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	<title>Vincent LE CORRE - Psychologue - Psychanalyste &#187; narcissisme</title>
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	<description>psychologue, psychanalyste, en institution et en libéral, travaillant, entre autres, sur les jeux vidéo, les médiations, le jeu...</description>
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		<title>Le choix du prénom ou la logique narcissique de l’Idéal du Moi : dernière partie</title>
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		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=427#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 12 Mar 2011 14:16:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[choix du prénom]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[idéal du moi]]></category>
		<category><![CDATA[narcissisme]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Le choix du prénom est une étape, un moment incontournable dans ce que l’on peut appeler la préhistoire de l’enfant. Nous tentons ici de proposer une hypothèse qui placerait le concept d'Idéal du Moi chez Freud au coeur du choix du prénom d'un enfant. Nous examinerons d'autres textes sur thème, puis nous examinerons les limites de notre recherche, tout en soutenant l'intérêt de cette hypothèse pour la clinique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Synthèse des propositions et élaboration de l’hypothèse</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous allons à présent nous rappeler les propositions que nous avons dégagées au cours des quelques études de textes de Freud que nous avons effectuées dans le deux premières parties, afin de nous donner une définition de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Celle-ci nous permettra de construire une hypothèse concernant la détermination inconsciente du choix du prénom, précisément au regard de la logique de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Au travers de notre étude sur le narcissisme</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Avec  « le poète et l’activité de fantaisie » :</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Nous supposons avec Freud que le renoncement à une satisfaction éprouvée une fois est une chose difficile pour l’être humain. Aussi, cette satisfaction dont a bénéficié l’enfant dans cet état mythique que Freud a qualifié de narcissisme, ne va, en pratique, jamais être complètement abandonnée. Elle va donc être recherchée, et être supposée atteignable par d’autres voies, celle des idéaux et des activités qui vont tendre vers ces idéaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons retenu également que le choix d’un prénom relève de l’activité de fantaisie, de fantasmer et que cette activité, chez l’adulte, a des rapports étroits avec la honte.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Avec « Totem et Tabou » :</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que Freud montre au travers de la magie que la logique narcissique ne disparaît jamais complètement. Elle est d’ailleurs plus ou moins analogue, dans les cultures, à celle de l’animisme. En effet, elles accordent toutes deux une toute-puissance aux désirs humains. L’analogie entre l’animisme et le narcissisme montre ainsi que persiste, à peu près chez tout le monde, une croyance dans le fait que la réalité extérieure est censée se conformer aux souhaits, aux désirs des hommes, quel que soit leur degré de maturité et leur capacité de renoncement devant ce qu’impose la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons que cette logique narcissique, ce narcissisme intellectuel, peut être à l’œuvre dans le choix des parents par rapport aux effets supposés de tel ou tel prénom sur l’enfant ou sa destinée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Avec « Pour introduire le narcissisme »</strong> :</h3>
<p style="text-align: justify;">Si le narcissisme de la mère et du père, qui ne sont donc jamais complètement dépassés, sont sensibles, comme le fait remarquer Freud, au travers de l’attitude des parents envers leur enfant, l’Idéal du Moi de ces mêmes parents rentre en jeu également.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, ces parents sont des adultes dont le moi a subi un développement qui a abouti à l’émergence de cette instance qu’est l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette instance et ses fonctions ne sont certes pas encore complètement décrites par Freud en 1914. Et il faudra attendre presque dix ans pour que cela soit le cas.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir de l’étude de ce texte, ce que nous relevons, c’est tout d’abord la nature narcissique de l’investissement que peuvent porter les parents à la représentation de l’enfant qui se forme durant la grossesse et qui permet la construction de ce que l’on nomme l’enfant imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom est donc influencé à la fois par les remaniements narcissiques qui peuvent avoir lieu durant le temps de la grossesse, chez la mère et le père, mais également par l’Idéal du Moi qui vient également jouer là son rôle de modèle et de référence.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em><br />
</em></p>
<h2 style="text-align: justify;">Au travers de notre étude sur l’Idéal du Moi</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Avec « Pour introduire le narcissisme »</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">La renonciation totale à une satisfaction auparavant éprouvée étant posée par Freud comme impossible, la satisfaction narcissique sera dorénavant dévolue à la nouvelle notion d’Idéal du Moi. Ainsi on a d’un côté l’Idéal du Moi à atteindre, et de l’autre la conscience morale. Cet idéal est posé par Freud comme ayant été imposé de l’extérieur. Et la conscience morale est érigée quant à elle comme gardien qui observe et mesure l’écart entre le moi et son idéal ; cette mesure conditionnant le refoulement. La satisfaction proviendra désormais de la réalisation, de l’atteinte de cet idéal via les agissements du moi, mais elle sera toujours d’ordre narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin retenons que déjà cette distinction entre Idéal du Moi et conscience morale, ou conscience critique, s’efface de temps à autre devant l’idée d’un Idéal du Moi qui contiendrait les deux fonctions.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous supposons que pour que ce développement du moi puisse avoir lieu, il y a une sorte de convergence entre le fait que l’enfant se donne comme souhait, comme premier idéal, de devenir grand, le fait que ses premiers objets idéalisés (les adultes qui s’occupent de lui) vont également s’imposer à lui et éveiller, comme l’écrit Freud, son jugement. Un premier écart se creuse ainsi entre le Moi et son idéal. La satisfaction narcissique (celle de pouvoir se prendre soi-même comme son propre idéal) est ainsi déplacée vers ces premiers idéaux (le père, les parents, les grand-parents, qui cèderont la place ensuite aux différents éducateurs de l’enfant).</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Avec « Psychologie des masses et analyse du moi »</strong></h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avons essayé de décrire la relation entre l’enfant et ses parents, dans les deux  perspectives <em>l’enfant par rapport à ses parents</em> mais également <em>des parents par rapport à l’enfant</em>. Pour cela, nous avons essayé de dégager de ce texte ce que Freud a décrit des liens qui unissent le Moi, l’objet aimé et l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud s’était forgé un précieux outil avec l’identification du moi à l’objet perdu et un modèle pour le développement du Moi avec cette notion d’Idéal du Moi. Il lui restait en quelque sorte à articuler les deux. C’est ce qu’il fait dans ce texte.</p>
<p style="text-align: justify;">L’angoisse sociale, c’est-à-dire la crainte de perdre l’amour des parents ou des compagnons, bref de ses semblables, devient le moteur  de l’accomplissement de l’activité qui mène aux idéaux. Autrement dit, c’est le rôle des pairs qui viendront désormais juger, évaluer le Moi de l’individu, que décrit Freud. L’amour des semblables (l’amour qui a donc un lien originaire très fort avec le narcissisme) et son éventuelle disparition viennent en quelque sorte sanctionner les écarts du Moi individuel par rapport à un idéal, qui peut d’ailleurs devenir commun.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi de nombreux auteurs distinguent la honte de la culpabilité. Cette dernière est souvent rattachée à l’apparition du Surmoi. La transgression des règles édictées par le Surmoi est accompagnée de culpabilité. Tandis que la honte viendrait plutôt sanctionner l’échec à atteindre l’idéal. Serge Tisseron par exemple note que la honte désocialise tandis que la culpabilité socialise.<a href="#_ftn1">[1]</a> « La honte est un sentiment terrible parce que celui qui l’éprouve craint d’être définitivement exclu du groupe dont il fait partie. Il peut s’agir du groupe familial, mais aussi de toutes les familles de substitution, […], de l’humanité entière. »</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons également vu que Freud s’attaque une nouvelle fois à ce processus d’idéalisation dont le but est clairement exprimé : satisfaire le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons affiné notre description de la genèse de l’Idéal du Moi en nous arrêtant sur le processus d’idéalisation décrit par Freud. Ce processus qui permet de continuer à assurer la satisfaction narcissique de l’enfant en exaltant ses premiers objets et qui va donc concerner tout d’abord les parents de l’enfant. Les parents seront pourvus des possibilités et des perfections que le moi ne se sentira pas avoir et à l’aide de l’identification, ces premiers idéaux constitueront la base de l’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis nous avons repris notre interrogation concernant l’articulation du narcissisme et de l’Idéal du Moi côté parents durant la grossesse.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons repéré les liens qui unissent le Moi et son Idéal. : là où le Moi échoue à faire face devant la réalité, l’idéal du Moi peut réussir, et l’individu peut ainsi se satisfaire quand même. Il déplace les exigences de la réalité au sein de son Idéal. C’est pourquoi Freud peut également donner une définition de son concept : « l’idéal du moi englobe la somme de toutes les limitations auxquelles le moi doit se soumettre ».</p>
<p style="text-align: justify;">On a noté également que la description intra-psychique des relations entre les deux instances, Moi et Idéal du Moi, pouvait être rapprochée des relations parent-enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il a fallu pour cela nous attarder sur la façon dont Freud a décrit le processus d’idéalisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons effectivement vu que l’idéal du Moi permettait d’effectuer une sorte de tour de force. En effet, nous avons essayé d’articuler la fameuse formule de Freud, <em>l’objet s’est mis à la place de l’Idéal du Moi</em>, avec le fait qu’en tant qu’instance héritière du narcissisme, là où le Moi échouait à faire face à la réalité et à ses exigences, l’idéal du Moi pouvait réussir, et ainsi permettre à l’individu déçu ou blessé de se satisfaire quand même. Et il nous a semblé que c’était là une description intéressante des rapports amoureux qui peuvent s’instaurer entre des parents et leur enfant, dans le sens d’une identification du parent vers son enfant. Là où le parent pouvait avoir subi quelque échec dans sa vie, il pouvait se réjouir que son enfant réussisse.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette description de l’idéalisation permet d’ajouter au concept d’Idéal du Moi une fonction sociale, de rassembler les individus sur la base d’un objet. Et nous avons vu qu’une crainte motiverait ainsi les Moi individuels à s’identifier à un idéal du Moi collectif afin de ne pas perdre l’amour des semblables, et ainsi se sentir faire partie d’une communauté quelconque. L’idéal du Moi possède donc une fonction de surveillance, et ce qui en découle est cette crainte de perdre l’amour d’autrui (originellement des parents). Cela forme le moteur des activités qui tendent vers les idéaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour finir, et cela fait également suite à ce que nous avons déjà dit sur les relations entre le Moi et son Idéal, nous retiendrons les moments de triomphe qui sont suscités par la coïncidence entre les deux instances et qui sont donc d’ordre narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons imaginé que la venue d’un enfant ou le fait de devenir parent pouvait peut être engendrer ce type de situation, ou encore lorsque l’enfant était situé dans une famille comme objet capable devenir un Idéal du Moi collectif à cette famille.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comment pourrions-nous maintenant nous donner une définition de l’Idéal du Moi qui nous paraisse satisfaisante au regard de tout cela.</p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<h2 style="text-align: justify;">Une définition de l’Idéal du Moi</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’Idéal du Moi est une instance qui s’est détachée du Moi à la suite des critiques parentales à l’endroit de l’enfant et qui va permettre à l’enfant de quitter cette position d’où il était en mesure de se prendre lui-même comme idéal. Rappelons que de ce fait, la formation d’idéal est une sorte de défense contre la position perverse. On imagine donc que cette critique, qui deviendra la conscience morale, est première et que, en creusant un écart, elle va laisser la place à un premier objet qui va pouvoir être aimé et idéalisé.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Idéal du Moi s’est alors constitué à la fois d’objets idéalisés appartenant à l’histoire personnelle de l’individu et d’objets que l’on appellera collectifs, auxquels le Moi s’était identifié. Le processus qui va ainsi permettre le développement de cette instance est double. Il s’agit d’une part de l’idéalisation où l’objet aimé est exalté, traité comme le Moi propre du sujet et exempt de toute critique, et d’autre part de l’identification qui permet quant à elle d’opérer des transformations de cette partie du Moi sur la base de ces objets idéalisés. Notons que c’est grâce à l’idéalisation que la satisfaction narcissique est maintenue.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Idéal du Moi permet donc de maintenir cette satisfaction narcissique en direction du Moi de l’individu qui est lui-même soumis à des exigences de la réalité auxquelles il ne peut répondre. Ces exigences sont prises en charge par cette partie du Moi qu’est l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Le processus d’idéalisation suit ainsi ce que l’on a appelé la logique narcissique qui a la particularité de n’être que de l’ordre des représentations psychiques. Cette logique vient donc s’opposer à celle qui appartiendrait à une réalité extérieure, allant jusqu’à s’imposer devant cette dernière, et permettre la croyance dans le fait que la réalité extérieure est censée se conformer aux désirs des hommes, quel que soit leur capacité de renoncement devant ce qu’impose la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">La contrepartie de la prise en charge par l’Idéal du Moi des renoncements du Moi est que cette formation composite idéale devient un modèle, et soumet en retour le Moi actuel de l’individu à l’obligation de poursuivre des activités qui lui permettent de se rapprocher des objets idéalisés qui constituent la base de cet Idéal du Moi, sous peine de subir la crainte de perdre l’amour des parents, des éducateurs, bref de la cohorte des semblables.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette relation entre le Moi et l’Idéal du Moi sert par ailleurs à appréhender les situations les plus diverses, par exemple celles où un objet est aimé (ou investit narcissiquement par le Moi), ou encore celles où l’individu entretient des relations dans une communauté. Dans ces situations où le processus que l’on a nommé idéalisation sera mis en œuvre, l’objet idéalisé est alors mis à la place de l’Idéal du Moi de l’individu ce qui permet, entre autres, au Moi d’être à l’abri, au moins pendant un temps, des attentes et de la critique de son Idéal du Moi, et de recevoir en somme la satisfaction narcissique recherchée.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Analyse de textes autour de la question du choix du prénom</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc pu constater que Freud s’était intéressé à la question du nom propre dans <em>Totem et Tabou</em>. Arrêtons-nous sur un de ses disciples les plus éminents, Karl Abraham, qui a également écrit quelques observations à peu près à la même époque, mais sur le prénom cette fois.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis nous discuterons d’un ouvrage et d’un article du même auteur, Jean-Gabriel Offroy, qui nous semblent être représentatifs de ce que l’on peut trouver sur le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;"><em>La force déterminante du nom</em>, de Karl Abraham<a href="#_ftn2"><strong>[2]</strong></a></h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Karl Abraham a écrit une petite contribution sur les effets psychiques du nom et du prénom en 1912. « On observe fréquemment qu’un garçon portant le même prénom qu’un homme célèbre, s’efforce de l’imiter ou lui porte un intérêt particulier »<a href="#_ftn3">[3]</a>. Abraham s’intéresse donc plus particulièrement pourrait-on dire au signifié du prénom, à son sens. Il est vrai que le sens d’un prénom, comme nous avons pu le voir avec l’exemple du roman <em>Racines</em>, n’a plus du tout la même importance aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais plus largement, de ce point de vue, il nous semble que les quelques observations qu’Abraham livre dans ce court texte s’inscrivent dans ce que l’on a nommé avec Freud <em>le narcissisme intellectuel</em>, cette logique qui accorde une toute-puissance aux représentations, jusqu’à effectivement parfois modeler la réalité selon celles-ci. N’est-ce pas ce que l’on nomme un acte magique ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;"><em>Le choix du prénom,</em> de Jean-Gabriel Offroy<a href="#_ftn4"><strong>[4]</strong></a></h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le psychosociologue Jean-Gabriel Offroy a écrit un livre qui traite du thème de notre recherche, mais il l’aborde dans une perspective beaucoup plus large. A la fin de son ouvrage, il examine les déterminations psychologiques, et il va le faire armé de concepts psychanalytiques. Il aborde donc le sujet du choix du prénom au travers de multiples déterminations qui se situent tout d’abord sur un plan sociologique. En effet, si nous supposons des déterminations inconscientes quant au choix du prénom d’un enfant, il en existe évidemment bien d’autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Offroy va développer le concept de « projet familial et social ». « Les prénoms ont longtemps indiqué le statut social »<a href="#_ftn5">[5]</a> et une famille est un groupe qui a ses intérêts propres en tant qu’elle est insérée dans une société, c’est-à-dire un groupe social qui la dépasse.</p>
<p style="text-align: justify;">L’institution familiale cherche ainsi à la fois à s’intégrer à ce groupe social, et à s’en différencier en affirmant son unicité. Il est donc question ici de transmission, d’héritage du capital culturel et économique qui permet à la famille de durer dans le temps. Le prénom peut donc être utilisé pour désigner un héritier et va être révélateur de ce projet familial.</p>
<p style="text-align: justify;">Offroy cite par exemple l’utilisation du « Junior » aux Etats-Unis dans certaines « grandes familles » telles que les Kennedy ou encore les Bush. Ainsi, si sur le plan collectif, le prénom peut venir nous renseigner sur la volonté du groupe familial de se perpétuer, sur le plan des individus, il peut être de même, quoique suivant des logiques différentes. N’est-ce pas, entre autres, ce que l’on a vu avec Freud dans son introduction du narcissisme ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce projet familial tend par ailleurs de plus en plus à s’estomper au profit d’un autre type de projet qui concerne cette fois plus précisément le couple. Et c’est là où Offroy nous intéresse un peu plus. Il étudie ce qu’il appelle « le projet parental » qui intègre selon lui « l’histoire personnelle de chacun des parents, ses désirs et ses fantasmes, conscients et inconscients. »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Puis il va décrire une sorte de processus « normal » en trois phases qui, selon lui, devraient permettre l’élaboration du désir inconscient au travers de sa confrontation à la réalité. Toujours selon lui, ce désir doit « se clarifier » et aboutir au projet paternel ou maternel, qui, seul, permettrait aux parents de sortir d’une confusion fantasmatique originelle qu’il suppose.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La première phase qu’il nomme « le prénom narcissique », « la filiation narcissique », correspond donc à l’expression du narcissisme parental où le prénom ne renverrait uniquement qu’au parent qui le choisit. « Il n’y a pas de projet explicite pour l’enfant, simple appendice du désir parental. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On peut sentir d’une part chez lui une certaine idéalisation du désir d’enfant, de l’enfant désiré, programmé, qui serait le seul vrai « bon départ » dans la vie pour un enfant. D’autre part il me semble qu’il y a parfois une confusion chez lui entre le désir conscient des parents, dont l’enfant que l’on programme est l’exemple, et le désir inconscient.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La second phase décrite par Offroy est « la confrontation à la réalité » ou encore « le moi idéal et le prénom » : « si les parents parviennent à dépasser ce stade, ils vont pouvoir accéder à un désir socialisé, confronté à la réalité. »<a href="#_ftn8">[8]</a> C’est pour lui le moment où par exemple l’échographie dévoile le sexe de l’enfant, ce qui a effectivement pour effet de générer un mouvement psychique intense chez les parents correspondant au fait d’imaginer, de réélaborer les représentations qui correspondent à cet enfant imaginaire en intégrant quelque chose de réel (bien souvent c’est effectivement le sexe de l’enfant dévoilé à l’échographie).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enfin, la troisième phase qu’il décrit, advient lorsque selon lui, il y a eu médiation entre tous les désirs contradictoires qui pèsent sur l’enfant, lorsque la réalité des contraintes sociales, des réactions des autres (familles, amis, etc…) devant le prénom, aurait été suffisamment prise en compte.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">D’un point de vue « objectif », c’est-à-dire d’une description du processus du choix du prénom, il nous semble que Offroy apporte des éclaircissements intéressants sur les étapes que traversent les parents, et sa prise en compte des déterminations sociologiques, économiques, culturelles est également à souligner. Il examine et éclaire toutes ces contraintes avant de s’attarder plus précisément sur des aspects inconscients.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais là où nous nous écartons de ce qu’Offroy théorise, c’est quant à sa façon d’utiliser les concepts psychanalytiques de façon normative, pour ne pas dire moralisatrice. Le terme « narcissique » devient par exemple synonyme d’égoïsme, et d’archaïque. Il n’est pas non plus très clair sur la part qu’il donne au « poids du social », à « l’ensemble des contraintes qui vont peser sur l’enfant »<a href="#_ftn9">[9]</a> ou encore à la verbalisation des prénoms qui permettrait aux parents de se dégager des projections qu’ils font sur leur futur enfant. Cela donne l’impression d’une part, d’une conception de la psychanalyse un peu superficielle (« le projet maternel ou paternel, c’est donc un mouvement de conscientisation progressive du désir inconscient »<a href="#_ftn10">[10]</a>) et d’autre part, d’une volonté presque pédagogique en direction de futurs parents qui se retrouveraient devant la difficile tâche de choisir un prénom et qui, en ces temps de trop large permissivité, seraient à éduquer afin de prénommer de la manière la plus éclairée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce qui est « bon pour l’enfant », selon lui, c’est donc « le projet parental bien instruit », qui a su composer avec la réalité et qui peut même nommer la différence sociale, c’est-à-dire ne pas être trop irréaliste en terme de promotion sociale et de réalité économique et sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La dernière remarque que nous ferons concerne un autre aspect de l’idéalisation qu’il nous a semblé lire sous sa plume concernant ce projet parental, à savoir celui de la clarté. Ce projet parental, une fois intégrées toutes les contraintes de « la réalité » familiale, économique, sociale, etc…, devrait être « à peu près clair » afin que peut-être l’enfant puisse s’y identifier sans rencontrer trop de problèmes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il reprend un exemple d’un article de Vincent de Gaulejac<a href="#_ftn11">[11]</a> qui décrit un père ouvrier se battant pour défendre les intérêts de la classe ouvrière mais qui demanderait à la fois à ses enfants de poursuivre ce combat tout en les « poussant » pour qu’ils  « accèdent à la bourgeoisie en particulier par un surinvestissement du culturel »<a href="#_ftn12">[12]</a>. Ce type de conflit ne nous semble pas relevé du registre de la confusion (on finit par se demander ce qu’il critique par ailleurs : le conflit interne du père ou son désir de modification de l’ordre social ?), mais bien plutôt la base de ce qui se transmet généralement. Ce sont bien souvent les conflits qui se transmettent entre les générations, plutôt que les fameuses valeurs.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">D’autres exemples</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Concernant les recherches en psychanalyse sur ce thème de la nomination en général, il est facile de remarquer que la transmission du nom, comme patronyme, a souvent été privilégié, plutôt que celle du prénom. Mais il y a tout de même quelques ouvrages intéressants comme le recueil d’articles écrit sous le direction de Joël Clerget, <em>Le nom et la nomination<a href="#_ftn13"><strong>[13]</strong></a></em>, dans lequel on peut trouver le très bon article de Clerget « L’essor du nom », celui de Jean-Pierre Durif-Varembont « Roman familial et nomination du sujet », ou encore celui de Daniel Sérieys « Comment tu t’appelles ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il existe également le numéro 19 de la revue Spirale sorti en 2001, intitulé <em>Son nom de bébé<a href="#_ftn14"><strong>[14]</strong></a></em>, avec notamment deux articles : celui de Marie-Claude Casper « l’effet de transmission du prénom : d’un héritage à son appropriation », et celui de Jean-Pierre Durif-Varembont « Du pronom au visage, l’appel du nom ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Joël Clerget relève une triple conception de cette nomination<a href="#_ftn15">[15]</a> qui implique l’être, le destin et le sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« a) Le nom est l’être lui-même » : autrement dit, la signification importe peu quant à la fonction de ce prénom. Le plus important, c’est le fait même d’être nommé, dans sa valeur d’unification des multiples liens qui rattachent l’enfant à ses diverses appartenances. « Le nom fait naître à l’existence ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« b) Le nom, c’est le destin. » : cette expression « met une vie dans le pli d’une destinée, c’est à dire dans la lecture des paroles qui président à une vie (…) ». Toutes les paroles qui ont été prononcées pendant l’attente du bébé, les désirs qui ont été façonnés par les histoires individuelles des parents, vont participer à tracer « le sillon d’un chemin de vie ». Le prénom en porterait la trace.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« c) Le nom porte et soutient l’identification symbolique d’un sujet ». Ce prénom, créé de toute pièce ou existant déjà dans une langue, « m’assigne à une relation d’appartenance, à une inscription. En toute rigueur, je ne porte pas mon nom, j’appartiens au nom. » Ainsi, le prénom ne désigne pas simplement une personne, il nomme quelqu’un, un sujet. Et c’est un Autre, qui en procédant à cet acte, l’inscrit du même coup dans une relation symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si ces articles étudient donc différents aspects autour du prénom et ce de manière originale, ils n’abordent le nôtre que transversalement. Aucun n’aborde strictement et spécifiquement le thème de l’Idéal du Moi dans ses effets sur le choix du prénom chez les parents.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Notre hypothèse</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La grossesse est un moment particulier où l’on peut considérer une certaine reviviscence du narcissisme parental. Selon nous, c’est la nature narcissique de l’investissement que peuvent porter les parents à la représentation de l’enfant qui est en jeu et qui est importante.</p>
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom a généralement lieu pendant la grossesse et va se conclure souvent au moment de la naissance (certains parents disent qu’au moment de voir l’enfant et lors du premier appel du bébé par son prénom, le choix devient définitif et surtout « idéal »).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous considérons donc que ce choix, cette attribution du prénom à l’enfant est déterminée en partie par cette reviviscence du narcissisme parental qui a lieu au travers du processus d’idéalisation du futur enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« <em>His Majesty the Baby, </em>comme on s&#8217;imaginait être jadis. Il accomplira les rêves de désir que les parents n&#8217;ont pas mis à exécution, il sera un grand homme, un héros, à la place du père; elle épousera un prince, dédommagement tardif pour la mère. Le point le plus épineux du système narcissique, cette immortalité du moi que la réalité bat en brèche, a retrouvé un lieu sûr en se réfugiant chez l&#8217;enfant. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La logique selon laquelle les idéaux agissent sur le Moi est celle que l’on a nommée, avec Freud, le narcissisme intellectuel. L’immortalité que vise Freud lorsqu’il nomme ces enfants, n’est-elle pas par exemple celle que l’être humain postule dans cet état mythique où l’insatisfaction, la perte, le désir n’existent pas, bref, où il peut enfin jouir du bonheur parfait et permanent ? Le substitut de ce narcissisme primaire postulé par Freud représente cette quête à jamais satisfaite pour retrouver l’unité perdue. C’est ce que représente l’instance de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il nous semble donc que ces rêves, certains désirs inconscients insatisfaits des parents pourraient se trouver en quelque sorte condensés dans cette trace, qu’est le ou les prénoms, et ce à l’insu des parents eux-mêmes. Ce moment d’attente de l’enfant peut être un moment de rapprochement avec les premiers idéaux, autrement dit ces désirs auraient un lien avec les premiers objets constitutifs de l’Idéal du Moi des parents.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, selon nous, l’enfant à venir est tout d’abord un fantasme. Au travers de ce fantasme, le parent s’identifierait à cet objet qu’il va placer en lieu et place de son Idéal du Moi durant la grossesse. Les modalités de constitution des « Idéal du Moi » de chaque parent sont bien évidemment différentes, aussi, elles affecteront le choix du prénom de manière également différente. L’objet-enfant est investi progressivement à l’aide d’une libido que l’on qualifiera avec Freud de narcissique. C’est par exemple le souhait d’avoir un garçon ou une fille. Il peut donc être maintenant paré de toutes les perfections, être exalté psychiquement, autrement dit être idéalisé. Nous pensons que le choix de son prénom est marqué tout d’abord par cette satisfaction toute narcissique du parent et va être lui-même la marque d’un processus d’idéalisation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enfin nous pensons que le prénom va être marqué par la relation qu’entretient le Moi avec ses objets idéaux contenus dans son Idéal du Moi (autrement dit les identifications constitutives à ces objets, avec les éventuels conflits inhérents à des identifications inconciliables). Pour être plus précis, le prénom va être la marque d’une tentative fantasmatique de réalisation des exigences que portent ces figures idéalisées constitutives de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que le Moi pouvait se satisfaire en déplaçant les exigences de la réalité trop lourdes pour lui du côté de l’Idéal du Moi. L’objet-enfant mis à cette place pourra jouer ce rôle de réalisation, d’effectuation de ces exigences, censé assumer ce que le Moi parental a laissé de côté, pour son Idéal, et cela suivant la logique narcissique dans un premier temps (le prénom portera ainsi la trace de désirs irréalisés du parent).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom comporte aussi généralement un moment de compromis si les deux parents sont présents bien entendu. Même si l’un des parents peut parfois être à l’initiative du prénom qui sera choisi, s’ils sont présents, les deux parents participent et délibèrent. Ce n’est pas sans poser quelques problèmes parfois. Ce moment de délibération pourrait également être abordé à l’aide de l’Idéal du Moi précisément dans le fait qu’une famille est en train de prendre le relais d’un couple, sur la base d’un enfant à venir, d’un objet qui est en train d’être idéalisé par les deux parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, l’enfant à venir peut être mis à la place des « Idéal du Moi » individuels de chaque parent, et constituer pendant au moins un temps un idéal collectif, qui va participer à la constitution d’un groupe-famille. Nous ne développerons pas cet aspect d’un point de vue théorique, qui mériterait une analyse à part entière.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Notre hypothèse peut donc maintenant s’énoncer ainsi :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom d’un enfant par un parent s’inscrit dans la tentative d’obtenir une satisfaction narcissique suivant le processus d’idéalisation et la logique narcissique que l’on a décrits. Derrière le choix du prénom, il doit être possible de retrouver la trace des relations qu’entretient le Moi avec son Idéal du Moi. Par <em>trace de ces relations</em>, nous entendons les exigences déplacées dans l’Idéal du Moi et portées par les objets idéalisés constitutifs de cet Idéal du Moi, ainsi que les objets auxquels l’Idéal du Moi s’est identifié lors de son développement. Le prénom marque ainsi le désir de satisfaire ces exigences.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Critique d’un point de vue théorique</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Une définition de l’Idéal incomplète</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J’ai voulu me donner une définition personnelle de l’Idéal du Moi la plus proche des textes de Freud. Et cette recherche avait également pour but de clarifier ce que Freud nomme idéalisation et Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Mas tout en espérant que cette définition ait été satisfaisante, j’estime qu’elle n’est sûrement pas exhaustive. J’ai laissé volontairement de côté par exemple ce que j’aurais pu tirer d’un texte tel que <em>Le moi et le ça</em>. Ce dernier texte est un texte charnière, et de ce fait, il m’a semblé difficile à inclure dans mon étude. Néanmoins, il serait bien entendu intéressant de le faire, afin de saisir un peu mieux comment le concept d’Idéal du Moi devient le concept de Surmoi, de s’attarder sur les différences qui se maintiennent tout de même entre les deux. Car nombre d’auteurs continuent de les distinguer et accordent une grande pertinence à l’Idéal du Moi, quand bien même, on peut avoir le sentiment dans l’œuvre freudienne que les fonctions de cet Idéal se retrouvent subsumées par celles du Surmoi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">L’hypothèse de l’inconscient</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Un autre aspect sur lequel je souhaitais revenir, est une critique que je m’adresse sous forme de recommandation. L’Idéal du Moi me semble faire partie des concepts freudiens difficiles à manier dans une recherche de ce type. A partir du moment où l’on parle de la notion de Moi, il est très facile de basculer vers des aspects uniquement conscients et d’oublier l’inconscient.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Le lien entre le narcissisme et l’Idéal du Moi</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comme je l’ai dit, j’ai circonscrit mon étude théorique concernant l’Idéal du Moi principalement à Freud. Et il reste une articulation que j’ai encore du mal à penser, c’est le rapport difficile entre narcissisme et Idéal du Moi. J’ai l’impression que cela pourrait être dû en partie au fait qu’il est resté tout de même un peu flou chez Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Moi Idéal et Idéal du Moi : un enjeu théorique et pratique ?</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comme je l’ai amplement précisé, j’ai circonscrit mon étude du concept de l’Idéal du Moi aux textes de Freud. Cela m’a semblé suffisamment ambitieux dans un premier temps au regard de ce qu’il fallait essayer de travailler comme textes. Aussi, je n’ai pas emprunté le chemin maintenant bien balisé que certains auteurs ont tracé en distinguant conceptuellement ce que Freud n’a peut-être fait qu’écrire différemment en deux endroits, une fois dans <em>Pour introduire le narcissisme</em> et une fois dans « Le moi et le ça » : l’<em>Ideal-Ich </em>et le <em>IchIdeal </em>traduit en français par Jankélévitch respectivement dans les termes de Moi Idéal et d’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, ce couple de concepts est désormais largement utilisé pour désigner deux formations intrapsychiques différentes. Il semble que le premier psychanalyste qui ait introduit la distinction soit Herman Nunberg (1883-1970).</p>
<p style="text-align: justify;">Il considère que « Le moi encore inorganisé, qui se sent uni au ça, correspond à une condition idéale, et c&#8217;est pourquoi on l&#8217;appelle le moi idéal. Le propre moi est probablement l&#8217;idéal pour le petit enfant, jusqu&#8217;au moment où il rencontre la première opposition à la satisfaction de ses besoins. Dans certains accès catatoniques ou maniaques, dans un certain nombre de psychoses conduisant à la détérioration mentale, et jusqu&#8217;à un certain degré également dans les névroses, l&#8217;individu réalise cette condition idéale dans laquelle il s&#8217;accorde tout ce qui lui plaît et rejette tout ce qui lui déplaît. Au cours de son développement, chaque individu laisse derrière lui cet idéal narcissique, mais en fait il aspire toujours à y retourner, ceci avec plus d&#8217;intensité dans certaines maladies. Lorsque cet idéal est de nouveau atteint pendant la maladie, le patient, en dépit de ses souffrances et de ses sentiments d&#8217;infériorité, se sent plus ou moins tout-puissant et doué de pouvoirs magiques qu&#8217;il place de nouveau au service de ses tendances morbides dans la formation des symptômes. N&#8217;oublions pas que chaque symptôme contient une réalisation de désirs positive ou négative, dont le patient se sert pour atteindre la toute-puissance. Dans les fantasmes de ‘retour au sein maternel’, l&#8217;individu cherche à réaliser cet état idéal de son moi. »<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">On peut le constater, pour Nunberg, le Surmoi et l’Idéal du Moi sont équivalents, mais le Moi Idéal désigne une formation intrapsychique inconsciente narcissique qu’il distingue des deux autres en ce que ce Moi Idéal ne relève pas de la somme des identifications aux objets aimés. Ce n’est donc pas tout à fait la voie que nous avons choisie. Nous pouvons dire que nous n’avons pas cherché à distinguer cet aspect du Moi Idéal nunbergien qui serait la tentative de retour à un état de toute puissance, aux effets des identifications qui seraient la partie constituante de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Nunberg n’est pas le seul. En France, Daniel Lagache (1903-1972) a également mis en avant l’intérêt de distinguer le Moi Idéal de l’Idéal du Moi dans son fameux article « La psychanalyse et la structure de la personnalité »<a href="#_ftn18">[18]</a>. Dans l’avant-dernier chapitre de son article, « Sur la structure du Surmoi », Lagache cherche à clarifier ce qui peut distinguer les trois concepts Moi Idéal, Surmoi et Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">La question qu’il pose est donc celle de savoir s’il faut considérer l’unicité de structure de ces trois termes. Lagache reprend l’idée classique de l’Idéal du Moi comme fonction du Surmoi, et il s’inscrit dans la perspective de Nunberg qui opère cette distinction Idéal du Moi/Moi Idéal. Il pose donc deux problèmes, les rapports entre le Surmoi et l’Idéal du Moi, et ceux entre Idéal du Moi et Moi Idéal. Lagache utilise « un modèle personnologique », c’est-à-dire qu’il tente de penser les relations entre les instances intra-psychiques sur le modèle d’une introjection, d’une intériorisation des relations entre personnes. Cela lui fait dire par exemple : « Dans le modèle personnologique, le surmoi correspond à l’autorité, et l’idéal du moi à la façon dont le sujet doit se comporter pour répondre à l’attente de l’autorité ; le moi-sujet s’identifie au surmoi, c’est-à-dire à l’autorité, et le moi-objet, lui, apparaît ou non conforme à l’idéal du moi. En d’autres termes, nous comprenons le surmoi et l’idéal du moi comme formant un système qui reproduit, ‘à l’intérieur de la personnalité’, la relation autoritaire parents-enfant. » <a href="#_ftn19">[19]</a>. Notons que Lacan avait exploré lui-même cette perspective personnologique dans sa thèse<a href="#_ftn20">[20]</a>, même si c’est ce qu’il va critiquer chez Lagache dans un article que nous présenterons plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrêtons-nous maintenant sur la description du Moi Idéal de Lagache. Pour lui, Freud n’a certes pas distingué cette formation du système Surmoi – Idéal du Moi, mais l’utiliser permettrait tout de même de saisir certains faits cliniques de manière pertinente. Lagache utilise donc le concept de Moi Idéal à l’instar de Nunberg, comme un idéal narcissique de toute-puissance, et l’Idéal du Moi comme les modèles d’autorité, auquel le moi est censé se conformer. Lagache va ensuite décrire les conflits d’identification qui peuvent se produire, par exemple entre l’identification au Moi Idéal et l’identification à l’Idéal du Moi, et réinterprète précisément le conflit oedipien comme « le conflit entre l’identification primaire au père et l’identification secondaire au père, entre le moi idéal et le surmoi – idéal du moi. »<a href="#_ftn21">[21]</a> Nous n’irons pas plus loin dans l’utilisation que Lagache fait de ce concept de Moi Idéal, sinon qu’il s’en sert pour essayer en quelque sort d’affiner l’utilisation du concept de Surmoi dans certaines situations.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour conclure sur cet article, retenons l’idée la plus intéressante pour notre sujet, « l’antinomie du moi idéal et du surmoi – idéal du moi, de l’identification narcissique à la toute-puissance et de la soumission à la toute-puissance (…) »<a href="#_ftn22">[22]</a>. D’un point de vue théorique, la distinction entre Moi Idéal – Idéal du Moi, qui n’existe pas conceptuellement chez Freud, paraît intéressante pour clarifier certains enjeux dans notre problématique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En effet, si l’on considère avec Lagache que les aspects moraux, d’obéissance à la loi sociale, d’autorité morale, appartiennent plutôt au registre de l’Idéal du Moi, et que les idées de grandeur, mégalomaniaques, de toute-puissance, de prestige ou de gloire, sont en revanche du registre du Moi Idéal, alors il faudrait en tenir compte dans une analyse du choix du prénom d’un enfant. Comment repérer les effets de telle ou telle instance dans ce choix ? Cliniquement, quels peuvent être les effets d’un choix relevant de telle ou telle instance ?</p>
<p style="text-align: justify;">etc…</p>
<p style="text-align: justify;">Pour notre part et sur ce point, je pense que la définition que je me suis donnée de l’Idéal du Moi combine les fonctions de ces deux instances, dans la mesure où elle inclue à la fois les exigences portées par certaines figures constitutives de l’Idéal du Moi, sous peine d’être sanctionné par une perte d’amour ; et la satisfaction narcissique qui peut être obtenue par le fait de remplir soit une exigence de type « régressive », c’est-à-dire inscrivant la satisfaction du côté de la toute-puissance ; soit une exigence de type « plus élevée », capable de placer l’Idéal sur le chemin de la sublimation par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sur ce point par ailleurs, je ne souscris pas du tout à l’avis de Chasseguet-Smirgel qui ne trouve aucun intérêt à distinguer Moi Idéal et Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enfin, je pense que Lacan a donné ses lettres de noblesse à la distinction de ces deux instances à l’aide de son modèle construit sur la base d’un schéma optique. Comme nous l’avons écrit plus haut, Lacan va critiquer Lagache sur la base de son article et de son utilisation du « modèle personnologique » dans un article publié dans ses <em>Ecrits</em><a href="#_ftn23">[23]</a> pour présenter ce qu’il entend par la structure du sujet et le processus d’une cure psychanalytique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’allons pas étudier en profondeur cet article de Lacan, ni ses autres remarques que l’on peut trouver dans son séminaire de 1953-1954, <em>Les écrits techniques de Freud<a href="#_ftn24"><strong>[24]</strong></a>.</em> Mais nous dirons cependant que Lacan, à propos de la distinction Moi Idéal, Idéal du Moi, invite Lagache à se tenir « à distance de l’expérience » et du phénomène, au risque de « se fier à des mirages », autrement dit à être plus « structuraliste »…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Relevons tout de même ce que Lacan dit des deux instances dans une de ses tournures qui ont le mérite d’être plus qu’explicites : « (…) dans la relation du sujet à l’autre de l’autorité, l’Idéal du Moi, suivant la loi de plaire, mène le sujet à se déplaire au gré du commandement ; le Moi Idéal, au risque de déplaire, ne triomphe qu’à plaire en dépit du commandement »<a href="#_ftn25">[25]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne présenterons pas non plus le modèle optique<a href="#_ftn26">[26]</a>, mais notons combien il permet de saisir d’une part clairement la distinction du Moi-Idéal et de l&#8217;Idéal du Moi, et d’autre part de comprendre une articulation qui nous paraît essentielle, la dimension symbolique face à la dimension imaginaire, et celle de la nomination. En effet, pour que l&#8217;illusion du vase inversé se produise, autrement dit pour que le sujet ait accès à l&#8217;imaginaire, il faut tout d’abord que l&#8217;œil soit situé dans le cône. Mais ce n’est pas tout, cela dépend également de la situation de cet Œil-Sujet dans la dimension symbolique : ce sont les relations de parenté, le nom et le prénom, etc&#8230;, comme l’écrit ironiquement Lacan : « (…) la place que l&#8217;enfant tient dans la lignée selon la convention des structures de la parenté, le pré-nom parfois qui l&#8217;identifie déjà à son grand-père, les cadres de l&#8217;état civil et même ce qui y dénotera son sexe, voilà ce qui se soucie fort peu de ce qu&#8217;il est en lui-même : qu&#8217;il surgisse donc hermaphrodite, un peu pour voir ! »<a href="#_ftn27">[27]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ceci nous permet de conclure sur la fonction que Lacan attribue à l’Idéal du Moi : « L’idéal du moi commande le jeu de relations d’où dépend toute la relation à autrui. » Dans son modèle optique, Lacan pose en effet que l’inclinaison du miroir qui permet l’illusion narcissique, c’est-à-dire la précipitation de cette image correspondante au Moi Idéal dans laquelle le sujet peut s’aliéner, est commandée par la voix de l’autre, autrement dit par l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« En d’autres termes, c’est la relation symbolique qui définit la position du sujet comme voyant. C’est la parole, la fonction symbolique qui définit le plus ou moins grand degré de perfection, de complétude, d’approximation, de l’imaginaire. »<a href="#_ftn28">[28]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, une piste importante pour poursuivre cette recherche serait d’étudier de manière plus approfondie la fonction de l’Idéal du Moi dans ce registre symbolique au travers de son rôle dans le choix du prénom chez un parent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">L’acte de prénomination et la dimension symbolique du côté de l’enfant</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il existe différentes déterminations à cette étape du choix d’un prénom : des éléments juridiques et institutionnels tout d’abord, qui sont inscrits dans le Code civil et la loi, mais également des facteurs historiques ou religieux. Mais ce qui serait particulièrement intéressant d’interroger serait la dimension symbolique qui engage le sujet dans cet acte qui consiste à nommer quelqu’un à partir de la part de désir inconscient à l’origine de cet acte. Dans nos sociétés occidentales, certaines contraintes pèsent (en effet, aucune société ne laisse totalement libre ce genre de décision), mais le prénom est choisi par les parents, c’est l’acte de prénomination, tandis que le nom est transmis. Ce que nous voulions montrer c’est que cette trace pouvait condenser des éléments d’histoire familiale et des désirs parentaux, en tant que ce prénom pouvait contenir une sorte de dépôt, de leg, antérieur au sujet, constitué par de l’imaginaire parental, et notamment ses idéaux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour conclure sur cet aspect symbolique de l’Idéal du Moi, après l’étude de son impact du côté du parent qui va donner un prénom, cette recherche pourrait également se poursuivre du côté de l’enfant qui va recevoir ce prénom, et s’inscrire ainsi dans le thème plus vaste de la transmission et de ses avatars.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En effet, nous avons également vu, avec Lacan, comment le prénom peut également introduire l’enfant nouveau-né dans une dimension symbolique et lui faire ainsi une place dans une généalogie en lui permettant d’opérer une différence tout d’abord avec autrui, puis de le placer dans un sexe ou l’autre, et enfin de le situer dans la différence des générations. C’est dire combien ce prénom, que l’on pourrait qualifier dans cette perspective d’opérateur différentiel, va tenir une place importante, en faisant tenir ensemble ce qu’on pourrait appeler la dimension corporelle, et imaginaire donc, avec cette dimension symbolique de nature essentiellement langagière. En effet, l’enfant pourra être appelé, pour plus tard dire « je suis Pierre ». Il pourra donc dans un premier temps être nommé, ou pour le dire simplement, son prénom lui ouvre une existence.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais encore faut-il que le sujet s’identifie à ce prénom, le fasse sien, qu’il réponde de son prénom après avoir répondu à son prénom. Cet acte de prénomination pourrait alors être considéré comme une seconde conception, fantasmatique cette fois, de l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette fonction de prénommer un enfant a ainsi pour but moins de singulariser l’être en devenir qu’est l’enfant que de l’agréger à une communauté. Il s’agit d’établir l’être de l’enfant comme sujet d’une communauté et sujet du langage, car le prénom, comme le mot, fait exister, c’est-à-dire étymologiquement « se tenir hors de ». Avec Christian Flavigny, nous dirions que le nom fait « résider au-dehors, situe l’être comme extérieur à lui-même, le situe dans le langage. »<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, à l’instar des exemples que Freud donne dans <em>Totem et Tabou</em> autour des tabous de noms qu’il est dangereux de prononcer, il existe de nombreuses croyances rapportant le pouvoir que l’on peut acquérir sur quelqu’un si l’on connaît son vrai nom, d’où les traditions qui consistent à maintenir le nom secret, à n’utiliser qu’un nom en société, tout en gardant caché un autre nom.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour conclure, nous pouvons maintenant reprendre ce que nous avions laissé de côté à propos de notre interrogation sur ce que Freud avait nommé l’identification au père de la préhistoire personnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avions vu dans <em>Le moi et le ça </em>comment cette identification permettait à un Freud, encore prudent, d’essayer de se passer d’un investissement d’objet préalable : « C’est une identification directe, immédiate, plus précoce que tout investissement d’objet. »<a href="#_ftn30">[30]</a> Et nous en avions conclu d’abord que les identifications narcissiques secondaires n’étaient pas suffisantes pour Freud, puisqu’il se rendait compte qu’il fallait un autre type d’identification, et enfin que ce père devait être d’une autre nature que les parents de l’enfant qui allaient supporter ces identifications narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Maintenant que nous avons dégagé l’importance du registre symbolique avec Lacan, l’identification à ce père bien étrange pourrait se comprendre comme la nécessité pour Freud de supposer une identification à une place, à quelque chose qui manque, nommé par Lacan comme le père symbolique, et qui permettra à la métaphore dite paternelle d’avoir lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je pense que c’est à partir de cette première identification que Freud place à la genèse de l’Idéal du Moi, que nous pourrions être en mesure d’articuler quelque chose d’intéressant sur la transmission entre parent et enfant. Du côté du parent, il faudrait étudier ce qui conditionne l’acte de choisir un prénom, comme nous avons commencé à le faire, et du côté de l’enfant, les conditions qui permettent cette identification première.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h1 style="text-align: justify;">Conclusion</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette conclusion, nous voulions situer  la situation de ce travail de recherche dans la littérature grand public et la psychanalyse, pour parler ensuite de l’intérêt clinique d’une telle recherche.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Entre thème grand public et thème de recherche</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Voici quelques exemples de présentation de livres du type « guide des prénoms pour les parents ». Ces textes sont tirés des présentations des ouvrages que l’on peut trouver sur des sites marchands :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>« </strong><em>Présentation de l&#8217;éditeur</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le prénom idéal, c&#8217;est celui que votre enfant ne se lassera jamais d&#8217;entendre, celui que vous prononcerez toujours avec le même bonheur, celui qui fera partie intégrante de sa personnalité. Comment ne pas vous tromper ? Au-delà de la sonorité qui vous plaît, pensez à l&#8217;harmonie avec son patronyme mais aussi à votre style de vie et à l&#8217;environnement familial.<br />
Si vous aimez les prénoms Théodore, Steven, Clémence ou Britanny, connaissez-vous leur origine, leur signification, leur histoire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour choisir en connaissance de cause, l&#8217;auteur propose de découvrir plusieurs milliers de prénoms français ou étrangers, anciens or modernes, classiques ou originaux, avec, pour chacun d&#8217;eux, l&#8217;origine, la signification, le saint ou le personnage qui l&#8217;a illustré, le jour de la fête les principaux traits de caractère et sa traduction dans différentes langues.<br />
Des idées, des découvertes, des connaissances et beaucoup de plaisir, voici ce que ce guide souhaite vous apporter, pour l&#8217;une des plus belle aventures de votre vie : le choix du prénom de votre enfant. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>« </strong><em>Présentation de l&#8217;éditeur</em></p>
<p style="text-align: justify;">Origines, fêtes à souhaiter, mots-clefs du caractère&#8230;Sujet &#8211; Un prénom, c’est, dans l’esprit de ceux qui le choisissent pour l’enfant à naître, un modèle, une référence, un destin. Mais le prénom, c’est aussi le reflet de la personnalité de celui qui le porte. D’Aaron à Zoé, voici les 1160 prénoms d’aujourd’hui, les plus portés en France l’année 2004, selon une étude de l’INSEE. Pour mieux connaître votre entourage, pour choisir un avenir et comprendre un présent, consultez ce guide. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>« Présentation de l&#8217;éditeur</em></p>
<p style="text-align: justify;">Sitôt que l&#8217;enfant s&#8217;annonce et que l&#8217;on commence à rêver à ce que sera la vie avec ce petit être, une question vient aux futurs parents : comment l&#8217;appeler ? C&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;est pas si facile de choisir le prénom idéal : dans une semblable situation, on a bien besoin d&#8217;un petit peu d&#8217;aide. C&#8217;est précisément ce que vous propose cet ouvrage, qui réunit un ensemble unique d&#8217;informations relatives à près de 6 400 prénoms français, européens et extra-européens. Caractérologie, correspondance astrologique, couleur et chiffres attachés à chaque prénom, mais aussi, bien sûr, fête, origine étymologique, histoire profane et religieuse, vogue actuelle, sans oublier quelques-unes des personnalités marquantes qui ont porté ou portent ledit prénom : un maximum d&#8217;éléments vous sont ici donnés, qui vous permettront de faire votre choix en connaissance de cause. Un formidable outil, vivant, tonique, et qui plus est non dénué d&#8217;humour. Une bien jolie façon de préparer la venue de l&#8217;enfant à naître. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ces livres-guides répondent à une angoisse, « <em>Comment ne pas vous tromper », « Pour choisir en connaissance de cause »,</em> « <em>Pour mieux connaître votre entourage, pour choisir un avenir et comprendre un présent C&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;est pas si facile de choisir le prénom idéal : dans une semblable situation, on a bien besoin d&#8217;un petit peu d&#8217;aide »</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comme je l’ai écrit, je pense que cette logique du narcissisme intellectuel décrite par Freud, c’est-à-dire la croyance dans une certaine magie par rapport aux effets de l’attribution de tel ou tel prénom, est à l’œuvre dans le choix des parents. C’est la problématique du destin contenu dans le prénom qui retient évidemment le plus l’attention du grand public. Nous ne savons pas bien non plus comment cette magie semble opérer parfois non plus, comment l’enfant reçoit son prénom et quels effets cela a-t-il vraiment. Il y a fort à parier que c’est également là que se situe la part de choix qu’est laissée à un sujet d’agir selon ce qui lui est légué.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais quant à ces guides, je pense surtout qu’ils répondent au besoin de maîtriser le devenir de l’enfant suivant cette croyance. Si l’on suit cette logique narcissique, il faut également, comme le dit la présentation, connaître « le maximum d’éléments » pour opérer le choix le plus optimal possible en raison de tous les paramètres.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, face à la liberté plus grande quant au choix des prénoms, il y a peut-être plus d’angoisse chez les parents. Et la psychologie vient essayer d’y répondre. L’offre crée la demande et la demande l’offre, et l’on voit ainsi de plus en plus de « guides de bonnes pratiques » fleurir sur le thème du choix du prénom comme sur beaucoup d’autres ayant trait aux questions que peut se poser tout un chacun, y compris et surtout les futurs parents.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Entre thème de recherche et thème clinique</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce thème de recherche me semble être un bon exemple de la pertinence de la psychanalyse pour investiguer les aléas de la vie psychique, et du risque de la transformer en outil prescriptif, ou moralisateur.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avions cité quelques articles sur le thème de la prénomination sans nous y attarder. Mais un de leur intérêt (dont je n’ai pas parlé), est le fait qu’ils abordaient ce sujet sous l’angle clinique, plutôt que celui de la recherche. Et c’est précisément l’intérêt que nous souhaiterions défendre pour ce thème de recherche.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Jean-Pierre Durif-Varembont déclare par exemple : « Que le travail sur et avec les noms et les prénoms en ce qu’il médiatise la vérité de l’alliance et de la filiation soit une nécessité des entretiens préliminaires, en particulier en psychanalyse d’enfant, c’est ce que m’a appris le cas exemplaire de ce jeune garçon de dix ans que j’ai reçu, il y a quelques années. »<a href="#_ftn31">[31]</a> ; avant de déployer la présentation du cas d’un enfant souffrant d’une phobie au travers de répétitions dans les générations qui l’ont précédé, et l’intérêt de se repérer sur le prénom pour en suivre les effets. Daniel Sérieys développe quant à lui l’hypothèse que « le prénom retenu contient au moins un signifiant de l’histoire parentale »<a href="#_ftn32">[32]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que ce travail présenté ici s’inscrit dans une recherche théorique avant tout, mais je pense qu’il doit soutenir l’intérêt pour une attention particulière dans l’écoute des situations cliniques singulières rencontrées dans la pratique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<h1 style="text-align: justify;">Bibliographie</h1>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Annie Anzieu, Loïse Barbey, Jocelyne Bernard-Nez, Simone Daymas, <em>Le travail du dessin en psychothérapie de l’enfant</em>, Dunod, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Denise Vincent, « Les dessins de l’enfant à l’occasion des premiers entretiens du psychanalyste avec ses parents » in <em>La psychanalyse de l’enfant, revue de l’association freudienne</em>, n°7, 1990, « Le dessin comme d’une écriture ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Maud Mannoni, <em>le premier rendez-vous avec le psychanalyste,</em> Denoël/Gonthier, 1965.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Monique Bydlowski, <em>La dette de vie,</em> PUF, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, sous la direction de Sylvain Missonnier, Bernard Golse, Michel Soulé, Monographies de la psychiatrie de l’enfant, PUF, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Totem et Tabou », in <em>Œuvres complètes, tome XI</em>, PUF, 1998.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, <em>Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, Gallimard, 1987.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Des théories sexuelles infantiles », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Psychologie des masses et analyse du moi », in <em>Œuvres complètes, tome XVI</em>, PUF, 1991.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, <em>L’interprétation des rêves</em>, Œuvres complètes Tome IV, PUF, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « le poète et l’activité de fantaisie », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Œuvres complètes, tome XVI</em>, PUF, 1991</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, « Le roman familial des névrosés », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, <em>Introduction à la psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">Sigmund Freud, <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Karl Abraham, « La force déterminante du nom », <em>Rêve et mythe, Œuvres complètes Tome I</em>, Petite Bibliothèque Payot, 1965.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Janine Chasseguet-Smirgel, <em>La maladie d’idéalité, essai psychanalytique sur l&#8217;idéal du moi</em>, L’Harmattan, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Herman Nunberg , <em>Principes de psychanalyse</em>, PUF, 1957.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Daniel Lagache, <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, PUF, 1982.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Jacques Lacan, « Note sur l’enfant », in <em>Autres Ecrits</em>, Seuil, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">Jacques Lacan, « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in <em>Ecrits I</em>, Points Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;">Jacques Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage », in <em>Ecrits I</em>, Points Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;">Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;">Jacques Lacan, <em>Les écrits techniques de Freud, le séminaire, livre I</em>, texte établi par Jacques-Alain Miller, Editions du Seuil, 1975.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Serge Tisseron, « De la honte qui tue à la honte qui sauve », in <em>Le Coq-héron</em>, 2006/1, n<sup>o</sup> 184.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alain de Mijolla, <em>les visiteurs du Moi, Les Belles Lettres, 2003.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">René Kaës, Haydée Faimberg, Micheline Enriquez, Jean-José Baranes, <em>Transmission de la vie psychique entre générations</em>, Dunod, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sous la direction d’Alberto Eiguer, <em>Le générationnel, Approche en thérapie familiale psychanalytique</em>, Dunod, 2005.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Jean-Gabriel Offroy, <em>Le Choix du prénom</em>, Hommes et perspectives, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Gabriel Offroy, <em>Prénom et identité sociale, du projet social et familial au projet parental</em>, in Spirale, n°19, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Joël Clerget, « Présentation », <em>Son nom de bébé</em>, Spirale, n°19, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Christian Flavigny, « Le (pré)nom comme illustration de la transmission psychique », <em>Actualités transgénérationnelles en psychopathologie</em>, sous la direction de P. Fédida, Echo-Centurion.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Jean-Pierre Durif-Varembont « Roman familial et nomination du sujet », in <em>Le nom et la nomination,</em> sous la direction de Joël Clerget, Erès, 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Daniel Sérieys « Comment tu t’appelles ? », in <em>Le nom et la nomination,</em> sous la direction de Joël Clerget, Erès, 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Laplanche et Pontalis, <em>Vocabulaire de la psychanalyse</em>, PUF, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alex Haley, <em>Racines Tome I et II</em>, J’ai Lu, 1977.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Serge Tisseron, « De la honte qui tue à la honte qui sauve », in <em>Le Coq-héron</em>, 2006/1, n<sup>o</sup> 184.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Karl Abraham, « La force déterminante du nom », <em>Rêve et mythe, Œuvres complètes Tome I</em>, Petite Bibliothèque Payot, 1965.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> <em>Ibid., </em>p. 115.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jean-Gabriel Offroy, <em>Le Choix du prénom</em>, Hommes et perspectives, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Jean-Gabriel Offroy, <em>Prénom et identité sociale, du projet social et familial au projet parental</em>, in Spirale, n°19, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>Ibid. </em>, p. 91.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> <em>Ibid. </em>, p. 93.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Jean-Gabriel Offroy, <em>Le Choix du prénom</em>, Hommes et perspectives, 1993, p. 231</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> <em>Ibid.</em>, p. 232.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> <em>Ibid.</em>, p. 235.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Vincent de Gaulejac, <em>“L’héritage”</em>, Connexions, n°41, 1983.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jean-Gabriel Offroy, <em>Le Choix du prénom</em>, Hommes et perspectives, 1993, p. 226.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> <em>Le nom et la nomination,</em> sous la direction de Joël Clerget, Erès, 1990.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> <em>Son nom de bébé</em>, Spirale, n°19, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Joël Clerget, « Présentation », <em>Son nom de bébé</em>, Spirale, n°19, 2001, p.11 à 12.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 234-235.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Herman Nunberg , <em>Principes de psychanalyse</em>, PUF, 1957.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Daniel Lagache, <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, PUF, 1982</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Daniel Lagache, « La psychanalyse  et la structure de la personnalité », in <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, </em>PUF, 1982, p. 223.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Jacques Lacan, <em>De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité</em>, Points Seuil, Paris, 1975.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Daniel Lagache, « La psychanalyse  et la structure de la personnalité », in <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, </em>PUF, 1982, p. 227.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> <em>Ibid.</em>, p. 230.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Jacques Lacan, <em>Les écrits techniques de Freud, le séminaire, livre I</em>, texte établi par Jacques-Alain Miller, Editions du Seuil, 1975.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999, p. 148-149.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Ce schéma optique est issu d’une expérience de physique où certaines propriétés de l&#8217;optique sont utilisées. Il s&#8217;agit de voir apparaître, dans certaines conditions, un bouquet de fleurs dans un vase réel qui n&#8217;en contient pas. Nous en trouvons une première représentation dans le <em>Séminaire sur les Ecrits techniques de</em> <em>Freud</em> (1953-1954), puis dans l’article « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », ou encore dans le <em>Séminaire sur l&#8217;Angoisse</em> (1962-1963) où il permet à Lacan de traiter de <em>l&#8217;objet a</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999, p. 130.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Jacques Lacan, <em>Les écrits techniques de Freud, le séminaire, livre I</em>, texte établi par Jacques-Alain Miller, Editions du Seuil, 1975, p. 222.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> Christian Flavigny, « Le (pré)nom comme illustration de la transmission psychique », <em>Actualités transgénérationnelles en psychopathologie</em>, sous la direction de P. Fédida, Echo-Centurion.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 271.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Jean-Pierre Durif-Varembont « Roman familial et nomination du sujet », in <em>Le nom et la nomination,</em> sous la direction de Joël Clerget, Erès, 1990, p. 173.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> Daniel Sérieys « Comment tu t’appelles ? », in <em>Le nom et la nomination,</em> sous la direction de Joël Clerget, Erès, 1990, p. 179.</p>
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		<title>Le choix du prénom ou la logique narcissique de l’Idéal du Moi : seconde partie</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Mar 2011 13:18:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[choix du prénom]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[idéal du moi]]></category>
		<category><![CDATA[narcissisme]]></category>
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		<description><![CDATA[Le choix du prénom est une étape, un moment incontournable dans ce que l’on peut appeler la préhistoire de l’enfant. C’est une étape complexe car s’y expriment des choix conscients, des compromis entre les parents, et que nous supposons que s’y manifeste aussi une certaine surdétermination inconsciente. Nous nous sommes proposés d'étudier cette surdétermination inconsciente au regard de l'idéal du moi chez Freud. Nous continuons d'explorer dans cet article la genèse de ce concept dans les écrits freudiens.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: justify;">Suite de l’étude Théorique du concept d’idéal du moi</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Historique du concept d’idéal du moi</h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;">L’idéal est une représentation</h3>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu avec <em>Totem et Tabou </em>que le narcissisme avait fort affaire avec le monde des représentations psychiques. On peut dire que tout ce qui touche à l’idéal pour Freud est de l’ordre des représentations chargées de libido. Et cette libido qui est attachée à ces représentations finit par faire d’elles des objets à aimer et à atteindre.</p>
<p style="text-align: justify;">Le narcissisme est une étape où il s’agit de construire de l’ordre, d’organiser les choses pour construire de l’unité. L’idéal, cette représentation qui va être chargée de libido, est également une représentation unitaire. Et la libido qui l’alimente est d’ordre homosexuelle. Que veut dire homosexuelle dans notre description ? On pourrait la définir simplement comme l’attente de quelque chose, de quelqu’un à la même place où l’on a été aimé. Comme nous l’avons vu, l’identification première, narcissique, va introduire une sorte de contrainte qui vient interférer avec la logique pulsionnelle qui pouvait auparavant se satisfaire à sa guise. Cette identification narcissique, que Freud décrit dans <em>Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci</em>, une fois qu’elle a eu lieu, constitue une première matrice de représentations qui oblige la pulsion et sa satisfaction, à laquelle, on le sait, le sujet ne peut échapper, à choisir un objet particulier. C’est ce que Freud décrit pour Léonard de Vinci. Ce dernier choisit ses objets d’amour, les jeunes hommes dont il s’entoure, et les aime, de la même manière, suivant la même logique, que sa mère l’a aimé, lui.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h3 style="text-align: justify;">l’idéal du Moi est le substitut du narcissisme perdu</h3>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons vu, en 1908, dans <em>Le poète et l’activité de fantaisie</em>, (Lire<a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=279"> l’étude de ce texte dans la première partie</a>) Freud écrit : « A vrai dire, nous ne pouvons renoncer à rien, nous ne faisons qu’échanger une chose contre l’autre ; ce qui paraît être un renoncement n’est en réalité qu’une formation substitutive ou succédanée. »<a href="#_ftn1">[1]</a> Cette idée d’impossibilité de pouvoir renoncer réellement à une satisfaction éprouvée une fois chez l’homme, nous avons vu qu’elle se retrouvait régulièrement sous la plume de Freud. Elle nous semble extrêmement pertinente pour ne pas dire essentielle si l’on veut saisir le détournement que Freud a opéré par rapport à la question des idéaux. En effet, dans l’usage courant, les idéaux sont une chose, comportant un goût d’absolu, c’est-à-dire en opposition à une réalité bassement matérielle, pour laquelle l’homme serait prêt, en général, à renoncer à ses bas instincts pour aspirer vers elle. (Le terme provient également du grec <em>idea</em> qui est une « forme visible ».) Dans la perspective psychanalytique, lié au narcissisme, l’Idéal du Moi devient le substitut de ce dernier, c’est-à-dire qu’il va désigner une forme vide, mais visible, sur laquelle l’homme pourra donc projeter ce qu’il souhaite, et à laquelle sera attachée toute la satisfaction à laquelle il a dut renoncer en quittant le stade dit narcissique. Les idéaux, avec Freud, redescendent ainsi des cieux pour redevenir en fait le support de cette satisfaction sexuelle première et fondamentale qui accompagne l’état de narcissisme. En d’autres termes, ce qui pousse l’homme en avant n’est qu’une espèce de nostalgie d’un ancien état où nous étions nous-même notre propre idéal. L’homme ne renonce donc à rien, mais projette en avant, au-devant de lui, la satisfaction qu’il a dû abandonner provisoirement.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons déjà dit, Freud utilise la notion d’Idéal du Moi pour la première fois dans son texte <em>Pour introduire le narcissisme</em>, mais on peut retrouver la trace de cette notion dans divers articles antérieur à celui-ci.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous allons essayer de dégager quelques propositions de tous ces textes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais lorsque l’on essaie de cerner cette notion, il est préférable de définir des périodes car l’œuvre de Freud est un <em>work-in-progress</em>, et l’Idéal du Moi n’échappe pas à la règle.</p>
<p style="text-align: justify;">Sous la plume de Freud, son sens va progressivement être modifié, et lorsque la seconde topique va émerger et que le Surmoi va prendre toute sa place, l’Idéal du Moi et ses fonctions vont être refondues dans cet autre héritier, mais du complexe d’Œdipe cette fois, qu’est le Surmoi.</p>
<p style="text-align: justify;">En suivant par exemple Chasseguet-Smirgel<a href="#_ftn2">[2]</a>, nous délimitons ainsi deux périodes :</p>
<p style="text-align: justify;">La première allant jusque 1914 et le texte sur le narcissisme : Freud avance certaines propositions quant à la nature et finalement le rapport de l’idéal du Moi avec le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous choisirons :</p>
<p style="text-align: justify;">« Le roman familial du névrosé »</p>
<p style="text-align: justify;">« Pour introduire le narcissisme »</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde démarrant donc après 1914, où l’idéal du Moi est cette fois situé dans ses rapports avec l’instance morale et critique puis avec sa transformation en Surmoi</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, nous choisirons :</p>
<p style="text-align: justify;">« Psychologie des masses et analyse du moi »</p>
<p style="text-align: justify;">« Le moi et le ça »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Etude du texte : « le roman familial du névrosé »</h2>
<p style="text-align: justify;">Le premier texte que nous avons choisi est donc celui de 1908 : <em>le roman familial du névrosé</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce texte, Freud propose d’emblée un idéal dans le développement de l’individu : « se détacher de l’autorité de ses parents »<a href="#_ftn3">[3]</a>. Et il ajoute que la caractéristique principale du névrosé, c’est que ce dernier a échoué dans cette tâche. Mais plus précisément, et avant cette étape, Freud évoque ce « souhait le plus intense et le plus lourd de conséquences, c’est le « devenir grand comme père et mère »<a href="#_ftn4">[4]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à l’insatisfaction de certaines situations où l’enfant se sent mis à l’écart par ses parents, où il se sent ne plus être le centre unique de leur attention, ou en d’autres termes, il pense que son amour n’est pas pleinement reconnu et réciproque, il se met à fantasmer qu’il y a des parents ailleurs qui sont sans aucun doute meilleurs et donc qu’en définitive, il ne peut être qu’ « un enfant d’un autre lit ou un enfant adopté »<a href="#_ftn5">[5]</a>. L’enfant met alors en place une activité de fantaisie, une rêverie diurne dont la fonction est « d’accomplir des souhaits, corriger la vie, et qu’ils ont principalement deux buts, érotiques et ambitieux »<a href="#_ftn6">[6]</a>. Ces fantasmes vont alors se structurer à ce moment en ce que Freud va appeler « le roman familial des névrosés ». Autrement dit, l’enfant se met à fantasmer d’autres parents mieux à même d’être idéalisés.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, Freud montre qu’au final, derrière le souhait de remplacer ses parents que l’enfant estime insatisfaisants, se cache, à demi, le souhait de retrouver le temps originaire où l’enfant tenait ses parents pour les personnes les plus estimables au monde, car les parents fantasmés ne le sont en fait que sur la base de traits des parents véritables. Freud en conclue par ailleurs que « la surestimation enfantine des parents est donc maintenue aussi dans le rêve de l’adulte normal. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que nous pouvons retenir d’intéressant pour notre thème dans ce texte, c’est d’une part la proposition de Freud concernant un des premiers idéaux de l’enfant dans son développement : devenir grand comme ses parents (Pourrait-on dire alors que les parents s’imposent de l’extérieur comme des objets sur lesquels la libido sera déplacée, du narcissisme donc vers ces objets tenant la place d’Idéal du Moi de l’enfant, pour faire le lien avec le futur texte de 1914, <em>Pour introduire le narcissisme</em> ? C’est ce que nous postulons). Et d’autre part, loin de vouloir simplement remplacer les parents, ou plus précisément le père, c’est l’idéalisation de ce dernier qui est bien souvent à l’œuvre dans ce roman familial.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, retenons que chez le névrosé, cette idéalisation devient bien souvent un obstacle à l’émancipation de l’individu de l’autorité parentale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;">Etude de « Pour introduire le narcissisme »</h2>
<h3 style="text-align: justify;">La sortie du narcissisme</h3>
<p style="text-align: justify;">« Le développement du moi consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme. Cet éloignement se produit par le moyen du déplacement de la libido sur un idéal du moi imposé de l’extérieur, la satisfaction par l’accomplissement de cet idéal. »<a href="#_ftn8">[8]</a> Par ces deux phrases situées vers la fin de son texte, il nous semble que Freud résume admirablement ce qu’il va développer dans le dernier chapitre de ce texte, et ce que nous souhaiterions reprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans le chapitre trois de son essai, après avoir exposé ses vues sur le narcissisme au travers des exemples tels que la maladie ou encore la vie amoureuse, que Freud va introduire pour la première fois la notion d’Idéal du Moi. En effet, comme nous l’avons déjà amplement commenté, l’idée d’une renonciation totale impossible à une satisfaction auparavant éprouvée est une idée importante pour Freud, et il est normal qu’on la retrouve ainsi mise en œuvre au cours de ce texte. Au narcissisme décrit, il lui faut substituer une autre notion qui va pouvoir expliquer le développement du moi, même si le moi comme concept reste encore non élaboré : c’est l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Néanmoins, Freud semble hésitant dès le début du troisième chapitre : « Les perturbations auxquelles est exposé le narcissisme originel de l’enfant, ses réactions de défense contre ces perturbations, les voies dans lesquelles il est de ce fait poussé à s’engager, voilà ce que je voudrais laisser de côté, comme un matériau important qui attend encore d’être travaillé à fond »<a href="#_ftn9">[9]</a> Comment en effet expliquer la sortie du narcissisme, « Qu’est-il advenu de sa libido du moi ? »<a href="#_ftn10">[10]</a> se demande Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Il va donc faire rentrer en jeu ce qu’il appelle dans un premier temps « l’estime de soi qu’a le moi ». En effet, plutôt que de choisir la voie de la castration comme menace pour en quelque sorte enclencher le développement du moi et donc la sortie du narcissisme, Freud préfère la voie de la soumission à (la voix de) l’autorité, aux exigences d’une formation psychique qui viendrait en somme faire fonction d’idéal auquel le moi sera dorénavant jugé selon les exigences promues par cet instance.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette perspective lui permet effectivement d’une part de maintenir actif le narcissisme qui s’est « déplacé sur ce nouveau moi idéal qui se trouve, comme le moi infantile, en possession de toutes les précieuses perfections. »<a href="#_ftn11">[11]</a> Et d’autre part, cela lui permet de fonder la condition même du refoulement opéré du côté du moi à partir de la formation de cette instance de l’Idéal du Moi : « La formation d’idéal serait du côté du moi la condition du refoulement. »<a href="#_ftn12">[12]</a> Il nous semble que c’est montrer d’autant l’importance de cette formation d’idéal que d’en faire la condition du refoulement, tant ce dernier mécanisme tient une place fondamental dans l’édifice théorique freudien.</p>
<h3 style="text-align: justify;">L’Idéal du Moi comme substitut du Narcissisme</h3>
<p style="text-align: justify;">A ce stade de son élaboration théorique, pour Freud, la sortie du narcissisme est donc en corrélation directe avec cette formation d’idéal qui lui fait suite. Mais la question devient alors qu’est-ce qui a fait basculer l’enfant de cet état où il était encore en mesure de se prendre lui-même comme idéal vers celui où désormais il sera jugé selon cet idéal. Freud écrira que ce sont « les semonces encourues »<a href="#_ftn13">[13]</a> dont nous déduisons qu’elles sont admonestées par les parents ou autres éducateurs. Ces semonces, dont Freud précise qu’elles sont transmises par la voix, vont finalement constituer la fameuse conscience morale, le gardien de l’Idéal du Moi, qui va devenir ainsi l’instance de jugement du moi à l’aune de son idéal. Nous comprenons alors combien ce texte va être précurseur des élaborations futures concernant l’instance du surmoi, et ses rapports à la voix. D’ailleurs, au fil de ce texte, nous pouvons voir que Freud commence déjà à rapprocher l’Idéal du Moi et cette fonction de conscience morale avec la fonction de censure, avec l’exemple du rêve. Dans la suite de sa théorie, et ses réécritures successives de la théorie psychanalytique, il aura ainsi de plus en plus tendance à rassembler toutes ces fonctions dans une seule instance, le futur surmoi.</p>
<h3 style="text-align: justify;">L’Idéal du Moi dans le développement du Moi</h3>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que le premier idéal de l’enfant était sous-tendu par le souhait de devenir grand comme ses parents, et finalement qu’un des premiers idéaux que l’enfant se constituait était son père.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a donc déplacement de la satisfaction narcissique (celle de pouvoir se prendre soi-même comme son propre idéal) vers les premiers idéaux (le père, les parents, les grands-parents, qui cèderont la place ensuite aux différents éducateurs de l’enfant) construits sur la base d’objets extérieurs. Le développement du Moi peut ainsi débuter d’une part à l’aide de cette aspiration à retrouver cette satisfaction perdue qui se trouve maintenant en lieu et place de l’Idéal du Moi : « Il cherche à recouvrer sous la forme nouvelle d’un Idéal du Moi cette perfection précoce qui lui a été arrachée. Ce qu’il a projeté en avant de lui-même comme un idéal est simplement le substitut du narcissisme perdu de son enfance, du temps où il était son propre idéal. »<a href="#_ftn14">[14]</a> D’autre part ce sont les admonestations des éducateurs qui vont peu à peu éveiller le jugement de l’enfant. Dorénavant, comme l’écrit Freud, « La formation d’idéal augmente, comme nous l’avons vu, les exigences du moi, et c’est elle qui favorise le plus fortement le refoulement »<a href="#_ftn15">[15]</a> Cette formation qu’est l’Idéal du Moi agit en partenariat avec une autre instance que Freud a déjà mis au jour et utilisée dans sa théorie, c’est celle de la conscience morale.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, on a d’un côté l’Idéal du Moi à atteindre, et de l’autre la conscience morale, érigée comme gardien qui observe et mesure l’écart entre le moi et son idéal ; cette mesure conditionnant le refoulement comme on l’a déjà précisé. Il nous semble cependant que cette distinction Idéal du Moi et conscience morale, ou conscience critique, s’efface de temps à autre devant l’idée d’un Idéal du Moi qui contiendrait les deux fonctions.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Etude de « Psychologie des masses et analyse du moi »</h2>
<h3 style="text-align: justify;">La piste de l’identification avec Deuil et Mélancolie</h3>
<p style="text-align: justify;">A la fin de son texte <em>Pour introduire le narcissisme</em>, Freud écrivait que « de l’idéal du moi une voie significative conduit à la compréhension de la psychologie des masses. Outre son côté individuel, cet idéal a un côté social, c’est également l’idéal commun d’une famille, d’une classe, d’une nation. »<a href="#_ftn16">[16]</a> Freud va donc mettre en pratique en 1921 ce programme énoncé en 1914.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud avait déjà parlé d’ « angoisse sociale » à la toute fin de son introduction au narcissisme, et il situait sa nature comme narcissique. Il la faisait dériver par ailleurs d’un non-accomplissement de l’idéal qui, écrit-il, « libère de la libido homosexuelle, qui se transforme en conscience de culpabilité (angoisse sociale). »<a href="#_ftn17">[17]</a> La crainte de perdre l’amour des parents, puis celui des « compagnons » de la foule, est placée comme équivalent de cette conscience de culpabilité dans ce texte de 1914. Cette angoisse prenant sa source dans cette crainte de perdre l’amour de son semblable va être placée dans P<em>sychologie des masses et analyse du moi </em>comme moteur par rapport à l’accomplissement de l’activité qui mène aux idéaux. C’est une des pistes que Freud va donc suivre dans son essai de 1921, qui peut être considéré comme une exploration théorique, une analyse du moi comme Freud la nomme, à travers la nouvelle compréhension de cette instance qu’est l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre-temps, dans la vingt-sixième leçon de son <em>Introduction à la psychanalyse</em>, intitulée « La théorie de la libido et le narcissisme », Freud a résumé ce qu’il a élaboré sur le narcissisme en 1914. Mais ce qu’il y a d’intéressant, c’est qu’il lie ses découvertes avec ce qu’il a écrit dans <em>Deuil et Mélancolie<a href="#_ftn18"><strong>[18]</strong></a> </em>écrit en 1915. D’une part, il utilise maintenant cette instance de l’Idéal du Moi, traduit comme Moi Idéal, pour décrire l’éventuel accès mélancolique d’un individu : « Il sent en lui le pouvoir d’une instance qui mesure son moi actuel et chacune de ses manifestations d’après un moi idéal qu’il s’est créé lui-même au cours de son développement. Je pense même que cette création a été effectuée dans l’intention de rétablir ce contentement de soi-même qui était inhérent au narcissisme primaire infantile et qui a depuis éprouvé tant de troubles et de mortifications. »<a href="#_ftn19">[19]</a> Et d’autre part, il va utiliser de plus en plus sa découverte au sujet de l’identification à l’objet perdu dans la mélancolie pour construire son concept d’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">L’instance qui surveille, Freud la nomme cette fois, le censeur du moi, et la décrit également comme l’influence des parents, éducateurs ou encore issue d’identifications. On a donc le surveillant d’un côté et la crainte qu’il inspire de l’autre. Si l’individu ne se montre pas à la hauteur, l’amour pourrait lui être retiré, c’est l’angoisse sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, son essai <em>Psychologie des masses et analyse du moi</em>, nous apparaît d’une part dans la lignée de <em>Totem et </em>Tabou, c’est-à-dire dans la possibilité de faire des analogies entre la psychologie collective et la psychologie individuelle, et d’autre part comme un développement de l’essai d’introduction du narcissisme, mais armé des outils qu’il a puisés dans son travail <em>Deuil et mélancolie</em>, écrit entre-temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Ses outils pour aborder le développement, la constitution du moi, sont bien évidemment liés à la notion d’identification, notamment narcissique : l’identification du moi à l’objet perdu. On retrouve donc l’identification, dont on a dit quelques mots à propos de Léonard de Vinci et lors de notre évocation de l’histoire du concept de narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Jusque ici, nous avons voulu décrire la formation, la genèse, de l’Idéal du Moi, au sein de la relation entre l’enfant et ses parents, dans la perspective des liens qui unissent <em>l’enfant par rapport à ses parents</em>. Au travers des descriptions que Freud donne de l’idéalisation, nous allons également adopter une perspective qui va tenter de décrire les relations dans l’autre sens, c’est-à-dire <em>des parents par rapport à l’enfant</em>. Nous allons voir que ce qu’écrit Freud sur l’Idéal du Moi et ses liens par rapport à l’objet-enfant peut éventuellement nous éclairer.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Le chapitre sept : l’identification</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans cet essai, Freud consacre un chapitre entier, le chapitre sept, sur l’identification. On peut observer que d’emblée, il rappelle ce que nous avions relevé à propos de son texte <em>Le roman familial du névrosé</em>, « Le petit garçon fait montre d’un intérêt particulier pour son père, il voudrait devenir comme lui, prendre sa place en tous points. Disons-le tranquillement, il prend son père comme idéal. »<a href="#_ftn20">[20]</a> Cette première identification, Freud en fait même le tremplin pour aborder le complexe d’Œdipe.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons dit, l’identification du moi à l’objet perdu, isolée dans <em>Deuil et Mélancolie</em> et servant en fait de substitut à l’objet, pour le moi, est maintenant une chose acquise et un précieux outil dans l’analyse du développement de l’instance du moi pour Freud. Avec cette notion d’Idéal du Moi, Freud s’est également doté d’un modèle, c’est celui du moi partagé en deux, dont l’une des parties est maintenant bien identifiée par Freud comme l’Idéal du Moi. Il reste maintenant à mieux définir les liens qui unissent les deux parties du Moi ainsi distinguées. C’est ce que nous allons voir.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais on peut également remarquer que le mouvement d’assimilation de la conscience morale à l’Idéal du Moi continue. Freud attribue maintenant à l’Idéal du Moi les « fonctions d’auto-observation, la conscience morale, la censure onirique et l’exercice de l’influence essentielle lors du refoulement. »<a href="#_ftn21">[21]</a> La fonction du surveillant fait maintenant partie de l’Idéal du Moi. Enfin Freud l’écrit maintenant en toutes lettres : l’Idéal du Moi est une instance et elle est « l’héritière du narcissisme originaire, au sein duquel le moi de l’enfant se suffisait à lui-même. »<a href="#_ftn22">[22]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Concernant cette nouvelle instance il explique à présent son développement dans les termes suivants :</p>
<p style="text-align: justify;">« Progressivement, elle adoptait du fait des influences de l’environnement, les exigences que celui-ci posait au moi et auxquelles le moi ne pouvait pas toujours répondre, si bien que l’homme, là où il ne peut être satisfait de son propre moi, pouvait tout de même trouver sa satisfaction dans un idéal du moi différencié du moi. »<a href="#_ftn23">[23]</a></p>
<p style="text-align: justify;">On retrouve là le thème de la fonction <em>d’épreuve de la réalité</em> que Freud va attribuer un temps à l’Idéal du Moi avant de se dire qu’il avait commis une erreur et de la réintégrer du côté du moi. Nous verrons cela plus loin. Mais en tout cas, nous avons là un point intéressant : <em>le réconfort trouvé dans l’idéal</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’idéal du Moi gère en quelque sorte les insatisfactions du Moi devant la réalité en réparant le préjudice subi par ce Moi. Là où ce dernier échoue à faire face, l’Idéal du Moi réussit, et l’individu peut ainsi se réjouir quand même.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous faut maintenant décrire un autre mécanisme que Freud aborde un peu plus loin dans son texte.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Le processus d’idéalisation</h3>
<p style="text-align: justify;">Freud continue effectivement son étude à partir de l’état amoureux et d’une pratique qu’il connaît bien, l’hypnose. Son objectif est maintenant d’être en mesure de rendre compte du processus même de l’idéalisation, grâce à son outil (l’identification) et son modèle de développement du Moi à l’aide de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut noter que Freud aborde une nouvelle fois ce processus d’idéalisation. Il s’y était attardé lors de l’introduction du narcissisme, pour le distinguer de la sublimation. Freud y expliquait que tandis que cette dernière porte sur la libido d’objet et que son objectif est de faire changer de but la pulsion (Toute la difficulté de la sublimation est bien d’échanger le but sexuel originaire contre un autre but qui ne soit plus sexuel<a href="#_ftn24">[24]</a>) l’idéalisation concerne principalement l’objet et que « celui-ci est agrandi et exalté psychiquement sans que sa nature soit changée. »<a href="#_ftn25">[25]</a> Enfin l’idéalisation peut concerner la libido narcissique mais également la libido d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud reprend donc la notion dans <em>Psychologie des masses et analyse du moi</em> car il a maintenant  les moyens de l’affiner. Il peut lui donner un but, qui va être la satisfaction narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin de notre étude sur le narcissisme (Lire<a href="../?p=279"> l’étude de ce texte dans la première partie</a> et dans la série des articles<strong> </strong><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=62">Narcissisme et adolescence</a>), nous nous demandions comment il était possible d’articuler le narcissisme et l’Idéal du Moi dans la relation qui se construit entre les parents et leur représentation de l’enfant à venir.</p>
<p style="text-align: justify;">En reprenant la description de ce processus d’idéalisation dans ce texte, il nous semble que Freud nous indique d’une part la voie pour saisir comment l’on peut penser cette articulation, et d’autre part comment cette instance de l’Idéal du Moi se construit.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant la construction de l’Idéal du Moi chez l’enfant, l’idéalisation va concerner tout d’abord les parents de l’enfant. Nous avons vu que devant les exigences de l’environnement qui mettent le moi de l’enfant en difficulté, l’Idéal du Moi allait servir de réceptacle ou de projection par déplacement, en quelque sorte, des insatisfactions du moi : ainsi la mère ou le père seront pourvus des possibilités et des perfections que le moi ne se sentira pas avoir. Ces premiers objets, les parents, sont alors aimés et surtout idéalisés. Ils pourront constituer ainsi, à l’aide du mécanisme de l’identification, la base des idéaux, et donc une partie de l’Idéal du Moi. Cette description permet de mieux saisir comment se construisent les idéaux de l’enfant sur la base de ses premiers objets idéalisés.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant cette fois la relation parents-enfant que nous avons abordée au cours de notre étude sur le narcissisme, et notre interrogation sur la possibilité d’articuler narcissisme et Idéal du Moi au sein de cette relation, à l’aide de cette description du processus d’idéalisation, nous avons maintenant des éléments nouveaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons dit que là où le Moi pouvait échouer à faire face aux exigences de la réalité, l’idéal du Moi pouvait réussir, et l’individu pouvait ainsi se satisfaire quand même. Cette satisfaction étant d’ordre narcissique et <em>a priori</em> non pulsionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous semble que c’est là une description intra-psychique des rapports qui peuvent s’instaurer entre des parents et leur enfant. Là où le parent peut avoir subi quelque échec dans sa vie, ou a dû s’adapter à la réalité au prix de quelque désagrément, (comme la honte qu’il a pu ressentir d’avoir eu tel parent, à porter tel nom, tel prénom, etc…) il va pouvoir se réjouir en tentant de réparer quelque chose qui lui est propre en pensant que son enfant peut, lui, y échapper.</p>
<p style="text-align: justify;">Voyons maintenant comment Freud va aller plus loin dans les relations qui peuvent unir le Moi, l’objet aimé et l’Idéal du Moi.</p>
<h3 style="text-align: justify;">« L’objet est mis à la place du moi ou de l’idéal du moi »<a href="#_ftn26"><strong>[26]</strong></a></h3>
<p style="text-align: justify;">Ce qui nous intéresse toujours, c’est la description qu’il fait du processus de l’idéalisation dans certaines formes de l’état amoureux : « nous reconnaissons que l’objet est traité comme le moi propre, donc que dans l’état amoureux une certaine quantité de libido narcissique déborde sur l’objet. Dans maintes formes de choix amoureux, il devient même évident que l’objet sert à remplacer un Idéal du Moi propre, non atteint. On l’aime à cause des perfections auxquelles on a aspiré pour le moi propre et qu’on voudrait maintenant se procurer par ce détour pour satisfaire son narcissisme. »<a href="#_ftn27">[27]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il nous semble que cette longue citation trouve parfaitement écho à ce que nous disions du lien amoureux entre les parents et leur enfant. A la fin de notre étude du texte, <em>Pour introduire la narcissisme</em>, nous nous demandions comment la relation parent-enfant, comment l’amour parental pour un enfant s’articulait avec le narcissisme et l’Idéal du Moi des parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Si nous remplaçons <em>l’objet </em>dans la citation de Freud par <em>l’enfant</em>, nous obtenons :</p>
<p style="text-align: justify;">« nous reconnaissons que <em>l’enfant</em> est traité comme le moi propre, donc que dans l’état amoureux une certaine quantité de libido narcissique déborde sur <em>l’enfant.</em> […] il devient même évident que <em>l’enfant</em> sert à remplacer un idéal du moi propre, non atteint. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi les parents pourraient aimer l’enfant pour la satisfaction narcissique (le moi peut à nouveau se prendre lui-même comme idéal au travers de l’objet aimé) qu’ils pourraient retirer des perfections qu’ils attribueraient à leur enfant. Et ceci pourrait avoir lieu parce qu’ils placeraient dans ce cas l’enfant en lieu et place de leur Idéal du Moi non satisfait.</p>
<p style="text-align: justify;">De cette manière, et au travers de ce lien amoureux, l’Idéal du Moi des parents ne viendrait donc plus critiquer le moi propre des parents, car c’est bien là qu’entre en jeu normalement la fonction de surveillant de l’Idéal du Moi (qui évalue la distance entre le moi actuel et son idéal).</p>
<p style="text-align: justify;">L’idéalisation de l’objet (ou de l’enfant) ainsi que l’état amoureux pourraient croître de concert. Freud écrit que « le moi devient de moins en moins exigeant et prétentieux, l’objet de plus en plus magnifique et précieux »<a href="#_ftn28">[28]</a>, « si bien que l’autosacrifice de celui-ci devient une conséquence naturelle. »<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes conscients que cette manière de décrire le lien parent-enfant en utilisant cette formule freudienne célèbre qu’est <em>« L’objet s’est mis à la place de l’idéal du moi » </em>est peut-être un peu caricaturale. Néanmoins, elle nous paraît juste si on la prend comme ce qui peut se jouer « à l’extrême » ou dans les marges d’autres mécanismes que nous ne décrirons pas ici et qui viendraient en pratique faire obstacle à la pleine réalisation de ce que l’on vient de décrire. Mais poursuivons plus avant la façon dont Freud tente de rendre compte de ce processus d’idéalisation, car il semble buter ou hésiter devant un point étrange à première vue.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud tente en effet de compléter sa démonstration en essayant de distinguer l’identification et l’état amoureux d’une façon qui nous a laissé quelque peu perplexe. Avec l’identification, il lui semble reconnaître le cas « classique », l’identification narcissique, autrement dit celui où le Moi se pare des qualités de l’objet perdu, le Moi se transforme à cause de la perte de son objet. Tandis que dans l’état amoureux, Freud semble laisser supposer qu’il considère cette fois le processus quasi inverse : l’objet se serait presque mis à la place du Moi. En fait, avec ce passage, nous pensons que Freud commence à abandonner là une partie de l’argument issu de <em>Deuil et Mélancolie</em>, celle qui dit que le Moi ne peut s’identifier à l’objet aimé que parce que ce dernier a été perdu au préalable. Et qu’il considère en fait que l’état amoureux donne peut-être l’exemple qu’il n’est nul besoin de renoncer à l’objet aimé pour que le Moi s’identifie à lui. Nous pensons reconnaître là les prémisses de ce qu’il développera dans son essai ultérieur <em>Le moi et le ça</em> lorsqu’il décrira une des voies par lesquelles le Moi peut maîtriser le ça : « Quand le moi adopte les traits de l’objet, il s’impose pour ainsi dire lui-même au ça comme objet d’amour, il cherche à remplacer pour lui ce qu’il a perdu en disant : ‘Tu peux m’aimer moi aussi, vois comme je ressemble à l’objet’. »<a href="#_ftn30">[30]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Freud, cette réflexion sur l’identification et l’état amoureux aboutit à une interrogation sur la place de l’objet vis à vis du Moi et de l’Idéal du Moi. Il nous dit en fait hésiter devant le fait que l’objet serait plutôt mis à la place du Moi ou de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrivé à ce point quant à nos propres interrogations concernant les liens qui unissent le Moi, l’objet aimé et l’Idéal du Moi, nous pouvons tenter de faire un schéma qui nous aiderait peut-être à nous représenter les choses :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/03/Coïncidence-entre-Moi-et-Idéal-du-Moi-à-l’aide-de-l’objet-aimé1.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-408" title="Coïncidence entre Moi et Idéal du Moi à l’aide de l’objet aimé" src="http://vincent-le-corre.fr/wp-content/uploads/2011/03/Coïncidence-entre-Moi-et-Idéal-du-Moi-à-l’aide-de-l’objet-aimé1-1024x626.jpg" alt="" width="1024" height="626" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce schéma permet de décrire l’équilibre qui se crée entre les trois éléments : le Moi, l’objet aimé et l’Idéal du Moi. Nous pourrions même ajouter un quatrième élément, la réalité et ses exigences.</p>
<p style="text-align: justify;">La coïncidence entre le Moi et son idéal engendre une sorte de régression, un retour de satisfaction de nature narcissique. Et nous comprenons qu’il peut avoir lieu lorsque le Moi s’identifie avec l’objet aimé, et lorsque l’objet aimé prend la place d’un idéal du Moi non atteint.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela nous permet de comprendre l’hésitation de Freud devant le fait de savoir si l’objet est mis à la place du moi ou de l’Idéal du Moi et de nous dire qu’au final, dans le lien amoureux qui unit le Moi à l’objet, il y a au fond une identification, ce qui résoudrait la question. L’objet affecterait le Moi et l’Idéal du Moi, mais selon deux processus différents.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc vu plus haut que l’idéal du Moi permettait « d’effacer » les insatisfactions du Moi devant la réalité en réparant le préjudice. Là où le Moi échoue à faire face, l’idéal du Moi peut réussir, et l’homme peut ainsi à nouveau se réjouir. Si l’enfant comme objet aimé, auquel le parent peut donc s’identifier, peut être également mis à la place de l’idéal du Moi du parent, et si l’individu peut à nouveau se satisfaire avec son Idéal du Moi à la place des échecs essuyés par son propre Moi, alors nous pouvons nous dire que nous avons décrit là la relation complète qui peut s’instaurer sur la base de cette identification narcissique entre un père ou une mère et son enfant.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><br />
</em></p>
<h3 style="text-align: justify;">Une sensation de triomphe</h3>
<p style="text-align: justify;">La seconde partie de ce chapitre permet à Freud d’aborder l’hypnose et d’ajouter que « parmi les fonctions de l’idéal du moi, il y avait aussi l’exercice de l’épreuve de réalité. »<a href="#_ftn31">[31]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Comment comprendre cette remarque sur cette nouvelle fonction ? Nous avouons qu’il nous est difficile de saisir pourquoi Freud en vient à l’ajouter ici. Toujours est-il que dans <em>Le moi et le ça</em>, auquel nous nous attacherons plus loin, Freud revient sur cette assertion en disant en note de bas de page qu’il s’est tout simplement trompé : « J’ai seulement commis une erreur qui exige rectification, en attribuant à ce sur-moi la fonction de l’épreuve de réalité. Il serait tout à fait conforme aux relations du moi avec le monde de la perception que l’épreuve de réalité demeure la tâche propre au moi. »<a href="#_ftn32">[32]</a></p>
<p style="text-align: justify;">L’exemple de l’hypnose lui permet également d’aborder les rapports affectifs au sein d’une foule. Freud va ensuite prendre la foule comme la « reviviscence de la horde originaire »<a href="#_ftn33">[33]</a> celle-là même qu’il a étudiée dans <em>Totem et Tabou,</em> et aboutir à la description du fameux père originaire comme idéal de la foule « qui domine le moi à la place de l’idéal du moi. »<a href="#_ftn34">[34]</a> Freud décrit ainsi le processus qui serait le même dans l’hypnose ou dans la horde ou la foule, et qui mène l’individu à abandonner son Idéal du Moi au profit d’un Idéal du Moi collectif qui vient alors s’incarner dans la personne du chef, ou du père originaire : un objet extérieur faisant office d’Idéal du Moi. Les individus peuvent alors se sentir tous égaux, aimés de manière égale par leur chef, et enfin s’identifier les uns aux autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous semble intéressant de relever le parallèle que Freud avait suggéré à la fin de son texte d’introduction sur le narcissisme en prenant pour équivalent la foule et la famille. Le processus qui conduit l’individu à abandonner son Idéal du Moi pour un Idéal du Moi collectif peut être appliqué à une famille. C’est le côté social de l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ne peut-on pas penser que parfois, peut-être lors de moments transitoires de régression, et suivant le mécanisme sur lequel nous nous sommes arrêtés plus haut, c’est l’enfant qui se place en tant qu’Idéal du Moi collectif de la famille ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le onzième chapitre de son essai, Freud donne une définition restreinte de son concept : « l’idéal du moi englobe la somme de toutes les limitations auxquelles le moi doit se soumettre »<a href="#_ftn35">[35]</a>. Finalement, Freud explore « une face positive » de l’idéal qui permet un certain développement du moi : c’est l’idéal comme <em>aspiration à devenir</em> pour le moi. Et il nous semble que Freud invoque avec cette dernière définition « une face restrictive » qui représente, toujours par rapport à cette aspiration à être, la soumission à une certaine autorité (la réalité, les parents, etc…). Nous pensons que c’est là un apport essentiel pour le devenir du concept dans son chemin vers sa transformation en Surmoi.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette perspective, Freud revient alors sur la séparation, difficile selon lui, de l’Idéal du Moi d’avec le moi. Il pense que cette séparation ne peut être supportée de manière durable et donc que la disparition, temporaire, de l’Idéal du Moi, est alors considérée comme « une fête grandiose pour le moi, qui alors aurait une fois encore le droit d’être content de lui. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ce point nous semble important car nous pensons que la venue d’un enfant peut dans certains cas être considérée comme un de ces moments où l’idéal qui fait autorité s’efface, car il est quelque part accompli : l’individu est enfin en passe de devenir lui-même parent, de prendre la place de parent, et il peut enfin jouir d’avoir réussi à atteindre un de ses idéaux les plus anciens : être comme ses parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne pourrait-on donc pas considérer qu’une partie de la joie de savoir qu’un nouveau-né pourrait arriver pour les parents proviendrait de cette « sensation de triomphe » que Freud décrit quand « quelque chose dans le moi coïncide avec l’idéal du moi. »<a href="#_ftn36">[36]</a></p>
<p style="text-align: justify;">« Tout ce qu’on possède ou qu’on atteint, tout reste de sentiment primitif de toute-puissance que l’expérience a confirmé contribue à accroître le sentiment de soi ».<a href="#_ftn37">[37]</a> Cette phrase tirée de <em>Pour introduire le narcissisme</em> peut être rapprochée de ces moments de « triomphe » dont parlera Freud dans <em>Psychologie des masses et analyse du moi</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous postulons ainsi que la grossesse peut être un de ces moments de triomphe.</p>
<p style="text-align: justify;">« Une part du sentiment de soi est primaire, c’est le reste du narcissisme enfantin, une autre partie est issue de la toute-puissance confirmée par l’expérience (accomplissement de l’idéal du moi), une troisième partie est issue de la satisfaction de la libido d’objet. »<a href="#_ftn38">[38]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Si par ailleurs, on suit la proposition que l’enfant peut être mise à la place de l’Idéal du Moi (collectif) de la famille, il est envisageable que dans ce cas il soit plus simple que le Moi et l’Idéal du Moi coïncident tant les exigences de ce dernier seraient alors plus faciles à satisfaire.</p>
<p style="text-align: justify;">De cette proposition découle bien évidemment son contraire. Comment expliquer la difficulté de certains individus devant le même fait, devenir parent, ou encore ceux pour qui cette situation n’engendre aucune sensation de triomphe ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ne pourrait-on pas l’interpréter pour les premiers comme précisément la difficulté devant un Idéal du Moi trop imposant. Ce dernier porterait une soumission à l’autorité parentale telle qu’elle contraindrait le moi à se soumettre à certaines obligations qui les empêcherait alors d’accéder à la place de parents. Pour les seconds, ceux chez qui le fait de devenir parent ne serait pas une chose difficile mais n’entraînerait aucune sensation de triomphe, cela pourrait être interprété toujours à l’aide de l’Idéal du Moi, dans les termes même de Freud à la fin de son chapitre sur l’identification : « nous n’avons pas oublié d’indiquer que le degré d’éloignement de cet idéal du moi par rapport au moi est très variable d’un individu à l’autre, et que chez beaucoup cette différentiation à l’intérieur du moi ne va pas plus loin que chez l’enfant. »<a href="#_ftn39">[39]</a> Dans ce cas, nous pourrions supposer que cela explique le fait que le triomphe ne peut pas avoir lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Etude de « Le moi et le ça »</h2>
<h3 style="text-align: justify;">Jusque-là, rien de neuf…</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans cet essai majeur, Freud rassemble toutes ses dernières avancées que l’on caractérise souvent par son « tournant des années vingt », avec, entre autres, l’introduction de la nouvelle dualité pulsionnelle, pour y définir sa désormais célèbre seconde topique constituée des trois instances : le moi, le ça et le surmoi. Nous nous demandons d’ailleurs pourquoi Freud ne mentionne pas cette dernière instance dans le titre de cet essai ?</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il que l’identification narcissique mise au jour dans <em>Deuil et Mélancolie </em>avec le mécanisme de l’introjection mélancolique est toujours au centre des explications théoriques et lui permet de décrire la genèse de ce qu’il appelle le <em>caractère </em>du moi. Il écrit que ce processus (autrement dit l’identification à l’objet aimé, perdu ou pas, qui permet de maintenir l’investissement de cet objet via cette identification) est fréquent, « ce qui permet de concevoir que le caractère du moi résulte de la sédimentation des investissements d’objet abandonnés, qu’il contient l’histoire de ces choix d’objet. »<a href="#_ftn40">[40]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud va d’ailleurs ajouter une remarque intéressante au sujet de cette sédimentation résultant des multiples identifications du Moi à des objets divers et variés. Ces identifications seraient à même de rentrer en conflit, du fait qu’elles peuvent être parfois inconciliables. Nous retiendrons donc cette possibilité de conflit entre ces identifications vis-à-vis desquelles l’Idéal du Moi ne nous semble pas à l’abri. En effet, des formations idéales peuvent également devenir conflictuelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais jusque-là, nous n’avons finalement rien de neuf sur l’Idéal du Moi puisque cette explication, qui est cependant précisée et affinée, est la même que celle décrite dans <em>Psychologie des masses et analyse du moi </em>au chapitre sur l’identification.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut attendre le troisième chapitre et c’est au travers d’un questionnement sur les possibles conflits qui peuvent apparaître dans le moi suite aux multiples identifications que Freud reprend ses interrogations sur la naissance de l’Idéal du Moi et avance une chose pour le moins énigmatique au premier abord : « Ceci nous ramène à la naissance de l’idéal du moi, car derrière lui se cache la première et la plus importante identification de l’individu : l’identification au père de la préhistoire personnelle. »<a href="#_ftn41">[41]</a></p>
<h3 style="text-align: justify;">L’identification au père de la préhistoire personnelle</h3>
<p style="text-align: justify;">En effet, qui est donc ce père de la préhistoire personnelle ? Car l’invocation de ce personnage lui permet tout bonnement de poser certes encore une fois une première transformation du moi via une identification, mais également et surtout de se passer d’un investissement d’objet préalable : « C’est une identification directe, immédiate, plus précoce que tout investissement d’objet. »<a href="#_ftn42">[42]</a> Cette assertion apparaît des plus déconcertantes à la première lecture. En effet, jusque ici, il fallait toujours un objet auquel le moi pouvait s’identifier afin de pouvoir adopter les traits de cet objet, et finalement, comme l’écrit Freud, s’imposer au ça comme objet d’amour. Mais concernant cette identification primaire, point d’objet désigné. Freud hésite d’ailleurs lui-même devant la nécessité de cette nouvelle identification qu’il désigne, au vu de ce qu’il écrit en notes de bas de page : « Peut-être serait-il plus prudent de dire ‘identification aux parents’… »<a href="#_ftn43">[43]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que bon nombre de commentateurs interprète ce fameux passage sur cette identification primordiale en pensant à <em>Totem et Tabou</em> et son père de la horde primitive. On connaît le goût de Freud pour la métaphore préhistorique et l’on a déjà vu avec l’animisme et le narcissisme qu’il s’agit pour lui d’effectuer une sorte de parallèle, d’analogie entre l’origine de l’Homme et l’origine du Sujet pourrait-on dire. Aussi, il est possible d’identifier ce père de la préhistoire personnelle au père originaire. Mais cela nous aide-t-il ? Car nous avons simplement déplacé la question, qui devient : qui est le père originaire et quelle est son incidence sur l’appareil psychique d’un nouveau-né ?</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on abandonne définitivement toute connotation lamarckienne<a href="#_ftn44">[44]</a> pour répondre à ces deux questions, il est possible de considérer que ce père de la préhistoire personnelle, et l’identification de l’enfant à celui-ci que Freud considère comme condition première aux futures identifications narcissiques avec le père ou la mère du sujet, est donc d’une autre nature que les parents de cet enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">De quelle nature est-il ce père ? Il est difficile de le dire pour le moment, mais nous pouvons souligner le fait que Freud avait cependant besoin de cet élément et d’une identification spéciale qui, nous le rappelons, lui permet de fonder les futures assises du moi via ses transformations en fonction de ses objets. Par ailleurs, cette nouvelle identification interroge également le statut même que Freud accorde à l’identification. Autrement dit, au travers de cette identification au père de la préhistoire personnelle, nous nous interrogeons sur le sens que Freud donne finalement à ce qu’il nomme identification quand il l’utilise.</p>
<p style="text-align: justify;">En conclusion, retenons que pour Freud, une description correcte de la genèse du moi ne peut donc se contenter d’en rester aux identifications que l’on peut qualifier maintenant de secondaires et qui concernent ces objets que sont la mère et le père de l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous considérons que c’est là le point de fuite théorique sur lequel nous sommes obligés de nous arrêter afin de circonscrire notre champ de recherche.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi nous pensons que pour aller plus loin sur ce point, il serait intéressant d’introduire les distinctions de Lagache au sujet du Moi Idéal et de l’Idéal du Moi. Distinctions que Lacan reprendra et développera grâce à son triptyque symbolique, imaginaire et réel. Nous pensons que cette question mériterait un développement trop important à elle toute seule pour la traiter ici. Nous la reprendrons cependant dans le chapitre où nous essaierons de discuter notre approche théorique.</p>
<h3 style="text-align: justify;">L’idéal du moi ou le surmoi</h3>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons déjà dit, Freud achève le développement de son concept d’Idéal du Moi dans ce texte. Il accole le terme de sur-moi constamment à celui d’Idéal du Moi, et finit par ne parler que du premier. Les fonctions décrites pour l’Idéal du Moi vont maintenant être attribués au sur-moi, et la jonction entre la description des processus liés au complexe d’Œdipe dit complet et les processus d’identification va être effectuée. La nouvelle instance possède maintenant ces deux facettes : « tu <em>dois </em>être ainsi (comme le père), elle comprend aussi l’interdiction : tu <em>n’as pas le droit </em>d’être ainsi (comme le père), c’est-à-dire tu n’as pas le droit de faire tout ce qu’il fait ; certaines choses lui restent réservées. »<a href="#_ftn45">[45]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud parle alors de double visage pour l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Etudiant ce texte, il nous a semblé difficile de l’utiliser pour notre étude tant les ramifications qu’il propose avec d’autres concepts comme le complexe d’Œdipe notamment, nous emmènent loin. Ce que Freud propose dans cet essai nous a semblé trop complexe pour être véritablement travaillé dans le champ de notre étude. Mais nous essaierons d’en dégager cependant certaines interrogations dans la partie de cette exposé où l’on discutera ce à quoi nous serons parvenus après la mise à l’épreuve de notre hypothèse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sigmund Freud, « le poète et l’activité de fantaisie », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 163.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Janine Chasseguet-Smirgel, <em>La maladie d’idéalité, essai psychanalytique sur l&#8217;idéal du moi</em>, L’Harmattan, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Sigmund Freud, « Le roman familial des névrosés », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 253.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Ibid.</em>, p. 253</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> <em>Ibid.</em>, p. 254</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>Ibid.</em>, p. 254</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Sigmund Freud, « Le roman familial des névrosés », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 256.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 243.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> <em>Ibid.</em>, p. 235.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> <em>Ibid.</em>, p. 236.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> <em>Ibid.</em>, p. 236.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> <em>Ibid.</em>, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> <em>Ibid.</em>, p. 238.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 238.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> <em>Ibid.</em>, p. 244.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> <em>Ibid.</em>, p. 244.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Sigmund Freud, « Deuil et mélancolie », in <em>Œuvres complètes, tome XIII</em>, PUF, 1988</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Sigmund Freud, <em>Introduction à la psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 522.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 187.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> <em>Ibid.</em>, p. 193.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> <em>Ibid., </em>p. 193.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001<em>, </em>p. 194.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Il faut noter que si Freud donne cette définition en 1908 dans <em>La morale sexuelle « culturelle » et la nervosité moderne</em>, il ajoutera plus tard, en 1932, dans sa <em>Suite aux leçons d’introduction de la psychanalyse</em> que la sublimation consisterait à la fois en un changement de but, mais également en un changement d’objet à valeur sociale plus élevée. Aussi, la distinction qu’il fait dans <em>Pour introduire le narcissisme</em> entre sublimation et idéalisation serait à reprendre pour être affinée avec sa dernière définition de la sublimation.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 199.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> <em>Ibid.</em>, p. 197.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 198.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> <em>Ibid.</em>, p. 198.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 269.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 200.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 267.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref33">[33]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001<em>, </em>p. 213.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref34">[34]</a> <em>Ibid., </em>p. 219.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref35">[35]</a> <em>Ibid., </em>p. 224.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref36">[36]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 225.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref37">[37]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 241.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref38">[38]</a> <em>Ibid.</em>, p. 243.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref39">[39]</a> Sigmund Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 194.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref40">[40]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 269.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref41">[41]</a> <em>Ibid.</em>, p. 271.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref42">[42]</a> <em>Ibid.</em>, p. 271.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref43">[43]</a> <em>Ibid.</em>, p. 271.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref44">[44]</a> Freud a toujours tenu à une interprétation de la persistance en chacun de nous de traces mnésiques héritées phylogénétiquement de nos tous premiers ancêtres. Il a été fortement influencé par les théories de Lamarck sur l&#8217;évolution des espèces, notamment celles qui expliquaient l’évolution en termes d&#8217;hérédité des caractères acquis, qui sont aujourd’hui caduques.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref45">[45]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 274.</p>
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		<title>Le choix du prénom ou la logique narcissique de l’Idéal du Moi : première partie</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Mar 2011 12:00:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[choix du prénom]]></category>
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		<description><![CDATA[« Ce que tes aïeux t’ont laissé en héritage, si tu veux le posséder, gagne-le », Goethe, Faust, première partie.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Ce que tes aïeux t’ont laissé en héritage, si tu veux le posséder, gagne-le »</em></p>
<p>Goethe, <strong><em>Faust</em></strong>, première partie.</p>
<p>Cité par Freud dans son <em><strong><em>abrégé de psychanalyse</em></strong></em>, p.84</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<h2>Historique du Narcissisme</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je commencerai par reprendre l’introduction que j’ai déjà écrite sur le narcissisme ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent : Narcissisme et adolescence – première partie" rel="bookmark" href="../?p=62">Narcissisme et adolescence – première partie</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le concept de narcissisme, c’est à dire littéralement l’amour porté à sa propre image, est un concept-pivot, qui bien que transitoire, a été « introduit » par Freud en 1914<a href="#_ftn1">[1]</a> au sein de sa théorie. « Introduit » est peut-être un euphémisme tant Freud, dans son article, passe en revue les questions que pose le concept à toute une partie de son édifice théorique, non sans poser quelques problèmes, implicites ou explicites, qui seront repris d’ailleurs par les psychanalystes suivants, soit dans la foulée, soit un peu plus tard dans l’histoire de la psychanalyse. Concept transitoire, disions-nous, puisque celui-ci disparaîtra plus ou moins sous l’avancée, à la fois de la dernière théorie des pulsions et de la seconde topique. Il n’en reste pas moins un des plus importants dans le corpus freudien et peut-être l’un des plus heuristiques (au risque d’en faire un concept fourre-tout) si l’on en juge par la production psychanalytique qui s’inscrit dans sa lignée théorique (on pense ici par exemple à la théorie d’Hartmann du Moi autonome puis à celle de Kohut sur le Self, ou encore à l’utilisation que Jacques Lacan en fera. Ce dernier proposera une solution à cette question implicite de Freud quant à la nature de cette « nouvelle action psychique »<a href="#_ftn2">[2]</a>, avec son célèbre article sur le stade du miroir<a href="#_ftn3">[3]</a> et sa description de ce moment fondateur pour le sujet.) et clinique (on voit par là son utilisation dans la définition « des nouvelles pathologies » concernant les addictions ou les troubles de l’alimentation par exemple, ou encore dans celle des cas-limites : le conflit oedipien contre le conflit narcissique).</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le narcissisme dans la théorie freudienne, le texte de 1914, « Pour introduire le narcissisme », aborde différentes dimensions du concept : économique, structurale et développementale.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde topique freudienne entraînera, certes, l’éclipse du concept de narcissisme, mais également un certain brouillage conceptuel. En effet, le narcissisme primaire, avancé en 1914, devient un véritable stade anobjectal (un état où l’appareil psychique serait clôt sur lui-même telle une monade), difficilement concevable car rentrant en contradiction avec le fait que l’état du bébé est également conçu comme un état d’indistinction entre ce qui est soi et ce qui ne l’est pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Mélanie Klein, réfutant cet hypothétique stade du narcissisme primaire, désignera un état précoce où l’enfant investirait toute sa libido sur lui-même, avec sa théorie des relations d’objet précoces. Le courant kleinien, avec notamment Herbert Rosenfeld, ou encore Wilfred Bion, développera d’ailleurs une approche spécifique du traitement psychanalytique des troubles qualifiés de narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à Freud et les raisons pour lesquelles il a introduit cette notion de narcissisme. En effet, face aux questions que lui posent Jung et Bleuler à propos de la psychose, Freud refusant de céder à la tentation d’abandonner la préséance du sexuel dans l’étiologie des troubles, mais également dans la description du développement du moi (qui reste attaché dans la tradition psychiatrique, et particulièrement dans la conception jungienne, à la sphère de l’esprit, détachée du corps, ce que refuse obstinément Freud), va proposer une description des troubles psychotiques en termes de régression narcissique. Freud va être très vite devant un paradoxe : comment le narcissisme, qu’il va décrire comme un investissement libidinal, peut bien venir au final s’opposer à la libido ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il lui faut imposer l’idée d’un moi libidinalisé, sans quoi une théorie d’un moi désexualisé pourrait prendre le dessus. Le complexe d’Œdipe, Freud en fait une référence solide qu’il utilise abondamment. Mais avec ce concept de narcissisme, il avance à petits pas, car il semble qu’il s’en méfie. En effet, la logique du narcissisme peut tendre à faire disparaître la sexualité du devant de la scène. Sa logique, comme nous le verrons, appartient au domaine des représentations.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le texte où l’on peut voir la première occurrence du terme de narcissisme, « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci », Freud décrit l’amour que portait Léonard de Vinci aux jeunes gens dont il aimait <em>a priori</em> s’entourer, et va tenter de l’expliquer à l’aide de la notion de narcissisme. Il va ainsi décrire un type particulier de choix d’objet, et expliquer que Léonard se serait identifié à sa mère, et ainsi, qu’au travers de l’amour qu’il portait à ces jeunes hommes, il continuait en fait de s’aimer lui-même, comme sa mère l’avait aimé. Freud relie donc clairement dans ce texte le narcissisme à un processus d’identification. Ainsi, lorsqu’on parle d’identification, on commence à parler de représentation. Le choix d’objet d’amour ne peut plus être un simple objet pulsionnel, car il obéit à une logique différente qui s’est mise en place avec le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir du texte, « Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa » publié en 1911, Freud va commencer à utiliser le terme de narcissisme en référence à une sorte de stade du développement infantile sexuel. Il va donc placer ce stade narcissique entre l’auto-érotisme et ce qu’il appelle l’amour d’objet. Les tendances homosexuelles analysées dans son texte sur Léonard, sont retrouvées également chez Schreber, au niveau de son délire. Elles appartiennent maintenant à ce nouveau stade de l’évolution psycho-sexuelle et loin de disparaître, elles deviendront plus tard le fondement même des liens sociaux pour Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est à noter que les descriptions du narcissisme opérées par Freud ont toujours partie liées avec l’amour et non la pulsion, qui est au centre de l’édifice théorique dit de la première topique. L’objet pulsionnel est interchangeable, il est consommé avant d’être construit, à la différence de l’objet d’amour, qui lui, est une construction : il est ainsi conçu avant d’être en quelque sorte consommé.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons dit, le texte de 1914, « Pour introduire le narcissisme », marque l’élaboration théorique du concept, mais, comme on l’a vu, d’une part on peut en retrouver certaines traces dans des textes antérieurs, et d’autre part, il est possible de dégager certaines applications de ce concept, avec des prolongements intéressants dans des textes presque contemporains du texte de 1914.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc choisi quelques textes que nous avons étudiés afin de dégager du concept quelques propositions plus spécifiques pour notre recherche sur le choix du prénom en rapport avec l’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces textes sont « le poète et l’activité de fantaisie » écrit en 1908, « Totem et Tabou » publié entre 1912 et 1913, et enfin « Pour introduire le narcissisme » publié en 1914.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Etude de « le poète et l’activité de fantaisie »</h2>
<p style="text-align: justify;">C’est un texte paru en 1908 où Freud explore ce sujet qui lui tient à cœur, et peut-être même plus, au corps, à savoir la création littéraire. Il s’interroge plus particulièrement ici sur la source de l’activité créatrice du poète. Très vite, il la compare au jeu, à l’activité ludique que l’on peut observer chez l’enfant : « que tout enfant qui joue se comporte en poète, en tant qu&#8217;il se crée un monde à lui, ou, plus exactement, qu&#8217;il transpose les choses du monde où il vit dans un ordre nouveau tout à sa convenance. »<a href="#_ftn4">[4]</a> En fait, en liant cette proposition avec une autre que Freud va développer dans la suite de son texte, nous pourrions ajouter que l’activité du poète, pour Freud, est une façon de poursuivre les jeux d’enfant. Car il ajoute à propos du renoncement à un plaisir goûté qu’ « à vrai dire, nous ne pouvons renoncer à rien, nous ne faisons qu’échanger une chose contre l’autre ; ce qui paraît être un renoncement n’est en réalité qu’une formation substitutive ou succédanée. »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi l’activité de fantaisie (autrement dit les fantasmes produits par l’être humain) n’est qu’une des formations substitutives des plaisirs procurés entre autres par ces jeux auxquels l’enfant qu’il fut s’adonnait.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette impossibilité de renoncer à une satisfaction déjà éprouvée est une proposition forte que nous allons retenir, et sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud va poursuivre en observant que la différence notable entre l’adulte et l’enfant, c’est que l’adulte a honte de ses fantasmes. Et pour expliquer cette différence, Freud va de nouveau faire appel à ce que nous aurions envie d’appeler, ce premier idéal : ce « seul souhait qui aide à l’éducation de l’enfant »<a href="#_ftn6">[6]</a>. En effet, nous rapprocherons ce premier souhait de celui que Freud développe plus largement dans un autre texte, « Le roman familial des névrosés » sur lequel nous nous pencherons plus tard, qui est « le souhait d’être grand et adulte ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous nous sommes également posés la question de savoir si ce ne serait pas également ce même idéal, ce souhait d’être comme ses parents, qui pourrait être utilisé pour lire cette phrase du texte « Pour introduire le narcissisme » sur lequel nous nous appuierons également : « Le développement du moi consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme. Cet éloignement se produit par le moyen du déplacement de la libido sur un idéal du moi imposé de l’extérieur, la satisfaction par l’accomplissement de cet idéal. »<a href="#_ftn7">[7]</a> Les premiers objets idéalisés seraient alors les parents et la satisfaction serait tirée d’une identification à ces objets, du rapprochement avec ces idéaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans tous les cas, cette proposition énonçant cette impossibilité de renoncer à une satisfaction nous paraît être importante à relever dans le cadre de cette étude sur le narcissisme, et permet de mieux saisir que ce développement du moi dont parle Freud va se dérouler avec comme toile de fond cette aspiration à retrouver une satisfaction perdue.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, la honte de l’adulte qui fantasme s’expliquerait par cette contradiction dans laquelle il est plongé : fantasmer lui procure une satisfaction certes, mais celle-ci a un goût bien trop infantile, pour lui qui est devenu grand et adulte. Tirer de la satisfaction de cette activité substitutive, c’est alors creuser un écart important avec la satisfaction d’avoir atteint cet idéal que serait le statut d’adulte. C’est donc creuser un écart important entre l’idéal et cette activité de fantaisie, qui devient alors la source du sentiment de honte.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi s’attarder sur cette activité de fantaisie et ses liens avec l’idéal et la honte ?</p>
<p style="text-align: justify;">Parce que d’une part, comme nous l’avons dit, nous supposons avec Freud qu’en effet, le renoncement à une satisfaction éprouvée une fois est une chose particulièrement difficile. Aussi, cette satisfaction dont a bénéficié l’être humain dans cet état mythique que Freud a qualifié de narcissisme, ne va, en pratique jamais être complètement abandonnée. Elle va donc être recherchée, et ainsi être supposée atteignable par d’autres voies, celle des idéaux et des activités qui vont tendre vers ces idéaux. C’est ce que nous développerons par la suite. D’autre part, ce sentiment de honte attaché à l’activité de fantaisie chez l’adulte, comme le rappelle Freud dans ce texte, fait qu’il est alors difficile d’y avoir accès. « L&#8217;adulte, par contre, a honte de ses fantasmes et les dissimule aux autres, il les couve comme ses intimités les plus personnelles ; en règle générale, il préférerait avouer ses fautes que de faire part de ses fantasmes. »<a href="#_ftn8">[8]</a> Or il nous semble que le choix d’un prénom relève de cette activité de fantaisie. C’est pourquoi nous pensons que les raisons invoquées par les parents, même si elles sont importantes, relèvent de tentatives de dissimulation de cette activité, puisque nous supposons qu’une part de honte l’accompagne.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de cette étude, nous allons tenter de construire l’hypothèse que cette étape du choix du prénom va constituer une de ces activités fantasmatiques sous-tendue par le souhait de retrouver une satisfaction perdue.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous allons maintenant nous attacher à voir selon quelle logique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Etude de « Totem et Tabou »</h2>
<p style="text-align: justify;">Le second texte sur lequel nous nous sommes arrêtés est « Totem et Tabou ».</p>
<p style="text-align: justify;">Texte pour le moins critiqué et polémique, « Totem et Tabou » est constitué de quatre essais rédigés entre 1912 et 1913. Freud y réinterprète des données issues de l’anthropologie et de l’ethnologie de son époque pour mettre en parallèle la psychologie de peuples qu’il nomme « primitifs » et des découvertes qu’il a faites dans le cadre psychanalytique au sujet de certaines névroses.</p>
<p style="text-align: justify;">« Totem et Tabou » a été écrit avant son texte inaugural sur le narcissisme. Mais Freud utilise déjà le concept en soulignant qu’il veut en faire une phase à intercaler entre la phase dite d’auto-érotisme et celle du choix de l’objet, ou plus précisément de distinguer dans la phase d’auto-érotisme, deux sous-phases en somme. Durant la seconde phase de l’auto-érotisme, le moi, déjà constitué, deviendrait l’objet des différentes tendances sexuelles qui, jusque-là, étaient censées se satisfaire un peu anarchiquement, de manière autonome et avec des objets quelconques. « Cette organisation narcissique ne disparaîtrait jamais complètement », écrit-il, « après même qu’il a trouvé pour sa libido des objets extérieurs. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">« Animisme, magie, toute-puissance des pensées »</h3>
<p style="text-align: justify;">Nous nous sommes intéressés pour notre part plus précisément à l’essai intitulé « animisme, magie, toute-puissance des pensées ». Dans ce chapitre, Freud étudie donc l’animisme (« la théorie des représentations concernant l’âme ; au sens large du terme, la théorie des êtres spirituels en général »<a href="#_ftn10">[10]</a>) comme « système intellectuel » représentant pour lui « l’état naturel de l’humanité »<a href="#_ftn11">[11]</a>, en reprenant les mots de Wundt et de Spencer.</p>
<p style="text-align: justify;">Il reprend également de ces auteurs une théorie sur le développement de l’humanité qui aurait connu trois grandes conceptions du monde : la conception animiste, c’est à dire mythologique, la conception religieuse et la conception scientifique. Son but avoué est de mettre en parallèle cette hypothèse sur le développement de l’humanité concernant la conception qu’elle se fait du monde avec celle qu’il construit sur le développement de la libido.</p>
<p style="text-align: justify;">Il considère l’animisme comme une théorie psychologique (celle où le monde est imaginé peuplé par ces être spirituels bien ou malveillants et dont les actions permettent d’interpréter les phénomènes naturels autrement inexplicables), comme « le plus logique et le plus complet, celui qui explique l’essence du monde, sans rien laisser dans l’ombre. »<a href="#_ftn12">[12]</a> Et il va au final tenter un rapprochement entre : la phase animiste avec la phase narcissique, la phase religieuse avec le stade d’objectivation (« caractérisé par la fixation de la libido aux parents »<a href="#_ftn13">[13]</a>), et enfin la phase scientifique avec la maturité, caractérisée cette fois par une soumission au principe de réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">La magie constitue pour lui « la partie la plus primitive et la plus importante de la technique animiste » et il va s’en servir pour faire le parallèle avec certaines attitudes de névrosés qu’il a déjà rencontrées notamment dans la névrose obsessionnelle. En effet, le principe de la magie va constituer une sorte de paradigme pour rendre compte de ces attitudes névrotiques vis à vis du réel.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud relève tout d’abord une formule de l’anthropologue Tylor : « prendre par erreur un rapport idéal pour un rapport réel »<a href="#_ftn14">[14]</a> que nous allons également retenir pour notre étude. Un peu plus loin, il mettra cette phrase en parallèle avec la définition de la magie que donne un autre anthropologue, Frazer : « Les hommes ont pris par erreur l’ordre de leurs idées pour l’ordre de la nature et se sont imaginés que puisqu’ils sont capables d’exercer un contrôle sur leurs idées, ils doivent également être en mesure de contrôler les choses. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Afin d’illustrer en quelque sorte ces deux propositions il va également rendre compte de deux types de magie que Frazer distingue : la magie dite « imitative » et la magie dite « contagieuse ».</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant tout d’abord la magie « imitative », Freud étudie les deux principes qui selon lui sous-tendent deux types de procédés magiques au sein de cette catégorie.</p>
<p style="text-align: justify;">Le premier principe est selon Freud « la similitude entre l’action accomplie [dans le procédé magique] et le phénomène dont la production est désirée. »<a href="#_ftn16">[16]</a> L’exemple le plus compréhensible est celui de l’action dont l’objectif serait de faire tomber la pluie. Le sorcier va alors agir de manière à faire quelque chose qui, soit ressemble à la pluie, soit rappelle la pluie dans ses actes. Dans le second principe, « la similitude est remplacée par la substitution de la partie au tout. »<a href="#_ftn17">[17]</a> Ici ce sera l’exemple du cannibalisme ou plus simplement de l’ingestion de certains aliments (« Une femme enceinte s’abstiendra de manger de la chair de certains animaux dont les caractères indésirables, la lâcheté par exemple, pourraient se transmettre ainsi à l’enfant qu’elle nourrira »<a href="#_ftn18">[18]</a>), ou encore, et en cela, l’exemple nous apparaît particulièrement intéressant pour notre recherche, celui du nom. Freud va en effet rappeler ce qu’il a déjà avancé dans le premier essai « le tabou et l’ambivalence des sentiments » et que nous avons déjà évoqué, à savoir le fait que le nom « constitue la partie essentielle d’une personne »<a href="#_ftn19">[19]</a> à la fois dans certaines cultures, mais aussi pour l’enfant et même l’adulte (même si ce dernier tend à le nier). Nous reviendrons sur ce point.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui l’intéresse dans le premier principe, c’est de montrer l’évolution de l’action magique au travers de l’évolution des trois systèmes intellectuels. Ainsi, la procédure magique censée faire tomber la pluie devrait être remplacée par la suite par des prières à des saints, pour enfin devenir une technique issue du savoir scientifique. Dans le second principe, celui dit « de similitude », l’action magique procèderait selon le fait que posséder une partie du tout permettrait d’agir sur le tout (d’une personne par exemple via des cheveux ou des morceaux d’ongles récupérés, ou encore, comme on l’a dit, à partir de la connaissance de son nom).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir enfin sur la seconde catégorie de magie dite « contagieuse », Freud souligne que cette fois, c’est « la contiguïté dans le temps, tout au moins la contiguïté telle qu’on se la représente, le souvenir de son existence » qui est le principe agissant au sein de catégorie d’actes magiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud s’aperçoit que les principes de ces procédés magiques peuvent s’interpréter selon le principe de similitude, celui de la partie pour le tout, ou encore celui de contiguïté.<br />
On comprend qu’ils peuvent sonner étrangement à ses oreilles, c’est à dire lui rappeler les principes qui régissent les représentations psychiques des patients qu’il reçoit et à qui il demande de produire des associations d’idées. C’est ainsi qu’il pense saisir quelque chose au-delà des données des anthropologues, c’est à dire quelque chose qui pourrait expliquer à la fois l’emploi des prescriptions magiques et certaines données qu’il rencontre dans ses cures.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Le « narcissisme intellectuel »</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans les cures des névrosés, notamment celle d’Ernst Lanzer décrite dans « Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (l’homme aux rats) », Freud se rend bien compte que « les névroses n’attribuent de l’efficacité qu’à ce qui est intensément pensé, affectivement représenté, sans se préoccuper de savoir si ce qui est ainsi pensé et représenté s’accorde ou non avec la réalité extérieure. »<a href="#_ftn20">[20]</a> Il emprunte d’ailleurs l’expression « toute-puissance des idées » à Lanzer et la décrit comme « la prédominance accordée aux processus psychiques sur les faits de la vie réelle »<a href="#_ftn21">[21]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi que grâce au concept de narcissisme, Freud fait le lien entre cette toute-puissance de la pensée, des idées, que l’on retrouve dans la magie utilisée dans certaines cultures, et dans certains états névrotiques, c‘est à dire enfin de compte, à peu près chez tout le monde. C’est une sexualisation de la pensée dans tous les cas, et Freud emploie le terme de « narcissisme intellectuel »<a href="#_ftn22">[22]</a>. Grossièrement, n’est-ce pas là une forme de « prendre ses désirs pour des réalités » ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi pour Freud l’homme ne rompt jamais complètement avec la phase narcissique qui a marqué son développement, tant au niveau individuel que collectif. Ce qui nous intéresse plus particulièrement avec cette idée de narcissisme intellectuel, c’est que celui-ci semble à l’œuvre dans certaines tentatives de transmission, et plus précisément dans celles qui peut consister à choisir un prénom pour un enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, lorsque se pose la question du choix de ce prénom, s’articulent plusieurs choses. Le désir conscient des parents d’éviter certaines peines à l’enfant, de transmettre certaines valeurs familiales, culturelles, de donner un destin prestigieux à l’enfant, va s’incarner dans le choix de ce signifiant particulier qu’est le prénom. Ce prénom va porter la marque, la trace de ces désirs conscients, mais également de désirs inconscients. Mais choisir ce prénom, idéal, penser que ce prénom va effectivement pouvoir contribuer à réaliser ces désirs, va réellement transmettre quelque chose, n’appartient-il pas à cette croyance en cette toute-puissance des idées ?</p>
<p style="text-align: justify;">En avançant ceci, nous ne voulons pas signifier que rien ne serait effectivement transmis. L’enfant qui reçoit tel prénom, telle trace du désir parental, aura affaire à ce désir, et peut-être beaucoup à faire pour se situer par rapport à ce désir. Et il se peut même qu’il finisse par réaliser en tout point le désir dont le prénom qui lui a été transmis porte la marque. Mais nous pourrions également avancer que cela peut ressortir de la même croyance en cette toute-puissance de la pensée, et au registre narcissique, mais cette fois, du côté de l’enfant. Donc encore une fois, à cette manière que le névrosé a d’être en mesure de « prendre par erreur un rapport idéal pour un rapport réel », pour reprendre les mots de Tylor. Lorsque Freud cite Frazer : « Les hommes ont pris par erreur l’ordre de leurs idées pour l’ordre de la nature et se sont imaginés que puisqu’ils sont capables d’exercer un contrôle sur leurs idées, ils doivent également être en mesure de contrôler les choses. » n’est-on pas en droit de penser que vouloir transmettre quelque chose à son enfant par le biais d’un choix adéquat de son prénom relève de cette même logique, typiquement narcissique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous faut juste ajouter que pour le moment, lorsque nous parlons de la trace des désirs parentaux qui seraient contenus dans le prénom, nous n’avons peut-être pas encore bien distingué cette part inconsciente que nous supposons de la part consciente qui peut être invoquée par les parents. Toujours est-il qu’en ce qui concerne la façon dont l’acte de transmission d’un quelconque désir des parents au travers du prénom peut être envisagée, il nous a semblé que ce narcissisme intellectuel décrit par Freud pouvait être invoqué.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Un exemple : « Racines » d’Alex Haley</h3>
<p style="text-align: justify;">A la lecture de ce qu’a écrit Freud, je me suis rappelé un passage d’un roman qui me semble illustrer cette tentative de réaliser un souhait réellement au travers de cette croyance en une certaine magie dans l’attribution d’un prénom. En 1976, Alex Haley publiait <em>Roots: The Saga of an American Family</em> (le titre est traduit en français par <em>Racines<a href="#_ftn23"><strong>[23]</strong></a></em>), un roman censé raconter l&#8217;histoire de sa propre famille, et qui commence par l&#8217;histoire de Kunta Kinté, enlevé en Gambie en 1767 pour être vendu comme esclave en Amérique. Haley qui affirme être le descendant de la septième génération de Kunta Kinté, a retracé la vie, l’arrachement de Kinté de son village de Jufureh, en Gambie, son parcours du <em>Lord Ligonier</em>, le navire qui aurait transporté son ancêtre vers l&#8217;Amérique, et sa vie sur le sol américain. Son personnage, Kunta Kinté, arrive donc dans une plantation en Virginie et, résigné devant l’impossibilité de revenir en Afrique ou de s’enfuir pour retrouver sa liberté, finira par fonder une famille avec une femme nommé Bell, servante du maître de la plantation.</p>
<p style="text-align: justify;">Un des passages m’est revenu à la lecture de Freud avec ma recherche en tête. Kunta Kinté devient alors le père d’une petite fille. Sa femme, Bell, avait souffert terriblement d’avoir été séparée d’autres filles qu’elle avait eues auparavant. Il se pose alors la question du choix du prénom de sa fille, et se dit qu’il doit trouver un nom qui exprime le plus ardent souhait de sa femme : « ne jamais la perdre, un nom qui la protégerait de cette horrible éventualité. »<a href="#_ftn24">[24]</a> Devant l’opposition de sa femme qui souhaite donner à l’enfant un nom toubab<a href="#_ftn25">[25]</a>, il se met en colère car ce serait pour lui placer cet enfant sous le signe du mépris de soi-même. Il lui explique alors que pour le choix du prénom, il y avait certaines traditions à respecter comme le fait que ce choix procédait du père, et de lui seul, mais également que nul ne devait l’entendre avant l’enfant lui-même. Il finit par convaincre sa femme et procède au rituel. Il appelle alors sa fille, Kizzy, ce qui signifie en langue mandingue<a href="#_ftn26">[26]</a> « tu t’assieds » ou « tu ne bouges pas d’ici »<a href="#_ftn27">[27]</a>. Son souhait était que leur fille ne soit pas vendue comme les autres, comme les premières filles de sa femme.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Pour conclure avec le narcissisme intellectuel</h3>
<p style="text-align: justify;">Arrivé à ce point, tentons de résumer ce que nous avons extrait comme propositions de l’étude de ce texte de Freud. Ce dernier montre, au travers de la magie, que la logique du narcissisme chez l’individu, qui ne disparaît jamais complètement, est plus ou moins analogue, dans les cultures, à celle de l’animisme, en ce que toutes deux accordent une toute-puissance aux désirs humains. Cette analogie nous montre que persiste, à peu près chez tout le monde, une croyance dans le fait que la réalité extérieure est censée se conformer aux souhaits, aux idées des hommes, quel que soit leur degré d’évolution ou de maturité, et leur capacité de renoncement devant ce qu’imposent les exigences de la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">De notre côté, nous pensons que cette logique narcissique, c’est à dire pour ce qui nous concerne, la croyance dans une certaine magie par rapport aux effets de l’attribution de tel ou tel prénom, est à l’œuvre dans le choix que les parents font concernant le prénom de leur futur enfant. En parlant de « magie » quant aux effets du choix du prénom, nous précisons que cela n’a aucune signification péjorative, et ne rend pas plus inopérant les effets réels que le choix d’un prénom pourrait en définitive avoir. En effet, rien n’empêche « la magie d’opérer », bien au contraire. Nous ne souhaitons que tenter de qualifier au mieux certains phénomènes.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans « Le moi et le ça », et plus particulièrement dans le chapitre intitulé « le moi et le surmoi (idéal du moi) », Freud écrit « Les conflits entre le moi et l’idéal reflèteront en dernier ressort, nous y sommes maintenant préparés, l’opposition entre réel et psychique, monde extérieur et monde intérieur. »<a href="#_ftn28">[28]</a> C’est dans ce texte que Freud va élargir son concept d’idéal du moi pour en faire son surmoi, nous aurons l’occasion d’y revenir, mais cette citation nous semble bien résumer ce que nous cherchions à exprimer. Le narcissisme et l’idéal, pour Freud, seront toujours placés du côté des représentations psychiques, et donc en opposition avec quoi que ce soit de véritablement réel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Etude de «  Pour introduire le narcissisme »</h2>
<h3 style="text-align: justify;">La venue de l’enfant et la résurgence du narcissisme</h3>
<p style="text-align: justify;">Freud avançait dans « Pour introduire le narcissisme » que « si l&#8217;on considère l&#8217;attitude de parents tendres envers leurs enfants, l&#8217;on est obligé d&#8217;y reconnaître la reviviscence et la reproduction de leur propre narcissisme qu&#8217;ils ont depuis longtemps abandonné. » Cette attitude des parents envers leur enfant est même une preuve pour Freud de l’existence antérieure de ce stade qu’est le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">« Maladie, mort, renonciation de jouissance, restrictions à sa propre volonté ne vaudront pas pour l&#8217;enfant, les lois de la nature comme celles de la société s&#8217;arrêteront devant lui, il sera réellement à nouveau le centre et le cœur de la création. » Freud décrit là le sentiment parental devant l’enfant. Selon lui, ce sentiment a donc pour origine le narcissisme du parent lui-même, c’est à dire ce moment où le parent, enfant lui-même, se prenait encore pour idéal lui-même. Rien n’est véritablement oublié, derrière l’amour que les parents portent en direction de leur enfant, Freud  y voit la résurgence de leur propre narcissisme, projeté cette fois sur l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’amour parental, si touchant et au fond, si enfantin, n’est rien d’autre que le narcissisme des parents qui vient de renaître et qui, malgré sa métamorphose en amour d’objet, révèle à ne pas s’y tromper son ancienne nature. »<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud semble décrire cette projection narcissique une fois que l’enfant est là, une fois que ce dernier se trouve réellement en présence des parents. Mais nous pensons que le moment de la grossesse est un moment où la nature narcissique de l’amour parental entre déjà en jeu. Si l’on considère que l’amour ne peut véritablement démarrer qu’à partir de la naissance, nous parlerons alors de l’investissement parental porté à la représentation de l’enfant qui se crée pendant la grossesse et on considérera la nature de cet investissement d’autant plus comme narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Côté mère, côté père</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans son ouvrage, <em>la dette de vie</em>, Monique Bydlowski décrit par exemple un état psychique particulier pendant la grossesse qu’elle nomme « la transparence psychique », qui serait un état « de susceptibilité ou de transparence psychique où des fragments de l’inconscient viennent à la conscience. Ce phénomène qui, cliniquement, caractérise souvent de graves affections, notamment les psychoses, se présente chez la femme enceinte comme un événement ordinaire. »<a href="#_ftn30">[30]</a> Ainsi elle décrit une réactivation du passé avec « des réminiscences anciennes et des fantasmes habituellement oubliés qui affluent en force à la mémoire, sans être barrés par la censure. »<a href="#_ftn31">[31]</a> Et un état où « la plupart des femmes qui ont l’occasion de s’exprimer librement sont silencieuses sur l’enfant qu’elles portent et se centrent de façon nostalgique sur celui qu’elles ont été autrefois. » Au stade de la grossesse, en effet, l’enfant est d’abord une simple idée, soutenue par des perceptions sensorielles, en tout cas pour la mère. L’investissement de cette idée, de cette représentation d’enfant qui va se créer, est narcissique, car « il vise un objet appartenant à la personne propre. »<a href="#_ftn32">[32]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que les aspects narcissiques du côté de la mère sont assez aisés à saisir, et ils ont été effectivement déjà été étudiés. Mais les remaniements narcissiques du côté du père ne sont pas moins importants, même s’ils suivent bien évidemment d’autres voies.</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le père, qui est, mis à part les échographies, effectivement absent des processus corporels ou sensoriels de la gestation, il est vrai que l’on met toujours l’accent sur le versant de la transmission de l’histoire, du registre symbolique dont il serait le porteur ou le vecteur. C’est le père qui, en tout cas jusqu’à il y a peu, inscrivait son enfant à l’état civil et le présentait en quelque sorte à la société. Il lui transmettait également son nom, le patronyme, qu’il avait lui-même reçu. Mais nous pensons que même si cela est rarement mis en avant, les aspects narcissiques paternels ne sont pas épargnés dans ce processus qu’est la grossesse. Les projections narcissiques du père peuvent d’ailleurs être visibles lorsqu’elles conduisent par exemple au fantasme d’enfantement ou encore de couvade<a href="#_ftn33">[33]</a> mais également dans des états dépressifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un article de la monographie <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em> <a href="#_ftn34">[34]</a>, Bernard Golse aborde le versant psychique de la grossesse au travers d’une réflexion sur la procédure d’agrément dans le contexte d’adoption. Ce concept de « grossesse psychique » permet ainsi de décrire certains phénomènes psychiques que rencontrent de futurs adoptants (ou biologiques) et qui concourent au processus de parentalisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet ensemble de remaniements psychiques s’articulent selon Golse autour de trois aspects :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>La maturation des représentations parentales de      l’enfant à venir</li>
<li>La question de la transparence psychique que nous avons      déjà évoquée</li>
<li>La notion de <em>touch-points</em> développée par      T.B. Brazelton<a href="#_ftn35">[35]</a></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Ce qui nous intéresse par rapport à notre sujet, ce sont ces fameux « quatre bébés dans la tête des parents ». En effet, l’enfant à venir est d’abord « matière à pensées » (ou « une matière de pensées ») pour les futurs parents. C’est ce que l’on a coutume de désigner par « enfant imaginaire » et qui recouvre finalement quatre dimensions distinctes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant fantasmatique</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Il s’agit d’un groupe de représentations mentales principalement inconscientes et que chacun des deux parents s’est forgé tout au long de son histoire depuis sa plus tendre enfance. »<a href="#_ftn36">[36]</a> Sous ce terme d’enfant fantasmatique est donc désigné entre autres l’enfant qui peut être désiré du père par la petite fille (ou par le petit garçon ?). Ces représentations inconscientes seront réélaborées à différentes périodes de la vie, comme à l’adolescence typiquement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant imaginé</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Il s’agit au fond des rêveries conscientes et pré-conscientes du couple à propos de l’enfant qu’il projette d’avoir : son sexe, son prénom, son apparence, etc… »<a href="#_ftn37">[37]</a> Ce deuxième groupe de représentations est plus tardif dans l’histoire individuelle. Il apparaît par exemple quand un homme ou une femme commence à anticiper un enfant, à projeter d’avoir un enfant, ou d’adopter un enfant. Principalement conscientes ou pré-conscientes, ce sont, en partie, les représentations auxquelles nous avons affaire pendant les échanges avec les parents. « En partie », car les représentations auxquelles nous avons affaire sont bien évidemment des composites de ces « quatre bébés », mais surtout parce qu’il y a eu un enfant bien réel entre-temps. Les souvenirs de ces rêveries ont donc subies des remaniements au travers de la naissance et du développement de l’enfant. La fameuse déception qui survient éventuellement lors de la rencontre entre le parent et l’enfant bien vivant, due à la présence de cet enfant imaginé idéal, sera par exemple <em>a priori</em> refoulée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant narcissique</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est « le dépositaire de tous les espoirs et de toutes les attentes de ses parents », écrit Golse qui relit Freud et son « Pour introduire le narcissisme ». « Tout ce qu’ils n’ont pas pu faire, tout ce qu’ils n’ont pas réussi, tous les idéaux manqués, leur enfant sera chargé de l’accomplir. »<a href="#_ftn38">[38]</a> Même si cela peut être difficile à accepter sans rivalité par les parents rappelle l’auteur.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant mythique ou culturel</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Chaque groupe culturel a ses représentations spécifiques de l’enfant et celles-ci imprègnent (…) le fonctionnement psychique des adultes (…) »<a href="#_ftn39">[39]</a> C’est à notre sens ce qu’on peut observer dans l’idéalisation persistance de l’enfant dans nos sociétés : un enfant de plus en plus précieux, soumis à une injonction de perfection, et d’autonomie la plus rapide possible. Nous y mettrions également l’enfant désiré, programmé, comme seul possibilité de « bon départ dans la vie ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voulions nous arrêter sur ces distinctions entre ces « quatre bébés » car elles nous semblent intéressantes pour pouvoir peut-être mieux entendre le discours des parents. Nous pensons également que cela appuie notre intuition quant au rôle de l’idéal du moi dans le choix du prénom.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons dit que l’enfant narcissique irriguait en quelque sorte les rêveries qui aboutissent à l’enfant imaginé, que ce soit du côté de la mère, ou du père.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons enfin que ce groupe de représentations inconscientes qui constitue cet enfant narcissique a partie liée avec l’idéal du moi de chaque parent.</p>
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom intervient généralement pendant la grossesse. C’est d’ailleurs une étape très importante pour les parents. Bien souvent, interrogés sur la grossesse, ce sont les premiers souvenirs qui leur viennent : comment ce choix s’est passé, comment il a été négocié par les deux partenaires, etc…</p>
<p style="text-align: justify;">Certains parents se montrent même prudents. Ils se renseignent sur les meilleures conditions du choix et disent vouloir faire attention à l’attribution de tel ou tel prénom pour ne pas provoquer certaines conséquences fâcheuses pour l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi si les narcissismes, de la mère et du père, jamais complètement dépassés, sont « visibles » au travers de l’attitude des parents envers leur enfant, dans le fait que ces parents projettent en quelque sorte l’idéalisation de leur moi propre sur l’enfant, l’idéal du moi de ces mêmes parents ne peut pas ne pas rentrer en jeu également.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, ces parents sont également des adultes dont le moi a subi un certain développement qui a abouti, selon Freud, à l’émergence de cette instance qu’est l’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons que l’idéal du moi des parents serait censé veiller ou s’éveiller à cette étape, et ce d’autant que le narcissisme parental est lui aussi réveillé par la venue de ce nouvel enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment affiner notre compréhension de l’articulation du narcissisme et de l’idéal du moi dans la relation qui se construit entre les parents et leur représentation de l’enfant à venir ?</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons que cela nous aiderait peut-être pour mieux caractériser comment le choix du prénom de l’enfant pourrait être influencé ou déterminé par cette relation. Il se peut que nous trouvions la réponse lorsque nous aurons abordé un peu plus ce concept d’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Attachons-nous alors à cette notion d’idéal du moi chez Freud, afin de dégager les propositions qui vont nous servir à élaborer notre hypothèse de travail.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 221</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in <em>Ecrits I</em>, Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Sigmund Freud, « le poète et l’activité de fantaisie », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 161</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> <em>ibid.</em>, p. 163</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>ibid.</em>, p. 163</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 243</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Sigmund Freud, « le poète et l’activité de fantaisie », in <em>Œuvres complètes, tome VIII</em>, PUF, 2007, p. 163</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 128.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> <em>Ibid.</em>, p. 109</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> <em>Ibid.</em>, p. 112</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> <em>Ibid.</em>, p. 112</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 130.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> <em>Ibid.</em>, p. 114.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> <em>Ibid</em>., p. 120. C’est une définition que Freud cite de l’article « Magic » de Frazer dans la 11<sup>ème</sup> édition de l’Encyclopaedia Britannica ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> <em>Ibid.</em>, p. 117.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> <em>Ibid.</em>, p. 118.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> <em>Ibid.</em>, p. 119.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> <em>Ibid.</em>, p. 118.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 125.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> <em>Ibid.</em>, p. 126.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> <em>Ibid.</em>, p. 129.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Alex Haley, <em>Racines Tome I et II</em>, J’ai Lu, 1977.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Alex Haley, <em>Racines Tome I</em>, J’ai Lu, 1977, p. 43.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Toubab est la contraction du mot toubabou et désigne le blanc vivant en Afrique, ou plus généralement le blanc.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Le mandingue est une langue très répandue en Afrique de l&#8217;Ouest, notamment au Sénégal, mais aussi en Gambie et en Guinée-Bissau.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Alex Haley, <em>Racines Tome II</em>, J’ai Lu, 1977, p. 47.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Œuvres complètes, tome XVI</em>, PUF, 1991, p. 280.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 235</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Monique Bydlowski, <em>La dette de vie,</em> PUF, 2006, p. 92.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> <em>Ibid.</em>, p. 95</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> <em>Ibid.</em>, p. 97</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref33">[33]</a> <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, Sous la direction de Sylvain Missonnier, Bernard Golse, Michel Soulé, Monographies de la psychiatrie de l’enfant, PUF, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref34">[34]</a><em> </em>Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », p.193-213 in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref35">[35]</a> La notion de « touch-point » désigne une période particulière du développement de l’enfant : avant chaque bond en avant, chaque progrès, l’enfant peut se mettre provisoirement à régresser, ce qui provoque mécontentement, inquiétude et angoisse chez les parents.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref36">[36]</a> Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>,  p.195.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref37">[37]</a> <em>ibid.</em>, p. 196.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref38">[38]</a> <em>ibid.</em>, p. 197.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref39">[39]</a> Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, p.198.</p>
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		<title>Le choix du prénom ou la logique narcissique de l’Idéal du Moi : Introduction</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Mar 2011 11:00:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[choix du prénom]]></category>
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		<description><![CDATA[« De tous les phonèmes, de tous les mots ainsi entendus par l’enfant, il en est un qui va être d’une importance primordiale, assurant la cohésion narcissique du sujet : c’est son prénom. »
Françoise Dolto, L’image inconsciente du corps, p.46]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>« De tous les phonèmes, de tous les mots ainsi entendus par l’enfant, il en est un qui va être d’une importance primordiale, assurant la cohésion narcissique du sujet : c’est son prénom. »</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Françoise Dolto, </em>L’image inconsciente du corps<em>, p.46</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Historique du sujet</strong><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Travaillé par des questions qui, dans l’après-coup, tournaient autour de celle des origines, je me suis interrogé lors d’un travail de recherche sur une étape particulière dans « la préhistoire de l’enfant », à savoir celle du choix du prénom par les parents. J’ai tenté d’étudier cette étape comme un moment où la question des générations, mais aussi celle de la transmission, pouvaient être posées.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Introduction de la problématique du générationnel</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En effet, les relations dynamiques inconscientes entre les parents et l’enfant sont tout autant constitutives que destructrices de l’être de l’enfant. L’inconscient agit dans une famille et c’est ainsi que l’enfant, par son symptôme, peut représenter un symptôme familial. Lacan avance à ce sujet deux idées particulièrement intéressantes dans ses deux notes sur l’enfant<a href="#_ftn1">[1]</a> publiées dans les <em>Autres écrits</em> : « Le symptôme peut représenter la vérité du couple familial. C’est là le cas le plus complexe, mais aussi le plus ouvert à nos interventions. » Et plus loin : « L’articulation se réduit de beaucoup quand le symptôme qui vient à dominer ressortit à la subjectivité de la mère. Ici, c’est directement comme corrélatif d’un fantasme que l’enfant est intéressé. »</p>
<p style="text-align: justify;">A ce propos, son amie Françoise Dolto écrit : « C’est l’enfant qui supporte inconsciemment le poids des tensions et interférences de la dynamique émotionnelle sexuelle inconsciente en jeu chez les parents, dont l’effet de contamination morbide est d’autant plus intense que le silence à leur propos et le secret en est gardé (…) Là où le langage s’arrête, c’est le comportement qui continue à parler »<a href="#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était donc dans cette perspective de détermination de l’enfant par l’histoire du couple, et par l’histoire individuelle de chacun des parents (notamment dans leurs rapports à leurs propres parents) que je  situerai ici mon propos.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>La transmission générationnelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La question de la transmission générationnelle est une question sensible en psychanalyse et elle a fait couler beaucoup d’encre depuis son entrée sur la scène analytique.</p>
<p style="text-align: justify;">Si on a pu reprocher à Freud une conception théorique trop solipsiste, qui serait trop centrée sur l’intrapsychique, le problème de la transmission, notamment phylogénétique au travers de la question généalogique et de celle de la filiation, ne lui est bien évidemment pas étranger. En effet, avec <em>Totem et Tabou</em> (et jusqu’à <em>L’homme Moïse et la religion monothéiste</em>), il s’interroge sur la transmission, notamment celle du complexe d’Œdipe et de la conscience de culpabilité liée au meurtre du père. Il tente d’analyser d’une part la transmission du tabou dans l’organisation sociale et dans la réalité psychique, et d’autre part la transmission de la vie psychique entre les générations. Il va ainsi dégager une voie de transmission par la culture et par la tradition, assurée par l’appareil culturel et social branché en quelque sorte sur les différentes générations.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde voie de transmission qu’il tente de frayer a directement partie liée à la vie psychique inconsciente que la culture va irriguer. Il suppose dans <em>Totem et Tabou</em> une âme collective qui se poursuivrait de génération en génération.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce sera chez les post-freudiens, qui s’inspireront parfois de travaux s’inscrivant dans les courants de thérapie systémique ou familial, que cette question de la transmission psychique entre générations sera plus amplement développée. Pour n’en citer que quelque uns : Serge Lebovici a développé par exemple le concept de « mandat transgénérationnel »<a href="#_ftn3">[3]</a>, Alain de Mijolla pour qui le concept d’identification tient une grande place, a proposé ailleurs la notion de « fantasmes d’identification »<a href="#_ftn4">[4]</a>. Haydée Faimberg a développé celle de « télescopage des générations »<a href="#_ftn5">[5]</a>, tandis que Nicolas Abraham et Maria Torok ont travaillé, quant à eux, les notions de « crypte » et de &laquo;&nbsp;fantôme&nbsp;&raquo;<a href="#_ftn6">[6]</a>. Tous ont ainsi cherché à décrire certaines conditions métapsychologiques de la transmission inter-générationnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à moi, ce que j’ai essayé de travailler plus précisément dans la question de la transmission, ce fut la notion d’idéal du moi, elle-même fortement liée à celle de narcissisme. Nous verrons comment dans les articles que je posterai plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour un parcours théorique au sujet de la notion de narcissisme, vous pouvez lire également les articles :</p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent : Narcissisme et adolescence – première partie" href="../?p=62">Narcissisme et adolescence – première partie</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent : Narcissisme et adolescence – seconde partie" href="../?p=82">Narcissisme et adolescence – seconde partie</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Lien permanent : Narcissisme et adolescence – troisième partie" href="../?p=86">Narcissisme et adolescence – troisième partie</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud avançait dans <em>Pour introduire le narcissisme</em> que « l&#8217;amour parental, si touchant et, au fond, si enfantin, n&#8217;est rien d&#8217;autre que le narcissisme des parents qui vient de renaître et qui, malgré sa métamorphose en amour d&#8217;objet, révèle à ne pas s&#8217;y tromper son ancienne nature. »<a href="#_ftn7">[7]</a> L’enfant peut être mis en lieu et place des rêves et des désirs irréalisés de ses parents. Et c’est avec cela qu’il va devoir se constituer psychiquement. Cette inscription, que l’on peut dire qualifiée de générationnelle, lui impose en quelque sorte un travail psychique  d’appropriation qui va le constituer comme sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, c’est sur la base de ce narcissisme qu’il peut y avoir des identifications dans les deux sens, à la fois de l’enfant vers ses parents, mais je pense également des parents vers l’enfant. C’est pour cela que l’on parlera de préférence d’intergénérationnel plutôt que de transgénérationnel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Le choix du prénom et l’idéal du moi</h2>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Le choix du prénom et le travail de l’inconscient</h3>
<p style="text-align: justify;">Le choix du prénom est donc une étape, un moment incontournable, dans ce que l’on peut appeler « la préhistoire de l’enfant », si l’on choisit par convention la naissance comme point de départ de l’histoire de ce dernier. C’est une étape complexe car s’y expriment , entre autres, des choix conscients, des compromis, entre les parents, mais aussi des logiques sociales. J’ai donc supposé que s’y manifestait également une certaine surdétermination inconsciente.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours d’une partie de ma recherche plus pratique, j’ai pu trouver des parents qui voulaient transmettre explicitement quelque chose, qu’ils avaient eux-mêmes hérité de leur histoire familiale au travers de ce don de prénom et qui choisissaient alors un prénom comme tentative de réalisation de ce souhait de transmission. Mais, j’ai pu voir également d’autres parents qui souhaitaient quant à eux essayer de « faire table rase » de leur passé pour leur enfant. En donnant un prénom apparemment « neuf » et <em>a priori</em> non chargé symboliquement, ils souhaitaient en quelque sorte ne pas entraver la liberté de leur enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ces deux cas, il est aisé d’observer que le choix est donc corrélé à des souhaits explicites du côté des parents, qu’il s’agisse d’un souhait de transmission ou d’un souhait de ne pas « trop » transmettre, il s’agit tout de même d’un souhait, d’un désir en direction de l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au-delà de ce que l’on peut appeler avec Jean-Gabriel Offroy<a href="#_ftn8">[8]</a> l’élaboration secondaire, par analogie avec le rêve, et qui consiste en somme à rendre l’ensemble des raisons du choix du prénom suffisamment rationnel pour être justifiable socialement, j’ai supposé un certain travail de l’inconscient chez les parents.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai donc fait l’hypothèse que l’inconscient a également sa part dans ce désir. Aussi, les raisons invoquées par les parents pour  rendre compte du choix sont certes à prendre en compte, mais pas à prendre pour argent comptant. Elles sont des indices qui doivent mettre sur la piste de ce travail de l’inconscient. Pour tenter d’étudier ce travail de l’inconscient, j&#8217;ai donc choisi d’utiliser ce concept freudien d’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Freud et la question des prénoms</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut se rappeler que Freud s’est intéressé à la question des noms propres dans <em>Totem et Tabou</em>. Dans son étude sur les différents tabous, il examine « le tabou des morts » et rapporte qu’il existe l’interdiction de prononcer le nom du mort dans de nombreuses cultures et que cette prohibition a parfois des effets importants comme le changement de nom du défunt ou encore de toute personne dont le nom se rapprochait de trop de celui du défunt. Il rapproche alors ce tabou de noms de comportements chez l’enfant pour qui le nom est une partie essentielle de la personnalité et écrit qu’ « ils ne se contentent jamais d’admettre une simple ressemblance verbale, mais concluent logiquement d’une ressemblance phonétique entre deux mots, à la ressemblance de nature entre les objets que ces mots désignent. Et même l’adulte civilisé, s’il analysait son attitude dans beaucoup de cas, n’aurait pas de peine à constater qu’il n’est pas aussi loin qu’il le croit d’attacher aux noms propres une valeur essentielle et trouver que son nom ne fait qu’un avec sa personne. Rien d’étonnant, dans ces conditions, si la pratique psychanalytique trouve si souvent l’occasion d’insister sur l’importance que la pensée inconsciente attribue aux noms. »<a href="#_ftn9">[9]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’est pas inintéressant non plus de voir comment il a voulu prénommer ses propres enfants car il ne voulait pas que ses enfants soient nommés au hasard. Dans son ouvrage le plus « intime », lorsqu’il interprète un de ses rêves, il finit par arriver à un fil de pensée qui le mène à l’attribution des noms de ses propres enfants : « Je tenais à ce que leurs noms ne soient pas choisis d’après la mode du jour, mais soient déterminés par la mémoire de personnes chères. Leurs noms font des enfants des ‘revenants’. Et finalement avoir des enfants, n’est-ce pas pour nous tous l’unique accès à l’immortalité ? »<a href="#_ftn10">[10]</a> Mathilde, Jean-Martin, Olivier, Ernst, Sophie et Anna. Tous ces prénoms lui permettent de faire revivre des personnages connus qu’il a beaucoup estimés. Mathilde est le nom de la femme de Breuer. Sophie est le nom de la nièce du professeur Hammerschlag auprès de qui il s&#8217;était initié aux secrets des écritures juives, Anna est également le prénom de la fille de ce même professeur et peut-être aussi de sa soeur, Anna, grâce à qui il a rencontré sa femme Martha. Et Ernst était le prénom du professeur Brücke, Jean-Martin, celui de Charcot, Olivier celui de Cromwell.<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Freud lui-même avait été prénommé Schlomo en souvenir de son grand-père paternel, et changera de prénom pour préférer Sigmund. Pour René Major et Chantal Talagrand, « ce qui demeure le plus évident, de la part de Freud, dans l&#8217;acte de nomination est son détachement de la figure du père et la désignation selon des critères d’admiration, d’estime ou d’amitié. S’il pouvait persister chez lui une croyance, c’était bien dans la transmission de ces qualités comme celles de figures substitutives de pères librement choisies. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ces critères que l’on trouve chez Freud, mais chez beaucoup d’autres parents bien évidemment, nous faisons l’hypothèse qu’ils portent la marque de ce que Freud a désigné comme le narcissisme et l’idéal du Moi comme héritier de ce narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Pourquoi l’Idéal du Moi ?</h3>
<p style="text-align: justify;">La notion de narcissisme est une notion particulièrement importante dans l’histoire des concepts analytiques. Dans mes recherches autour du narcissisme, ce qui m’a retenu, pour ce travail sur le choix du prénom, c’est l&#8217;idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi ? Parce qu’il m’a semblé que c’est une notion que Freud relie lui-même à la question de la transmission. L’idéal du moi m’est donc apparu « idéal », si je puis dire, pour traiter d’une question d’abord abstraite, la transmission au sein de l’institution familiale, mais qui ne cesse de se matérialiser dans de multiples situations bien concrètes dès que l’on se penche sur le développement et sur la psychopathologie de l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Les concepts psychanalytiques désignent en général des processus, des mouvements, des situations, des objets conceptuels, reconstruits après-coup. Ce narcissisme dont parle Freud par exemple dans <em>Pour introduire le Narcissisme</em> en est un parfait exemple. Le narcissisme secondaire qu’il utilise pour désigner ce qu’il observe dans certains cas de psychoses tend à pointer qu’il n’est que la résurgence d’un moment, d’un stade, qui aurait déjà eu lieu et qu’il nomme le narcissisme primaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Or  l’idéal du moi, qui est une notion dont Freud a déjà posé quelques bases dans des textes d’avant 1914, est introduit explicitement dans ce texte princeps sur le narcissisme. Et il me semble qu’elle fait partie de cet ensemble de notions que Freud utilise, dont Freud a besoin pour son élaboration pourrait-on dire, pour faire la jonction entre ses spéculations théoriques, autrement dit ses hypothèses théoriques, et une part d’observable plus directement, donc peut-être des notions plus communes, mais dont il va détourner l’usage et le sens. C’est ainsi que je comprends l’usage de la question des idéaux que Freud a abordée régulièrement dans son œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout comme le narcissisme, loin d’être désexualisé, l’idéal et sa quête, n’est qu’une tentative de retrouver cette unité première, cette satisfaction et cette jouissance première de ce temps où l’enfant était à lui-même son propre idéal, et qui ne comportait donc ni insatisfaction, ni désir, ni perte, et qui continue d’exister en nous comme l’engramme du bonheur parfait et permanent, un paradis perdu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">Concernant l’étude théorique du concept d&#8217;idéal du moi</h3>
<p style="text-align: justify;">J’ai choisi de me centrer quasi uniquement sur l’étude des textes de Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Trois raisons :</p>
<p style="text-align: justify;">Premièrement, pour le dire de façon abrupte, je pense que la psychanalyse n’est pas une science, et que de ce fait elle reste d’une façon ou d’une autre liée précisément au nom de Freud, et au champ qu’il a dégagé, ce qu’avec Lacan on peut nommer « le champ freudien ». Ce dernier écrivait par exemple : « Si la psychanalyse peut devenir une science, &#8211; car elle ne l&#8217;est pas encore -, et si elle ne doit pas dégénérer dans sa technique, &#8211; et peut-être est-ce déjà fait -, nous devons retrouver le sens de son expérience. Nous ne saurions mieux faire à cette fin que de revenir à l&#8217;œuvre de Freud. »<a href="#_ftn12">[12]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc la première raison pour laquelle il m’apparait important de repartir des textes fondateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde raison est liée au devenir de ce concept dans l’édifice théorique de Freud et dans l’histoire de la psychanalyse. Chez Freud, cette notion d’idéal du moi va être amenée plus ou moins à disparaître, à partir de 1923, car supplantée, englobée dans celle du surmoi. Et pour cette raison, il m’a semblé que le surmoi était plus utilisé dans la littérature psychanalytique que son prédécesseur, l’idéal du moi. Les ouvrages centrés sur cette notion ne semblent pas nombreux. On peut citer cependant celui de Janine Chasseguet-Smirgel, <em>La maladie d’idéalité, essai psychanalytique sur l’idéal du moi<a href="#_ftn13"><strong>[13]</strong></a></em> qui apporte un bon éclairage sur la genèse de cette notion dans l’œuvre freudienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, la troisième raison est plus triviale, c’est-à-dire que plus j’avançais dans l’étude de ce concept, plus je m’apercevais que cela demandait du temps pour en saisir la genèse, la nature et les fonctions. Je suis d’accord avec Laplanche et Pontalis lorsqu’ils écrivent que « chez Freud, il est difficile de délimiter un sens univoque du terme ‘idéal du moi’. » Pour eux d’ailleurs, « les variations de ce concept tiennent à ce qu’il est étroitement lié à l’élaboration progressive de la notion de surmoi et plus généralement de la seconde théorie de l’appareil psychique. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai donc fait le choix de me limiter aux textes freudiens dans le souci d’une meilleure compréhension de l’objet que je souhaitais manipuler. Et je me suis arrêté au texte <em>Le moi et le ça</em> car il devient alors effectivement difficile de distinguer l’idéal du moi du surmoi, tant les fonctions de l’un et de l’autre commencent à s’entremêler.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre méthodologie sur le plan théorique est donc finalement assez simple. J’ai choisi le modèle de l’enquête. Je relève les indices qui me permettent de mieux cerner le concept et j’essaie d’en saisir la logique, ce qui me permet alors de m’en servir par rapport au thème de recherche : le choix du prénom d’un enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">La notion d’idéal est bien entendu plus ancienne que le texte où il apparaît pour la première fois (<em>Pour introduire le narcissisme</em>), on le verra par exemple dans <em>Le poète et l’activité de fantaisie</em> qui date de 1908, mais pour parler du moi, il faut bien entendu attendre les prémisses de Freud en 1914. C’est la notion de narcissisme qui va l’acheminer vers elle, voire le forcer à la conceptualiser dans <em>Le moi et le ça.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Afin de dégager la logique des éléments et des propositions sur le concept d’idéal du moi que Freud accumule tout au long d’une dizaine d’années, je présenterai l’étude longitudinale des textes qui m’ont semblé les plus significatifs dans la suite des articles qui vont suivre.</p>
<p style="text-align: justify;">En parallèle je présenterai progressivement l’extraction des propositions avec lesquelles je me suis construit une définition de cette notion d’idéal du moi ; définition sur laquelle j’ai bâti une hypothèse de travail quant à ce choix du prénom.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
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<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Jacques Lacan , « Note sur l’enfant », in <em>Autres Ecrits</em>, Seuil, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Françoise Dolto, préface du livre de Maud Mannoni, <em>Le 1<sup>er</sup> rendez-vous avec le psychanalyste</em> Gallimard, 1998.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Serge Lebovici, <em>Le mandat transgénérationnel</em>, Psychiatrie Française<em>,</em> 1998 ; n°3.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Alain de Mijolla, <em>les visiteurs du Moi, </em>Les Belles Lettres, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Haydée Faimberg, « le télescopage des générations », in <em>Transmission de la vie psychique entre générations</em>, Dunod, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Nicolas Abraham, Maria Torok, <em>L’écorce et le noyau, </em>Flammarion, 1987.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 235</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Jean-Gabriel Offroy, <em>Le Choix du prénom</em>, Hommes et perspectives, 1993, p. 162</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Sigmund Freud, <em>Totem et Tabou</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001, p. 115</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Sigmund Freud, <em>L’interprétation des rêves</em>, Œuvres complètes Tome IV, PUF, 2003, p.537-538.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Nous nous sommes basés sur les informations contenues dans la biographie analytique de René Major et Chantal Talagrand, « Freud » p.165-166, et dans « Filiations » de Vladimir Granoff, p.366-367.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Jacques Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage », in <em>Ecrits I</em>, Points Seuil, 1999, p. 265.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Janine Chasseguet-Smirgel, <em>La maladie d’idéalité, essai psychanalytique sur l&#8217;idéal du moi</em>, L’Harmattan, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Laplanche et Pontalis, <em>Vocabulaire de la psychanalyse</em>, PUF, 2002, p. 184</p>
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		<title>Handicap et psychanalyse – Seconde partie</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Feb 2011 20:21:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<category><![CDATA[simone korff-sausse]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vous propose ici la suite de mon parcours de lecture au sujet du handicap, toujours largement inspiré des écrits de Simone Korff-Sausse.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;"><strong>Le handicap : du côté des parents</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Dans un point de vue général, « dans la plupart des cultures, le handicap de l’enfant fait l’objet d’un vaste tabou »<a href="#_ftn1">[1]</a> : il choque, décourage, inspire l’ennui, suscite le malaise et surtout fait peur parce qu’ « il nous confronte aux limites de l’humain, car il suscite des images d’anormalités proches de la bestialité ou de la monstruosité. »<a href="#_ftn2">[2]</a> Que ces images nous soient renvoyées par un enfant peut nous gêner d’autant plus que cela brise quelque peu l’image d’une enfance que nous nous plaisons à idéaliser.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons dit dans <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=315">notre première partie</a>, suite à la mutation anthropologique du 19<sup>ème</sup> siècle, notre rapport à l’altérité a profondément changé, ainsi tenir l’autre à distance, en l’identifiant à sa différence, nous permet d’écarter le risque fantasmatique que cet autre peut susciter par notre trop proche ressemblance. Tenter d’accepter l’autre dans sa ressemblance peut constituer une menace, c’est bien pourquoi « l’anormal » a bien souvent été rejeté dans l’altérité la plus lointaine et que « la logique de l’exclusion commence par cela : désigner l’autre comme radicalement différent. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Un ouvrage philosophique écrit par Pierre Ancet, « Phénoménologie des corps monstrueux », qui suit une approche phénoménologique, mais qui mêle différents points de vue comme celui de la psychanalyse, analyse l’articulation du monstrueux et de l’humain et montre justement que c’est la part d’hominité, c’est à dire son appartenance à l’espèce humaine, qui nous rapproche de ce corps monstrueux, tout en lui refusant sa part d’humanité. Et, sans confondre effectivement la personne handicapée avec le monstre, les psychanalystes, comme Korff-Sausse, peuvent retrouver par contre des fantasmes de monstruosité dans cette clinique.</p>
<p style="text-align: justify;">Les parents d’un enfant handicapé ne sont pas non plus exempts de ces mouvements projectifs. C’est pourquoi l’annonce d’un handicap, quel qu’il soit, même minime, est un moment extrêmement sensible et en cela important pour le devenir de l’enfant, et celui des parents. Guidetti et Tourette<a href="#_ftn4">[4]</a> notent à cet égard « que l’intensité des réactions à l’annonce du handicap est liée au statut social et culturel du handicap.» Les deux auteurs ajoutent que « dans notre société, les handicaps moteurs, surtout dans les cas où les fonctions intellectuelles sont préservées, bénéficient d’une représentation plus favorable que les handicaps mentaux. » D’où d’ailleurs la nécessité de travaux comme ceux de Stiker, et de leur diffusion au grand public, afin de faire travailler les fameuses représentations sociales chères à Serge Lebovici.</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il qu’il ne faut pas oublier que l’annonce du diagnostic va produire des effets sur toutes les relations intra-familiales, et sur l’équilibre psychique de chacun des membres de la famille. Essayons de préciser les enjeux au niveau de ce que l’on peut appeler les processus de parentalité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>La blessure narcissique</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Freud avançait dans « Pour introduire le narcissisme » que « si l&#8217;on considère l&#8217;attitude de parents tendres envers leurs enfants, l&#8217;on est obligé d&#8217;y reconnaître la reviviscence et la reproduction de leur propre narcissisme qu&#8217;ils ont depuis longtemps abandonné. »<a href="#_ftn5">[5]</a> Cette attitude des parents envers leur enfant est même une preuve pour Freud de l’existence antérieure de ce stade qu’est le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">« Maladie, mort, renonciation de jouissance, restrictions à sa propre volonté ne vaudront pas pour l&#8217;enfant, les lois de la nature comme celles de la société s&#8217;arrêteront devant lui, il sera réellement à nouveau le centre et le cœur de la création. » Freud décrit là le sentiment parental devant l’enfant. Selon lui, ce sentiment a donc pour origine le narcissisme du parent lui-même, c’est-à-dire ce moment où le parent, enfant lui-même, se prenait encore pour idéal lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Rien n’est évidemment véritablement oublié, derrière l’amour que les parents portent en direction de leur enfant, Freud  y voit la résurgence de leur narcissisme, projeté cette fois sur l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’amour parental, si touchant et au fond, si enfantin, n’est rien d’autre que le narcissisme des parents qui vient de renaître et qui, malgré sa métamorphose en amour d’objet, révèle à ne pas s’y tromper son ancienne nature. »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le premier problème peut-être avec l’enfant handicapé, c’est précisément qu’il va avoir du mal à donner l’illusion aux parents de retrouver cette immortalité propre au narcissisme qui dédommage de l’acceptation de sa propre finitude. L’enfant handicapé va constituer un obstacle à la projection des parents de leur Moi-Idéal sur leur enfant. C’est la blessure narcissique dont parle Korff-Sausse à propos de l’enfant handicapé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le second problème est à situer vis à vis de la dette de vie inconsciente qu’analyse Monique Bydlowski dans son ouvrage « La dette de vie ». Outre son concept de <em>transparence psychique</em>, elle avance l’idée qu’avec l’enfant, le parent peut régler sa dette envers les générations précédentes. Ainsi, le handicap peut venir, là encore, constituer un obstacle au solde de cette dette.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Le deuil imaginaire… impossible</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Dans un article d’une monographie<a href="#_ftn7">[7]</a>, Bernard Golse aborde le versant psychique de la grossesse au travers d’une réflexion sur la procédure d’agrément dans le contexte d’adoption.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui nous intéresse, ce sont ces fameux « quatre bébés dans la tête des parents ». En effet, l’enfant à venir est d’abord « matière à pensées » (ou « une matière de pensées ») pour les futurs parents. C’est ce que l’on a coutume de désigner par « enfant imaginaire » et qui recouvre finalement quatre dimensions distinctes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant fantasmatique</em></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">« Il s’agit d’un groupe de représentations mentales principalement inconscientes et que chacun des deux parents s’est forgé tout au long de son histoire depuis sa plus tendre enfance. »<a href="#_ftn8">[8]</a> Sous ce terme d’enfant fantasmatique est donc désigné, entre autres, l’enfant qui peut être désiré du père par la petite fille (ou par le petit garçon ?). Ces représentations inconscientes seront réélaborées à différentes périodes de la vie, comme à l’adolescence typiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant narcissique</em></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">C’est « le dépositaire de tous les espoirs et de toutes les attentes de ses parents », comme on l’a vu avec Freud et son <em>Pour introduire le narcissisme</em>. « Tout ce qu’ils n’ont pas pu faire, tout ce qu’ils n’ont pas réussi, tous les idéaux manqués, leur enfant sera chargé de l’accomplir. »<a href="#_ftn9">[9]</a> Même si cela peut être difficile à accepter sans rivalité par les parents rappelle l’auteur.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant mythique ou culturel</em></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">« Chaque groupe culturel a ses représentations spécifiques de l’enfant et celles-ci imprègnent (…) le fonctionnement psychique des adultes (…) »<a href="#_ftn10">[10]</a> C’est à notre sens ce qu’on peut observer dans l’idéalisation persistance de l’enfant dans nos sociétés : un enfant de plus en plus précieux, soumis à une injonction de perfection, et d’autonomie la plus rapide possible. Nous y associons également l’idéologie de l’enfant désiré, programmé, comme seul possibilité de « bon départ dans la vie ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;"><strong><em>L’enfant imaginé</em></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">« Il s’agit au fond des rêveries conscientes et pré-conscientes du couple à propos de l’enfant qu’il projette d’avoir : son sexe, son prénom, son apparence, etc… »<a href="#_ftn11">[11]</a> Ce deuxième groupe de représentations est plus tardif dans l’histoire individuelle. Il apparaît par exemple quand un homme ou une femme commence à anticiper un enfant, à projeter d’avoir ou d’adopter un enfant. Et on peut dire que <em>l’enfant imaginé</em> est nourri en quelque sorte par les représentations des trois autres bébés.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lors d’une naissance, on parle souvent de « deuil de l’enfant imaginaire ». En effet, il existe cet enfant espéré, attendu, censé les perpétuer après leur mort et réparer leurs blessures narcissiques anciennes, c’est l’enfant merveilleux et imaginaire comme on l’a vu. Et il y a un enfant réel qui arrive avec toute sa singularité, et éventuellement sa « différence ». Les parents sont censés passer par une étape de réconciliation avec le bébé réel en parallèle du travail du deuil de cet enfant imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cette étape de deuil devient alors problématique pour les parents dont l’enfant présente un handicap. En effet, le travail de deuil consiste généralement à « placer quelque chose à la place de l’objet perdu »<a href="#_ftn12">[12]</a> ce qui est dans le cas de l’enfant handicapé proprement impossible.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le disent Brazelton et Cramer, le bébé représente une part du self inconscient du parent<a href="#_ftn13">[13]</a>, l’enfant fait en quelque sorte partie du parent : ainsi, renoncer à l’enfant imaginaire, dans ces cas, revient à renoncer à l’image de parents pouvant mettre au monde un bel enfant sans aucune anomalie et déstabilise ainsi les assises narcissiques des parents. Cet enfant va alors leur renvoyer éventuellement leurs propres défauts cachés, refléter leurs propres faiblesses et les exposer également au grand jour, à tout le monde. Ainsi l’obstacle majeur qui va se poser à présent pour les parents c’est leur reconnaissance dans leur propre enfant. Comment s’identifier et se reconnaître en lui ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’œuvre de Kenzaburo Oé est sur ce point particulièrement riche d’enseignement. Son roman « <em>Une affaire personnelle </em>»<a href="#_ftn14">[14]</a> est le long et douloureux chemin d’un père vers l’acceptation de son fils handicapé et le dépassement de son désir premier de tuer cet enfant. La naissance de ce dernier ne cesse de le renvoyer à ses propres faiblesses, aux moments de son histoire qui lui font honte, qui le rendent finalement incapable de se reconnaître en son fils et donc de l’accepter. Il lui faudra d’abord revenir sur ses propres problèmes et angoisses, les élaborer et leur trouver une issue positive, avant de pouvoir faire une place à son fils.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>la représentation de la transmission</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="text-decoration: underline;"> </span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs la représentation de la transmission, dans la naissance d’un enfant handicapé, est en effet vivement investie. Elle intervient dans ce cadre bien au-delà de la stricte dimension biologique. C’est la dimension fantasmatique encore une fois qui va prendre le pas, et concerner tout autant la mère que le père. Car le handicap réouvre de manière aiguë la question de l’origine pour les parents. Qu’ont-ils fait, ou que n’ont-ils pas fait pour mettre au monde cet enfant ? Comme le précise Korff-Sausse<a href="#_ftn15">[15]</a>, les parents peuvent s’acharner à trouver une explication qui va osciller entre « deux tendances contradictoires : le besoin de n’y être pour rien et le besoin d’y être quand même pour quelque chose. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Le traumatisme</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi cette rencontre entre ces nouveaux parents et ce nouveau-né peut être un traumatisme ? Car les représentations éveillées par cette rencontre sont parfois telles qu’elles débordent la capacité de penser des parents. C’est l’effroi et la stupeur chez les parents : « les réactions de dénégations, les manifestations somatiques sont fréquentes, signes de la mise en échec de la pensée. »<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La première caractéristique du traumatisme est qu’il est une « situation hors du commun confrontant directement le sujet à la mort ou à l’intolérable »<a href="#_ftn17">[17]</a> et que cette situation déborde alors toutes les défenses du sujet : aucun des parents ne peut y avoir été préparé même si tous l’ont peut-être envisagé durant la grossesse.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde est « le revécu répétitif de l’événement traumatique » et le fait que « la pensée est polarisée par l’événement »<a href="#_ftn18">[18]</a>, les facultés mentales sont comme suspendues. Cet événement traumatique suscite donc des représentations intolérables chez les parents, mais il vient également réactualiser le passé de ces derniers, ainsi que certains sentiments qui vont faire écho à leur propre histoire, tout en réactivant des fantasmes inconscients bien souvent inacceptables pour ces parents. Des fantasmes de meurtre sont inévitables, même s’ils sont rarement évoqués tant ils sont insupportables pour les parents et tant l’idée du meurtre de cet enfant suscite la honte. Cette envie de meurtre est d’ailleurs bien plus ouvertement exprimée chez les parents non concernés. Mais la reconnaître peut être une partie importante d’un processus d’acceptation du handicap pour ces parents et pour l’enfant, afin que la violence ne fasse pas retour sous un autre forme, plus masquée et plus pernicieuse (Les attitudes de surprotection qui viennent contrecarrer les projets pour les enfants par exemple).</p>
<p style="text-align: justify;">Mélanie Klein écrit par exemple que dans le deuil, c’est lorsque la haine fait jour et est ressentie pleinement que l’amour de l’objet fait jour et que la personne endeuillée sent qu’elle peut conserver en elle l’objet aimé et perdu.</p>
<p style="text-align: justify;">Une certaine amnésie péri-traumatique autour de l’annonce du handicap, autour de cette première rencontre, se produit fréquemment. « Mais ces images et ces pensées restent bien entendu vivantes et actives quelque part au fond de la psyché et demandent à pouvoir s’exprimer. Réduites au silence, remisées dans l’inconscient, elles constituent une source d’angoisse d’autant plus difficile à maîtriser qu’elle n’avoue pas son origine. »<a href="#_ftn19">[19]</a> Bensoussan parle par exemple de « déroute narcissique »<a href="#_ftn20">[20]</a> pour qualifier cette étape où la colère accompagne la culpabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc le premier temps de la sidération du traumatisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, c’est la confrontation au fantasme, son objectivation qui va peut-être constituer l’aspect le plus traumatique.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons que la naissance d’un enfant va produire des effets aux niveaux des parents en devenir du côté de leurs identifications, et ce, dans deux directions différentes.</p>
<p style="text-align: justify;">On parle d’un mouvement régrédient d’identification au bébé, qui va alors réactiver la part infantile du parent. Le premier à l’avoir théorisé fut Winnicott avec ce qu’il a appelé « La préoccupation maternelle précoce »<a href="#_ftn21">[21]</a> qu’il compare tout de même à une folie passagère. Et on parle d’un second mouvement, progrédient cette fois, qui va remettre en jeu les identifications du nouveau parent avec son parent du même sexe. Ces identifications adulte-parent vont bien évidemment comporter leur part d’ambivalence névrotique mise au jour dans les angoisses quant à faire mieux ou moins bien que ses propres parents dans le fait d’avoir un enfant, de l’éduquer, etc…</p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Deux types de fantasmes peuvent être invoqués</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Un affect va être présent massivement, c’est la culpabilité rencontrée par une sorte d’objectivation du fantasme d’une filiation fautive, incestueuse. Ce que l’on peut aisément constater dans les mythologies (rappelons-nous le mythe d’Œdipe) qui rendaient alors les Dieux responsables.</p>
<p style="text-align: justify;">Korff-Sausse, à ce sujet, plaide pour un partage de celle-ci par les parents (si cela est possible bien entendu). La culpabilité peut être si forte qu’un des deux parents peut finir par rentrer dans une dévotion masochique afin de tenter d’expier une faute qu’il penserait avoir commise, ou encore qu’un des parents accuse l’autre d’avoir par exemple transmis un éventuel problème génétique afin de s’en libérer.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le fantasme du châtiment vis à vis d’une faute oedipienne n’est pas tout.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Mélanie Klein, l’envie et la réparation</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour aller plus loin, il faut reprendre la théorie kleinienne du développement psychosexuel tant chez les mères que chez les pères. Rappelons que Mélanie Klein s’écarte de la doxa freudienne quant à l’Œdipe en le situant beaucoup plus tôt, et surtout en apportant des éléments nouveaux concernant l’oedipe chez la petite fille.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour elle, le premier objet de désir du nourrisson est le sein de la mère, qu’il soit garçon ou fille. Le père est alors perçu comme un rival. Mais les angoisses schizo-paranoïdes, c’est à dire persécutives et dépressives, que va vivre l’enfant concernant son premier objet de désir, et sa mère une fois qu’elle sera perçue comme totale, comme rattachée au sein, pousseront l’enfant vers le père.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, le pénis du père deviendra pour la fille, comme pour le garçon, un objet de désir oral qui leur permettra de se détourner du sein. Mais auparavant, précisons que <em>l’envie</em> est placée par Klein au cœur de sa théorie, et donc des premiers échanges et des premières expériences du nourrisson. Là encore, Klein innove quant à l’envie chez Freud qui ne concernait, schématiquement, que l’envie de pénis chez la femme. Il ne faut pas confondre selon elle l’envie de la jalousie. Dans « Envie et gratitude », elle les distingue clairement et fait de l’envie un sentiment primitif. C’est une sorte d’avidité à vouloir posséder toutes les bonnes qualités qu’on peut extraire d’un objet sans se soucier des conséquences que cela peut produire sur l’objet, autrement dit, au risque même de le détruire. Et s’il est impossible de s ‘approprier ses bonnes qualités, l’envie poussera alors à détruire l’objet afin de ne plus ressentir ce sentiment finalement accablant. Cet aspect peut donc, selon Klein, devenir particulièrement nuisible au développement de l’enfant car il devient un obstacle aux introjections des bonnes expériences avec l’objet, dès que celui-ci est perçu comme gratifiant. Finalement l’envie, et surtout l’avidité contenue dans cette envie, peut être conçue comme une extériorisation directe de la pulsion de mort.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi le sein, premier objet source de bien-être, idéalisé au tout début de la vie, va susciter des sentiments d’envie chez le nourrisson qui désire s’accaparer sa perfection. La nourriture extraite du sein devient également source d’envie. Et le nourrisson peut commencer à projeter toutes ses angoisses et ses désirs destructeurs dans ce sein. Il peut finalement désirer détruire ce sein. Et une fois que la position dépressive est atteinte, ces attaques contre le sein peuvent se poursuivre contre la mère, son corps et tout ce qu’il contient à l’intérieur, notamment les bébés.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la position dépressive atteinte va de pair avec la possibilité de ressentir de la culpabilité. Le nourrisson peut se voir alors confronté à la culpabilité d’avoir endommagé, ou même détruit sa mère. Ainsi ces attaques vont finir par se solder par le désir de réparation, et plus l’agressivité due à l’envie est présente, plus elle peut engendrer un désir de sollicitude et de restauration. Cette réparation est particulièrement importante dans le développement, car elle permet à l’enfant de reconstituer ces objets internes et de ne pas ses sentir désespéré face à la haine qu’il peut ressentir dans la frustration. Le désir de reconstituer un bon objet interne et externe va finir par être une base d’activités créatrices afin de maintenir des bonnes relations.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, lorsqu’une femme devient une mère, ses fantasmes précoces et ses angoisses concernant sa propre relation à sa mère sont réactivées. Et les angoisses d’avoir un bébé anormal, qui sont classiques, peuvent être alors interprétées comme les possibles représailles d’avoir attaquer l’intérieur du corps de la mère. Ainsi, on peut imaginer comment un enfant handicapé peut venir là objectiver des fantasmes de destruction que la toute nouvelle mère a pu antérieurement ressentir à propos de la mère archaïque de sa vie fantasmatique.</p>
<p style="text-align: justify;">Côté père, il ne faut pas absolument pas oublier la souffrance qui peut s’y jouer comme on a pu le faire auparavant. En effet, on ne voit pas pourquoi la blessure narcissique ne les concernerait pas ? (Les projections narcissiques du père peuvent d’ailleurs être visibles lorsqu’elles conduisent par exemple au fantasme d’enfantement ou encore de « couvade »<a href="#_ftn22">[22]</a> mais également dans des états dépressifs) Et même peut-être encore plus que les mères tant le handicap peut être vécue comme une castration ! Le féminin n’est pas l’exclusivité des femmes. Et Korff-Sausse pense à ce sujet que « la relation avec un enfant handicapé vient dévoiler la dimension féminine de la fonction paternelle », rarement mise en avant il est vrai. Aussi, on peut se poser la question si l’on ne pourrait pas parler au final d’une « préoccupation paternelle primaire » ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans tous les cas, ignorer cette souffrance du côté des pères par des attitudes de déni du côté des soignants laisse les pères dans leur désespoir ou leur fuite éventuelle cherchant d’autres gratifications, professionnelle par exemple. Et on peut se demander si ce refus du masculin dans un univers essentiellement féminin bien souvent ne serait pas un déplacement du refus de la sexualité chez ces enfants handicapés, futurs adultes sexués. Et on sait combien la sexualité et son potentiel de procréation est une limite à l’intégration des handicapés : soit absente, soit monstrueuse. Rappelons-nous un passage du Vilain petit canard : « Tu peux te flatter d’être énormément laid ! dirent les canards sauvages ; mais cela nous est égal, pourvu que tu n’épouses personne de notre famille. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Défenses maniaques et idéalisation</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Enfin terminons avec le fait que la naissance d’un enfant handicapé entraîne des conséquences particulièrement importantes quant à vie sociale des familles. Les solutions matérielles à trouver pour l’éducation de l’enfant, sa vie quotidienne, d’une part sont coûteuses en temps et en énergie, mais d’autre part, cela peut se loger dans le regard et les attitudes des autres également qui, même avec de bonnes intentions, marquent le changement de statut de ces parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Des défenses maniaques chez les parents peuvent se mettre en place contre les pertes liées à la venue de cet enfant (perte de la mobilité, de la possibilité d’avoir plus de temps pour eux, etc…).</p>
<p style="text-align: justify;">Suite à cette mutation anthropologique, et les changements de nos rapports à l’altérité, on voit également de plus en plus l’idée que le handicapé a peut-être quelque chose en moins, mais il aurait quelque chose en plus. Cela est lié à la question de l’idéalisation. L’enfant handicapé peut venir ainsi capter toutes les attentions car il représente nos parties infantiles les plus vulnérables que l’on voudrait protéger et réparer. Ainsi, un processus d’idéalisation peut se mettre en place vis à vis duquel il faut être vigilant car la persécution succède bien souvent à l’idéalisation. Mais l’objet idéal peut devenir en retour rapidement un objet persécutant au sein des groupes et institutions, y compris dans les relations. Idéaliser un enfant handicapé peut également l’enfermer dans un rôle qui ne lui permet pas de se développer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Korff-Sausse S., <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996, p.8</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Korff-Sausse S., <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996, p.8</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> <em>ibid.</em>, p. 145</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Guidetti M.&amp; Tourrette C., <em>Handicaps et développement psychologique de l’enfant</em>, Armand Colin, 2002, p.146</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 234</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>Ibid.</em>, p. 235</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a><em> </em>Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, p.193 à 213.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>,  p.195.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> <em>ibid.</em>, p. 197.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Bernard Golse, « La “grossesse” des parents adoptants », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, p.198.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> <em>ibid.</em>, p. 196.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Sausse S., <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996<em>, </em>p.44</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Brazelton B. &amp; Cramer B., <em>Les premiers liens, </em>Calmann-Levy, 1991, p. 169</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Oé K., <em>Une affaire personnelle</em>, Stock, 2000.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Simone Korff-Sausse « L’impact du handicap sur les processus de parentalité », Reliance, 2007, n°26</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Korff-Sausse, <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996, p. 33</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Plagnol A. « Sémiologie en psychopathologie de l’adulte », in <em>Psychologie clinique et psychopathologie</em>, Nouveau cours de psychologie sous la direction de Ionescu S. &amp; Blanchet A. p.130</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> <em>ibid.</em> p.130</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Korff-Sausse, <em>Le miroir brisé, l’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste, </em>Calmann-Levy 1996, p. 35</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Bensoussan P., <em>L’annonce faîte aux parents, Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence,</em> 1989, 37, p. 435</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> D.W. Winnicott « La préoccupation maternelle primaire », 1956, in <em>De la pédiatrie à la psychanalyse.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> A ce sujet, Dominique Cupa rapporte quelques exemples dans son article « Le complexe de grossesse du père », in <em>La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité</em>, p. 166 à 170.</p>
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		<title>Handicap et psychanalyse &#8211; Première partie</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Feb 2011 17:01:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[handicap]]></category>
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		<description><![CDATA[Je vous propose ici un parcours de lecture au sujet du handicap, largement inspiré des écrits d’une auteure que je trouve particulièrement intéressante quant à une approche psychanalytique pour le domaine du handicap, à savoir Simone Korff-Sausse.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">La déficience, l’incapacité, le handicap et ses représentations inconscientes</h2>
<p style="text-align: justify;">Si l’on en croit le professeur Claude Hamonet : « Les activités de recherche, directement centrées sur le handicap, sont relativement peu nombreuses si on les compare à d’autres domaines de la santé et des sciences humaines. » <a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons pour commencer la définition de l’OMS de 1980 pour laquelle « est handicapé un sujet dont l’intégrité physique ou mentale est passagèrement ou définitivement diminuée, soit congénitalement, soit sous l’effet de l’âge, d’une maladie ou d’un accident, en sorte que son autonomie, son aptitude à fréquenter l’école ou à occuper un emploi s’en trouvent compromises. »</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le précisent Guidetti et Tourette<a href="#_ftn2">[2]</a> il existe trois dimensions dans cette définition du handicap :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Une      dimension organique qui renvoie à la notion de déficit (« perte de      substance ou altération d’une structure ou fonction psychologique,      physiologique ou anatomique »).</li>
<li>Une      dimension fonctionnelle qui renvoie à la notion d’incapacité (« réduction      [résultant d’une déficience] partielle ou totale de la capacité      d’accomplir une activité donnée de la façon ou dans les conditions      considérées comme normales pour un être humain »).</li>
<li>Une      dimension sociale qui renvoie enfin à la notion de handicap      (« désavantage qui, pour un individu donné, résulte d’une déficience      ou d’une incapacité qui limite ou interdit l’accomplissement d’un rôle      normal [en rapport avec l’âge, le sexe, les facteurs sociaux et      culturels] »).</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, selon Guidetti et Tourette, « Il est donc important de relever l’aspect dynamique de la distinction déficience/incapacité/handicap » car dans cette perspective, « un enfant déficient n’est pas forcément handicapé »<a href="#_ftn3">[3]</a>, dans le sens social du terme ainsi défini.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette définition dynamique du handicap est somme toute assez récente, et elle met l’accent, comme on le voit, sur l’aspect social, peut-être au risque de perdre le point de vue individuel et singulier ? Toujours est-il, dans le même ordre idée, que nous allons vers une euphémisation toujours plus importante quant à toutes les expressions qui touchent au handicap : d’aveugle à malvoyant, de sourd à malentendant ou de paralytique à personne à mobilité réduite.</p>
<p style="text-align: justify;">Henri-Jacques Stiker l’interprète comme la visée de « démédicalisation des personnes et du secteur au profit des actions et des acteurs de l’insertion sociale et professionnelle »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais, avec Olivier Grim, on peut le voir également comme les signes d’une tentative individuelle et collective de refouler en somme quelque chose de l’ordre de l’inconscient qui tend toujours à déranger. Et ce quelque chose aurait partie liée avec la pulsion de mort, qui dans l’exclusion est particulièrement visible, mais qui agit également plus subtilement dans les pratiques qui visent l’intégration.<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour résumer en reprenant les mots de Korff-Sausse<a href="#_ftn6">[6]</a> qui définirait le handicap plus simplement comme « une atteinte invalidante de l’intégrité somato-psychique » : « plus on en parle, moins on en fait ».</p>
<p style="text-align: justify;">A la question si les handicapés sont des exclus, Korff-Sausse répond oui et non, car comme nous le verrons avec Stiker, ils sont plutôt du côté de la limite, du seuil, dans des hors lieux. En tout cas, le handicapé, comme d’autres figures telle la prostituée ou encore le clochard, inquiète et fascine. Le clochard transgresse l’ordre social en donnant l’apparence d’être libre, tandis que le handicapé donne l’impression d’avoir transgressé l’ordre biologique. Mais constater l’exclusion serait du domaine des sociologues, et la combattre appartiendrait de manière privilégiée au champ politique, la psychanalyse doit essayer de saisir les enjeux psychiques de cette exclusion.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi, l’approche psychanalytique apporte un éclairage intéressant en permettant peut-être de comprendre d’où proviennent les invariants anthropologiques qui traverseraient les rapports entre le handicap et les différentes cultures, autrement dit « il convient de s’interroger sur le statut de la personne handicapée et sur le sort qui lui est fait, à partir d’une analyse des représentations inconscientes qui sont à la source des attitudes persistantes de rejet ou, pire, d’indifférence. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Un peu d’histoire sur les corps infirmes au regard de la société</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Henri-Jacques Stiker, dans son ouvrage « <em>Corps infirmes et société</em> » propose un essai d’étude interculturelle, dans une perspective généalogique foucaldienne. Il pose ainsi qu’il est nécessaire, pour aborder cette question du handicap dans notre société, de faire une histoire des systèmes de pensée ayant eu cours à différentes époques (et non une histoire du handicap à proprement parler) afin de révéler les manières sociales et culturelles de considérer ce que nous nommons aujourd’hui le handicap. Stiker nous rappelle ainsi que «  les hommes ne se sont jamais bien accommodés de ce qui leur apparaît difforme, raté, cassé. Parce qu’ils n’ont jamais su qui était fautif ? »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">En effet, est-ce une conséquence de nos pêchés ? Du <em>fatum,</em> de notre destin ? Ou encore la faute de « la société » ? Statistiques aidant, une conséquence de la loi des grands nombres ? Nos gènes seraient-ils fautifs ? Ou bien sont-ce nos attitudes psychologiques, nos désirs inconscients ou encore nos conduites irresponsables ? Bref, cette irruption accidentelle du réel a été traitée différemment dans les systèmes de représentations, de catégories de pensées, qui ont eu cours au fil des siècles, et qui généraient des manières sociales de se comporter vis à vis de ces « hors du commun ».</p>
<p style="text-align: justify;">Stiker étudie alors les cinq « époques » que sont :</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li>La      culture et la société juive jusqu’à l’ère chrétienne.</li>
<li>L’antiquité      classique, grecque et romaine (la seconde source avec le judaïsme de      l’Occident).</li>
<li>Le ou      les Moyen-Age (la culture médiévale).</li>
<li>Les      sociétés classiques du 16<sup>ème</sup> siècle au 19<sup>ème</sup> siècle : l’époque classique.</li>
<li>Et      enfin la manière culturelle et sociale d’aborder l’infirmité qui va se      développer à partir de la première guerre mondiale avec la naissance de la      ré-adaptation.</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Nous retiendrons pour exemple deux moments : celui de l’antiquité grecque et celui du 19<sup>ème</sup> siècle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les sociétés antiques</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les sociétés antiques sont considérées comme hétéronomes, c’est à dire fondées sur un rapport avec un ailleurs, une transcendance, un divin. L’infirmité de naissance était alors considérée comme un message des dieux comportant une demande de réparation pour une faute commise par le groupe social dans lequel était né l’individu porteur de la malformation. De cette représentation découlait la pratique d’exhibition de ces enfants et leur exil hors du territoire afin de les laisser au bon vouloir des Dieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Le mythe d’Œdipe est à cet égard un bon exemple. Comme l’a montré Jean Bollack, la famille des Labdacides est considérée comme fautive (Laïos est coupable même s’il est difficile de cerner de quoi, mais sa dynastie s’en trouve condamnée), et la naissance d’Œdipe à la fois confirme et achève la transgression de Laïos : « Le sacrilège n’est pas dans la volonté de tuer l’enfant ; il est dans la naissance que l’exposition tendait à neutraliser. »<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Je vous conseille de lire également la lecture que fait Korff-Sausse du mythe d&#8217;Oedipe dans son livre &laquo;&nbsp;Figures du handicap&nbsp;&raquo; qui est particulièrement intéressante lorsqu&#8217;on travaille dans ce champ. Les chapitres deux et trois sont consacrés à Oedipe et sa mère Jocaste&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">La tragédie peut alors commencer… Ainsi Œdipe naît damné et infirme (Œdipe signifie « pied gonflé ») et sera exposé puis abandonné afin que l’oracle ne puisse s’accomplir. La malformation du corps réveille cette peur ancestrale. Le groupe doit alors exorciser cette dernière en protégeant ses propres frontières, celles qui lui permettent de se définir comme humain. L’infirme a transgressé ces frontières, il faut accuser réception du message des Dieux et se protéger. Le souhait d’une race pure, le sentiment eugénique, est au cœur de l’humain, et peut-être au cœur de la constitution de toute communauté.</p>
<p style="text-align: justify;">Stiker distingue ainsi trois types de peur : la peur de la mort, celle de la maladie et celle de l’infirmité, de la monstruosité. Il souligne que ces trois peurs se rejoignent dans le désir de meurtre. Ainsi « les systèmes sociaux sont plus ou moins meurtriers, c’est à dire plus ou moins astucieux à dévier et canaliser la violence spontanée et sauvage. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A partir du 19<sup>ème</sup> siècle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le second moment peut être mis au jour vers le 19<sup>ème</sup> siècle avec l’assomption de la notion de dégénérescence promue par Bénédict-Augustin Morel (1809-1873). Combinée avec l’idée d’hérédité, les êtres naissant anormaux représentent alors une dégénérescence <em>dans</em> l’espèce humaine, mais également une possible dégénérescence <em>de</em> l’espèce humaine. L’avertissement ne provient plus des Dieux, mais trouve là encore à s’exprimer : les aïeuls ont fauté, une tare existe dans la famille et se transmet : le danger s’exprime dans ces êtres déviants. L’essor du darwinisme social de l’époque profitera largement de cette notion de dégénérescence, et finira par inclure ces handicapés dans son classement hiérarchique des groupes sociaux sur l’axe d’une évolution avec force d’échelles d’humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur un autre terrain, Marcel Gauchet et Gladys Swain dans leur ouvrage « la pratique de l’esprit humain », s’opposent aux thèses foucaldiennes, et décrivent la mutation anthropologique qui a eu lieu au 19<sup>ème</sup> siècle. Selon eux, le malade mental et l’enfant handicapé vont être désormais pris en compte à partir de cette époque. Le premier va devenir soignable car la folie n’est plus considérée comme totalement incurable, et le second éducable. Il y a donc un changement dans le rapport à l’altérité dans « ce moment 1800 » pour reprendre l’expression de Gauchet, et qui est corollaire à l’émergence du savoir psychiatrique et l’avènement de l’institution scolaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour conclure sur ce petit survol historique, ce que montre bien Stiker, c’est le statut intermédiaire du corps infirme qui sous-tend l’évolution des représentations de ces corps. D’animalo-humain dans l’antiquité, il passera au statut d’entre-deux : n’appartenant pas tout à fait à l’humanité, ils seront voués (et plus particulièrement les déficients intellectuels) à être rejetés dans la condition d’une catégorie intermédiaire, d’une catégorie-frontière entre l’humain et « un autre chose ». C’est ce qu’on entend par « liminalité » en anthropologie (un concept repris de Van Gennep dans ses études sur les rites d’initiation) ou en sociologie et qui rend bien compte de ce que peut produire le déni de la réalité du handicap.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a><em> Un groupe international de recherche interdisciplinaire sur le handicap : le G.I.R.I.H., </em><em>pour la promotion de</em><em><br />
</em><em>la recherche sur le handicap et la réadaptation, HAMONET Claude, </em>http://claude.hamonet.free.fr/fr/art_girih.htm</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Guidetti M.&amp; Tourrette C., <em>Handicaps et développement psychologique de l’enfant</em>, Armand Colin, 2002, p.8</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Guidetti M.&amp; Tourrette C., <em>Handicaps et développement psychologique de l’enfant</em>, Armand Colin, 2002, p.9</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Stiker « Handicap, handicapé, handicap et inadaptation. Fragments pour une histoire : notions et acteurs », <em>Alter.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Olivier Grim « Aux confins de l’humanité, la galaxie <em>Freaks</em>. Anthropologie et psychanalyse de l’infirmité », <em>Champ psychosomatique </em>2007, n°45.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Simone Korff-Sausse, « Images et identités de la personne handicapée dans la société actuelle », Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 2008/06, n° 4-5.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Simone Korff-Sausse, « Images et identités de la personne handicapée dans la société actuelle », Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 2008/06, n° 4-5.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Stiker H.-J., <em>Corps infirmes et sociétés</em>, Aubier Montaigne, 1982, p.13</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Bollack J., <em>La naissance d’Œdipe,</em> Gallimard, 1995, p. 221</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Stiker H.-J., <em>Corps infirmes et sociétés</em>, Aubier Montaigne, 1982, p.17</p>
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		<title>Le narcissisme et le sexuel</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Jan 2011 12:59:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[narcissisme]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[sexuel]]></category>

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		<description><![CDATA[Le narcissisme est une étape où il s’agit de construire de l’ordre, d’organiser les choses pour construire de l’unité. L’idéal, cette représentation qui va être chargée de libido, est également une représentation unitaire. Et la libido qui l’alimente est d’ordre homosexuelle. Que veut dire homosexuelle ici ? On pourrait la définir simplement comme l’attente de quelque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Le narcissisme est une étape où il s’agit de construire de l’ordre, d’organiser les choses pour construire de l’unité. L’idéal, cette représentation qui va être chargée de libido, est également une représentation unitaire. Et la libido qui l’alimente est d’ordre homosexuelle. Que veut dire homosexuelle ici ? On pourrait la définir simplement comme l’attente de quelque chose, de quelqu’un à la même place où l’on a été aimé. L’identification première à la mère, narcissique, introduit une sorte de contrainte qui va venir interférer avec la logique pulsionnelle qui dominait jusqu’alors, c’est à dire une logique où la pulsion pouvait se satisfaire à sa guise. Le Moi, une fois mis en place, tend alors à faire oublier, à refouler ses soubassements pulsionnels et sexuels, qui deviennent alors facteurs de désordre pour cette instance. Mais ce n’est pas pour autant que cette logique pulsionnelle s’efface complètement. Bien au contraire même, même si l’un des objectifs du Moi tendrait à nous le faire croire. Le narcissisme est à la base une formation libidinale construite à partir de l’objet d’amour par identification, autrement dit ses bases sont pulsionnelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Une partie de notre étude sur les remaniements narcissiques à l’adolescence (la dialectique Moi Idéal &#8211; Idéal du Moi) essaie de formaliser cela : les changements sur le plan du narcissisme sont bien évidemment liés à des changements au niveau pulsionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour mieux le dire, je dirai que ces remaniements narcissiques sont sous contrainte pulsionnelle. Si le narcissisme entre en crise à l’adolescence, c’est parce qu’il n’est plus en mesure de faire face à l’exigence pulsionnelle qui subit elle-même certains changements avec par exemple la génitalisation du corps devenu pubère.</p>
<p style="text-align: justify;">Il resterait cependant ici à mieux définir le concept de sexuel en psychanalyse, ce qui n&#8217;est pas une mince affaire&#8230;</p>
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		<title>Narcissisme et adolescence &#8211; première partie</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Jan 2011 16:36:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le concept de narcissisme est un concept-pivot de la psychanalyse. Retour sur quelques enjeux de ce concept et de certaines de ses implications dans les théories psychanalytiques sur l’adolescence.
Je reprends donc l'histoire du concept, puis celle de ses développements dans la théorie, avant de le réintroduire au regard de ce que les processus adolescents impliquent pour le sujet à cette période de la vie.
J'insiste donc dans cette étude sur la dialectique Moi Idéal - Idéal du Moi, et ses avatars. Mais ce n'est assurément pas la seule entrée pour travailler ces processus adolescents au sein de la théorie psychanalytique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Le narcissisme : introduction du concept</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le concept de narcissisme, c’est-à-dire littéralement l’amour porté à sa propre image, est un concept-pivot, qui bien que transitoire, a été « introduit » par Freud en 1914<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn1">[1]</a> au sein de sa théorie. « Introduit » est peut-être un euphémisme tant Freud, dans son article, passe en revue les questions que pose le concept à toute une partie de son édifice théorique, non sans poser quelques problèmes, implicites ou explicites, qui seront repris d’ailleurs par les psychanalystes suivants, soit dans la foulée, soit un peu plus tard dans l’histoire de la psychanalyse. Concept transitoire, disions-nous, puisque celui-ci disparaîtra sous l’avancée, à la fois de la dernière théorie des pulsions et de la seconde topique. Il n’en reste pas moins un des plus importants dans le corpus freudien et peut-être l’un des plus heuristiques (au risque cependant d’en faire un concept fourre-tout) si l’on en juge par la production psychanalytique qui s’inscrit dans sa lignée théorique (on pense ici par exemple à la théorie d’Hartmann du Moi autonome, celle de Kernberg, ou encore celle de Kohut sur le Self, enfin l’utilisation que Jacques Lacan en fera. Ce dernier proposera une solution à cette question implicite de Freud quant à la nature de cette « nouvelle action psychique »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn2">[2]</a>, avec son célèbre article sur le stade du miroir<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn3">[3]</a> et sa description de ce moment fondateur pour le sujet) et clinique (on voit par là son utilisation dans la définition « des nouvelles pathologies » concernant les addictions ou les troubles de l’alimentation par exemple, ou encore dans celle des cas-limites : le conflit oedipien contre le conflit narcissique).</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le narcissisme dans la théorie freudienne, le texte de 1914, « Pour introduire le narcissisme », aborde différentes dimensions du concept : économique, structurale et développementale.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde topique freudienne entraînera, certes, l’éclipse du concept de narcissisme, mais également un certain brouillage conceptuel. En effet, le narcissisme primaire, avancé en 1914, devient un véritable stade anobjectal (un état où l’appareil psychique serait clôt sur lui-même telle une monade), difficilement concevable car rentrant en contradiction avec le fait que l’état du bébé est également conçu comme un état d’indistinction entre ce qui est soi et ce qui ne l’est pas. Mélanie Klein, réfutant cet hypothétique stade du narcissisme primaire, désignera un état précoce où l’enfant investirait toute sa libido sur lui-même, avec sa théorie des relations d’objet précoces. Le courant kleinien, avec notamment Herbert Rosenfeld, ou encore Wilfred Bion, développera d’ailleurs une approche spécifique du traitement psychanalytique des troubles qualifiés de narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à Freud et les raisons pour lesquelles il a introduit cette notion de narcissisme. En effet, face aux questions que lui posent Jung et Bleuler à propos de la psychose, Freud refusant de céder à la tentation d’abandonner la préséance du sexuel dans l’étiologie des troubles, mais également dans la description du développement du moi (le Moi reste en effet attaché dans la tradition psychiatrique, et dans la conception jungienne, à la sphère de l’esprit, détachée du corps, ce que refuse obstinément Freud), va proposer une description des troubles psychotiques en termes de régression narcissique. Freud va être très vite devant un paradoxe : comment le narcissisme, qu’il va décrire comme un investissement libidinal, peut bien venir au final s’opposer à la libido ? Il lui faut imposer l’idée d’un moi libidinalisé sans quoi une théorie d’un moi désexualisé pourrait prendre le dessus. Freud fait du complexe d’Œdipe une référence solide qu’il utilise abondamment. Mais avec ce concept de narcissisme, il avance à petits pas, car il semble qu’il s’en méfie. En effet, la logique du narcissisme tend à faire disparaître la sexualité du devant de la scène, tant elle appartient au domaine des représentations.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le texte de 1910 où l’on peut voir la première occurrence du terme de narcissisme, « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn4">[4]</a>, Freud décrit l’amour que portait Léonard de Vinci aux jeune gens dont il aimait <em>a priori</em> s’entourer et va tenter de l’expliquer à l’aide de la notion de narcissisme. Il va ainsi décrire un type particulier de choix d’objet, et expliquer que Léonard se serait identifié à sa mère, et ainsi, qu’au travers de l’amour qu’il portait à ces jeunes hommes, il continuait en fait de s’aimer lui-même, comme sa mère l’avait aimé. Freud relie donc clairement dans ce texte le narcissisme à un processus d’identification. Ainsi, lorsqu’on parle d’identification, on commence à parler de représentation. Le choix d’objet d’amour ne peut plus être un simple objet pulsionnel, car il obéit à une logique différente qui s’est mise en place avec le narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir du texte, « Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn5">[5]</a> publié en 1911, Freud va commencer à utiliser le terme de narcissisme en référence à une sorte de stade du développement infantile sexuel. Il va donc placer ce stade narcissique entre l’auto-érotisme et ce qu’il appelle l’amour d’objet. Les tendances homosexuelles analysées dans son texte sur Léonard, sont retrouvées également chez Schreber. Elles appartiennent maintenant à ce nouveau stade de l’évolution sexuelle et loin de disparaître, elles deviendront plus tard le fondement des liens sociaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est à noter que les descriptions du narcissisme opérées par Freud ont toujours partie liée avec l’amour et non la pulsion, qui est au centre de l’édifice théorique dit de la première topique. L’objet pulsionnel est interchangeable, il est consommé avant d’être construit, à la différence de l’objet d’amour, qui lui, est une construction : il est ainsi conçu avant d’être en quelque sorte consommé.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons dit, le texte de 1914, « Pour introduire le narcissisme », marque l’élaboration théorique du concept, mais, comme on l’a vu, on peut en retrouver certaines traces dans des textes antérieurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Attachons-nous à deux points qui vont nous permettre d’avancer dans notre réflexion, et qui sont déjà contenus dans ce texte princeps de 1914, d’une part la fameuse répartition de la libido et la théorie du choix d’objet, la sortie du narcissisme d’autre part, puisque ce dernier est devenu un stade du développement libidinal, entre l’auto-érotisme et l’amour d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">La répartition de la libido et la théorie du choix d’objet</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans son article, Freud parle d’une extension de la théorie de la libido, extension qui se rapporte tout d’abord à l’opposition libido du moi, et libido d’objet.<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn6">[6]</a> Comme le rappelle Laplanche, il ne faut pas confondre les pulsions du Moi et la libido du Moi.<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn7">[7]</a> C’est bien cette dernière qui fait son apparition dans cette étude, et qui va poser d’ailleurs à Freud quelques soucis conceptuels face au monisme jungien fondé sur le postulat d’une énergie psychique non sexuelle. « Si nous posions, au fondement, une énergie psychique unitaire, cela n’épargnerait-il pas toutes les difficultés qu’il y a à séparer une énergie des pulsions du moi et une libido du moi, une libido du moi et une libido d’objet ? »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn8">[8]</a> se demande Freud. Si la première opposition peut se justifier par le fait que le Moi n’existe pas d’emblée, et que sa naissance justifie d’ailleurs une opération, « la nouvelle action psychique » que Lacan plus tard détaillera, la seconde opposition, libido du moi et libido d’objet reste posée par Freud, mais sans qu’il puisse en dire beaucoup plus dans cet article. On comprend cependant que la libido du moi est une partie de la libido d’objet, sexuelle, qui a investi un objet particulier, le moi. Et ce faisant, elle acquiert, pour Freud, un statut différent de la libido d’objet. Cette libido, enfin, a la particularité de pouvoir également s’investir à nouveau vers des objets, c’est là le sens de la célèbre image de l’animalcule protoplasmique. Freud prendra l’exemple de trois situations pour illustrer ce fait : la maladie organique, le sommeil et la vie amoureuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est avec une analyse de la vie amoureuse que Freud va expliciter les deux types de choix d’objet d’amour : le choix d’objet par étayage et le choix d’objet narcissique. On peut dire d’ailleurs que c’est le choix d’objet narcissique qui fait son apparition et vient à la fois compléter et relativiser le premier choix d’objet d’amour qui existait déjà depuis les « Trois essais sur la théorie sexuelle »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn9">[9]</a>. Freud explique ce choix d’objet narcissique comme tel : « Nous avons trouvé avec une particulière netteté chez des personnes dont le développement libidinal a connu une perturbation, comme chez le pervers et les homosexuels, qu’ils ne choisissent pas leur objet d’amour ultérieur sur le modèle de la mère, mais bien sur celui de leur propre personne. »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn10">[10]</a> Ainsi, l’objet sera choisi selon le modèle du moi de l’individu, selon le principe de l’identique pourrait-on dire, par opposition au choix d’objet par étayage qui serait le principe de complémentarité. Retenons également le petit tableau que Freud esquisse sur le choix d’objet narcissique, qui peut être construit sur la base de ce que l’on est soi-même, de ce que l’on a été, de ce que l’on voudrait être et enfin sur la base d’une personne qui a été une partie du propre soi.<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, ces deux choix sont présentés comme deux pôles conceptuels, qui finalement, dans tout choix d’objet réel, se mêlent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3 style="text-align: justify;">La sortie du narcissisme  via l’Idéal du Moi</h3>
<p style="text-align: justify;">« Le développement du moi consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme. Cet éloignement se produit par le moyen du déplacement de la libido sur un idéal du moi imposé de l’extérieur, la satisfaction par l’accomplissement de cet idéal. »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn12">[12]</a> Par ces deux phrases situées vers la fin de son texte, il nous semble que Freud résume admirablement ce qu’il va développer dans le dernier chapitre de ce texte, et ce que nous souhaiterions reprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans le chapitre trois de son étude, après avoir exposé ses vues sur le narcissisme au travers des exemples tels que la maladie ou encore la vie amoureuse, que Freud va introduire pour la première fois la notion d’Idéal du Moi. En effet, l’idée d’une renonciation totale impossible à une satisfaction auparavant éprouvée est une idée importante pour Freud, et il est normal qu’on la retrouve ainsi mise en œuvre au cours de ce texte. Au narcissisme décrit, il lui faut substituer une autre notion qui va pouvoir expliquer le développement du moi, même si le moi comme concept reste encore non élaboré : c’est l’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Néanmoins, Freud semble hésitant dès le début du troisième chapitre : « Les perturbations auxquelles est exposé le narcissisme originel de l’enfant, ses réactions de défense contre ces perturbations, les voies dans lesquelles il est de ce fait poussé à s’engager, voilà ce que je voudrais laisser de côté, comme un matériau important qui attend encore d’être travaillé à fond »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn13">[13]</a> Comment en effet expliquer la sortie du narcissisme, « Qu’est-il advenu de sa libido du moi ? »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn14">[14]</a> se demande Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Il va donc faire rentrer en jeu ce qu’il appelle dans un premier temps « l’estime de soi qu’a le moi ». En effet, plutôt que de choisir la voie de la castration comme menace pour en quelque sorte enclencher le développement du moi et donc la sortie du narcissisme, Freud préfère la voie de la soumission à (la voix de) l’autorité, aux exigences d’une formation psychique qui viendrait en somme faire fonction d’idéal auquel le moi sera dorénavant jugé selon les exigences promues par cet instance.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette perspective lui permet effectivement d’une part de maintenir actif le narcissisme qui s’est « déplacé sur ce nouveau moi idéal qui se trouve, comme le moi infantile, en possession de toutes les précieuses perfections. »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn15">[15]</a> Et d’autre part, cela lui permet de fonder la condition même du refoulement opéré du côté du moi à partir de la formation de cette instance de l’Idéal du Moi : « La formation d’idéal serait du côté du moi la condition du refoulement. »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn16">[16]</a> Il nous semble que c’est montrer d’autant l’importance de cette formation d’idéal chez Freud que d’en faire la condition du refoulement, tant ce dernier mécanisme tient une place fondamental dans son édifice théorique.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce stade de son élaboration théorique, pour Freud, la sortie du narcissisme est donc en corrélation directe avec cette formation d’idéal qui lui fait suite. Mais la question devient alors qu’est-ce qui a fait basculer l’enfant de cet état où il était encore en mesure de se prendre lui-même comme idéal vers celui où désormais il sera jugé selon cet idéal. Freud écrira que ce sont « les semonces encourues »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn17">[17]</a> dont nous déduisons qu’elles sont admonestées par les parents ou autres éducateurs. Ces semonces, dont Freud précise qu’elles sont transmises par la voix, vont finalement constituer la fameuse conscience morale, le gardien de l’Idéal du Moi, qui va devenir ainsi l’instance de jugement du moi à l’aune de son idéal. Nous comprenons alors combien ce texte va être précurseur des élaborations futures concernant l’instance du surmoi, et ses rapports à la voix. D’ailleurs, au fil de ce texte, nous pouvons voir que Freud commence déjà à rapprocher l’Idéal du Moi et cette fonction de conscience morale avec la fonction de censure, avec l’exemple du rêve. Dans la suite de sa théorie, et ses réécritures successives de la théorie psychanalytique, il aura ainsi de plus en plus tendance à rassembler toutes ces fonctions dans une seule instance, le futur surmoi, et parfois même à induire certaines ambiguïtés de ce fait sur le rôle de ces deux instances : l’Idéal du Moi et le Surmoi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Adolescence et narcissisme</h2>
<p style="text-align: justify;">Ce que la psychanalyse qui s’est intéressée à l’adolescence nomme « le processus adolescent » est fortement lié au concept de narcissisme introduit par Freud, et donc aux deux points que nous avons voulu souligner, le conflit libido du moi et libido d’objet et le rôle de l’instance narcissique qu’est l’idéal du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vais donc à présent introduire certains apports post-freudiens qui ont amené l’idée que le sujet adolescent était en proie ce que recouvre l’idée de « remaniements narcissiques ».</p>
<p style="text-align: justify;">Comme l’avance McDougall, pour tout être humain, l’illusion d’une identité personnelle est fondamentale, et « la conservation de cette identité peut être considérée comme un besoin psychique primordial »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn18">[18]</a>. Il faut rappeler ce préalable essentiel, avant de dire que, précisément à l’adolescence, c’est cette conservation de l’identité, assurant une certaine continuité d’existence qui est, bien souvent, fragilisée, voire, dans la psychose, franchement attaquée.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce que Evelyne Kestemberg a voulu illustrer dans son article princeps « L’identité et l’identification chez les adolescents »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn19">[19]</a>. Elle y soulignait la place de l’actuel en écrivant en 1962 que les problèmes de l’adolescence étaient avant tout « des problèmes relationnels », dus en dernière instance, à une forte remise en question de l’équilibre économique libidinal entre les investissements objectaux et narcissiques. Une phrase peut résumer la ligne directrice de cet article : « les difficultés des relations des adolescents avec les autres, notamment les adultes, c’est à dire le besoin des adolescents de rejeter brutalement les personnages et les imagos des parents, induisent chez ces sujets de profondes difficultés dans leurs relations avec eux-mêmes, s’exprimant – explicitement ou non – en une interrogation anxieuse plus ou moins intense concernant leur personne. »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn20">[20]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons montré que Freud introduisait une opposition entre libido narcissique et libido objectale dans son article de 1914. Kestemberg décrit quant à elle au cours de son article de 1962 la mise en question de cette fameuse dialectique de la satisfaction narcissique et objectale au cours de l’adolescence (due, selon elle, à l’arrivée d’une maturation génitale qui ne pourrait être mise en service concrètement) entraînant alors la résurgence de conflits inconscients dans les relations objectales primitives qui soutenaient jusque là les assises narcissiques du sujet. Cette auteure parle de « rejet brutal des idéaux et imagos parentales » qui « constitue souvent pour les adolescents une blessure narcissique profonde »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn21">[21]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, face à la critique que l’adolescent peut parfois adresser à l’endroit de ses parents, ou face la révolte franche contre ces derniers, la difficulté pour le thérapeute d’adolescents est de faire attention de ne pas prendre parti, ou bien de soutenir l’adolescent dans cette révolte au risque de voir ce dernier plonger dans l’angoisse, ou bien de se retourner contre le thérapeute pour prendre la défense de ceux qui étaient, un instant plus tôt, les oppresseurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Retenons l’importance de l’arrivée de la puberté et des remaniements au niveau du corps et du psychisme de l’adolescent, ce que Gutton a nommé <em>le pubertaire<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn22"><strong>[22]</strong></a></em>, qui entraînent un changement au niveau de la valeur même du corps. Puis retenons qu’au niveau de l’arrivée de ce pubertaire, les remaniements se situent au niveau des identifications du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour terminer ce bref rappel théorique concernant l’antagonisme narcissico-objectale, arrêtons-nous sur l’article de Philippe Jeammet « Les enjeux des identifications à l’adolescence »<a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftn23">[23]</a>, qui s’inscrit dans la droite lignée de Kestemberg et qui développe précisément cet aspect.</p>
<p style="text-align: justify;">Jeammet reprend cette idée centrale que le plus grand problème que rencontre l’adolescent est la conséquence de sa maturation sexuelle génitale, car cette dernière entraînerait la possibilité de mise en acte de ses fantasmes, incestueux mais également parricidaire. Il pose alors que le recours aux objets externes de l’enfance pour s’assurer de son propre équilibre est mis à mal. Du fait de l’arrivée de la sexualité génitale et du changement de statut du corps de l’adolescent qui en découle, ce dernier pourrait désormais mettre en œuvre ses fantasmes. D’autres solutions sont donc à inventer pour l’adolescent, afin de permettre à ce que la rencontre avec l’objet sexuel (re)devienne possible. Ces solutions seraient, selon l’auteur, d’ordre identificatoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une perspective développementale, il existe plusieurs formulations théoriques pour décrire des modes de fonctionnement sujet-objet qui ont pu être nécessaires au développement de l’individu. Mais nous pourrions dire que le point commun de ces modes de relations du sujet avec ses objets premiers serait le fait qu’ils sont censés écarter une confrontation peut-être trop directe avec ces objets, une confrontation qui pourrait être, pour le sujet, trop désorganisante. Ces modes relationnels vont alors finir par constituer ce que Jeammet appellent « des acquis », quant à la structuration du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, selon cet auteur, les modes d’identification qui vont pouvoir se mettre en place comme autant de solutions pour l’adolescent, vont dépendre de ces « acquis », autrement dit, des relations antérieures sécurisantes que le sujet a pu avoir avec ses objets primaires. Ces « acquis », ces relations objectales fondamentales, ont été décrites par Freud sous les termes d’activité d’étayage du nourrisson par la mère, ou, de façon originale, par Winnicott, avec l’aire transitionnelle où l’enfant a pu faire usage de l’objet sans qu’il lui reconnaisse une existence propre, se construisant la capacité illusoire de créer cet objet au moment où il en a eu besoin. Ce fonctionnement omnipotent transitoire, mais nécessaire, aboutira selon Winnicott à ce qu’il a appelé « la capacité à être seul en présence de la mère », où l’objet change cette fois de statut, c’est à dire qu’il n’est pas encore intériorisé, mais qu’il constitue une sorte de cadre pour l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref1">[1]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref2">[2]</a> <em>Ibid.</em>, p. 221</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in <em>Ecrits I</em>, Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref4">[4]</a> Sigmund Freud, « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci », in <em>Œuvres complètes, tome X</em>, PUF, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref5">[5]</a> Sigmund Freud, « Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa », in <em>Œuvres complètes, tome X</em>, PUF, 1993.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref6">[6]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 220.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref7">[7]</a> « Les pulsions du Moi [...] désignent les grandes fonctions vitales dont le but est l’autoconservation de l’individu biologique. Constamment, elles sont opposées, en grand dualisme, comme pulsions d’autoconservation non sexuelles, à la pulsion sexuelle. […] la libido vient désigner la pulsion <em>sexuelle</em> sous son aspect énergétique, on voit que la libido du moi se situe dans l’autre volet du dualisme, désignant un investissement sexuel de l’objet-moi par opposition à la ‘libido d’objet’ où la sexualité est investie au-dehors. », Jean Laplanche, « Le Moi et le narcissisme », in <em>Vie et Mort en Psychanalyse</em>, Flammarion, 1970 p.118</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref8">[8]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 221.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref9">[9]</a> Sigmund Freud, <em>Trois essais sur la théorie sexuelle</em>, Folio Essai, 1987.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref10">[10]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 231.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref11">[11]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 233.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref12">[12]</a> <em>Ibid.</em>, p. 243.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref13">[13]</a> <em>Ibid.</em>, p. 235.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref14">[14]</a> <em>Ibid.</em>, p. 236.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref15">[15]</a> <em>Ibid.</em>, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref16">[16]</a> <em>Ibid.</em>, p. 236.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref17">[17]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p. 237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref18">[18]</a> Joyce MacDougall, « Narcisse en quête d’une source », in <em>Plaidoyer pour une certaine anormalité</em>, Gallimard, 1978, p. 140.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref19">[19]</a> Evelyne Kestemberg, « L’identité et l’identification chez les adolescents », in <em>L’adolescence à vif</em>, PUF, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref20">[20]</a> Evelyne Kestemberg, « L’identité et l’identification chez les adolescents », in <em>L’adolescence à vif</em>, PUF, 1999, p. 8.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref21">[21]</a> <em>Ibid.</em>, p.24</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref22">[22]</a> Philippe Gutton, <em>Le pubertaire,</em> PUF, 2003. Disons simplement que Gutton distingue les processus du <em>pubertaire </em>des processus de <em>l’adolescens</em>. Les premiers désignent les phénomènes psychiques qui sont induits par la venue de la puberté. Le pubertaire a ainsi pour lui, un ancrage neuro-hormonal et éthologique, quelque chose de réel, qui advient avec un caractère de nouveauté radicale, et ayant une date, une origine fixe. Tandis que les seconds désignent les phénomènes de transformations des identifications qui ont lieu, parfois tout au long de la vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=62&amp;action=edit&amp;message=1#_ftnref23">[23]</a> Philippe Jeammet, « Les enjeux des identifications à l’adolescence », in <em>Psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent</em>, sous la direction de Claudine Geissmann et Didier Houzel, Bayard, 2003.</p>
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		<title>Narcissisme et adolescence – seconde partie</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Jan 2011 14:16:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Développement des idéaux, idéal du développement Nous avons décrit quelques enjeux du concept de narcissisme et nous avons terminé sur cette arrivée du pubertaire comme remise en question de ce qui s’était mis en place. Nous allons à présent essayer de poser un autre cadre théorique, plus structural que psychogénétique, et tenter de définir ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;">Développement des idéaux, idéal du développement</h2>
<p style="text-align: justify;">Nous avons décrit quelques enjeux du concept de narcissisme et nous avons terminé sur cette arrivée du <em>pubertaire</em> comme remise en question de ce qui s’était mis en place.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous allons à présent essayer de poser un autre cadre théorique, plus structural que psychogénétique, et tenter de définir ce que nous pourrions appeler <em>le dispositif narcissique</em>, qui serait la mise en relation des instances du Moi Idéal, de l’Idéal du Moi dans leur rapport avec le phallus, et donc avec la castration. Et c’est ce dispositif que nous interrogerons au regard des processus adolescents.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Moi Idéal et Idéal du Moi</h3>
<p style="text-align: justify;">Freud a écrit différemment en deux endroits, une fois dans « Pour introduire le narcissisme »<a href="#_ftn1">[1]</a> et une fois dans « Le moi et le ça »<a href="#_ftn2">[2]</a> : l’<em>Ideal-Ich </em>et le <em>IchIdeal </em>traduit en français par Jankélévitch respectivement dans les termes de Moi Idéal et d’Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, ce couple de concepts est désormais largement utilisé pour désigner deux formations intrapsychiques différentes. Il semble que le premier psychanalyste qui ait introduit la distinction soit Herman Nunberg.<a href="#_ftn3">[3]</a> Pour ce dernier, le Surmoi et l’Idéal du Moi sont équivalents, mais le Moi Idéal désigne une formation intrapsychique inconsciente narcissique qu’il distingue des deux autres en ce que ce Moi Idéal ne relève pas de la somme des identifications aux objets aimés.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Nunberg n’est pas le seul. En France, Daniel Lagache a également mis en avant l’intérêt de distinguer le Moi Idéal de l’Idéal du Moi dans son fameux article « La psychanalyse et la structure de la personnalité »<a href="#_ftn4">[4]</a>. Dans l’avant-dernier chapitre de son étude, « Sur la structure du Surmoi », Lagache cherche à clarifier ce qui peut distinguer les trois concepts Moi Idéal, Surmoi et Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">La question qu’il pose est donc celle de savoir s’il faut considérer l’unicité de structure de ces trois termes. Lagache reprend l’idée classique de l’Idéal du Moi comme fonction du Surmoi, et il s’inscrit dans la perspective de Nunberg qui opère cette distinction Idéal du Moi/Moi Idéal.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis Lagache pose deux problèmes : les rapports entre le Surmoi et l’Idéal du Moi, et ceux entre Idéal du Moi et Moi Idéal. Il utilise « un modèle personnologique », c’est-à-dire qu’il tente de penser les relations entre les instances intra-psychiques sur le modèle d’une introjection, d’une intériorisation des relations entre personnes. Cela lui fait dire par exemple : « Dans le modèle personnologique, le surmoi correspond à l’autorité, et l’idéal du moi à la façon dont le sujet doit se comporter pour répondre à l’attente de l’autorité ; le moi-sujet s’identifie au surmoi, c’est-à-dire à l’autorité, et le moi-objet, lui, apparaît ou non conforme à l’idéal du moi. En d’autres termes, nous comprenons le surmoi et l’idéal du moi comme formant un système qui reproduit, ‘à l’intérieur de la personnalité’, la relation autoritaire parents-enfant. »<a href="#_ftn5">[5]</a>. Notons que Lacan avait exploré lui-même cette perspective personnologique dans sa thèse<a href="#_ftn6">[6]</a>, même si c’est ce qu’il va critiquer chez Lagache dans un article que nous présenterons plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrêtons-nous maintenant sur la description du Moi Idéal de Lagache. Pour lui, Freud n’a certes pas distingué cette formation du système Surmoi – Idéal du Moi, mais l’utiliser permettrait tout de même de saisir certains faits cliniques de manière pertinente. Lagache utilise donc le concept de Moi Idéal, à l’instar de Nunberg, comme un idéal narcissique de toute-puissance, et l’Idéal du Moi comme le modèle d’autorité, auquel le moi est censé se conformer. Lagache va ensuite décrire les conflits d’identification qui peuvent se produire, par exemple entre l’identification au Moi Idéal et l’identification à l’Idéal du Moi, et réinterprète précisément le conflit oedipien comme « le conflit entre l’identification primaire au père et l’identification secondaire au père, entre le moi idéal et le surmoi – idéal du moi. »<a href="#_ftn7">[7]</a> Lagache se sert ainsi de cette distinction pour essayer d’affiner l’utilisation du concept de Surmoi dans certaines situations.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour conclure sur cet article, retenons l’idée la plus intéressante pour notre sujet, « l’antinomie du moi idéal et du surmoi – idéal du moi, de l’identification narcissique à la toute-puissance et de la soumission à la toute-puissance (…) »<a href="#_ftn8">[8]</a>. D’un point de vue théorique, la distinction entre Moi Idéal – Idéal du Moi, qui n’existe pas conceptuellement chez Freud, paraît intéressante pour clarifier certains enjeux dans notre problématique. En effet, on peut considérer avec Lagache que les aspects moraux, d’obéissance à la loi sociale, d’autorité morale, appartiennent plutôt au registre de l’Idéal du Moi, et que les idées de grandeur, mégalomaniaques, de toute-puissance, de prestige ou de gloire, sont en revanche du registre du Moi Idéal.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, nous  pensons que Lacan a donné ses lettres de noblesse à la distinction de ces deux instances à l’aide de son modèle construit sur la base d’un schéma optique. Comme nous l’avons écrit plus haut, Lacan va critiquer Lagache et son utilisation du « modèle personnologique » dans un article publié dans ses <em>Ecrits</em><a href="#_ftn9">[9]</a> pour présenter ce qu’il entend par la structure du sujet et le processus d’une cure psychanalytique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’allons pas étudier en profondeur ici cet article de Lacan, ni ses autres remarques que l’on peut trouver dans son séminaire de 1953-1954, <em>Les écrits techniques de Freud<a href="#_ftn10"><strong>[10]</strong></a>.</em> Mais nous dirons cependant que Lacan, à propos de la distinction Moi Idéal, Idéal du Moi, invite Lagache à se tenir « à distance de l’expérience » et du phénomène, au risque de « se fier à des mirages », autrement dit à être plus « structuraliste »…</p>
<p style="text-align: justify;">Nous retrouvons là notre propre difficulté à utiliser à la fois des modèles théoriques issus d’une pensée développementale et issus d’une pensée plus structurale, qui permettent pourtant de contrebalancer en quelque sorte l’aspect trop normatif qui s’ajoute à tout modèle psychogénétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Relevons ce que Lacan dit des deux instances dans une de ses tournures qui ont le mérite d’être plus qu’explicites : « (…) dans la relation du sujet à l’autre de l’autorité, l’Idéal du Moi, suivant la loi de plaire, mène le sujet à se déplaire au gré du commandement ; le Moi Idéal, au risque de déplaire, ne triomphe qu’à plaire en dépit du commandement »<a href="#_ftn11">[11]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne présenterons pas non plus le modèle optique<a href="#_ftn12">[12]</a>, mais notons combien il permet de saisir d’une part clairement la distinction du Moi-Idéal et de l&#8217;Idéal du Moi, et d’autre part de comprendre une articulation qui nous paraît essentielle, la dimension symbolique face à la dimension imaginaire. En effet, pour que l&#8217;illusion du vase inversé se produise, autrement dit pour que le sujet ait accès à l&#8217;imaginaire, il faut tout d’abord que l&#8217;œil soit situé dans le cône. Mais ce n’est pas tout, cela dépend également de la situation de cet Œil-Sujet dans la dimension symbolique : ce sont les relations de parenté, le nom et le prénom, etc&#8230;, comme l’écrit ironiquement Lacan : « (…) la place que l&#8217;enfant tient dans la lignée selon la convention des structures de la parenté, le pré-nom parfois qui l&#8217;identifie déjà à son grand-père, les cadres de l&#8217;état civil et même ce qui y dénotera son sexe, voilà ce qui se soucie fort peu de ce qu&#8217;il est en lui-même : qu&#8217;il surgisse donc hermaphrodite, un peu pour voir ! »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Relevons enfin la fonction que Lacan attribue à l’Idéal du Moi : « L’idéal du moi commande le jeu de relations d’où dépend toute la relation à autrui. » Dans son modèle optique, Lacan pose en effet que l’inclinaison du miroir qui permet l’illusion narcissique, c’est-à-dire la précipitation de cette image correspondante au Moi Idéal dans laquelle le sujet peut s’aliéner, est commandée par la voix de l’autre, autrement dit par l’Idéal du Moi. « En d’autres termes, c’est la relation symbolique qui définit la position du sujet comme voyant. C’est la parole, la fonction symbolique qui définit le plus ou moins grand degré de perfection, de complétude, d’approximation, de l’imaginaire. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Afin de mettre en tension le paradigme psychogénétique, nombre d’auteurs parlent d’ailleurs aujourd’hui de subjectivation<a href="#_ftn15">[15]</a> (« ce passage d’une prédominance du moi idéal (de l’omnipotence narcissique) à son effacement au profit d’un idéal du moi de plus en plus impersonnel et surmoïque »<a href="#_ftn16">[16]</a>) pour décrire ce mouvement, comme François Richard<a href="#_ftn17">[17]</a> ou encore Bernard Penot<a href="#_ftn18">[18]</a> par exemple, afin de sortir de descriptions trop empreintes de déterminismes causaux se référant parfois à un idéal de normalité un peu étroit.</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup d’adolescents vivent par exemple douloureusement le déficit au niveau de la transmission de l’histoire de leur famille, souvent du côté de leur père, et cela particulièrement lorsque ce dernier est pris lui-même dans des difficultés importantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette transmission est à situer du côté du symbolique, et elle peut avoir des conséquences dans le rapport structural qu’entretient le Moi Idéal et l’Idéal du Moi, c’est à dire dans la dialectique de subjectivation entre ces deux instances.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Moi Idéal peut devenir une sorte de refuge, une représentation grandiose, dont il est difficile de se détacher au profit d’idéaux auxquels il faudrait se conformer et qui seraient de nature « impersonnelle et surmoïque » ;</p>
<p style="text-align: justify;">Le Moi Idéal peut subir une inflation aussi importante que la précarité de la représentation que l’adolescent a de lui-même, et de son identité.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Le phallus et la castration au sein du dispositif « Moi Idéal et Idéal du Moi »</h3>
<p style="text-align: justify;">Dans son ouvrage sur le narcissisme<a href="#_ftn19">[19]</a>, Patrick Delaroche propose de rapprocher ce dispositif Moi Idéal &#8211; Idéal du Moi de ce que Lacan a apporté avec sa critique de la relation d’objet dans son séminaire en 1956-1957, à savoir l’introduction du phallus comme élément symbolique tiers dans la relation dyadique mère-enfant, ceci afin de subvertir le modèle classique de la relation d’objet fondée sur une complémentarité entre la satisfaction recherchée (ce qui serait la complétude du Moi en somme) et celle que pourrait apporter l’objet (tout ce qui manque, sur le modèle d’une relation mère-enfant parfaite, adéquate, comme on peut le retrouver dans les conceptions des Balint<a href="#_ftn20">[20]</a> et parfois dans les études sur les interactions précoces). En introduisant le phallus, on peut en effet essayer d’articuler de manière intéressante narcissisme et castration. Delaroche décrit ainsi « l’investissement de l’enfant comme phallus par la mère comme le paradigme de la fusion incestueuse que pourra représenter le Moi Idéal. »<a href="#_ftn21">[21]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Car il nous semble que Freud a eu peut-être du mal à penser cette sortie du narcissisme tel qu’il le pense dans son étude princeps. Et ce que Lacan apporte<a href="#_ftn22">[22]</a>, à la suite de Freud et son équation pénis=enfant<a href="#_ftn23">[23]</a>, c’est la possibilité de comprendre que la sortie du narcissisme côté enfant, doit se penser avec la mère et la contrainte qui doit s’exercer d’abord sur cette dernière quant à désinvestir progressivement son enfant comme phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, selon Delaroche, le Moi Idéal se constituerait durant l’étape où la mère investirait son enfant comme le prolongement d’elle-même, comme la partie d’elle-même qui lui manque et qui serait censée lui apporter toute satisfaction, à savoir le phallus. Puis, le mouvement censé succéder à cette étape, serait le désinvestissement par la mère de cet enfant-phallus, pour en faire un objet séparé d’elle. Se soumettant elle-même à la castration, l’enfant, qui pouvait être pour elle le phallus, pourra désormais chercher à l’avoir.</p>
<p style="text-align: justify;">En suivant Lacan, le petit enfant doit donc abandonner la croyance en la possession du phallus, de son côté, mais également du côté de la mère. Il doit abandonner l’espérance de satisfaire pleinement cette mère en incarnant pour elle le phallus, puis en acceptant le fait qu’elle-même doive chercher ce qui lui manque ailleurs que chez lui. Il est à noter que ce mouvement est par ailleurs décrit chez Freud du côté de l’enfant (chez Freud, c’est un enfant actif, qui tend à désirer de manière active sa mère), c’est à dire que c’est à lui que s’adresserait d’abord le renoncement à la mère, et sur lui que s’exercerait avant tout la castration. Alors que du côté de Lacan (chez Lacan, on a plutôt le modèle d’un enfant séduit par sa mère, pris dans une séduction qui peut s’avérer d’ailleurs particulièrement dangereuse<a href="#_ftn24">[24]</a>), c’est d’abord la mère qui doit se soumettre à la castration, l’enfant, qui pouvait être pour elle le phallus, doit être désinvesti de cette place.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec Delaroche, nous pensons que le Moi Idéal représente bien ce moment où l’enfant est identifié par la mère au phallus qui lui manque. Et que se soumettre à la castration, ce qui se traduit entre autres pour la mère, à aller chercher ce phallus ailleurs que chez son enfant ou dans la relation qu’elle a avec lui, permet alors que s’enclenche chez l’enfant cette dialectique entre le Moi Idéal et l’Idéal du Moi. Cet Idéal du Moi va représenter ce à quoi l’enfant devra désormais se soumettre pour obtenir à nouveau la satisfaction narcissique perdue, ou en devenir d’être perdue, et qui va donc se situer au-dehors de la relation à caractère incestueuse que représente le Moi Idéal. C’est la place du phallus imaginaire, en tant qu’élément symbolique qui bouge, et va permettre la mise en route de la dialectique de la subjectivation.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons ainsi que le nécessaire désinvestissement de la mère quant à son enfant peut être entravé, et peut finir par devenir un obstacle à l’enclenchement de la dialectique d’introjection du Moi Idéal et de son effacement au profit d’un Idéal du Moi symbolique et impersonnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ayant fait ce détour par la castration maternelle, interrogeons à présent la castration au regard de la fonction paternelle, autrement dit la mise en place de la métaphore paternelle (substitution du désir de la mère par un signifiant) si l’on se réfère à l’enseignement de Lacan.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce faire, nous essaierons de distinguer avec lui les différentes dimensions du père (le père imaginaire, le père symbolique et le père réel) et la place de l’autorité comme symbole phallique et opérateur de la castration.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que le Moi Idéal était une instance imaginaire, et qu’elle peut représenter une position de repli, de défense par rapport à l’impossibilité de se référer à cet Idéal du Moi, symbolique, sur la base d’une autorité paternelle. Rappelons également que ce qui vient fonder l’autorité, c’est le discours de la mère, qui va désigner le père comme porteur de son manque, c’est à dire porteur du phallus qui lui manque. C’est le rapport de la mère à la castration qui est là interrogé.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de notre étude nous avons déjà dit l’importance à l’adolescence de ce que Kestemberg appelait le rejet des imagos parentales, leur destitution. Une des conséquences de cette destitution est bien évidemment la mise à mal de toute figure pouvant être garante d’une autorité, c’est à dire être porteuse du symbole phallique. C’est pourquoi les réponses des adultes autres que ceux de la famille sont importantes pour les adolescents. Mais cela pousse également ces adolescents à idéaliser, ou même parfois idolâtrer, certains de leurs pairs auxquels ils attribuent des qualités hors du commun.</p>
<p style="text-align: justify;">Le père imaginaire (c’est ce qu’on appelle aussi l’imago paternelle, construit fantasmatiquement par l’enfant, principalement au regard de ses relations avec son père et le discours de la mère qui peut y faire appel) est un père à qui on peut faire appel pour menacer. Ce père imaginaire peut causer des ravages, et parfois même empêcher tout procès dialectique Moi Idéal-Idéal du Moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à ce père imaginaire, un père réel existe (nous ne distinguerons pas ici le père réel du père de la réalité même si cela est plus compliqué chez Lacan) qui peut parfois être dans une position d’incapacité à poser des actes qui l’authentifierait comme père. C’est sa fonction afin d’être investi comme représentant d’une autorité porteuse du symbole phallique, futur agent de la castration.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est ce qui est parfois bien problématique. Si le père réel peut aisément porter le père imaginaire par ses conduites, incarnant même au besoin le discours de la mère, il est censé être également un père donateur comme l’écrit Joël Dor<a href="#_ftn25">[25]</a>, afin de représenter l’instance symbolique censée être l’agent de la castration symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, le père symbolique, contrairement au père réel qui, lui, est pris dans une histoire, est anhistorique. Mais il faut bien un agent, un délégué pour que cette fonction paternelle puisse être appliquée. Cet agent, c’est ce père réel. Mais pour qu’il puisse accéder au statut de mandateur, de porteur de la charge, c’est à dire assurer la « fonction de délégation de cette autorité symbolique auprès de la communauté mère-enfant-phallus »<a href="#_ftn26">[26]</a>, il doit faire la preuve qu’il peut être le détenteur de cette même autorité. Et c’est ce qui pose bien souvent problème à l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans son article, Joël Dor distingue « un père frustateur », qui, en détournant l’intérêt de la mère peut frustrer l’enfant et entrer en rivalité avec lui, car il apparaît comme objet détenteur du phallus que croyait posséder l’enfant, d’ « un père privateur », qui prive la mère de trouver tout ce qui lui manque chez son enfant. La conjonction de ces « deux pères » finirait selon l’auteur par former l’image d’ « un père interdicteur », qui interdit finalement à l’enfant de s’identifier au phallus, et à la mère de l’identifier comme tel. La communauté mère-enfant-phallus peut s’agrandir par le glissement de cet objet spécial qu’est l’attribut phallique. Enfin, la dernière preuve que ce père a bien reçu cet attribut, c’est qu’il peut le donner potentiellement à la mère, autrement dit, que la mère peut signifier à son enfant au travers de son discours qu’elle peut recevoir de cet individu désigné comme père, l’objet de son désir. Le « père interdicteur » devenant aussi « père donateur » peut alors assurer la charge de représenter la fonction paternelle, celle d’assurer le jeu de déplacement de l’attribut phallique.</p>
<p style="text-align: justify;">La difficulté de régulation du dispositif narcissique chez certains adolescents pourrait donc être rapportée à un Idéal du Moi vacillant, souffrant d’un manque d’introjection. En effet, la captation du côté du Moi Idéal, liée à la toute-puissance accordée au père imaginaire, est censée être limitée par l’intervention du père symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Une lutte peut s’engager entre les rivaux supposés détenteur du phallus (l’adolescent et le « père frustrateur »), et l’opération symbolique (le déplacement du phallus du père, censé être capable de donner à la mère ce qui lui manque) intervient normalement pour pacifier le face à face.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pouvons donc concevoir le processus adolescent comme cette dialectique Moi Idéal – Idéal du Moi. Et au sein de cette dialectique, autrement dit au cours de la progressive supplantation du Moi Idéal par l’Idéal du Moi, se met en place la castration symbolique qui permettra à l’adolescent de chercher à retrouver d’autres objets de satisfaction sans avoir peur de se perdre totalement dans les retrouvailles incestueuses avec un objet. Pour se (re)mettre en quête de l’objet perdu, il faut au préalable perdre cet objet premier.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons ainsi que l’échec de la dialectique de la subjectivation Moi Idéal – Idéal du Moi peut avoir pour conséquence la mise en place de conduites masochistes comme défense.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sigmund Freud, « Pour introduire le narcissisme », in <em>Œuvres complètes, tome XII</em>, PUF, 2005, p.237.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Nunberg considère que « Le moi encore inorganisé, qui se sent uni au ça, correspond à une condition idéale, et c&#8217;est pourquoi on l&#8217;appelle le moi idéal. Le propre moi est probablement l&#8217;idéal pour le petit enfant, jusqu&#8217;au moment où il rencontre la première opposition à la satisfaction de ses besoins. Dans certains accès catatoniques ou maniaques, dans un certain nombre de psychoses conduisant à la détérioration mentale, et jusqu&#8217;à un certain degré également dans les névroses, l&#8217;individu réalise cette condition idéale dans laquelle il s&#8217;accorde tout ce qui lui plaît et rejette tout ce qui lui déplaît. Au cours de son développement, chaque individu laisse derrière lui cet idéal narcissique, mais en fait il aspire toujours à y retourner, ceci avec plus d&#8217;intensité dans certaines maladies. Lorsque cet idéal est de nouveau atteint pendant la maladie, le patient, en dépit de ses souffrances et de ses sentiments d&#8217;infériorité, se sent plus ou moins tout-puissant et doué de pouvoirs magiques qu&#8217;il place de nouveau au service de ses tendances morbides dans la formation des symptômes. N&#8217;oublions pas que chaque symptôme contient une réalisation de désirs positive ou négative, dont le patient se sert pour atteindre la toute-puissance. Dans les fantasmes de ‘retour au sein maternel’, l&#8217;individu cherche à réaliser cet état idéal de son moi. » dans <em>Principes de psychanalyse</em>, PUF, 1957.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Daniel Lagache, <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux</em>, PUF, 1982</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Daniel Lagache, « La psychanalyse  et la structure de la personnalité », in <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, </em>PUF, 1982, p. 223.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Jacques Lacan, <em>De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité</em>, Points Seuil, Paris, 1975.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Daniel Lagache, « La psychanalyse  et la structure de la personnalité », in <em>Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, </em>PUF, 1982, p. 227.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> <em>Ibid.</em>, p. 230.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jacques Lacan, <em>Les écrits techniques de Freud, le séminaire, livre I</em>, texte établi par Jacques-Alain Miller, Editions du Seuil, 1975, p. 205 à p. 225.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999, p. 148-149.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Ce schéma est issu d’une expérience de physique où certaines propriétés de l&#8217;optique sont utilisées. Il s&#8217;agit de voir apparaître, dans certaines conditions, un bouquet de fleurs dans un vase réel qui n&#8217;en contient pas. Nous en trouvons une première représentation dans le <em>Séminaire sur les Ecrits techniques de</em> <em>Freud</em> (1953-1954), puis dans l’ article « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », ou encore dans le <em>Séminaire sur l&#8217;Angoisse</em> (1962-1963) où il permet à Lacan de traiter de <em>l&#8217;objet a</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Jacques Lacan, « Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : ‘psychanalyse et structure de la personnalité’ », in <em>Ecrits II</em>, Points Seuil, 1999, p. 130.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Jacques Lacan, <em>Les écrits techniques de Freud, le séminaire, livre I</em>, texte établi par Jacques-Alain Miller, Editions du Seuil, 1975, p. 222.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Le concept de subjectivation a pu rendre de grands services dans une certaine unification de différentes descriptions théoriques.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> François Richard, <em>Le processus de subjectivation à l’adolescence</em>, Dunod, 2001, p. 11. Ce concept fut introduit par Raymond Cahn dans son ouvrage <em>Adolescence et Folie</em> de 1991 et utilisé plus largement dans le suivant <em>L’adolescent dans la psychanalyse. L’aventure de la subjectivation</em> écrit en 1998.  Pour une revue de cette question en profondeur, on renverra à l’article critique de Philippe Givre et Jacques Goldberg paru en deux temps dans la revue <em>Adolescence</em> n°45 et 46 « Des subjectivations à l&#8217;adolescence : À propos de trois ouvrages sur le processus de subjectivation à l&#8217;adolescence ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> François Richard, <em>Le processus de subjectivation à l’adolescence</em>, Dunod, 2001 et <em>La subjectivation, </em>sous la direction de François Richard et de Steven Wainrib, Dunod, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Bernard Penot, <em>La passion du sujet freudien: entre pulsionnalité et signifiance</em>, Erès, 2001.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Patrick Delaroche, <em>De l’amour de l’autre à l’amour de soi</em>, Denoël, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Michael Balint, <em>Amour primaire et technique psychanalytique</em>, Payot, 2001, ou encore <em>Le défaut fondamental</em>, Payot, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Patrick Delaroche, <em>De l’amour de l’autre à l’amour de soi</em>, Denoël, 1999, p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Notamment avec ce que les deux notes sur l’enfant à Jenny Aubry résument. Elles ont été publiées par Jacques-Alain Miller dans : Jacques Lacan, <em>Autres écrits</em>, Paris, Le Seuil, 2001, p. 373-374.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Sigmund Freud, « Des transpositions pulsionnelles, en particulier dans l’érotisme anal », in <em>Œuvres complètes, tome XV</em>, PUF, 1996.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> « Le rôle de la mère, c’est le désir de la mère. C’est capital. Le désir de la mère n’est pas quelque chose qu’on peut supporter comme ça, que cela vous soit indifférent. Ça entraîne toujours des dégâts. Un grand croco­dile dans la bouche duquel vous êtes — c’est ça, la mère. On ne sait pas ce qui peut lui prendre tout d’un coup, de refermer son clapet. C’est ça, le désir de la mère.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, j’ai essayé d’expliquer qu’il y avait quelque chose qui était ras­surant. Je vous dis des choses simples, j’improvise, je dois le dire. Il y a un rouleau, en pierre bien sûr, qui est là en puissance au niveau du clapet, et ça retient, ça coince. C’est ce qu’on appelle le phallus. C’est le rouleau qui vous met à l’abri, si, tout d’un coup, ça se referme. », in Jacques Lacan, <em>L’envers de la psychanalyse</em>, Seuil, 1991, p. 129.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Joël Dor, « Lacan et la fonction symbolique du père », in <em>Adolescence,</em> « Sexualités », numéro spécial 1997.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Joël Dor, « Lacan et la fonction symbolique du père », in <em>Adolescence,</em> « Sexualités », numéro spécial 1997, p.133</p>
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		<title>Narcissisme et adolescence – Suite et fin</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Jan 2011 14:21:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[narcissisme et masochisme : une impasse de la dialectique Moi Idéal – Idéal du Moi ? Une phrase de Jacques André dans un dialogue avec Jean Laplanche nous permet d’introduire notre idée : « Ici le plaisir de la douleur cèderait plutôt la place au plaisir du malheur ; quand la moindre menace de bonheur promet un malheur toujours [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: justify;">narcissisme et masochisme : une impasse de la dialectique Moi Idéal – Idéal du Moi ?</h3>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une phrase de Jacques André dans un dialogue avec Jean Laplanche nous permet d’introduire notre idée : « Ici le plaisir de la douleur cèderait plutôt la place au plaisir du malheur ; quand la moindre menace de bonheur promet un malheur toujours plus grand. »<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le positionnement théorique de Laplanche quant à la distinction instinct/pulsion nous paraît intéressant, car d’une part, il permet peut-être de clarifier certaines ambiguïtés en distinguant clairement sexualité instinctuelle et sexualité pulsionnelle. La première visant, selon Laplanche, le plaisir-décharge, et la seconde, du fait de son origine (la relation à l’autre primordial) et de sa nature non-biologique cette fois, vise le plaisir-tension, donc un certain masochisme, que l’on pourrait considérer comme originaire. D’autre part, la conception de Laplanche a fortement inspiré celle de Gutton quant aux conséquences de l’apparition de la sexualité génitale à l’adolescence, vécue comme une effraction, comme l’irruption d’un corps étranger par l’adolescent<a href="#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’adolescent ne va alors cesser d’essayer de se rendre maître de ce « corps étranger ». Devant cette effraction et la contrainte à subjectiver celle-ci, à intégrer le pubertaire que Gutton n’hésite pas à comparer « aux forces du mal »<a href="#_ftn3">[3]</a>, l’adolescent s’efforce de « repérer l’ennemi pour s’en défendre »<a href="#_ftn4">[4]</a>. Mais il peut se prendre également littéralement pour ce mal.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pensons par exemple que le cinéma fantastique et d’horreur peut nous aider à approcher certaines des angoisses liées à ces « forces du mal ». Le film <em>Morse</em> nous a semblé être un bon exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les défenses narcissiques dont nous avons parlé peuvent ainsi être liées d’une certaine manière à des conduites masochistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Derrière la recherche du malheur, il y a presque toujours selon Laplanche la recherche de la douleur, voire celle d’un persécuteur. « Il est rare que dans le malheur il n’y ait pas une complaisance à la douleur. »<a href="#_ftn5">[5]</a> Et la cure doit essayer de mettre au jour la répétition dans ces conduites qui visent à rechercher cette douleur. Cette répétition, cette recherche de l’immobilité, est une forte résistance au changement, qui peut être assurément articulée au narcissisme, et aux défenses narcissiques mises en place par certains adolescents.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car c’est la dimension de la mise en échec, l’opposition à tout changement, voire au désir (une notion qui ne peut qu’impliquer certains changements) qui nous semble à l’œuvre chez certains adolescents, dans leur conduite de jeu compulsive aux jeux vidéo par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comment rejoindre la question du dispositif narcissique et celle de la castration au travers de cette notion de conduite masochiste ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une façon d’essayer de contrôler l’angoisse de castration peut être d’adopter une conduite masochique, qui deviendrait alors protection : « Je me l’applique moi-même, au moins je suis sûr du résultat, je maîtrise ce que je peux endurer. ».</p>
<p style="text-align: justify;">Si le mouvement « normal » d’introjection du Moi Idéal et de l’Idéal du Moi, où le premier passe sous le contrôle du second se déroule classiquement sous l’effet de la peur de perdre l’amour de l’objet, pour finalement aboutir à la mise en place de la castration, devant l’intensité de voir entamer ce Moi Idéal, de perdre l’admiration des autres (et en premier lieu, celle des parents de son enfance) il peut être difficile pour certains adolescents d’aborder le registre de la castration avec l’assurance qu’ils en ressortissent vivants.</p>
<p style="text-align: justify;">Mieux vaut alors reculer, reprendre le contrôle de la situation, en érotisant des conduites de mise en échec, qui ne visent alors qu’à maintenir l’intégrité de la personne.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car pour s’élancer, construire et entreprendre quelque projet, il faut accepter l’éventualité de l’échec. Dans les jeux vidéo par exemple, on peut perdre certes (et la sauvegarde existe), mais on en ressort toujours intègre, et on peut recommencer encore et encore, jusqu’à la victoire.</p>
<p style="text-align: justify;">« A défaut d’être grands dans la réussite, ces patients seront grands dans l’échec »<a href="#_ftn6">[6]</a>, écrit Jeammet. Ces conduite visant l’échec permettraient ainsi d’alimenter l’omnipotence infantile que ces jeunes ont du mal à abandonner.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;">Pour conclure sur le narcissisme et l’adolescence</h2>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu combien l’adolescence peut être considérée comme une sorte d’observatoire des remaniements narcissiques et plus précisément du dispositif de régulation du narcissisme qui est en jeu, et qui fonctionne à partir de multiples instances psychiques. Cette période de la vie peut d’ailleurs révéler la précarité de cette régulation, et nous permettre de saisir en négatif combien ce narcissisme se trouve en réalité un jeu complexe de relations en équilibre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous allons ici essayer de revenir de manière schématique sur la conception du processus adolescent au regard du narcissisme. Et nous allons donc résumer nos vues sur ce que l’on peut appeler « les remaniements narcissiques à l’adolescence », au travers d’une réflexion sur la libido du moi et la libido d’objet et le conflit qui peut surgir entre les deux à l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela doit s’accompagner de quelques mots sur la manière dont on se représente la constitution du Moi, et donc peut-être aboutir à une réflexion sur ce que pourrait être une relation d’objet narcissique. Est-ce une relation d’objet constitutive du Moi, permettant ou alimentant la mise en place de cet objet libidinal qu’est finalement le Moi, ou est-ce une relation d’objet avant tout mais sur un mode particulier, c’est à dire, le choix d’objet narcissique que Freud décrit dans « Pour introduire le narcissisme ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cette réflexion peut servir il nous semble pour aborder la question des jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette question de la constitution du Moi chez Freud, prise sous un angle développemental n’est pas aisée. Peut-être est-elle même une impasse dans la théorie psychanalytique. Néanmoins, elle nous est apparue provisoirement nécessaire, afin de clarifier ce que l’on pouvait comprendre par « remaniements narcissiques à l’adolescence ».</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on conçoit l’édifice théorique psychanalytique de manière dynamique et en équilibre, l’utilisation de telle ou telle notion dépend de celle de telle ou telle autre notion.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, lorsqu’on parle de « remaniements narcissiques à l’adolescence », il n’est pas aisé de saisir exactement ce que l’on veut dire. Du point de vue phénoménologique, il est clair que l’adolescent est dans une certaine quête sur le plan de son identité. Celle-ci semble instable, l’appartenance à tel ou tel sexe semble même parfois non assurée, ou du moins en question pour l’adolescent.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, nous allons essayer de clarifier quelque peu cette étape, en présentant ce que nous comprenons finalement nous-mêmes par remaniements narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons déjà présenté, il existe plusieurs formulations théoriques pour désigner des fonctionnements psychiques qui écartent une confrontation avec les objets qui peuvent être déstructurants pour le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une perspective génétique, la question du développement d’un individu peut être prise selon celle de l’intériorisation d’un certain nombre de fonctions (fonction maternelle chez Bion, fonction paternelle chez Lacan, etc …). Ces intériorisations désignent les processus par lesquels certaines relations entre un individu et son environnement (au sens large de Winnicott) transitent de la scène extérieure à celle de la réalité interne psychique de ce même individu. Au sein de ce processus d’intériorisation, auront lieu des identifications qui finiront par jouer pour ce sujet, un certain nombre de repères identificateurs (sur le plan de la sexuation et de la différence des générations par exemple).</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons déjà souligné, l’arrivée du pubertaire entraîne un changement au niveau de la valeur du statut du corps. Ce corps est à présent à l’égal de celui des parents, et possèdent les mêmes potentialités. L’adolescent ne peut plus se retrancher derrière l’impuissance du corps de l’enfant afin de maintenir à l’état de fantasmes certains désirs organisateurs de sa psyché.</p>
<p style="text-align: justify;">La maturation génitale, et sa contrainte à s’autonomiser, pour reprendre l’expression de Jeammet, autrement dit la contrainte à se séparer, ou mieux, à remettre au travail les relations avec les objets parentaux internes, qui jusque là servaient de garants pour le narcissisme et sa régulation vont avoir certaines conséquences importantes sur l’équilibre entre cette libido narcissique et objectale. La question est alors comment penser cet antagonisme exacerbé entre la quête objectale et les assises narcissiques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il est nécessaire pour l’adolescent de désexualiser à tout prix tout ce qui touche aux anciennes relations objectales primaires constitutives de ces assises narcissiques. C’est ce que Kestemberg nomme « le rejet des imagos parentales » dans son article de 1962.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le dire avec Laplanche, la sexualité génitale instinctuelle va trouver la sexualité pulsionnelle infantile occupant déjà la place<a href="#_ftn7">[7]</a>. L’infantile offre des chemins tout tracés quant à la recherche de satisfaction, que va viser la sexualité dite génitale. Mais ces chemins apparaissent comme particulièrement dangereux pour le sujet. L’Œdipe infantile est soumis à une intense surchauffe, et se trouve en voie de transformation vers un Œdipe pubertaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce processus où l’adolescent est finalement contraint à réécrire son histoire, à réinterpréter celle-ci avec son nouveau statut, celui d’un corps devenu adulte, qui donne ainsi un nouveau statut à la réalité même, cet adolescent doit se recréer de nouveaux fantasmes en refoulant certains éléments des anciens et en en transformant d’autres. Ces éléments seraient liés aux premiers objets d’amour parentaux qui structurent son dispositif narcissique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">D’un côté, les rivages de la sexualité infantile, des premiers objets d’amour, de l’auto-érotisme, comme autant de soutiens et de garants quant au narcissisme (Moi et Idéal du Moi au sens de Freud), de l’autre, les idéaux des adultes, l’abandon de la sexualité infantile au profit d’une sexualité génitale pulsionnelle, qui va être le produit du mélange ou de l’intégration de la poussée instinctuelle et de la sexualité pulsionnelle infantile. Le sujet adolescent, dans la barque, poussée par le courant de l’autonomisation qui n’est autre que l’angoisse de se retrouver aux prises avec les figures parentales devenues hautement menaçantes. C’est un mouvement d’aller-retour entre les deux rives que l’on pourrait appeler subjectivation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais la question semble demeurer : pourquoi cet antagonisme entre le fonctionnement narcissique et la relation d’objet ?</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu que dans « Pour introduire le narcissisme », Freud avait posé l’idée centrale du Moi comme objet sexuel. Mais il faut se rappeler les développements ultérieurs que vont lui imposer finalement cette nouvelle question, à savoir comment ce Moi-objet s’est constitué au fond, ce que Mélanie Klein finalement poursuivra. Cela nous aidera à mieux saisir les enjeux qui se jouent à ce niveau à l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est au travers de la période de 1900 à 1915 que la notion de Moi chez Freud va subir les plus grandes inflexions. Et ce sont trois axes qui vont donner la direction : la notion de narcissisme bien entendu, la notion d’identification qui va devenir constitutive du Moi avec le paradigme de l’identification mélancolique, et enfin la mise en avant des instances idéales qui seront les substituts du narcissisme (L’Idéal du Moi et le Surmoi)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le problème de la genèse du Moi est bien trop complexe pour en venir à bout ici. Ce n’est pas notre objet. Mais, nous voulions souligner que cet objet Moi ne va évidemment pas de soi, et que nous avions besoin de récapituler les grandes étapes de sa conception de cette manière. D’une part, il y a, avec Freud, puis évidemment Lacan, une « nouvelle action psychique » qui va poser les bases du futur Moi, c’est à dire constituer une première forme qui rassemble et unit. Puis, ce Moi, qui n’est autre que ce Moi-plaisir premier dont Freud parle dans « Pulsions et destins des pulsions »<a href="#_ftn8">[8]</a> ne va cesser de s’enrichir des relations qu’il instaure avec certains objets qui vont, soit lui apporter satisfaction, soit lui apporter du déplaisir et de la frustration.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la base des premiers échanges, nous pourrons alors parler ensuite des identifications narcissiques suivant le mécanisme mis au jour par Freud dans « Deuil et Mélancolie »<a href="#_ftn9">[9]</a>. Le Moi va se constituer par sédimentations<a href="#_ftn10">[10]</a> des relations qu’il a eus avec certains objets. C’est ce que l’on va appeler l’introjection, ce qui signifie transformation et élargissement du Moi. Ferenczi<a href="#_ftn11">[11]</a>, puis dans sa lignée, Abraham et Törok<a href="#_ftn12">[12]</a> vont retravailler ce concept d’introjection, et le redéfinir par rapport à un autre, l’incorporation. L’adolescent est alors finalement sommé d’introjecter les relations avec ses objets primaires afin de pouvoir s’en défaire d’une façon acceptable et susceptible de lui laisser suffisamment de liberté pour se créer de nouvelles relations.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, en reprenant l’argument de Jeammet dans son article sur les identifications à l’adolescence<a href="#_ftn13">[13]</a>, pour que ce fonctionnement puisse avoir lieu, il faut qu’ait été posées les bases d’un monde interne via les relations précoces, les premiers échanges entre l’enfant et son environnement. Jeammet prend ainsi le modèle winnicottien de l’aire transitionnelle où la non-différenciation Moi/Non-Moi, Sujet-Objet, peut avoir lieu, autrement dit, le modèle d’une période où l’objet fut présent sans empiéter sur les besoins du l’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et c’est à ce niveau, que peuvent se situer les éventuels problèmes qui resurgiront au cours de l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">Si au cours de ces premiers échanges, l’objet a pu être perçu comme trop ou pas assez présent, de sorte que les relations où les assises du Moi sont censées se constituer avec des objets non-perçus comme distincts du Moi n’ont pu se mettre en place, alors il se peut qu’à l’adolescence où vont être revisitées ces premières relations, certains problèmes surgissent. L’objet aura pu être perçu comme soit en défaut, soit trop présent, dans tous les cas, il aura été perçu comme trop distinct, et le Moi se sera vécu comme trop dépendant de l’objet. Ce serait cette dépendance fondamentale, qui s’inscrirait dans le fonctionnement du sujet au cours de cette étape, qui risquerait de resurgir à l’adolescence, et face à laquelle le sujet adolescent va mettre en place un système défensif afin de s’en prémunir.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis c’est la remise en jeu des relations objectales primaires qui servaient de socle identificatoire à l’enfant qui a lieu durant l’adolescence.</p>
<p style="text-align: justify;">Ici, on peut reprendre l’image du mouvement de balancier entre le Moi Idéal et l’Idéal du Moi qui nous a bien servi, ainsi que la métaphore de notre barque entre les rivages de la sexualité infantile et ceux de la sexualité génitale.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec du côté du Moi Idéal, les relations objectales maternelles où l’omnipotence a pu être vécue de façon nécessaire, mais transitoire, et du coté de l’Idéal du Moi, la fonction paternelle, les énoncés imposant une place symbolique à l’enfant lui permettant à la fois de se déplacer vis à vis de la captation incestueuse du Moi Idéal, mais également de se procurer d’autres objets qui, idéalisés, fourniront promesse de satisfaction sous contrainte de se conformer à certaines attentes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais selon Jeammet, s’il y a eu problème et inscription de cette dépendance, de cette perception que l’objet était trop massivement nécessaire au Moi, la relation avec tout nouvel objet est au final dangereuse au moment où le sujet a besoin d’établir d’autres relations, avec d’autres objets, pour se construire et transformer ses repères identificatoires. Cette voie objectale lui reste donc fermée car synonyme de dangers. La possibilité d’aller à la rencontre d’autres objets apparaît comme trop angoissante.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi, nous concevons une sorte de noyau dur du Moi, cette première forme qui rassemble et unit dans la captation à une image, étape que décrit Lacan à la suite de Freud. Puis les identifications secondaires qui s’ajoutent et finissent par engendrer une sorte de système moïque que nous pourrions nommer <em>dispositif narcissico-moïque</em>. Ce dispositif permet de se représenter les objets et les relations à ces derniers qui ont été intériorisés (peut-être d’ailleurs incorporés plutôt qu’introjectés). Une fois la puberté advenue, les liens à ces objets qui font partie désormais du <em>dispositif narcissico-moïque</em> subissent des changements de l’ordre d’une sexualisation qui va devoir être canalisée en quelque sorte. En effet, comme on l’a déjà répété, la sexualité génitale instinctuelle suit les frayages que la sexualité infantile a déjà tracés auparavant, à la différence que le statut du corps et les possibilités de réalisation changent la donne pour l’adolescence. C’est pourquoi les relations aux objets intériorisées, à la base du dispositif <em>dispositif narcissico-moïque</em>, prennent une autre valeur pour l’adolescent. C’est peut-être la contrainte à traduire chère à Laplanche que nous tentons de décrire là, sous une autre forme, c’est également la revisitation de l’Œdipe infantile.</p>
<p style="text-align: justify;">Le rapproché avec le parent qui était synonyme de tendresse et de réconfort, devient synonyme de possible mise en acte de rapport sexuel incestueux et met ainsi en péril, ou en crise, le <em>dispositif narcissico-moïque</em>.</p>
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<p style="text-align: justify;">En conclusion, l’adolescent serait par définition un sujet en crise avec son moi, contraint qu’il serait de revisiter ses relations antérieures au prisme des potentialités qu’offrent sa nouvelle sexualité, plutôt bien embarrassante au premier abord. Avec Lacan et sa conception d’un Sujet posé comme radicalement autre que le Moi, on pourrait alors soutenir que l’adolescent, aux prises avec ses identifications secondaires (c’est à dire ses premiers liens avec ses premiers objets) à remettre en jeu, serait donc peut-être d’autant plus susceptible de nous en apprendre sur le décentrement du Sujet par rapport à son Moi. Etant donné que l’adolescent ne peut plus se reconnaître dans ce qu’il avait construit durant son enfance, il prend bien conscience que ce qu’il pensait comme stable, ne l’était pas, et que le plus intime de son être, peut devenir dangereux pour lui-même.</p>
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<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Jacques André, « Masochisme et sexualité, entretien avec Jean Laplanche », in <em>L’énigme du masochisme</em>, PUF, 2000, p.28.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Gutton s’inspire largement de Jean Laplanche quant à la sexualité infantile. Par exemple, Laplanche dans « Pulsions et instincts », in <em>Adolescence</em>, 18, s’attache à montrer les différences entre ces deux notions qui, en psychanalyse, ont tendance à brouiller les cartes. Si l’instinct d’auto-conservation existe chez l’homme, comme chez les mammifères chez qui il est particulièrement bien mis en évidence, les phénomènes qui peuvent s’y rattacher sont bien vite recouverts par ce qu’il y a de plus spécifiquement humain à savoir, pour Laplanche, la séduction et la réciprocité narcissique. Le sexuel pulsionnel (infantile), occupe bien pour la psychanalyse la place décisive dans les phénomènes humains. Il est, pour Laplanche, d’origine intersubjective, comme implanté au cours des relations de soins donnés par un adulte sur un enfant. Cet adulte possède un inconscient façonné de sexualité infantile. Le troisième temps de la sexualité, à savoir pour Laplanche, le développement de l’instinct sexuel, c’est à dire l’instinct pubertaire et adulte, la mise en place du génital à la puberté, se heurte donc à cet obstacle qui est le fait qu’il trouve le fauteuil déjà occupé par la pulsion infantile.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Philippe Gutton, « Du mal en adolescence », Revue <em>Topique</em>, 2005 : « Le mal serait le génital faisant irruption dans l’organisation de la névrose infantile risquant de mettre en échec les théories phalliques infantiles. Le mal serait une force de changement ‘trop pulsionnelle’. »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Ibid.</em>, p 113.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Jacques André, « Masochisme et sexualité, entretien avec Jean Laplanche », in <em>L’énigme du masochisme</em>, PUF, 2000, p.28.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Phlippe Jeammet, « L’énigme du masochisme », in <em>L’énigme du masochisme</em>, PUF, 2000, p.43.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Rappelons la fameuse phrase de Laplanche : « Chez l’homme, le sexuel, d’origine intersubjective donc, le pulsionnel, le sexuel acquis vient, chose tout à fait étrange avant l’inné. La pulsion vient avant l’instinct, le fantasme vient avant la fonction ; et quand l’instinct sexuel arrive le fauteuil est déjà occupé. » Jean Laplanche, « Pulsions et instincts », in <em>Adolescence</em>, 18, 149-168.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Sigmund Freud, « Pulsions et destins des pulsions », in <em>Œuvres complètes, tome XIII</em>, PUF, 1988.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Sigmund Freud, « Deuil et mélancolie », in <em>Œuvres complètes, tome XIII</em>, PUF, 1988. Rappelons juste que l’identification narcissique est le mécanisme par lequel le Moi finit par se parer des qualités de l’objet perdu, le Moi se transforme à cause de la perte de son objet.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Sigmund Freud, « Le moi et le ça », in <em>Essais de psychanalyse</em>, Petite Bibliothèque Payot, 2001. Freud y utilise l’identification narcissique mise au jour dans « Deuil et Mélancolie »<em>.</em> Ce mécanisme lui permet alors de décrire la genèse de ce qu’il appelle le <em>caractère </em>du moi. Il écrit que ce processus (autrement dit l’identification à l’objet aimé, perdu ou pas, qui permet de maintenir l’investissement de cet objet via cette identification) est fréquent, « ce qui permet de concevoir que le caractère du moi résulte de la sédimentation des investissements d’objet abandonnés, qu’il contient l’histoire de ces choix d’objet. »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Dans les deux articles suivants : Sandor Ferenczi, « Transfert et introjection » et « Le concept d’introjection »,in <em>Œuvres complètes, tome I, 1908-1912,</em> 1968, Payot.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Nicolas Abraham et Maria Törok, <em>L’écorce et le noyau</em>, Flammarion, 1999.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Philippe Jeammet, « Les enjeux des identifications à l’adolescence », in <em>Psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent</em>, sous la direction de Claudine Geissmann et Didier Houzel, Bayard, 2003.</p>
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