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	<title>Vincent LE CORRE - Psychologue - Psychanalyste &#187; Lacan</title>
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	<description>psychologue, psychanalyste, en institution et en libéral, travaillant, entre autres, sur les jeux vidéo, les médiations, le jeu...</description>
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		<title>&#171;&#160;Le métier de psychanalyste&#160;&#187; &#8211; compte-rendu d&#8217;un livre</title>
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		<pubDate>Mon, 30 May 2016 08:41:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[interprétation]]></category>
		<category><![CDATA[Lacan]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre-Henri Castel]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
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		<category><![CDATA[transmission]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 30 mai 2016.
Voici le compte-rendu, publié sur le site nonfiction, de ma lecture d'un ouvrage qui expose les conceptions théoriques qui orientent la pratique de trois psychanalystes lacaniens, Roland Chemama, Bernard Vandermersch et Christiane Lacôte-Destribats.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le métier de psychanalyste est un livre écrit par trois psychanalystes &#8211;  Roland Chemama, Bernard Vandermersch et Christiane Lacôte-Destribats &#8211;  tous trois liés à l’Association Lacanienne Internationale, qui se veut à  la fois un débat depuis la conception que chacun a de sa pratique, ceci  à travers la notion de « métier », et, à partir de ce débat, « un  apport aux questions qui se posent actuellement aux psychanalystes ».</p>
<p>A lire sur le site<a href="http://www.nonfiction.fr/article-8346-la_psychanalyse__un_metier_impossible_.htm" target="_blank"> nonfiction.</a></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Psychanalyse du Net &#8211; Episode 1</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Mar 2014 13:32:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[différence des sexes]]></category>
		<category><![CDATA[Geneviève Lombard]]></category>
		<category><![CDATA[Guy le Gaufey]]></category>
		<category><![CDATA[Lacan]]></category>
		<category><![CDATA[Michael Civin]]></category>
		<category><![CDATA[Psychanalyse du Net]]></category>
		<category><![CDATA[yann leroux]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 21 mars 2014.
Début d'une série de posts écrit à partir du livre de Michael Civin, Psychanalyse du Net (Male, female, e-mail).]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p id="docs-internal-guid-a5e20b89-e4bf-eed3-2d9a-0f3bebe91e97" style="text-align: justify;" dir="ltr">
<p style="text-align: justify;" dir="ltr"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2014/03/Psychanalyse-du-Net.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1368" title="Psychanalyse du Net" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2014/03/Psychanalyse-du-Net.jpg" alt="" width="194" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">C’est un ouvrage qui date de 2000. Ouvrage souvent cité comme pionnier dans l’étude psychanalytique des espaces cybernétiques et des effets sur les sujets du point de vue de la psychanalyse. Michael Civin, son auteur, définit ainsi l’objet de son livre :</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">“Comment  concevons-nous nos relations avec les autres, et quel rôle la  “communication médiatisée par ordinateur” &#8211; le courrier électronique,  Internet et ses divers moyens de communication &#8211; joue-t-elle dans le  réseau potentiellement infini de ces relations ? Tel est le sujet de ce  livre.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1361#footnote_0_1361" id="identifier_0_1361" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Civin, Psychanalyse du Net, Hachette, 2002, p.17 ">1</a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Concernant cet auteur, Michael Civin, <a href="http://unethese.blogspot.fr/2010/08/jour-13-ep-01-michael-civin-et-la.html" target="_blank">selon Yann Leroux</a>, il est très difficile de trouver d’autres  références ou traces de cet auteur, à un point tel qu’on peut se demander  si l’auteur lui-même n’est pas un bot&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr"><a href="http://inconscient.net/civin.htm" target="_blank">Geneviève Lombard a écrit un post</a> sur ce livre également, et met en avant le fait, rare il est vrai, que le livre contient beaucoup d&#8217;histoires, d&#8217;histoires cliniques.<a href="http://inconscient.net/civin.htm"></a></p>
<p style="text-align: justify;">Quant à moi, je souhaiterais partager ici quelque unes de mes questions actuelles, à partir de ce livre. Les premières sont les suivantes :</p>
<p id="docs-internal-guid-f10c490c-e4c6-7cbf-19b7-03e61140f78e" style="text-align: justify;" dir="ltr"><strong>La “rencontre” au sein de la “communication médiatisée par ordinateur”</strong></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Comment penser l’altérité et la rencontre au temps de la “communication médiatisée par ordinateur” ? Tel pourrait être le sous-titre de ce livre. A ce sujet, Sylvain Missonnier parle donc dans sa préface d’un danger pour les utilisateurs d’Internet au sujet de l’altérité : “L’altérité minimaliste et distanciée des personnes “rencontrée” sur Internet laisse croire à une relation véritable sans toutefois en comporter les exigences.”</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Le fait que le mot de <em>rencontre</em> soit mis entre guillemets souligne bien le besoin que l’on ressent de distinguer entre une rencontre <em>online </em>et <em>IRL</em>. Et quelles exigences laisse-t-on de côté lorsque l’on se contente d’une relation <em>online </em>?</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Civin exprimera ce fait au début de son livre en terme de paradoxe  “ [...] une relation médiatisée par ordinateur peut permettre à un individu de satisfaire avec plus ou moins de succès le besoin profondément humain d’avoir des relations et, en même temps, favoriser chez lui le repli paranoïde, en lui évitant toute forme d’engagement intersubjectif.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1361#footnote_1_1361" id="identifier_1_1361" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Civin, Psychanalyse du Net, Hachette, 2002, p.47 ">2</a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr"><strong>Une autre piste : numérique et perte<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Civin indique un passage de Searles où ce dernier relie technologie et perte de façon prophétique. Cela ressemble à l’épisode 1 de la saisons 2, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Black_Mirror_%28s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e%29#.C3.89pisode_1_:_Be_Right_Back" target="_blank"><em>Be right Back</em></a>, de l&#8217;excellente série <em>Black Mirror</em> sur l’usage des chatbots conversationnels pour pallier la souffrance de la perte de l’objet aimé.<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1361#footnote_2_1361" id="identifier_2_1361" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Civin, Psychanalyse du Net, Hachette, 2002, p.20 ">3</a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr"><strong>Une autre piste encore :<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">C’est la récurrence du thème de la différence des sexes et de la technologie numérique, dont l’ouvrage de Civin est un exemple parfait, qui m’a également frappé. Le titre original est tout de même <em>Mail, Female, e-mail !<br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Il se demande par exemple comment la technologie numérique peut permettre aux parlêtres d’explorer de nouvelles modalités d’être humain. Et de ce point de vue, la différence des sexes pourrait s’effacer au profit d’un “genre technologique” qu’il nomme “l’emailien”. &laquo;&nbsp;Du point de vue de la communication médiatisée par ordinateur [...] la distinction entre masculin et féminin s’efface au profit de l’”emailien”, qui n’a que le technologique pour genre.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1361#footnote_3_1361" id="identifier_3_1361" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Civin, Psychanalyse du Net, Hachette, 2002, p.34 ">4</a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Cette indistinction ou ce “brouillage” entre d’une part l’humain, le non-humain et les deux sexes est contenue dans un article d’Alan Turing, datant de 1950, et Civin le cite d’ailleurs<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1361#footnote_4_1361" id="identifier_4_1361" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" M. Civin, Psychanalyse du Net, Hachette, 2002, p.45 ">5</a> même s’il n’en fait peu de cas finalement. Mais on peut s’apercevoir avec l’exemple qu’il donne d’une conversation entre un être humain appelé Barry et un chatbot nommé Julia que la situation du test de Turing est aujourd’hui largement répandu avec la diffusion d’Internet dans nos espace relationnels.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Si l’on reprend avec Guy Le Gaufey<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1361#footnote_5_1361" id="identifier_5_1361" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Guy Le Gaufey, Hiatus sexualis, Du non rapport sexuel chez Lacan, Epel, 2013 ">6</a> la genèse de l’apparition du fameux aphorisme de Lacan “Il n’y a pas de rapport sexuel” qui constitue le réel du sexe du point de vue de la psychanalyse, on trouve cette image de la technique qui permettrait par contre de sortir (de façon imaginaire) de l’ambiguïté sexuelle fondamentale ( ambiguïté sexuelle fondamentale au sens où l&#8217;entend Geneviève Morel dans son livre <em>Ambiguïtés sexuelles</em>) propre au champ humain :</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">“Si j&#8217;ai dit qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;acte sexuel, c&#8217;est au sens où cet acte conjoindrait, sous une forme de répartition simple, celle qu&#8217;évoque dans la technique, par exemple dans les techniques usuelles, dans celle du serrurier, l&#8217;appellation de pièce mâle ou de pièce femelle. Cette répartition simple constituant le pacte, si l&#8217;on peut dire inaugural, par où la subjectivité s&#8217;engen­drerait comme telle : mâle ou femelle.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1361#footnote_6_1361" id="identifier_6_1361" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Guy Le Gaufey, Hiatus sexualis, Du non rapport sexuel chez Lacan, Epel, 2013, p.50-51 ">7</a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Lacan exprimait là l’impossibilité de trouver et de prouver dans le champ humain, exactement le contraire de ce que l’on imagine très bien du point de vue de la technique, à savoir “l’existence de l’acte sexuel  [...] au sens d’un acte qui ferait des partenaires qu’il articule des individus ressortissant pour l’un à ‘homme’ et pour l’autre à ‘femme’.”</p>
<p id="docs-internal-guid-ef249cee-e4d0-7db1-198a-55009ed87910" style="text-align: justify;" dir="ltr">Les liens entre la technique (et plus particulièrement les possibilités offertes par le numérique) et les aléas de la sexuation me semblent en tout cas  un champ à explorer&#8230;</p>
<p dir="ltr">
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1361" class="footnote"> M. Civin, Psychanalyse du Net, Hachette, 2002, p.17 </li><li id="footnote_1_1361" class="footnote"> M. Civin, Psychanalyse du Net, Hachette, 2002, p.47 </li><li id="footnote_2_1361" class="footnote"> M. Civin, Psychanalyse du Net, Hachette, 2002, p.20 </li><li id="footnote_3_1361" class="footnote"> M. Civin, Psychanalyse du Net, Hachette, 2002, p.34 </li><li id="footnote_4_1361" class="footnote"> M. Civin, Psychanalyse du Net, Hachette, 2002, p.45 </li><li id="footnote_5_1361" class="footnote"> Guy Le Gaufey, Hiatus sexualis, Du non rapport sexuel chez Lacan, Epel, 2013 </li><li id="footnote_6_1361" class="footnote"> Guy Le Gaufey, Hiatus sexualis, Du non rapport sexuel chez Lacan, Epel, 2013, p.50-51 </li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Aux sources pulsionnelles de l’invention technique</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Nov 2013 16:14:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, le 29 novembre 2013.
Un début d'essai sur psychanalyse et technique à partir du concept de pulsion.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p id="docs-internal-guid-033c6cb1-a498-fb65-e38d-0871e18917da" dir="ltr">
<h2 style="text-align: justify;" dir="ltr">La technique et l’inadaptation de l’être humain</h2>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Tentons ici une spéculation toute freudienne, dans le sens d’un essai de dérivation d’une activité humaine particulière, nommée technique, de ce concept fondamental en psychanalyse, à savoir la pulsion.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">On pose souvent la technique comme cette part de la culture qui aurait permis à l’animal humain de se rendre maître de la nature. Autrement dit, lorsque l’on pense intuitivement au pourquoi de la technique, aux raisons de son émergence dans l’ordre humain, surgit souvent l’idée de protection de l’homme et de contrôle sur la nature, via la maîtrise du feu et l’extension des organes humains à travers des outils, ceci dans le but de résoudre certains problèmes ou d’améliorer son environnement.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Ainsi l’ordre de la technique serait le lieu où la question d’une possible adaptation de l’être humain à son environnement se poserait avec le plus d’acuité. La question de son adaptation ou plutôt de son inadaptation fondamentale, car finalement il n’y a pas de rapport adapté de l’homme à son environnement. Et c’est ce que nous indique paradoxalement l’ordre de la technique, et ce particulièrement avec la technique contemporaine si décriée aujourd’hui comme engendrant de multiples maux.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Freud rappelait déjà dans son “Malaise dans la culture” ce déséquilibre inhérent au rapport de l’homme à la technique.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">“[...] voici que s’élève la voix pessimiste de la critique! La plupart de ces allégeances, insinue-t-elle, sont du même ordre que ce « plaisir à bon marché » prôné par l’anecdote connue : le procédé consiste à exposer au froid sa jambe nue, hors du lit, pour avoir ensuite le « plaisir » de la remettre au chaud. Sans les chemins de fer, qui ont supprimé la distance, nos enfants n’eussent jamais quitté leur ville natale, et alors qu’y eût-il besoin de téléphone pour entendre leur voix ? Sans la navigation transatlantique, mon ami n’aurait point entrepris sa traversée, et je me serais passé de télégraphe pour me rassurer sur son sort. A quoi bon enrayer la mortalité infantile si précisément cela nous impose une retenue extrême dans la procréation, et si en fin de compte nous n’élevons pas plus d’enfants qu’à l’époque où l’hygiène n’existait pas, alors que d’autre part se sont ainsi compliquées les conditions de notre vie sexuelle dans le mariage et que se trouve vraisemblablement contrariée l’action bienfaisante de la sélection naturelle ?»<a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=1321#footnote_1_1321"></a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">C’est un passage que reprend Bernard Stiegler<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_0_1338" id="identifier_0_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" B. Stiegler, Ce qui fait que la vie vaut la peine d&rsquo;&ecirc;tre v&eacute;cue &amp;#8211; De la pharmacologie, p.32 ">1</a> pour dire que finalement si la technique permet à l’homme de perfectionner ses organes, “au cours de ce perfectionnement, la technique vient sans cesse compenser un défaut d’être (dont parle aussi Valery) en provoquant à chaque fois un nouveau défaut – toujours plus grand, toujours plus complexe et toujours moins maîtrisable que le précédent. Ce désajustement constant induit frustrations, blessures narcissiques et mélancolie.”</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">La question que je voudrais me poser ici serait donc pourquoi un tel déséquilibre ou désajustement inhérent à la technique ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;" dir="ltr">Les contraintes de la pulsion et sa satisfaction</h2>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Dans son écrit “Pulsions et destins de pulsions” de 1915, Freud se livre à un travail difficile sur ce concept dont il pose dès le début qu’il est un des concepts fondamentaux de sa discipline. Il cherche à en tracer les lignes de forces, et il en arrive à faire une proposition d’une part à l’aide de la fameuse définition “[...] la pulsion nous apparaît comme un concept-frontière entre animique et somatique, comme représentant psychique des stimuli issu de l’intérieur du corps et parvenant à l’âme, comme une mesure de l’exigence de travail qui est imposée à l’animique par suite de sa corrélation avec le corporel”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_1_1338" id="identifier_1_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" S. Freud, &ldquo;Pulsions et destins de pulsions&rdquo; in Oeuvres compl&egrave;tes, Tome XIX, p.169 ">2</a>  ; et d’autre part, à l’aide d’une combinatoire composée des quatre termes que sont la poussée, le but, l’objet et la source de la pulsion. A partir de cela, il décrira plusieurs destins des pulsions.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Mais ce qui me retient dans ce texte, c’est tout d’abord la discussion de Freud, en amont, pour séparer le concept de pulsion du concept de stimuli extérieur. “Quel est le rapport de la “pulsion” au “stimulus” ?”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_2_1338" id="identifier_2_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Ibid., p.166 ">3</a>. Il prépare dans un premier temps la distinction avec la notion de stimulus pulsionnel versus stimulus psychique. “La stimulus pulsionnel n’est pas issu du monde extérieur, mais de l’intérieur de l’organisme lui-même. C’est pourquoi aussi il agit différemment sur l’animique et exige, pour être éliminé, d’autres actions.”</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Le modèle économique de Freud est celui de l’homéostasie à l’intérieur d’un système, autrement dit la nécessaire éconduction de l’énergie qui peut s’accumuler à l’intérieur du système. Il faut que ce dernier puisse liquider la tension afin de garder l’énergie au plus bas niveau. “L’action appropriée” par rapport au schéma-réflexe est donc celle qui “soustrait la substance stimulée à l’action exercée par le stimulus et l’éloigne du domaine de l’action du stimulus.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_3_1338" id="identifier_3_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Ibid., p.166 ">4</a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Alors la pulsion est-elle une catégorie de stimulus qui agirait sur le psychique ?<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_4_1338" id="identifier_4_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" &ldquo;[...] le pulsion serait un stimulus pour le psychique.&rdquo;, p.166 ">5</a> Freud commence donc par comparer une notion d’ordre physiologique, le stimulus (Reiz), avec ce que pourrait être la pulsion. Mais il précise tout de suite que l’on ne peut équivaloir pulsion et stimulus psychique car il y a certains stiumuli qui agissent sur le psychique sans que l’on puisse dire qu’ils soient d’ordre pulsionnel, comme “lorsqu’une forte lumière frappe l’oeil.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_5_1338" id="identifier_5_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Ibid., p.166 ">6</a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Ainsi la première distinction entre le stimulus pulsionnel et le stimulus physiologique est sa localisation, “le stimulus pulsionnel n’est pas issu du monde extérieur, mais de l’intérieur de l’organisme lui-même.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_6_1338" id="identifier_6_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Ibid., p.166 ">7</a> Cela a comme conséquence le fait que l’organisme aura d’autres actions appropriées que pour le stimulus physiologique pour éconduire l’énergie accumulée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Après sa localisation, la seconde distinction concerne le rythme, la modalité d’action du stimulus sur l’organisme. Le stimulus (Reiz) agit de manière ponctuel rappelle Freud, contrairement au stimulus pulsionnel qui exerce une poussée constante. Cela engendre également certaines conséquences sur la façon dont l’organisme-système va pouvoir éconduire l’énergie en une action appropriée. A une action ponctuelle pour se soustraire au stimulus physiologique, impossible de fuir pour l’organisme-système devant le stimulus pulsionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Comme ce dernier exerce sa pression, une pression constante, sur le sujet, depuis l’intérieur, le sujet ne peut fuir la source du stimulus pulsionnel. Ce sont donc des contraintes toutes particulières. Et une autre conséquence est que ce qui supprime le stimulus pulsionnel, ce sera pour Freud “la satisfaction”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_7_1338" id="identifier_7_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Ibid., p.167 ">8</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Ces contraintes, que Freud place d’ailleurs comme une première possibilité offerte au sujet de pouvoir constituer une distinction entre un dedans et un monde extérieur. (“La substance perceptive de l’être vivant aura ainsi acquis, dans l’efficacité de son activité musculaire, un point d’appui pour séparer un ‘à l’extérieur” d’un ‘à l’intérieur’”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_8_1338" id="identifier_8_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Ibid., p.167 ">9</a> ) me semblent donc importantes pour aborder la question des origines de la technique depuis la psychanalyse, et saisir ainsi le pourquoi de ce déséquilibre qui se ressent au niveau du rapport à la technique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;" dir="ltr">la pulsion, véritable moteur de la culture</h2>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">En effet, à partir de ces contraintes pulsionnelles impossibles à fuir, Freud peut dire alors que ce sont les pulsions, “et non pas les stimulus externes, qui sont les véritables moteurs des progrès qui ont porté le système nerveux, à ce point infiniment performant, au degré de son développement présent.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_9_1338" id="identifier_9_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Ibid., p. 168 ">10</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Cela peut donc être interpréter comme le fait que l’homme a du développer sa culture technique en raison de ces contraintes pulsionnelles. Cette culture technique serait ainsi les actions appropriées à faire au niveau du monde extérieur afin d’apporter satisfaction à ces stimuli pulsionnels en provenance de l’intérieur de l’organisme, donc impossibles à fuir.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">“[...] l’introduction des pulsions complique le schéma-réflexe physiologique simple. Les stimuli externes n’imposent que la seule tâche de se soustraire à eux [...]. Les stimuli pulsionnels, faisant leur apparition à l’intérieur de l’organisme, ne peuvent être liquidés par ce mécanisme. Ils soumettent donc le système nerveux à des exigences beaucoup plus élevées, ils l’incitent à des activités compliquées [...] qui apportent au monde extérieur ce qu’il faut de modification pour que celui-ci procure la satisfaction à la source-de-stimulus interne, et ils le forcent avant tout à renoncer à son intention idéale de tenir à distance les stimuli, puisqu’ils entretiennent un apport de stimulus inévitable et continu.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_10_1338" id="identifier_10_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Ibid., p. 168 ">11</a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/11/Schéma-de-la-pulsion.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1345" title="Schéma de la pulsion" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2013/11/Schéma-de-la-pulsion.jpg" alt="" width="364" height="409" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;" dir="ltr">L’impossible satisfaction et le déséquilibre</h2>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Mais malheureusement, la question de la satisfaction des pulsions n’est pas aussi simple. Certes, si l’on s’en tient aux pulsions dites d’auto-conservation (faim, soif), cette satisfaction reste concevable. Mais si l’on aborde le champ des pulsions sexuelles, le champ de la satisfaction se complique.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Lacan, dans le commentaire qu’il donne du texte de Freud dans son séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, parle de cette satisfaction notamment en ces termes :</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">“[...] l’usage de la fonction de la pulsion n’a pour nous d’autre portée que de mettre en question ce qu’il en est de la satisfaction.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_11_1338" id="identifier_11_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" J. Lacan &ldquo;Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse&rdquo;, p.186 ">12</a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Dans son séminaire, Lacan pose donc que le destin de la sublimation pour la pulsion sexuelle objecte à tout abord simple de cette question de la satisfaction de la pulsion.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Cette mise en question de la satisfaction de la pulsion sera d’ailleurs une entrée par rapport au concept de jouissance, mais aussi à celui de symptôme, car c’est bien au niveau du symptôme que se pose le plus concrètement et le plus péniblement pour les patients le paradoxe de la satisfaction de la pulsion sexuelle.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Il me semble que c’est aussi à travers cette mise en question de la satisfaction de la pulsion en tant qu’aucun objet ne puisse satisfaire cette pulsion qu’on peut revenir à notre question de départ, à savoir ce déséquilibre inhérent à l’ordre technique. Le “stimulus pulsionnel” contraint donc le sujet à modifier le monde pour tenter de faire taire cette exigence de travail, en tentant de satisfaire la pulsion qu’il ne peut fuir (contrairement aux stimuli externes qu’il pourrait fuir). Les “besoins” que l’homme chercherait à satisfaire en transformant le monde par la technique sont avant toute chose d’ordre pulsionnel.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">L’hypothèse serait donc que la technique, en ce qu’elle peut avoir d’excessif justement, c’est à dire ne correspondant a priori à aucun besoin physiologique humain, prendrait source dans cette dimension des pulsions sexuelles humaines, et non dans un ordre instinctuel, a fortiori de survie.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Il y a enfin une phrase de Lacan concernant son commentaire du texte de Freud que je retiendrais ici par rapport à la question de la technique :</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">“L’intégration de la sexualité à la dialectique du désir passe par la mise en jeu de ce qui, dans le corps, méritera que nous le désignions par le terme d’appareil &#8211; si vous voulez bien entendre par là ce dont le corps, au regard de la sexualité, peut s’appareiller, à distinguer de ce dont les corps peuvent s’apparier.”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_12_1338" id="identifier_12_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" J. Lacan &ldquo;Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse&rdquo;, p.198 ">13</a></p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Cette phrase résonne éminemment avec le texte de Victor Tausk sur lequel il faudra se pencher, à savoir « <a href="http://www.dundivanlautre.fr/questions-cliniques/tausk-victor-de-la-genese-de-lappareil-a-influencer-au-cours-de-la-schizophrenie-1919" target="_blank">De la genèse de “l’appareil à influencer” au cours de la schizophrénie</a> » (1919)</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Tausk y décrit la tentative du schizophrène, dans le délire, pour se délester de ses pulsions sexuelles qui l’embarrasse dans la création d’une machine qui en retour l’influence. Cette machine a aussi la fonction d’un double, ou plus précisément, “elle fait fonction de corps”<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1338#footnote_13_1338" id="identifier_13_1338" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" S. Mendelsohn, &ldquo;Quand le corps se laisse interroger par la machine&rdquo;, in Champs psychosomatique, n&deg;39, p.128 ">14</a>.</p>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Nous y reviendrons une autre fois.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;" dir="ltr">Prométhée</h2>
<p style="text-align: justify;" dir="ltr">Enfin la question de la technique et de son origine fait partie de la mythologie grecque, avec son héros, le Titan Prométhée. Il faudra donc se pencher sur la mythologie à partir d’un texte, plutôt méconnu, de Freud, à savoir “La prise de possession du feu”. C’est ce que nous ferons plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1338" class="footnote"> B. Stiegler, Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue &#8211; De la pharmacologie, p.32 </li><li id="footnote_1_1338" class="footnote"> S. Freud, “Pulsions et destins de pulsions” in Oeuvres complètes, Tome XIX, p.169 </li><li id="footnote_2_1338" class="footnote"> Ibid., p.166 </li><li id="footnote_3_1338" class="footnote"> Ibid., p.166 </li><li id="footnote_4_1338" class="footnote"> “[...] le pulsion serait un stimulus pour le psychique.”, p.166 </li><li id="footnote_5_1338" class="footnote"> Ibid., p.166 </li><li id="footnote_6_1338" class="footnote"> Ibid., p.166 </li><li id="footnote_7_1338" class="footnote"> Ibid., p.167 </li><li id="footnote_8_1338" class="footnote"> Ibid., p.167 </li><li id="footnote_9_1338" class="footnote"> Ibid., p. 168 </li><li id="footnote_10_1338" class="footnote"> Ibid., p. 168 </li><li id="footnote_11_1338" class="footnote"> J. Lacan “Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse”, p.186 </li><li id="footnote_12_1338" class="footnote"> J. Lacan “Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse”, p.198 </li><li id="footnote_13_1338" class="footnote"> S. Mendelsohn, “Quand le corps se laisse interroger par la machine”, in Champs psychosomatique, n°39, p.128 </li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>La fonction symbolisante de l&#8217;objet   1/2</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Oct 2011 17:29:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Bion]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[Lacan]]></category>
		<category><![CDATA[René Roussillon]]></category>
		<category><![CDATA[Winnicott]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 24 octobre 2011.
Je tente ici un commentaire de l'article de René Roussillon "La fonction symbolisante de l'objet" publié dans "Agonie, clivage et symbolisation". Je le fais dans le but de lire également un article particulièrement intéressant de Winnicott « Objets de l'’usage d'un objet’ » publié dans "La crainte de l'effondrement et autres situations cliniques". J'espère pouvoir avancer quelques propositions quant à la relation que l'on peut entretenir avec "la matière numérique" comme les jeux vidéo, en usant justement du modèle que propose Winnicott.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">René  Roussillon est  membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris  et professeur de psychologie clinique à l’Université Louis-Lumière de  Lyon. La liste de ses ouvrages conséquente.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un article qui fut publié dans un premier temps en 1997 dans la <em>Revue Française de Psychanalyse</em><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn1">[1]</a>. Il appartient également au recueil de textes intitulé <em>Agonie, clivage et symbolisation<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn2"><strong>[2]</strong></a></em>.  Cet ouvrage fondamentalement clinique, comme le souligne l’auteur, vise  tout de même à proposer un modèle concernant ce que Roussillon nomme  « les souffrances identitaires-narcissiques ». Ce modèle vise ainsi, au  travers de différentes approches et de différents tableaux cliniques,  d’exposer certains processus psychiques qui seraient selon lui typiques  de ces formes de pathologie du narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je propose un modèle de de leur agencement [celui des processus psychiques] et de la fonction intrapsychique et <em>intersubjective</em> fondé sur l’hypothèse d’une organisation défensive contre les effets d’un <em>traumatisme</em> primaire clivé, et la menace que celui-ci, soumis à la contrainte de  répétition, continue de faire courir à l’organisation de la psyché et de  la  subjectivité. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce  modèle s’appuie également fortement sur un autre écrit, « La  métapsychologie des processus et la transitionnalité », que l’on peut  trouver ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Revue française de psychanalyse (Paris). 1995. Lien vers Gallica</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452348t.image.langFR" target="_blank"><strong>http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452348t.image.langFR</strong></a><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">L’article « La fonction symbolisante de l&#8217;objet »</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai  choisi de commenter cet article, car d’un point de vue théorique, il  tente d’approfondir ce qui permettrait à un sujet d’advenir, et cela, en  passant par une théorie de la mise en place chez ce futur sujet d’un  appareil de symbolisation. Cette théorie décrit ainsi la réponse de  l’Objet à certaine phases du développement.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un  point de vue clinique, les tableaux que décrit Roussillon, me semblent  tout à fait en résonnance avec ceux que je peux rencontrer chez certains  enfants que je peux rencontrer au Placement Familial Spécialisé où je  travaille. Et plus particulièrement celui d’une petite fille qui m’a  semblé pouvoir être éclairé par cette lecture.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette  perspective de l’advenue d’un sujet, liée à l’apparition de son appareil  de symbolisation, est une direction de travail que poursuit Roussillon  depuis plusieurs décennies, cela dans les traces, entre autres,  évidemment de Freud, mais aussi Winnicott, Bion ou Green.</p>
<p style="text-align: justify;">« Telle  est la fonction symbolisante de l’objet, si l’on accepte de superposer  le développement de la symbolisation avec la fonction d’appropriation  subjective et subjectivante. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est  aussi pour moi la capacité a entré dans une discussion fine avec  Winnicott qui me semble être un des apports les plus intéressants de  Roussillon.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce  texte, « La fonction symbolisante de l’objet », d’emblée on peut noter  l’équivocité qui se retrouvera tout au long de l’article, du mot  « objet ». Il désignera ainsi la mère, ou plutôt le sujet qui assume la  fonction maternelle, puis le père, ou le sujet assumant la fonction  paternelle. l’objet désigne ici ce que Roussillon appelle aussi,  « l’autre-sujet », cet Autre qui s’occupe du sujet en devenir. On  l’écrira alors l’Objet. Enfin il peut désigner d’autres types d’objets,  plus difficilement représentables, mais pouvant être instanciés parfois  par des objets matériels il me semble.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa  description du processus visant le développement de cet appareil de  symbolisation, Roussillon veut ainsi ajouter la dimension qualitative, à  la dimension quantitative, qui lui semble avoir déjà été décrite par  Freud, puis entre autres par les travaux de Benno Rosenberg, avec ses  travaux sur le masochisme comme gardien de la vie.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Comment  donc advient la symbolisation ? Quelles en sont les conditions ou  pré-conditions, avant même la possibilité de pouvoir faire intervenir ce  que l’on peut rassembler sous le nom de tiercité, fonction tierce,  fonction paternelle, etc. ? C’est l’axe principal de la réflexion que  propose ici Roussillon, qui prend également son origine dans certaines  élaborations de Winnicott que l’on verra plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons retenir de cette réflexion deux axes :</p>
<p style="text-align: justify;">-           Le détruit/trouvé de l’Objet (en lien donc avec l’élaboration de  Winnicott) et les « pré-conditions » de ce détruit/trouvé.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Le transfert de l’Objet vers d’autres objets</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">S’étayer sur l’objet ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Freud, en effet, avait ouvert un champ de questions avec ce que l’on nomme <em>la théorie de l’étayage</em>.  Roussillon reprend donc les avancées des kleiniens, et plus précisément  celles de Bion et surtout Winnicott, pour affiner cette première étape  théorique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  il conteste ce que peut induire le mot « étayage ». En effet, ce mot  induirait selon lui la possibilité que la mise en place de l’activité  représentative chez un sujet soit en quelque sorte issue d’un programme  de développement, qui inclurait l’environnement certes, mais uniquement à  une place de <em>soutien</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon  expose alors l’endroit de la théorie qu’il vise dans cet article, à  savoir : en quoi le sujet en voie d’advenir nécessite la mise en place  de son appareil de symbolisation, et en quoi cet appareil de  symbolisation nécessite un apport de l’environnement, plus précisément,  un apport de l’objet primaire, de l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon, c’est donc cet apport qu’il faut être à même de mieux  caractériser si l’on veut comprendre la genèse de l’appareil de  symbolisation. D’autre part, il lui semble possible de poser une  première hypothèse sur la nature de cet apport : ce serait un rapport  entre le futur sujet et son objet primaire <em>transféré</em> progressivement dans le rapport que le sujet entretiendra cette fois avec sa propre activité de symbolisation.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans  cette perspective, la psychose étant une structure où le fonctionnement  de l’appareil de symbolisation ( le « pensoir » selon Bion) est  généralement le plus atteint, « les différents modes de fonctionnement  psychique présentent des modes de rapport à la symbolisation, à ses  appareils et à ses fonctions qui sont différents et spécifiques »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn7">[7]</a>,  que ce soit au niveau de la symbolisation secondaire (langage),  primaire (représentations de choses), ou encore dans le fonctionnement  onirique.</p>
<p style="text-align: justify;">En  effet, le transfert dans la psychanalyse concerne, pour Roussillon (dans  la lignée d’André Green également), aussi bien, l’analyste, que la  situation (la notion de « site analytique &#8211; situation analysante » de  Jean-Luc Donnet par exemple), qui comprend quant à elle en premier lieu,  l’appareil de langage.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  l’auteur, c’est donc en s’appuyant, dans le cadre d’une psychanalyse,  sur ce transfert du sujet sur la situation analytique et ses appareils  de symbolisation (au premier rang desquels, comme on l’a dit, on  retrouvera donc le langage, mais aussi chez les enfants, le jeu) que  l’on pourra effectuer une sorte de reconstruction, théorique et  clinique, de la mise en place du rapport primitif du sujet à ses propres  appareils de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette  mise en place est donc censée avoir déjà eu lieu, via un premier  transfert, effectué préalablement dans son histoire et préhistoire, du  rapport du sujet avec son objet primaire vers ses objets oedipiens, et  enfin vers ses premiers appareils de symbolisation.  Selon Roussillon,  la situation analytique, et son principe de régression/transfert, va  ainsi permettre d’en savoir un peu plus sur certaines étapes du  développement du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="../wp-content/uploads/2011/10/Transfert-symbolisation.jpg"><img title="Transfert des rapports du sujet à l'Objet" src="../wp-content/uploads/2011/10/Transfert-symbolisation.jpg" alt="" width="580" height="120" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans  une perspective développementale, il existe en effet plusieurs  formulations théoriques pour décrire des modes de fonctionnement  sujet-objet qui ont pu être nécessaires au développement de l’individu.  Le point commun de ces modes de relations du sujet avec ses objets  premiers pourrait être le fait qu’ils sont censés écarter une  confrontation trop directe avec ces mêmes objets, une confrontation qui  pourrait être, pour le sujet désorganisante. Ces modes relationnels  primaires vont alors finir par constituer ce que Philippe Jeammet  appellent « des acquis » quant à la structuration du sujet<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn8">[8]</a>.  Selon cet auteur qui a travaillé le champ de l’adolescence, les modes  d’identification qui vont pouvoir se mettre en place comme autant de  solutions pour l’adolescent, vont dépendre de ces « acquis ». Autrement  dit, des relations antérieures sécurisantes que le sujet a pu avoir avec  ses objets primaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces  « acquis », ces relations objectales fondamentales, ont été décrites  dans un premier temps par Freud sous les termes d’activité d’étayage du  nourrisson par la mère (encore que la notion d’étayage fait débat et  renverrait chez Freud à un développement psychosexuel plutôt  solipsiste), ou, de façon originale, par Winnicott, avec l’aire  transitionnelle où l’enfant a pu faire usage de l’objet sans qu’il lui  reconnaisse une existence propre, se construisant la capacité illusoire  de créer cet objet au moment où il en a eu besoin. Ce fonctionnement  omnipotent transitoire, mais nécessaire, aboutira selon Winnicott à ce  qu’il a appelé « la capacité à être seul en présence de la mère »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn9">[9]</a>, où l’Objet change cette fois de statut, il constitue une sorte de cadre pour l’enfant.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn10">[10]</a> Nous reviendrons sur cela plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir à Roussillon, l’objectif de cet article est de mieux dégager les aspects de cette <em>fonction symbolisante des différents objets</em> qui interviennent comme on l’a vu à différentes périodes, c’est-à-dire  finalement, d’être en mesure de mieux décrire d’une part ce premier  transfert des rapports sujet-Objet, au cœur du procès du sujet selon  lui. Puis dans un second temps, de pouvoir penser la place et le  positionnement de l’analyste avec certains patients, afin d’accompagner  ou de relancer la dynamique de construction et de transfert des rapports  sujet-appareils de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">La question de la fonction symbolisante proprement dite</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon, il lui semble que jusqu’à présent, seules deux conditions ou  pré-conditions à la mise en place d’appareils de symbolisation, ont été  abordées dans la théorie, et qu’elles visent plutôt les  objets  oedipiens :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      <span style="text-decoration: underline;">Une condition économique</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">« La première a trait à la <em>fonction pare-excitante</em> ou pare-quantité de l’environnement »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Classiquement,  après Freud, le traumatisme surgit lorsque l’excitation déborde les  possibilités de liaison ou de décharge de l’appareil psychique de  l’infans. Il est donc nécessaire que la quantité d’excitation à lier  reste dans les capacités du sujet, pour que « le passage de  l’hallucination-perceptive à la simple représentation de chose » soit  possible.</p>
<p style="text-align: justify;">En  effet, l’excitation induite principalement par l’absence de l’objet  entraîne la nécessité chez le sujet d’user de la représentation (de la  chose hallucinée) pour s’assurer une certaine continuité psychique. Cela  est possible, mais dans une certaine limite de temps. On pourrait  ajouter que la trop grande présence de l’objet peut induire également  une excitation pénible pour le sujet, mais qu’il lui sera peut-être plus  difficile d’user du même recours.</p>
<p style="text-align: justify;">2)      <span style="text-decoration: underline;">Une condition qualitative</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Celle-ci est toujours en lien avec l’appareil de protection (le <em>Reizschultz </em>freudien traduit  par « protection contre l’excitation » par Laplanche et Pontalis, et  qui fut introduit par Freud dans « Au-delà du principe de plaisir » en  1920 et utilisé dans « Note sur le bloc magique » de 1925 mais aussi  « Inhibition, symptôme et angoisse » de 1926<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn12">[12]</a>) contre les excitations externes, mais cette fois, c’est le repérage de la manière dont ce <em>Reizschultz</em> est mis en œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  Roussillon relie cependant cet aspect qualitatif de la fonction  pare-excitante à la triangulation oedipienne (« l’attracteur  oedipien »). Les prémices de celle-ci ayant été conceptualisée par  différents auteurs (Il cite « La censure de l’amante » chez Michel  Fain ; « la menace de castration » chez Freud ; on ajoutera quant à nous  Lacan et la place du phallus dans le triangle enfant-mère-phallus, dans  son séminaire <em>La relation d’objet </em>).<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est  vrai que le pare-excitations chez Freud était à l’origine issu d’un  modèle psychophysiologique, et semblait plutôt appartenir au sujet  lui-même, c’est-à-dire que ce pare-excitation n’était pas spécialement  relié à une caractéristique de l’objet primaire ou à une éventuelle  fonction symbolisante de ce dernier. Dans les modèles actuels, le  pare-excitation semble donc s’être transféré du sujet vers l’écart, vers  le rapport entre ce sujet et son objet primaire, son Autre primordial.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous  ces repères, que l’on ne fait que rappeler rapidement, fournissant « la  matrice de la fonction symbolisante des objets oedipiens » ne semblent  pas suffisants pour Roussillon pour aborder une certaine clinique,  précisément, celle qu’il a nommé « les souffrances  identitaires-narcissiques ». Ou autrement dit, une fois que la fonction  de cette Tiercité, ce cadre oedipien, est posée comme condition générale  de la symbolisation, il n’en reste pas moins la tâche au  clinicien-théoricien de décrire plus finement comment ce cadre est  « subjectivé », autrement dit comment le sujet s’approprie cette  condition générale.</p>
<p style="text-align: justify;">A  ces premières conditions de mise en place de la fonction symbolisante,  Roussillon accroche alors la notion de « fonction contenante maternelle  ou parentale », ou encore celle de « rêverie maternelle » chez Bion. Ces  auteurs ont en effet décrit certaines caractéristiques du côté de  l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces différentes notions ou références renvoient donc cette fois à <em>une modalité de présence réflexive de l’objet</em>,  censée être en mesure d’accueillir, de transformer, et finalement de  lier l’excitation en provenance du sujet, dans le but de lui permettre  de déployer ses propres capacités représentatives.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais,  cette « rêverie maternelle » reste pour Roussillon, une « vraie »  rêverie des analystes qui se contenteraient de prendre une métaphore,  certes heuristique, pour une vraie description. « L’abstraction des  formulations de W. Bion concernant la transformation des éléments bêta  en fonction alpha, a paradoxalement elle aussi pris une valeur  métaphorique dans l’échange interanalytique. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Winnicott contre Bion</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Devant  les problèmes posés par « la rêverie maternelle », Roussillon fait alors  appel à Winnicott pour souligner deux problèmes permettant d’introduire  une discussion plus fine avec ce dernier.</p>
<p style="text-align: justify;">1)       Comment s’effectue le passage, le transfert des fonctions assurées tout  d’abord par la mère ou son substitut, vers le futur sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">En  somme, comment le sujet en vient à assumer lui-même la fonction  maternelle, ou la rêverie maternelle ? Est-ce « simplement » par  identification ? Cela paraît en effet difficile. Roussillon souligne  justement que nous sommes en-deçà d’une possible identification de ce  type, que l’identification qui est convoquée généralement pour expliquer  ce transfert fait partie du problème lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">2)       Le second problème peut être décrit à partir de la situation analytique  en tant que l’analyste peut être un objet à la fois pris dans le  narcissisme du sujet, c’est-à-dire imaginairement identique pour le  sujet, et un objet gardant une part d’altérité, car il reste un Autre  sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon c’est « le problème de l’articulation de deux faces de la  fonction symbolisante des objets. Ils sont à la fois – c’est la  difficulté que je notais plus haut concernant l’Œdipe – objet à  symboliser, dans leur différence, leur altérité, leur manque, et objets  « pour » symboliser. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que  Roussillon veut avancer, c’est que cette clinique des « souffrances  identitaires-narcissiques » lui semble mettre en avant le fait que si la  triangulation n’existe pas (et même si elle finit par exister mais que  l’on se place dans le temps précédent sa mise en place, celui d’un face à  face avec l’objet) il reste à tenter de saisir <em>comment le sujet en vient à symboliser l’altérité de cet objet, en s’appuyant sur ce même objet</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet  « pour » symboliser désignant ainsi « l’objet en tant que celui-ci se  prête au jeu de la symbolisation du sujet, en tant qu’il accepte  d’effacer ou d’atténuer le rappel de son altérité pour permettre  celle-ci. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn16">[16]</a> Cet aspect de l’objet sera alors à articuler avec la notion  d’utilisation de l’objet chez Winnicott que l’on va détailler plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est  à ce point que l’on peut faire un petit parallèle avec Lacan.  Roussillon transforme l’Objet, ou plutôt la rencontre avec l’altérité de  l’Objet, en ce qu’il appelle un « autre-sujet ». Car en effet, cette  part d’inconnu chez l’Objet qui résiste au futur sujet provient du fait  que cet Objet est également lui-même un sujet, et non pas simplement un  objet. Il me semble que c’est précisément un des aspects du grand Autre  chez Lacan (la part d’altérité absolue), que l’on peut retrouver  notamment dans ses développements lors du séminaire sur <em>La relation d’objet.</em> Que veut ce sujet, que me veut-il. Pourquoi ces allées et venues ? etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre  point qui me paraît intéressant. Lacan essaie de bien distinguer la  privation, la frustration la castration dans leurs rapports aux  dimensions symbolique, imaginaire et réel. (Vous pouvez lire mes notes  ici : <a title="Lien permanent : Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)" href="../?p=623" target="_blank">Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)</a> ) S’il tente de mieux faire sentir ce qu’est la frustration, comme  plaque tournante par rapport à l’entrée dans le symbolique, comme moment  essentiel et fugitif, mais surtout particulièrement dépendant de la  réponse que l’Autre va apporter à la demande du sujet<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn17">[17]</a>, c’est également pour essayer de saisir, il me semble, <em>la place et la qualité de présence de l’Autre</em>,  au sein du procès du sujet, autrement dit au sein des processus visant  la construction des appareils de symbolisation de ce futur sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans  ses développements, Lacan place comme objet fondamental, l’objet  phallique. Mais ce n’est pas pour rien qu’il est lui aussi en dialogue  avec Winnicott dans ce séminaire, qui est un séminaire portant  finalement sur la fonction maternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon tente donc de dégager, dans ce dialogue avec Winnicott, <em>les modalités de présence de cet Autre</em> dans le rapport que ce dernier peut entretenir avec le futur sujet. Il  essaie d’articuler ces modalités avec leurs conséquences sur les  possibilités de symbolisation du côté du sujet. Tout comme Lacan essaie  de cerner comment la mère peut introduire son enfant à l’ordre  symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  Roussillon adopte quant à lui la perspective de Winnicott ainsi que son  vocabulaire. A savoir que Roussillon distingue ce qu’il nomme « le  rapport à l’objet » de l’expression « la relation d’objet », afin  d’introduire la notion winnicottienne « d’utilisation de l’objet ».  Ainsi « le rapport à l’objet concerne la dialectique qui s’établit entre  la relation à l’objet et l’utilisation de l’objet. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La  notion « d’utilisation de l’objet » chez Winnicott désignera alors pour  Roussillon ce que l’on a décrit de l’objet « pour » symboliser, à savoir  les modalités de présence de l’objet permettant au futur sujet de  mettre en place une relation d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Le  processus qui mène de l’usage d’un objet à la relation d’objet est  décrit par Winnicott à l’aide de  « la destruction de l’objet », en lien  avec les phénomènes transitionnels.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous  nous pencherons donc la prochaine fois sur Winnicott et l’article  « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ », afin de rappeler quelques éléments  sur le modèle qu’il propose de l’accès à la réalité par le sujet. Car  c’est un problème concomitant à celui de la constitution de l’Objet et  des appareils de symbolisation du sujet. Puis nous reviendrons à  Roussillon dans un second temps.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref1">[1]</a> RFP 1997, vol. 61, n<sup>o</sup> 2.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref2">[2]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref3">[3]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.9</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref4">[4]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.169</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref5">[5]</a> « […] la symbolisation ne va pas de soi, [qu’] elle est le fruit d’un <em>travail interne</em> qui requiert plus que la simple retenue de la décharge […] », René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.169</p>
<p style="text-align: justify;">Lire à ce sujet, Benno Rosenberg et Claude Le Guen, <em>Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie</em>, PUF, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref6">[6]</a> « Les caractéristiques du rapport primaire à l’objet tendent à se  transférer dans le rapport du sujet à l’activité de symbolisation et à  la ‘reconnaissance’ symbolique qu’il pourrait en attendre. », p.170</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref7">[7]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.171</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref8">[8]</a> Philippe Jeammet, « Les enjeux des identifications à l’adolescence », in <em>Psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent</em>, sous la direction de Claudine Geissmann et Didier Houzel, Bayard, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref9">[9]</a> D.W. Winnicott, « La capacité d’être seul », 1958, in <em>De la pédiatrie à la psychanalyse</em>, Payot,1969.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref10">[10]</a> Vous trouverez quelque chose de plus développé ici : <a href="../?p=62">Narcissisme et adolescence – première partie</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref11">[11]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.172</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref12">[12]</a> Il semble que Freud ait postulé dès 1895 l’existence d’appareils  protecteurs à l’endroit des excitations externes. Cette nécessité  d’appareils protecteurs serait à relier à l’importance posée du principe  d’inertie du système neuronique.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref13">[13]</a> « Le pare-excitation par excellence est le fruit de la tiercité qui  fonde le caractère organisateur de la double différence, des sexes, des  générations. », René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.173</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref14">[14]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 173.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref15">[15]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 174</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref16">[16]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.175</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref17">[17]</a> Lacan, <em>La relation d’objet</em>, p. 100 et 101</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref18">[18]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 175</p>
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		<title>De l’analyse comme bundling (19/12/1956) et ses conséquences…</title>
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		<pubDate>Mon, 03 Oct 2011 09:55:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, le 3 octobre 2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lacan reprend sa critique de la notion de relation d’objet telle qu’il la retrouve dans les textes de son époque. Il cite ainsi Maurice Bouvet, mais aussi un article de Pierre Marty et Michel Fain, « L’importance du rôle de la motricité dans la relation d’objet »<a href="#_ftn1">[1]</a>, comme « un exemple vivant de la conception dominante. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est un article que vous pouvez lire ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54459170.image.langFR.r=Revue%20fran%C3%A7aise%20de%20psychanalyse,%201955">Numéro de la Revue Française de Psychanalyse de 1955</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce que Lacan retire de cette conception qu’il appelle dominante de l’analyse :</p>
<p style="text-align: justify;">-    L’analyste est posé comme un objet extérieur réel.</p>
<p style="text-align: justify;">-    Le patient est donc le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">-    Le couple sujet-patient / analyste-objet réel est « l’élément animateur du développement analytique »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">-    Le sujet-patient étant dans l’impossibilité de se mouvoir, se déploie alors « la relation pulsionnelle primitive ».</p>
<p style="text-align: justify;">-    Etant donné que la convention analytique empêche une relation réelle avec l’objet extérieur (l’analyste-objet réel), le sujet-patient fait alors preuve d’une relation avec un objet interne imaginaire qui reste « la personne présente, mais en tant que prise dans les mécanismes imaginaires déjà institués par le sujet. »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">-    D’où il s’ensuit une discordance entre l’objet fantasmatique/imaginaire et l’objet réel. Et la saisie conceptuelle de cette discordance avec la notion de « distance névrotique que le sujet impose à l’objet »<a href="#_ftn5">[5]</a>. C’est-à-dire que le sujet ne peut réaliser complètement la présence réelle de l’objet extérieur, du fait de la place et de l’importance de cet objet imaginaire qui vient comme s’intercaler. Le progrès de l’analyse est alors conçu comme une progression vers la possibilité de réaliser toujours plus réellement cet objet réel qu’est l’analyste, et de réduire la part fantasmatique qui vient y faire obstacle. Selon Lacan : « C’est ainsi que la situation analytique se trouve conçue comme une situation réelle, où s’accomplit une opération de réduction de l’imaginaire au réel. Dans le cadre de cette opération, il se déroule un certain nombre de phénomènes qui permettront de situer les différentes étapes où le sujet est resté plus ou moins adhérent, ou fixé, à la relation imaginaire. »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan en conclue le fait que dans cette conception « on ne sait pas pourquoi l’on y parle »<a href="#_ftn7">[7]</a> et si l’on y parle, dans cette conception, du fait de parler, c’est pour rabattre finalement la verbalisation sur la manifestation motrice de la pulsion.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan rappelle le schéma posé en toute première séance, le schéma Z :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_823" class="wp-caption aligncenter" style="width: 738px"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/10/Schma-en-Z.jpg"><img class="size-full wp-image-823" title="Schéma en Z" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/10/Schma-en-Z.jpg" alt="" width="728" height="334" /></a><p class="wp-caption-text">Schéma en Z</p></div>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le sujet y est en lien avec l’Autre, S-A. L’Autre y étant défini principalement comme « le lieu de la parole », et cette ligne S-A, comme le lieu d’établissement de « tout ce qui est de l’ordre transférentiel, l’imaginaire y jouant précisément un rôle de filtre, voire d’obstacle ». C’est par ailleurs « la ligne a-a’ [qui] concerne la relation imaginaire »<a href="#_ftn8">[8]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan essaie ainsi, avec son schéma, de montrer comment cette conception dominante pose les choses, mais également de faire sentir comment il pose de son côté, une autre conception, à la fois du sujet, et du déroulement de l’analyse. Pour lui, il ne s’agit plus de réduire l’obstacle imaginaire, pour accéder à un analyste réel supposé, mais de permettre au sujet « de s’achever, de se réaliser autant comme histoire que comme aveu […] »<a href="#_ftn9">[9]</a>, autrement dit, d’articuler d’abord le passage par le symbolique (la névrose étant conçue chez lui à cette époque comme « l’impossibilité de l’avènement symbolique »<a href="#_ftn10">[10]</a>), avant de faire jouer la réalité supposée accessible du côté de l’analyste.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Objet médiateur et objet phallique</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la séance sur les trois formes du manque d’objet, Lacan avait introduit ce qu’il avait appelé la triade imaginaire, mère-phallus-enfant « en tant que prélude à la mise en jeu de la relation symbolique, laquelle ne se fait qu’avec la quarte fonction, celle du père, introduite par la dimension de l’Œdipe »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’on utilise une médiation dans le travail analytique avec un enfant, j’avais avancé (ici :<a title="Lien permanent : « De l’objet à la médiation », ou le jeu vidéo comme objet médiateur au sein d’un groupe" href="../?p=518">« De l’objet à la médiation », ou le jeu vidéo comme objet médiateur au sein d’un groupe</a>)  l’hypothèse que l’utilisation d’un objet médiateur n’était peut-être pas sans lien avec l’objet phallique.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le préciser ici, je dirai d’une part que l’objet médiateur pourrait jouer ce rôle de polarisation des désirs dans le cadre d’un travail individuel, et cela particulièrement pour des sujets qui auraient des difficultés à supporter quelque chose dans un face à face, dans la mesure où cela les inhiberait.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet médiateur matérialiserait alors le fait que le désir de l’analyste ne serait pas « focalisé » uniquement sur le sujet-patient. La présence de cet objet médiateur, médiateur pour les deux désirs en présence (celui de l’analyste donc, et celui du patient), pourrait ainsi « alléger » une situation qui confronterait le patient avec une situation qui rappellerait celle où l’enfant est censé « réaliser » sur lui l’image phallique…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Paradoxalement, c’est « la déception fondamentale de l’enfant » qui est censée se produire lorsqu’il reconnaît que la mère désire ailleurs, qu’il n’est pas l’objet unique de son désir, autrement dit lorsqu’il reconnait que « l’intérêt de la mère, plus ou moins accentué selon les cas, est le phallus ». Lacan laisse en suspens la manière dont l’enfant s’y prend, les conditions par lesquelles passe l’enfant pour reconnaître donc dans un premier temps que sa mère désire autre chose que lui, et dans un second temps, qu’elle manque de quelque chose, donc qu’elle désire tout court.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je me demande si, dans la situation où l’enfant s’est vu soumis « aux caprices » de la mère, dans le sens où cet objet phallique n’était pas spécialement repérable chez la mère, où ce phallus n’ordonnait pas (ne mettait pas un peu d’ordre) les conduites maternelles, vécues alors comme erratiques par l’enfant (cf mes notes sur la séance intitulée <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=623">&laquo;&nbsp;le phallus et le météore&nbsp;&raquo;</a>), une relation thérapeutique entre un analyste et un enfant, dans un premier temps et sous certaines conditions, peut éventuellement réactualiser cette première situation. Je pense à des situations où les enfants ont vécu des situations d’abandon précoces et importantes du fait, non pas d’une volonté de maltraitance active, mais d’une impossibilité maternelle à s’occuper, à se préoccuper, d’eux.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet médiateur, dans le cas d’un travail individuel, pourrait alors permettre de donner, pendant un temps, un sens aux conduites de l’analyste qui peuvent apparaître potentiellement angoissantes pour l’enfant. « Nous (l’enfant et l’analyste) sommes là, ensemble, pour et à travers cet objet ». Et ce dernier va progressivement ouvrir la relation vers un ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">La présence de l’objet phallique permet en effet d’articuler la fonction maternelle et l’entrée en jeu de la fonction paternelle, associée à ce que Lacan nomme « la déception fondamentale de l’enfant »<a href="#_ftn12">[12]</a>. Cette articulation est aussi le passage de la frustration (ce manque imaginaire d’un objet réel, supporté par un agent symbolique), vers la castration (ce manque symbolique d’un objet imaginaire, le phallus).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Phobie, déception et rapport à la machine<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, la phobie serait une construction du sujet pour faire face à cette déception fondamentale. On a vu également que Lacan usait de l’article d’Anneliese Schnurmann pour en faire la démonstration.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan fait alors quelques remarques sur les deux types de relations libidinales chez Freud, la relation anaclitique et narcissique, et plus spécialement sur la première. Il la déplie à l’aide de ce qu’il vient de montrer, à savoir que l’enjeu y est de dépendance à l’autre, certes (ce que le mot d’anaclitique est censé désigner) mais surtout de dépendance du sujet (l’homme), vis-à-vis de l’exercice de la satisfaction de l’autre (la femme comme substitut maternel) qui vient lui signifier en retour qu’il possède bien l’objet du désir de la mère.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, Lacan prend le fétichisme comme exemple de la solution perverse permettant d’éviter au sujet la confrontation avec l’intersubjectivité, et d’une certaine manière donc, avec le désir chez l’objet de son désir. Le fétichiste « dit lui-même qu’il trouve finalement son objet, son objet exclusif, d’autant plus satisfaisant qu’il est inanimé. […] assuré de ne pas avoir de déception de sa part. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La perversion est ainsi présentée par Lacan, comme une autre solution, « non typique » dit-il, sur un mode imaginaire, comme par exemple dans « l’identification de l’enfant à la mère », lorsque l’articulation que l’on a décrite de la fonction paternelle à la fonction maternelle, via l’objet phallique, ne se fait pas.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il peut se faire, en effet, qu’un accident évolutif ou une incidence historique porte atteinte aux liens de la relation mère-enfant par rapport au tiers objet, l’objet phallique, qui est à la fois ce qui manque à la femme et ce que l’enfant a découvert qui manque à la mère. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Là encore, lorsque certains parlent d’addiction aux jeux vidéo, il faut s’interroger plus en avant, à quelle place est mise la machine chez ces sujets. Quelle est la nature de l’objet utilisé dans ces cas-là ?</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-il s’agir d’une solution perverse transitoire, où le sujet tente ainsi de s’éviter la part d’angoisse dans la relation intersubjective en investissant la machine comme objet de désir presque unique. Le sujet est alors presque assuré de ne pas rencontrer de déception du côté de la machine.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le dit de manière humoristique Lacan (qui aime bien d’ailleurs prendre cet exemple de la pantoufle), « Aimer une pantoufle, c’est vraiment avoir l’objet de ses désirs à sa portée. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>De l’amour courtois et des artefacts pervers…</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan s’est intéressé à l’amour courtois tout au long de ce séminaire. Et il me semble que cette séance est la première occasion où qu’il commence à en parler.</p>
<p style="text-align: justify;">« Ces techniques et ces traditions, à partir du moment où on en a la clef, on en retrouve dans d’autres aires culturelles les points d’émergence, explicitement formulés, car cet ordre de recherche dans la réalisation amoureuse a été posé à plusieurs reprises dans l’histoire de l’humanité de façon tout à fait consciente.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est visé et effectivement atteint, c’est sans aucun doute un au-delà du court-circuit physiologique, si on peut s’exprimer ainsi. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour illustrer une certaine analogie avec la solution perverse, Lacan rapproche finalement la conduite de la cure qui oublie la place du symbolique dans la relation analyste-analysant, en centrant sa conception sur la relation d’objet conçue comme dialectique entre l’imaginaire de l’objet interne et le réel de l’analyste, d’une « conception des relations amoureuses » nommée <em>bundling</em>, où une femme se livre certes à un homme, mais reste totalement inaccessible physiquement, elle est entourée dans un drap…</p>
<p style="text-align: justify;">Il reproche ainsi à cette conception psychanalytique, la production de comportements fétichistes, de passages à l’acte, de réactions perverses, qu’il nomme aussi « artefacts pervers ». Et il prend comme exemple un article de Ruth Lebovici, « Perversion sexuelle transitoire au cours d’un traitement psychanalytique »<a href="#_ftn17">[17]</a> qui s’intéresse à un sujet phobique, qui en réaction à certaines interprétations de l’analyste, se construit un fantasme pervers avant de mettre en acte sa solution.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan interprète les différentes étapes du traitement telles qu’elles sont relatées dans l’article relativement à sa critique de la conception de l’analyse en cours et des interprétations qui en découlent, et qui mettent donc au premier plan « la notion de la distance à l’objet-analyste en tant qu’objet réel »<a href="#_ftn18">[18]</a>. Selon lui, cette conception et les actes de l’analyste sont corrélatifs à l’adoption par le sujet de solutions perverses ; cela pousse littéralement le sujet à des artefacts pervers.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Pierre Marty et Michel Fain, « L’importance du rôle de la motricité dans la relation d’objet », in Revue française de psychanalyse, 1955, vol 19, n° 1-2.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.77</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.77</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.78</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.78</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.79 et 80</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.80</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.80</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.81</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.81</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.81</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.81</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.85</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.84</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.86</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.88</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Ruth Lebovici, « Perversion sexuelle transitoire au cours d’un traitement psychanalytique », in <em>Bulletin d&#8217;activité des psychanalystes de Belgique</em>, 1956.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.91</p>
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		<title>La dialectique de la frustration (12/12/1956)</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Sep 2011 14:20:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[frustration]]></category>
		<category><![CDATA[IA]]></category>
		<category><![CDATA[jeux vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[la relation d'objet]]></category>
		<category><![CDATA[Lacan]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, le 22 septembre 2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Paris, le 22 septembre 2011.</p>
<p style="text-align: justify;">La semaine suivante, Lacan propose d’emblée un tableau récapitulatif « qui permet d’articuler avec précision le problème de l’objet tel qu’il se pose dans l’analyse »<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<table style="text-align: justify;" border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td width="205" valign="top"><strong>Agent</strong></td>
<td width="205" valign="top"><strong>Manque d’objet</strong></td>
<td width="205" valign="top"><strong>Objet</strong></td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top"></td>
<td width="205" valign="top">Castration</p>
<p><em>Dette symbolique</em></td>
<td width="205" valign="top">imaginaire</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top"></td>
<td width="205" valign="top">Frustration</p>
<p><em>Dam imaginaire</em></td>
<td width="205" valign="top">réel</td>
</tr>
<tr>
<td width="205" valign="top"></td>
<td width="205" valign="top">Privation</p>
<p><em>Trou réel</em></td>
<td width="205" valign="top">symbolique</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Puis il dit une chose intéressante qui prend à rebours l’idée répandue selon laquelle le scandale de la psychanalyse serait d’avoir mis l’accent sur la sexualité (voir d’avoir produit un certain pansexualisme), à savoir que le scandale serait plutôt d’avoir exposé les paradoxes de cette sexualité, à savoir par exemple que « l’approche de l’objet sexuel présente une difficulté essentielle qui est d’ordre interne. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il en dira une autre un peu plus loin que je trouve tout aussi importante, car peu reprise. C’est le fait que l’important dans le développement de l’enfant, est non pas la fameuse toute-puissance de cet enfant, mais la toute-puissance de la mère ou de son substitut. C’est un des signes qui montrent que Lacan est en dialogue critique avec Winnicott dans ce séminaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette première idée donc contredit, on le dit encore une fois, toute approche théorique qui proposerait la théorie d’un objet pleinement satisfaisant pour le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le démontrer, il rappelle au travers d’une citation<a href="#_ftn3">[3]</a> issue de l’article de 1915 « Pulsions et destins de pulsions », que Freud n’établissait aucun lien préétabli entre la pulsion et son objet. L’objet est conçu comme variable et même interchangeable vis-à-vis de la satisfaction de cette pulsion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La notion qui va par contre être au centre de cette séance est donc celle de frustration.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il s’agit pour nous de la critiquer afin de la rendre utilisable et, pour tout dire, cohérente avec ce qui fait le fond de la doctrine analytique […] »<a href="#_ftn4">[4]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons que la castration, comme on l’a vu au cours de la séance « Les trois formes du manque d’objet du 28/11/1956 », est en lien avec l’ordre symbolique, et plus précisément avec une dette symbolique. L’objet de cette dette est (pour le moment) un objet imaginaire, et c’est le phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>A propos du phallus, et de sa nature</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">A ce sujet, on peut rappeler la question que pose Moustapha Safouan dans son livre <em>Lacaniana</em> au sujet de cet objet imaginaire phallique. S&#8217;agit-il « du même imaginaire que celui qui est en jeu dans la relation avec le semblable, l&#8217;imaginaire spéculaire&nbsp;&raquo;<a href="#_ftn5"><em><strong>[5]</strong></em></a>. C’est une question qui touche juste, car il se pourrait ainsi que l&#8217;imaginaire dégagée par la notion de phallus soit d&#8217;un ordre différent que celui dégagé par la relation au miroir.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Safouan, c&#8217;est une distinction importante, car « La difficulté qu&#8217;aura Lacan à frayer son chemin sera d&#8217;autant plus grande que la question [celle d'un imaginaire distinct] n&#8217;est pas formulée. Celle que le lecteur aura à le suivre ne le sera pas moins. »<a href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il me semble également que c’est une question que traite Braunstein dans le chapitre « Le phallus comme SOS (signifiant, organe, semblant) »<a href="#_ftn7">[7]</a> de son livre <em>Depuis Freud, après Lacan – déconstruction dans la psychanalyse</em>. Braunstein examine comment la nature du registre dans lequel Lacan situe ce phallus oscille tout au long des années de son séminaire. En suivant Braunstein, il faudrait donc examiner de plus près comment Lacan écrit sur le phallus dans son article <em>la signification du phallus<a href="#_ftn8"><strong>[8]</strong></a></em> en mai 1958, et comment il semble rectifier son propos au cours du séminaire de 1970-1971, <em>D’un discours qui ne serait pas du semblant<a href="#_ftn9"><strong>[9]</strong></a></em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce sera pour une autre fois…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>L’enjeu réel de la frustration </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Revenons à la question de la castration, la question qui se pose est celle d’y articuler la notion de frustration. Et la première étape au sujet de la frustration va être de noter avec insistance que la frustration introduit un mode de relation à l’objet qui est à placer sur le plan du réel.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan rappelle combien la littérature psychanalytique a porté un intérêt croissant aux conditions réelles du développement du sujet. Cela est palpable jusqu’à aujourd’hui. J’ajouterai que ce fut aussi le développement d’un intérêt des psychanalystes pour l’observation directe des enfants. Lire <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=418">ici</a> et <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=423">ici</a> sur le courant d’étude des interactions précoces</p>
<p style="text-align: justify;">Une définition de la frustration pourrait être selon Lacan :</p>
<p style="text-align: justify;">« La frustration est donc considérée comme un ensemble d’impressions réelles, vécues par le sujet à une période de développement où sa relation à l’objet réel est centrée d’habitude sur l’imago dite primordiale du sein maternel, par rapport à quoi vont se former chez lui ce que j’ai appelé tout à l’heure ses premiers versants et s’inscrire ses premières fixations, celles qui ont permis de décrire les types des différents stades instinctuels. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Alors « […] qu’en est-il de ce rapport, le plus primitif, du sujet avec l’objet réel ? »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’auto-érotisme désigne-t-il un état où n’existe pas d’objet réel, extérieur au sujet, et avec lequel justement le sujet serait en relation ? Le sein peut-il être considéré comme un objet réel pendant la phase dite auto-érotique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Avant d’aborder la théorie kleinienne pour avancer sur la notion de frustration, Lacan cite comme premier exemple la théorie du <em>primary love</em> des Balint, qui tente selon lui de concilier l’existence d’une phase auto-érotique  et l’existence d’un objet réel, reconnu par l’enfant pendant cette phase, en proposant cette idée d’un amour parfait et complémentaire entre l’enfant et sa mère. Puis il la critique comme tout à fait contraire à l’expérience clinique.</p>
<p style="text-align: justify;">Il soutient par contre les positions de Klein, vis-à-vis de critiques qui reprochent à « la géniale tripière » de produire une sorte de schéma du développement où justement, tout serait déjà contenu en quelque sorte à l’intérieur du sujet, une théorie platonicienne qui oublierait finalement les conditions réelles dans lesquelles se développe le sujet, pour mettre l’accent sur la reconnaissance. Lacan finit par s’interroger sur l’hypothèse qui lui semble féconde de l’Œdipe précoce selon Klein.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces détours pour revenir au point de départ :</p>
<p style="text-align: justify;">« On a tort de ne pas partir de la frustration qui est le vrai centre quand il s’agit de situer les relations primitives de l’enfant. »<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Les deux pôles de la frustration et…  les jeux vidéo</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan propose finalement deux versants dans la frustration :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      <em>L’objet réel</em>. Pas de manque. Pour Lacan, même dans la phase auto-érotique, où l’autre n’est pas encore conçu, l’objet réel existe et exerce bel et bien une influence sur l’enfant, « bien avant d’avoir été perçu comme objet. »<a href="#_ftn13">[13]</a> Mais surtout, il faut l’introduction de « périodicité » entre des absences, des « trous et des carences », pour que cet objet commence d’être perçu véritablement par le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>2) </em><em>L’agent</em>. C’est-à-dire ici la mère. « La mère est autre chose que l’objet primitif. Elle n’apparaît pas en tant que telle dès le départ, mais, comme Freud l’a souligné, à partir de ses premiers jeux, jeux de prise d’un objet parfaitement indifférent en lui-même et sans aucune espèce de valeur biologique. »<a href="#_ftn14">[14]</a> C’est la mère qui, par ses jeux donc, va introduire le sujet au manque d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan s’est donc bien intéressé à Winnicott. J’aurais envie de dire que ses propositions, ce que Miller appelle « La théorie du manque d’objet », s’articulent avec celles de Winnicott sur l’aire transitionnelle, elles semblent tout à fait se construire en dialogue avec le psychanalyste britannique. En dialogue critique, il faut ajouter.</p>
<p style="text-align: justify;">Car Lacan dit à un moment, au sujet de cette frustration, que l’objet peut changer de statut uniquement grâce à cette périodicité des absences, et que nous n’avons pas besoin de postuler chez le sujet la distinction d’un moi et d’un non-moi.<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Alain Vanier rappelle que le 3 février 1975, à l’Institut français de Londres, Lacan disait que son objet <em>a</em> était ce que Winnicott appelait l’objet transitionnel<a href="#_ftn16">[16]</a>. Il rappelle également que les points de rencontre entre ces deux grands analystes ont été autour de trois thèmes principaux : « Tout d’abord la question de l’objet, puis celle du stade du miroir et enfin celle du self. Avec en filigrane, le problème de la position de l’analyste dans la cure. »<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Concernant les jeux vidéo, il a souvent été question d’auto-érotisme à leur sujet. La thèse de Mathilde Cador-Delcourt s’intitule par exemple : « L’addiction aux jeu vidéo : une activité auto-érotique ? »<a href="#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’objet serait réel, le manque imaginaire. On parle de jouissance auto-érotique où l’Autre serait absent.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Yves Le Fourn écrit également : « Avec les jeux vidéo, l’enfant ne rejoue que rarement : il demande à ce qu’on lui en ‘achète  un autre’. Le plaisir à jouer, à partager du temps, à recommencer est remplacé par le plaisir du « toujours plus » d’isolement, du «  toujours plus » de jouissance auto-érotique. En paraphrasant Melanie Klein, on pourrait dire que « le jeu (vidéo) transforme l’angoisse de l’enfant en réussite (impossible) de rencontrer cet Autre, autre que lui-même ». Peut-on alors jouer, au-delà du défi ou d’une compétition classique, avec la rencontre d’un Autre soi-même virtuel ? »<a href="#_ftn19">[19]</a></p>
<p style="text-align: justify;">De quelle nature est cet Autre virtuel, cette IA, pour le joueur ? Je ne suis pas certain qu’elle puisse se réduire à « soi-même ». Il n’est pas certain que le temps du jeu, il soit difficile de distinguer si l’IA du jeu vidéo est si différente d’un Autre sujet, d’un Autre, certes absent physiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait également essayer de reprendre cette réflexion autour de la frustration dans les jeux vidéo. Car ces derniers fonctionnent beaucoup avec elle. C’est un grand moteur dans ce type de jeux. Comme le dit Lacan, la frustration est « une impression très réelle ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la frustration de ne pas réussir, de ne pas savoir comment passer telle situation, frustration de n’avoir pas fait un bon score, etc. Tout cela peut rendre d’ailleurs parfois un peu agressif, tendu, mais donne finalement généralement envie de s’y remettre, sauf si un point de non-retour est atteint où c’est plutôt l’abandon du jeu qui prime alors. Du côté des game designers, il faut donc un bon dosage de la frustration dans le gameplay.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel serait l’agent dans les jeux vidéo qui distille cette frustration ? Pourrait-elle être l’IA (l’Intelligence Artificielle) ?</p>
<p style="text-align: justify;">Certains psychologues, comme Thomas Gaon<a href="#_ftn20">[20]</a>, ont articulé le jeu excessif ou problématique chez certains sujets, avec la difficulté, dans certains jeux tels que les MMORPG (les jeux de rôles en ligne persistants) de se séparer. Se séparer des communautés virtuelles, des groupes en ligne dans ce type de jeux, mais aussi se séparer de cet Autre que serait l’IA, la machine. Cette séparation serait à articuler avec cette alternance présence/absence dont Lacan, dans cette séance de son séminaire, fait précisément les conditions de possibilité d’articulation d’une relation réelle avec une relation symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, à la suite de Freud (relire l’analyse du jeu d’enfant faite par Freud au travers de celle de son petit-fils, Ernst, dans l’« Au-delà du principe de plaisir »), Lacan articule ce qu’il appelle « le registre de l’appel » (« L’objet maternel est proprement appelé quand il est absent – et quand il est présent, rejeté, dans le même registre que l’appel, à savoir par une vocalise »<a href="#_ftn21">[21]</a>), avec « la présence-absence » (qui, quant à elle, « connote la première constitution de l’agent de la frustration, qui est à l’origine la mère »<a href="#_ftn22">[22]</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce registre de l’appel, c’est l’amorce de l’ordre symbolique, et c’est, selon Lacan, l’élément de la relation d’objet réelle qui importe pour la transition de la frustration vers la castration.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est aussi pourquoi, tout bêtement, il est tout à fait intéressant de parler de cet objet vidéoludique avec les patients pour lesquels le jeu peut être excessif. La relation d’objet réelle que certains joueurs entretiennent avec certains jeux vidéo pourrait ainsi reconduire le désir de renouer une relation sécurisante avec un Autre dont la demande est tout à fait compréhensible et « le désir » pas du tout insatiable justement. En effet, il est souvent mis l’accent sur le sujet quant à sa difficulté à se séparer, notamment chez les adolescents. Mais il est plus rarement mis l’accent sur l’Autre (possiblement incarné par le parent). La demande du jeu vidéo peut ainsi être « comblée ». Le joueur sait ce que l’IA attend de lui. Il lui est possible de bien décrypter cette demande, et de la combler, en terminant tout simplement le jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Jouer peut ainsi être l’occasion de remettre au travail la possibilité de se séparer, via une relation avec un Autre d’un type un peu spécial.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en revenir à Lacan, ce couple présence-absence est ainsi « le premier élément d’un ordre symbolique », en ce qu’il représente un jeu d’opposition plus-moins. « […] dans l’opposition plus et moins, présence et absence, il y a déjà virtuellement l’origine, la naissance, la possibilité, la condition fondamentale, d’un ordre symbolique. » <a href="#_ftn23">[23]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>De la frustration à la castration en passant par la toute-puissance… de la mère</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan s’interroge sur les éléments qui permettront à ce qu’une dialectique s’installe entre la mère et l’enfant, ce qui donnera plus tard d’ailleurs le titre à cette séance.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan nous livre une proposition à retenir, c’est celle de la constitution de la mère comme puissance, c’est le passage de la mère symbolique, à la mère réelle. Et corrélativement, le passage de l’objet de satisfaction qui était jusque-là réel, à un objet symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, lorsque la mère, comme agent symbolique représentant ce couple d’alternance présence-absence, répondant à l’appel du sujet et offrant par exemple le sein comme objet réel, ne répond plus, « lorsque, en quelque sorte, elle ne répond plus qu’à son gré, elle sort de la structuration, et elle devient réelle, c’est-à-dire qu’elle devient une puissance. »</p>
<p style="text-align: justify;">Associé à ce changement de nature du côté de l’agent, il y a également un changement de nature de l’objet. Car en effet, si la mère devient réelle, lorsqu’elle ne répond plus. Les objets de satisfaction, qui étaient jusqu’ici réels, deviennent cette fois « objets de don » (« L’objet vaut comme le témoignage du don venant de la puissance maternelle »), et donc « susceptibles d’entrer dans la connotation présence-absence ».</p>
<p style="text-align: justify;">« L’objet a dès lors deux ordres de propriété satisfaisante, il est deux fois objet possible de satisfaction – comme précédemment, il satisfait à un besoin, mais aussi il symbolise une puissance favorable. »<a href="#_ftn24">[24]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est là, il me semble, que Lacan discute le plus avec Winnicott. Il récuse la notion même de toute-puissance du côté de l’enfant. Pour lui, c’est celle de la mère qui compte le plus. Il n’existerait même de toute-puissance que du côté de la mère ou de son substitut. On sait combien cette expérience d’omnipotence a une place singulière dans la théorisation winnicottienne, notamment dans la construction de cette aire intermédiaire, l’aire transitionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on peut résumer les choses, nous pourrions dire qu’à partir du moment où l’agent faisant fonction de mère peut ne pas répondre à l’appel du sujet, d’un statut symbolique fondé sur cette alternance présence-absence calée sur l’appel du sujet, il passe à un statut réel fondé sur le fait qu’il peut donner cette fois l’objet attendu par le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">N’existait dans l’état 1, qu’un agent symbolique, avec un objet réel de satisfaction. A l’état 2, l’agent est devenu réel, et l’objet qu’il pourvoie est devenu quant à lui symbolique, c’est-à-dire qu’il symbolise la puissance de l’agent.</p>
<p style="text-align: justify;">« C’est un moment décisif, où la mère passe à la réalité à partir d’une symbolisation tout à fait archaïque. »<a href="#_ftn25">[25]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est pour Lacan, ici, que se situe l’objet intermédiaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sujet, nous dit Lacan, a réalisé qu’il existait une puissance, extérieure, détenant tout ce dont il avait besoin, par le fait que cette puissance peut se refuser, peut refuser de donner.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Retour au phallus et articulation avec le dispositif Moi Idéal – Idéal du Moi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan repart maintenant de la nature imaginaire du phallus chez Freud. Ce phallus est « à proprement parlé la forme, l’image érigée »<a href="#_ftn26">[26]</a> et sert d’opérateur de distinction entre ceux que l’on appelle hommes, et ceux appelées femme. Chez les femmes, toujours en suivant Freud, le phallus est mis en position d’objet manquant, donc désirable. Lacan rappelle que, pour Freud (notamment dans son article publié en 1917 « Des transpositions pulsionnelles en particulier dans l’érotisme anal »), cet autre objet qu’est l’enfant, est possiblement mis à la place de ce premier objet manquant qu’est le phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan revisite là la théorie du narcissisme, à l’aide du phallus. Dans son ouvrage sur le narcissisme<a href="#_ftn27">[27]</a>, Patrick Delaroche propose de rapprocher le dispositif Moi Idéal &#8211; Idéal du Moi de ce que construit Lacan ici, à savoir l’introduction du phallus comme élément symbolique tiers dans la relation dyadique mère-enfant afin de subvertir le modèle classique de la relation d’objet fondée sur une complémentarité entre la satisfaction recherchée (ce qui serait la complétude du Moi en somme) et celle que pourrait apporter l’objet (tout ce qui manque, sur le modèle d’une relation mère-enfant parfaite, adéquate, comme on a pu le voir dans les conceptions des Balint<a href="#_ftn28">[28]</a> et parfois dans les études sur les interactions précoces).</p>
<p style="text-align: justify;">En introduisant le phallus, on peut en effet essayer d’articuler de manière intéressante narcissisme et castration. Delaroche décrit ainsi « l’investissement de l’enfant comme phallus par la mère comme le paradigme de la fusion incestueuse que pourra représenter le Moi Idéal. »<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Que l’enfant vienne saturer le manque maternel, Lacan le dit en ces termes : « […] l’enfant en tant que réel prend pour la mère la fonction symbolique de son besoin imaginaire […] »<a href="#_ftn30">[30]</a> Aussi, l’étape suivante consistera en ce que l’enfant est censé s’apercevoir que ce que la mère désire est non pas lui-même, mais l’image du phallus. Ce sera donc à la phase freudienne dite phase phallique, c’est-à-dire au moment où le phallus devient l’organisateur entre les sexes (lire entre autres l’article de Freud de 1923 « L’organisation génitale infantile »), que le sujet est censé reconnaître à la fois ce décalage, mais également le fait que cette puissance maternelle qu’est l’agent symbolique devenu réel, n’est en fait pas tout-puissant, car il lui manque bien quelque chose, à savoir, le phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que Lacan apporte finalement<a href="#_ftn31">[31]</a> et que les « deux notes sur l’enfant » à Jenny Aubry résument, à la suite de Freud et de son équation pénis=enfant<a href="#_ftn32">[32]</a>, c’est la possibilité de comprendre que la sortie du narcissisme côté enfant, doit se penser avec la mère et la contrainte s’exerçant sur cette dernière quant à désinvestir progressivement son enfant comme phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, avec Lacan et Delaroche, le Moi Idéal se constituerait durant l’étape où la mère investirait son enfant comme le prolongement d’elle-même, comme la partie d’elle-même qui lui manque et qui serait censée lui apporter toute satisfaction, à savoir le phallus. Puis, le mouvement censé succéder à cette étape, serait le désinvestissement par la mère de cet enfant-phallus, pour en faire un objet séparé d’elle. Se soumettant elle-même à la castration, l’enfant, qui pouvait être pour elle le phallus, pourra désormais chercher à l’avoir.</p>
<p style="text-align: justify;">En suivant Lacan, le petit enfant doit donc abandonner la croyance en la possession du phallus, de son côté, mais également du côté de la mère. Il doit abandonner l’espérance de satisfaire pleinement cette mère en incarnant pour elle le phallus, puis en acceptant le fait qu’elle-même doive chercher ce qui lui manque ailleurs que chez lui. Il est à noter que ce mouvement est par ailleurs décrit chez Freud du côté de l’enfant (chez Freud, c’est un enfant actif, qui tend à désirer de manière active sa mère), c’est à dire que c’est à lui que s’adresserait d’abord le renoncement à la mère, et sur lui que s’exercerait avant tout la castration. Alors que du côté de Lacan (chez Lacan, on a plutôt le modèle d’un enfant séduit par sa mère, pris dans une séduction qui peut s’avérer d’ailleurs particulièrement dangereuse<a href="#_ftn33">[33]</a>), c’est d’abord la mère qui doit se soumettre à la castration, l’enfant, qui pouvait être pour elle le phallus, doit être désinvesti de cette place.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec Delaroche, nous pensons que le Moi Idéal représente bien ce moment où l’enfant est identifié par la mère au phallus qui lui manque. Et que se soumettre à la castration, ce qui se traduit entre autres pour la mère, à aller chercher ce phallus ailleurs que chez son enfant ou dans la relation qu’elle a avec lui, permet alors que s’enclenche chez l’enfant cette dialectique entre le Moi Idéal et l’Idéal du Moi. Cet Idéal du Moi va représenter ce à quoi l’enfant devra désormais se soumettre pour obtenir à nouveau la satisfaction narcissique perdue, ou en devenir d’être perdue, et qui va donc se situer au-dehors de la relation à caractère incestueuse que représente le Moi Idéal.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour terminer, Lacan commencera à parler d’un exemple (tiré d’un article d’Anneliese Schnurmann, élève d’Anna Freud, « L’observation d’une phobie »), un cas de phobie censé offrir une vue intéressante justement sur ce passage de la mère symbolique à la mère réelle, et de la construction chez le sujet d’une phobie afin de faire face au manque phallique chez la mère.</p>
<p style="text-align: justify;">
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<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.60.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.60.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Moustapha Safouan, <em>Lacaniana</em>, Fayard, 2001, p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Moustapha Safouan, <em>Lacaniana</em>, Fayard, 2001, p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Nestor Braunstein, « Le phallus comme SOS (signifiant, organe, semblant) » in <em>Depuis Freud, après Lacan – déconstruction dans la psychanalyse</em>, Erès, 2008, p. 107.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Jacques Lacan, « La signification du phallus », in <em>Ecrits II</em>, Seuil, 1999, p.163.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jacques Lacan, Jacques Lacan, <em>D’un discours qui ne serait pas du semblant</em>, Seuil, 2007.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.62</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.63</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.66</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.66</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.67</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.66</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> « LACAN – Oui, petit <strong>a </strong>est une fonction que j’ai inventée pour désigner l’objet du désir. Petit <strong>a </strong>est ce que Winnicott appelle l’objet transitionnel… J’ai eu la chance de faire la connaissance de Winnicott. »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Alain Vanier, « Winnicott et Lacan, Lacan et Winnicott », in <em>Winnicott avec Lacan</em>, sous la direction de Catherine et Alain Vanier, Hermann, 2010.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> <a href="http://www.hopital-marmottan.fr/documentation/pmb/opac_css/index.php?lvl=notice_display&amp;id=957">http://www.hopital-marmottan.fr/documentation/pmb/opac_css/index.php?lvl=notice_display&amp;id=957</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Le Fourn Jean-Yves , « Les enfants jouent-ils encore ? » Game-boy et jeux vidéo, <em>Enfances &amp; Psy</em>, 2001/3 n°15, p. 48.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Gaon T. (2009), « L’échappée virtuelle : Futur délice ou délit de fuite ? » in <em>La Lettre de l’enfance et de l’adolescence</em>, revue du GRAPE, « Tous addicts ? », n°77, décembre 2009, Erès.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.67</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.67</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.67</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.68</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.69</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.70</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Patrick Delaroche, <em>De l’amour de l’autre à l’amour de soi</em>, Denoël, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Michael Balint, <em>Amour primaire et technique psychanalytique</em>, Payot, 2001, ou encore <em>Le défaut fondamental</em>, Payot, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> Patrick Delaroche, <em>De l’amour de l’autre à l’amour de soi</em>, Denoël, 1999, p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.71</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Notamment avec ce que les deux notes sur l’enfant à Jenny Aubry résument. Elles ont été publiées par Jacques-Alain Miller dans : Jacques Lacan, <em>Autres écrits</em>, Paris, Le Seuil, 2001, p. 373-374.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> Sigmund Freud, « Des transpositions pulsionnelles, en particulier dans l’érotisme anal », in <em>Œuvres complètes, tome XV</em>, PUF, 1996.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref33">[33]</a> « Le rôle de la mère, c’est le désir de la mère. C’est capital. Le désir de la mère n’est pas quelque chose qu’on peut supporter comme ça, que cela vous soit indifférent. Ça entraîne toujours des dégâts. Un grand croco­dile dans la bouche duquel vous êtes — c’est ça, la mère. On ne sait pas ce qui peut lui prendre tout d’un coup, de refermer son clapet. C’est ça, le désir de la mère.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, j’ai essayé d’expliquer qu’il y avait quelque chose qui était ras­surant. Je vous dis des choses simples, j’improvise, je dois le dire. Il y a un rouleau, en pierre bien sûr, qui est là en puissance au niveau du clapet, et ça retient, ça coince. C’est ce qu’on appelle le phallus. C’est le rouleau qui vous met à l’abri, si, tout d’un coup, ça se referme. », in Jacques Lacan, <em>L’envers de la psychanalyse</em>, Seuil, 1991, p. 129.</p>
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		<title>Alan Turing, sur les traces de l’IA : Episode 7</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Aug 2011 13:11:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Je voudrais tenter ici d'avancer quant au programme de Hilbert, et les questions qui en découlent : consistance, complétude et surtout la question de la décidabilité qui va se trouver liée à celle de calculabilité. Encore un fois, je m’excuse d’emblée de mes propres lacunes en mathématiques.
Paris, le 22/08/2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: justify;">Le contexte de l’article de 1936 « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision »</h3>
<p>Paris, le 22/08/2011</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cet épisode, on va essayer d’avancer vers l’article de 1936, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision »<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">(Je me rends compte par ailleurs que plus j’essaie &laquo;&nbsp;d’avancer&nbsp;&raquo; vers cet article, plus j’ai l’impression d’être Achille tentant de rattraper la tortue…)</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce faire, je voudrais revenir sur ce que j’ai écrit précédemment. Car en relisant ma précédente présentation du programme de Hilbert, je me suis rendu compte qu’il était aisé de finir par la concevoir de façon simplifiée.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai écrit que ce que l’on nomme <em>consistance</em> de l’axiomatique formelle c’est le fait qu’aucune formule contradictoire ne peut y être engendrée à partir des axiomes.</p>
<p style="text-align: justify;">Et il est vrai que, à certains moments, Hilbert a distingué deux activités, celle du mathématicien, qui raisonne principalement sur des signes, en excluant la signification, et celle du métamathématicien, qui, cette fois, réintroduit le contenu, autrement dit, le sens. « Dans cette métamathématique, à l’opposé de ce qui se fait dans les procédés de raisonnement purement formels de la mathématique proprement dite, on applique un raisonnement doué de contenu, et cela pour établir la consistance des axiomes. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais, comme l’écrit Girard, « Une simplification outrancière du point de vue de Hilbert nous donne : les mathématiques sont une activité purement formelle, sans plus de signification que le jeu d’échecs. Pour démontrer, nous utilisons des axiomes et de la logique, mais notre intuition de ces entités est douteuse. Il faut donc <em>objectiver</em> ce qui se passe, en se contentant d’analyser le <em>jeu formel</em> de signes sous-jacent, de façon à démontrer sa <em>consistance</em> c’est-à-dire le fait qu’il ne mène pas à contradiction. Cette formulation sombre immédiatement dans le ridicule : il serait en effet absurde de dire d’une part que les énoncés mathématiques n’ont aucun sens, pour d’autre part mettre l’accent sur la propriété métamathématique de consistance, qui est aussi un énoncé mathématique. »<a href="#_ftn3">[3]</a> Ainsi, Hilbert ne faisait que séparer de manière rigoureuse deux façons de raisonner, selon que l’on raisonnait <em>dans</em> le système, ou <em>sur</em> le système des mathématiques. Mais il est impossible d’évacuer au final l’intuition et le sens des mathématiques, y compris dans la conception hilbertienne de ces derniers.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Consistance et complétude</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une autre formulation de la <em>consistance</em> pourrait être de dire qu’un système formel est <em>consistant</em> si, de deux formules contradictoires, A et ­­­­­­­­­non-A, <em>l’une au moins</em> <em>n’est pas démontrable</em>, et qu’il n’est donc pas possible de prouver A et non-A simultanément dans ce système.</p>
<p style="text-align: justify;">Une autre formulation de la <em>complétude</em> serait alors de dire qu’un système formel est <em>complet</em> si, de deux formules contradictoires, A et non-A, <em>l’une au moins est démontrable</em>, et qu’il est alors nécessaire de pouvoir prouver ou A, ou non-A, dans ce système.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons-nous qu’en 1900 Hilbert avait soumis aux mathématiciens 23 problèmes. Gottlob Frege (avec qui Hilbert avait correspondu et était justement en opposition sur la nature de ce qu’était un axiome) s’était attaqué aux fondements des mathématiques dans son livre homonyme de 1884. Il abordait le problème d’un point de vue logique, et pour lui, « l’arithmétique découlait des relations logiques entre les entités de ce monde, et dont la consistance était assurée par une relation avec la réalité. »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le second problème de Hilbert portait sur cette même <em>consistance</em> des « axiomes de Peano » dont il faisait dépendre toute la rigueur des mathématiques. On pourrait dire que la préhistoire de la <em>métamathématique</em> de Hilbert était en effet une reprise de l’axiomatique telle qu’elle avait été proposée par Euclide, puis une autre reprise portant cette fois sur la tentative de fonder l’objet nombre de manière mathématique.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une autre orientation, Bertrand Russel avait introduit l’idée d’ensemble dans l’orientation théorique ouverte par Frege, notamment avec sa tentative de définir le nombre UN, comme « l’ensemble de tous les ensembles à un élément »<a href="#_ftn5">[5]</a>. Mais l’on connait les paradoxes qui surgissent lorsqu’on manipule ces ensembles de tous les ensembles… Russel et Alfred North Whithead (1861 – 1947) travaillèrent longuement sur leur <em>Principia Mathematica</em>, précisément pour élaborer certaines solutions inhérentes à l’utilisation des ensembles dans ce cadre. Il en ressortit ce que l’on appelle « la théorie des types », qui sera critiquée par Wittgenstein par ailleurs dans ses travaux de logique. Pour tente d’éviter de faire surgir ces paradoxes, Russel et Whitehead définissaient des types d’ensembles. Turing s’intéressa par ailleurs à « L’introduction à la philosophie mathématique » de Russel.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais c’est en 1928, alors que le programme de Hilbert était à son apogée, lors du congrès de Bologne, que Hilbert signala « quatre problèmes encore à résoudre et demandait en particulier de démontrer : la complétude sémantique du calcul des prédicats, la consistance et la complétude syntactiques de l’arithmétique formelle. »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">En 1930, le jeune logicien viennois Gödel apportera une réponse positive à la complétude sémantique du calcul des prédicats. Mais il allait par contre l’année suivante mettre un coup d’arrêt à l’optimisme du programme de Hilbert, en montrant les limites de la formalisation dans un mémoire devenu célèbre, et qui allait tracer la voie à des recherches sur l’indécidabilité. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Sautons quelques années pour nous retrouver fin 1933. Sur la scène mondiale, la montée du nazisme provoque l’exil de nombreux scientifiques vers l’Angleterre et les Etats-Unis. C’est alors le déclin de la fameuse université de Göttingen, le fief de Hilbert. Einstein émigre vers Princeton. Von Neumann part également pour les Etats-Unis. Turing, sans être directement politisé, a des affinités avec le mouvement anti-fasciste. Il passe ses examens, et ses résultats lui valent une bourse de recherche au King’s College de Cambridge. Ainsi, en novembre 1934, il termine son mémoire et en mars 1935, il est reçu premier de son année. A 22 ans, il obtient alors une bourse de 300 livres par an, pendant 3 ans. Et au même moment, il publie son premier article dans le <em>London Mathematical Society</em>. « Il s’agissait d’une petite découverte touchant à la théorie des groupes, qu’il annonça le 4 avril à Philip Hall […] », qui est un spécialiste de la théorie des groupes. « Les recherches d’Alan complétaient un article de von Neumann […] », qui était de passage à Cambridge en avril 1935, et que Turing rencontra peut-être.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Démontrabilité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme je l’ai précisé en fin d’<a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=663">épisode 6</a>, Kurt Gödel (1908 – 1978) s’est attaqué au programme de Hilbert, pour l’ébranler sérieusement avec son fameux article de 1931, « Sur les propositions formellement indécidables des <em>Principia Mathematica</em> et des systèmes apparentés I» (le II n’a jamais été crit). C’est sur le plan de la complétude de l’axiomatique formelle, mais également sur celui de la consistance, que Gödel travailla. Il démontra ainsi « qu’une axiomatique formelle susceptible de servir de réplique à l’arithmétique des entiers est structurellement incomplète : on peut montrer qu’il y a un « reste » arithmétique qui échappe à l’axiomatique formelle quels que soient les aménagements axiomatiques ultérieurs susceptibles de se produire. Il fallait en conclure que la démontrabilité d’un énoncé n’était pas strictement équivalente à sa vérité puisqu’un théorème (un énoncé vrai) pouvait être vrai sans être déductible des axiomes : il devenait nécessaire de dissocier la déductibilité de nature syntaxique et la vérité de nature sémantique au sein de l’axiomatique formelle.»<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Et, même si c’est sur un autre plan, celui de la décidabilité, que Turing va œuvrer, c’est d’une certaine manière, dans l’ombre du génial logicien Gödel, qu&#8217;il va publier son article sur la théorie des nombres calculables. Nous allons voir pourquoi.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour tenter d’approcher l’article de Turing, il me semble qu’il faut retracer à grands traits <em>la notion de calcul</em>, avant de l’articuler à celle de <em>décidabilité</em> (car pour résoudre le problème de la décision, tel énoncé est-il décidable, il faut finalement savoir ce qu’est un calcul), pour parler enfin de la démarche, similaire à celle de Gödel, qu’emprunta Turing (l’arithmétisation de la métamathématique). Au final, retenons le fait que « le problème de la décision est ainsi ramené à celui de savoir si une fonction est calculable. »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>La notion de calcul : de la fonction à l’algorithme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est seulement dans les années 1920 que l’on commença à s’interroger de manière approfondie sur ce qu’est cette notion de calcul, « outil de la démarche mathématique, elle n’était pas devenue objet mathématique. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Au 18<sup>ème</sup> siècle, eu lieu l’émergence de la théorie des fonctions. Et dès lors, « la notion de calcul fut associée à la notion de fonction […] à une valeur numérique de x correspondait, par une transformation effectuée par la fonction f, une valeur  f(x).»<a href="#_ftn10">[10]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis au cours du 19ème siècle, sous l’avancée des recherches en théorie des ensembles, c’est la notion de fonction qui va elle-même évoluer, « jusqu’à signifier une correspondance quelconque entre éléments d’un ensemble de départ vers un ensemble d’arrivée sans que fut envisagée une procédure effective de calcul. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Une fois cette définition de la fonction acquise, le problème va être de savoir si effectivement il existe une procédure de calcul pour telle ou telle fonction particulière. On va pouvoir ainsi définir une classe générale de fonctions, et une sous-classe qui sera celle des fonctions dites <em>calculables</em>, lorsque l’on peut trouver effectivement une procédure de calcul. Mais à présent, comment cerner concrètement cette sous-classe des fonctions calculables ? On retombe ainsi sur le problème de ce qu’est véritablement une « procédure de calcul ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est à ce point que l’on peut faire entrer la notion d’algorithme. « Le terme ‘algorithme’ dérive du nom d’un mathématicien de langue arabe originaire d’Asie Centrale – Al Khowarismi – qui vivait dans cette capitale scientifique qu’était Bagdad au IXème siècle et à qui l’on doit notamment d’avoir transmis des mathématiciens indiens la numération de position et d’avoir écrit l’un des premiers traités d’algèbre […] »<a href="#_ftn12">[12]</a>. Un algorithme est ainsi une sorte de recette, de méthode, de procédure systématique qui nous donne « la liste d’instructions que l’on doit suivre pour réussir à atteindre un résultat après un nombre fini d’étapes. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Si vous souhaitez écouter une bonne émission sur ce sujet : <a href="http://radiofrance.saooti.com/fr/broadcast/36_Genese_dun_algorithme">http://radiofrance.saooti.com/fr/broadcast/36_Genese_dun_algorithme</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’on manipule les propriétés de certains ensembles, du type entier naturel, et que l’on s’en tient à des cas précis, ou lorsqu’on veut rechercher les occurrences d’un nom donné dans un fichier, et répondre, soit oui, le nom s’y trouve, soit non, il ne s’y trouve pas, il n’y a pas vraiment de problème. On touche là à la question de <em>la décision</em>. Si l’on s’en tient à des ensembles finis, pas de problème particulier. On peut par exemple dresser des listes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si l’on commence à travailler sur des ensembles infinis, on va commencer à se heurter à certains soucis. Par exemple, si l’on veut s’assurer que certains énoncés peuvent être applicables sur tous les nombres entiers naturels, ou bien tester sur tous les noms possibles, les difficultés commencent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Lacan et la logique de la cure selon Miller</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour faire un parallèle avec la psychanalyse orientée par Lacan. Certains lacaniens se sont posés la question si l’ensemble des signifiants essentiels pour un sujet était un ensemble fini ou infini par exemple. En effet, si l’on voulait définir « une logique de la cure » qui tenterait de formaliser non pas la structure du sujet, mais de formaliser les transformations qui s’opèrent au sein de cette structure du sujet au cours de la cure, la question pouvait se poser. Selon Jacques-Alain Miller, le Séminaire IV de Lacan, <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=550">La relation d’objet</a>, proposerait en effet une tentative « d’utiliser le schéma L au moins pour formaliser le changement de position subjective d’un point de vue clinique. »<a href="#_ftn14">[14]</a> En tentant ainsi de penser les transformations dans la cure, comme des permutations de termes au sein d’un jeu de place au sein de la structure, on se trouve devant le fait qu’il faille poser au préalable un nombre fini de signifiants essentiels. La conclusion de cette logique de la cure pensée ainsi, sera alors obtenue au terme d’un certain nombre de permutations. Cette logique par permutation s’oppose à une logique linéaire, c’est-à-dire à une déduction qui démarre des prémisses pour arriver à une conclusion. Enfin, si l’on suit Miller lisant Lacan dans « L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud » où ce dernier résume sa recherche sur le petit Hans dans son séminaire IV de la même année 1957, ce serait également une démonstration par l’absurde, et non une démonstration positive. « Lacan dit là que ‘le petit Hans […] développe, […] sous une forme mythique, toutes les permutations possibles d’un nombre limité de signifiants’. Ce que l’on obtient est la solution de l’impossible, à savoir que la démonstration qu’apporte la cure conçue à partir de la logique de la cure relève de la démonstration par l’absurde ; elle se conclut par un ‘il n’y a pas’, par un ‘ce n’est pas le cas posé dans l’hypothèse’. Telle est l’orientation fondamentale de Lacan depuis son étude de la cure du petit Hans. La transformation de l’impuissance en impossibilité, comme il le formulera dans les années soixante-dix, est déjà présente dans ce Séminaire IV. On y trouve aussi inscrite la formulation de la fin de l’analyse comme perception, subjectivation du ‘il n’y a pas de rapport sexuel’.»<a href="#_ftn15">[15]</a> Nous essaierons peut-être de creuser cela dans notre lecture de ce séminaire, <a href="../?p=550">La relation d’objet.</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à la notion d’algorithme et à son rapport avec le calcul et le problème de la décision. Car c’est là que la notion d’algorithme est censée permettre de répondre à tous les cas possibles, et non plus au cas par cas. Soit dans le cas des entiers naturels, être capable de répondre par exemple si <em>n</em> est vraiment un nombre premier. D’où le fait qu’un algorithme est aussi une procédure de décision.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce cadre, et pour en revenir au problème de la <em>décidabilité</em> de l’axiomatique formelle, c’est la question « de savoir s’il existe une méthode algorithmique qui puisse décider si une formule quelconque est ou non déductible des axiomes de l’axiomatique formelle. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>La méthode : arithmétisation de la métamathématique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Afin de s’attaquer à la complétude, ainsi qu’à la consistance de l’axiomatique formelle, Gödel avait opéré une stratégie que l’on nomme <em>arithmétisation de l’axiomatique formelle</em>. Et c’est la même stratégie que Turing utilisera.</p>
<p style="text-align: justify;">En quoi cela consiste-t-il ? Nous avions montré que l’axiomatique formelle se distinguait des axiomatiques à contenu justement par le fait que la première était censée se substituer à toutes les secondes. Hilbert voulait précisément remplacer le détour par l’expérience comme preuve, par un détour qui reste interne aux mathématiques, ce qui revenait, pour tester la non-contradiction d’une axiomatique, à la remplacer par une autre axiomatique plus fondamentale, et ainsi de suite. Pour ce faire, nous avions montré que Hilbert avait distingué deux sortes d’axiomatiques. « L’axiomatique à contenu – celle qui s’était toujours pratiquée, chez Euclide pour la géométrie ou chez Peano pour l’arithmétique – et l’axiomatique formelle. » L’axiomatique formelle est alors censée offrir un espace où l’on peut répliquer les axiomatiques à contenu dont il était difficile de prouver la non-contradiction.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais alors pourquoi revenir à l’arithmétique ? Car « […] l’instrument de cette fidélité [entre l’axiomatique à contenu et l’axiomatique formelle] peut précisément être le nombre. […] une fois constituée l’axiomatique formelle, celle-ci peut, précisément parce qu’elle n’a plus de signification, être recodée de façon rigoureuse sous forme de nombres. L’arithmétique des entiers subit donc une double transformation : on en abstrait tout d’abord l’aspect formel au moyen d’une axiomatique sans contenu et on recode ces signes ininterprétés, simples signes sur le papier, sous forme de nombres. […] C’est par ce biais que l’axiomatique formelle peut devenir un calcul formel et qu’une passerelle peut être construite entre la théorie de la démonstration et la théorie de l’arithmétique.»<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Turing et la notion de calcul</strong></p>
<p style="text-align: justify;">A Cambridge, en 1935, Turing avait suivi les cours du mathématicien Newman, chef de fil britannique de la topologie à l’époque. Celui-ci avait suivi le congrès de Bologne de 1928, et son cours était donné dans l’esprit du programme de Hilbert. Les cours de Newman marquèrent Turing, et notamment sur la question de Hilbert concernant la démontrabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, « les résultats de Gödel n’éliminaient pas la possibilité qu’il existât une manière de distinguer les assertions démontrables de celles qui ne l’étaient pas. Y avaient-il une méthode définie, ou, comme le dit Newman, un procédé mécanique permettant de déterminer si une proposition mathématique était démontrable ou non ? »<a href="#_ftn18">[18]</a> Et c’est ce « procédé mécanique » qui va stimuler l’esprit de Turing.</p>
<p style="text-align: justify;">Gödel avait donc arithmétisé l’axiomatique formelle en transformant les formules en nombre, et en présentant le calcul arithmétique comme la procédure qui permettait au final de décider, de démontrer. Turing allait en quelque sorte redéfinir la notion intuitive de calcul, dans le cadre de la métamathématique, en utilisant le concept de machine infinie et abstraite, et en s&#8217;attaquant au problème de la calculabilité des nombres réels. En somme, Turing proposait une autre solution que Gödel (qui dira d’ailleurs que celle de Turing est plus élégante) en apportant un concept de la calculabilité au travers de sa machine. Sa machine va permettre ainsi rendre palpable, de manière simple, ce qu’est le calcul.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, « l’équivalent formel donné par Turing à la notion intuitive de ‘calculable par algorithme’ peut s’exprimer sous la forme suivante : toute fonction pour laquelle on a réussi à trouver un algorithme doit être calculable par une ‘machine’ d’un certain type, dite ‘de Turing’. »<a href="#_ftn19">[19]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion sur l’indécidabilité et l’intelligence artificielle </strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est par le biais du problème de la décision que le programme de Hilbert a finalement préparé l’intelligence artificielle. « Il n’y a en effet qu’un pas de l’idée de procédure finie, explicite, effective, à celle de procédure mécanique […] »<a href="#_ftn20">[20]</a> Et nous verrons la prochaine fois comment Turing a pensé et conceptualisé cette idée de procédure mécanique. Mais plus précisément, j’espère avoir montré également comment peut se nouer le développement de cette métamathématique selon Hilbert, avec cette idée importante du raisonnement sur des signes, des symboles, avec le développement de cette idée de machine intelligente. Un rêve qui, en se concrétisant de manière partielle durant la seconde guerre mondiale, va finir par alimenter les rêves les plus fous&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Hilbert, <em>Nouvelle fondations des mathématiques</em>, 1922, in <em>Intuitionnisme et théorie de la démonstration</em>, Vrin, 1992.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jean-Yves Girard, « Le champ du signe ou la faillite du réductionnisme », in <em>Le théorème de Gödel</em>, Ernest Nagel, James R. Newman, Kurt Gödel, Jean-Yves Girard, Seuil, 1989, p. 150 et 151.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 79.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 80.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Michel Bourdeau, <em>Pensée symbolique et intuition</em>, PUF, 1999, p.41.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 55.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Michel Bourdeau, <em>Pensée symbolique et intuition</em>, PUF, 1999, p.42.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 58.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 58 et p.59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 60.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Jacques-Alain Miller, « La logique de la cure du Petit Hans selon Lacan », in <em>La Cause Freudienne</em> n°69, p. 97.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Jacques-Alain Miller, « La logique de la cure du Petit Hans selon Lacan », in <em>La Cause Freudienne</em> n°69, p. 99.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 57.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Andrew Hodges, <em>Alan Turing ou l’énigme de l’intelligence</em>, Payot, 1983, 1988, p. 88.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Jean Lassègue, <em>Turing</em>, Les Belles Lettres, 1998, p. 70.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Michel Bourdeau, <em>Pensée symbolique et intuition</em>, PUF, 1999, p. 40.</p>
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		<title>Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Le signifiant et le Saint-Esprit (05/12/1956)</title>
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		<pubDate>Tue, 14 Jun 2011 15:50:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Anna Freud]]></category>
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		<category><![CDATA[Lacan]]></category>
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		<description><![CDATA[Des notes sur cette troisième séance en date du 5 décembre 1956 … où Lacan commence cette fois sa critique de la conception de la phobie. Pour ce faire il cherche ainsi à utiliser des fameux termes de frustration, privation et castration en lien avec sa triade imaginaire, symbolique et réel.
Paris, le 14/06/2011]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Paris, le 14/06/2011</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lacan commence cette séance en rappelant que Dolto a fait un exposé la veille sur l’image du corps, et qu’à ce propos, « l’image du corps n’est pas un objet. »<a href="#_ftn1">[1]</a> Cette image ne peut devenir un objet selon lui, et cela lui donne ainsi un statut différent des autres formations imaginaires. En fait Lacan avance que l’usage de cette image du corps par Dolto est un usage signifiant, dans le sens où « […] aucune ne se soutient par soi-même. C’est toujours par rapport à une autre de ces images que chacune prend sa valeur cristallisante, orientante, qu’elle pénètre dans le sujet dont il s’agit, c’est à savoir le jeune enfant. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est intéressant de voir là les prémices de la fameuse définition que Lacan donnera plus tard (<em>a priori</em> au cours de son séminaire <strong><em>Les problèmes cruciaux pour la psychanalyse</em></strong>) du signifiant articulée à celle du sujet : « Le signifiant, à la différence du signe, qui représente quelque chose pour quelqu&#8217;un, le signifiant est ce qui représente un sujet pour un autre signi­fiant. »</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan discutera finalement avec Dolto tout au long de cette séance, en finissant par poser la question des relations entre l’image du corps propre de l’enfant et la phallus, en tant que « pour la mère, l’enfant est loin d’être seulement l’enfant puisqu’il est aussi le phallus […] »<a href="#_ftn3">[3]</a>. Et ajoutant que cette relation discordante, est tout à fait essentielle dans l’expérience analytique. Cette séance a d’une certaine manière pour but d’introduire à cette discordance.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan précise en ce début de séance qu’il veut démarrer sur un questionnement sur la nature possiblement imaginaire des deux types d’objets que sont l’objet phobique et l’objet fétiche. Il pose ainsi une question importante : « Ces objets surgissent-ils tout simplement de la succession typique de ce que l’on appelle les stades ? »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il essaie alors de lever des malentendus au sujet de ce qu’il a dit de la notion de réalité à la séance précédente (mais il n&#8217;avancera pas grand-chose de plus finalement), en prenant l’image de cette usine hydraulique, et il précise qu’il veut continuer sur ce thème de l’opposition ou de la différenciation réalité/réel, en développant ce que l’on considère par réalité lorsqu’on met l’accent « sur ce qui est avant »<a href="#_ftn5">[5]</a>, et plus précisément, « […] avant qu’un fonctionnement symbolique ne se soit exercé […] »<a href="#_ftn6">[6]</a>. Il opère un rapprochement entre cette usine hydraulique comme nécessité à calculer l’énergie, et le psychisme, via l’utilisation chez Freud de cette catégorie, issue du vocabulaire de la thermodynamique, pour forger son concept de libido. Le concept d’énergie est en effet un concept particulièrement important chez Freud. Le chapitre « De la dynamique à l’économique, le modèle fechnero-helmholtzien » du livre de Paul-Laurent Assoun <strong><em>Introduction à l’épistémologie freudienne<a href="#_ftn7"><strong>[7]</strong></a></em> </strong>offrira de quoi prolonger la réflexion sur ce sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’avancera donc pas grand-chose de plus sur cette différenciation réalité/réel. Mais l’important, c’est de retenir que, pour Lacan, la libido freudienne est un concept dont la grammaire se déploie sur le plan de l’imaginaire. Et que l’intérêt de la métaphore est ce rapprochement entre le <em>Es </em>freudien, le <em>Ca </em>(ou encore le sujet de l’inconscient) et l’usine. « Le Es est ce qui, dans le sujet, est susceptible, par l’intermédiaire du message de l’Autre, de devenir Je. […] Si l’analyse nous a apporté quelque chose, c’est ceci &#8211; le Es n’est pas une réalité brute, ni simplement ce qui est avant, le Es est déjà organisé, articulé, comme est organisé, articulé, le signifiant. »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan reprend également la dialectique des deux principes freudiens du plaisir et de réalité, et cherche à l’articuler à ce qu’il appelle « […] les deux niveaux de la parole qui s’expriment dans les notions de signifiant et de signifié. »<a href="#_ftn9">[9]</a> Mais au travers de tout un développement sur ce qu’est cette usine hydraulique, il cherche à rappeler à ses auditeurs que ce <em>Es</em>, dont il est vrai que l’image (celle du <em>Ca</em>) a souvent été celle d’une sorte de magma à base d’instincts d’où émergeraient les pulsions, est à rapprocher du fonctionnement du langage, que ce <em>Es </em>n’est finalement « pas quelque chose de si naturel que ça, et moins encore que les images. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Puis Lacan revient sur le coeur de son travail cette année, l&#8217;oubli de la place du manque de l&#8217;objet dans la théorie analytique de son temps, à partir de cette fameuse proposition que nous avons relevée au tout début de la première séance, exprimée ici sous cette forme « Au niveau de l’expérience analytique, toute <em>Findung</em> de l’objet, nous dit Freud, est une <em>Wiederfindung</em>. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il y revient à partir de l’écriture des <em>Trois essais sur la théorie de la sexualité</em> de Freud, ouvrage que le Viennois n’aura eu de cesse de remanier, et ce particulièrement après avoir élaboré sa théorie du narcissisme. Et Lacan d’ajouter que Freud a pu construire sa théorie de la libido en l’articulant à ce concept de narcissisme, et donc à « la fascination du sujet par l’image, laquelle n’est jamais, en fin de compte, qu’une image qu’il porte en lui-même. Voilà le dernier mot de la théorie narcissique. »<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La valeur organisatrice du fantasme découle de cette discordance entre le sujet et son objet premier, qui vient carrément perturber la recherche du sujet, sa relation avec la réalité extérieure. Et cette valeur du fantasme est à articuler elle-même avec le développement en deux temps de la sexualité infantile. « Il y a donc toujours discordance de l’objet retrouvé par rapport à l’objet recherché. Voilà la notion à partir de laquelle s’introduit la première dialectique freudienne de la théorie de la sexualité. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan entend surtout replacer au centre des débats sur la reconstitution des différents stades, qui servaient à l’époque à expliquer par exemple les phobies chez les enfants d’un point de vue psychogénétique, le fait et la valeur de l’Œdipe. « La relation prégénitale ne s’appréhende qu’à partir de l’articulation signifiante de l’Œdipe. Les images et les fantasmes qui forment le matériel signifiant de la relation prégénitale viennent eux-mêmes d’une expérience qui s’est faite au contact du signifiant et du signifié.»<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Puis après avoir rappelé les trois catégories du manque de l’objet, frustration, castration et privation, il se propose d’essayer de relire certaines conceptions de l’apparition de phobies infantiles, en prenant comme exemple un article d’Anneliese Schnurmann, élève d’Anna Freud, « L’observation d’une phobie » (in <em>Psychoanalytic Study of the Child</em>, vol. 3-4, 1949, p. 253-270.). Il précise que cette conception annafreudienne de la phobie est centrée sur la frustration conçue comme «  privation d’un objet privilégié, celui du stade où le sujet se trouve au moment de l’apparition de ladite privation. »<a href="#_ftn15">[15]</a> Ce sera le cas Sandy, celui d’une petite fille de deux ans cinq mois, qui fut confiée pendant la guerre, à la Hampstead Nursery.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan veut ainsi démontrer que l’usage qui est fait de la privation (notamment chez Jones) n’est pas suffisamment rigoureux, car pour « que le sujet appréhende la privation, il faut d’abord qu’il symbolise le réel. Comment le sujet est-il amené à le symboliser ? Comment la frustration introduit-elle l’ordre symbolique ? C’est la question que nous poserons, et nous verrons que le sujet n’est ni isolé, ni indépendant, et que ce n’est pas lui qui introduit l’ordre symbolique. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est encore une fois en rappelant la place du phallus chez la mère de l’enfant que Lacan finit cette séance. Donc, c’est également en rappelant l’exigence de s’avancer dans la compréhension de la sexualité féminine.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme je le disais en introduction, Lacan discute avec Dolto dans cette séance. On pourrait dire d’une certaine manière que pour Dolto, c’est le concept d’image du corps propre qu’elle pense avoir apporter à la théorie analytique, c’est celui de phallus que Lacan apportera.</p>
<p style="text-align: justify;">En posant que l’enfant pour la mère, est aussi le phallus, avant d’être un enfant, et que cette « perturbation » se situe sur le plan de l’imaginaire, Lacan veut nous introduire au processus qui va mener l’enfant à la symbolisation de ce qu’il représente dans la relation qui le lie à sa mère. Et c’est par le biais de l’examen de la phobie chez l’enfant que Lacan veut aborder cela.</p>
<p style="text-align: justify;">« Lors d’un moment particulièrement critique, alors qu’aucune voie d’une autre nature n’est ouverte pour la solution du problème, la phobie constitue un appel à la rescousse, l’appel à un élément symbolique singulier. […] Au moment où il est appelé au secours pour maintenir la solidarité essentielle menacée par la béance qu’introduit l’apparition du phallus entre la mère et l’enfant, l’élément qui intervient dans la phobie a un caractère véritablement mythique. »<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.41.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.43.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.57.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.42.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.44.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.44.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Paul-Laurent Assoun, <em>Introduction à l’épistémologie freudienne</em>, Payot, 1981,n p.145.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.46.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.47.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.50.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.51.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.52.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.53.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.53.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.55.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.56.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.58.</p>
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		<title>Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET &#8211; Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=623</link>
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		<pubDate>Mon, 30 May 2011 16:14:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Des notes sur cette seconde séance en date du 28 novembre 1956 … où Lacan critique toujours la notion d’objet satisfaisant. A la suite de la dernière séance du séminaire de l'année précédente, il y replace l'objet phallique, et introduit les fameux termes de frustration, privation et castration en lien avec sa triade imaginaire, symbolique et réel.
Paris, le 30/05/2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Paris, le 30/05/2011</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan continue sa critique alors le livre collectif<a href="#_ftn1">[1]</a>, <em>La psychanalyse d&#8217;aujourd&#8217;hui</em>, et plus particulièrement l’article de Maurice Bouvet, « La clinique psychanalytique ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>De l’objet génital, à la femme et la sexualité féminine…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En effet, Lacan introduit la seconde séance à partir de la notion d’objet génital, qui n’est juste selon lui que le mot technique pour… la femme. Et c&#8217;est pourquoi l&#8217;on peut dire que dans ce séminaire, Lacan commence à élaborer une théorie de la mère en tant que femme ayant une sexualité au sein de laquelle un enfant, comme objet, peut venir prendre place.</p>
<p style="text-align: justify;">Contre cette idée d’objet idéal dont il parlait dans la première séance, un objet pleinement satisfaisant, Lacan rappelle l’insistance de Freud (mais fait aussi appel à l’expérience de tout un chacun) sur le fait que « l’idée d’un objet harmonique, achevant de par sa nature la relation sujet-objet, est parfaitement contredite par l’expérience – je ne dirai pas même l’expérience analytique, mais l’expérience commune des rapports de l’homme et de la femme. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Donc en prenant l’exemple de cet objet génital, en l’occurrence la femme, Lacan veut montrer que là, encore plus qu’ailleurs, l’objet n’est jamais pleinement satisfaisant. Les relations entre les hommes et les femmes le démontrent suffisamment : si leurs rapports pouvaient être harmonieux, les analystes auraient sûrement moins de travail…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p>Il rappelle donc les trois thèmes autour de l’objet déjà proposés dans la première séance :</p>
<p style="text-align: justify;">1- « L’objet se présente d’abord dans une quête de l’objet perdu. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">2- le rapport de l’objet chez Freud qui est lien avec la question de la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">3- La réciprocité imaginaire des relations sujet-objet. « […] à savoir que, dans toute relation du sujet avec l’objet, la place du terme en rapport est simultanément occupée par le sujet. Ainsi l’identification à l’objet est-elle au fond de toute relation à celui-ci. »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">A propos de ce dernier point, Lacan critique l’infléchissement de la technique qui lui semble à l’œuvre à l’époque du séminaire. Ce qu’il appelle l’« impérialisme de l’identification », et qui désigne la promotion de l’identification au moi de l’analyste, au travers notamment de l’exemple de la névrose obsessionnelle traité par Maurice Bouvet. Ce dernier a effectivement beaucoup travaillé sur la névrose obsessionnelle. Il a écrit par exemple « le Moi dans la névrose obsessionnelle – Relations d’objet et mécanismes de défense »<a href="#_ftn5">[5]</a>, ou encore « Importance de la prise de conscience de l&#8217;envie du pénis dans la névrose obsessionnelle féminine »<a href="#_ftn6">[6]</a>. Il faut également savoir que Bouvet est le président de la SPP en 1956, et il représente ainsi le théoricien le plus en vue à l’époque. Donc Lacan va le prendre comme cible.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet « impérialisme de l’identification » découle donc de la prise en compte des liens que Freud décrit entre le moi et l’objet (des liens qui, au fond, sont de l’ordre de l’identification) et de cette description du sujet en termes de Moi fort et Moi faible. Ce qui en résulte, c’est que l’analyste offre son Moi en modèle au Moi du patient pour aider ce dernier à se réadapter à la réalité, puisqu’il est entendu que l’analyste est forcément mieux adapté, lui qui aurait liquidé tous ses symptômes, et qui n’aurait besoin d’aucune identification…</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que Lacan ne caricature pas spécialement, on peut lire par exemple dans « l’introduction à l’œuvre de Maurice Bouvet » écrite par Michel de M’Uzan :</p>
<p style="text-align: justify;">« C’est ainsi que Maurice Bouvet a été pour ses élèves ce que le psychanalyste devait être, selon lui, pour tout analysé guéri : une figure d’identification censée n’avoir elle-même aucun besoin d’identification. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">A ce propos, on peut faire le lien avec la critique que développe Christian Hoffmann sur les thérapies cognitive et comportementale, notamment au sujet de la question des phobies. Dans son article « <a href="http://www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2007-2-page-36.htm">La phobie des TCC</a> »<a href="#_ftn8">[8]</a>, il écrit que le thérapeute s’offre finalement comme « Moi orthopédique », donc comme objet d’identification, au moi vacillant du phobique.</p>
<p style="text-align: justify;">Je le cite :</p>
<p style="text-align: justify;">« Pour le phobique de l’espace, et du regard, il se produit, ce que C. Melman décrit bien comme une dissolution du fantasme avec sa conséquence qui est l’évanouissement du sujet. Cette dissolution de l’imaginaire, qui est celle du moi avec ses coordonnées de l’image du corps, provoque la paralysie du sujet. Le sujet en chute libre ne peut que rechercher un semblable pour s’en servir comme d’un &laquo;&nbsp;Moi&nbsp;&raquo; qui lui permettra de se stabiliser à nouveau dans l’espace et retrouver ainsi le mouvement. Nous repérons là très précisément l’usage orthopédique d’un Moi de secours, qu’on appelle classiquement l’objet contraphobique. Cet usage est une solution structurale temporaire de la phobie. Le thérapeute TCC vient proposer ses bons soins en s’offrant comme Moi orthopédique par contrat avec le moi du sujet phobique. Ce qui nous fait connaître maintenant l’effet produit par ses thérapies et leur ressort. »</p>
<p style="text-align: justify;">J’interprète pour ma part la fin du très beau film, sur la puberté comme passage vers l’adolescence, qu’est <em>Morse</em>. Le vampire joue, il me semble, le rôle d’un objet fétiche pour le héros du film. Lire à ce sujet : <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=4">Morsure et Castration</a>. Mais peut-être est-il possible d’en faire un objet contraphobique ?&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir au séminaire, au sujet de la clinique de l’obsessionnel, Lacan met l’accent sur des points qu’il me semble qu’on ne rencontre pas dans ce que peuvent dire ses contemporains. Il dresse ainsi le portrait de l’obsessionnel en acteur, jouant son propre rôle, mais aussi spectateur. L’analyste est alors mis en place de ce grand Autre, également spectateur. Un obsessionnel qui cherche à tuer son propre désir, et à poser « un certain nombre d’actes comme s’il était mort »<a href="#_ftn9">[9]</a> ce qui lui permet de se sentir invulnérable.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que Lacan veut avancer, c’est que rester sur le plan de la relation duelle pour essayer d’expliquer ce qui se passe dans l’analyse d’un obsessionnel mène encore une fois à des impasses. En l’occurrence, pour Lacan, les fantasmes d’incorporation phallique que décrit Bouvet, lui apparaissent se situer sur le plan de l’imaginaire. Et il critique le fait que si la théorie ne dégage pas cette dimension clairement, alors la pratique finit par prendre pour réel quelque chose qui en fait se situe sur un autre plan.</p>
<p style="text-align: justify;">« A prendre la relation duelle pour réelle, une pratique ne peut pas échapper aux lois de l’imaginaire, et l’aboutissement de cette relation d’objet, c’est le fantasme d’incorporation phallique. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">A partir de cette histoire de phallus imaginaire à intérioriser, Lacan va mettre au centre de cette seconde séance, <em>la place du phallus</em>, qui lui semble être nécessaire dans toute théorie de la relation d’objet, et plus largement dans la théorie psychanalytique. C’est un élément tiers qui doit apparaître dans la description de la relation d’objet. Il avait déjà commencé à parler de cet objet qu’est le phallus, l’année précédente, à la dernière séance de son séminaire sur les psychoses, le 04 juillet 1956.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ici, Lacan nous indique que la place du phallus, est celle d’un objet imaginaire et celle d’un objet tiers, d’un objet médiateur. « La notion de la relation d’objet est impossible à comprendre, et même à exercer, si l’on n’y met pas le phallus comme un élément, je ne dis pas médiateur, car ce serait faire un pas que nous n’avons pas encore fait ensemble, mais tiers. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p><strong>Le phallus et le météore </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on relit la dernière séance du séminaire précédent, <em>Les psychoses<a href="#_ftn12"><strong>[12]</strong></a></em>, qui est une conclusion de son séminaire de l’année 1955-1956.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y parle déjà des théories de la relation d’objet. « Par hypothèse, chaque fois qu’on a affaire à un trouble considéré dans sa globalité come immature, on se rapporte à une série développementale linéaire dérivant de l’immaturation de la relation d’objet. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Lacan, l’objet phallique est donc central dans la psychanalyse, par rapport au complexe d’Œdipe, et par conséquent par rapport à la castration. A partir de son résumé de sa lecture de l’écrit de Freud sur le président Schreber, Lacan replace le concept pivot autour duquel Freud développe sa théorie sur le délire de Schreber, à savoir la castration. Car c’est à partir de la castration, de son importance pour Freud, que Lacan introduit l’importance qu’a pour lui l’objet phallique.<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, d’une certaine façon, lorsque Freud parle de castration, et il en parle souvent, Lacan parle d’objet phallique, du phallus. La castration freudienne est à articuler avec le phallus lacanien (« la perte de l’objet phallique »). Chez Freud, la référence au phallus est plutôt implicite, et pas toujours si évidente (que ne le dit Lacan par exemple) à distinguer de son support matériel qu’est le pénis. Lacan, lui, insiste sur cet objet, le phallus, pour premièrement et évidemment, le distinguer du pénis, dans le fait qu’il est tout aussi important chez l’homme que chez la femme. Il faut se reporter au texte de Freud, « L’organisation génitale infantile », écrit en 1923, pour venir compléter ses trois essais sur la théorie de la sexualité. C’est là où Freud affirme « Il n’existe donc pas un primat génital, mais un primat du phallus. »</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette dernière séance du 4 juillet 1956, Lacan commence donc déjà sa critique des théories de la relation d’objet en tant que, selon lui, elles conçoivent un sujet « conçu comme né dans la seule relation de l’enfant à la mère, avant toute constitution d’une situation triangulaire »<a href="#_ftn15">[15]</a>, et que dans cette perspective, « l’appareil du symbole est tellement absent des catégories mentales du psychanalystes d’aujourd’hui que c’est uniquement par l’intermédiaire d’un fantasme que peuvent être conçues de telles relations. »<a href="#_ftn16">[16]</a> Lacan entend par là critiquer une théorie et une pratique qui se centreraient ainsi uniquement sur « l’économie imaginaire du fantasme ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il introduit ainsi dans cette séance le « triangle père-mère-enfant », « un triangle (père)-phallus-mère-enfant ». « Où est le père là-dedans ? Il est dans l’anneau qui fait tenir tout ensemble. »<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Même si Lacan est d’emblée assez ironique sur le fait que l’avenir du complexe d’Œdipe sera chahuté, cet objet phallique, il l’articule avec le père, dont il en fait surtout une fonction, qui va venir comme on dit, médiatiser la relation entre la mère et l’enfant. Cette fonction, qui est d’une certaine façon à entendre comme une fonction mathématique, car il faut la rapporter à une structure. « Nous ne sommes pas là pour développer toutes les faces de cette fonction de père, mais je vous en fais remarquer une des plus frappantes, qui est l’introduction d’un ordre, d’un ordre mathématique, dont la structure est différente de l’ordre naturel. »<a href="#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Au final, il faut comprendre que le phallus n’est pas le pénis qui est attribué par l’enfant à sa mère, mais que si le père peut venir jouer un rôle dans la relation mère-enfant, c’est grâce à cet objet qu’est le phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Et on peut dire que cet objet dont Lacan dit qu’il est d’une certaine manière imaginaire, et bien il appartient tout autant à l’ordre symbolique, à la structure d’ensemble. Paradoxe ? Moustapha Safouan, dans son livre <em>Lacaniana</em>, souligne que Lacan ne précise pas s&#8217;il s&#8217;agit &laquo;&nbsp;du même imaginaire que celui qui est en jeu dans la relation avec le semblable, l&#8217;imaginaire spéculaire&nbsp;&raquo; (p. 61). Intéressante question. Il se pourrait ainsi que l&#8217;imaginaire dégagée par la notion de phallus soit d&#8217;un ordre différent que celui dégagé par la relation au miroir. Pour Safouan, c&#8217;est une distinction importante, car &laquo;&nbsp;La difficulté qu&#8217;aura Lacan à frayer son chemin sera d&#8217;autant plus grande que la question [celle d'un imaginaire distinct] n&#8217;est pas formulée. Celle que le lecteur aura à le suivre ne le sera pas moins.&nbsp;&raquo; (p. 61).</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi le phallus tient-il de l’ordre symbolique, parce que le principal avec cet objet, c’est qu’il puisse manquer ou pas, c’est à dire, si quelque chose de réel (l’organe sexuel mâle en l’occurrence) peut manquer, c’est qu’il est aussi un objet symbolique, Lacan dit donc pour désigner ce fait un élément signifiant.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui me semble donc important dans cette histoire de phallus au sein de la relation entre la mère et l’enfant, c’est la possibilité de décrire autrement les relations mère-enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut ainsi sortir d’une relation d’amour inconditionnel comme la décrivent les Balint par exemple. L’amour de la mère est intéressé par quelque chose, et ce quelque chose, c’est bien la splendeur phallique de son enfant qui vient à la place de son propre manque.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce que Lacan va montrer avec les distinctions qu’il va faire entre les trois mères un peu plus loin dans son séminaire. Il montrera que la mère manque elle aussi de quelque chose, et du phallus en particulier. « Si la femme trouve dans l’enfant une satisfaction, c’est très précisément pour autant qu’elle trouve en lui quelque chose qui calme en elle, plus ou moins bien, son besoin de phallus, qui le sature. »<a href="#_ftn19">[19]</a> Pour continuer sur le sujet de ces amours inconditionnés, j’ai trouvé cette idée dans un article de Darian Leader intitulé « <a href="http://www.cairn.info/revue-savoirs-et-cliniques-2002-1-page-43.htm">Sur l’ambivalence maternelle</a> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Je l’ai trouvé intéressant car il faisait le parallèle entre cette idée d’harmonie entre mère et enfant que l’on retrouve dans certains courants de la psychanalyse, comme je l’ai présenté avec les Balint par exemple, et certains concepts que l’on trouve dans la psychologie du développement qui travaille sur les interactions précoces, chez Daniel Stern par exemple dans son livre <em>le monde interpersonnel du nourrisson. </em>Avec Daniel Stern, et d’autres auteurs, on parle ainsi <strong>d’harmonisation affective</strong>, <strong>« d’accordage affectif »</strong> (Celui-ci atteint son développement vers neuf mois, pour désigner une expérience subjective où « le partenaire reproduit la qualité des états affectifs de l’autre sur un autre canal sensori-moteur. »), ou encore de <strong>réciprocité</strong>, permettant aux deux partenaires de partager leurs expériences émotionnelles sur un mode qui serait ajusté, c’est à dire où les réponses de l’un à l’autre partenaire ne serait pas trop en décalage.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour revenir sur la seconde séance du 28 novembre 1956. Lacan fait donc deux critiques :</p>
<p style="text-align: justify;">1-      Pour lui, la relation d’objet, dont le paradigme est la dyade mère-enfant, la relation duelle, décrite par les auteurs qu’il commente, se situe sur le plan de l’imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">2-      Leur confusion semble être déterminée selon Lacan par le fait qu’ils oublient que cet élément essentiel de la relation analytique, à savoir ce phallus, doit être placé sur le même plan que la relation mère-enfant, et doit donc être décrit comme imaginaire et non comme réel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui revient au final à décrire une relation à trois termes et non plus seulement deux. C’est le schéma Phallus-Enfant-Mère, de <strong>la triade imaginaire</strong>, le schéma inaugural de ce début d’année.</p>
<p style="text-align: justify;">« Toute l’ambiguïté de la question soulevée autour de l’objet et de son maniement dans l’analyse se résume à ceci – l’objet est-il ou non le réel ? »<a href="#_ftn21">[21]</a></p>
<p><strong>La question du réel</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le fil rouge de la seconde séance, c’est en effet pour Lacan, de se poser la question de savoir si l’objet dont on parle, et qu’on manipule en analyse, est réel ou pas. Et cela rejoint la question de l’usage de la notion de réalité en psychanalyse. Car il en profite pour interroger les diverses acceptions de la notion de réalité. Il n’a pas conceptualisé nettement la différence entre le terme de réalité et ce qui deviendra le réel. Mais il s’y avance.</p>
<p style="text-align: justify;">Il va alors parler du réel pour le distinguer de la référence, qui est souvent faîte dans le domaine de la psychopathologie, à la réalité matérielle du support organique de la dimension psychique. (Le terme de <em>Wirkung</em> c’est le mot allemand qui met l’accent sur l’action, l’efficacité, l’effet, la conséquence)</p>
<p style="text-align: justify;">Pour aborder cette question du réel de l’objet et de son possible accès via l’analyse, Lacan va prendre trois exemples d’usage du terme de réalité en psychanalyse, pour essayer de faire comprendre au final la différence entre le réel et l’imaginaire (avec la notion de phallus, puis avec les phénomènes transitionnels de Winnicott), et entre le réel et le symbolique (avec l’analogie d’une usine hydraulique) :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1-</strong> Concernant<strong> la différence entre le réel et l’imaginaire</strong>, il continue de prendre tout d’abord comme illustration le phallus, et notamment les débats qui ont eu lieu dans la communauté analytique à propos de la distinction pénis/phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Il rappelle les débats qui eurent lieu dans les années « vingt ». Vous trouverez l’histoire de ces débats dans un article très éclairant écrit par Fabienne Guillen, « La querelle du phallus »<a href="#_ftn22">[22]</a>. Et toujours dans cette même revue <em>Psychanalyse</em>, trois articles justement sur cette notion, à la fois chez Freud, puis chez Lacan, : « Phallus et fonction phallique »<a href="#_ftn23">[23]</a> et « Phallus et fonction phallique chez Lacan ».</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le phallus, selon Lacan, Freud faisait bien la différence. Ainsi cette notion de phallus « implique d’elle-même le dégagement de la catégorie de l’imaginaire »<a href="#_ftn24">[24]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir de cette question des rapports de l’objet et du réel, Lacan va donc parler de ce qu’il nomme réel dans ses trois catégories. C’est en effet, à cette époque, la catégorie qu’il explicite le moins, sur laquelle il met le moins l’accent contrairement au symbolique ou à l’imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce n’est pas anodin de voir qu’il cherche toujours à le définir. Au lieu d’essayer de le définir positivement, il cherche plutôt à essayer de dire ce que le réel, pour lui, n’est pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Il précise ainsi que le réel « est à la limite de notre expérience »<a href="#_ftn25">[25]</a>, entendons, l’expérience analytique. Et qu’il est à distinguer de la réalité, plus particulièrement de la réalité matérielle, de la réalité organique.</p>
<p style="text-align: justify;">« La référence au fondement organique ne répond chez les analystes à rien d’autre qu’à une espèce de besoin de réassurance, qui les pousse à reprendre sans cesse cette antienne dans leurs textes comme on touche du bois. »<a href="#_ftn26">[26]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2-</strong> Concernant <strong>la différence entre le réel et le symbolique</strong>, il y a donc cet exemple qui est intéressant, c’est celui de l’usine hydraulique. Il le reprendra d’ailleurs à la séance d’après car on lui objectera certaines critiques entre les deux séances. Pourquoi est-il intéressant ? Parce qu’il permet de faire une analogie entre le fonctionnement cérébral qui pourrait être le fleuve, le Rhin en l’occurrence, et l’usine hydraulique, qui pourrait être l’appareil psychique. L’électricité serait la libido.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan énonce qu’on ne peut pas poser que l’énergie soit déjà-là dans le fleuve, avant la pose de l’usine. Autrement dit, on ne peut pas parler de la libido avant « la pose des concepts », que Freud nous a légués. Et qu’il ne faut donc pas confondre le flux du fleuve, ou l’énergie qui circule dans les neurones, et l’autre ordre de réalité, symbolique cette fois, qui est celui dans lequel la psychanalyse se meut, une fois d’ailleurs qu’elle a posé ses propres concepts, « son usine conceptuelle », et qu’elle peut ainsi essayer de distinguer les deux plans.</p>
<p style="text-align: justify;">A la séance d’après, par exemple, on lui fera l’objection suivante que l’ingénieur est en mesure de calculer toute l’électricité qu’il va pouvoir tirer du fleuve avant toute pose d’usine. Mais là encore, on perçoit bien qu’avant que l’ingénieur utilise ce qu’on pourrait appeler son système symbolique de calcul, il n’y a que le fleuve, et il n’y a donc pas d’énergie.</p>
<p style="text-align: justify;">D’ailleurs, peut-on se poser la question de ce qu’il y a avant ? De l’énergie que le fleuve pouvait posséder avant de pouvoir la calculer ? C’est-à-dire avant que la chose soit nommée ? C’est une question difficile.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan veut donc insister sur le fait que le terme de libido, notion rattachée à celle d’énergie, ne doit pas être confondue avec un ordre de réalité matérielle. La libido fait partie du système conceptuel utilisé par l’analyste pour saisir quelque chose de l’ordre de l’expérience analytique. En l’occurrence, la libido désigne quelque chose de l’ordre de l’imaginaire, que Freud utilise pour décrire ce qui se passe au niveau des comportements sexuels des individus, l’articulation de leurs désirs, de leurs envies, etc…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3-</strong> Le troisième exemple de <strong>l’usage de la notion de réalité</strong>, et qui finalement illustre l’accès à cette réalité, il est abordé à partir de l’article de Winnicott sur les phénomènes transitionnels, « Objets transitionnels et phénomènes transitionnels »<a href="#_ftn27">[27]</a>, que Lacan va commenter.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan veut montrer que Winnicott a remarqué qu’au sein de la théorie psychanalytique, une description utilisant la relation mère-enfant s’est substituée à une description utilisant la dialectique des deux principes (de plaisir et de réalité).</p>
<p style="text-align: justify;">Il rappelle ce que Winnicott décrit dans son article au sujet du rôle de la mère dans l’appréhension de la réalité extérieure, autrement dit, de la fonction de la mère dans la confusion chez l’enfant entre la satisfaction issue de l’hallucination et la satisfaction issue de l’objet réel. C’est une dialectique entre l’illusion et la réalité, avec la frustration comme accès à la désillusion.</p>
<p style="text-align: justify;">Le moment initial (après l’expérience originaire de satisfaction qui est à situer dans le registre du pur besoin chez l’enfant) est donc la présentation de l’objet réel, le sein, par la mère, au moment même où l’enfant est censé halluciner l’objet (c’est-à-dire, essayer de se satisfaire via le rappel de l’expérience première de satisfaction).</p>
<p style="text-align: justify;">L’étape d’après étant le désillusionnement opéré par la mère sur son enfant, à l’aide de petites touches de frustration, pour que l’enfant finisse par saisir la différence entre la réalité et l’illusion.</p>
<p style="text-align: justify;">« Le principe du plaisir, nous l’avons identifié avec une certaine relation d’objet, à savoir la relation au sein maternel, tandis que le principe de réalité, nous l’avons identifié avec le fait que l’enfant doit apprendre à s’en passer. »<a href="#_ftn28">[28]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans cet exemple qu’il va parler pour la première fois de frustration. Terme qui va revenir plus tard pour introduire la fameuse distinction entre frustration, castration et privation. Lacan critique donc l’usage qui est fait de cette relation duelle mère-enfant comme espèce de matrice de toute future relation d’objet, qui permettrait alors d’expliquer tout problème futur dans le développement de l’accès à la réalité pour le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’extrême diversité des objets, tant instrumentaux que fantasmatiques, qui interviennent dans le développement du champ du désir humain, est impensable dans une telle dialectique, dès lors qu’on l’incarne en deux acteurs réels, la mère et l’enfant. »<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan souligne que Winnicott est tout à fait génial, dans le fait d’être reparti de cette expérience que chacun peut observer, à savoir l’existence de ces objets transitionnels. Puis il va qualifier les objets transitionnels d’objets imaginaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce qui l’intéresse, c’est encore une fois de revenir à cette notion de <strong>manque de l’objet</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il lui semble que c’est la pièce manquante aux théorisations sur l’objet, comme celles qui tentent de relier les phénomènes transitionnels et le futur objet-fétiche. Car ce sur quoi il met le plus l’accent dans les trois thèmes qu’il a dégagés chez Freud concernant l’objet, c’est celui que l’on a résumé avec la formule « L’objet se présente d’abord dans une quête de l’objet perdu ». L’objet perdu renvoie à la notion de manque de l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>frustration, castration, et privation</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette notion de manque de l’objet, Lacan va donc l’aborder au travers de la distinction de trois termes, de trois significations de ce manque, qui sont issues du débat sur la nature du phallus dont on a parlé : frustration, castration, et privation.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan va utiliser ces trois termes, ainsi que le fait qu’il ait dit que le phallus était d’ordre imaginaire, pour clarifier ce qu’est, selon lui, la castration, et à quel niveau elle se situe. Selon la bonne méthode structurale, c’est à dire par opposition de terme à terme, il va ainsi définir trois types de manque :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La frustration</em> comme un manque imaginaire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est un « dam imaginaire »<a href="#_ftn30">[30]</a>, un dommage imaginaire, en face duquel il n’existe aucune possibilité de satisfaction. C’est le domaine par excellence de la revendication (celle de l’hystérique par exemple). Par la frustration quelque chose ne se réalise pas. Lacan critique le fait d’utiliser la frustration trop souvent pour expliquer par exemple les ratés dans le développement du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La privation </em>comme un manque réel.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En somme, la privation est quelque chose qui manque réellement, c’est une absence réelle, « un trou »<a href="#_ftn31">[31]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La castration </em>comme un manque symbolique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il rappelle que la castration est articulée par Freud à l’Œdipe. Et pour Lacan, qui a déjà commencé à « structuraliser l’Œdipe », c’est à dire à le placer dans le registre du symbolique et en faire un jeu de distribution de places à trois éléments, la castration, comme il le dit, « ne peut que se classer dans la catégorie de la dette symbolique »<a href="#_ftn32">[32]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Au final, par la castration quelque chose pourrait venir à manquer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Puis il va les articuler ces trois modalités du manque avec la nature des objets qui peuvent manquer :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La frustration</em> comme le manque imaginaire d’un objet réel.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est à dire que dans la frustration, l’objet invoqué serait toujours un objet réel, comme celui que l’enfant demande à n’en plus finir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La privation </em>comme le manque réel d’un objet symbolique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan explique cette nature symbolique par le fait qu’un objet peut manquer seulement à partir du moment où il est de l’ordre du symbolique. L’absence d’un objet est donc purement symbolique. Il donne l’exemple d’un livre qui manquerait dans les rayons d’une bibliothèque. « Cela veut dire que le bibliothécaire vit entièrement dans un monde symbolique. »<a href="#_ftn33">[33]</a> Le livre ne peut manquer effectivement, qu’à la condition d’avoir été identifié à sa place d’objet au sein du système de classification qu’est la bibliothèque. Cela permet enfin à Lacan d’avancer encore quelques mots sur la notion de réel.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tout ce qui est réel est toujours et obligatoirement à sa place, même quand on le dérange. Le réel a pour propriété d&#8217;abord de porter sa place à la semelle de ses souliers, vous pouvez bouleverser tant que vous voudrez le réel, il n&#8217;en reste pas moins que nos corps seront encore à leur place, après l’ explosion d’une bombe atomique, à leur place de morceaux. L’absence de quelque chose dans le réel est purement symbolique. »<a href="#_ftn34">[34]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La castration </em>comme le manque symbolique d’un objet imaginaire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Lacan, ce ne peut être qu’un objet imaginaire, car la punition réelle qui est même parfois invoquée dans les textes de Freud, ne se produit dans les faits qu’assez rarement tout de même… Lacan a bien évidemment en tête le phallus, dont on déjà dit qu’il avait déjà bien pris soin de différencier de l’organe réel, le pénis.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, Lacan laisse entendre qu’il va parler d’un troisième terme qui sera désigné comme <em>l’agent</em>. Et que c’est ce terme qui permettra de revenir sur la triade phallus-mère-enfant. Ce sera la mère, et même la mère symbolique (mais là je dévoile un peu le suspens), qui sera l’agent de la frustration. L’agent de la privation sera défini comme le père imaginaire. Et enfin, l’agent de la castration sera le père réel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> <em>La psychanalyse d&#8217;aujourd&#8217;hui</em>, Ouvrage publié sous la direction de S. Nacht, PUF, 1956</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.25.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.26.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.26.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Maurice Bouvet, « le Moi dans la névrose obsessionnelle – Relations d’objet et mécanismes de défense », in <em>La relation d’objet</em>, PUF, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Maurice Bouvet, « Importance de la prise de conscience de l&#8217;envie du pénis dans la névrose obsessionnelle féminine », in <em>Revue française de psychanalyse, </em>tome XIV, n° 2, 1950.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Michel de M’Uzan, « Introduction à l’œuvre de Maurice Bouvet », in Maurice Bouvet, <em>La relation d’objet</em>, PUF, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Christian Hoffmann, « La phobie des TCC », in <em>Le Carnet PSY, </em>n° 115, 2007/2.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.27.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.28.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.28.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.349.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.349.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.351.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.353.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.353.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.359.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.360.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.70.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Nestor Braunstein, « Le phallus comme SOS (signifiant, organe, semblant) » in <em>Depuis Freud, après Lacan – déconstruction dans la psychanalyse</em>, Erès, 2008, p. 107.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.30.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Fabienne Guillen, « La querelle du phallus », in <em>Psychanalyse</em>, n°8, 2007/1.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Pierre Bruno, « Phallus et fonction phallique », in <em>Psychanalyse</em>, n°8, 2007/1. Et un texte en deux parties rédigé par Pierre Bruno, produit d’un groupe de travail composé de Pierre Bruno, Fabienne Guillen, Dimitris Sakellariou, Marie-Jean Sauret : « Phallus et fonction phallique chez Lacan », in <em>Psychanalyse</em>, n°10, 2007/3 et <em>Psychanalyse</em>, n°11, 2008/1.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.31.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.31.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.32.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Repris dans D. W. Winnicott, <em>Jeu et réalité</em>, Gallimard, 1971.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.34.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.35.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.37.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.36.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.37.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref33">[33]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.38.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref34">[34]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.38.</p>
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		<title>Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET &#8211; Introduction (21/11/1956)</title>
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		<pubDate>Sat, 14 May 2011 10:58:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Alice Balint]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[la relation d’objet]]></category>
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		<description><![CDATA[Des notes sur cette première séance en date du 21 novembre 1956 ... où Lacan critique la notion d'objet satisfaisant, avec comme visée d'essayer d'avancer sur la conception de la mère, à partir de son rapport au phallus.
Paris, le 14 mai 2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Paris, le 14 mai 2011.</p>
<h2 style="text-align: justify;">Introduction (21/11/1956)</h2>
<p style="text-align: justify;">La première séance est une sorte d’introduction à l’année. Lacan va y  exposer son programme.</p>
<p style="text-align: justify;">Il annonce son sujet comme « un gros morceau »  auquel il aurait fallu s’attaquer plus tôt, mais devant lequel, il  fallait d’abord affûter ses armes, ce qu’il a donc fait dans les  séminaires précédents. Il rappelle qu’il a avancé quelques schémas, et  en présente un, qu’il appelle LE schéma. C’est le schéma Z.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce  schéma vient selon lui montrer que la relation du sujet à un objet, est  prise dans une certaine configuration qui ne peut qu&#8217;échapper aux théories de la  relation d’objet. « Ce schéma inscrit le rapport du sujet à l’Autre »<a href="post.php?post=556&amp;action=edit#_ftn1">[1]</a>. Et il est à lire dans un sens topologique, « Il ne s’agit pas de localisation, mais de rapports de lieux »<a href="post.php?post=556&amp;action=edit#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/05/Schma-en-Z.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-563" title="Schma-en Z" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/05/Schma-en-Z.jpg" alt="" width="728" height="334" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lacan formule d’emblée sa critique, et indique que pour la fonder, il repartira des textes freudiens, de ceux qui abordent précisément ce thème de l’objet, sous trois modes. Il recense donc ce qui peut être trouvé selon lui chez Freud concernant le thème de l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Et il en relève trois manières :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1- La première</strong>, c’est celle que l’on trouve dans le dernier chapitre du troisième essai <em>des Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, et qui s’intitule « Die Objektfindung », qu’on peut traduire en « la trouvaille de l’objet ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est celle sur laquelle il va le plus insister dans les deux premières séances, et par la suite également. Il y a une formule à retenir : « L’objet se présent d’abord dans une quête de l’objet perdu ». Cette première direction freudienne de concevoir l’objet vient ainsi contredire toute autre direction, selon Lacan, qui parlerait d’un objet harmonieux ou bien d’un sujet autonome.</p>
<p style="text-align: justify;">Que veut dire la trouvaille de l’objet ? Que l’objet est par nature déjà-perdu.</p>
<p style="text-align: justify;">« Freud insiste sur ceci, que toute façon pour l’homme de trouver l’objet est, et n’est jamais que, la suite d’une tendance où il s’agit d’un objet perdu, d’un objet à retrouver. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la première séance, Lacan va alors annoncer la formule sur laquelle il va s’appuyer pour avancer par la suite, à savoir que pour Freud, <em>l’objet est toujours un objet à retrouver puisque l’objet est fondamentalement perdu à l’origine</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est la fameuse formule qui indique que L’<em>Objektfindung </em>est toujours une W<em>iderfindung</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc un lien nostalgique qui lie le sujet à cet objet perdu. L’objet étant perdu, tenter de trouver l’objet est déterminé, conditionné par ce fait. Ainsi l’objet qui va se retrouver en quelque sorte sur le chemin de la maturation de l’individu sera toujours un objet qui succède, un succédané de l’objet perdu, et donc il sera toujours en cela insatisfaisant.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, c’est une conséquence importante : la rencontre avec l’objet se fera donc toujours sous le signe de l’insatisfaction, puisque l’objet ne sera jamais l’objet qui manque. Il n’existe pas d’objet adéquat.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est le point qui va permettre à Lacan de critiquer toute théorie de l’objet qui pose qu’il existe un objet pleinement satisfaisant, harmonieux, et que l’objet pourrait venir combler le sujet à un moment donné.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>2- La seconde, c’est le rapport de l’objet chez Freud avec la notion de réalité.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan développera ce thème en utilisant l’article de Winnicott sur les phénomènes transitionnels.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>3- Enfin, Lacan note que Freud utilise cette notion d’objet pour décrire l’ambivalence de certaines relations fondamentales où le sujet se fait objet pour l’autre.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan appelle ce thème « la réciprocité imaginaire ». Cela est à mettre en relation avec la notion d’objet et la relation à l’objet que Freud a mis au jour à partir de <em>Deuil et Mélancolie</em> où il relève le principe de l’introjection mélancolique. Il l’a précisé également dans <em>Psychologie des masses et analyse du moi</em> ou encore dans <em>Le moi et le ça </em>: l’identification à l’objet est au fond de toute relation d’amour à l’objet. Aimer l’objet est équivalent à être l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>le Moi et le ça</em> par exemple, Freud écrit :</p>
<p style="text-align: justify;">« Le caractère du moi résulte de la sédimentation des investissements d’objets abandonnés ». « il contient l’histoire de ces choix d’objet ». « Quand le moi adopte les traits de l’objet, il s’impose pour ainsi dire lui-même au ça comme objet d’amour, il cherche à remplacer pour lui ce qu’il a perdu en disant : ‘tu peux m’aimer moi aussi, vois comme je ressemble à l’objet’. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ce dernier thème autour de l’objet n’a pas été oublié par la technique de la psychanalyse que Lacan critique. C’est d’ailleurs plutôt son usage intensif que Lacan dénonce. Il l’appelle « l’impérialisme de l’identification ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Lacan veut donc repartir de Freud, et non pas de Karl Abraham.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En effet, il va critiquer le fait qu’à partir du moment où Karl Abraham a développé dans son article « Esquisse d’une histoire du développement de la libido basée sur la psychanalyse des troubles mentaux » écrit en 1924, précisément cette histoire de l’évolution des différents stades, mais dans une perspective génétique, et non plus de reconstruction, et bien on a pu parler de l’objet d’une autre façon. Une façon normalisante qui consiste à poser un objet final, le génital, à atteindre, au travers de différentes étapes de maturation.</p>
<p style="text-align: justify;">Car, à partir de cette possibilité, non pas de reconstruction après-coup à partir de la tension Inconscient-Conscient où l’objet est finalement littéralement impensable, mais de penser une conception téléologique posant un objet idéal, à atteindre, comme l’aboutissement d’un type de développement normal, on aboutit à une théorie normalisante du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce sont alors « les rapports du sujet à l’environnement » qui sont mis au premier plan, ce qui implique pour Lacan une certaine perspective sur la manière dont on peut tenter de définir « la structure de la personnalité ». D’une part, elle est réduite au plan des relations sociales du patient. Et d’autre part, s’établit une sorte d‘équivalence entre la structure du moi et « l’état de maturation des activités instinctuelles »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Lacan critique alors le livre collectif<a href="#_ftn5">[5]</a>, <em>La psychanalyse d&#8217;aujourd&#8217;hui</em>, et plus particulièrement l’article de Maurice Bouvet, « La clinique psychanalytique ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme je l’ai déjà dit, à cette époque, la psychanalyse est prise dans le mouvement scientifique qui essaie de penser les relations de l’homme à son environnement. Et Lacan critique cette perspective dans le cadre de la théorie psychanalytique, car c’est, selon lui, un retour à une forme de pensée qui finit parfois par viser une sorte de retour à la normale, un retour à l’idée d’adaptation, qu’il s’agirait de rectifier.</p>
<p style="text-align: justify;">En fin de compte, « Que signifie l’issue d’une enfance, ou d’une adolescence, et d’une maturité, normales ? »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan va donc s’en prendre à cet ouvrage collectif et le critiquer, de manière plutôt violente, (il qualifie par exemple les auteurs de « chieurs de perle »<a href="#_ftn7">[7]</a>) et dénoncer une première chose : le fait que dans ce type de théorisation, le Moi est placé au centre, et les relations du sujets au monde (qu’il s’agirait donc de rectifier éventuellement) sont pensées comme résultantes de la bonne structuration du Moi. Cette bonne structuration du Moi étant équivalente à la bonne maturation des activités instinctuelles (ou pulsionnelles si l’on préfère), c’est à dire, que les différents stades sont correctement franchis.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan va alors citer et critiquer la terminologie de Maurice Bouvet qui met l’accent sur deux types de sujet qu’il nomme <em>les pré-génitaux</em>, et <em>les génitaux.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Bouvet suit donc le schéma psychopathologique d’Abraham. Si Freud opposait plutôt le génital et le pré-génital sous l’angle pulsionnel, Bouvet les oppose par rapport au type de relation d’objet. C’est, à l’époque, en France le théoricien qui va souligner le plus l’intérêt de la notion de relation d’objet pour fonder une clinique psychanalytique (Un de ses continuateurs est Pierre Marty avec la relation d’objet allergique par exemple). Bouvet fait donc passer la notion du champ conceptuel de la théorie au champ clinique, avec des éléments qui seraient repérables et qui permettrait de différencier les structures de façon plus pertinente que la symptomatologie.</p>
<p style="text-align: justify;">On aurait donc avec d’un côté une description des stades du développement libidinal et de l’autre les éléments cliniques qui permettent d’observer le style et le type de relation du sujet à ces objets significatif d’amour et de haine. Avec Bouvet, la relation d’objet génital est la normalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette terminologie lui semble d’une part avoir un aspect normatif qui pose problème, et d’autre part elle confondrait les rapports du sujet selon deux axes : du sujet à la réalité et à l’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Les <em>pré-génitaux</em> auraient ainsi un Moi faible car trop dépendant de leurs relations à leur objets. Schématiquement, leurs pulsions les porteraient alors à prendre du plaisir égoïstement, et être possessif voire être capable de destruction.</p>
<p style="text-align: justify;">Les <em>génitaux</em>, ayant la chance d’avoir un Moi fort, car plus autonome par rapport aux relations qu’ils entretiennent avec leurs objets. Ils peuvent ainsi supporter un deuil sans que leur personnalité en soit trop altérée. Mais surtout leur satisfaction prend en compte la satisfaction de l’objet. « Les convenances, les désirs, les besoins de l’objet sont pris en considération au plus haut point. »<a href="#_ftn8">[8]</a> L’objet total est reconnu dans son altérité.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, Lacan critique dans cette manière de présenter les relations d’objet, le fait que soient mélangées, la notion de réalité, prise dans le sens de l’objectivité, des rapports d’un sujet avec une réalité extérieure qui se construirait pour lui, et la notion de rapport à l’autre, à un autre dont le sujet serait en mesure de prendre en compte les désirs et les besoins.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan commence donc sa critique de l’usage de la notion de réalité, au travers de commentaires des textes qui mettent en avant la relation d’objet comme paradigme.</p>
<p style="text-align: justify;">« On ne peut nullement confondre l’établissement de la réalité, avec tous les problèmes d’adaptation qu’elle pose du fait qu’elle résiste, se refuse, est complexe, et la notion plus ou moins implicitement visée dans ces textes eux-mêmes sous les termes différents d’objectivité et de plénitude de l’objet. Cette confusion est articulée, de telle sorte que l’objectivité se trouve présentée dans tel texte comme caractéristique de la relation à l’autre dans sa forme achevée. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’objectivité dans ces textes semble ramener en effet, au sein de la relation à l’autre, à une équivalence à la prise en compte du plaisir de l’autre. Il critique cette réduction, où prendre réellement en compte l’autre serait finalement « […] la prise en considération des besoins, du bonheur, du plaisir de l’autre. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a pour lui confusion de deux plans : la réalité extérieure et le rapport à un autre sujet. Et il critique l’assignation du but de la cure à une sorte de rectification de la relation sujet-objet. Avec comme objet, l’analyste, que le patient pourra percevoir dans sa réalité et sans la fameuse distance défensive, quand il aura cessé de projeter sur l’analyste l’image fantasmatique qu’il se fait de son analyste à partir des fixations libidinales qui auront marqué son développement.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan tente également de montrer par exemple, avec la question de la phobie, que la fonction de l’objet peut être éclairée tout à fait autrement. Il critique la mise sur la même ligne de développement, la construction d’un objet phobique et la construction de l’objet paternel. « Il est néanmoins remarquable que le désir de reconstruction dans le sens génétique en soit venu au point de tenter de déduire du fleurissement des constructions phobiques objectales primitives la construction même de l’objet paternel, qui en serait comme la suite et l’aboutissement. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan aborde également l’objet fétiche. La fonction qui serait promue pour cet objet serait, dans cette même perspective, la même que pour l’objet phobique : la construction d’un objet dont la fonction est de protéger le sujet contre l’angoisse de castration.</p>
<p style="text-align: justify;">« La question est de savoir s’il y a quelque chose de commun entre l’objet phobique et le fétiche. […] Centrons par exemple notre question de départ sur ce qui fait la différence entre la fonction d’une phobie et celle d’un fétiche, pour autant qu’elles sont centrées l’une et l’autre sur le même fond d’angoisse fondamentale, sur lequel l’une et l’autre seraient appelée comme une mesure de protection ou de garantie de la part du sujet.»<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Rappellons-nous le petit Hans… Il y a un double mouvement de projection et de déplacement. La haine est projetée sur le cheval, parce qu&#8217;insupportable à la lumière de la censure ou du surmoi, et c&#8217;est le cheval qui est menaçant à son égard. Le fétiche est lu à la suite de Freud, comme ayant une fonction de protection pour le sujet, comme le rempart contre l’angoisse de castration liée à la perception de l’absence de phallus chez la mère.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi Lacan rapproche ces deux façons de concevoir l’objet-fétiche et l’objet-écran dans la phobie, pour mieux se demander si la fonction de ces deux objets suit bien la même logique.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan critique finalement la mise en avant de cette question de l’objet génital, dans sa fonction de « normalisation », quant au rapport du sujet avec, finalement, tous les autres objets. « Ce que peut être un objet pour un génital du point de vue essentiellement biologique qui est ici mis au premier plan, ne me paraît pas devoir être moins énigmatique qu’un des objets de l’expérience humaine courante, une pièce de monnaie, par exemple. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Michael et Alice Balint</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour mieux saisir ce qu’on peut penser de la relation d’objet dans une autre perspective, on peut s’arrêter sur celle que Lacan indique, à savoir celle de Balint, sa théorie de l’amour primaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Balint est hongrois d’origine, et est devenu dans le années 50, en Angleterre, un acteur de premier plan de la scène psychanalytique. Il a tissé des relations amicales avec les français Lagache et Lacan entre autres. Il a fait une analyse avec Ferenczi et tente de poursuivre son œuvre. Par exemple, il tente de lier la théorie freudienne des pulsions à la théorie naissante de Ferenczi des relations d’objets. En effet Ferenczi a mis sur le tapis la relation d’objet comme une alternative à la relation narcissique. Et ses élèves (le couple Balint et Klein par exemple) vont essayer de continuer selon des directions différentes.</p>
<p style="text-align: justify;">L’idée c’est de considérer que les relations d’objet existent dès le début de la vie. Et Ferenczi pose que l’amour de l’enfant est d’abord un amour passif : il n’aime pas, il veut être aimé. C’est cette idée qu’Alice Balint va développer avec l’amour primaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours des Controverses<a href="#_ftn14">[14]</a>, Balint va défendre les théories de Ferenczi, et progressivement il va venir demander une révision du narcissisme primaire freudien, qui n’est pour lui qu’une spéculation. Il critique l’idée d’un enfant fermé sur lui-même où l’extérieur n’existe pas, et lui préfère la représentation d’un enfant pris déjà dans une relation d’objet avec sa mère, la dyade primitive. Il propose selon sa formule que : « ce qui est bon pour l’un est bon pour l’autre », autrement dit, dans cette relation primaire, les protagonistes sont dans un mélange harmonieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous pouvez trouver cela décrit par exemple dans le chapitre « Objet et Sujet »<a href="#_ftn15">[15]</a> de son livre « Les voies de la régression », ou encore dans le chapitre « Amour primaire » du livre « Le défaut fondamental »<a href="#_ftn16">[16]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Balint part de la constatation que dans ce qu’on appelle la régression en psychanalyse, on peut mettre au jour un fantasme : celui « d’une harmonie primaire qui nous reviendrait de droit et qui aurait été détruite, soit par notre faute, soit du fait des machinations d’autrui, soit par la cruauté du destin. »<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La croyance en cet état où tous les désirs seraient satisfaits, un état où le manque n’existerait plus, qui se retrouve donc dans un certain nombre de religions par exemple, serait selon lui la visée ultime de toute aspiration humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Balint déduit alors de l’expérience de la vie sexuelle, et de l’orgasme en particulier, l’existence de cet état où la satisfaction dans cette harmonie parfaite entre le sujet et son environnement est quasiment atteinte. Il reprend, semble-t-il, ce point à Ferenczi qui pense que dans l’orgasme c’est la situation parfaite de réciprocité, l’identité parfaite des intérêts entre les partenaires, l’individu et son environnement.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa théorie de l’amour primaire, lui permet en fait, de sortir selon lui, de l’aporie de la théorie du narcissisme primaire où le monde extérieur n’existerait pas. Elle lui permet donc de dire que le monde extérieur existe, mais qu’il existe une harmonie primaire entre le sujet et le monde qui l’entoure.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, Balint dit qu’il n’y a pas vraiment d’objet à cette période. Ce sont seulement des substances. Et que précisément, c’est la découverte des objets, dans le sens de ce qui fait obstacle (Car il présente deux sens du mot objet : le premier, c’est la notion de but qui va déterminer l’action et le second c’est celui d’obstacle, de quelque chose de bien délimité qui va faire objection à cette action) qui va précipiter la chute de cette période harmonieuse. Il désigne d’ailleurs la naissance comme un moment critique de ce changement.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais c’est toute de même à partir de cette description de l’amour primaire qu’il va concevoir la notion d’objet primaire qui va être le succédané de cette période bienheureuse, et qui va devenir une notion désignant un objet harmonieux et entièrement satisfaisant pour le sujet. Cette relation harmonieuse finira ainsi par devenir le prototype, le paradigme idéal de toute relation d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, Alice Balint, la femme de Michael Balint, peut écrire dans un article daté de 1939, « Amour pour la mère et amour de la mère »<a href="#_ftn18">[18]</a>, que « pour nous tous, il va de soi que les intérêts de la mère et de l’enfant sont identiques, et on s’accorde en général pour reconnaître que le critère qui permet de distinguer une bonne mère d’une mauvaise mère est sa capacité à éprouver réellement cette identité d’intérêts ».</p>
<p style="text-align: justify;">On retrouve finalement dans son texte les mêmes arguments qu’utilisera Bouvet plus tard sur les différences entre les génitaux et les prégénitaux : ces derniers étant décrits comme incapables de saisir que ceux qu’ils aiment peuvent avoir des intérêts propres,  donc comme égoïstes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p. 12.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p. 12.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p. 15.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p. 19.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> <em>La psychanalyse d&#8217;aujourd&#8217;hui</em>, Ouvrage publié sous la direction de S. Nacht, PUF, 1956</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p. 21.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p. 21.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p. 21.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p. 21.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p. 21.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p. 22 et 23.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.23.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.24.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> On peut trouver un livre qui résume cette période de l’histoire de la psychanalyse : <em>Les Controverses Anna Freud-Melanie Klein</em>, écrit par Pearl King et Riccardo Steiner. Ce furent d’âpres débats pendant la période de la Seconde guerre mondiale entre les partisans d&#8217;Anna Freud, censés représenter une tradition orthodoxe de la psychanalyse, et ceux de Mélanie Klein.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Michael Balint, <em>Les voies de la régression</em>, Payot, 2000, p. 73.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Michael Balint, <em>Le défaut fondamental</em>, Payot, 2003, p. 105.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Michael Balint, <em>Les voies de la régression</em>, Payot, 2000, p. 80.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Michael Balint, <em>Amour Primaire Et Technique Psychanalytique</em>, Payot, 2001.</p>
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		<title>Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET &#8211; introduction</title>
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		<pubDate>Tue, 03 May 2011 10:18:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<category><![CDATA[Maurice Bouvet]]></category>
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		<description><![CDATA[Afin de travailler sur la notion de jouissance (par exemple dans les rapports homme-machine),  sur celle de phallus (autour des objets médiateurs), j’ai décidé de travailler sur ce séminaire pour m’ouvrir, je l’espère, quelques possibilités d’approcher ce que j’essaie de chercher en ce moment. Ce ne sont que des notes autour des différentes séances de ce séminaire…
Paris, le 3 mai 2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Paris, le 3 mai 2011.</p>
<p style="text-align: justify;">Afin de travailler sur la notion de jouissance (par exemple dans les rapports homme-machine),  sur celle de phallus (autour des objets médiateurs), j’ai décidé de travailler sur ce séminaire pour m’ouvrir, je l’espère, quelques possibilités d’approcher ce que j’essaie de chercher en ce moment.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce ne sont que des notes autour des différentes séances de ce séminaire…</p>
<p style="text-align: justify;">Il est difficile pour travailler un séminaire de ne pas parler un peu des précédents tant les outils que Lacan forge sont « recyclés » d’années en années.</p>
<p style="text-align: justify;">En quelques mots&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Au cours des années 1951-1952 et 1952-1953</strong>, Lacan a commenté les <em>cinq psychanalyses </em>de Freud. Et c’est là qu’il a commencé à parler des trois termes symbolique, imaginaire et réel.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis, après 1953, c’est à dire après la scission et la création de la SFP (le public s’est donc élargi et a changé) Lacan continue son séminaire en reprenant ce qu’il a développé autour de ces trois dimensions.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’année 1953-1954</strong> fut consacrée aux éléments techniques tels que les notions de transfert, de résistance et de refoulement. Mais il expose également la topique de l’imaginaire, et commence déjà à aborder la notion de relation d’objet au travers d’une lecture critique des écrits de Michael Balint.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’année 1954-1955</strong> fut centrée sur une sorte de déconstruction de la notion de Moi, toujours en s’appuyant sur la distinction des trois termes. L’objectif est de démontrer que la théorie qui place le Moi au centre (en rendant équivalent, moi et conscience) est une régression théorique au regard de ce que tentait de décrire Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de ces deux années, il va dégager deux notions importantes, celle de symbolique et celle d’Autre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’année 1955-1956</strong> est consacrée aux psychoses. Il va essayer de mettre en œuvre ces deux notions (symbolique et Autre). Il relit les mémoires de Schreber. Et il va commencer à mettre au centre de sa théorie la place du signifiant. Il construira la fameuse notion de <em>Verwerfung</em>, la forclusion, et le non moins célèbre Nom-Du-Père.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous allons maintenant nous recentrer sur le séminaire qui nous occupe et qui a eu lieu, lui, du 21 novembre 1956 au 3 juillet 1957.</p>
<p style="text-align: justify;">Le titre original du séminaire, que Lacan rappelle à la première séance, est <strong>« La relation d’objet et les structures freudiennes »</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Qu’est-ce que Lacan vise en tenant ce séminaire sur la relation d’objet</strong><strong> cette année-là</strong>?</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’inscrit d’emblée dans ce « retour à Freud », et le fait qu’il bataille toujours contre les tenants de l’Ego-psychology. Ce séminaire a lieu au moment où la notion de relation d’objet était mise au premier plan de la théorie psychanalytique. Du point de vue pratique, le progrès de la cure était fondé sur une rectification du rapport du sujet à l’objet. Ce rapport sujet-objet était considéré comme une relation duelle. Lacan va développer ces points dans les premières séances.</p>
<p><strong>Pourquoi la relation d’objet était-elle au premier plan ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Freud l’emploie parfois (Dans <em>Deuil et Mélancolie</em>, par exemple, Freud écrit « Il avait existé un choix d’objet, une liaison de la libido à une personne déterminée ; sous l’influence d’une vexation ou d’une déception réelles de la part de la personne aimée, intervint un ébranlement de cette relation d’objet. »<a href="#_ftn1">[1]</a>). Mais comme le soulignent Laplanche et Pontalis, elle ne fait pas partie de son appareil conceptuel.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais à partir des années 30, dans les disciplines qui tentent de décrire le développement de l’homme, l’accent est mis sur les relations entre l’organisme et l’environnement. La psychanalyse n’échappe pas à ce mouvement. Pour reprendre les mots de Michael Balint qui a œuvré pour mettre au premier plan la notion de relation d’objet, il fallait passer d’une <em>one-body psychology</em> (c’était une expression de John Rickman, un analyste anglais) à une <em>two-body psychology</em>. On commençait donc à reprocher à Freud le fait qu’il aurait décrit les choses uniquement du point de vue du sujet, de l’intra-psychique. Et on met l’accent sur le manque théorique de Freud quant à cette notion d’objet. C’est en effet un élément constitutif de la pulsion, dans <em>les trois essais.</em> Et Freud examine également les réactions à la perte de l’objet, de l’objet externe, réel et aimé, pour en faire un paradigme dans <em>Deuil et Mélancolie.</em></p>
<p>C’est après la seconde guerre mondiale, avec les débats anglo-saxons, que cette notion de relation d’objet va véritablement arriver au devant de la scène psychanalytique avec les travaux de Mélanie Klein, Michael Balint, Ronald Fairbairn ou encore Donald Winnicott.</p>
<p style="text-align: justify;">On voit donc au final deux sortes de centrage s’affirmer. Ce que certains psychanalystes appellent :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>L’object-seeking</em>, où est décrit un homme fondamentalement orienté vers la recherche de l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le pleasure-seeking</em>, où l’homme est cette fois d’abord en quête de la satisfaction sexuelle et du plaisir, certes au travers d’objets, mais mis au second plan.</p>
<p style="text-align: justify;">En gros, cela modifie la façon dont on utilise la théorie de la pulsion.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan va donc reprendre ce qu’il a développé les années précédentes à savoir que, selon lui, l’on ne peut pas penser la relation analytique comme une relation duelle. C’est par exemple le but du schéma dit Z (ou dit encore L). Il introduit un autre point de vue, celui de l’intersubjectivité d’une part, et celui de la dimension symbolique, et bien sûr son articulation avec celle de l’imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan a déjà développé certaines distinctions dans les années précédentes, qui étaient centrées plutôt du côté de la technique utilisée dans la cure (qu’est-ce que la résistance, ou le transfert). Il a essayé d’avancer un certain nombre de choses sur la situation analytique, sur la relation analyste-analysant. Il va à présent s’avancer du côté de la théorie, au travers de ce qui est en vogue à ce moment, c’est à dire la théorie de la relation d’objet.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sigmund Freud, « Deuil et Mélancolie », in <em>Œuvres complètes, tome XIII</em>, PUF, 2005, p. 269.</p>
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		<title>Alan Turing, sur les traces de l’IA : Episode 4</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Apr 2011 13:29:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Les travaux d'Alan Turing en logique mathématique se situent aux origines du mouvement de la cybernétique, qui elle-même alimentera les recherches aboutissant à la création des sciences cognitives. Lacan s'inscrit dans ce même siècle, mais s'intéressera à ces travaux, y compris la cybernétique, d'une toute autre manière. Cet épisode nous y introduit...
Paris, le 18 avril 2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Paris, le 18 avril 2011.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’épisode précédent, j’ai parlé de la naissance des sciences cognitives. Je voudrais ajouter quelque chose pour introduire au premier grand article de Turing<a href="#_ftn1">[1]</a>. Une petite digression avec Jean-Pierre Dupuy. Dans son ouvrage, <em>Aux origines des sciences cognitives<a href="#_ftn2"><strong>[2]</strong></a>, </em> Dupuy analyse les fameuses conférences Macy qui eurent lieu de 1942 à 1953<a href="#_ftn3">[3]</a>, à l’origine de la première cybernétique, et place en première ligne Herbert Simon et Alan Newell dans les débuts de cette nouvelle science de l’esprit. Il pense par ailleurs que l’histoire de nos sciences cognitives actuelles est encore à écrire. Cette <em>Scienza nuova</em> aurait progressivement émergée au cours de ce vingtième siècle, lorsque les sciences de l’homme et la philosophie se sont emparées de cet objet technique bien intrigant qu’est l’ordinateur. <em>L’objet technique lui-même</em>. Car finalement, s’il est bien connu que « le paradigme classique en sciences cognitives s’est développé autour de la ‘métaphore de l’ordinateur’. […] les choses ont en fait commencé avant que l’ordinateur existe – ou, plus précisément, alors qu’il existait en tant qu’objet matériel technique, mais qu’on ne disposait pas encore d’une théorie fonctionnaliste de cet objet. Cette théorie qui nous est devenue si familière, par laquelle nous distinguons le ‘logiciel’ (software) du ‘matériel’ (hardware) est un produit de la révolution conceptuelle qui marque l’avènement des sciences cognitives, et non sa source. »<a href="#_ftn4">[4]</a> Ce que veut dire finalement Dupuy, c’est que la théorie de l’objet technique ‘ordinateur’ est elle-même issue du mouvement théorique qui a donné naissance aux sciences cognitives, à savoir la cybernétique pour lui, avec les travaux de Turing comme antécédents. Les sciences cognitives n’auraient, selon Dupuy, pas eu besoin de cette métaphore pour avancer. Dupuy situe donc finalement l’origine des sciences cognitives dans le mouvement de cette première cybernétique, qui s’organise au cours de ces conférences Macy, et présente alors les premiers travaux Turing comme les prolégomènes du mouvement cybernétique. Il présente alors l’objectif de Turing au milieu des années 30, qui était de résoudre le problème dit de la décision de Hilbert, l’<em>Entscheidungsproblem</em>. Hilbert avait en effet posé une liste de problèmes aux mathématiciens, lors du second congrès international des  mathématiciens qui avait eu lieu à Paris, en 1900. C’est autour du dixième problème que se situent les premiers travaux marquants de Turing.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un problème que Dupuy énonce de cette façon :</p>
<p style="text-align: justify;">« étant donné une formule quelconque du calcul des prédicats, existe-t-il un procédé systématique, général, effectif, permettant de déterminer si cette formule est démontrable ou non ? »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pas la formulation initiale. Et pour comprendre ce qu’est ce problème de la décision, il nous faut nous attarder sur les travaux de Hilbert.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h1 style="text-align: justify;">Lacan et le formalisme</h1>
<p style="text-align: justify;">Au vingtième siècle est née l’idée que l’on puisse réduire les mathématiques à un calcul de signes. C’est finalement cette idée qui a, d’une part, contribuer à rapprocher le questionnement sur les fondements des mathématiques des outils qu’apportaient de leur côté les développements de la logique, et d’autre part, qui a permis la naissance de l’informatique.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut se demander comment Lacan s’est inscrit dans ce siècle qui n’a finalement cessé d’interroger les fondements des disciplines scientifiques. Ne pourrait-on pas avancer que ses recherches en psychanalyse, ses tentatives de mathématiser, ou de <em>mathèmiser</em>, l’écriture de certains concepts, tels que le fantasme (S &lt;&gt; a), s’inscrivent dans une certaine mesure dans ce siècle de mise en question des fondements, et dont les premières décades particulièrement insistèrent sur le formalisme ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le livre <em>Le Formalisme En Question : Le Tournant Des Années 30<a href="#_ftn6"><strong>[6]</strong></a></em> explore par exemple cette partie de l’histoire de la logique et des sciences formelles. « La fin du logicisme, l&#8217;avènement de nouvelles logiques, le développement du formalisme, ses limitations internes, sa critique externe et les approches formelles du langage sont six traits caractéristiques explorés dans ce recueil d&#8217;articles qui font apparaître l&#8217;éloignement ainsi que la proximité des années trente et de cette fin de siècle. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Une noce de la logique et des mathématiques eut lieu au début du siècle, et même si l’intérêt de Lacan pour les mathématiques peut aussi s’expliquer par certaines autres intentions qu’il faudrait bien plus développer, il me semble que Lacan s’inscrit tout de même par là dans son siècle, avec sa discipline et l’objet propre qui la concerne. C’est particulièrement dans <em>l’Etourdit</em> et le séminaire XX, <em>Encore</em>, que Lacan parle de son rapport aux mathématiques. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’entretenait pas de rapport avec les mathématiques bien avant.</p>
<p style="text-align: justify;">Nathalie Charraud dans <em>Lacan et les mathématiques</em><a href="#_ftn8"><em><strong>[8]</strong></em></a>, rappelle par exemple qu’il s’y intéresse bien avant, et y fait allusion dès ses premiers séminaires avec la théorie des jeux d’Oskar Morgenstern et John von Neumann par exemple. Mais comme le souligne Jean-Claude Milner dans <em>l’Oeuvre claire</em>, « Il convient de distinguer d’emblée deux questions : la question particulière du mathème, de sa fonction et de forme ; la question générale de la mathématique et de son statut. »<a href="#_ftn9">[9]</a> Milner y explicite l’utilisation du mathème chez Lacan, qui ressort de la place que Lacan accorde à la lettre, et montre ainsi les différences que l’on peut faire entre le signifiant, qui ne peut que représenter pour et de ce fait ne peut donc se transmettre puisqu’il échappe à toute prise, et la lettre, qui est quant à elle, dans son idéal, manipulable, saisissable, et donc transmissible.<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan a dit dans son séminaire <em>Encore</em> « La formalisation mathématique est notre but, notre idéal. Pourquoi ? – parce que seule elle est mathème, c’est-à-dire capable de se transmettre intégralement. »<a href="#_ftn11">[11]</a> Il ajoute « La formalisation mathématique, c’est de l’écrit, mais qui ne subsiste que si j’emploie à le présenter la langue dont j’use. C’est là qu’est l’objection – nulle formalisation de la langue n’est transmissible sans l’usage de la langue elle-même. […] C’est ainsi que le symbolique ne se confond pas, loin de là, avec l’être, mais qu’il subsiste comme ex-sistence du dire. C’est ce que j’ai souligné, dans le texte dit <em>L’Etourdit</em>, de dire que le symbolique ne supporte que l’ex-sistence.»</p>
<p style="text-align: justify;">Une assertion par ailleurs intéressante pour ce qu’on explore ici : « […] le symbolique ne supporte que l’ex-sistence ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous reviendrons sur les rapports entre Lacan et les mathématiques une autre fois, car les raisons qui poussèrent Lacan à chercher du côté de la logique et des mathématiques nous permettront également de mieux saisir ce qu’il entend par la dimension de réel. Lacan nommait la logique comme « Science du Réel », car elle seule permettait selon lui d’étudier certaines impossibilités propres au langage, propre à la dimension du symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Retournons pour le moment à Turing. Car pour saisir les solutions que ce dernier a trouvées, il faut essayer de revenir aux problèmes qui se sont posés, et dans ce va et vient, nous avons rencontré comme point de repères les travaux de Hilbert. Pourquoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce que nous verrons la prochaine fois…</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Alan Turing, « Théorie des nombres calculables, suivie d’une application au problème de la décision », in La machine de Turing, Alan Turing, Jean-Yves Girard, Seuil, 1995.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Jean-Pierre Dupuy, <em>Aux origines des sciences cognitives</em>, La découverte, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rences_Macy">http://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rences_Macy</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jean-Pierre Dupuy, <em>Aux origines des sciences cognitives</em>, La découverte, 1999, p.21.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Jean-Pierre Dupuy, <em>Aux origines des sciences cognitives</em>, La découverte, 1999, p.22.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Denis Vernant, Frédéric Nef<em>, Le Formalisme En Question : Le Tournant Des Années 30</em>, Vrin, 1998.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> <a href="http://www.vrin.fr/html/main.htm?action=loadbook&amp;isbn=2711613399">http://www.vrin.fr/html/main.htm?action=loadbook&amp;isbn=2711613399</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Nathalie Charraud, <em>Lacan et les mathématiques</em>, Anthropos-Economica, Paris, 1997.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jean-Claude Milner, <em>l’Oeuvre claire</em>, Seuil, 1995.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jean-Claude Milner, <em>l’Oeuvre claire</em>, Seuil, 1995, p.128 à 132.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Lacan, <em>Encore</em>, Seuil, 1999, p. 150.</p>
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