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	<title>Vincent LE CORRE - Psychologue - Psychanalyste &#187; adolescence</title>
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	<description>psychologue, psychanalyste, en institution et en libéral, travaillant, entre autres, sur les jeux vidéo, les médiations, le jeu...</description>
	<lastBuildDate>Tue, 13 Jan 2026 12:51:54 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Association pour la Recherche sur l’Enfance et l’Adolescence</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Jul 2019 14:30:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[adolescence]]></category>
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		<category><![CDATA[Enfance]]></category>
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		<category><![CDATA[Recherche]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 17/07/2019
Voici la présentation du site de l'Association pour la Recherche sur l'Enfance et l'Adolescence, et de la revue associée, la NOUVELLE REVUE DE L'ENFANCE ET DE L'ADOLESCENCE.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Voici le nouveau site de <a href="http://association-recherche-enfance-adolescence.org/" target="_blank">l&#8217;Association pour la Recherche sur l&#8217;Enfance et l&#8217;Adolescence.</a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’association AREA a pour but de favoriser la recherche et le partage des connaissances en sciences humaines et sociales dans une perspective clinique et interdisciplinaire dans les domaines de l’enfance, de l’adolescence et des familles. L’association développe tous les moyens qu’elle jugera appropriés pour atteindre ses objectifs :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Mettre en place des groupes de recherches,  élaborer et publier tout  document et notamment tout support de communication (revues, lettres,  ouvrages, etc.),</li>
<li>Réaliser des journées d’études,</li>
<li>Organiser ou participer à toute exposition, colloque, séminaire, stage, réunion, et toute autre manifestation,</li>
<li>Mettre en place des actions de communication et de sensibilisation  liées à l’objet de l’association et notamment administrer tout site  internet,</li>
<li>Elaborer des partenariats de toute nature avec tout organisme dont la collaboration pourrait lui être utile.</li>
</ul>
<div style="text-align: justify;"><strong>AREA porte également <a href="http://association-recherche-enfance-adolescence.org/index.php/a-propos-de/" target="_blank">un projet éditorial</a>. Et le premier numéro de <a href="http://association-recherche-enfance-adolescence.org/index.php/a-propos-de/" target="_blank">la NOUVELLE REVUE DE L&#8217;ENFANCE ET DE L&#8217;ADOLESCENCE</a> sortira d&#8217;ici peu&#8230; </strong></div>
<div style="text-align: justify;">Vous trouverez ici <a href="http://association-recherche-enfance-adolescence.org/index.php/appel-a-contributions/" target="_blank">les appels à contributions</a> pour les prochains numéro.</div>
<div style="text-align: justify;">N&#8217;hésitez pas à visiter le site de l&#8217;association et de la revue et à revenir vers nous pour proposer des articles !</div>
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		<title>Virtuel &#8211; Jeu vidéo – Adolescence</title>
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		<pubDate>Sun, 06 Feb 2011 12:14:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[adolescence]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[On a coutume de placer maintenant les jeux vidéo sous le sigle « virtuel », et parfois de parler de « réalité virtuelle ». C’est d’ailleurs cette dernière expression qui est souvent l’entrée pour venir parler des jeux vidéo. Quelques éléments sur les liens entre virtuel et adolescence, ainsi que sur les pratiques vidéoludiques.
Ce sont des extraits d'une intervention à la vingtième matinée des CONFERENCES–DEBATS du Réseau Adolescents de Saint-Denis en mars 2010, dont le thème était «  Virtualités adolescentes  ».
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On a coutume de placer maintenant les jeux vidéo sous le sigle « virtuel », et parfois de parler de « réalité virtuelle ». C’est d’ailleurs cette dernière expression qui est souvent l’entrée pour venir parler des jeux vidéo. Une définition du jeu vidéo pourrait être « l’union du jeu et de l’image de synthèse »<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Immersion et interactivité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’image de synthèse n’a plus de référent, ou plutôt, son référent est entièrement numérique, mathématique, et sa technique de production lui permet d’être manipulable à souhait. Et de cette union, un phénomène surgit, <em>l’immersion</em>. L’immersion désigne le phénomène d’adhésion subjective à cette réalité dite virtuelle, et est une donnée importante dans la phénoménologie de l’activité de jouer à un jeu vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Un second phénomène tout aussi important pour décrire le jeu vidéo est <em>l’interactivité</em>. Et c’est cette dernière qui permet de parler de l’engagement du corps du joueur dans cette activité, au travers de la main pour le moment. Et c’est ce qui me semble signer la spécificité du virtuel par rapport à l’image.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me semble que les jeux vidéo s’inscrivent dans ce grand mouvement de l’évolution de la technique où l’homme ne cesse d’essayer de substituer à son environnement un autre, fait uniquement de représentations, et avec lequel il se sentirait plus en sécurité, car à même de le maîtriser. Cela commencerait par la pensée d’abord (La toute-puissance de l’esprit occidental est parfois sensible dans la philosophie et ses constructions de systèmes) puis évoluerait petit à petit avec des dispositifs techniques. Et finalement, on peut faire des liens ici avec le narcissisme et la fonction de l’idéal en psychanalyse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Virtuel et adolescence</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on essaie de lier la question des jeux vidéo, en la prenant par cet angle du virtuel, à celle de l’adolescence, Serge Tisseron[2], pense par exemple que l’on peut relier différents sens du virtuel et différentes dimensions des processus adolescents :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      <em>Le virtuel en tant que devenir et opposition à l’actuel</em> : telle la métaphore biologique de la graine qui donnera un arbre, l’adolescent est un adulte en puissance. Le cadre de référence est ici temporel.</p>
<p style="text-align: justify;">2)      <em>Le virtuel en tant que potentiel, donc déjà là, mais toujours non actuel</em> : cette fois, on peut prendre l’exemple des identifications du sujet qui se manifeste dans certaines circonstances. Et de ce point de vue, on sait que l’adolescent peut utiliser des identifications secondaires, face à des situations angoissantes par exemple, sur le mode même où il les utilisait durant l’enfance, ou bien, commencer à en utiliser d’autres qui l’amènent à se comporter plus comme un adulte. Le cadre de référence serait ici plutôt spatial, topique pour ainsi dire. Un exemple au sein des jeux vidéo sera la façon dont les adolescents vont jouer avec leurs différents avatars.</p>
<p style="text-align: justify;">3)      <em>Enfin, on oppose souvent le virtuel et le corporel</em>. L’adolescence est bien un moment où la question du corps se pose avec acuité, tant sur le plan réel, qu’imaginaire et symbolique, et où souvent, la question des rapports corps-esprit est retravaillée de manière fantasmatique avec les référents culturels que l’adolescent peut mobiliser dans la culture à laquelle il appartient. Et c’est là également que la question du narcissisme se trouve convoquée pour les psychanalystes. La puberté entraîne des changements corporels réels et ces derniers entraînent à leur tour un changement au niveau du statut symbolique du corps. Celui-ci n’est plus un corps d’enfant, et l’adolescent ou l’adolescente le perçoit dans le regard des adultes. Désormais, son corps sera à l’égal de celui des adultes. De plus, et c’est souvent une des sources des conflits familiaux, la mise en œuvre des fantasmes à la fois incestueux et parricidaire est désormais possible. Cela pose de sérieux problèmes à l’adolescent dans son rapport à ses objets primaires. Enfin, ces changements corporels entraînent ce que Rassial nomme un après-coup du stade du miroir. La reconnaissance de sa propre image dans le miroir n’est pas aisée. Face à tout cela, le virtuel et le rapport au corps qu’il propose, à savoir la possibilité de supprimer en quelque sorte ce corps réel devenu si encombrant, peut devenir un espace de refuge, afin d’échapper à certaines angoisses pubertaires et tenter de « reprendre  la main » sur ce qui peut échapper à l’adolescent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Evidemment, la question des jeux vidéo dépasse celle de l’adolescence et surtout dépasse ce qui est souvent médiatisé : violence et addiction<a href="#_ftn2">[3]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Lire nos posts :</p>
<p><a title="Lien permanent : Jeu vidéo excessif : une tentative de symbolisation ou la signature de son échec ?" rel="bookmark" href="../?p=128">Jeu vidéo excessif : une tentative de symbolisation ou la signature de son échec ?</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent vers Jeu vidéo et addiction : début de réflexion …" href="../?p=101">Jeu vidéo et addiction : début de réflexion …</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il me semble nécessaire dans un premier temps de considérer les jeux vidéo comme un phénomène social complexe<a href="#_ftn3">[4]</a>, qui demande d’ailleurs également une approche sociologique critique minutieuse, et non simplement psychologique ou psychanalytique. Il faut replacer le discours « psy » au sein des autres discours pour continuer à étudier sérieusement cet objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Un exemple plutôt cocasse&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a eu une énorme campagne de recrutement de l&#8217;armée de terre, avec un slogan que je trouve assez terrible :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>DevenezVousMeme.com</em></p>
<p style="text-align: justify;">Et il y a eu au même moment, une publicité pour un jeu vidéo, <em>Battlefield Bad Company 2</em>, édité par Electronic Arts, qui a détourné le slogan de l’Armée de Terre en écrivant sur les affiches énormes avec la même esthétique, <em>Devenez plus que vous-meme.com</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Je crois que l’Armée n’a pas été très contente de ce pastiche…</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le slogan de l’Armée de Terre empruntait déjà à l’esthétique des jeux vidéo. Et il suffit de voir leur récente campagne télévisuelle (et surtout sur leur site) pour voir que cela continue :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.recrutement.terre.defense.gouv.fr/devenez-vous-meme">devenez-vous-meme</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cet exemple pour dire qu’il ne faut pas oublier ce qu’est le jeu vidéo, à savoir un produit culturel de masse, pris dans une économie marchande énorme, avec des enjeux commerciaux et financiers colossaux qui ne cessent d’augmenter :</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai qu’on souligne symboliquement que le chiffre d&#8217;affaire des jeux vidéo a désormais dépassé celui des salles de cinéma. Mais il ne faut pas exagérer la comparaison, car il faut rappeler que l’on est loin d’une équivalence en termes de vente entre le nombre de tickets de cinéma et celui des jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce qu&#8217;on pourrait par contre sous-estimer, ce serait l&#8217;impact que ce média vidéoludique pourrait avoir sur nos rapports avec les autres médias, ou encore sur les rapports que nous entretenons avec d&#8217;autres sphères de nos vies, ou du moins sur les représentations que nous avons  de ces sphères, comme celle du travail par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En tout cas, concrètement, c’est aujourd&#8217;hui l&#8217;une des industries culturelles les plus importantes au monde. En 2008, il représentait près de 33 milliards d&#8217;euros de chiffre d&#8217;affaires avec en tête les Etats-Unis.<a href="#_ftn4">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">D’où l’intérêt, il me semble, d’associer à l’analyse clinique, des analyses du contenu des jeux (exemple de la bonne revue : <em>Les cahiers du jeu vidéo</em>) qui nécessitent une critique approfondie des jeux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>Dans un premier temps, il faut apprendre à distinguer les différentes pratiques de jeu vidéo.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Jouer chez soi, devant un ordinateur ou une console, à l’école, avec une console portable, dans une salle d’arcade, à des jeux qui se jouent seul, avec des histoires très travaillées, ou en réseau en ligne via internet.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Toutes ces pratiques ne renvoient donc pas à la même réalité clinique du jeu vidéo.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Et cela a son incidence par exemple lorsque l’on essaie de réfléchir si le jeu vidéo peut être une « aire intermédiaire d’expérience » pour reprendre le terme de Winnicott. Tous les jeux vidéo n’offrent donc pas la même possibilité d’expression des fantasmes des joueurs, ni les mêmes possibilités en termes de type de relations d’objet (la mise en place d’une relation d’objet narcissique n’est pas la même qu’une relation d’objet virtuel, pour reprendre les termes de Sylvain Missonnier, où l’autre n’est pas nécessairement manipulé pour obtenir les gratifications narcissiques escomptées).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sous la direction de Mélanie Roustan, <em>La pratique du jeu vidéo : réalité ou virtualité</em>, l’Harmattan, 2003, p.16</p>
<p><span style="color: #0000ff;">[2]</span> Sous la direction de Serge Tisseron, <em>L’enfant au risque du virtuel</em>, dans le chapitre « Le virtuel, une relation », p.93 à 97</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[3]</a> Un exemple dernier : un couple sud-coréen trop occupé par un jeu sur Internet consistant à s&#8217;occuper d&#8217;un enfant virtuel, aurait laissé mourir de faim son propre bébé de trois mois. Le bébé né prématurément avait été découvert mort de malnutrition. Le couple sans emploi nourrissait le bébé seulement une fois par jour. L&#8217;homme et la femme qui s&#8217;étaient rencontrés sur Internet occupaient leurs journées à élever un enfant virtuel appelé Anima, dans le cadre d&#8217;un jeu de rôle en ligne baptisé &laquo;&nbsp;Prius Online&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[4]</a> Lire par exemple les actes du colloque : <em>Les jeux vidéo au croisement du social, de l’art et de la culture</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[5]</a> Les cinq dernières années ont été marquées par l&#8217;élargissement considérable de la population des joueurs : alors que le jeu vidéo était auparavant réservé à un public initié, jeune et masculin, il s&#8217;adresse désormais à tout un chacun à mesure que l&#8217;utilisation des technologies se généralise, que les plateformes de jeux sont plus nombreuses (PC, console de salon, console portable, téléphone mobile) et que les constructeurs proposent des systèmes de jeux innovants et accessibles à tous (exemple de la <em>Wii</em> de Nintendo, suivi par la <em>Playstation Move</em> et le <em>Kinect</em> de Microsoft).</p>
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		<title>Jeu vidéo et addiction : début de réflexion …</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Jan 2011 15:35:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jeu Vidéo]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, janvier 2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si dans les médias les jeux vidéo sont largement incriminés pour leur violence supposée (et de cette manière régulièrement convoqués à la barre comme possible facteur dans le déclenchement de graves passages à l’acte auto et hétéro-agressifs chez des adolescents<a href="#_ftn1">[1]</a>) dans la littérature de ce que l’on peut appeler rapidement aujourd’hui les « <em>game studies</em> »<a href="#_ftn2">[2]</a>, les études qui s’intéressent plus particulièrement au rapport des adolescents et des jeunes adultes (ce sont finalement ces derniers qui sont les plus grands consommateurs de ce type de produits culturels<a href="#_ftn3">[3]</a>) mettent régulièrement l’accent sur les risques d’une certaine dépendance.</p>
<p>Et quand je dis l’accent, c’est un euphémisme… Je souscris par exemple au découragement de Yann Leroux :</p>
<p><a title="Lien Permanent : Ou l’on reparle de l’addiction aux jeux vidéo" rel="bookmark" href="http://www.psyetgeek.com/ou-lon-reparle-de-laddiction-aux-jeux-vido">Ou l’on reparle de l’addiction aux jeux vidéo</a></p>
<p style="text-align: justify;">Olivier Mauco retrace dans un très bon article l&#8217;évolution des discours médiatiques, &laquo;&nbsp;<a href="http://www.omnsh.org/spip.php?article173">La  médiatisation des problématiques de la violence et  de l’addiction  aux  jeux vidéo : fait divers, dépendance journalistique  et pénurie   d’approvisionnement en sources</a>&nbsp;&raquo; (in Quaderni n°67. Jeu vidéo et  dicsours. Violence, addiction, régulation, MSH-Sapientia, automne 2008,  p. 19 &#8211; 31).</p>
<p>Il faut lire également la note du Centre d&#8217;analyse stratégique, organisme rattaché à Matignon : <a href="http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=1275" target="_blank">note datée de novembre 2010</a>, dont voici un extrait :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;La pratique de certains jeux vidéo, jugés violents ou choquants,   par des jeunes – public sensibles et fragiles – pose question. Ces   contenus sont d&#8217;autant plus problématiques qu&#8217;ils font souvent l&#8217;objet   d&#8217;une consommation solitaire, fragmentée, répétée et active, qui   favoriserait une imprégnation plus forte et l&#8217;induction de comportements   agressifs. Certains redoutent que l&#8217;intensification des pratiques ne   débouche sur des formes d&#8217;addiction.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Yann Leroux, psychanalyste averti sur cette question, commente cette note d’analyse sur son blog :</p>
<p><a href="http://www.psyetgeek.com/quelques-observations-propos-de-la-rgulation-des-jeux-vido">quelques observations propos de la régulation des jeux vidéo</a></p>
<p><a href="http://www.psyetgeek.com/note-danalyse-201-la-discussion-continue">note d&#8217;analyse 201 : la discussion continue</a></p>
<p>Je cite également un article de Serge Tisseron qui me paraît également bien résumer les choses : <a href="http://www.pedagojeux.fr/sujets-sensibles/ce-qui-est-excessif-n-est-pas-forcement-pathologique">Ce qui est excessif n’est pas forcément pathologique</a></p>
<p>Quant à moi, qu&#8217;ai-je envie de dire ici ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le premier cas, celui de violence, il n’est pas besoin de s’attarder sur le fait que ce type de raccourcis sert trop souvent à masquer d’autres problèmes. Dans le cas par exemple de Tim Kretschmer, cela permet d’éviter de se pencher sur le rapport aux armes qu’entretenait visiblement son père, et sur le fait étrange que tous le désignait comme le lycéen modèle sans problème apparent. D’autres discours sont plus subtiles et, tel celui du film <em>Elephant</em>, arrivent à montrer intelligemment l’entrelacement de la perception de la réalité, parfois tragique de certains adolescents, et de celle que peuvent mettre en scène certains jeux vidéo.<a href="#_ftn4">[4] </a>Il est vrai que les images peuvent parfois devenir envahissantes pour la psyché, et Anne Brun, dans son article « Images fictives violentes et thérapies d’enfants : obstacle ou support pour la symbolisation », a étudié ce phénomène chez des enfants qui avaient recours à des images fictives violentes empruntées aux jeux vidéo au cours de psychothérapies. Mais son propos est justement très intéressant car la moralisation y est absente. Dans cette histoire de violence traumatique au niveau des images,  le &laquo;&nbsp;mal&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas toujours là où on le croit.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Quant à ce que l’on nomme, l’addiction aux jeux vidéo, je pense (avec Leroux<a href="#_ftn5">[5]</a>, Gaon et Tisseron pour ne citer qu’eux) qu’il faut être très prudent quant à l’utilisation de cette expression. Dans la psychiatrie, la notion de toxicomanie a progressivement laissé la place à celle d’addiction, afin d’englober ce qu’on appelle « les toxicomanies sans drogue »<a href="#_ftn6">[6]</a>, autrement dit les addictions comportementales. C’est pourquoi, en France, le terme de dépendance tend à être supplanté par le terme d’addiction qui permettrait selon certains psychiatres de regrouper de nombreuses conduites qui seraient sous-tendues par les mêmes mécanismes de dépendance. Les regrouper ainsi donnerait, selon eux, une légitimité scientifique à l’étude de certaines conduites de dépendance, comme le jeu pathologique notamment, qui ne serait pas assez prise en compte par la communauté médicale.<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Même s’il existe un usage psychanalytique du terme<a href="#_ftn8">[8]</a>, il est clair que ce qui sous-tend ce regroupement sous le terme d’addiction, est le paradigme issu des neurosciences qui met en avant un dérèglement au niveau des différents circuits neuronaux, et plus précisément, au sein de celui nommé circuit de la récompense, pour expliquer l’impossibilité de l’individu à contrôler sa conduite.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le psychologue Thomas Gaon qui travaille en addictologie peut ainsi écrire : « La notion d’addiction aux jeux vidéo se construit à partir des éléments suivants : une réalité clinique, la méconnaissance de l’objet jeu vidéo, la mutation de la psychiatrie moderne, une ambiguïté terminologique et la gestion thérapeutique captée par l’addictologie. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous serions donc plutôt enclin à penser avec Serge Tisseron, que le fait d’utiliser ce paradigme peut masquer complètement les spécificités de l’objet de la dépendance qui peut s’installer et celles du rapport qu’entretient un joueur (et encore plus précisément un joueur adolescent) avec son objet. La recherche de sensations et d’excitations que procure assurément la pratique vidéoludique ne peut être séparée d’ « une exigence de mise en sens » comme le précise Tisseron : « le joueur de jeu vidéo cherche moins à s’immerger dans des excitations nombreuses – comme le fait par exemple un danseur en boîte de nuit – qu’à faire la preuve qu’il peut à tous moments les contrôler. La maîtrise du jeu est en effet indispensable pour continuer. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">De ce fait, le joueur « est toujours confronté à une tension entre excitations et significations. Et c’est même très probablement ce qui le ‘scotche’ aux jeux vidéo ! »<a href="#_ftn11">[11]</a> Ainsi lorsque le mot d’addiction est utilisé pour décrire toute une série de conduites qui touchent différents objets, le risque est de ne plus pouvoir penser ces conduites spécifiquement, et encore moins leur objet, et dans le cas des jeux vidéo, c’est, entre autres, cette recherche de sens, nécessaire pour progresser dans un jeu quel qu’il soit, qui va être évacuée de la description.<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Thomas Gaon résume les risques de cette manière :</p>
<p style="text-align: justify;">« Les risques de l’usage du terme d’addiction appliqué au jeu vidéo en ligne sont donc :</p>
<p style="text-align: justify;">1/ La stigmatisation d’une nouvelle pratique ludique, technologique et sociale encore en voie d’intégration et de régulation dans la population.</p>
<p style="text-align: justify;">2/ La pathologisation et la surévaluation de pratiques excessives du MMORPG sur la base d’une description ignorant tant les dynamiques intrinsèques de l’objet que des différentes fonctions notamment anti-dépressives et compensatoires prises par le jeu pour un sujet donné.</p>
<p style="text-align: justify;">3/ La captation centripète par des marchands de soins spécialisés au détriment d’une démarche d’explication psychosociale et anthropologique des mutations à l’œuvre dans la société et particulièrement dans le processus de subjectivation »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, si le terme d’addiction au jeu vidéo peut renvoyer certes à une réalité clinique (Un adolescent a pu me confier un jour qu’il pouvait jouer régulièrement jusqu’à dix heures par jour), il s’agit de ne pas rabattre ce que l’on peut saisir du rapport que peut entretenir un sujet avec un toxique par exemple, sur celui d’un sujet aux prises avec des jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Et la question à se poser d’emblée est celle-ci : de quelle réalité clinique parle-t-on ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Catherine Chabert pose une question intéressante dans son article « De l’acte à la scène »<a href="#_ftn14">[14]</a> au sujet de ce qu’elle appelle <em>l’objet d’attraction</em> : « Est-ce effectivement l’objet au sens le plus habituel du terme, un objet réel, appartenant ou non à l’adolescent ou bien, non pas tant cet objet que le geste, l’acte qui permet de l’atteindre ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, si c’est l’acte, il s’agit plutôt d’une compulsion de répétition et la question qui se pose alors est : répéter quoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">Elle souligne qu’effectivement, la difficulté dans le décryptage de la répétition chez les adolescents, c’est que l’objet d’addiction peut obturer l’objet d’attraction.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces conduites addictives appartiennent alors à des systèmes de défenses narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il qu’utiliser le terme « conduites addictives », dans le domaine des jeux vidéo, permet à mon sens juste de savoir de quoi l’on parle d’un point de vue phénoménologique, clinique. Cela sert à désigner au final un symptôme, ni plus, ni moins. Mais quid de ce qui est en cause ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’espace médiatique s’est emparé de cette question. Et la simple désignation clinique a fait office d’explication.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les soucis commencent en effet dès que l’on essaie de creuser, et de saisir quelque chose du fonctionnement psychique en jeu derrière ces manifestations symptomatiques.</p>
<p style="text-align: justify;">La paresse intellectuelle guette alors, comme le souligne Leroux<a href="#_ftn15">[15]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Et je crois que la théorie psychanalytique a déjà les concepts et les moyens pour aborder ces phénomènes. Il suffit de s’y mettre…</p>
<p style="text-align: justify;">Pour continuer sur le sujet, vous pouvez lire sur ce site :</p>
<p><a title="Lien permanent : Jeu vidéo excessif : une tentative de symbolisation ou la signature de son échec ?" rel="bookmark" href="../?p=128">Jeu vidéo excessif : une tentative de symbolisation ou la signature de son échec ?</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et aller également sur le très bon Blog de Psy Infos :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://psyinfos.blogspot.com/search/label/addiction%20aux%20jeux%20vid%C3%A9o">Théma sur : l&#8217;addiction aux jeux vidéo existe-t-elle ?</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Voir à ce sujet la dernière fusillade en date à Winnenden en Allemagne, où le jeune Tim Kretschmer, l’adolescent allemand de dix-sept ans qui a tué quinze personnes et blessé sept autres par armes à feu : « Tuerie de Winnenden : les jeux vidéos en cause », source :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.rfi.fr/actufr/articles/111/article_79179.asp">http://www.rfi.fr/actufr/articles/111/article_79179.asp</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Julien Rueff, « Où en sont les ‘game studies’ ? », <em>Réseaux</em>, 2008, n° 151.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> « Fil rouge de la mondialisation, aux USA, le chiffre d&#8217;affaire des jeux vidéo a désormais dépassé celui des salles de cinéma. Leur diffusion de masse est un des principaux moteurs de la propagation de la culture multimédia. Au départ exclusivement destinés aux enfants et aux adolescents, les jeux s’adressent désormais à un public plus large : la moyenne d&#8217;âge des joueurs s&#8217;est progressivement élevée — elle est autour de 20/22ans — et la fourchette s&#8217;est considérablement élargie du très jeune enfant aux « nouveaux seniors ». Fait notable, seulement 15 % des joueurs sont des joueuses. », Sylvain Missonnier, in <em>Carnet Psy</em>, « Dossier spécial<br />
Le virtuel, les nouvelles technologies de l&#8217;information et de la communication (NTIC) et la santé mentale » , source : <a href="http://www.carnetpsy.com/archives/dossiers/Items/SpecialVirtuel/index.htm">http://www.carnetpsy.com/archives/dossiers/Items/SpecialVirtuel/index.htm</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Elephant</em> est un film réalisé par Gus Van Sant en 2003, ayant pour cadre la tuerie perpétrée par deux adolescents au lycée de Colombine aux Etats-Unis en 1999. Notons justement que le jeu vidéo auquel joue l’adolescent dans le film ne semble être aucunement scénarisé. Le principe semble être d’abattre des personnages sans aucune raison, dans un monde désertique. On pourrait donc soutenir que le jeu vidéo dans ce film ne sert pas du tout à montrer que le jeu peut induire le passage à l’acte, mais, d’un point du vue strictement cinématographique, qu’il permet de se représenter visuellement l’état du monde interne des deux adolescents. Le jeu vidéo comme métaphore visuelle des fantasmes crus et cruels des futurs assassins.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> <a href="http://www.psyetgeek.com/tag/addiction">http://www.psyetgeek.com/tag/addiction</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Otto Fenichel est souvent cité comme le premier auteur qui aurait avancé cette notion de « toxicomanies sans drogues », dans son ouvrage <em>Théorie psychanalytique des névroses</em>, écrit en 1945.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Pour une bonne revue de cette question lire : Marc Valleur, Dan Velea, « Les addictions sans drogue(s) », in revue <em>Toxibase </em>,n°6 , juin 2002, source : <a href="http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/toxicomanies/textes/addictionssansdrogues.pdf">http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/toxicomanies/textes/addictionssansdrogues.pdf</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Le terme « addiction » aurait été introduit dans la littérature proprement psychanalytique par Joyce MacDougall dans son ouvrage <em>Plaidoyer pour une certaine anormalité</em>, Gallimard, 1978, notamment dans l’article « Création et déviation sexuelle » pour explorer ce qu’elle y nomme « une sexualité addictive – [de] la sexualité comme drogue ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Thomas Gaon, « Critique de la notion d’addiction au jeu vidéo », in <em>Quaderni « Jeu vidéo et discours. Violence, addiction, régulation</em> », n°67, MSH-Sapientia, automne 2008, p.36.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Serge Tisseron, « Les quatre ressorts d’une passion », in <em>L’enfant au risque du virtuel</em>, sous la direction de Serge Tisseron, p. 9.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> <em>Ibid.</em>, p. 11.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> « Ce mot [d’addiction] désigne en effet la dépendance à des produits qui génèrent des états psychiques seconds auxquels le consommateur est invité à s’abandonner. La recherche du sens en est totalement absente, le consommateur d’une substance cherchant avant tout à éprouver les effets de celle-ci. », in « Les quatre ressorts d’une passion », in <em>L’enfant au risque du virtuel</em>, sous la direction de Serge Tisseron, p. 11.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Thomas Gaon, « Critique de la notion d’addiction au jeu vidéo », in <em>Quaderni « Jeu vidéo et dicsours. Violence, addiction, régulation</em> », n°67, MSH-Sapientia, automne 2008, p.37.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Catherine Chabert, « De l’acte à la scène », Adolescence, 2008, 26, 4.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> http://www.psyetgeek.com/laddiction-aux-jeux-vido-une-paresse-intellectuelle</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Psychanalyse et adolescence</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Jan 2011 16:46:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[adolescence]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
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		<category><![CDATA[subjectivation]]></category>

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		<description><![CDATA[Freud n’a pas théorisé le processus de l’adolescence tel que nous le concevons aujourd’hui. Après avoir été une "crise", l’adolescence est devenue un "processus" au sein de la théorie psychanalytique.
Je vous propose ici un parcours au fil de mes lectures sur l'évolution, au sein de la théorie psychanalytique, du concept d'adolescence.
Je termine ce parcours avec le concept de subjectivation, qui a pris beaucoup de place dans les recherches actuelles autour de l'adolescence.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Introduction</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’on étudie la littérature psychanalytique au sujet de l’adolescence, il n’est pas aisé de s’y retrouver. Et ce serait une gageure que de se lancer dans un résumé de la littérature sur le sujet. Ce que j’essaierai de faire ici, ce sera de retracer mon propre itinéraire. Pour ce faire, un axe m’a permis de tracer une première démarcation.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, depuis presque 25 ans, tout un courant de recherche a mis l’accent sur les difficultés du passage de l’enfance à l’adolescence, ou pour le dire autrement, ce courant a essayé de caractériser au mieux ce qui se produisait avec l’arrivée de la puberté, par rapport à l’infantile. C’est ce qu’à la suite de Philippe Gutton on a pris l’habitude de résumer sous le terme de <em>pubertaire. </em>Nous reviendrons sur ce concept plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Disons simplement pour le moment que Gutton distingue les processus du <em>pubertaire </em>des processus de <em>l’adolescens</em>. Les premiers désignent les phénomènes psychiques qui sont induits par la venue de la puberté. Le pubertaire a ainsi pour lui, un ancrage neuro-hormonal et éthologique, qui advient avec un caractère de nouveauté radicale, ayant une date, une origine fixe. Tandis que les seconds désignent les phénomènes de transformations des identifications qui ont lieu, parfois tout au long de la vie.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ces recherches (portées en France entre autres l’équipe de <em>l’Unité de Recherches Adolescence,</em> puis le <em>Collège International de l’Adolescence</em>, en Grande-Bretagne par les Laufer, et aux Etats-Unis par Peter Blos) ont permis tout d’abord de conceptualiser l’adolescence, puis d’en faire un <em>processus.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Auparavant l’adolescence restait dans le champ du développement et désignait plutôt un âge de la vie, et une crise. Pierre Mâle avait déjà commencé à mettre en avant <em>l’originalité juvénile<a href="#_ftn1"><strong>[1]</strong></a></em> et l’aspect révolutionnaire de l’adolescence dans son rapport à l’infantile. Et c’est à partir des années 60 que l’on peut clairement dire que l’adolescence est sortie de l’enfance, notamment avec le fameux texte de Kestemberg « Identité et identifications chez les adolescents », qui servira d’appui important pour les tentatives de description du monde interne de l’adolescent et de ce qu’il a de plus spécifique au niveau de son économie psychique.<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">D’un point de vue historique, si l’on suit par exemple Patrick Delaroche<a href="#_ftn3">[3]</a>, après une naissance sociologique, au 19<sup>ème</sup> siècle, la notion d’adolescence, née avec la Révolution, ne va acquérir ses fondements médicaux et psychologiques qu’au 20<sup>ème</sup> siècle. La psychanalyse a par ailleurs joué un rôle important dans son l’histoire de ce concept. Cela ne veut pas dire que l&#8217;adolescence n&#8217;existait pas, mais qu’elle sera identifiée par la société qui va la poser comme un état reconnu, et principalement d’ailleurs comme une crise. Comme l’explique Jeammet<a href="#_ftn4">[4]</a> par exemple, l’adolescence est « une réponse de la société face à des phénomènes physiologiques et physiques qu&#8217;engendre la puberté. […] La puberté est un processus toujours identique. Ce qui change, c&#8217;est la forme sociale et individuelle sous laquelle se manifestent ces modifications. Dans notre société libérale, l&#8217;adolescence est plus longue. C&#8217;est à la fois une chance et une évolution qui comportent des risques.»</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans la première moitié du 20<sup>ème</sup> siècle les premiers cliniciens de l’adolescence apparaissent. Ils sont d’abord des éducateurs ou des enseignants pour la plupart. Florian Houssier<a href="#_ftn5">[5]</a> montre d’ailleurs comment les concepts de <em>« Pubertät »</em> et d’<em>« Adoleszenz »</em> émergent sur le fond des réflexions autour des échecs scolaires et des désordres sociaux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si l’on suit une approche développementale, la période de l’adolescence apparaît comme l’achèvement et la répétition de l’enfance. Mais les données cliniques et la poursuite de recherches théoriques dans le cadre de la psychanalyse révèlent un travail psychique spécifique qui aboutit à un remaniement structural de la personnalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Annie Birraux dans « De la crise au processus »<a href="#_ftn6">[6]</a> décrit très bien cette évolution conceptuelle qui partit donc de « la crise d’identité ou crise d’originalité juvénile à la notion de processus » et qui peut se décrire comme un mouvement d’intériorisation conceptuelle analogue au mouvement adolescent d’intériorisation psychique :</p>
<p style="text-align: justify;">« un mouvement externe débordant les institutions et qui en appelle aux hommes de l’art (éducateurs, enseignants, médecins, psychologues) pour dessiner ses marges » laissant place à « un investissement scientifique de ces marges pour en extraire [….] ce qui est utilisable », pour finir en « un déplacement, une intériorisation de cet investissement qui permet de faire advenir une véritable création. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’adolescence devenue <em>processus</em> au sein de la psychanalyse, ces recherches ont également permis de distinguer sur le plan psychopathologique (et c’est là l’axe de démarcation dont nous parlions plus haut et qui peut nous servir de fil rouge) le devenir de pathologies telles que les psychoses infantiles lors de l’arrivée de la puberté, de ce que l’on a nommé <em>les psychoses pubertaires, </em>qui seraient plutôt de l’ordre d’impasses subjectives actuelles à faire face aux changements psychiques induits par l’arrivée de la puberté. Le concept de subjectivation (introduit dans ces recherches par Raymond Cahn à partir de son ouvrage <em>Adolescence et Folie</em> écrit en 1991, et utilisé plus largement dans le suivant <em>L’adolescent dans la psychanalyse. L’aventure de la subjectivation</em> écrit en 1998) a pu ainsi rendre de grands services dans une certaine unification de ces différentes descriptions théoriques. Nous terminerons d’ailleurs ce petit exposé sur ce concept.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, avec la reconnaissance du pubertaire, on a la possibilité d’approcher à l’adolescence d’un côté, les difficultés comme prolongements de failles structurales établies depuis l’enfance, et de l’autre ce que Gutton a pu nommer <em>la folie pubertaire, </em>ou <em>la psychose pubertaire</em> selon François Marty<a href="#_ftn8">[8]</a>, c’est à dire la mise en place de modes de fonctionnement psychotiques éventuellement transitoires, mais qui en tout cas signeraient de façon exemplaire les spécificités métapsychologiques des processus adolescents. L’enjeu est clair : mettre en avant les spécificités de ces processus adolescents permettrait d’insister sur la part d’opportunité bénéfique d’une intervention psychothérapeutique durant ce remaniement de la structuration psychique du sujet. Enfin, le débat sur ces spécificités métapsychologiques n’est pas clos, ce qui permet peut-être de remettre la pensée en mouvement et les théories au travail. Par exemple le congrès « Existe-t-il une psychanalyse de l’adolescence ? » a eu lieu en février 2009. Ce débat existe en effet depuis l’origine de ce courant de recherche au sein du mouvement analytique. Et il suffit de se pencher sur l’histoire de l’<em>Unité de Recherche sur l’Adolescence</em> pour l’observer dans les institutions, à propos de la pertinence d’isoler et de différencier l’adolescence.<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En suivant l’hypothèse d’Annie Birraux sur l’évolution conceptuelle de l’adolescence, et en lisant l’avant-propos du livre de Raymond Cahn <em>Adolescence et folie</em>, on perçoit bien que grâce à la nécessité clinique d’ouvrir, de construire, des lieux de soin spécifiques aux adolescents, on a pu persévérer dans les travaux de recherche théorique sur la spécificité de ces processus. Ainsi, dans un premier temps, il y a bien reconnaissance clinique (qui suit donc la première reconnaissance, d’abord sociale) d’une nécessité à distinguer quelque chose, avant de pouvoir construire et tester des hypothèses théoriques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une autre hypothèse sur le rapport entre psychanalyse et adolescence est celle d’un certain héritage freudien du refoulement de l’adolescence au sein même de la théorie psychanalytique (Il s’arrête au seuil de la puberté dans « Les trois essais sur la théorie sexuelle », et devant l’urgence et la nécessité à faire reconnaître l’existence de la sexualité infantile, il aurait été stratégiquement délicat d’appuyer sur une possible distinction des processus pubertaires et des processus infantiles tant cela aurait pu se retourner contre lui, ou contre l’idée même de cette sexualité infantile au profit de l’idée courante de la puberté comme véritable début de la sexualité). Ce qu’Anna Freud aurait en quelque sorte tenté de pallier en formant un certain nombre de disciples et en les incitant à travailler sur ce champ. Certains vont jusqu’à dire que le fait qu’Anna Freud ait été analysée par son père aurait eu également comme conséquence d’évacuer la possibilité d’analyser les éléments du pubertaire chez la fille du maître viennois.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce sujet, c’est une remarque souvent faîte par les psychanalystes que de souligner le fait que les psychanalystes eux-mêmes ont tendance à garder refoulés les parties les plus importantes de leur propre adolescence ce qui n’irait pas sans conséquence quant au rapport que ces analystes peuvent avoir vis à vis des patients adolescents qu’ils rencontreront.<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Spécificités d’une psychopathologie adolescente ?</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lorsque j’ai abordé cette question de <em>la clinique des pathologies adolescentes, </em>c’était bien évidemment la question de <em>la spécificité</em> de ces pathologies qui m’avait semblé devoir être posée d’emblée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce qu’<em>une pathologie adolescente </em>? Peut-on parler de pathologies spécifiquement adolescentes, ou bien, l’expression désigne-t-elle simplement des pathologies « classiques » que l’on est obligé de nuancer avec certaines spécificités dues à l’adolescence ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les deux cas, je crois que l’on est obligé de se poser la question de ce que peut être l’adolescence au regard du point de vue psychanalytique, si l’on veut être en mesure d’opérer une distinction quelconque.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans son ouvrage, <em>L’adolescent et le psychanalyste</em>, Jean-Jacques Rassial (que nous prendrons dans la suite de cet exposé comme exemple du discours d’inspiration lacanienne sur les recherches autour de l’adolescence dans la psychanalyse) dit par exemple qu’il souhaite aborder cette question sous l’angle des effets que la rencontre des adolescents peut avoir sur la théorie psychanalytique (la bousculer, et la reformuler, en mettant la métapsychologie en crise ?), plutôt que de s’attaquer directement à la construction d’une théorie psychanalytique de l’adolescence. Ce à quoi s’était attaqué Gutton par exemple quasiment au même moment dans son ouvrage sur le pubertaire en 1991, tandis que Rassial écrit le sien en 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La spécificité en tout cas implique donc la question des <em>différences (Mais des différences à quel niveau, et  termes de quoi ? de qualité ? de  quantité ?)</em>. Comme le dit Rassial au terme de son livre, « L’adolescence, donc, se signe de symptômes spécifiques ou d’une modification de la symptomatologie. Cela suffirait pour donner consistance au concept d’adolescence dans la psychopathologie. »<a href="#_ftn11">[11]</a> Mais ce qui l’intéresse également, c’est fonder le concept d’adolescence dans la théorie psychanalytique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi on aboutit finalement à se questionner sur les différences entre la métapsychologie que l’on peut construire au sujet de l’enfant (Il est maintenant acquis qu’elle peut être distinguée de celle de l’adulte) et de l’adulte, et la métapsychologie de l’adolescent, ou de l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">A partir de cette question de la spécificité, il m’a semblé que la clinique de la psychose au sens large pouvait nous aider à aborder ce qu’il y aurait de spécifique à l’adolescence. Pourquoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">Parce qu’il m’a semblé que certaines recherches clinico-théoriques avaient pu mettre en évidence qu’un sujet pouvait commencer à montrer des signes de ce que Gutton a pu nommé « la folie pubertaire ou Œdipe maniaque » avec le paradigme de la folie hystérique, ou Laufer « la cassure du développement »<a href="#_ftn12">[12]</a>, et qui peuvent être proches de certains moments psychotiques, ou de ce que l’on peut observer dans les états limites graves de l’adulte, d’une part sans qu’auparavant dans leur vie, il n’ait été décelé de troubles qui pourraient faire penser à une psychose infantile se déclenchant à l’adolescence (même si cela est parfois difficile à distinguer tant la pathologie peut être sous-estimée ou déniée par les parents eux-mêmes), et d’autre part, en montrant que ces états parfois très graves peuvent avoir malgré tout une issue heureuse qui laissent penser que la structure de ces sujets n’est nullement psychotique.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les processus adolescents pouvaient avoir comme effets de précipiter un sujet dans de telles difficultés qu’il devient parfois difficile de distinguer si l’on a affaire au déclenchement d’une psychose infantile latente ou bien à autre chose, il apparaît nécessaire d’essayer de mieux caractériser ces processus, car la réponse que l’on peut essayer d’apporter n’est peut-être pas la même.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>« Les métamorphoses de l’adolescence »<a href="#_ftn13"><strong>[13]</strong></a> : qu’est-ce à dire pour ce courant de recherche ?</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Freud n’a pas théorisé le processus de l’adolescence tel que nous le concevons aujourd’hui. Mais si l’on suit François Richard, qui tente de confronter approche psychogénétique et structurale pour faire ressortir précisément la spécificité de ce temps non linéaire, Freud développerait une conception de l’adolescence comme « un après-coup d’une séduction vécue dans l’enfance. »<a href="#_ftn14">[14]</a> L’adolescence serait ainsi le temps privilégié de l’après-coup où « une réécriture de l’histoire […] cherche à rétrojecter dans l’enfance les idéaux de la sexualité adulte ».<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut se souvenir que Freud remaniera le troisième essai de ses <em>Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, intitulé « Les métamorphoses de la puberté », jusqu’en 1924. Il décrit  d’emblée le primat du génital : « L’avènement de la puberté inaugure les transformations qui doivent mener la vie sexuelle infantile à sa forme normale définitive. La pulsion sexuelle était jusqu’ici essentiellement autoérotique, elle trouve à présent l’objet sexuel. Son activité provenait jusqu’ici de pulsions isolées et de zones érogènes qui, indépendamment les unes des autres, recherchaient comme unique but sexuel un certain plaisir. Maintenant, un nouveau but sexuel est donné, à la réalisation duquel toutes les pulsions partielles collaborent, tandis que les zones érogènes se subordonnent au primat de la zone génitale. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais Freud décrit également « une des réalisations psychiques les plus importantes, mais aussi les plus douloureuses de la période pubertaires : l’affranchissement de l’autorité parentale, grâce auquel seulement est créée l’opposition entre la nouvelle et l’ancienne génération, si importante pour le progrès culturel ».<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">François Richard peut ainsi proposer une définition du processus d’adolescence, qui nous paraît intéressante, comme : « travail psychique rendu nécessaire par le bouleversement pubertaire qui réactualise le conflit oedipien infantile sur le mode d’un sentiment d’obligation de devenir adulte. L’idéal de normalité adulte impose une conformité à certains égards incompatible avec la ‘perversité polymorphe’ et avec la bisexualité psychique de la sexualité infantile. »<a href="#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Revenons sur ce que les auteurs disent aujourd’hui à propos des reconfigurations de l’adolescence. Si l’on admet avec Birraux ou encore Gutton que « l’adolescence n’est pas un état mais un ensemble processuel », et que l’on s’inscrit ainsi dans la lecture que ce dernier fait de Freud (et plus précisément du troisième essai des « Trois essais sur la théorie sexuelle ») en posant qu’ « à la puberté survient une métamorphose psychique », il s’agit alors de déplier ce qu’est cette métamorphose psychique et en quoi elle détermine éventuellement des pathologies spécifiques. On se servira ici principalement du concept de <em>pubertaire</em> chez Gutton.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Le <em>pubertaire</em> de Gutton</h2>
<p style="text-align: justify;">En effet, pour ce dernier, penser ce concept de pubertaire est si important qu’il peut aller jusqu’à dire « Peut-on être psychanalyste sans une théorie du pubertaire ? Je ne le pense pas. »<a href="#_ftn19">[19]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>« La réalisabilité du coït réactive à cet âge la problématique fondamentale de lutte contre l’inceste. »<a href="#_ftn20"><strong>[20]</strong></a></em> Cette phrase de Raymon Cahn résume une idée clé pour penser le pubertaire, et son éventuelle folie, chez Gutton. Mais il ne fait pas oublier que si l’adolescent se met à lutter contre l’excitation érotique que peut créer la proximité avec le parent, notamment du sexe opposé, l’agressivité parricidaire en est son corollaire, particulièrement chez les garçons.</p>
<p style="text-align: justify;">Gutton, comme nous l’avons déjà précisé, distingue les processus du <em>pubertaire </em>(les phénomènes psychiques de la puberté) et les processus de <em>l’adolescens </em>(qui sont à mettre en rapport avec les remaniements identificatoires. A ce sujet, Mosès Laufer disait que l’essentiel de la pathologie grave des adolescents était due à une « panne des identifications »).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette distinction reprend celle de Freud au sujet d’une part des pulsions soumises au refoulement et d’autre part des pulsions à but inhibé ; ceci correspondant à l’évolution des fonctions identificatoires et de la catégorie de l’idéal.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’advenue de ces pulsions pubères va créer chez l’encore-enfant <em>un éprouvé originaire de puberté</em>. (Le concept d’originaire est emprunté à Piera Aulagnier). Et c’est là un point central dans sa théorie du pubertaire, mais qui n’est pas des plus aisés à saisir…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Toutefois, pour Gutton, c’est cet éprouvé qui va engendrer le drame de l’adolescence, car c’est à ce moment que l’Œdipe peut être mis à mal. Il y a comme un « réchauffement » du complexe d’Œdipe (C’est évidemment l’idée classique de la reviviscence oedipienne de l’adolescence. La récapitulation des moments de l’Œdipe, mais avec une nouvelle force, celle de la puberté et de l’advenue du génital que Gutton nomme <em>force d’hétérosexualité</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une lutte va alors s’engager chez l’adolescent pour contrer toute représentation trop incestueuse du fait précisément de la capacité nouvellement acquise de réaliser l’acte sexuel. Ce processus de « réchauffement de l’Œdipe » est à articuler, il me semble, avec le fait que l’infantile est déjà là. Les théories sexuelles infantiles, les fantasmes oedipiens ont été élaborés par le sujet pour répondre à la séduction, dans le sens de Laplanche, et à la pulsion sexuelle. C’est donc à l’aide de ces fantasmes oedipiens que le sujet tente d’interpréter la survenue, vécue comme effraction, de l’instinct pubertaire, l’éprouvé originaire de puberté. Viennent alors au premier plan ce que Gutton nomme <em>les scènes pubertaires</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’enfant, qui avait auparavant eu affaire à l’adulte séducteur, avait construit ses modalités défensives vis à vis de sa sexualité (il élabore ses théories sexuelles infantiles). Il se trouve à présent aux prises avec un autre type de sexualité, totalement nouveau, qui va bouleverser, ou du moins remettre en question les structures relationnelles dans lesquelles l’enfant était pris.<a href="#_ftn21">[21]</a> On pense ici principalement aux imagos parentaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Gutton attache donc beaucoup d’importance à ces scènes pubertaires. Peut-être à l’instar de Freud qui pouvait dire que pour que l’adulte ait une sexualité à peu près satisfaisante, il eut fallu que l’adolescent qu’il a été, se fut familiarisé avec le fantasme incestueux ; Gutton pose que l’un des buts de la cure de l’adolescent serait de retrouver et d’éprouver ses scènes pubertaires, dont les thèmes centraux sont donc incestueux mais aussi parricides.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi posé, la question que Gutton formule est : qu’est-ce qui va permettre à l’enfant, ou à l’inverse l’empêcher de remanier, de retravailler ses positions identificatoires ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le pubertaire doit pouvoir en effet être élaboré, subjectivé un minimum, pour que les processus adolescents adviennent véritablement. C’est là tout un pan des questions qu’avait soulevé en son temps Evelyne Kestemberg, notamment dans son livre « L’adolescence à vif », et plus particulièrement dans le chapitre « L’identité et l’identification chez les adolescents », où cette dernière met l’accent sur les retrouvailles difficiles et pathogènes avec les fameuses imagos parentales. L’adolescent se retrouve aux prises avec ces dernières, mais dans une relation génitalisée. Et le danger va se trouver dans l’impossibilité qu’il peut rencontrer de transférer l’investissement génital sur un autre objet, et ce, particulièrement si le parent se laisse piéger également par ses propres motions pulsionnelles à tendance incestuelles.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On peut voir ainsi que Gutton ajoute à l’hypothèse classique de l’Œdipe revisité au cours de l’adolescence, une dimension biologique pour qualifier l’instinct pubertaire (en le distinguant à la fois du pulsionnel infantile comme du pulsionnel génital. Ce dernier est ainsi conçu par analogie au  modèle de l’étayage de la pulsion sexuelle sur la pulsion d’auto-conservation : le pulsionnel génital s’étaie sur l’instinct sexuel pubertaire.)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Au cœur de cet instinct pubertaire se loge <em>une pression hétérosexuelle</em> (la puberté ferait taire en quelque sorte la bisexualité psychique de l’infantile. Cette bisexualité résulte selon lui d’une symétrie au niveau des identifications oedipiennes infantiles). Gutton laisse ainsi plus de la place à la « nature », quant à la sexuation et à l’identité sexuelle de l’individu, que d’autres courants psychanalytiques, comme par exemple ceux qui se réfèrent à Lacan.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une autre question importante, à quel niveau intervient ces métamorphoses de la puberté ? Gutton répond au niveau archaïque, entendu comme le niveau de l’originaire selon Piera Aulagnier. « Le noyau du commencement archaïque est l’éprouvé originaire de complémentarité des organes sexués. »</p>
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<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Remarques sur le pubertaire au regard d’autres approches qui s’inspirent de l’enseignement de Lacan.</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La direction que prend Gutton, à essayer de le comprendre, semble s’ancrer dans une réflexion n’excluant pas <em>a priori</em> un fondement biologique, ou tout au moins, un fondement ultime dans le biologique (On pense ici au texte de Ferenczi, « Thalassa », auquel Gutton fait parfois allusion, notamment avec le concept d’anphimixie), par exemple avec le fait qu’il suppose <em>une complémentarité des sexes</em> qui serait contenue dans le programme génétique déclenché à la puberté, c’est à dire, que l’objet partiel, que serait le sexe opposé, « serait déjà là dans le programme de l’instinct. »<a href="#_ftn22">[22]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il est vrai qu’il semble que pour Lacan, le sujet continue toute sa vie à avoir affaire à la logique phallique, tandis que pour Gutton, la puberté aurait tendance, mieux, devrait avoir tendance à refouler cette logique au profit d’une dichotomie, d’une déliaison assumée par le sujet du couple pénis-phallus. Le sujet, et ce quelque soit son sexe biologique, pourrait ainsi, selon Gutton, sortir de la référence phallique/castré et aboutir ainsi à la perception de l’existence du sexe féminin. La logique phallique à la puberté deviendrait pour Gutton un obstacle pour le sujet dans sa reconnaissance de l’Autre sexe.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette question d’une éventuelle sortie de la bisexualité psychique infantile est en effet une problématique importante, et la rencontre du féminin (titre d’un ouvrage de Serge Lesourd<a href="#_ftn23">[23]</a> par ailleurs, qui s’inscrit dans le courant de recherche lacanien sur l’adolescence) est même un point pour le moins épineux dans l’histoire de la psychanalyse elle-même. Il faut relire l’un des derniers articles de Freud « Analyse avec fin et l’analyse sans fin» de 1937.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car on peut trouver d’autres approches, s’inspirant de Lacan, qui par contre, tente d’approcher la spécificité adolescente sans aucune référence biologique. Ainsi, avec Jean-Jacques Rassial, on peut peut-être trouver une option théorique intéressante, (complémentaire par rapport à Gutton qui attache vraisemblablement plus d’importance aux changements « réels », biologiques du corps) qui est <em>le changement de statut et de valeur du corps à l’adolescence</em>.) Si le corps de l’adolescent n’est plus celui d’un enfant, il se rapproche de celui des adultes. Cela met l’adolescent dans une certaine ressemblance avec le parent du même sexe et modifie ainsi tous les rapports sur le plan imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce corps de l’adolescence n’est certes plus le même. Et c’est pourquoi il y a certainement une remise au travail des identifications primaires, ou un après-coup du stade du miroir<a href="#_ftn24">[24]</a> si l’on use de la conceptualisation de ce moment apportée par Lacan. Mais, le corps de l’enfant ne change-t-il pas énormément de l’état du nourrisson à celui d’enfant au stade de la latence par exemple ? C’est pourquoi, il ne faut pas oublier, en suivant Rassial, que ce changement est peut-être avant tout logique, c’est à dire « d’une modification de la valeur même du corps », et que cette modification est « signée », pourrait-on dire, par un autre qui « détient le pouvoir de reconnaître en ce corps, un corps génitalement mature, désirable et désirant. »<a href="#_ftn25">[25]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour finir de manière non exhaustive, disons encore que la fin du livre Rassial est un bon exemple des possibilités qu’offre la trinité lacanienne du réel, du symbolique et de l’imaginaire quant à une description de l’adolescence et une tentative d’en saisir la spécificité sur le plan psychanalytique.</p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>Le concept de subjectivation</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au regard de ce travail psychique rendu nécessaire par la puberté, il existe un concept psychanalytique, <em>la subjectivation</em>, sur lequel il peut être intéressant de s’arrêter, car d’une part, son usage s’est d’abord répandu parmi les cliniciens qui travaillent avec les adolescents, et d’autre part, parce qu’il semble offrir un point de vue pertinent, permettant d’articuler une problématique importante durant cette période de changement au niveau identitaire, <em>le devenir-sujet</em>, et ce qui m’intéresse, à savoir les obstacles ou les conditions favorables à l’appropriation des évènements psychiques qui sont liés à l’arrivée de la puberté.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J’ai travaillé ailleurs sur une étape importante dans le processus qui mène les futurs parents à ce que Serge Lebovici nommait la parentalité<a href="#_ftn26">[26]</a> : le choix du prénom de l’enfant. Je voulais inscrire cette recherche dans le champ plus large de la transmission intergénérationnelle. Pour ce faire, j’ai utilisé un concept chez Freud qui m’a paru particulièrement intéressant, celui d’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette recherche, j’ai donc considéré le prénom comme une sorte de trace du désir parental inscrit dans ce signifiant particulier qu’est le prénom. Et j’ai posé l’hypothèse que l’Idéal du Moi de chaque parent jouait un rôle dans le choix et l’acte de prénommer. Je pense que cet acte est un des premiers phénomènes dits « de transmission » qui ont lieu dans la famille.</p>
<p style="text-align: justify;">Intéressons-nous à présent aux phénomènes, tout aussi importants, qui leur sont liés, à savoir « les processus de subjectivation ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les concepts dits super-egoïques (Idéal du Moi/Moi Idéal/Surmoi) sont des instances qui participent amplement à ces phénomènes de transmission mais également aux processus de subjectivation. Philippe Gutton écrit par exemple au sujet des impasses des processus de subjectivation : « L’Idéal du Moi est le pivot du processus de subjectivation »<a href="#_ftn27">[27]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les textes sur le narcissisme, j’ai cherché à comprendre comment l’Idéal du Moi pouvait se construire, en optant pour le point de vue psychogénétique qui semble primer dans les textes de Freud. Cependant, même si cette distinction Idéal du Moi/Moi Idéal<a href="#_ftn28">[28]</a> n’apparaît pas de façon conceptuelle chez Freud, elle est très utile, et particulièrement quant au sujet des problématiques adolescentes si on lit certains auteurs comme Bernard Penot<a href="#_ftn29">[29]</a>, ou encore François Richard : « On gagne, me semble-t-il, à resituer la problématique du développement par rapport à l’ensemble moi idéal/idéal du moi/surmoi. La subjectivation correspondrait au passage d’une prédominance du moi idéal (de l’omnipotence narcissique) à son effacement au profit d’un idéal du moi de plus en plus impersonnel et surmoïque. »<a href="#_ftn30">[30]</a></p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>Les idéaux et l’adolescence</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>le roman familial du névrosé</em>, Freud propose un idéal dans le développement de l’individu : « se détacher de l’autorité de ses parents »<a href="#_ftn31">[31]</a>. Et il ajoutait que la caractéristique principale du névrosé, c’est que ce dernier a échoué dans cette tâche. Mais plus précisément, et avant cette étape, Freud évoquait ce « souhait le plus intense et le plus lourd de conséquences, c’est le « devenir grand comme père et mère »<a href="#_ftn32">[32]</a>. Nous pourrions dire que les parents s’imposent de l’extérieur comme des objets sur lesquels la libido sera déplacée, du narcissisme vers ces objets tenant la place d’Idéal du Moi de l’enfant, pour faire le lien avec le futur texte de 1914, <em>Pour introduire le narcissisme<a href="#_ftn33"><strong>[33]</strong></a></em>. D’autre part, loin de vouloir simplement remplacer les parents, ou plus précisément le père<a href="#_ftn34">[34]</a>, c’est l’idéalisation de ce dernier qui est bien souvent à l’œuvre dans ce roman familial, et qui peut se retrouver dans les problématiques d’adolescents aux prises avec une figure paternelle idéale « à la fois interdictrice et permissive, douée de toutes les qualités. Cette figure, apte à pallier les manques symboliques ou réel, n’existe pas, bien entendu, mais on a besoin d’y croire.»<a href="#_ftn35">[35]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Freud s’est également attardé sur le processus d’idéalisation lors de l’introduction du narcissisme, pour le distinguer de la sublimation. Il expliquait que tandis que cette dernière porte sur la libido d’objet et que son objectif est de faire changer de but la pulsion (Toute la difficulté de la sublimation est bien d’échanger le but sexuel originaire contre un autre but qui ne soit plus sexuel<a href="#_ftn36">[36]</a>) l’idéalisation concerne principalement l’objet et que « celui-ci est agrandi et exalté psychiquement sans que sa nature soit changée. »<a href="#_ftn37">[37]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il me semble que la clinique de l’adolescence permet de saisir à quel point l’idéalisation du Moi ou de l’objet, peut venir constituer un obstacle, une défense radicale contre la possibilité de se (re)saisir des aptitudes sublimatoires que les jeunes auront déjà pu développer dans les étapes précédentes de leur développement. C’est en effet un âge où l’adolescent peut être en difficulté face à cette nécessaire désidéalisation des figures  parentales et tutélaires que Freud a décrite. La tentation peut être alors de déplacer les idéaux vers des objets idolâtrés puisés dans la culture marchande dont ils sont la proie toute désignée, ou de tout désidéaliser brutalement en un mouvement de déception massif, et de sombrer finalement dans un état dépressif.</p>
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<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Retour sur la subjectivation en forme de conclusion</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La spécificité de l’adolescence, ou sa mise en question, nous a donc semblé intéressante car elle peut nous aider, entres autres choses, à nous interroger sur le concept de sujet, sur les conditions de sa mise en place, les processus qui sous-tendent cette mise en place, et peut-être les pathologies qui découlent des impasses de ces processus. Ce concept de subjectivation répondrait par là à une possible description de ce genre d’observations en empruntant le vocabulaire théorique de la structure tout en restant dans la possibilité d’un certain développement, d’une certaine croissance psychique, qui ne seraient pas pensés en termes de tout ou rien, caractéristiques de la logique de la structure.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le souligne justement Richard<a href="#_ftn38">[38]</a>, « l’accent mis ces dernières années sur la subjectivation au cours du processus d’adolescence, me semble correspondre à une opération d’importation de la distinction lacanienne entre un Moi trop imaginaire et un sujet mieux inséré dans l’ordre symbolique. Mais il y a autant transformation qu’importation puisque c’est la conception lacanienne qui est alors influencée par un point de vue différent [celui d’une subjectivation évolutive qui ne serait pas totalement définie par une structure]. »</p>
<p style="text-align: justify;">En relisant « Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien »<a href="#_ftn39">[39]</a> on sent effectivement bien cette tension entre une logique de la structure qui déterminerait et désir et sujet, comme effets de structure, et une logique de l’histoire des aléas des traumatismes. Peut-être est-ce une bonne partie de l’histoire de la psychanalyse qui pourrait être regardée au travers du prisme de cette tension entre explication par l’histoire développementale, psychosexualité et stades libidinaux, et explication par la logique de la structure. Et c’est bien entendu la psychose qui porte le débat à son intensité maximum. (Quoique maintenant, cela pourrait être les états limites ?).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avons déjà dit qu’à partir des travaux de Raymond Cahn, (notamment, <em>Adolescence et folie</em>), la notion de subjectivation va être de plus en plus utilisée pour aborder tout d’abord la question de la psychose à l’adolescence (et celle des adultes limites), et plus généralement, celle de la description des processus à l’œuvre dans un travail psychothérapeutique avec un adolescent (ou un adulte).</p>
<p style="text-align: justify;">Un chapitre s’intitule « Les impasses de la subjectivation ». Cahn préfère ainsi parler d’empêchement de la subjectivation et de pathologie de la subjectivation, plutôt que de parler des pathologies de l’individuation, « évoquant la seule problématique de la séparation à partir des schémas mahlériens ». Ce serait ainsi contre une approche trop développementale du type de celle de Peter Blos qui définit l’adolescence comme le temps du second processus de séparation/individuation que Cahn avance le concept de subjectivation, et que les auteurs l’ont reprise après lui.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce qui est enfin frappant c’est finalement que ces auteurs peuvent quasiment être distingués les uns des autres suivant leur référence à un concept de sujet<a href="#_ftn40">[40]</a>, où à une extrémité, il est identique au Moi, et à l’autre, il lui est presque antinomique (reprenant par là bien évidemment la distinction entre imaginaire et symbolique chez Lacan). Richard, suivant Green, proposerait avec d’autres, une sorte de voie médiane avec l’idée d’une <em>fonction Moi-Sujet</em>. Nous nous représentons ainsi la subjectivation comme une fonction, définie en termes de processus, qui possèderait une finalité, que l’on pourrait décrire comme une sorte d’objectif inatteignable, une asymptote. Cette finalité étant un concept si chargé philosophiquement qu’il est difficile de ne pas se situer par rapport à ce qui a pu être dit, non sans risque.<a href="#_ftn41">[41]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce risque serait de faire du concept de subjectivation, de l’appropriation subjective, de cette opération de transformation, quelque chose qui finirait par ressembler à cette idée classique de l’ego-psychology de consolidation d’un Moi, de meilleure intégration d’un Moi. Alors que précisément après Lacan, il est devenu difficile de soutenir ce point de vue.</p>
<p style="text-align: justify;">
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>Une solution pour la subjectivation chez les adolescents : la sublimation en situation de groupe ?</strong></h3>
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<p style="text-align: justify;">Pour terminer examinons cette quatrième forme de destin possible pour la pulsion<a href="#_ftn42">[42]</a> qu’est la sublimation, « car c’est un fait qu’elle contribue de façon majeure à assurer aux sujets des deux sexes une capacité accrue de jouissance et d’accomplissement libidinal, en même temps qu’elle satisfait durablement quelque chose du côté de l’idéal du moi. »<a href="#_ftn43">[43]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est également un concept qui apparaît à la charnière des deux dimensions que sont la vie pulsionnelle et la vie collective, qui va exiger son lot de renonciations individuelles.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans cette perspective, j’aimerais examiner ici les liens que la sublimation entretient avec le masochisme. Car en effet, si la sublimation permet d’éviter le refoulement et la répression, mais également d’obtenir une satisfaction sans la décharge pulsionnelle, alors la jouissance qu’elle permet s’inscrit sur le fond d’une tension à érotiser, donc <em>a priori</em> connotée masochiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans la perspective d’examiner ce qui pourrait favoriser l’accès à des réalisations sublimatoires chez les adolescents il faudrait explorer théoriquement le travail que l’on peut faire autour d’atelier à médiation culturelle ou artistique.</p>
<p style="text-align: justify;">Didier Chaulet et Jean-Edouard Prost<a href="#_ftn44">[44]</a> posent par exemple que la situation de mise en groupe des adolescents peut permettre de négocier deux types de mouvements transférentiels comme le refus mutique et la contestation face à un thérapeute placé dans le camp des parents et détenteur du savoir, ou encore l’adhésion immédiate exprimée par une demande massive plaçant cette fois le thérapeute à la  place du copain ou du double prêt à lui révéler son identité. La situation de mise en groupe comme tentative de dilution de la pression transférentielle. Et à ce sujet Marcelli postule que « le groupe thérapeutique correspond aux besoins pulsionnels et aux défenses caractéristiques de cet âge. Le groupe donne à l’adolescent à la fois une protection, une possibilité de régression, mais aussi un étayage identificatoire de transition. »<a href="#_ftn45">[45]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le travail reste à effectuer …</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Citons par exemple le recueil d’articles de Pierre Mâle, <em>La crise juvénile</em> , 1982.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Peut-être que l’adolescence excite d’autant plus les psychanalystes qui acceptent les remises au travail de leur propres identifications ? D’où une autre question qui nous vient : est-ce une spécificité de l’adolescence, ou bien une spécificité du psychanalyste devant l’adolescent ?</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Patrick Delaroche, <em>Psychanalyse de l’adolescent</em>, Armand Colin, 2005, p.6 à 9.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> http://www.linternaute.com/sante/psychologie/interviews/07/0702-ado-jeammet/1.shtml</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Florian Houssier, « La puberté psychique : premières esquisses », in <em>Le tourment adolescent.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Annie Birraux, « De la crise au processus », in « L’adolescence dans l’histoire de la psychanalyse » sous la direction de François Marty, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> <em>Idem</em>, p.241.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Raymond Cahn pense justement que c’est la psychose à l’adolescence qui indiquerait les apories des conceptions théoriques des psychanalystes concernant la psychopathologie des adolescents.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Voir « Une création à l’Université : l’unité de recherches Adolescence » de Philippe Gutton in Recherche en psychanalyse, 2004, n°1. Jean Laplanche répondant à la proposition de Gutton concernant la création d’un laboratoire sur l’adolescence en 1982 : « Me voyez-vous faire un laboratoire sur la sublimation ? ». La création de la revue « Adolescence » date de cette même année. On peut aller plus loin avec l’ouvrage « L’adolescence dans l’histoire de la psychanalyse » sous la direction de F. Marty, notamment avec les contributions d’Annie Birraux (« De la crise au processus ») et de Philippe Gutton (« L’école française de psychanalyse de l’adolescent »). Et sur ce même point, on peut également se référer au très bon livre dirigé par Philippe Givre et Anne Tassel « Le tourment adolescent ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> E. Kestemberg dans « Identité et identification » par exemple : « Il est compréhensible donc que s’il existe chez les adultes un tel refoulement à l’endroit de leur propre adolescence, refoulement qui témoigne sans doute de l’existence d’une angoisse sous-jacente mal jugulée, ils risquent d’avoir vis à vis des adolescents des attitudes contre-transférentielles déterminées par cette angoisse même. » p. 67-68 ; ou encore Octave Mannoni « L’adolescence est-elle analysable » in « La crise d’adolescence » Gibello, Mannoni : « Celui qui a condamné sa propre crise d’adolescence, ou qui en a honte, peut être gêné, s’il devient analyste, devant la crise d’adolescence de son patient. » p.28). Cette remarque sur les contre-attitudes provoquées du côté du thérapeute, mais encore du côté des parents, est également reprise par Gutton pour qui la venue du pubertaire des adolescents n’est pas sans provoquer moult remous chez leurs parents (crises conjugales, dépression, etc …).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jean-Jacques Rassial, <em>L’adolescent et le psychanalyste</em>, p.197</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> M. et E. Laufer, <em>Adolescence et rupture du développement. Une perspective psychanalytique</em>, 1983, 1989 pour la traduction française.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Pour reprendre le titre du troisième essai de Freud « Trois essais sur la théorie sexuelle ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> François Richard, « Freud : un ‘processus primaire posthume’ », in <em>Le tourment adolescent</em>, p. 84.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> François Richard, « Freud : un ‘processus primaire posthume’ », in <em>Le tourment adolescent</em>, p. 102.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Sigmund Freud, <em>Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, Folio Essai, 1987, p.143.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Sigmund Freud, <em>Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, Folio Essai, 1987, p.171.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> François Richard, <em>Le processus de subjectivation à l’adolescence</em>, Dunod, 2001, p. 7.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Philippe Gutton, « La trace pubertaire », in <em>Le pubertaire savant, monographie de la revue Adolescence,</em> 2008, p. 52.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Raymond Cahn, « Adolescence et folie », p.34.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Gutton s’inspire ici largement de Jean Laplanche quant à la sexualité infantile. Par exemple, Laplanche dans « Pulsion et instinct », in Adolescence, 2000, n°18, s’attache à montrer les différences entre ces deux notions qui, en psychanalyse, ont tendance à brouiller les cartes. Si l’instinct d’auto-conservation existe chez l’homme, comme chez les mammifères chez qui il est particulièrement bien mis en évidence, les phénomènes qui peuvent s’y rattacher sont bien vite recouverts par ce qu’il y a de plus spécifiquement humain à savoir, pour Laplanche, la séduction et la réciprocité narcissique. Le sexuel pulsionnel (infantile), occupe bien pour la psychanalyse la place décisive dans les phénomènes humains. Il est, pour Laplanche, d’origine intersubjective, comme implanté au cours des relations de soins donnés par un adulte sur un enfant. Cet adulte possède un inconscient façonné de sexualité infantile. Le troisième temps de la sexualité, à savoir pour Laplanche, le développement de l’instinct sexuel, c’est à dire l’instinct pubertaire et adulte, la mise en place du génital à la puberté, se heurte donc à un obstacle qui est le fait qu’il « trouve la place occupée par la pulsion infantile ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Philippe Gutton, « Esquisse d’une théorie de la génitalité » in « Le pubertaire savant, monographie de la revue Adolescence », 2008.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Serge Lesourd, <em>Adolescences&#8230; Rencontre du féminin</em>, Erès poche, 2009.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Le chapitre « l’adolescence, après-coup du stade du miroir » nous semble à cet égard particulièrement intéressant comme autre éclairage quant à la question des identifications que peut apporter ce courant d’inspiration lacanienne.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Jean-Jacques Rassial, <em>L’adolescent et le psychanalyste</em>, p.18 En suivant Laplanche, et en lisant Rassial, on peut saisir autrement la spécificité du rapport du sujet à la sexualité à la puberté : quand le sujet adolescent quitte cette période où sa sexualité dite infantile est advenue dans la rencontre avec un Autre qui l’a séduit d’une manière ou d’une autre, il entre dans une période où, cette première sexualité infantile est bien toujours présente et agissante, mais où une autre sexualité, instinctuelle cette fois, s’y mêle. Cet Autre séducteur devient alors le corps même de l’adolescent.</p>
<p style="text-align: justify;">D’où le titre de l’article de Philippe Jeammet « Etre adulte ou comment apprendre à gérer la place de l’infantile » in Adolescence, 2000, n°18).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> « Avoir un enfant ne signifie pas qu’on en est le parent : le chemin qui mène à la <em>parentalité</em> suppose qu’on ait “co-construit” avec son enfant et les grands-parents de ce dernier un “arbre de vie” qui témoigne de la <em>transmission intergénérationnelle</em> et de l’existence d’un double processus de parentalisation-filiation grâce auquel les parents peuvent devenir père et mère. » disait par exemple Serge Lebovici, dans sa <em>Présentation de L’école de la parentalité</em>, conférence de presse vidéo-filmée par Starfilm, mars 1999, Paris.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Philippe Gutton, <em>Dieu, l’adolescent et le psychanalyste,</em> L’Harmattan, 1998, p. 251</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> On peut considérer avec Lagache que les aspects moraux, d’obéissance à la loi sociale, d’autorité morale, appartiennent plutôt au registre de l’Idéal du Moi, et que les idées de grandeur, mégalomaniaques, de toute-puissance, de prestige ou de gloire, sont en revanche du registre du Moi Idéal. Et relever également ce qu’en dit Lacan dans ses remarques sur le rapport de Lagache : « (…) dans la relation du sujet à l’autre de l’autorité, l’Idéal du Moi, suivant la loi de plaire, mène le sujet à se déplaire au gré du commandement ; le Moi Idéal, au risque de déplaire, ne triomphe qu’à plaire en dépit du commandement ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> Bernard Penot, « Réprimer, idéaliser, sublimer », in <em>Revue Française de Psychanalyse, 2001, vol. 65.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> François Richard, <em>Le processus de subjectivation à l’adolescence</em>, Dunod, 2001, p. 11.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Sigmund Freud, « Le roman familial des névrosés », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 253.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> <em>Ibid.</em>, p. 253</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref33">[33]</a> Freud écrit en effet dans ce texte que « Le développement du moi consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme. Cet éloignement se produit par le moyen du déplacement de la libido sur un idéal du moi imposé de l’extérieur, la satisfaction par l’accomplissement de cet idéal. »[33]</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref34">[34]</a> En effet, face à l’insatisfaction de certaines situations où l’enfant se sent mis à l’écart par ses parents, où il se sent ne plus être le centre unique de leur attention, ou en d’autres termes, il pense que son amour n’est pas pleinement reconnu et réciproque, il se met à fantasmer qu’il y a des parents ailleurs qui sont sans aucun doute meilleurs et donc qu’en définitive, il ne peut être qu’ « un enfant d’un autre lit ou un enfant adopté ». L’enfant met alors en place une activité de fantaisie, une rêverie diurne dont la fonction est « d’accomplir des souhaits, corriger la vie, et qu’ils ont principalement deux buts, érotiques et ambitieux ». Ces fantasmes vont alors se structurer à ce moment en ce que Freud va appeler « le roman familial des névrosés ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref35">[35]</a> Patrick Delaroche, <em>Psychanalyse de l’adolescent</em>, Armand Colin, 2005, p. 118 et 119.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref36">[36]</a> Il faut noter que si Freud donne cette définition en 1908 dans <em>La morale sexuelle « culturelle » et la nervosité moderne</em>, il ajoutera plus tard, en 1932, dans sa <em>Suite aux leçons d’introduction de la psychanalyse</em> que la sublimation consisterait à la fois en un changement de but, mais également en un changement d’objet à valeur sociale plus élevée. Aussi, la distinction qu’il fait dans <em>Pour introduire le narcissisme</em> entre sublimation et idéalisation serait à reprendre pour être affinée avec sa dernière définition de la sublimation.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref37">[37]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref38">[38]</a> François Richard, « Lacan import-export », in <em>Adolescence</em>, 2000, n°18.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref39">[39]</a> Jacques Lacan, « Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien », in <em>Ecrits 2</em>, Seuil.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref40">[40]</a> Car qui emploie ce concept de <em>subjectivation</em>, ne peut se passer d’une référence au concept de <em>sujet</em>. Freud a toujours dédaigné à employer ce concept de Sujet, trop empreint de philosophie métaphysique. Une des rares occurrences significatives où il l’emploie se trouve dans « Psychologie des masses et analyse du Moi » où il explique la différence entre l’identification au père et le choix du père comme objet : « Dans le premier cas le père est ce qu’on voudrait être, dans le second ce qu’on voudrait avoir. »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref41">[41]</a> On retrouve par là les réflexions de Lacan sur le fait que le sujet ne serait qu’une hypothèse pour le psychanalyste.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref42">[42]</a> Freud propose effectivement quatre destins à la pulsion dans son texte de 1915, <em>Pulsions et destins de pulsion</em> : le renversement de la pulsion dans le contraire (le sadisme devenant le masochisme ; le voyeurisme l’exhibitionnisme), le retournement sur la personne propre, le refoulement et la sublimation.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref43">[43]</a> Bernard Penot, « Réprimer, idéaliser, sublimer », in Revue Française de Psychanalyse, 2001, vol. 65, p. 6.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref44">[44]</a> Didier Chaulet et Jean-Edouard Prost, « Un groupe de parole pour adolescents », in Enfances &amp; Psy, 2002, n<sup>o</sup>19.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref45">[45]</a> Daniel Marcelli, « Un père, pairs et passe », <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, 1999, n°31</em>.</p>
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		<title>Adolescence et objets</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Jan 2011 16:45:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Comme Brice Courty, qui, dans sa rubrique dans la revue Adolescence, étudie ce qu’il appelle « les objets culturels adolescents »[1], je pense qu’une approche des objets privilégiés des adolescents peut aider le praticien dans sa relation avec le sujet adolescent, tant sur le plan de sa compréhension des spécificités éventuelles de la clinique de l’adolescent, que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Comme Brice Courty, qui, dans sa rubrique dans la revue <em>Adolescence</em>, étudie ce qu’il appelle « les objets culturels adolescents »<a href="#_ftn1">[1]</a>, je pense qu’une approche des objets privilégiés des adolescents peut aider le praticien dans sa relation avec le sujet adolescent, tant sur le plan de sa compréhension des spécificités éventuelles de la clinique de l’adolescent, que sur le plan de la relation clinique à chaque fois singulière, car je pense que le désir du praticien à l’égard des objets des adolescents est particulièrement important dans la relation clinique qui peut s’instaurer avec ces patients.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours des processus adolescents, il se déroule ce qu&#8217;on pourrait appeler la reconstruction d’un objet psychique particulier : l’objet moi. « Le moi, comme objet d’amour, est au cœur de la reconstruction identitaire adolescente. Cet objet moi, fondement du narcissisme et de l’estime de soi, va être un des objets cruciaux de l’adolescence »<a href="#_ftn2">[2]</a> écrit Serge Lesourd dans son article « Reconstruction narcissique du moi adolescent ». Face à la disparition définitive de l’objet d’amour primaire à la puberté, il y a nécessité pour le sujet de tenter de le re-trouver. Lesourd distingue, dans son article, l’objet de la réalité, l’objet psychique pulsionnel et une seconde forme de l’objet psychique, l’objet moi, central pour la psychanalyse et particulièrement à l’adolescence. Et c’est finalement au travers de la manipulation de ces objets réels, qui sont bien souvent culturels, que va se jouer cette recréation de l’objet moi. Ainsi, le rapport des adolescents aux jeux vidéo peut, d’une part, nous mettre sur cette piste des remaniements narcissiques dans le processus adolescent, et d’autre part, nous permettre d’avancer dans notre réflexion sur la relation aux objets culturels que peut mettre en place un adolescent dans la quête identitaire au sein de laquelle il est plongé ; quête qui serait donc sous-tendue par la recréation du premier objet d’amour.</p>
<p style="text-align: justify;">Il existe un film qui aborde maladroitement l’autisme : <em>Ben X<a href="#_ftn3"><strong>[3]</strong></a></em>. Mais ce qui est plus intéressant c’est le fait qu’il cherche à montrer, en usant des possibilités du cinéma, comment, dans certaines situations, cet adolescent, atteint visiblement d’un syndrome d’Asperger, s’identifie à son avatar<a href="#_ftn4">[4]</a> d’un jeu MMORPG, <em>Archlord</em>, afin d’essayer de se défendre contre les brimades que ses camarades de classe lui infligent régulièrement. Des séquences de son jeu lui reviennent en mémoire lorsqu’il est en difficulté, et lui permettent alors de réagir et de se défendre. Il me semble que ce film illustre très bien la tentative du héros de trouver une issue à ses impasses via la manipulation de l’objet jeu vidéo, autrement dit son introjection, et ainsi de montrer la participation du jeu vidéo dans certains remaniements psychiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Brice Courty, « Objets culturels », in <em>Adolescence</em>, 2007, n° 60 ou encore Brice Courty, « Esquisse 3, du virtuel », in <em>Adolescence</em>, 2008, n° 63.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Serge Lesourd, « Reconstruction narcissique du moi adolescent », in <em>Figures de la Psychanalyse</em>, 2004, n<sup>o</sup>9.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> <em>Ben X</em>, réalisé par Nick Balthazar en 2008.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Ce terme d’avatar provient du terme sanscrit <em>Avatara</em> qui désigne originalement les incarnations terrestres de la divinité Vishnu dans la philosophie hindouiste. Par extension en matière informatique, l&#8217;avatar désigne l&#8217;incarnation numérique d&#8217;un individu dans un monde virtuel. Pour plus d’informations, lire par exemple : <em>La notion d&#8217;Avatar dans les MMORPG, sur </em> <a href="http://www.jeuxonline.info/article/mmog_avatar101">http://www.jeuxonline.info/article/mmog_avatar101</a></p>
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		<title>Narcissisme et adolescence &#8211; première partie</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Jan 2011 16:36:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le concept de narcissisme est un concept-pivot de la psychanalyse. Retour sur quelques enjeux de ce concept et de certaines de ses implications dans les théories psychanalytiques sur l’adolescence.
Je reprends donc l'histoire du concept, puis celle de ses développements dans la théorie, avant de le réintroduire au regard de ce que les processus adolescents impliquent pour le sujet à cette période de la vie.
J'insiste donc dans cette étude sur la dialectique Moi Idéal - Idéal du Moi, et ses avatars. Mais ce n'est assurément pas la seule entrée pour travailler ces processus adolescents au sein de la théorie psychanalytique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Le narcissisme : introduction du concept</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le concept de narcissisme, c’est-à-dire littéralement l’amour porté à sa propre image, est un concept-pivot, qui bien que transitoire, a été « introduit » par Freud en 1914<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn1">[1]</a> au sein de sa théorie. « Introduit » est peut-être un euphémisme tant Freud, dans son article, passe en revue les questions que pose le concept à toute une partie de son édifice théorique, non sans poser quelques problèmes, implicites ou explicites, qui seront repris d’ailleurs par les psychanalystes suivants, soit dans la foulée, soit un peu plus tard dans l’histoire de la psychanalyse. Concept transitoire, disions-nous, puisque celui-ci disparaîtra sous l’avancée, à la fois de la dernière théorie des pulsions et de la seconde topique. Il n’en reste pas moins un des plus importants dans le corpus freudien et peut-être l’un des plus heuristiques (au risque cependant d’en faire un concept fourre-tout) si l’on en juge par la production psychanalytique qui s’inscrit dans sa lignée théorique (on pense ici par exemple à la théorie d’Hartmann du Moi autonome, celle de Kernberg, ou encore celle de Kohut sur le Self, enfin l’utilisation que Jacques Lacan en fera. Ce dernier proposera une solution à cette question implicite de Freud quant à la nature de cette « nouvelle action psychique »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn2">[2]</a>, avec son célèbre article sur le stade du miroir<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn3">[3]</a> et sa description de ce moment fondateur pour le sujet) et clinique (on voit par là son utilisation dans la définition « des nouvelles pathologies » concernant les addictions ou les troubles de l’alimentation par exemple, ou encore dans celle des cas-limites : le conflit oedipien contre le conflit narcissique).</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le narcissisme dans la théorie freudienne, le texte de 1914, « Pour introduire le narcissisme », aborde différentes dimensions du concept : économique, structurale et développementale.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde topique freudienne entraînera, certes, l’éclipse du concept de narcissisme, mais également un certain brouillage conceptuel. En effet, le narcissisme primaire, avancé en 1914, devient un véritable stade anobjectal (un état où l’appareil psychique serait clôt sur lui-même telle une monade), difficilement concevable car rentrant en contradiction avec le fait que l’état du bébé est également conçu comme un état d’indistinction entre ce qui est soi et ce qui ne l’est pas. Mélanie Klein, réfutant cet hypothétique stade du narcissisme primaire, désignera un état précoce où l’enfant investirait toute sa libido sur lui-même, avec sa théorie des relations d’objet précoces. Le courant kleinien, avec notamment Herbert Rosenfeld, ou encore Wilfred Bion, développera d’ailleurs une approche spécifique du traitement psychanalytique des troubles qualifiés de narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à Freud et les raisons pour lesquelles il a introduit cette notion de narcissisme. En effet, face aux questions que lui posent Jung et Bleuler à propos de la psychose, Freud refusant de céder à la tentation d’abandonner la préséance du sexuel dans l’étiologie des troubles, mais également dans la description du développement du moi (le Moi reste en effet attaché dans la tradition psychiatrique, et dans la conception jungienne, à la sphère de l’esprit, détachée du corps, ce que refuse obstinément Freud), va proposer une description des troubles psychotiques en termes de régression narcissique. Freud va être très vite devant un paradoxe : comment le narcissisme, qu’il va décrire comme un investissement libidinal, peut bien venir au final s’opposer à la libido ? Il lui faut imposer l’idée d’un moi libidinalisé sans quoi une théorie d’un moi désexualisé pourrait prendre le dessus. Freud fait du complexe d’Œdipe une référence solide qu’il utilise abondamment. Mais avec ce concept de narcissisme, il avance à petits pas, car il semble qu’il s’en méfie. En effet, la logique du narcissisme tend à faire disparaître la sexualité du devant de la scène, tant elle appartient au domaine des représentations.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le texte de 1910 où l’on peut voir la première occurrence du terme de narcissisme, « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn4">[4]</a>, Freud décrit l’amour que portait Léonard de Vinci aux jeune gens dont il aimait <em>a priori</em> s’entourer et va tenter de l’expliquer à l’aide de la notion de narcissisme. Il va ainsi décrire un type particulier de choix d’objet, et expliquer que Léonard se serait identifié à sa mère, et ainsi, qu’au travers de l’amour qu’il portait à ces jeunes hommes, il continuait en fait de s’aimer lui-même, comme sa mère l’avait aimé. Freud relie donc clairement dans ce texte le narcissisme à un processus d’identification. Ainsi, lorsqu’on parle d’identification, on commence à parler de représentation. Le choix d’objet d’amour ne peut plus être un simple objet pulsionnel, car il obéit à une logique différente qui s’est mise en place avec le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir du texte, « Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn5">[5]</a> publié en 1911, Freud va commencer à utiliser le terme de narcissisme en référence à une sorte de stade du développement infantile sexuel. Il va donc placer ce stade narcissique entre l’auto-érotisme et ce qu’il appelle l’amour d’objet. Les tendances homosexuelles analysées dans son texte sur Léonard, sont retrouvées également chez Schreber. Elles appartiennent maintenant à ce nouveau stade de l’évolution sexuelle et loin de disparaître, elles deviendront plus tard le fondement des liens sociaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est à noter que les descriptions du narcissisme opérées par Freud ont toujours partie liée avec l’amour et non la pulsion, qui est au centre de l’édifice théorique dit de la première topique. L’objet pulsionnel est interchangeable, il est consommé avant d’être construit, à la différence de l’objet d’amour, qui lui, est une construction : il est ainsi conçu avant d’être en quelque sorte consommé.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons dit, le texte de 1914, « Pour introduire le narcissisme », marque l’élaboration théorique du concept, mais, comme on l’a vu, on peut en retrouver certaines traces dans des textes antérieurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Attachons-nous à deux points qui vont nous permettre d’avancer dans notre réflexion, et qui sont déjà contenus dans ce texte princeps de 1914, d’une part la fameuse répartition de la libido et la théorie du choix d’objet, la sortie du narcissisme d’autre part, puisque ce dernier est devenu un stade du développement libidinal, entre l’auto-érotisme et l’amour d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">La répartition de la libido et la théorie du choix d’objet</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans son article, Freud parle d’une extension de la théorie de la libido, extension qui se rapporte tout d’abord à l’opposition libido du moi, et libido d’objet.<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn6">[6]</a> Comme le rappelle Laplanche, il ne faut pas confondre les pulsions du Moi et la libido du Moi.<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn7">[7]</a> C’est bien cette dernière qui fait son apparition dans cette étude, et qui va poser d’ailleurs à Freud quelques soucis conceptuels face au monisme jungien fondé sur le postulat d’une énergie psychique non sexuelle. « Si nous posions, au fondement, une énergie psychique unitaire, cela n’épargnerait-il pas toutes les difficultés qu’il y a à séparer une énergie des pulsions du moi et une libido du moi, une libido du moi et une libido d’objet ? »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn8">[8]</a> se demande Freud. Si la première opposition peut se justifier par le fait que le Moi n’existe pas d’emblée, et que sa naissance justifie d’ailleurs une opération, « la nouvelle action psychique » que Lacan plus tard détaillera, la seconde opposition, libido du moi et libido d’objet reste posée par Freud, mais sans qu’il puisse en dire beaucoup plus dans cet article. On comprend cependant que la libido du moi est une partie de la libido d’objet, sexuelle, qui a investi un objet particulier, le moi. Et ce faisant, elle acquiert, pour Freud, un statut différent de la libido d’objet. Cette libido, enfin, a la particularité de pouvoir également s’investir à nouveau vers des objets, c’est là le sens de la célèbre image de l’animalcule protoplasmique. Freud prendra l’exemple de trois situations pour illustrer ce fait : la maladie organique, le sommeil et la vie amoureuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est avec une analyse de la vie amoureuse que Freud va expliciter les deux types de choix d’objet d’amour : le choix d’objet par étayage et le choix d’objet narcissique. On peut dire d’ailleurs que c’est le choix d’objet narcissique qui fait son apparition et vient à la fois compléter et relativiser le premier choix d’objet d’amour qui existait déjà depuis les « Trois essais sur la théorie sexuelle »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn9">[9]</a>. Freud explique ce choix d’objet narcissique comme tel : « Nous avons trouvé avec une particulière netteté chez des personnes dont le développement libidinal a connu une perturbation, comme chez le pervers et les homosexuels, qu’ils ne choisissent pas leur objet d’amour ultérieur sur le modèle de la mère, mais bien sur celui de leur propre personne. »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn10">[10]</a> Ainsi, l’objet sera choisi selon le modèle du moi de l’individu, selon le principe de l’identique pourrait-on dire, par opposition au choix d’objet par étayage qui serait le principe de complémentarité. Retenons également le petit tableau que Freud esquisse sur le choix d’objet narcissique, qui peut être construit sur la base de ce que l’on est soi-même, de ce que l’on a été, de ce que l’on voudrait être et enfin sur la base d’une personne qui a été une partie du propre soi.<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, ces deux choix sont présentés comme deux pôles conceptuels, qui finalement, dans tout choix d’objet réel, se mêlent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">La sortie du narcissisme  via l’Idéal du Moi</h3>
<p style="text-align: justify;">« Le développement du moi consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme. Cet éloignement se produit par le moyen du déplacement de la libido sur un idéal du moi imposé de l’extérieur, la satisfaction par l’accomplissement de cet idéal. »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn12">[12]</a> Par ces deux phrases situées vers la fin de son texte, il nous semble que Freud résume admirablement ce qu’il va développer dans le dernier chapitre de ce texte, et ce que nous souhaiterions reprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans le chapitre trois de son étude, après avoir exposé ses vues sur le narcissisme au travers des exemples tels que la maladie ou encore la vie amoureuse, que Freud va introduire pour la première fois la notion d’Idéal du Moi. En effet, l’idée d’une renonciation totale impossible à une satisfaction auparavant éprouvée est une idée importante pour Freud, et il est normal qu’on la retrouve ainsi mise en œuvre au cours de ce texte. Au narcissisme décrit, il lui faut substituer une autre notion qui va pouvoir expliquer le développement du moi, même si le moi comme concept reste encore non élaboré : c’est l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Néanmoins, Freud semble hésitant dès le début du troisième chapitre : « Les perturbations auxquelles est exposé le narcissisme originel de l’enfant, ses réactions de défense contre ces perturbations, les voies dans lesquelles il est de ce fait poussé à s’engager, voilà ce que je voudrais laisser de côté, comme un matériau important qui attend encore d’être travaillé à fond »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn13">[13]</a> Comment en effet expliquer la sortie du narcissisme, « Qu’est-il advenu de sa libido du moi ? »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn14">[14]</a> se demande Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Il va donc faire rentrer en jeu ce qu’il appelle dans un premier temps « l’estime de soi qu’a le moi ». En effet, plutôt que de choisir la voie de la castration comme menace pour en quelque sorte enclencher le développement du moi et donc la sortie du narcissisme, Freud préfère la voie de la soumission à (la voix de) l’autorité, aux exigences d’une formation psychique qui viendrait en somme faire fonction d’idéal auquel le moi sera dorénavant jugé selon les exigences promues par cet instance.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette perspective lui permet effectivement d’une part de maintenir actif le narcissisme qui s’est « déplacé sur ce nouveau moi idéal qui se trouve, comme le moi infantile, en possession de toutes les précieuses perfections. »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn15">[15]</a> Et d’autre part, cela lui permet de fonder la condition même du refoulement opéré du côté du moi à partir de la formation de cette instance de l’Idéal du Moi : « La formation d’idéal serait du côté du moi la condition du refoulement. »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn16">[16]</a> Il nous semble que c’est montrer d’autant l’importance de cette formation d’idéal chez Freud que d’en faire la condition du refoulement, tant ce dernier mécanisme tient une place fondamental dans son édifice théorique.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce stade de son élaboration théorique, pour Freud, la sortie du narcissisme est donc en corrélation directe avec cette formation d’idéal qui lui fait suite. Mais la question devient alors qu’est-ce qui a fait basculer l’enfant de cet état où il était encore en mesure de se prendre lui-même comme idéal vers celui où désormais il sera jugé selon cet idéal. Freud écrira que ce sont « les semonces encourues »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn17">[17]</a> dont nous déduisons qu’elles sont admonestées par les parents ou autres éducateurs. Ces semonces, dont Freud précise qu’elles sont transmises par la voix, vont finalement constituer la fameuse conscience morale, le gardien de l’Idéal du Moi, qui va devenir ainsi l’instance de jugement du moi à l’aune de son idéal. Nous comprenons alors combien ce texte va être précurseur des élaborations futures concernant l’instance du surmoi, et ses rapports à la voix. D’ailleurs, au fil de ce texte, nous pouvons voir que Freud commence déjà à rapprocher l’Idéal du Moi et cette fonction de conscience morale avec la fonction de censure, avec l’exemple du rêve. Dans la suite de sa théorie, et ses réécritures successives de la théorie psychanalytique, il aura ainsi de plus en plus tendance à rassembler toutes ces fonctions dans une seule instance, le futur surmoi, et parfois même à induire certaines ambiguïtés de ce fait sur le rôle de ces deux instances : l’Idéal du Moi et le Surmoi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Adolescence et narcissisme</h2>
<p style="text-align: justify;">Ce que la psychanalyse qui s’est intéressée à l’adolescence nomme « le processus adolescent » est fortement lié au concept de narcissisme introduit par Freud, et donc aux deux points que nous avons voulu souligner, le conflit libido du moi et libido d’objet et le rôle de l’instance narcissique qu’est l’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vais donc à présent introduire certains apports post-freudiens qui ont amené l’idée que le sujet adolescent était en proie ce que recouvre l’idée de « remaniements narcissiques ».</p>
<p style="text-align: justify;">Comme l’avance McDougall, pour tout être humain, l’illusion d’une identité personnelle est fondamentale, et « la conservation de cette identité peut être considérée comme un besoin psychique primordial »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn18">[18]</a>. Il faut rappeler ce préalable essentiel, avant de dire que, précisément à l’adolescence, c’est cette conservation de l’identité, assurant une certaine continuité d’existence qui est, bien souvent, fragilisée, voire, dans la psychose, franchement attaquée.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce que Evelyne Kestemberg a voulu illustrer dans son article princeps « L’identité et l’identification chez les adolescents »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn19">[19]</a>. Elle y soulignait la place de l’actuel en écrivant en 1962 que les problèmes de l’adolescence étaient avant tout « des problèmes relationnels », dus en dernière instance, à une forte remise en question de l’équilibre économique libidinal entre les investissements objectaux et narcissiques. Une phrase peut résumer la ligne directrice de cet article : « les difficultés des relations des adolescents avec les autres, notamment les adultes, c’est à dire le besoin des adolescents de rejeter brutalement les personnages et les imagos des parents, induisent chez ces sujets de profondes difficultés dans leurs relations avec eux-mêmes, s’exprimant – explicitement ou non – en une interrogation anxieuse plus ou moins intense concernant leur personne. »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn20">[20]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons montré que Freud introduisait une opposition entre libido narcissique et libido objectale dans son article de 1914. Kestemberg décrit quant à elle au cours de son article de 1962 la mise en question de cette fameuse dialectique de la satisfaction narcissique et objectale au cours de l’adolescence (due, selon elle, à l’arrivée d’une maturation génitale qui ne pourrait être mise en service concrètement) entraînant alors la résurgence de conflits inconscients dans les relations objectales primitives qui soutenaient jusque là les assises narcissiques du sujet. Cette auteure parle de « rejet brutal des idéaux et imagos parentales » qui « constitue souvent pour les adolescents une blessure narcissique profonde »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn21">[21]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, face à la critique que l’adolescent peut parfois adresser à l’endroit de ses parents, ou face la révolte franche contre ces derniers, la difficulté pour le thérapeute d’adolescents est de faire attention de ne pas prendre parti, ou bien de soutenir l’adolescent dans cette révolte au risque de voir ce dernier plonger dans l’angoisse, ou bien de se retourner contre le thérapeute pour prendre la défense de ceux qui étaient, un instant plus tôt, les oppresseurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Retenons l’importance de l’arrivée de la puberté et des remaniements au niveau du corps et du psychisme de l’adolescent, ce que Gutton a nommé <em>le pubertaire<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn22"><strong>[22]</strong></a></em>, qui entraînent un changement au niveau de la valeur même du corps. Puis retenons qu’au niveau de l’arrivée de ce pubertaire, les remaniements se situent au niveau des identifications du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour terminer ce bref rappel théorique concernant l’antagonisme narcissico-objectale, arrêtons-nous sur l’article de Philippe Jeammet « Les enjeux des identifications à l’adolescence »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn23">[23]</a>, qui s’inscrit dans la droite lignée de Kestemberg et qui développe précisément cet aspect.</p>
<p style="text-align: justify;">Jeammet reprend cette idée centrale que le plus grand problème que rencontre l’adolescent est la conséquence de sa maturation sexuelle génitale, car cette dernière entraînerait la possibilité de mise en acte de ses fantasmes, incestueux mais également parricidaire. Il pose alors que le recours aux objets externes de l’enfance pour s’assurer de son propre équilibre est mis à mal. Du fait de l’arrivée de la sexualité génitale et du changement de statut du corps de l’adolescent qui en découle, ce dernier pourrait désormais mettre en œuvre ses fantasmes. D’autres solutions sont donc à inventer pour l’adolescent, afin de permettre à ce que la rencontre avec l’objet sexuel (re)devienne possible. Ces solutions seraient, selon l’auteur, d’ordre identificatoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une perspective développementale, il existe plusieurs formulations théoriques pour décrire des modes de fonctionnement sujet-objet qui ont pu être nécessaires au développement de l’individu. Mais nous pourrions dire que le point commun de ces modes de relations du sujet avec ses objets premiers serait le fait qu’ils sont censés écarter une confrontation peut-être trop directe avec ces objets, une confrontation qui pourrait être, pour le sujet, trop désorganisante. Ces modes relationnels vont alors finir par constituer ce que Jeammet appellent « des acquis », quant à la structuration du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, selon cet auteur, les modes d’identification qui vont pouvoir se mettre en place comme autant de solutions pour l’adolescent, vont dépendre de ces « acquis », autrement dit, des relations antérieures sécurisantes que le sujet a pu avoir avec ses objets primaires. Ces « acquis », ces relations objectales fondamentales, ont été décrites par Freud sous les termes d’activité d’étayage du nourrisson par la mère, ou, de façon originale, par Winnicott, avec l’aire transitionnelle où l’enfant a pu faire usage de l’objet sans qu’il lui reconnaisse une existence propre, se construisant la capacité illusoire de créer cet objet au moment où il en a eu besoin. Ce fonctionnement omnipotent transitoire, mais nécessaire, aboutira selon Winnicott à ce qu’il a appelé « la capacité à être seul en présence de la mère », où l’objet change cette fois de statut, c’est à dire qu’il n’est pas encore intériorisé, mais qu’il constitue une sorte de cadre pour l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref1">[1]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref2">[2]</a> <em>Ibid.</em>, p. 221</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in <em>Ecrits I</em>, Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref4">[4]</a> Sigmund Freud, « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci », in <em>Œuvres complètes, tome X</em>, PUF, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref5">[5]</a> Sigmund Freud, « Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa », in <em>Œuvres complètes, tome X</em>, PUF, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref6">[6]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 220.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref7">[7]</a> « Les pulsions du Moi [...] désignent les grandes fonctions vitales dont le but est l’autoconservation de l’individu biologique. Constamment, elles sont opposées, en grand dualisme, comme pulsions d’autoconservation non sexuelles, à la pulsion sexuelle. […] la libido vient désigner la pulsion <em>sexuelle</em> sous son aspect énergétique, on voit que la libido du moi se situe dans l’autre volet du dualisme, désignant un investissement sexuel de l’objet-moi par opposition à la ‘libido d’objet’ où la sexualité est investie au-dehors. », Jean Laplanche, « Le Moi et le narcissisme », in <em>Vie et Mort en Psychanalyse</em>, Flammarion, 1970 p.118</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref8">[8]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 221.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref9">[9]</a> Sigmund Freud, <em>Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, Folio Essai, 1987.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref10">[10]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 231.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref11">[11]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 233.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref12">[12]</a> <em>Ibid.</em>, p. 243.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref13">[13]</a> <em>Ibid.</em>, p. 235.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref14">[14]</a> <em>Ibid.</em>, p. 236.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref15">[15]</a> <em>Ibid.</em>, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref16">[16]</a> <em>Ibid.</em>, p. 236.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref17">[17]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref18">[18]</a> Joyce MacDougall, « Narcisse en quête d’une source », in <em>Plaidoyer pour une certaine anormalité</em>, Gallimard, 1978, p. 140.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref19">[19]</a> Evelyne Kestemberg, « L’identité et l’identification chez les adolescents », in <em>L’adolescence à vif</em>, PUF, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref20">[20]</a> Evelyne Kestemberg, « L’identité et l’identification chez les adolescents », in <em>L’adolescence à vif</em>, PUF, 1999, p. 8.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref21">[21]</a> <em>Ibid.</em>, p.24</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref22">[22]</a> Philippe Gutton, <em>Le pubertaire,</em> PUF, 2003. Disons simplement que Gutton distingue les processus du <em>pubertaire </em>des processus de <em>l’adolescens</em>. Les premiers désignent les phénomènes psychiques qui sont induits par la venue de la puberté. Le pubertaire a ainsi pour lui, un ancrage neuro-hormonal et éthologique, quelque chose de réel, qui advient avec un caractère de nouveauté radicale, et ayant une date, une origine fixe. Tandis que les seconds désignent les phénomènes de transformations des identifications qui ont lieu, parfois tout au long de la vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref23">[23]</a> Philippe Jeammet, « Les enjeux des identifications à l’adolescence », in <em>Psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent</em>, sous la direction de Claudine Geissmann et Didier Houzel, Bayard, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Narcissisme et adolescence – seconde partie</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Jan 2011 14:16:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Développement des idéaux, idéal du développement Nous avons décrit quelques enjeux du concept de narcissisme et nous avons terminé sur cette arrivée du pubertaire comme remise en question de ce qui s’était mis en place. Nous allons à présent essayer de poser un autre cadre théorique, plus structural que psychogénétique, et tenter de définir ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Développement des idéaux, idéal du développement</h2>
<p style="text-align: justify;">Nous avons décrit quelques enjeux du concept de narcissisme et nous avons terminé sur cette arrivée du <em>pubertaire</em> comme remise en question de ce qui s’était mis en place.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous allons à présent essayer de poser un autre cadre théorique, plus structural que psychogénétique, et tenter de définir ce que nous pourrions appeler <em>le dispositif narcissique</em>, qui serait la mise en relation des instances du Moi Idéal, de l’Idéal du Moi dans leur rapport avec le phallus, et donc avec la castration. Et c’est ce dispositif que nous interrogerons au regard des processus adolescents.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Moi Idéal et Idéal du Moi</h3>
<p style="text-align: justify;">Freud a écrit différemment en deux endroits, une fois dans « Pour introduire le narcissisme »<a href="#_ftn1">[1]</a> et une fois dans « Le moi et le ça »<a href="#_ftn2">[2]</a> : l’<em>Ideal-Ich </em>et le <em>IchIdeal </em>traduit en français par Jankélévitch respectivement dans les termes de Moi Idéal et d’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, ce couple de concepts est désormais largement utilisé pour désigner deux formations intrapsychiques différentes. Il semble que le premier psychanalyste qui ait introduit la distinction soit Herman Nunberg.<a href="#_ftn3">[3]</a> Pour ce dernier, le Surmoi et l’Idéal du Moi sont équivalents, mais le Moi Idéal désigne une formation intrapsychique inconsciente narcissique qu’il distingue des deux autres en ce que ce Moi Idéal ne relève pas de la somme des identifications aux objets aimés.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Nunberg n’est pas le seul. En France, Daniel Lagache a également mis en avant l’intérêt de distinguer le Moi Idéal de l’Idéal du Moi dans son fameux article « La psychanalyse et la structure de la personnalité »<a href="#_ftn4">[4]</a>. Dans l’avant-dernier chapitre de son étude, « Sur la structure du Surmoi », Lagache cherche à clarifier ce qui peut distinguer les trois concepts Moi Idéal, Surmoi et Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">La question qu’il pose est donc celle de savoir s’il faut considérer l’unicité de structure de ces trois termes. Lagache reprend l’idée classique de l’Idéal du Moi comme fonction du Surmoi, et il s’inscrit dans la perspective de Nunberg qui opère cette distinction Idéal du Moi/Moi Idéal.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis Lagache pose deux problèmes : les rapports entre le Surmoi et l’Idéal du Moi, et ceux entre Idéal du Moi et Moi Idéal. Il utilise « un modèle personnologique », c’est-à-dire qu’il tente de penser les relations entre les instances intra-psychiques sur le modèle d’une introjection, d’une intériorisation des relations entre personnes. Cela lui fait dire par exemple : « Dans le modèle personnologique, le surmoi correspond à l’autorité, et l’idéal du moi à la façon dont le sujet doit se comporter pour répondre à l’attente de l’autorité ; le moi-sujet s’identifie au surmoi, c’est-à-dire à l’autorité, et le moi-objet, lui, apparaît ou non conforme à l’idéal du moi. En d’autres termes, nous comprenons le surmoi et l’idéal du moi comme formant un système qui reproduit, ‘à l’intérieur de la personnalité’, la relation autoritaire parents-enfant. »<a href="#_ftn5">[5]</a>. Notons que Lacan avait exploré lui-même cette perspective personnologique dans sa thèse<a href="#_ftn6">[6]</a>, même si c’est ce qu’il va critiquer chez Lagache dans un article que nous présenterons plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrêtons-nous maintenant sur la description du Moi Idéal de Lagache. Pour lui, Freud n’a certes pas distingué cette formation du système Surmoi – Idéal du Moi, mais l’utiliser permettrait tout de même de saisir certains faits cliniques de manière pertinente. Lagache utilise donc le concept de Moi Idéal, à l’instar de Nunberg, comme un idéal narcissique de toute-puissance, et l’Idéal du Moi comme le modèle d’autorité, auquel le moi est censé se conformer. Lagache va ensuite décrire les conflits d’identification qui peuvent se produire, par exemple entre l’identification au Moi Idéal et l’identification à l’Idéal du Moi, et réinterprète précisément le conflit oedipien comme « le conflit entre l’identification primaire au père et l’identification secondaire au père, entre le moi idéal et le surmoi – idéal du moi. »<a href="#_ftn7">[7]</a> Lagache se sert ainsi de cette distinction pour essayer d’affiner l’utilisation du concept de Surmoi dans certaines situations.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour conclure sur cet article, retenons l’idée la plus intéressante pour notre sujet, « l’antinomie du moi idéal et du surmoi – idéal du moi, de l’identification narcissique à la toute-puissance et de la soumission à la toute-puissance (…) »<a href="#_ftn8">[8]</a>. D’un point de vue théorique, la distinction entre Moi Idéal – Idéal du Moi, qui n’existe pas conceptuellement chez Freud, paraît intéressante pour clarifier certains enjeux dans notre problématique. En effet, on peut considérer avec Lagache que les aspects moraux, d’obéissance à la loi sociale, d’autorité morale, appartiennent plutôt au registre de l’Idéal du Moi, et que les idées de grandeur, mégalomaniaques, de toute-puissance, de prestige ou de gloire, sont en revanche du registre du Moi Idéal.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, nous  pensons que Lacan a donné ses lettres de noblesse à la distinction de ces deux instances à l’aide de son modèle construit sur la base d’un schéma optique. Comme nous l’avons écrit plus haut, Lacan va critiquer Lagache et son utilisation du « modèle personnologique » dans un article publié dans ses <em>Ecrits</em><a href="#_ftn9">[9]</a> pour présenter ce qu’il entend par la structure du sujet et le processus d’une cure psychanalytique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’allons pas étudier en profondeur ici cet article de Lacan, ni ses autres remarques que l’on peut trouver dans son séminaire de 1953-1954, <em>Les écrits techniques de Freud<a href="#_ftn10"><strong>[10]</strong></a>.</em> Mais nous dirons cependant que Lacan, à propos de la distinction Moi Idéal, Idéal du Moi, invite Lagache à se tenir « à distance de l’expérience » et du phénomène, au risque de « se fier à des mirages », autrement dit à être plus « structuraliste »…</p>
<p style="text-align: justify;">Nous retrouvons là notre propre difficulté à utiliser à la fois des modèles théoriques issus d’une pensée développementale et issus d’une pensée plus structurale, qui permettent pourtant de contrebalancer en quelque sorte l’aspect trop normatif qui s’ajoute à tout modèle psychogénétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Relevons ce que Lacan dit des deux instances dans une de ses tournures qui ont le mérite d’être plus qu’explicites : « (…) dans la relation du sujet à l’autre de l’autorité, l’Idéal du Moi, suivant la loi de plaire, mène le sujet à se déplaire au gré du commandement ; le Moi Idéal, au risque de déplaire, ne triomphe qu’à plaire en dépit du commandement »<a href="#_ftn11">[11]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne présenterons pas non plus le modèle optique<a href="#_ftn12">[12]</a>, mais notons combien il permet de saisir d’une part clairement la distinction du Moi-Idéal et de l&#8217;Idéal du Moi, et d’autre part de comprendre une articulation qui nous paraît essentielle, la dimension symbolique face à la dimension imaginaire. En effet, pour que l&#8217;illusion du vase inversé se produise, autrement dit pour que le sujet ait accès à l&#8217;imaginaire, il faut tout d’abord que l&#8217;œil soit situé dans le cône. Mais ce n’est pas tout, cela dépend également de la situation de cet Œil-Sujet dans la dimension symbolique : ce sont les relations de parenté, le nom et le prénom, etc&#8230;, comme l’écrit ironiquement Lacan : « (…) la place que l&#8217;enfant tient dans la lignée selon la convention des structures de la parenté, le pré-nom parfois qui l&#8217;identifie déjà à son grand-père, les cadres de l&#8217;état civil et même ce qui y dénotera son sexe, voilà ce qui se soucie fort peu de ce qu&#8217;il est en lui-même : qu&#8217;il surgisse donc hermaphrodite, un peu pour voir ! »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Relevons enfin la fonction que Lacan attribue à l’Idéal du Moi : « L’idéal du moi commande le jeu de relations d’où dépend toute la relation à autrui. » Dans son modèle optique, Lacan pose en effet que l’inclinaison du miroir qui permet l’illusion narcissique, c’est-à-dire la précipitation de cette image correspondante au Moi Idéal dans laquelle le sujet peut s’aliéner, est commandée par la voix de l’autre, autrement dit par l’Idéal du Moi. « En d’autres termes, c’est la relation symbolique qui définit la position du sujet comme voyant. C’est la parole, la fonction symbolique qui définit le plus ou moins grand degré de perfection, de complétude, d’approximation, de l’imaginaire. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Afin de mettre en tension le paradigme psychogénétique, nombre d’auteurs parlent d’ailleurs aujourd’hui de subjectivation<a href="#_ftn15">[15]</a> (« ce passage d’une prédominance du moi idéal (de l’omnipotence narcissique) à son effacement au profit d’un idéal du moi de plus en plus impersonnel et surmoïque »<a href="#_ftn16">[16]</a>) pour décrire ce mouvement, comme François Richard<a href="#_ftn17">[17]</a> ou encore Bernard Penot<a href="#_ftn18">[18]</a> par exemple, afin de sortir de descriptions trop empreintes de déterminismes causaux se référant parfois à un idéal de normalité un peu étroit.</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup d’adolescents vivent par exemple douloureusement le déficit au niveau de la transmission de l’histoire de leur famille, souvent du côté de leur père, et cela particulièrement lorsque ce dernier est pris lui-même dans des difficultés importantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette transmission est à situer du côté du symbolique, et elle peut avoir des conséquences dans le rapport structural qu’entretient le Moi Idéal et l’Idéal du Moi, c’est à dire dans la dialectique de subjectivation entre ces deux instances.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Moi Idéal peut devenir une sorte de refuge, une représentation grandiose, dont il est difficile de se détacher au profit d’idéaux auxquels il faudrait se conformer et qui seraient de nature « impersonnelle et surmoïque » ;</p>
<p style="text-align: justify;">Le Moi Idéal peut subir une inflation aussi importante que la précarité de la représentation que l’adolescent a de lui-même, et de son identité.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Le phallus et la castration au sein du dispositif « Moi Idéal et Idéal du Moi »</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans son ouvrage sur le narcissisme<a href="#_ftn19">[19]</a>, Patrick Delaroche propose de rapprocher ce dispositif Moi Idéal &#8211; Idéal du Moi de ce que Lacan a apporté avec sa critique de la relation d’objet dans son séminaire en 1956-1957, à savoir l’introduction du phallus comme élément symbolique tiers dans la relation dyadique mère-enfant, ceci afin de subvertir le modèle classique de la relation d’objet fondée sur une complémentarité entre la satisfaction recherchée (ce qui serait la complétude du Moi en somme) et celle que pourrait apporter l’objet (tout ce qui manque, sur le modèle d’une relation mère-enfant parfaite, adéquate, comme on peut le retrouver dans les conceptions des Balint<a href="#_ftn20">[20]</a> et parfois dans les études sur les interactions précoces). En introduisant le phallus, on peut en effet essayer d’articuler de manière intéressante narcissisme et castration. Delaroche décrit ainsi « l’investissement de l’enfant comme phallus par la mère comme le paradigme de la fusion incestueuse que pourra représenter le Moi Idéal. »<a href="#_ftn21">[21]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Car il nous semble que Freud a eu peut-être du mal à penser cette sortie du narcissisme tel qu’il le pense dans son étude princeps. Et ce que Lacan apporte<a href="#_ftn22">[22]</a>, à la suite de Freud et son équation pénis=enfant<a href="#_ftn23">[23]</a>, c’est la possibilité de comprendre que la sortie du narcissisme côté enfant, doit se penser avec la mère et la contrainte qui doit s’exercer d’abord sur cette dernière quant à désinvestir progressivement son enfant comme phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, selon Delaroche, le Moi Idéal se constituerait durant l’étape où la mère investirait son enfant comme le prolongement d’elle-même, comme la partie d’elle-même qui lui manque et qui serait censée lui apporter toute satisfaction, à savoir le phallus. Puis, le mouvement censé succéder à cette étape, serait le désinvestissement par la mère de cet enfant-phallus, pour en faire un objet séparé d’elle. Se soumettant elle-même à la castration, l’enfant, qui pouvait être pour elle le phallus, pourra désormais chercher à l’avoir.</p>
<p style="text-align: justify;">En suivant Lacan, le petit enfant doit donc abandonner la croyance en la possession du phallus, de son côté, mais également du côté de la mère. Il doit abandonner l’espérance de satisfaire pleinement cette mère en incarnant pour elle le phallus, puis en acceptant le fait qu’elle-même doive chercher ce qui lui manque ailleurs que chez lui. Il est à noter que ce mouvement est par ailleurs décrit chez Freud du côté de l’enfant (chez Freud, c’est un enfant actif, qui tend à désirer de manière active sa mère), c’est à dire que c’est à lui que s’adresserait d’abord le renoncement à la mère, et sur lui que s’exercerait avant tout la castration. Alors que du côté de Lacan (chez Lacan, on a plutôt le modèle d’un enfant séduit par sa mère, pris dans une séduction qui peut s’avérer d’ailleurs particulièrement dangereuse<a href="#_ftn24">[24]</a>), c’est d’abord la mère qui doit se soumettre à la castration, l’enfant, qui pouvait être pour elle le phallus, doit être désinvesti de cette place.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec Delaroche, nous pensons que le Moi Idéal représente bien ce moment où l’enfant est identifié par la mère au phallus qui lui manque. Et que se soumettre à la castration, ce qui se traduit entre autres pour la mère, à aller chercher ce phallus ailleurs que chez son enfant ou dans la relation qu’elle a avec lui, permet alors que s’enclenche chez l’enfant cette dialectique entre le Moi Idéal et l’Idéal du Moi. Cet Idéal du Moi va représenter ce à quoi l’enfant devra désormais se soumettre pour obtenir à nouveau la satisfaction narcissique perdue, ou en devenir d’être perdue, et qui va donc se situer au-dehors de la relation à caractère incestueuse que représente le Moi Idéal. C’est la place du phallus imaginaire, en tant qu’élément symbolique qui bouge, et va permettre la mise en route de la dialectique de la subjectivation.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons ainsi que le nécessaire désinvestissement de la mère quant à son enfant peut être entravé, et peut finir par devenir un obstacle à l’enclenchement de la dialectique d’introjection du Moi Idéal et de son effacement au profit d’un Idéal du Moi symbolique et impersonnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ayant fait ce détour par la castration maternelle, interrogeons à présent la castration au regard de la fonction paternelle, autrement dit la mise en place de la métaphore paternelle (substitution du désir de la mère par un signifiant) si l’on se réfère à l’enseignement de Lacan.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce faire, nous essaierons de distinguer avec lui les différentes dimensions du père (le père imaginaire, le père symbolique et le père réel) et la place de l’autorité comme symbole phallique et opérateur de la castration.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que le Moi Idéal était une instance imaginaire, et qu’elle peut représenter une position de repli, de défense par rapport à l’impossibilité de se référer à cet Idéal du Moi, symbolique, sur la base d’une autorité paternelle. Rappelons également que ce qui vient fonder l’autorité, c’est le discours de la mère, qui va désigner le père comme porteur de son manque, c’est à dire porteur du phallus qui lui manque. C’est le rapport de la mère à la castration qui est là interrogé.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de notre étude nous avons déjà dit l’importance à l’adolescence de ce que Kestemberg appelait le rejet des imagos parentales, leur destitution. Une des conséquences de cette destitution est bien évidemment la mise à mal de toute figure pouvant être garante d’une autorité, c’est à dire être porteuse du symbole phallique. C’est pourquoi les réponses des adultes autres que ceux de la famille sont importantes pour les adolescents. Mais cela pousse également ces adolescents à idéaliser, ou même parfois idolâtrer, certains de leurs pairs auxquels ils attribuent des qualités hors du commun.</p>
<p style="text-align: justify;">Le père imaginaire (c’est ce qu’on appelle aussi l’imago paternelle, construit fantasmatiquement par l’enfant, principalement au regard de ses relations avec son père et le discours de la mère qui peut y faire appel) est un père à qui on peut faire appel pour menacer. Ce père imaginaire peut causer des ravages, et parfois même empêcher tout procès dialectique Moi Idéal-Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à ce père imaginaire, un père réel existe (nous ne distinguerons pas ici le père réel du père de la réalité même si cela est plus compliqué chez Lacan) qui peut parfois être dans une position d’incapacité à poser des actes qui l’authentifierait comme père. C’est sa fonction afin d’être investi comme représentant d’une autorité porteuse du symbole phallique, futur agent de la castration.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est ce qui est parfois bien problématique. Si le père réel peut aisément porter le père imaginaire par ses conduites, incarnant même au besoin le discours de la mère, il est censé être également un père donateur comme l’écrit Joël Dor<a href="#_ftn25">[25]</a>, afin de représenter l’instance symbolique censée être l’agent de la castration symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, le père symbolique, contrairement au père réel qui, lui, est pris dans une histoire, est anhistorique. Mais il faut bien un agent, un délégué pour que cette fonction paternelle puisse être appliquée. Cet agent, c’est ce père réel. Mais pour qu’il puisse accéder au statut de mandateur, de porteur de la charge, c’est à dire assurer la « fonction de délégation de cette autorité symbolique auprès de la communauté mère-enfant-phallus »<a href="#_ftn26">[26]</a>, il doit faire la preuve qu’il peut être le détenteur de cette même autorité. Et c’est ce qui pose bien souvent problème à l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans son article, Joël Dor distingue « un père frustateur », qui, en détournant l’intérêt de la mère peut frustrer l’enfant et entrer en rivalité avec lui, car il apparaît comme objet détenteur du phallus que croyait posséder l’enfant, d’ « un père privateur », qui prive la mère de trouver tout ce qui lui manque chez son enfant. La conjonction de ces « deux pères » finirait selon l’auteur par former l’image d’ « un père interdicteur », qui interdit finalement à l’enfant de s’identifier au phallus, et à la mère de l’identifier comme tel. La communauté mère-enfant-phallus peut s’agrandir par le glissement de cet objet spécial qu’est l’attribut phallique. Enfin, la dernière preuve que ce père a bien reçu cet attribut, c’est qu’il peut le donner potentiellement à la mère, autrement dit, que la mère peut signifier à son enfant au travers de son discours qu’elle peut recevoir de cet individu désigné comme père, l’objet de son désir. Le « père interdicteur » devenant aussi « père donateur » peut alors assurer la charge de représenter la fonction paternelle, celle d’assurer le jeu de déplacement de l’attribut phallique.</p>
<p style="text-align: justify;">La difficulté de régulation du dispositif narcissique chez certains adolescents pourrait donc être rapportée à un Idéal du Moi vacillant, souffrant d’un manque d’introjection. En effet, la captation du côté du Moi Idéal, liée à la toute-puissance accordée au père imaginaire, est censée être limitée par l’intervention du père symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Une lutte peut s’engager entre les rivaux supposés détenteur du phallus (l’adolescent et le « père frustrateur »), et l’opération symbolique (le déplacement du phallus du père, censé être capable de donner à la mère ce qui lui manque) intervient normalement pour pacifier le face à face.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pouvons donc concevoir le processus adolescent comme cette dialectique Moi Idéal – Idéal du Moi. Et au sein de cette dialectique, autrement dit au cours de la progressive supplantation du Moi Idéal par l’Idéal du Moi, se met en place la castration symbolique qui permettra à l’adolescent de chercher à retrouver d’autres objets de satisfaction sans avoir peur de se perdre totalement dans les retrouvailles incestueuses avec un objet. Pour se (re)mettre en quête de l’objet perdu, il faut au préalable perdre cet objet premier.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons ainsi que l’échec de la dialectique de la subjectivation Moi Idéal – Idéal du Moi peut avoir pour conséquence la mise en place de conduites masochistes comme défense.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p.237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Nunberg considère que « Le moi encore inorganisé, qui se sent uni au ça, correspond à une condition idéale, et c&#8217;est pourquoi on l&#8217;appelle le moi idéal. Le propre moi est probablement l&#8217;idéal pour le petit enfant, jusqu&#8217;au moment où il rencontre la première opposition à la satisfaction de ses besoins. Dans certains accès catatoniques ou maniaques, dans un certain nombre de psychoses conduisant à la détérioration mentale, et jusqu&#8217;à un certain degré également dans les névroses, l&#8217;individu réalise cette condition idéale dans laquelle il s&#8217;accorde tout ce qui lui plaît et rejette tout ce qui lui déplaît. Au cours de son développement, chaque individu laisse derrière lui cet idéal narcissique, mais en fait il aspire toujours à y retourner, ceci avec plus d&#8217;intensité dans certaines maladies. Lorsque cet idéal est de nouveau atteint pendant la maladie, le patient, en dépit de ses souffrances et de ses sentiments d&#8217;infériorité, se sent plus ou moins tout-puissant et doué de pouvoirs magiques qu&#8217;il place de nouveau au service de ses tendances morbides dans la formation des symptômes. N&#8217;oublions pas que chaque symptôme contient une réalisation de désirs positive ou négative, dont le patient se sert pour atteindre la toute-puissance. Dans les fantasmes de ‘retour au sein maternel’, l&#8217;individu cherche à réaliser cet état idéal de son moi. » dans <em>Principes de psychanalyse</em>, PUF, 1957.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Daniel Lagache, <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux</em>, PUF, 1982</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Daniel Lagache, « La psychanalyse  et la structure de la personnalité », in <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, </em>PUF, 1982, p. 223.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Jacques Lacan, <em>De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité</em>, Points Seuil, Paris, 1975.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Daniel Lagache, « La psychanalyse  et la structure de la personnalité », in <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, </em>PUF, 1982, p. 227.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> <em>Ibid.</em>, p. 230.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jacques Lacan, <em>Les écrits techniques de Freud, le séminaire, livre I</em>, texte établi par Jacques-Alain Miller, Editions du Seuil, 1975, p. 205 à p. 225.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999, p. 148-149.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Ce schéma est issu d’une expérience de physique où certaines propriétés de l&#8217;optique sont utilisées. Il s&#8217;agit de voir apparaître, dans certaines conditions, un bouquet de fleurs dans un vase réel qui n&#8217;en contient pas. Nous en trouvons une première représentation dans le <em>Séminaire sur les Ecrits techniques de</em> <em>Freud</em> (1953-1954), puis dans l’ article « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », ou encore dans le <em>Séminaire sur l&#8217;Angoisse</em> (1962-1963) où il permet à Lacan de traiter de <em>l&#8217;objet a</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999, p. 130.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Jacques Lacan, <em>Les écrits techniques de Freud, le séminaire, livre I</em>, texte établi par Jacques-Alain Miller, Editions du Seuil, 1975, p. 222.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Le concept de subjectivation a pu rendre de grands services dans une certaine unification de différentes descriptions théoriques.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> François Richard, <em>Le processus de subjectivation à l’adolescence</em>, Dunod, 2001, p. 11. Ce concept fut introduit par Raymond Cahn dans son ouvrage <em>Adolescence et Folie</em> de 1991 et utilisé plus largement dans le suivant <em>L’adolescent dans la psychanalyse. L’aventure de la subjectivation</em> écrit en 1998.  Pour une revue de cette question en profondeur, on renverra à l’article critique de Philippe Givre et Jacques Goldberg paru en deux temps dans la revue <em>Adolescence</em> n°45 et 46 « Des subjectivations à l&#8217;adolescence : À propos de trois ouvrages sur le processus de subjectivation à l&#8217;adolescence ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> François Richard, <em>Le processus de subjectivation à l’adolescence</em>, Dunod, 2001 et <em>La subjectivation, </em>sous la direction de François Richard et de Steven Wainrib, Dunod, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Bernard Penot, <em>La passion du sujet freudien: entre pulsionnalité et signifiance</em>, Erès, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Patrick Delaroche, <em>De l’amour de l’autre à l’amour de soi</em>, Denoël, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Michael Balint, <em>Amour primaire et technique psychanalytique</em>, Payot, 2001, ou encore <em>Le défaut fondamental</em>, Payot, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Patrick Delaroche, <em>De l’amour de l’autre à l’amour de soi</em>, Denoël, 1999, p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Notamment avec ce que les deux notes sur l’enfant à Jenny Aubry résument. Elles ont été publiées par Jacques-Alain Miller dans : Jacques Lacan, <em>Autres écrits</em>, Paris, Le Seuil, 2001, p. 373-374.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Sigmund Freud, « Des transpositions pulsionnelles, en particulier dans l’érotisme anal », in <em>Œuvres complètes, tome XV</em>, PUF, 1996.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> « Le rôle de la mère, c’est le désir de la mère. C’est capital. Le désir de la mère n’est pas quelque chose qu’on peut supporter comme ça, que cela vous soit indifférent. Ça entraîne toujours des dégâts. Un grand croco­dile dans la bouche duquel vous êtes — c’est ça, la mère. On ne sait pas ce qui peut lui prendre tout d’un coup, de refermer son clapet. C’est ça, le désir de la mère.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, j’ai essayé d’expliquer qu’il y avait quelque chose qui était ras­surant. Je vous dis des choses simples, j’improvise, je dois le dire. Il y a un rouleau, en pierre bien sûr, qui est là en puissance au niveau du clapet, et ça retient, ça coince. C’est ce qu’on appelle le phallus. C’est le rouleau qui vous met à l’abri, si, tout d’un coup, ça se referme. », in Jacques Lacan, <em>L’envers de la psychanalyse</em>, Seuil, 1991, p. 129.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Joël Dor, « Lacan et la fonction symbolique du père », in <em>Adolescence,</em> « Sexualités », numéro spécial 1997.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Joël Dor, « Lacan et la fonction symbolique du père », in <em>Adolescence,</em> « Sexualités », numéro spécial 1997, p.133</p>
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		<title>Morsure et Castration</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Jan 2011 17:35:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
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		<description><![CDATA[Cet article a été écrit à la sortie du film "Morse" en 2009. Il a été publié sur le site "Comment c'est qu'on ment", canard de psychanalyse engagé (voire enragé...). En effet, le traitement qu'il fait du thème du vampire associé à celui du passage de l'enfance vers le terres parfois chaotiques de l'adolescence m'est apparu particulièrement intéressant pour parler donc, d'une part de cette arrivé du pubertaire, et d'autre part, plus généralement, de ce que le film de genre (et celui du fantastique, de l'horreur en particulier) permettait de mettre en oeuvre comme figuration des angoisses de cette période.
Un remake américain de ce film suédois est sorti en 2010, "Let me in". Réalisé par Matt Reeves. Celui-ci est plutôt raté. Et ce qui est pour moi la scène clé de l'original ne s'y trouve plus. Sûrement parce qu'elle dérangeait un peu trop...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/01/Morse-version-DimPsy.pdf"></a><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/01/Morse-version-DimPsy1.pdf">Télécharger Morse version PDF</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/01/Morse_1.jpg"><img class="size-medium wp-image-12 aligncenter" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/01/Morse_1-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Les films sur l’adolescence sont fréquents et nombreux particulièrement depuis le début des années quatre-vingt<a href="#_ftn1">[1]</a>. Citons par exemple parmi les plus récents, les films de Gus Van Sant comme <em>Elephant</em> (2003), ou <em>Paranoïd Park</em> (2007), ceux de Larry Clark, de <em>Kids</em> (1995) à <em>Wassup Rockers</em> (2006) en passant par <em>Ken Park</em> (2003), <em>Soit je meurs, soit je vais mieux</em> (2008) de Laurence Ferreira Barbosa sans oublier le plus fameux à coup sûr, <em>La Nina Santa</em> (2004), de Lucrecia Martel. Plus rares sont les films qui abordent ce passage qui mène l’enfant en période de latence vers les rivages du pubertaire<a href="#_ftn2">[2]</a> et de l’adolescence, et plus rares encore sont ceux qui l’abordent de manière intéressante. <em>Morse</em> (2009) est de ceux-là.</p>
<p style="text-align: justify;">Adapté d’un roman d’un auteur suédois, John Ajvide Lindqvist, qui signe lui-même l’adaptation, et réalisé par le suédois Tomas Alfredson, <em>Morse</em> a acquis une solide réputation avec une vingtaine de prix internationaux dans les derniers festivals : entre autres, prix du meilleur film européen à Neufchâtel, prix du meilleur film étranger au <em>Boston Society of Film Critics Awards</em>, les prix du meilleur réalisateur, du meilleur film et le prix du jury au <em>Festival Fant-Asia</em> au Québec, le prix du public au festival <em>After-Dark</em> de Toronto, enfin le grand prix <em>Fantastic&#8217;Arts</em> 2009 et le prix de la critique internationale au Festival du film fantastique de Gérardmer, avant d’avoir accès finalement à une distribution en salle en France. Un remake est, fatalement, en cours, et devrait voir le jour d’ici 2010.</p>
<p style="text-align: justify;">
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<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Morse, film de vampire</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/01/Morse_4.jpg"><img class="size-medium wp-image-13 aligncenter" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/01/Morse_4-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tout d’abord quelques mots de l’histoire. Elle est simple. Nous sommes en Suède, dans une banlieue plutôt triste, noyée sous la neige d’hiver. Le film nous donne quelques indices sur la période historique au travers de modestes allusions à l’époque soviétique. Nous sommes donc peut-être dans les années soixante-dix, et la manière dont les personnages sont habillés aurait tendance à nous le confirmer. Oskar est un jeune garçon de douze ans. Il vit entre sa mère et son père <em>a priori</em> divorcés, en tout cas séparés. Le film laisse planer une question sur la sexualité du père d’Oskar : est-il homosexuel ? Le thème de l’homosexualité ne cesse de revenir sous différentes formes au cours du film.</p>
<p style="text-align: justify;">Oskar subit régulièrement les brimades d’un groupe de camarades, sans pouvoir se défendre. Il est paralysé devant le sadisme de ces camarades, qui, eux ne peuvent alors s’empêcher de revenir à la charge, emmenés par un leader qui, lui, ne cesse de jouir de sa domination sur Oskar.</p>
<p style="text-align: justify;">Honteux, Oskar le cache à son entourage, mais nourrit une rage meurtrière envers ses jeunes tortionnaires. Il cultive par ailleurs une fascination morbide pour les faits divers sanglants et découpe les articles de presse qui relatent les crimes dans la région.</p>
<p style="text-align: justify;">Au milieu de ce quotidien plutôt morne et triste, emménagent un homme et une jeune fille dans l’appartement voisin. Oskar et cette jeune fille, prénommée Eli, vont alors sympathiser, autour du fameux jeu, le Rubix’s cube, pour finalement s’entraider et faire face tous les deux à leurs propres problèmes. Car Eli cache elle aussi un secret, c’est une vampire qui a besoin de sang pour survivre, et d’être protégée la journée, lorsque les rayons du soleil peuvent la tuer. Suivant la tradition, l’homme qui l’accompagne n’est donc pas un vampire, et opère ici lui-même les meurtres afin de récolter le sang nécessaire à la survie de sa petite protégée et éviter que celle-ci ne se mette en danger. Mais il faillira dans sa tâche et se mutilera avant de s’offrir comme victime à la jeune vampire. Le rôle de protecteur dévolu à l’homme qui accompagne Eli reviendra finalement à Oskar après que celui-ci sera tombé amoureux d’Eli. Et c’est finalement cette idylle qui se trouve être le sujet principal du film.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Morse, film de l’entre-deux</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est toute la beauté de ce film, qui se déroule toujours en demi-teinte, dans l’implicite. Entre deux teintes chromatiques pour commencer : le rouge du sang ne cesse de venir s’imprimer sur le blanc de la neige, omniprésente dans les extérieurs. L’imagination du spectateur est également largement conviée, ce qui est, somme toute, rare dans un film de genre où le visuel prend généralement le pas sur l’histoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Film de l’entre-deux, disions-nous, c’est en effet une des qualités de <em>Morse</em> que de suggérer en permanence sans jamais donner toutes les clés qui fermeraient l’interprétation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>Entre deux genres </em> :</p>
<p style="text-align: justify;">Se mêlent de manière intéressante le film d’horreur et la romance, ou encore le fantastique et le drame psychologique, sur fond de passage initiatique pour le héros.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>Un entre deux historique</em> :</p>
<p style="text-align: justify;">C’est l’avant chute du Mur et l’Union Soviétique existe encore. Mais il faut avoir lu que <em>Morse</em> est une adaptation d’un roman qui déroule effectivement dans les années soixante-dix pour être certain que les quelques allusions à l’époque de Brejnev que l’on peut entendre sont bien là pour servir de cadre historique et social à ce qui nous est montré. C’est à dire un environnement où les jeunes ouvrent encore des livres pour y chercher des informations au lieu de se précipiter sur Google par exemple. Car le spectateur ne cesse de se demander durant tout le film à quelle époque se déroule l’action. Il est difficile de se situer dans le temps, et cette incertitude sert l’atmosphère de ce film qui tend à peindre les incertitudes de l’âge adolescent dont on sait que la quête identitaire participe pour beaucoup à rendre instable le quotidien.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>Entre deux âges</em> :</p>
<p style="text-align: justify;">Tous les personnages principaux sont des jeunes que l’on pourrait qualifier de pré-adolescents, et ne semblent pas encore véritablement marqués par les caractères secondaires sexuels propres à cet âge. L’arrivée du grand frère d’un des ennemis d’Oskar, véritable adolescent dont le visage est par exemple marqué par l’acné, accentue bien la différence.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>Entre deux sexes</em> :</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pourrions dire qu’Oskar et Eli sont quasiment interchangeables. Eli est-elle une jeune fille ou un jeune garçon ? Oskar, avec sa coupe de cheveux un peu unisexe, son air angélique et son corps frêle ressemble encore à un enfant dont l’appartenance sexuée ne serait pas encore totalement définie. Tandis qu’Eli, petite fille, tire quant à elle vers le garçon manqué. Eli ne cesse d’ailleurs de dire à Oskar qui souhaite sortir avec elle, qu’elle n’est pas une fille. Et elle/il lui demande si c’est un problème. Ce à quoi Oskar semble répondre que non.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cet entre-deux finit par alimenter un sentiment d’inquiétante étrangeté, qui va effectivement culminer dans une scène que nous allons analyser.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Morse</em>, un point de vue sur la castration à l’adolescence</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/01/Morse_3.jpg"><img class="size-medium wp-image-14 aligncenter" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/01/Morse_3-300x272.jpg" alt="" width="300" height="272" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Morse</em> est ce qu’on peut nommer un film de genre, fantastique en l’occurrence. Même si ce type de films (ceux dits d’horreur, de science-fiction, fantastique, ou encore gore) commencent à être reconnus pour leur valeur cinématographique, artistique<a href="#_ftn3">[3]</a> et peut-être psychanalytique<a href="#_ftn4">[4]</a>, cette forme culturelle reste marginale. Ce qui est <em>a priori </em>logique étant donné que nombre des films de ce type (du moins les meilleurs), qui ont finalement constitué l’histoire du genre, veulent porter une charge subversive aux valeurs établies, aux idéologies dominantes, via un langage volontairement provocateur, dérangeant, et des images qui fascinent et peuvent même parfois dégoûter, tel le fameux <em>La nuit des morts-vivants</em> de Georges Romero sorti en 1968, qui fut tourné avec l’idée de s’opposer à la guerre du Vietnam.</p>
<p style="text-align: justify;">Souvenons-nous des propos de Freud dans « L’inquiétant », qui, reconnaissant à son époque le peu d’incursions des psychanalystes dans le domaine de l’analyse esthétique, pointait cependant que si la psychanalyse avait à s’y intéresser, ce serait vers « un domaine situé à l’écart et négligé par la littérature spécialisée de l’esthétique. […] on ne trouve pour ainsi dire rien dans les présentations détaillées de l’esthétique, qui préfèrent en général s’occuper des modes de sentiment beaux, grandioses, attirants c’est à dire positifs, ainsi que de leurs conditions et des objets qui les provoquent, plutôt que des modes opposés, repoussants et pénibles. »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Morse</em>, et les films de genre, appartiennent à coup sûr à cette catégorie désignée par Freud. Et nous pensons que cette dernière, considérée souvent comme un objet indigne, est également une catégorie qui généralement est associée hâtivement et de manière péjorative à l’adolescence. Censure parfois réelle relayée par la censure psychique. Raison de plus pour les psychanalystes de s’y intéresser, car ils y trouveraient peut-être matière à mieux saisir ce qui se trame, parfois pour le pire<a href="#_ftn6">[6]</a> (Lire par exemple <a title="Lien permanent : Bonheur, devoir et corps supplicié : Saw, un nouveau cycle cruel" rel="bookmark" href="../?p=23">ici une analyse du film Saw : Bonheur, devoir et corps supplicié : Saw, un nouveau cycle cruel</a>), entre les figures et signifiants du discours social, et les fantasmes individuels chez les adolescents<a href="#_ftn7">[7]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">A son titre original, <em>Låt den rätte komma in</em>, que l’on peut traduire littéralement par « Laissez entrer le Juste », on peut aisément associer le fait que les phénomènes liés à la puberté, l’arrivée de la sexualité génitale, entendue d’abord comme la survenue de l’instinct génital programmé biologiquement et sa nécessaire libidinalisation, sont vécus par l’adolescent bien souvent comme une effraction. C’est un véritable coup porté à l’enfance qui entame sa fin, et le début d’une dialectique entre l’organisation déjà en place que l’on nomme l’infantile, et les forces du pubertaire.</p>
<p style="text-align: justify;">La sexualité génitale, au sens de l’instinct, ne demande pas d’invitation pour entrer, elle force le passage, et s’efforce de se faire une place, là où s’était installée au fil de l’enfance, la sexualité infantile<a href="#_ftn8">[8]</a>. Puis vient là ce que l’on peut nommer la contrainte pubertaire, c’est à dire la contrainte à intégrer les phénomènes psychiques de la puberté au sein de l’organisation existante mise en place au cours de l’établissement de la névrose infantile, l’intrication de l’instinctuel génital et du pulsionnel infantile. L’encore-enfant, qui avait auparavant eu affaire à l’adulte, l’Autre séducteur, avait construit ses modalités défensives vis à vis de sa sexualité, élaboré ses théories sexuelles infantiles. Il se trouve à présent au prise avec un autre type de sexualité, totalement nouveau, qui va bouleverser et remettre en question les structures relationnelles dans lesquelles l’enfant était pris. L’Autre séducteur devient son propre corps, le corps sensuel. Ce corps lui échappe alors totalement. « Le fonctionnement génital n’a pas de subjectivité », écrit par exemple Gutton<a href="#_ftn9">[9]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Colette Lhomme-Rigaud<a href="#_ftn10">[10]</a> nous éclaire par exemple sur la figure du monstre et de son utilisation à l’adolescence précisément comme tentative de figuration de cette « invasion pubertaire »<a href="#_ftn11">[11]</a>, et Gutton nous invite à pousser plus loin encore l’analyse<a href="#_ftn12">[12]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si la sexualité génitale s’impose et peut être vécue comme l’effraction du Mal dans le corps de l’adolescent<a href="#_ftn13">[13]</a>, le vampire, lui, ne peut entrer sans qu’on l’ait invité, au risque d’y perdre sa vie. Ainsi, en projetant sur le vampire cette force pubertaire maléfique, l’adolescent ne pourrait-il pas tenter de circonscrire et de se représenter cet assaillant interne si mystérieux ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le monstre, ou le Juste dans <em>Morse</em>, est en effet un vampire, ou plutôt une jeune fille vampire, de douze ans, en apparence. En apparence pour deux raisons. D’une part, car le film reprend les caractéristiques du film de ce genre, et notamment le fait qu’un vampire ne peut vieillir. Eternellement âgée de douze ans<a href="#_ftn14">[14]</a>, au seuil ou déjà entrée dans l’adolescence, cette jeune fille vampire, doit se nourrir de sang, à défaut peut-être d’entrer dans le cycle menstruel propre à sa condition ancienne d’humaine. D’autre part, parce qu’en réalité, cette jeune fille vampire serait un jeune garçon qui aurait été castré. Mais ce point est abordé au travers d’une image fugitive du sexe du vampire, qui laisse hésitant, avec ce sentiment d’inquiétante étrangeté qui culmine avec l’image de cette possible castration. Nous reviendrons sur ce point. Mais il est par exemple significatif à nos yeux, qu’un journaliste écrivant sur le film désigne ce point du scénario comme anecdotique.<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est un trait constitutif du mythe : le vampire ne peut entrer chez quelqu’un sans qu’on l’ait invité. C’est pourquoi il utilise bien souvent toutes sortes de stratagème, et notamment la séduction. Dans <em>Morse</em>, il donne d’ailleurs droit à une des rares scènes explicites (peut-être même la seule ?) dans l’histoire des adaptations (particulièrement nombreuses) cinématographiques des aventures de descendants du comte Vlad Tepes, alias comte Dracula, de ce qui se passe si le vampire y déroge.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La scène qui nous paraît être la clé du film, et qui fait donc référence au titre original est la suivante : Eli demande à entrer chez Oskar suivant le protocole. Oskar, un peu joueur et sceptique quant à l’existence de cette règle, veut connaître les conséquences de son manquement. Eli entrera sans y être invitée. Mais Oskar finira par « inviter » Eli avant que celle-ci ne succombe en perdant tout son sang. Et c’est précisément lorsque Oskar lui offrira de se laver de tout ce sang qu’il apercevra le sexe-cicatrice de sa jeune amie.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais a-t-on vu une cicatrice avec des points de suture à la place d’un pénis, ou un sexe féminin un peu monstrueux bordé de quelques poils pubiens ? Toujours est-il que l’image nous laisse dans un certain malaise et l’indécision quant à ce que l’on a cru voir. Ce malaise du spectateur ne serait-t-il pas précisément l’angoisse de castration à laquelle l’adolescent doit faire face, à nouveau frais, durant sa découverte de la génitalité ? Cette scène ne fait pas partie du remake américain. Son absence retire ainsi au spectateur la possibilité de se confronter avec ce malaise. Et il nous semble que cela modifie grandement l’interprétation que l’on peut avoir du film dans son ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;">Oskar proposera ensuite à Eli de porter une robe de sa mère afin qu’elle se vêtisse de nouveau, proprement, après sa douche.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette petite séquence, qui forme le nœud du film, nous a paru illustrer toute la problématique adolescente, tout en proposant via cette métaphore cinématographique et visuelle du mythe du vampire, quelque chose comme une solution face à l’angoisse typique de cette période.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, nous faisions d’une part le parallèle entre la sexualité génitale adulte qui s’impose à l’adolescent, les solutions que ce dernier peut mettre en œuvre pour y faire face, et la rencontre du jeune héros du film, Oskar, avec sa jeune voisine, vampire et <em>a priori</em> petit garçon castré. Et nous voyons au travers de cette scène que l’arrivée toujours inopinée du pubertaire, métaphorisée par Eli le vampire, peut être ici maîtrisée. Le vampire ne peut entrer que si on l’y invite. « L’invasion pubertaire » pourra ainsi être jugulée.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais d’autre part, la question qui se pose à Oskar est comment faire face à la castration. Nous avons dit qu’Oskar subissait les brimades de ses camarades régulièrement. Mais il s’interdit de répondre, paralysé par l’angoisse, selon nous, de subir de plus belle les foudres de ses camarades. Contenant sa rage, il collectionne les faits divers meurtriers qu’il découpe dans les journaux, et préfére s’attaquer imaginairement à un arbre, plutôt de d’affronter ses petits tortionnaires réellement. Et c’est exactement là que va se situer la rencontre entre Oskar et Eli.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’adolescence est le moment, pour les deux sexes, de la rencontre avec le féminin<a href="#_ftn16">[16]</a>, cet étranger en nous. En effet, les possibilités offertes à l’adolescent, quelque soit son sexe biologique, de réalisation de l’acte sexuel l’engage à rencontrer l’Autre sexe. Et cette rencontre ravive les angoisses de castration de manière intense. Oskar est attiré par cette petite fille-garçon qui vient jusque dans son lit. Le rapport sexuel n’est jamais abordé de front par le film, mais la sexualité imprègne fortement l’atmosphère de leur rencontre et sous-tend les actes des jeunes protagonistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si Oskar nous paraît encore tout imprégné de cette bisexualité psychique propre à l’enfance, il doit passer sous les fourches caudines des processus de sexuation, pour adopter soit une position subjective par rapport à la limite que constitue la jouissance phallique s’il choisit de s’inscrire dans un rapport masculin, ou une position féminine face à la jouissance qui serait double, phallique et Autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons également qu’avant cette rencontre avec le féminin qui va constituer une sorte de butée quant à l’avènement de la sexualité génitale, l’enfant était soumis à la seule logique phallique, l’avoir ou pas, pour se repérer. Et c’est ce qui constituait la seule séparation entre les êtres pour lui. C’est peut-être ce qu’Oskar nous montre lorsqu’Eli, censée être une petite fille (la scène où apparaîtrait cette castration n’a pas encore eu lieu), ne cesse de dire à Oskar qu’elle n’en est pas une. Oskar ne prêtera jamais intérêt aux dénégations d’Eli, même lorsqu’il aura vu qu’Eli n’avait pas de pénis en effet mais que c’était un petit garçon castré, et non une petite fille. Tout se passe comme si le fait qu’Eli n’avait pas de pénis lui suffisait pour continuer à l’aimer comme une jeune fille. Le film joue par ailleurs sur l’ambiguïté entre le fait qu’Eli dit ne pas être une petite fille, car elle serait une vampire en réalité très âgée, et le fait qu’elle serait un garçon castré.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’adolescence intensifie l’angoisse de castration, jusqu’à parfois faire régresser le sujet vers d’autres types de défense ayant pour fonction de protéger le narcissisme fragilisé de l’adolescent. Dans <em>Morse</em>, le vampire porterait en quelque sorte, sur lui, l’angoisse de castration d’Oskar (ce serait le sexe mutilé d’Eli, qui représenterait réellement l’angoisse imaginaire de la possible castration d’Oskar). Mais d’autres éléments abordent également le rapport d’Oskar à la castration.</p>
<p style="text-align: justify;">Eli ne va cesser d’encourager Oskar afin qu’il règle ses problèmes avec ses camarades, et ira jusqu’à le protéger réellement. En effet, Eli va d’abord stimuler Oskar à se défendre, et à frapper lui-même aussi fort que ses ennemis. Puis, elle viendra à son secours lors d’une magnifique scène finale, plan séquence, où précisément la castration d’Oskar aurait bien pu être réelle. Au milieu du film, s’étant défendu contre ses camarades qui le martyrisaient, Oskar a blessé l’oreille de leur chef d’un grand coup de bâton. Le film fait d’ailleurs le parallèle entre la jouissance d’Oskar de pouvoir enfin se dresser contre ses ennemis et riposter, et la découverte d’un cadavre qu’Eli avait tué pour se nourrir, comme pour mieux souligner le parallèle entre les capacités de chacun, sorte de transvasement de l’un vers l’autre. Mais le grand frère du chef de la petite bande tyrannique veut finalement intervenir pour venger son petit frère, et impose un marché à Oskar, qu’il se laisse crever son œil contre la perte de l’oreille qu’a subie son frère.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il faut se rappeler l’analyse fameuse de Freud en 1919 concernant ce sentiment d’inquiétante étrangeté, dont il fera d’ailleurs le signe paradigmatique du retour du refoulé et notamment de l’angoisse de castration. Mais il y soulignait surtout un point qui peut servir de boussole pour tout psychanalyste qui entre sur le terrain des films d’horreur : « On peut bien essayer, suivant le mode de pensée rationaliste, de récuser l’idée de ramener l’angoisse pour les yeux à l’angoisse de castration ; on trouve compréhensible qu’un organe aussi précieux que l’œil soit surveillé par une angoisse d’une grandeur correspondante, on peut même aller jusqu’à affirmer qu’un secret plus profond ni aucune autre signification ne se cache derrière l’angoisse de castration. Néanmoins, on ne rend pas compte ainsi de la relation de substitution qui se manifeste, dans le rêve, la fantaisie et le mythe, entre l’œil et le membre masculin, et l’on ne peut contester l’impression qu’un sentiment particulièrement fort et obscur s’élève précisément contre la menace de subir la perte du membre sexué, et que c’est seulement ce sentiment qui confère à la représentation de la perte d’autres organes la résonance qu’elle a. »<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Avec cette scène, nous pourrions dire qu’Eli, puissance phallique, va appliquer sauvagement la castration à ceux qui menaçaient Oskar. Ainsi, incarnant elle-même (ou lui-même) la castration, Eli, est également capable de l’infliger aux ennemis d’Oskar, et le protège finalement, tel un fétiche, de sa propre castration.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Roger Dadoun avait déjà bien vu la part de fétichisme dans les films d’horreur<a href="#_ftn18">[18]</a> et notamment dans les représentations de Dracula au cinéma. Freud avait posé l’hypothèse, dans son article de 1927 « Le fétichisme »<a href="#_ftn19">[19]</a>, que « le fétiche est un substitut de pénis […] non le substitut de n’importe quel pénis, mais d’un pénis déterminé, tout à fait particulier qui a dans les toutes premières années d’enfance une grande signification, mais qui vient à être ultérieurement perdu. C’est à dire : il devrait normalement être abandonné, mais le fétiche est précisément voué à le préserver de sa disparition. Pour le dire clairement, le fétiche est le substitut du phallus de la femme (de la mère) auquel a cru le petit garçon et auquel – nous savons pourquoi – il ne veut pas renoncer. »<a href="#_ftn20">[20]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Et si le petit garçon ne veut pas renoncer au phallus maternel, c’est parce que ce manque vient, en retour, lui désigner la possible perte de son propre organe. En suivant  Freud, puis Lacan, le petit garçon doit abandonner la croyance en la possession du Phallus, de son côté, mais également du côté de la mère. Il doit abandonner l’espérance de satisfaire pleinement celle-ci en incarnant pour sa mère le Phallus, puis en acceptant le fait qu’elle-même doit chercher ce qui lui manque ailleurs que chez lui. Il est à noter que ce mouvement est par ailleurs décrit chez Freud du côté de l’enfant, c’est à dire que c’est à lui que s’adresserait d’abord le renoncement à la mère. Alors que du côté de Lacan, c’est d’abord la mère qui doit se soumettre elle-même à la castration, l’enfant, qui pouvait être pour elle le phallus, doit être désinvesti de cette place, afin que ce dernier puisse chercher à l’avoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Dadoun vient même à poser, à juste titre, que « le fétichisme, par essence, ou pour mieux dire, par structure, […] travaille intensément le terrain socio-culturel ; le film d’horreur, précisément, nous paraît être une illustration du travail de ce qu’on pourrait nommer <em>la fonction fétiche.</em> »<a href="#_ftn21">[21]</a> Mais concernant plus précisément le vampire et cette fonction fétiche qui nous intéresse ici, que « […] puisque la menace vient du phallus maternel absent, que la défense principale est le sexe. Le vampire, marqué, fasciné par le <em>pas-de-phallus</em> maternel et s’identifiant à la mère archaïque, à défaut d’<em>avoir</em> un phallus, se fait phallus ; il transporte au plan d’un <em>être</em> illusoire une défaillance de l’<em>avoir </em>; son impuissance, son inertie essentielles […] il les retourne […] »<a href="#_ftn22">[22]</a></p>
<p style="text-align: justify;">On ne saurait mieux dire ce qu’il en est d’Eli, garçon-fille vampire, se faisant phallus maternel pour Oskar, qui, de son côté, en passe ou en proie de perdre cette croyance, va revêtir Eli des habits maternels comme pour mieux dénier ce qui pourrait venir manquer à sa mère, et à lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est plus sa mère qui serait susceptible de venir l’aider, désormais, c’est Eli le vampire. La dernière image du film nous montre Oskar dans un train, avec un bagage particulier, Eli dans un carton-cercueil, comme son objet fétiche, qui désormais l’accompagnera partout, et réciproquement. Cette fin nous montre ainsi un Oskar prenant la place du vieil homme qui veillait auparavant sur Eli, et lui offrait le sang de ses victimes, jusqu’au sacrifice de soi. Il n’est pas non plus anodin que dans le livre, cet homme soit dépeint comme un pédophile, ce que le réalisateur n’a pas voulu reprendre sous peine peut-être de voir son film devenir un peu trop dérangeant ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Certains adolescents mettent en place certaines stratégies fétichiques<a href="#_ftn23">[23]</a> afin de négocier ce passage complexe qu’est la mise en place d’une sexualité génitale adulte, en faisant face à l’angoisse de castration ravivée. Ces stratégies sont généralement transitoires et participent du processus de subjectivation adolescent. On ne peut les assimiler au fétichisme en tant que tel, car elles sont normalement destinées à être abandonnées avec l’acceptation de la désillusion de l’omnipotence infantile et la soumission à la castration en tant qu’opération symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet fétiche est donc cet objet qui doit à la fois porter l’affirmation de la reconnaissance de la perception de la réalité de la castration (c’est le sexe mutilé d’Eli qu’Oskar ne peut qu’apercevoir) et dans le même temps le déni même de cette perception (Oskar ne reconnaît jamais qu’Eli n’est pas une jeune fille ; il l’enveloppe des insignes maternels, et il bénéficie désormais de protection toute phallique d’Eli).</p>
<p style="text-align: justify;">Oskar peut ainsi manipuler à souhait son fétiche qu’est Eli, en l’accompagnant et en la transportant dans son cercueil-carton, non comme une jeune fille, mais comme une jeune vampire réellement castrée mais phalliquement toute-puissante comme on le voit à la fin du film.</p>
<p style="text-align: justify;">Si la puberté elle-même peut également avoir valeur de castration pour un sujet désormais adolescent, avec l’introduction d’une certaine rupture de continuité dans son existence, par le fait de la maturation génitale du corps infantile et de la prise de conscience de sa finitude, l’objet fétiche a, entre autres, la fonction de restaurer cette continuité qui s’effrite. « Dans l’objet qu’il a choisi, l’adolescent [il] trouve tout à la fois, la discontinuité : ‘Je suis mortel ‘ et le désaveu de celle-ci : ‘Je suis immortel’ » écrivent Stéphane Bourcet et Yves Tyrode<a href="#_ftn24">[24]</a>. Oskar demande à Eli si elle est déjà morte en tant que vampire (ce qui est le cas normalement dans la mythologie qui s’est instaurée à partir de Stocker), ce à quoi elle répond que sa présence dément le fait qu’elle puisse être morte. Néanmoins, le fait qu’elle ne vieillisse plus introduit l’immortalité dans son existence, même si elle peut effectivement disparaître sous certaines conditions (les rayons du soleil, un pieu dans le cœur ou entrer chez quelqu’un sans y être invitée). En choisissant Eli comme objet d’amour et objet fétiche, Oskar met en place une stratégie fétichique, afin de parer sa peur de grandir, de devenir adulte et d’avoir à assumer une sexualité génitale embarrassante, bref de se défendre contre tout ce qui ravive l’angoisse de castration.</p>
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<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Morse</em> est donc un film initiatique, où l’esthétique joue son rôle à plein pour instaurer le climat propice à l’histoire qui nous est racontée.</p>
<p style="text-align: justify;">Si le monstre des films d’horreur, que les adolescents apprécient tant, représente une tentative de figuration de l’arrivée du pubertaire, le vampire pourrait être une forme particulièrement « pratique » du fait des règles que le mythe de Bram Stocker a instaurées. Un mythe, celui du vampire, pour conjurer l’angoisse du réel pubertaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il serait intéressant d’analyser d’autres figures de monstres, ces <em>Boogeyman</em> tant prisés par les adolescents, quant à leur rapport avec « l’invitation » c’est à dire l’accord explicite ou implicite du sujet, nécessaire pour venir attaquer les adolescents mis en scène dans ces films.</p>
<p style="text-align: justify;">Terminons avec le lien que l’on peut faire entre le monstre pubertaire et le discours des adultes à son sujet dans ces films. Nous pensons par exemple à la figure de Freddy Krueger créée par Wes Craven dans <em>les</em> <em>Griffes de la nuit<a href="#_ftn25"><strong>[25]</strong></a> </em>(1985). Monstre réactualisé sans cesse au sein d’une série (huit films en tout), et notamment dans <em>Freddy vs. Jason</em> (2003).</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce dernier film, Freddy a été oublié de tous les adolescents. Il est donc véritablement mort car les adultes de Springwood ont enfin réussi à effacer toutes les traces de leur faute. Mais il réussit à renaître en utilisant un autre monstre issu d’une autre grande série de <em>slashers,</em> celle des <em>Vendredi 13</em> (douze films à son actif, dont le dernier vient de sortir, et presque trente ans au compteur). Les adolescents finissent donc par devoir faire face à deux monstres au lieu d’un seul !</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi plus les adultes tentent d’effacer, de refouler les traces de leur « faute », autrement dit, de leur propre rapport honteux à la sexualité et peut-être plus particulièrement de ce moment pubertaire, plus le monstre pubertaire renaîtrait (ici se dédoublerait même), mais sous une autre forme…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bibliographie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Colette Lhomme-Rigaud, <em>L’adolescent et ses monstres</em>, Erès, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">Brice Courty, « Adolescence film d’horreur », <em>Adolescence</em>, 2004, n°49.</p>
<p style="text-align: justify;">Diane Scott et Vincent Le Corre, « Bonheur, devoir et corps supplicié, Saw, un nouveau cycle cruel », <a href="http://www.oedipe.org/fr/spectacle/cinema/saw">http://www.oedipe.org/fr/spectacle/cinema/saw</a></p>
<p style="text-align: justify;">Eric Dufour, <em>Le cinéma d’horreur et ses figures,</em> PUF, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean Laplanche, « Pulsions et instincts », in <em>Adolescence</em>, 18.</p>
<p style="text-align: justify;">Marika Moisseeff , « Le monstre comme symbole de l’horreur maternelle », <em>Adolescence</em>, 2002, vol. 20, n° 4.</p>
<p style="text-align: justify;">Marika Moisseeff , « Le loup-garou ou la virtualité régressive du pubertaire masculin », <em>Adolescence</em>, 2004, vol. 22, n° 1.</p>
<p style="text-align: justify;">Marika Moisseeff, « Une variante sur la métamorphose pubertaire, Un adolescent qui fait mouche », Enfances&amp;Psy, 2005, n°26.</p>
<p style="text-align: justify;">Philippe Gutton, <em>Le pubertaire</em>, PUF, 1991.</p>
<p style="text-align: justify;">Philippe Gutton, « Du mal en adolescence », Revue <em>Topique</em>, 2005, n°91</p>
<p style="text-align: justify;">Sous la direction de Philippe Gutton et Stéphane Bourcet<em>, La naissance pubertaire, l’archaïque génital et son devenir</em>, Dunod, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;">Roger Dadoun, « Le fétichisme dans le film d’horreur », <em>Nouvelle Revue de Psychanalyse</em>, n°2, 1970.</p>
<p style="text-align: justify;">Serge Lesourd, Adolescences… Rencontre du féminin, Erès, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « L’inquiétant », in <em>Œuvres complètes, tome XV</em>, PUF, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Le fétichisme », in <em>Œuvres complètes, tome XVIII</em>, PUF, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">Vincent Amiel et Pascal Couté, <em>Formes et obsessions du cinéma américain contemporain</em>, Klincksieck, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> « Alors qu’au même moment le cinéma européen, et singulièrement le cinéma français, auscultent l’entrée dans l’âge dans adulte, la difficulté à s’intégrer à celui-ci, à <em>sortir</em> de l’adolescence, Américains et Asiatiques se penchent avec une certaine fébrilité sur un monde qui donne toutes les apparences de fonctionner à l’écart de ce monde adulte, en opposition même par rapport à lui, en tout cas dans une autonomie culturelle, affective et sociale extrêmement marquée. », Vincent Amiel et Pascal Couté, <em>Formes et obsessions du cinéma américain contemporain</em>, Klincksieck, 2003, p.160.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Philippe Gutton, <em>Le pubertaire</em>, PUF, 1991.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> On peut renvoyer le lecteur vers l’excellent livre d’Eric Dufour, <em>Le cinéma d’horreur et ses figures,</em> PUF, 2006. Déplaçant le regard d’une manière originale, le philosophe évite les apories d’une analyse classique de type historique ou typologique, et réussit une approche du genre, via les dispositifs visuels (ce qu’il nomme les figures) qui régissent l’esthétique du cinéma d’horreur. Cette notion de figure, qui s’attache donc au langage cinématographique et non au contenu même des films, permet ainsi de revoir les classiques, de Carpenter à Cronenberg, d’un œil nouveau, mais également de saisir l’utilisation de l’horreur au-delà du genre, jusqu’à Bresson et Lars von Trier.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Brice Courty pose, à très juste titre il nous semble, que la structure filmique et scénaristique des films d’horreur peut illustrer les processus adolescents et certaines angoisses typiques de ces sujets. « Adolescence film d’horreur », <em>Adolescence</em>, 2004, n°49. Et il l’analyse au travers d’un sous-genre, le <em>slasher</em>, pour aboutir à l’hypothèse que le film d’horreur est « un rituel d’initiation dégradé ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Sigmund Freud, « L’inquiétant », in <em>Œuvres complètes, tome XV</em>, PUF, 2002, p.151..</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Pour une tentative à partir de deux films, <em>Saw</em> et <em>Norway of life</em>, on pourra se reporter au texte suivant : « Bonheur, devoir et corps supplicié, <em>Saw</em>, un nouveau cycle cruel » :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.oedipe.org/fr/spectacle/cinema/saw">http://www.oedipe.org/fr/spectacle/cinema/saw</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Et on peut également citer les articles de Marika Moisseeff : « Le monstre comme symbole de l’horreur maternelle », <em>Adolescence</em>, 2002, vol. 20, n° 4, p. 871-879 ;  « Le loup-garou ou la virtualité régressive du pubertaire masculin », <em>Adolescence</em>, 2004, vol. 22, n° 1, p. 155-171 ou encore « Une variante sur la métamorphose pubertaire, Un adolescent qui fait mouche », Enfances&amp;Psy, 2005, n°26.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Rappelons la fameuse phrase de Laplanche : « Chez l’homme, le sexuel, d’origine intersubjective donc, le pulsionnel, le sexuel acquis vient, chose tout à fait étrange avant l’inné. La pulsion vient avant l’instinct, le fantasme vient avant la fonction ; et quand l’instinct sexuel arrive le fauteuil est déjà occupé. » Jean Laplanche, « Pulsions et instincts », in <em>Adolescence</em>, 18, 149-168.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Philippe Gutton, <em>Le pubertaire</em>, PUF, 1991, p. 274.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Colette Lhomme-Rigaud, <em>L’adolescent et ses monstres</em>, Erès, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> <em>Invasion Los Angeles</em>, est un film de John Carpenter, réalisé en 1989, présentant un monde ayant été envahi par des extra-terrestres monstrueux. Via la technologie, ces derniers ont massivement détourné les médias pour imposer une idéologie consumériste et écraser toute révolte. La résistance passera donc par la création des possibilités d’une perception des aliénations, à l’aide notamment de paire de lunettes spéciales.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> « ‘Je suis le mal’, ‘je le personnifie, je ne suis rien d’autre que le mal’ […] L’identification toujours projective du mal pubertaire porte sur le corps et sur tel ou tel autrui ; plutôt que de subir archaïquement le monstre, créons du monstre ». Philippe Gutton, « Du mal en adolescence », Revue <em>Topique</em>, 2005, n°91, p.115.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Philippe Gutton, « Du mal en adolescence », Revue <em>Topique</em>, 2005, n°91. Gutton y analyse trois statuts que va prendre « le Mal Pubertaire », qui vont devenir finalement trois modes de réponse de l’adolescent face à cette « invasion pubertaire ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Voir la représentation d’une autre éternelle enfant interprétée par Kirsten Dunst, dans <em>Entretien avec un vampire</em>, réalisé par Neil Jordan en 1994.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> « Eli est un petit garçon, comme on peut le comprendre en voyant sa cicatrice au bas-ventre, mais cette confusion des genres est assez anecdotique. » écrit David Doukhan dans le <em>Mad Movies</em> de février 2009, p.46.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Serge Lesourd, Adolescences… Rencontre du féminin, Erès, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Sigmund Freud, « L’inquiétant », in <em>Œuvres complètes, tome XV</em>, PUF, 2002, p.164 et 165.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Roger Dadoun, « Le fétichisme dans le film d’horreur », <em>Nouvelle Revue de Psychanalyse</em>, n°2, 1970.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Sigmund Freud, « Le fétichisme », in <em>Œuvres complètes, tome XVIII</em>, PUF, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Sigmund Freud, « Le fétichisme », in <em>Œuvres complètes, tome XVIII</em>, PUF, 2002, p.125 et 126.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Roger Dadoun, « Le fétichisme dans le film d’horreur », <em>Nouvelle Revue de Psychanalyse</em>, n°2, 1970, p.227.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Roger Dadoun, « Le fétichisme dans le film d’horreur », <em>Nouvelle Revue de Psychanalyse</em>, n°2, 1970, p.244.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> « L’adolescence nous semble être un moment riche en simple variation de la pulsion sexuelle dans lequel la fétichisation de certains objets permet, sous un certain couvert du déni de la castration, que s’installe une sexualité à but normal. », Stéphane Bourcet et Yves Tyrode, « Les stratégies fétichiques », in <em>La naissance pubertaire, l’archaïque génital et son devenir</em>, sous la direction de Philippe Gutton et Stéphane Bourcet, Dunod, 2004, p. 42.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Stéphane Bourcet et Yves Tyrode, « Les stratégies fétichiques », in <em>La naissance pubertaire, l’archaïque génital et son devenir</em>, sous la direction de Philippe Gutton et Stéphane Bourcet, Dunod, 2004, p. 57.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Freddy Krueger est un personnage mythique des films d’horreur qui a la particularité de sévir dans les rêves de ses victimes adolescentes. Prenant le contrôle de leurs rêves, il les tue virtuellement pourrait-on dire, non sans humour noir, tandis que les adolescents meurent réellement dans leur sommeil. Ne cessant de mourir lui-même à chaque opus, il revient à la vie, toujours au même endroit, marquant peut-être là quelque chose comme un réel chez l’adolescent ? Craven invente ce personnage « tueur d’enfants » réel, qui aurait été lui-même tué par les adultes de la ville de Springwood, où il sévissait. Ces adultes voulaient faire justice eux-mêmes. Freddy obtient, comme en réparation d’avoir été tué sans avoir droit à un vrai procès, le pouvoir de revenir dans les rêves des adolescents. Freddy finit par incarner la mauvaise conscience des adultes, par devenir une sorte de secret honteux, métaphore de leur sexualité à cacher à leurs enfants.</p>
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<h1 class="article_title"><a title="Lien permanent : Bonheur, devoir et corps supplicié : Saw, un nouveau cycle cruel" rel="bookmark" href="../?p=23">Bonheur, devoir et corps supplicié : Saw, un nouveau cycle cruel</a></h1>
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		<title>Narcissisme et adolescence – Suite et fin</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Jan 2011 14:21:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[narcissisme et masochisme : une impasse de la dialectique Moi Idéal – Idéal du Moi ? Une phrase de Jacques André dans un dialogue avec Jean Laplanche nous permet d’introduire notre idée : « Ici le plaisir de la douleur cèderait plutôt la place au plaisir du malheur ; quand la moindre menace de bonheur promet un malheur toujours [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: justify;">narcissisme et masochisme : une impasse de la dialectique Moi Idéal – Idéal du Moi ?</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une phrase de Jacques André dans un dialogue avec Jean Laplanche nous permet d’introduire notre idée : « Ici le plaisir de la douleur cèderait plutôt la place au plaisir du malheur ; quand la moindre menace de bonheur promet un malheur toujours plus grand. »<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le positionnement théorique de Laplanche quant à la distinction instinct/pulsion nous paraît intéressant, car d’une part, il permet peut-être de clarifier certaines ambiguïtés en distinguant clairement sexualité instinctuelle et sexualité pulsionnelle. La première visant, selon Laplanche, le plaisir-décharge, et la seconde, du fait de son origine (la relation à l’autre primordial) et de sa nature non-biologique cette fois, vise le plaisir-tension, donc un certain masochisme, que l’on pourrait considérer comme originaire. D’autre part, la conception de Laplanche a fortement inspiré celle de Gutton quant aux conséquences de l’apparition de la sexualité génitale à l’adolescence, vécue comme une effraction, comme l’irruption d’un corps étranger par l’adolescent<a href="#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’adolescent ne va alors cesser d’essayer de se rendre maître de ce « corps étranger ». Devant cette effraction et la contrainte à subjectiver celle-ci, à intégrer le pubertaire que Gutton n’hésite pas à comparer « aux forces du mal »<a href="#_ftn3">[3]</a>, l’adolescent s’efforce de « repérer l’ennemi pour s’en défendre »<a href="#_ftn4">[4]</a>. Mais il peut se prendre également littéralement pour ce mal.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons par exemple que le cinéma fantastique et d’horreur peut nous aider à approcher certaines des angoisses liées à ces « forces du mal ». Le film <em>Morse</em> nous a semblé être un bon exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les défenses narcissiques dont nous avons parlé peuvent ainsi être liées d’une certaine manière à des conduites masochistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Derrière la recherche du malheur, il y a presque toujours selon Laplanche la recherche de la douleur, voire celle d’un persécuteur. « Il est rare que dans le malheur il n’y ait pas une complaisance à la douleur. »<a href="#_ftn5">[5]</a> Et la cure doit essayer de mettre au jour la répétition dans ces conduites qui visent à rechercher cette douleur. Cette répétition, cette recherche de l’immobilité, est une forte résistance au changement, qui peut être assurément articulée au narcissisme, et aux défenses narcissiques mises en place par certains adolescents.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car c’est la dimension de la mise en échec, l’opposition à tout changement, voire au désir (une notion qui ne peut qu’impliquer certains changements) qui nous semble à l’œuvre chez certains adolescents, dans leur conduite de jeu compulsive aux jeux vidéo par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comment rejoindre la question du dispositif narcissique et celle de la castration au travers de cette notion de conduite masochiste ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une façon d’essayer de contrôler l’angoisse de castration peut être d’adopter une conduite masochique, qui deviendrait alors protection : « Je me l’applique moi-même, au moins je suis sûr du résultat, je maîtrise ce que je peux endurer. ».</p>
<p style="text-align: justify;">Si le mouvement « normal » d’introjection du Moi Idéal et de l’Idéal du Moi, où le premier passe sous le contrôle du second se déroule classiquement sous l’effet de la peur de perdre l’amour de l’objet, pour finalement aboutir à la mise en place de la castration, devant l’intensité de voir entamer ce Moi Idéal, de perdre l’admiration des autres (et en premier lieu, celle des parents de son enfance) il peut être difficile pour certains adolescents d’aborder le registre de la castration avec l’assurance qu’ils en ressortissent vivants.</p>
<p style="text-align: justify;">Mieux vaut alors reculer, reprendre le contrôle de la situation, en érotisant des conduites de mise en échec, qui ne visent alors qu’à maintenir l’intégrité de la personne.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car pour s’élancer, construire et entreprendre quelque projet, il faut accepter l’éventualité de l’échec. Dans les jeux vidéo par exemple, on peut perdre certes (et la sauvegarde existe), mais on en ressort toujours intègre, et on peut recommencer encore et encore, jusqu’à la victoire.</p>
<p style="text-align: justify;">« A défaut d’être grands dans la réussite, ces patients seront grands dans l’échec »<a href="#_ftn6">[6]</a>, écrit Jeammet. Ces conduite visant l’échec permettraient ainsi d’alimenter l’omnipotence infantile que ces jeunes ont du mal à abandonner.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Pour conclure sur le narcissisme et l’adolescence</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu combien l’adolescence peut être considérée comme une sorte d’observatoire des remaniements narcissiques et plus précisément du dispositif de régulation du narcissisme qui est en jeu, et qui fonctionne à partir de multiples instances psychiques. Cette période de la vie peut d’ailleurs révéler la précarité de cette régulation, et nous permettre de saisir en négatif combien ce narcissisme se trouve en réalité un jeu complexe de relations en équilibre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous allons ici essayer de revenir de manière schématique sur la conception du processus adolescent au regard du narcissisme. Et nous allons donc résumer nos vues sur ce que l’on peut appeler « les remaniements narcissiques à l’adolescence », au travers d’une réflexion sur la libido du moi et la libido d’objet et le conflit qui peut surgir entre les deux à l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela doit s’accompagner de quelques mots sur la manière dont on se représente la constitution du Moi, et donc peut-être aboutir à une réflexion sur ce que pourrait être une relation d’objet narcissique. Est-ce une relation d’objet constitutive du Moi, permettant ou alimentant la mise en place de cet objet libidinal qu’est finalement le Moi, ou est-ce une relation d’objet avant tout mais sur un mode particulier, c’est à dire, le choix d’objet narcissique que Freud décrit dans « Pour introduire le narcissisme ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cette réflexion peut servir il nous semble pour aborder la question des jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette question de la constitution du Moi chez Freud, prise sous un angle développemental n’est pas aisée. Peut-être est-elle même une impasse dans la théorie psychanalytique. Néanmoins, elle nous est apparue provisoirement nécessaire, afin de clarifier ce que l’on pouvait comprendre par « remaniements narcissiques à l’adolescence ».</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on conçoit l’édifice théorique psychanalytique de manière dynamique et en équilibre, l’utilisation de telle ou telle notion dépend de celle de telle ou telle autre notion.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, lorsqu’on parle de « remaniements narcissiques à l’adolescence », il n’est pas aisé de saisir exactement ce que l’on veut dire. Du point de vue phénoménologique, il est clair que l’adolescent est dans une certaine quête sur le plan de son identité. Celle-ci semble instable, l’appartenance à tel ou tel sexe semble même parfois non assurée, ou du moins en question pour l’adolescent.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, nous allons essayer de clarifier quelque peu cette étape, en présentant ce que nous comprenons finalement nous-mêmes par remaniements narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons déjà présenté, il existe plusieurs formulations théoriques pour désigner des fonctionnements psychiques qui écartent une confrontation avec les objets qui peuvent être déstructurants pour le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une perspective génétique, la question du développement d’un individu peut être prise selon celle de l’intériorisation d’un certain nombre de fonctions (fonction maternelle chez Bion, fonction paternelle chez Lacan, etc …). Ces intériorisations désignent les processus par lesquels certaines relations entre un individu et son environnement (au sens large de Winnicott) transitent de la scène extérieure à celle de la réalité interne psychique de ce même individu. Au sein de ce processus d’intériorisation, auront lieu des identifications qui finiront par jouer pour ce sujet, un certain nombre de repères identificateurs (sur le plan de la sexuation et de la différence des générations par exemple).</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons déjà souligné, l’arrivée du pubertaire entraîne un changement au niveau de la valeur du statut du corps. Ce corps est à présent à l’égal de celui des parents, et possèdent les mêmes potentialités. L’adolescent ne peut plus se retrancher derrière l’impuissance du corps de l’enfant afin de maintenir à l’état de fantasmes certains désirs organisateurs de sa psyché.</p>
<p style="text-align: justify;">La maturation génitale, et sa contrainte à s’autonomiser, pour reprendre l’expression de Jeammet, autrement dit la contrainte à se séparer, ou mieux, à remettre au travail les relations avec les objets parentaux internes, qui jusque là servaient de garants pour le narcissisme et sa régulation vont avoir certaines conséquences importantes sur l’équilibre entre cette libido narcissique et objectale. La question est alors comment penser cet antagonisme exacerbé entre la quête objectale et les assises narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il est nécessaire pour l’adolescent de désexualiser à tout prix tout ce qui touche aux anciennes relations objectales primaires constitutives de ces assises narcissiques. C’est ce que Kestemberg nomme « le rejet des imagos parentales » dans son article de 1962.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le dire avec Laplanche, la sexualité génitale instinctuelle va trouver la sexualité pulsionnelle infantile occupant déjà la place<a href="#_ftn7">[7]</a>. L’infantile offre des chemins tout tracés quant à la recherche de satisfaction, que va viser la sexualité dite génitale. Mais ces chemins apparaissent comme particulièrement dangereux pour le sujet. L’Œdipe infantile est soumis à une intense surchauffe, et se trouve en voie de transformation vers un Œdipe pubertaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce processus où l’adolescent est finalement contraint à réécrire son histoire, à réinterpréter celle-ci avec son nouveau statut, celui d’un corps devenu adulte, qui donne ainsi un nouveau statut à la réalité même, cet adolescent doit se recréer de nouveaux fantasmes en refoulant certains éléments des anciens et en en transformant d’autres. Ces éléments seraient liés aux premiers objets d’amour parentaux qui structurent son dispositif narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">D’un côté, les rivages de la sexualité infantile, des premiers objets d’amour, de l’auto-érotisme, comme autant de soutiens et de garants quant au narcissisme (Moi et Idéal du Moi au sens de Freud), de l’autre, les idéaux des adultes, l’abandon de la sexualité infantile au profit d’une sexualité génitale pulsionnelle, qui va être le produit du mélange ou de l’intégration de la poussée instinctuelle et de la sexualité pulsionnelle infantile. Le sujet adolescent, dans la barque, poussée par le courant de l’autonomisation qui n’est autre que l’angoisse de se retrouver aux prises avec les figures parentales devenues hautement menaçantes. C’est un mouvement d’aller-retour entre les deux rives que l’on pourrait appeler subjectivation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais la question semble demeurer : pourquoi cet antagonisme entre le fonctionnement narcissique et la relation d’objet ?</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que dans « Pour introduire le narcissisme », Freud avait posé l’idée centrale du Moi comme objet sexuel. Mais il faut se rappeler les développements ultérieurs que vont lui imposer finalement cette nouvelle question, à savoir comment ce Moi-objet s’est constitué au fond, ce que Mélanie Klein finalement poursuivra. Cela nous aidera à mieux saisir les enjeux qui se jouent à ce niveau à l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est au travers de la période de 1900 à 1915 que la notion de Moi chez Freud va subir les plus grandes inflexions. Et ce sont trois axes qui vont donner la direction : la notion de narcissisme bien entendu, la notion d’identification qui va devenir constitutive du Moi avec le paradigme de l’identification mélancolique, et enfin la mise en avant des instances idéales qui seront les substituts du narcissisme (L’Idéal du Moi et le Surmoi)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le problème de la genèse du Moi est bien trop complexe pour en venir à bout ici. Ce n’est pas notre objet. Mais, nous voulions souligner que cet objet Moi ne va évidemment pas de soi, et que nous avions besoin de récapituler les grandes étapes de sa conception de cette manière. D’une part, il y a, avec Freud, puis évidemment Lacan, une « nouvelle action psychique » qui va poser les bases du futur Moi, c’est à dire constituer une première forme qui rassemble et unit. Puis, ce Moi, qui n’est autre que ce Moi-plaisir premier dont Freud parle dans « Pulsions et destins des pulsions »<a href="#_ftn8">[8]</a> ne va cesser de s’enrichir des relations qu’il instaure avec certains objets qui vont, soit lui apporter satisfaction, soit lui apporter du déplaisir et de la frustration.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la base des premiers échanges, nous pourrons alors parler ensuite des identifications narcissiques suivant le mécanisme mis au jour par Freud dans « Deuil et Mélancolie »<a href="#_ftn9">[9]</a>. Le Moi va se constituer par sédimentations<a href="#_ftn10">[10]</a> des relations qu’il a eus avec certains objets. C’est ce que l’on va appeler l’introjection, ce qui signifie transformation et élargissement du Moi. Ferenczi<a href="#_ftn11">[11]</a>, puis dans sa lignée, Abraham et Törok<a href="#_ftn12">[12]</a> vont retravailler ce concept d’introjection, et le redéfinir par rapport à un autre, l’incorporation. L’adolescent est alors finalement sommé d’introjecter les relations avec ses objets primaires afin de pouvoir s’en défaire d’une façon acceptable et susceptible de lui laisser suffisamment de liberté pour se créer de nouvelles relations.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, en reprenant l’argument de Jeammet dans son article sur les identifications à l’adolescence<a href="#_ftn13">[13]</a>, pour que ce fonctionnement puisse avoir lieu, il faut qu’ait été posées les bases d’un monde interne via les relations précoces, les premiers échanges entre l’enfant et son environnement. Jeammet prend ainsi le modèle winnicottien de l’aire transitionnelle où la non-différenciation Moi/Non-Moi, Sujet-Objet, peut avoir lieu, autrement dit, le modèle d’une période où l’objet fut présent sans empiéter sur les besoins du l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et c’est à ce niveau, que peuvent se situer les éventuels problèmes qui resurgiront au cours de l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">Si au cours de ces premiers échanges, l’objet a pu être perçu comme trop ou pas assez présent, de sorte que les relations où les assises du Moi sont censées se constituer avec des objets non-perçus comme distincts du Moi n’ont pu se mettre en place, alors il se peut qu’à l’adolescence où vont être revisitées ces premières relations, certains problèmes surgissent. L’objet aura pu être perçu comme soit en défaut, soit trop présent, dans tous les cas, il aura été perçu comme trop distinct, et le Moi se sera vécu comme trop dépendant de l’objet. Ce serait cette dépendance fondamentale, qui s’inscrirait dans le fonctionnement du sujet au cours de cette étape, qui risquerait de resurgir à l’adolescence, et face à laquelle le sujet adolescent va mettre en place un système défensif afin de s’en prémunir.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis c’est la remise en jeu des relations objectales primaires qui servaient de socle identificatoire à l’enfant qui a lieu durant l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">Ici, on peut reprendre l’image du mouvement de balancier entre le Moi Idéal et l’Idéal du Moi qui nous a bien servi, ainsi que la métaphore de notre barque entre les rivages de la sexualité infantile et ceux de la sexualité génitale.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec du côté du Moi Idéal, les relations objectales maternelles où l’omnipotence a pu être vécue de façon nécessaire, mais transitoire, et du coté de l’Idéal du Moi, la fonction paternelle, les énoncés imposant une place symbolique à l’enfant lui permettant à la fois de se déplacer vis à vis de la captation incestueuse du Moi Idéal, mais également de se procurer d’autres objets qui, idéalisés, fourniront promesse de satisfaction sous contrainte de se conformer à certaines attentes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais selon Jeammet, s’il y a eu problème et inscription de cette dépendance, de cette perception que l’objet était trop massivement nécessaire au Moi, la relation avec tout nouvel objet est au final dangereuse au moment où le sujet a besoin d’établir d’autres relations, avec d’autres objets, pour se construire et transformer ses repères identificatoires. Cette voie objectale lui reste donc fermée car synonyme de dangers. La possibilité d’aller à la rencontre d’autres objets apparaît comme trop angoissante.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, nous concevons une sorte de noyau dur du Moi, cette première forme qui rassemble et unit dans la captation à une image, étape que décrit Lacan à la suite de Freud. Puis les identifications secondaires qui s’ajoutent et finissent par engendrer une sorte de système moïque que nous pourrions nommer <em>dispositif narcissico-moïque</em>. Ce dispositif permet de se représenter les objets et les relations à ces derniers qui ont été intériorisés (peut-être d’ailleurs incorporés plutôt qu’introjectés). Une fois la puberté advenue, les liens à ces objets qui font partie désormais du <em>dispositif narcissico-moïque</em> subissent des changements de l’ordre d’une sexualisation qui va devoir être canalisée en quelque sorte. En effet, comme on l’a déjà répété, la sexualité génitale instinctuelle suit les frayages que la sexualité infantile a déjà tracés auparavant, à la différence que le statut du corps et les possibilités de réalisation changent la donne pour l’adolescence. C’est pourquoi les relations aux objets intériorisées, à la base du dispositif <em>dispositif narcissico-moïque</em>, prennent une autre valeur pour l’adolescent. C’est peut-être la contrainte à traduire chère à Laplanche que nous tentons de décrire là, sous une autre forme, c’est également la revisitation de l’Œdipe infantile.</p>
<p style="text-align: justify;">Le rapproché avec le parent qui était synonyme de tendresse et de réconfort, devient synonyme de possible mise en acte de rapport sexuel incestueux et met ainsi en péril, ou en crise, le <em>dispositif narcissico-moïque</em>.</p>
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<p style="text-align: justify;">En conclusion, l’adolescent serait par définition un sujet en crise avec son moi, contraint qu’il serait de revisiter ses relations antérieures au prisme des potentialités qu’offrent sa nouvelle sexualité, plutôt bien embarrassante au premier abord. Avec Lacan et sa conception d’un Sujet posé comme radicalement autre que le Moi, on pourrait alors soutenir que l’adolescent, aux prises avec ses identifications secondaires (c’est à dire ses premiers liens avec ses premiers objets) à remettre en jeu, serait donc peut-être d’autant plus susceptible de nous en apprendre sur le décentrement du Sujet par rapport à son Moi. Etant donné que l’adolescent ne peut plus se reconnaître dans ce qu’il avait construit durant son enfance, il prend bien conscience que ce qu’il pensait comme stable, ne l’était pas, et que le plus intime de son être, peut devenir dangereux pour lui-même.</p>
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<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Jacques André, « Masochisme et sexualité, entretien avec Jean Laplanche », in <em>L’énigme du masochisme</em>, PUF, 2000, p.28.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Gutton s’inspire largement de Jean Laplanche quant à la sexualité infantile. Par exemple, Laplanche dans « Pulsions et instincts », in <em>Adolescence</em>, 18, s’attache à montrer les différences entre ces deux notions qui, en psychanalyse, ont tendance à brouiller les cartes. Si l’instinct d’auto-conservation existe chez l’homme, comme chez les mammifères chez qui il est particulièrement bien mis en évidence, les phénomènes qui peuvent s’y rattacher sont bien vite recouverts par ce qu’il y a de plus spécifiquement humain à savoir, pour Laplanche, la séduction et la réciprocité narcissique. Le sexuel pulsionnel (infantile), occupe bien pour la psychanalyse la place décisive dans les phénomènes humains. Il est, pour Laplanche, d’origine intersubjective, comme implanté au cours des relations de soins donnés par un adulte sur un enfant. Cet adulte possède un inconscient façonné de sexualité infantile. Le troisième temps de la sexualité, à savoir pour Laplanche, le développement de l’instinct sexuel, c’est à dire l’instinct pubertaire et adulte, la mise en place du génital à la puberté, se heurte donc à cet obstacle qui est le fait qu’il trouve le fauteuil déjà occupé par la pulsion infantile.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Philippe Gutton, « Du mal en adolescence », Revue <em>Topique</em>, 2005 : « Le mal serait le génital faisant irruption dans l’organisation de la névrose infantile risquant de mettre en échec les théories phalliques infantiles. Le mal serait une force de changement ‘trop pulsionnelle’. »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Ibid.</em>, p 113.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Jacques André, « Masochisme et sexualité, entretien avec Jean Laplanche », in <em>L’énigme du masochisme</em>, PUF, 2000, p.28.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Phlippe Jeammet, « L’énigme du masochisme », in <em>L’énigme du masochisme</em>, PUF, 2000, p.43.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Rappelons la fameuse phrase de Laplanche : « Chez l’homme, le sexuel, d’origine intersubjective donc, le pulsionnel, le sexuel acquis vient, chose tout à fait étrange avant l’inné. La pulsion vient avant l’instinct, le fantasme vient avant la fonction ; et quand l’instinct sexuel arrive le fauteuil est déjà occupé. » Jean Laplanche, « Pulsions et instincts », in <em>Adolescence</em>, 18, 149-168.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Sigmund Freud, « Pulsions et destins des pulsions », in <em>Œuvres complètes, tome XIII</em>, PUF, 1988.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Sigmund Freud, « Deuil et mélancolie », in <em>Œuvres complètes, tome XIII</em>, PUF, 1988. Rappelons juste que l’identification narcissique est le mécanisme par lequel le Moi finit par se parer des qualités de l’objet perdu, le Moi se transforme à cause de la perte de son objet.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001. Freud y utilise l’identification narcissique mise au jour dans « Deuil et Mélancolie »<em>.</em> Ce mécanisme lui permet alors de décrire la genèse de ce qu’il appelle le <em>caractère </em>du moi. Il écrit que ce processus (autrement dit l’identification à l’objet aimé, perdu ou pas, qui permet de maintenir l’investissement de cet objet via cette identification) est fréquent, « ce qui permet de concevoir que le caractère du moi résulte de la sédimentation des investissements d’objet abandonnés, qu’il contient l’histoire de ces choix d’objet. »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Dans les deux articles suivants : Sandor Ferenczi, « Transfert et introjection » et « Le concept d’introjection »,in <em>Œuvres complètes, tome I, 1908-1912,</em> 1968, Payot.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Nicolas Abraham et Maria Törok, <em>L’écorce et le noyau</em>, Flammarion, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Philippe Jeammet, « Les enjeux des identifications à l’adolescence », in <em>Psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent</em>, sous la direction de Claudine Geissmann et Didier Houzel, Bayard, 2003.</p>
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