à son rapport avec le calcul et le problème de la décision. Car c’est là que la notion d’algorithme est censée permettre de répondre à tous les cas possibles, et non plus au cas par cas. Soit dans le cas des entiers naturels, être capable de répondre par exemple si <em>n</em> est vraiment un nombre premier. D’où le fait qu’un algorithme est aussi une procédure de décision.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce cadre, et pour en revenir au problème de la <em>décidabilité</em> de l’axiomatique formelle, c’est la question « de savoir s’il existe une méthode algorithmique qui puisse décider si une formule quelconque est ou non déductible des axiomes de l’axiomatique formelle. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>La méthode : arithmétisation de la métamathématique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Afin de s’attaquer à la complétude, ainsi qu’à la consistance de l’axiomatique formelle, Gödel avait opéré une stratégie que l’on nomme <em>arithmétisation de l’axiomatique formelle</em>. Et c’est la même stratégie que Turing utilisera.</p>
<p style="text-align: justify;">En quoi cela consiste-t-il ? Nous avions montré que l’axiomatique formelle se distinguait des axiomatiques à contenu justement par le fait que la première était censée se substituer à toutes les secondes. Hilbert voulait précisément remplacer le détour par l’expérience comme preuve, par un détour qui reste interne aux mathématiques, ce qui revenait, pour tester la non-contradiction d’une axiomatique, à la remplacer par une autre axiomatique plus fondamentale, et ainsi de suite. Pour ce faire, nous avions montré que Hilbert avait distingué deux sortes d’axiomatiques. « L’axiomatique à contenu – celle qui s’était toujours pratiquée, chez Euclide pour la géométrie ou chez Peano pour l’arithmétique – et l’axiomatique formelle. » L’axiomatique formelle est alors censée offrir un espace où l’on peut répliquer les axiomatiques à contenu dont il était difficile de prouver la non-contradiction.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais alors pourquoi revenir à l’arithmétique ? Car « […] l’instrument de cette fidélité [entre l’axiomatique à contenu et l’axiomatique formelle] peut précisément être le nombre. […] une fois constituée l’axiomatique formelle, celle-ci peut, précisément parce qu’elle n’a plus de signification, être recodée de façon rigoureuse sous forme de nombres. L’arithmétique des entiers subit donc une double transformation : on en abstrait tout d’abord l’aspect formel au moyen d’une axiomatique sans contenu et on recode ces signes ininterprétés, simples signes sur le papier, sous forme de nombres. […] C’est par ce biais que l’axiomatique formelle peut devenir un calcul formel et qu’une passerelle peut être construite entre la théorie de la démonstration et la théorie de l’arithmétique.»<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Turing et la notion de calcul</strong></p>
<p style="text-align: justify;">A Cambridge, en 1935, Turing avait suivi les cours du mathématicien Newman, chef de fil britannique de la topologie à l’époque. Celui-ci avait suivi le congrès de Bologne de 1928, et son cours était donné dans l’esprit du programme de Hilbert. Les cours de Newman marquèrent Turing, et notamment sur la question de Hilbert concernant la démontrabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, « les résultats de Gödel n’éliminaient pas la possibilité qu’il existât une manière de distinguer les assertions démontrables de celles qui ne l’étaient pas. Y avaient-il une méthode définie, ou, comme le dit Newman, un procédé mécanique permettant de déterminer si une proposition mathématique était démontrable ou non ? »<a href="#_ftn18">[18]</a> Et c’est ce « procédé mécanique » qui va stimuler l’esprit de Turing.</p>
<p style="text-align: justify;">Gödel avait donc arithmétisé l’axiomatique formelle en transformant les formules en nombre, et en présentant le calcul arithmétique comme la procédure qui permettait au final de décider, de démontrer. Turing allait en quelque sorte redéfinir la notion intuitive de calcul, dans le cadre de la métamathématique, en utilisant le concept de machine infinie et abstraite, et en s&#8217;attaquant au problème de la calculabilité des nombres réels. En somme, Turing proposait une autre solution que Gödel (qui dira d’ailleurs que celle de Turing est plus élégante) en apportant un concept de la calculabilité au travers de sa machine. Sa machine va permettre ainsi rendre palpable, de manière simple, ce qu’est le calcul.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, « l’équivalent formel donné par Turing à la notion intuitive de ‘calculable par algorithme’ peut s’exprimer sous la forme suivante : toute fonction pour laquelle on a réussi à trouver un algorithme doit être calculable par une ‘machine’ d’un certain type, dite ‘de Turing’. »<a href="#_ftn19">[19]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion sur l’indécidabilité et l’intelligence artificielle </strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est par le biais du problème de la décision que le programme de Hilbert a finalement préparé l’intelligence artificielle. « Il n’y a en effet qu’un pas de l’idée de procédure finie, explicite, effective, à celle de procédure mécanique […] »<a href="#_ftn20">[20]</a> Et nous verrons la prochaine fois comment Turing a pensé et conceptualisé cette idée de procédure mécanique. Mais plus précisément, j’espère avoir montré également comment peut se nouer le développement de cette métamathématique selon Hilbert, avec cette idée importante du raisonnement sur des signes, des symboles, avec le développement de cette idée de machine intelligente. Un rêve qui, en se concrétisant de manière partielle durant la seconde guerre mondiale, va finir par alimenter les rêves les plus fous&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Hilbert, <em>Nouvelle fondations des mathématiques</em>, 1922, in <em>Intuitionnisme et théorie de la démonstration</em>, Vrin, 1992.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jean-Yves Girard, « Le champ du signe ou la faillite du réductionnisme », in <em>Le théorème de Gödel</em>, Ernest Nagel, James R. Newman, Kurt Gödel, Jean-Yves Girard, Seuil, 1989, p. 150 et 151.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 79.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 80.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Michel Bourdeau, <em>Pensée symbolique et intuition</em>, PUF, 1999, p.41.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 55.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Michel Bourdeau, <em>Pensée symbolique et intuition</em>, PUF, 1999, p.42.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 58.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 58 et p.59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 60.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Jacques-Alain Miller, « La logique de la cure du Petit Hans selon Lacan », in <em>La Cause Freudienne</em> n°69, p. 97.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Jacques-Alain Miller, « La logique de la cure du Petit Hans selon Lacan », in <em>La Cause Freudienne</em> n°69, p. 99.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 57.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 88.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 70.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Michel Bourdeau, <em>Pensée symbolique et intuition</em>, PUF, 1999, p. 40.</p>
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		<title>Yann Leroux : « Le jeu vidéo comme support d&#8217;une relation thérapeutique » – Grégoire Latry et Vincent Le Corre</title>
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		<pubDate>Sun, 24 Jul 2011 15:39:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[Grégoire Latry]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[ludopaysage]]></category>
		<category><![CDATA[médiation thérapeutique]]></category>
		<category><![CDATA[Mickael Stora]]></category>
		<category><![CDATA[nicolas esposito]]></category>
		<category><![CDATA[Quélin Souligoux]]></category>
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		<description><![CDATA[Afin d’avancer dans une réflexion clinique sur le jeu vidéo comme outil de médiation thérapeutique, Grégoire Latry et moi-même avons choisi de présenter trois textes au sein d’un corpus qui comporte déjà un certain nombre d’articles.
Troisième article : Yann Leroux : « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », Adolescence n° 69, 2009.
Grégoire Latry et Vincent Le Corre
Paris, le 24/07/2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: justify;">Grégoire Latry et Vincent Le Corre<br />
Paris, le 24/07/2011.</h4>
<p style="text-align: justify;">Yann Leroux : « <a href="http://www.cairn.info/revue-adolescence-2009-3-p-699.htm">Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique</a> », <em>Adolescence </em>n° 69, 2009. L&#8217;article est disponible ici : <a href="http://fr.calameo.com/books/000007709ed71133a6b10">http://fr.calameo.com/books/000007709ed71133a6b10</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Yann Leroux, le jeu vidéo est tout d’abord à replacer au sein de la culture, comme les autres médias avec lesquels il interagit avec aisance, avant d’essayer de le saisir comme objet de médiation dans la relation thérapeutique. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons choisi de présenter cet article qui représente selon nous une troisième voie de théorisation. En effet, en tant qu’objet culturel, l’histoire même de cet objet, et particulièrement ses liens avec la culture dans laquelle sont plongés les sujets qui l’utilisent, possède une valeur importante dans son utilisation au sein d’un cadre thérapeutique.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce texte, les adolescents adressés au groupe présentent de fortes inhibitions et c’est le jeu <em>ICO</em> qui, encore une fois (Stora l&#8217;avait déjà utilisé, <a href="http://www.omnsh.org/spip.php?article84">Histoire d&#8217;un atelier jeu vidéo : &laquo;&nbsp;Ico&nbsp;&raquo;, un conte de fée interactif pour des enfants en manque d&#8217;interactions</a>) <span style="color: #333333; font-size: medium;"><strong> </strong></span>est choisi pour ses thématiques aux allures de conte qu’il propose. Pour l’auteur, le jeu vidéo apparaît comme un soutien pour le « passage d&#8217;une intelligence sensori-motrice à la représentation »<a href="#_ftn1">[1]</a> en déplaçant le joueur « du statut d&#8217;actant à celui de spectateur »<a href="#_ftn2">[2]</a>. Mais le jeu vidéo est aussi à envisager par le biais du récit fictionnel qu’il propose, c&#8217;est à dire comme un lieu où se joignent des références culturelles, des valeurs et, principalement, des mythes. <em>ICO</em> est ainsi un exemple type de jeu vidéo faisant appel aux mythes. Si le mythe « ordonne les angoisses où tout être humain se reconnaît »<a href="#_ftn3">[3]</a>, certains jeux vidéo peuvent donc être utilisés en ce sens, pour faciliter les apprentissages par exemple, en ordonnant les angoisses archaïques des joueurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais utiliser les jeux vidéo n&#8217;est pas en soi thérapeutique, souligne très justement Leroux. Il est donc nécessaire de se construire au préalable un « appareil de travail »<a href="#_ftn4">[4]</a>, pour contenir, tout en représentant les processus inconscients, et surtout un lien de parole pour que le travail de symbolisation soit opérant. Ainsi, le jeu vidéo n’est d’emblée ni un espace transitionnel, ni un espace thérapeutique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le travail de groupe qu&#8217;il propose se fonde sur différents dispositifs pour tenter de construire cet « appareil de travail » :</p>
<p style="text-align: justify;">La technique du territoire<a href="#_ftn5">[5]</a> où chaque participant est « propriétaire » d&#8217;un matériel identique (la sauvegarde dans ce cas) qui définit son territoire par rapport au territoire commun (la sauvegarde du groupe) et au territoire des autres participants (leurs propres sauvegardes). Le choix du territoire (commun ou individuel) et sa gestion sont des indicateurs de la dynamique consciente et inconsciente de l&#8217;individu dans le groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">La technique du psychodrame psychanalytique de groupe pour l&#8217;alternance entre temps de jeu et temps de parole. La parole pouvant être introduite aussi pendant le jeu par la description faîte par le psychologue des actions entreprises par le joueur. Le bouton pause est aussi utilisé pour expliquer un moment clef du jeu. La parole du psychologue intervient alors pour faire lien entre le joueur et le reste du groupe, formant une cohésion de groupe autour d&#8217;un récit commun raconté par le thérapeute.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, le travail de médiation d&#8217;objet ; les jeux vidéo, comme tous les objets, « sont une exigence à la symbolisation ». Mais plus précisément, ils sont à la fois des objets concrets (manettes, consoles…) et subtils (images, musiques…). Et c’est en raison de ce métissage, que tente de cerner la notion de <em>gameplay</em>, que les jeux vidéo peuvent être « de bons candidats pour la médiation »<a href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;enjeu de ce cadre est de pouvoir suivre les processus groupaux et individuels au travers de l&#8217;utilisation du territoire, des investissements objectaux au sein du jeu (envers les personnages) et dans le groupe, du passage de processus primaires (l&#8217;acte en image) à la symbolisation par la parole (construction d&#8217;un récit fantasmatique à partir du matériel représentatif du jeu) et de la réflexivité du jeu sur le narcissisme du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jeu vidéo mélange différents espaces (espaces temporels, psychiques et physiques) qui restent liés grâce au cadre culturel. C’est l&#8217;idée d&#8217;un <em>ludopaysage</em>, une notion proposée par Leroux dans un autre article<a href="#_ftn7">[7]</a>, qui nous semble être une piste à approfondir. Il y définit le ludopaysage comme suit : «  En référence aux travaux de Daniel Stern (2004), je propose d’appeler ludopaysage cette configuration complexe qui mêle un dispositif informatique, des éléments de la culture, et l’espace interne de chacun, sensible aux aléas de sa météo personnelle. »</p>
<p style="text-align: justify;">En effet le jeu vidéo est bien un lieu « étrange » d’où peut émerger et s&#8217;inscrire la réalité psychique d&#8217;un sujet inscrit lui-même dans sa culture. Le temps du jeu n&#8217;est pas celui du « temps social ».</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;intrication, qui pousse à la continuité corporelle, entre le joueur, sa machine et la représentation (à l&#8217;écran) oblige à penser autrement la représentation et la sensation du soi.</p>
<p style="text-align: justify;">« Qu&#8217;est-ce que moi-même quand je joue ? Où suis-je, et quand ? Ne suis-je pas aux deux extrémités de ce dispositif, devant et derrière l&#8217;écran ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">Autant de questions que ravive l&#8217;expérience vidéoludique. Le jeu vidéo est proche de la réflexivité du miroir, le sujet s’aliène à l&#8217;image, et pourtant, la vie propre aux héros du conte qu&#8217;est le jeu vidéo soutient la séparation entre moi et lui (le personnage du jeu).</p>
<p style="text-align: justify;">Alors le ludopaysage devient le lieu de l&#8217;intersubjectivité, le lieu de l&#8217;autre. Comme le dit Leroux, le jeu vidéo n&#8217;est pas interne, il n&#8217;est pas un rêve, c&#8217;est un objet externe, un espace qui peut devenir une aire intermédiaire d&#8217;expériences.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous essayons donc de poursuivre son travail sur les distinctions de différents niveaux d’élaboration psychique dans « Esquisse pour une métapsychologie du jeu vidéo comme objet de médiation thérapeutique ».</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Y. Leroux, « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », in <em>Adolescence</em>, 2009, 27, n°3, p. 700</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Y. Leroux, « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », in <em>Adolescence</em>, 2009, 27, n°3, p. 700</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Y. Leroux, « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », in <em>Adolescence</em>, 2009, 27, n°3, p. 700</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> A partir de la notion d’ « appareil psychique groupal » développée par Kaës.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Privat et Quélin-Souligoux, <em>L’enfant en psychothérapie de groupe</em>, 2000, Dunod.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Y. Leroux, « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », in <em>Adolescence</em>, 2009, 27, n°3, p.703</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Y. Leroux, « <a href="http://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2008-1-p-129.htm">Le jeu vidéo, un ludopaysage</a> », in <em>Enfances&amp;Psy</em>, 2008, 1, n°38.</p>
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		<title>Charlotte De Bucy, Silvana Belmudes, Paul Moulas, Mustapha Bessedik, Bertrand Vachey, Jean-Pierre Benoit, Serge Tisseron, Marie-Rose Moro : « De l’étayage sur l’avatar à l’étayage sur l’animateur » – Grégoire Latry et Vincent Le Corre</title>
		<link>http://vincent-le-corre.fr/?p=711</link>
		<comments>http://vincent-le-corre.fr/?p=711#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 24 Jul 2011 15:28:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Afin d’avancer dans une réflexion clinique sur le jeu vidéo comme outil de médiation thérapeutique, Grégoire Latry et moi-même avons choisi de présenter trois textes au sein d’un corpus qui comporte déjà un certain nombre d’articles.
Second article : Charlotte De Bucy, Silvana Belmudes, Paul Moulas, Mustapha Bessedik, Bertrand Vachey, Jean-Pierre Benoit, Serge Tisseron, Marie-Rose Moro : « De l'étayage sur l'avatar à l'étayage sur l'animateur », »,  Adolescence n° 69, 2009.
Grégoire Latry et Vincent Le Corre
Paris, le 24/07/2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: justify;">Grégoire Latry et Vincent Le Corre<br />
Paris, le 24/07/2011.</h4>
<p style="text-align: justify;">Charlotte De Bucy, Silvana Belmudes, Paul Moulas, Mustapha Bessedik, Bertrand Vachey, Jean-Pierre Benoit, Serge Tisseron, Marie-Rose Moro : « <a href="http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=ADO_069_0689">De l&#8217;étayage sur l&#8217;avatar à l&#8217;étayage sur l&#8217;animateur</a> »,  <em>Adolescence </em>n° 69, 2009. <a href="http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=ADO_069_0689"></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le titre de ce second article donne le ton. Si Stora se mettait en retrait quant à la fonction qu’il pouvait occuper dans le groupe, préférant mettre l’accent sur le rôle du jeu vidéo lui-même, sur ce que cet objet permettait à lui seul pour les enfants, les auteurs mettent en avant dans ce titre, le déplacement, le transfert qu’ils visent, du jeu vidéo au dispositif thérapeutique incluant donc les thérapeutes.</p>
<p style="text-align: justify;">L’article vise ainsi à élaborer un matériel clinique issu d’un groupe thérapeutique qui a lieu toutes les semaines à la Maison de Solenn depuis 2007. Le groupe a été construit pour accueillir « en priorité des adolescents pour lesquels l’activité de jeu vidéo est devenue envahissante, et qui sont dans un processus de désocialisation et de rupture plus ou moins grande avec les études. »<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu en effet que Stora tentait de saisir l’expérience du joueur de jeu vidéo, mais en oubliait peut-être la dimension plus spécifique de médiation. Disons d’emblée que nous avons retenu ce second article car il constituait à nos yeux l’exemple d’une analyse qui, à l’inverse, essaie de rendre compte de ce qui se passe dans un groupe, certes constitué à partir de l’objet jeu vidéo (pour des sujets qualifiés de joueurs excessifs), mais qui laisse par contre de côté l’objet de médiation utilisé.</p>
<p style="text-align: justify;">Ici, l’utilisation du jeu vidéo est donc explicitement prise uniquement comme symptôme, puis comme critère d’indication pour un groupe thérapeutique. L’objectif des thérapeutes est alors de partir de l’usage problématique du jeu vidéo chez les sujets (des adolescents présentant tous une souffrance narcissique) afin de travailler, d’une part, sur une prise de conscience de leur « dépendance aux jeux vidéo », et d’autre part, sur leur désocialisation, en s’appuyant sur la dynamique de groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces adolescents, comme les « enfants-limites » de Stora, présentent des difficultés d’élaboration sur le plan verbal. Les thérapeutes misent donc ici principalement sur l’effet qu’aura le groupe sur chaque participant, et au final le jeu vidéo ne sera présenté théoriquement que comme simple refuge, ou objet de réassurance narcissique. Le point qui nous a semblé à retenir est donc « l’importance de parler ensemble ».<a href="#_ftn2">[2]</a> En effet, le levier thérapeutique de ce groupe se situe dans le fait de faire venir jouer ces joueurs excessifs dans un lieu de soin, afin qu’ils jouent ensemble, pour, dans un second temps, en parler tous ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, dans leur élaboration théorique, le jeu vidéo est uniquement abordé avec les catégories de la dépendance, interprétée comme une régression défensive, à tel point qu’ils préfèrent changer de jeu à chaque séance par peur de créer une autre dépendance&#8230; Nous ne développerons pas cette question de la dépendance au jeu vidéo, car elle mériterait de plus amples développements mais cette approche, oublieuse des spécificités de l’objet de médiation, nous semble cependant problématique.</p>
<p style="text-align: justify;">Disons simplement avec le psychologue Thomas Gaon qui travaille en addictologie : « La notion d’addiction aux jeux vidéo se construit à partir des éléments suivants : une réalité clinique, la méconnaissance de l’objet jeu vidéo, la mutation de la psychiatrie moderne, une ambiguïté terminologique et la gestion thérapeutique captée par l’addictologie. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Nous serions donc plutôt enclin à penser avec Serge Tisseron, que le fait d’utiliser ce paradigme théorique peut masquer complètement les spécificités de l’objet de la dite dépendance qui peut s’installer et celles du rapport qu’entretient un joueur (et encore plus précisément un joueur adolescent) avec son objet. Cela ne veut pas dire dénier la réalité clinique des phénomènes.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cet article, les vignettes cliniques posent un problème vis-à-vis de la démonstration théorique et surtout de la conclusion, car le jeu vidéo ne semble pas du tout y apparaître comme la causalité des troubles que connaissent ces adolescents, mais bien plutôt comme un symptôme et un refuge de problèmes antérieurs (violences subit à l&#8217;école, statut de bouc-émissaire dans l&#8217;école…), alors que les auteurs précisent que si « la déscolarisation est souvent pointée comme une cause du jeu excessif, la situation de ces deux jeunes nous a montré que c’est le contraire qui peut être en jeu. ».</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, cette contradiction pose au final réellement question sur le regard qui est posé sur l&#8217;objet jeu vidéo, et qui semble avoir été pensé <em>a priori</em>, c’est-à-dire tout à fait pris dans des présupposés théoriques qui à aucun moment du texte ne seront interrogés.</p>
<p style="text-align: justify;">Certes Quélin Souligoux peut nous dire qu’ « une autre possibilité  intermédiaire consiste à l’utiliser [la médiation] pour moduler la  régression due à la mise en groupe. En effet, il existerait un danger  que le groupe, par son excitation, renforce le côté pulsionnel et menace  le moi des enfants. »<a href="../?p=518#_ftn11">[4]</a> Dans cette optique, la médiation est  alors mise en place en fonction des effets thérapeutiques que le  groupe en lui-même est supposé avoir, et ses caractéristiques sont  elles-mêmes mises au service « du sentiment d’appartenance groupal »,  autrement dit, elles sont censées protéger chacun des participants en  s’offrant comme support imaginaire aux processus qui permettront à  chacun de construire l’illusion d’être un membre d’une entité qui peut  les protéger.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il nous semble que l’objet de médiation présenté dans ce texte semble finalement assez indifférent, si ce n’est d’être pensé comme un prétexte à la constitution du groupe.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> C. De Bucy, S. Belmudes, P. Moulas, M. Bessedik, B. Vachey, J-P. Benoit, S. Tisseron, M-R. Moro : « De l&#8217;étayage sur l&#8217;avatar à l&#8217;étayage sur l&#8217;animateur », <em>Adolescence</em>, 2009, n° 27, p. 689</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> C. De Bucy, S. Belmudes, P. Moulas, M. Bessedik, B. Vachey, J-P. Benoit, S. Tisseron, M-R. Moro : « De l&#8217;étayage sur l&#8217;avatar à l&#8217;étayage sur l&#8217;animateur », <em>Adolescence</em>, 2009, n° 27, p. 692</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> in T. Gaon, « Critique de la notion d’addiction au jeu vidéo », in <em>Jeu vidéo et discours. Violence, addiction, régulation</em>, Quaderni n°67, MSH-Sapientia, automne 2008, p.36.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="../?p=518#_ftnref11">[4]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l’objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
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