<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Vincent LE CORRE - Psychologue - Psychanalyste &#187; Winnicott</title>
	<atom:link href="http://vincent-le-corre.fr/?feed=rss2&#038;tag=winnicott" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://vincent-le-corre.fr</link>
	<description>psychologue, psychanalyste, en institution et en libéral, travaillant, entre autres, sur les jeux vidéo, les médiations, le jeu...</description>
	<lastBuildDate>Tue, 13 Jan 2026 12:51:54 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.0.4</generator>
		<item>
		<title>La fonction symbolisante de l&#8217;objet 2/2 ou les jeux vidéo face à la destructivité primaire</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=883</link>
		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=883#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 07 Nov 2011 11:13:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[destructivité primaire]]></category>
		<category><![CDATA[Guillaume Gillet]]></category>
		<category><![CDATA[jeux vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[René Roussillon]]></category>
		<category><![CDATA[Winnicott]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://vincent-le-corre.fr/?p=883</guid>
		<description><![CDATA[Paris, le 07 novembre 2011.
Je continue ici mon commentaire de l’article de René Roussillon « La fonction symbolisante de l’objet » publié dans « Agonie, clivage et symbolisation ». On lira également également un article particulièrement intéressant de Winnicott « Objets de l’’usage d’un objet’ » publié dans « La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques », afin d'avancer quelques propositions autour de ce que Winnicott appelle la destructivité. On se pose la question de l'utilisation du modèle que propose Winnicott notamment dans le cadre de l'utilisation excessive du jeu vidéo par certains sujets.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Dans la première partie, je commence le commentaire de l’article de René Roussillon « La  fonction symbolisante de l’objet » publié dans « Agonie, clivage et  symbolisation », vous pouvez la lire ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=876">La fonction symbolisante de l’objet 1/2</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">La conception winnicottienne de la genèse de la découverte de l’altérité de l’objet</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Rappelons que différents écrits de Winnicott ont été publiés après sa mort sous le titre « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ ». Cet article qui est donc une collection de notes et écrits, a été placé dans le recueil <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut considérer cet article de Winnicott, comme Roussillon le fait par ailleurs dans un autre article, « Le paradoxe de la destructivité ou l’utilisation de l’objet selon Winnicott »<a href="post.php?post=883&amp;action=edit&amp;message=10#_ftn1">[1]</a>, comme une contribution psychanalytique « à la théorie de la construction de l’épreuve de réalité et à l’application de ses présuppositions aux cures de patients réputés psychotiques ou <em>limites</em> »<a href="post.php?post=883&amp;action=edit&amp;message=10#_ftn2">[2]</a>, ou autrement dit au problème de l’accès à la réalité par le sujet, et au problème concomitant : celui de la constitution de l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’article de Winnicott n’est pas « évident », c&#8217;est à dire qu&#8217;il ne nous livre pas de solution clé en main, mais il me semble être, et peut-être pour cette raison, des plus importants et intéressants. Il apporte des compléments à sa théorie des phénomènes transitionnels où la question principale est d’une certaine manière, comment en sort-on ? Comment l’Objet peut-il à un moment être découvert dans sa réalité externe.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Roussillon rappelle que pour Freud, &laquo;&nbsp;l’objet naît dans la haine&nbsp;&raquo; (« <em>Pulsions et destin des pulsions</em> », 1915). La position de Winnicott est donc à réarticuler avec celle de Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Si Winnicott semble avoir du mal avec un concept comme celui de pulsion de mort, Roussillon pense que l’on peut considérer chez Winnicott un couple de concepts qui se rapproche du couple freudien, pulsion de vie/pulsion de mort : le couple destructivité/créativité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il existe différentes hypothèses chez Freud concernant ce que l&#8217;on nomme l’épreuve de réalité, mais celle qui est la plus articulée à la découverte de l’Objet est celle que nous avons rappelée, à savoir que l’objet naît dans la haine. Winnicott va ainsi se positionner dans son texte « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » par rapport à cette hypothèse freudienne. Pour le psychanalyste britannique, ce n’est pas la découverte de l’Objet via son caractère frustrant lors de l’épreuve de réalité qui déclencherait haine et destructivité. Il pose d’une part une sorte de paradoxe qui énonce que pour que l’Objet puisse être découvert dans sa réalité extérieure, il faut qu’il puisse être détruit fantasmatiquement, tout en y survivant. Cet Objet doit ainsi se présenter d’une manière qui laisse penser au sujet qu’il a été atteint, mais qu’il reste vivant, tout en le faisant d’une manière qui ne porte aucunement atteinte du côté du sujet, c’est-à-dire en évitant les représailles envers lui. Autrement dit, la destructivité et la survivance de l’Objet dépendent expressément pour Winnicott du mode de réponse de l’Objet face aux attaques du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« Alors que classiquement l’extériorité était découverte ‘dans la haine’ […], directement issue de la frustration et de la destructivité, et comme en opposition à celles-ci, Winnicott soutient, quant à lui, que la naissance de l’extériorité dépend de la réponse de l’objet à la destructivité du sujet. Là commence le registre et de la relation d’objet et de l’utilisation de l’objet.»<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est cette étape de plus que l’on va essayer de cerner avec l’article « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans ces écrits, Winnicott distingue donc « la relation à l&#8217;objet » de « l&#8217;usage de l&#8217;objet », puis essaie d’articuler ces deux dimensions. Essayons de voir comment.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Winnicott nous dit que selon lui « le mode de relation à l&#8217;objet est une expérience du sujet que l&#8217;on peut décrire par référence au sujet en tant qu&#8217;être isolé »<a href="#_ftn2">[2]</a>. Il résume la différence entre ces deux dimensions de cette manière « […] la relation peut être décrite par référence au sujet individuel et [que] l’usage ne pourra l’être que si l’on accepte l’existence indépendante de l’objet, tout comme sa propriété d’avoir été là constamment. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il réfère ainsi le mode de relation à ce qu’il a développé autour de la notion de « capacité à être seul ».<a href="#_ftn4">[4]</a> Mais concernant l&#8217;usage, « il n&#8217;y a pas d&#8217;échappatoire possible: l&#8217;analyste doit prendre en considération la nature de l&#8217;objet, non en tant que projection, mais en tant que chose en soi ».</p>
<p style="text-align: justify;">La séquence, nous dit Winnicott, débute par le mode de relation à l&#8217;objet puis se termine par l&#8217;usage de l&#8217;objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre les deux, (la relation et l&#8217;usage), se situe « la chose la plus difficile peut être du développement humain, ou la plus ingrate des toutes premières failles qu&#8217;il s&#8217;agira de réparer [...] c&#8217;est la place assignée par le sujet à l&#8217;objet en dehors de l&#8217;aire du contrôle omnipotent de celui-ci : à savoir la perception que le sujet a de l&#8217;objet en tant que phénomène extérieur et non comme entité projective, en fait, la reconnaissance de celui-ci comme une entité de plein droit. »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Détruire, dit-il</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Winnicott distingue ainsi ces deux dimensions pour préciser que le changement qui mène de la relation à l&#8217;usage « signifie que le sujet détruit l&#8217;objet »<a href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais que signifie <em>détruire l&#8217;objet</em> pour Winnicott ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Est-ce le renvoyer, l&#8217;expédier hors l&#8217;aire transitionnelle, hors du contrôle omnipotent de l&#8217;enfant ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les objets « sont en cours de destruction parce qu&#8217;ils sont réels et ils deviennent réels parce qu&#8217;ils sont détruits (étant détruits et consommés) »<a href="#_ftn7">[7]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Winnicott nous dit en effet que le sujet détruit l&#8217;objet parce qu&#8217;il est situé en-dehors de l&#8217;aire, mais également que c&#8217;est la destruction de l&#8217;objet qui le fait sortir de cette aire de contrôle omnipotent. Sommes-nous donc ici dans les phénomènes paradoxaux chers à Winnicott ? Et que la destruction de l&#8217;objet en fait partie.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui semble en tout cas certain, c’est qu’à partir de cette étape, « le sujet peut alors commencer à vivre sa vie dans le monde des objets ».</p>
<p style="text-align: justify;">« survivre » (concernant l&#8217;Objet) signifie « ne pas appliquer de représailles », et il semble que pour Winnicott, c&#8217;est là tout l&#8217;art de l&#8217;analyste et de sa propre capacité à élaborer une réponse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce « détruire » ne doit pas s’entendre dans le sens d&#8217;une véritable destruction/disparition, mais dans le fait que « cette activité destructrice correspond à la tentative que fait le patient pour placer l&#8217;analyste hors du contrôle omnipotent, c&#8217;est à dire dehors, dans le monde. S&#8217;il ne fait pas l&#8217;expérience de la destructivité maximale (objet non protégé), le sujet ne place jamais l&#8217;analyste au-dehors, c&#8217;est pourquoi, il ne pourra rien faire de plus que l&#8217;expérience d&#8217;une sorte d&#8217;auto-analyse utilisant l&#8217;analyste comme une projection d’une partie de son soi. »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Retour à Roussillon</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon reprend donc cette idée importante de Winnicott que pour être découvert et utilisé, l’Objet doit tout d’abord être détruit, ce qui signifie selon Winnicott, survivre à la destructivité du patient. Le fait de survivre, pour l’Objet, est donc en lien avec la réponse qu’il offre aux attaques du sujet-patient.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon veut préciser la nature de cette réponse et ajoute donc que cela « implique  [pour l’Objet] la présence de trois caractéristiques dans ses réponses à celle-ci [la destructivité] : l’absence de retrait – l’objet doit se montrer psychiquement présent – l’absence de représailles ou de rétorsion – l’objet ne doit pas engager un rapport de force avec le sujet. Cependant ces deux caractéristiques premières, et souvent seulement évoquées, ne suffisent pas, l’objet – et en cela il témoigne de son existence comme autre-sujet – l’objet doit sortir de l’orbite de la destructivité pour rétablir le contact avec le sujet : il doit <em>se montrer créatif et vivant</em>. […] les deux autres caractéristiques ne sont au fond que des pré-conditions nécessaires pour celle-ci advienne.»<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En suivant Winnicott, c’est donc l’expérience de la destructivité primaire qui se trouve placée à l’origine de la construction de tout appareil de symbolisation. Mais plus précisément, c’est la réponse de l’Objet aux premières attaques du sujet qui détermine la possibilité de mise en place de toute symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette réponse de l’objet est donc caractérisée par deux pré-conditions :</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’absence de retrait</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’absence de représailles ou de rétorsion</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et une dernière caractéristique qui signe le fait que l’Objet est également un autre-sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’objet doit se montrer créatif et vivant</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« L’objet ainsi découvert dans son extériorité, une relation d’objet, nécessairement ambivalente, va pouvoir advenir. L’objet ‘survit’, il est ‘découvert’ comme objet de la pulsion, il est aimé. Mais du même coup le sujet dépend de lui ; l’objet peut être absent, manquer, et de cela il sera haï. […] La transformation de l’illusion et de la destructivité en moteurs de l’activité représentative ne peut s’effectuer sans l’entremise de l’objet.»<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En suivant Winnicott et Roussillon, on peut également concevoir à présent que la tendance à la destruction, dans la réalité, qui s’actualise parfois chez certains sujets, sans qu’ils y trouvent même de plaisir (car dans ce cas on pourrait la concevoir comme de la « simple » agressivité, c’est-à-dire une certaine violence mêlée d’érotisme), « pourrait être alors comprise non pas comme le signe de quelque intolérance primaire à la frustration mais le signe de l’échec répété de l’expérience détruit/créé. […] Le sujet a expérimenté la ‘réalité’ de la non-survivance de l’objet, cette ‘réalité’ réalise le fantasme de destructivité et du même coup lui fait perdre sa localisation intra-psychique, son caractère potentiel.»<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cette réalisation d’un fantasme a les atours d’un trauma particulièrement conséquent et brouillant de manière dramatique les « repères du dedans et du dehors en créant un noyau de confusion primaire. »</p>
<p style="text-align: justify;">On peut ainsi comprendre pourquoi Winnicott finira par dire, dans « la crainte de l’effondrement »<a href="#_ftn12">[12]</a> que l’évènement qui est redouté par le sujet s’est en fait déjà produit dans l’histoire de celui-ci. « La tendance à la destruction des psychotiques et ‘cas limites’ répéterait indéfiniment cet échec primordial du détachement primaire de l’objet […] »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Destructivité et « matière numérique »</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J’aimerais tenter d’examiner maintenant si et comment l’on pourrait se servir du « modèle » que propose Winnicott pour saisir l’utilisation de certains objets numériques dans des cadres différents, tel que le simple cadre ludique, ou bien le cadre d’une psychothérapie, mais également le cadre de ce que l’on pourrait appeler avec Tisseron, une « auto-thérapie » (« Le virtuel à l’adolescence – autodestruction ou autothérapie ? »<a href="#_ftn14">[14]</a>) c’est-à-dire les tentatives solitaires d’un sujet pour trouver une autre issue plus favorable à certains conflits ou traumas. Ces tentatives mènent généralement à des répétitions, parfois envahissantes. Dans le cadre des jeux vidéo, on peut ainsi parfois émettre l’hypothèse que le sujet chercherait à (re)nouer une relation avec la machine, plus sécurisante, là où les relations antérieures avec ses Autres primordiaux ont pu échouer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’axe central serait alors les propriétés à la fois de l’analyste (et on a vu combien pour Winnicott la conduite de la cure dépend de sa capacité à « survivre aux attaques », donc de ne pas exercer de représailles) et du jeu vidéo, ou encore de l’outil numérique qu’est un PC par exemple, dans leur rapport à la destructivité du sujet selon Winnicott.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si l’on comprend le fait de « détruire » (tel que je comprends ici Winnicott du moins…) comme le passage d&#8217;un lieu à un autre, et non comme une disparition, l&#8217;analyste, ou un jeu vidéo, ne « disparaissent » pas (du moins ils ne sont pas censés le faire. Il va de la responsabilité de l’analyste d’être fiable. Et il va de la bonne qualité de l’outil numérique de ne pas bugger, ou de ne pas se détruire réellement par suite d’une mauvaise manipulation par exemple. Ce serait l’absence de retrait ?). Ils seraient donc d’une certaine manière « toujours là ». L’ordinateur est censé présenter certaines fonctions qui permettent la sauvegarde des contenus, donc la possibilité de retrouver intact quelque chose, même après son altération. Idem pour un jeu vidéo. L’angoisse de « tout casser » chez certaines personnes qui appréhendent un ordinateur pour la première fois, pourrait être articulée à un fantasme primaire de destruction de l’Objet car lorsque ces personnes acceptent de passer outre cette première angoisse, elles peuvent réellement commencer à apprendre l’usage de l’ordinateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Guillaume Gillet explore ici (<a href="http://psychologienumerique.wordpress.com/2011/10/29/le-travail-de-la-mort-dans-le-jeu-video/">http://psychologienumerique.wordpress.com/2011/10/29/le-travail-de-la-mort-dans-le-jeu-video/</a>) de manière tout à fait intéressante ce qu’il appelle le travail de la mort dans les jeux vidéo, et ses liens justement avec la fonction de la sauvegarde dans les jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si cet objet numérique n’exerce <em>a priori</em> pas de représailles envers son utilisateur. Même si ce dernier l’a malmené… Il paraît cependant difficile au même objet numérique, y compris à une IA, de se montrer psychiquement présent, et peut-être encore plus, de se montrer créatif et vivant…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Peut-on soutenir  tout de même qu’ils (l’Objet, l’analyste ou l’objet numérique) sont censés de cette manière « survivre » ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est là que la difficulté théorique apparaît, et que l’équivocité du mot « objet » conduit peut-être à faire des analogies trompeuses. Et c’est là également qu’il me semble que la difficulté théorique concernant la manière de penser la nature de cet objet numérique se trouve. C’est la question de l’intersubjectivité au sein des relations homme-machine. Une machine peut-elle être mise à la place d’un autre-sujet pour un sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est le sujet qui, à un moment, placent les objets en-dehors de son aire d&#8217;omnipotence. Winnicott nous met par exemple en garde vis-à-vis de l’interprétation qui pourrait apparaître au patient comme une défense, voire des représailles.</p>
<p style="text-align: justify;">Winnicott a cette phrase que je trouve importante : « il n&#8217;y a pas de colère dans la destruction de l&#8217;objet, bien qu&#8217;on puisse dire qu&#8217;il y a de la joie quand l&#8217;objet survit. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut bien comprendre que ce qui est important dans cette expérience de destruction, censée aboutir à la capacité de faire usage de l&#8217;objet, c’est cette idée de survivance. « Bien que j’utilise le mot de destruction, on voit que la destruction effective se situe du côté de l’objet, s’il n’arrive pas à survivre. Sans cet échec de la part de l’objet, la destruction reste potentielle. Le mot ‘destruction’ est nécessaire, non en raison de l’impulsion destructrice du bébé, mais de <em>la propension de l’objet à ne pas survivre, ce qui signifie également subir un changement dans la qualité, dans l’attitude.</em> »<a href="#_ftn16">[16]</a> (C’est moi qui met en italique).</p>
<p style="text-align: justify;">Du point de vue psychopathologique, pourrait-on dire que c’est ce que chercheraient certains sujets en mettant en place une relation que Tisseron qualifie de « dyade numérique » ? Ils rechercheraient tout d’abord une situation où retrouver une aire intermédiaire d’expérience où exercer un contrôle omnipotent.</p>
<p style="text-align: justify;">Viendrait alors la tentative de mettre en place une relation où l’objet numérique comme les jeux vidéo (qui possèdent une IA et qui proposent donc une réponse en fonction des actions du joueur), serait mis en place de l’Objet, de l’objet primaire, au risque parfois d’y passer trop de temps…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et si justement, les joueurs qui y passent trop de temps, étaient des joueurs qui n’arrivaient pas à exercer leur « destructivité » en direction de l’objet numérique, des jeux vidéo ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pourrait-on faire du rapport au jeu vidéo, ou plus généralement à certains objets numériques, une sorte d’indicateur de la destructivité du sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cet objet numérique peut-il être « détruit » au sens de Winnicott ? L’objet numérique n’exerce a priori pas de représailles ? Mais quels pourraient être ses modalités de présence ? Peut-il se montrer psychiquement présent ainsi que créatif et vivant, pour le sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les moments de bug, de plantage, de perte de données ou de sauvegarde, les <em>lags<a href="#_ftn17"><strong>[17]</strong></a></em> au sein des jeux vidéo qui engendrent beaucoup de frustration voire de la rage chez le joueur, sont des moments où les jeux vidéo ou les mondes numériques sortent « violemment » de l&#8217;espace d&#8217;omnipotence. L’aire intermédiaire est détruite. On les perçoit alors comme extérieurs, comme des objets appartenant au monde objectif. C’est d’ailleurs dans ces moments que précisément on peut potentiellement leur attribuer une certaine « subjectivité », une intentionnalité mauvaise qui agirait contre nous, car justement elle ne réagit plus comme on l’attendait. Dans le langage de Winnicott, l’objet n’est pas présenté au moment même où il est halluciné. Ce sont donc parfois des moments de haine chez le sujet. Les <em>lags</em> particulièrement sont des expériences où le jeu vidéo perd tout réalisme dans le sens où le contrôle que le joueur exerce sur l’environnement  lui échappe. L’illusion est perdue. Pourrait-on considérer ces moments comme des moments où le joueur vit « des représailles » de la part de l’objet ? Ou bien, serait-ce juste la rencontre avec le principe de réalité dont parle également Winnicott dans son article, mais pour le distinguer du type de destructivité qu’il cherche à élaborer ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Winnicott  nous dit en effet : « La théorie orthodoxe suppose toujours que l’agressivité est réactionnelle à la rencontre avec le principe de réalité alors qu’en fait c’est la pulsion destructrice qui crée la qualité de l’extériorité. »<a href="#_ftn18">[18]</a> Plus loin : « […] l’attaque dans la colère relative à la rencontre avec le principe de réalité est un concept plus élaboré, venant après la destruction dont je fais ici l’hypothèse. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans la première hypothèse, si l’on pense que le joueur peut vivre cela comme des représailles, ce serait donc qu’il cherche à « détruire » l’objet dans son fantasme.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette hypothèse, ce qui serait attendu par le sujet serait une réponse de l’Objet telle qu’elle n’exercerait pas de représailles cette fois-ci. Car si le sujet recherche à nouveau cette expérience, on pourrait supposer qu’il n’a pu le faire jusqu’ici. Le sujet « attend » donc une réponse de l’Objet susceptible de recevoir, d’« enregistrer » les expériences de sa destructivité et finalement survivre, c’est à dire témoigner qu’il a bien été attaqué mais que ces attaques ont été transformées. Cet objet numérique tel que le jeu vidéo, en revenant possiblement au même endroit (fonction de la sauvegarde, etc.), tout en ne produisant <em>a priori</em> aucune représailles (si tout fonctionne sans bug), peut-elle alors être celle qui permette à un sujet d&#8217;expérimenter d’une part cette expérience d’omnipotente, et d’autre part, au bout d’un moment, lorsque le sujet le « décide », l’expérience de placer cet objet numérique hors du champ de l&#8217;omnipotence, donc de le « détruire » fantasmatiquement ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pourrait-on considérer par exemple la fin du jeu comme précisément le moment parfois recherché très activement par le joueur pour enfin « détruire » le jeu vidéo, à savoir être capable de continuer à en user, d’être dans une relation avec cet objet, mais une relation toute autre. Une relation qui permette par exemple la représentation de cet objet, le partage des représentations de cet objet avec d’autres sujets, la critique esthétique de celui-ci, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans la seconde hypothèse, on se situerait alors à un niveau plus élaboré comme le précise Winnicott. Ce serait alors lorsque le joueur ressent cela comme des représailles qu’en fait il s’aperçoit qu’il attribuait une part d’intentionnalité à l’objet numérique. Il était déjà dans une relation d&#8217;objet de type ambivalente, car il usait déjà de cet objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si l’on reste dans le cadre ludique classique, ou bien pour certains joueurs excessifs, dans le cadre de ce que l’on appelle ces tentatives d’« auto-thérapies » qui consisteraient donc à tenter de placer l’objet numérique en place d’Objet, comment savoir ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cela dépendrait des sujets, et des relations qu’ils ont pu expérimenter précédemment avec leur environnement.</p>
<p style="text-align: justify;">Certains pourraient déjà user de la relation avec l’objet numérique, s’énerver, le laisser tomber, c’est-à-dire le concevoir alors comme un objet externe, extérieur à l’aire intermédiaire d’expérience, et en user comme tel.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autres pourraient avoir du mal à détruire l’objet, donc finalement à être véritablement en relation avec, car des représailles de la part de l’environnement auraient déjà été exercées lorsqu’ils auraient tenté d’expérimenter leur destructivité.  D’où une source de difficultés à laisser tomber l’objet, à s’en séparer, c’est-à-dire à le concevoir comme un « objet objectif » qui existe en-dehors de lui, et possiblement lui attribuer des états mentaux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce serait alors une meilleure compréhension de « l’aspect cathartique » de la « destructivité » que l’on prête souvent aux jeux vidéo, en pensant cette destructivité avec Winnicott, c’est-à-dire en lien avec les qualités de la réponse de l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Avant de conclure, essayons de résumer…</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un objet numérique tel que le jeu vidéo possèderait certaines propriétés qui le rendrait attractif pour certains sujets quant à l’exercice de leur destructivité primaire, plus précisément quant à la tentative de retrouver une situation où exercer cette destructivité primaire sur un objet mis en lieu et place de l’Objet primaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Une des qualités du jeu vidéo me semblant être sa possible permanence (via la possibilité de sauvegarder une partie en cours, d’offrir la possibilité de la reprendre, etc.), c’est-à-dire l’absence de retrait et l’absence de représailles ou de rétorsion envers le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On peut en effet faire l’hypothèse que le dispositif vidéoludique offrirait une sorte d’ « espace virtuel contenant » où le sujet pourrait faire l’expérience de pouvoir représenter ses actions, puis de les réinscrire éventuellement dans un cadre narratif, et enfin que cet espace réactiverait le dispositif que Lacan et Winnicott ont décrit successivement dans « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je »<a href="#_ftn19">[19]</a> et « Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant »<a href="#_ftn20">[20]</a> concernant la fonction de miroir de l’environnement dans le développement du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais le jeu vidéo peut-il répondre de manière créative et vivante, quand bien même celui-ci propose des réponses aux actions du joueur ? D’où peut-être l’impossibilité d’aller plus loin pour les sujets qui tentent de s’engager dans une relation avec la machine de cette manière, et d’user de celle-ci de cette façon. Cette impossibilité pourrait être mise à la source de certains comportements compulsifs et de certaines situations de jeu excessif.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la capacité de survivre sans exercer de représailles qui permet la destruction dans le fantasme comme on l’a dit, et non la disparition de l’objet qui permet la destruction donc la découverte de l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces conduites de jeu excessif seraient alors des indicateurs du rapport des sujets quant à cette destructivité primaire. Dans cette optique, si ces sujets ne peuvent rompre la relation avec la machine, ce serait en raison de l’impossibilité d’exercer leur destructivité, une impossibilité qui ne serait pas due aux jeux vidéo eux-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Conclusion</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cela fait beaucoup de questions en suspens. Mais l’on peut réaffirmer par contre la nécessité d’un cadre, d’un dispositif thérapeutique  où cet objet numérique peut jouer le rôle de « médium malléable » tel que l’a développé justement Roussillon en le décrivant avec les caractéristiques empruntées à l’Objet primaire</p>
<p style="text-align: justify;">User du modèle que propose Winnicott et Roussillon concernant l’Objet pour l’appliquer directement à un objet numérique semble être de prime abord un forçage théorique qu’il faut reprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car le champ du transitionnel suppose normalement le champ de l’intersubjectivité. L’Objet primaire est censé être comme l’a dit un autre sujet, tout comme l’analyste. Y-a-t-il la possibilité d’instaurer une aire transitionnelle sans un autre sujet, seulement dans le « dialogue » avec une machine ?</p>
<p style="text-align: justify;">On touche là il me semble à une ambiguïté dans nos rapports aux machines informatiques qui nous pousse à entretenir de plus en plus avec elles un rapport tendant vers l’intersubjectivité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour avancer enfin sur l’utilisation du jeu vidéo dans le cadre thérapeutique, il me semble qu’il faut continuer cette réflexion sur la nature de l’objet numérique avec Roussillon, à partir de ses réflexions sur ce qu’il nomme, après Marion Milner, le médium malléable. Guillaume Gillet (<a href="http://psychologi3num3rique.wordpress.com/">http://psychologi3num3rique.wordpress.com/</a>) a déjà entrepris d’aborder le jeu vidéo comme médium malléable. Il poursuit actuellement une thèse dans le domaine de l’utilisation de cette « matière numérique » dans le cadre de médiation thérapeutique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 176</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 234</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 234</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> D.W. Winnicott, « La capacité d’être seul », in <em>De la pédiatrie à la psychanalyse</em>, p. 325</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 236</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 236</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 237</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 238</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 177</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 177</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> René Roussillon, <em>Paradoxes et situations limites de la psychanalyse</em>, PUF, 2005, p.121 et 122</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Winnicott, « La crainte de l’effondrement », in La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques, PUF, 2000, p.205</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> René Roussillon, <em>Paradoxes et situations limites de la psychanalyse</em>, PUF, 2005, p.122</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Serge Tisseron, « Le virtuel à l’adolescence – autodestruction ou autothérapie ? », in <em>Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescent</em>, 2007, n°55.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 241</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 240</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> « Terme anglais signifiant littéralement &laquo;&nbsp;Décalage&nbsp;&raquo;. Le &laquo;&nbsp;<em>lag</em>&nbsp;&raquo; désigne un encombrement du flux des données transitant entre l&#8217;ordinateur du joueur et le serveur de jeu. Les données circulent par vague, avec des périodes d&#8217;inactivité plus ou moins longues. Le &laquo;&nbsp;<em>lag</em>&nbsp;&raquo; engendre des ralentissements notables du jeu, entravant les possibilités de jeu. Il est généralement dû au rassemblement d&#8217;un trop grand nombre de joueurs dans une même zone augmentant considérablement la quantité d&#8217;informations à traiter par l&#8217;ordinateur, qui s&#8217;étouffe. », <a href="http://www.jeuxonline.info/lexique/mot/Lag">http://www.jeuxonline.info/lexique/mot/Lag</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 241</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> J. Lacan « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in <em>Ecrits I</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> D. W. Winnicott, « Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant », in <em>Jeu et réalité</em>.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://vincent-le-corre.fr/?feed=rss2&#038;p=883</wfw:commentRss>
		<slash:comments>4</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La fonction symbolisante de l&#8217;objet   1/2</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=876</link>
		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=876#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 29 Oct 2011 17:29:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Bion]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[Lacan]]></category>
		<category><![CDATA[René Roussillon]]></category>
		<category><![CDATA[Winnicott]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://vincent-le-corre.fr/?p=876</guid>
		<description><![CDATA[Paris, le 24 octobre 2011.
Je tente ici un commentaire de l'article de René Roussillon "La fonction symbolisante de l'objet" publié dans "Agonie, clivage et symbolisation". Je le fais dans le but de lire également un article particulièrement intéressant de Winnicott « Objets de l'’usage d'un objet’ » publié dans "La crainte de l'effondrement et autres situations cliniques". J'espère pouvoir avancer quelques propositions quant à la relation que l'on peut entretenir avec "la matière numérique" comme les jeux vidéo, en usant justement du modèle que propose Winnicott.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">René  Roussillon est  membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris  et professeur de psychologie clinique à l’Université Louis-Lumière de  Lyon. La liste de ses ouvrages conséquente.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un article qui fut publié dans un premier temps en 1997 dans la <em>Revue Française de Psychanalyse</em><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn1">[1]</a>. Il appartient également au recueil de textes intitulé <em>Agonie, clivage et symbolisation<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn2"><strong>[2]</strong></a></em>.  Cet ouvrage fondamentalement clinique, comme le souligne l’auteur, vise  tout de même à proposer un modèle concernant ce que Roussillon nomme  « les souffrances identitaires-narcissiques ». Ce modèle vise ainsi, au  travers de différentes approches et de différents tableaux cliniques,  d’exposer certains processus psychiques qui seraient selon lui typiques  de ces formes de pathologie du narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je propose un modèle de de leur agencement [celui des processus psychiques] et de la fonction intrapsychique et <em>intersubjective</em> fondé sur l’hypothèse d’une organisation défensive contre les effets d’un <em>traumatisme</em> primaire clivé, et la menace que celui-ci, soumis à la contrainte de  répétition, continue de faire courir à l’organisation de la psyché et de  la  subjectivité. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce  modèle s’appuie également fortement sur un autre écrit, « La  métapsychologie des processus et la transitionnalité », que l’on peut  trouver ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Revue française de psychanalyse (Paris). 1995. Lien vers Gallica</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452348t.image.langFR" target="_blank"><strong>http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452348t.image.langFR</strong></a><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">L’article « La fonction symbolisante de l&#8217;objet »</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai  choisi de commenter cet article, car d’un point de vue théorique, il  tente d’approfondir ce qui permettrait à un sujet d’advenir, et cela, en  passant par une théorie de la mise en place chez ce futur sujet d’un  appareil de symbolisation. Cette théorie décrit ainsi la réponse de  l’Objet à certaine phases du développement.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un  point de vue clinique, les tableaux que décrit Roussillon, me semblent  tout à fait en résonnance avec ceux que je peux rencontrer chez certains  enfants que je peux rencontrer au Placement Familial Spécialisé où je  travaille. Et plus particulièrement celui d’une petite fille qui m’a  semblé pouvoir être éclairé par cette lecture.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette  perspective de l’advenue d’un sujet, liée à l’apparition de son appareil  de symbolisation, est une direction de travail que poursuit Roussillon  depuis plusieurs décennies, cela dans les traces, entre autres,  évidemment de Freud, mais aussi Winnicott, Bion ou Green.</p>
<p style="text-align: justify;">« Telle  est la fonction symbolisante de l’objet, si l’on accepte de superposer  le développement de la symbolisation avec la fonction d’appropriation  subjective et subjectivante. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est  aussi pour moi la capacité a entré dans une discussion fine avec  Winnicott qui me semble être un des apports les plus intéressants de  Roussillon.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce  texte, « La fonction symbolisante de l’objet », d’emblée on peut noter  l’équivocité qui se retrouvera tout au long de l’article, du mot  « objet ». Il désignera ainsi la mère, ou plutôt le sujet qui assume la  fonction maternelle, puis le père, ou le sujet assumant la fonction  paternelle. l’objet désigne ici ce que Roussillon appelle aussi,  « l’autre-sujet », cet Autre qui s’occupe du sujet en devenir. On  l’écrira alors l’Objet. Enfin il peut désigner d’autres types d’objets,  plus difficilement représentables, mais pouvant être instanciés parfois  par des objets matériels il me semble.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa  description du processus visant le développement de cet appareil de  symbolisation, Roussillon veut ainsi ajouter la dimension qualitative, à  la dimension quantitative, qui lui semble avoir déjà été décrite par  Freud, puis entre autres par les travaux de Benno Rosenberg, avec ses  travaux sur le masochisme comme gardien de la vie.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Comment  donc advient la symbolisation ? Quelles en sont les conditions ou  pré-conditions, avant même la possibilité de pouvoir faire intervenir ce  que l’on peut rassembler sous le nom de tiercité, fonction tierce,  fonction paternelle, etc. ? C’est l’axe principal de la réflexion que  propose ici Roussillon, qui prend également son origine dans certaines  élaborations de Winnicott que l’on verra plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons retenir de cette réflexion deux axes :</p>
<p style="text-align: justify;">-           Le détruit/trouvé de l’Objet (en lien donc avec l’élaboration de  Winnicott) et les « pré-conditions » de ce détruit/trouvé.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Le transfert de l’Objet vers d’autres objets</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">S’étayer sur l’objet ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Freud, en effet, avait ouvert un champ de questions avec ce que l’on nomme <em>la théorie de l’étayage</em>.  Roussillon reprend donc les avancées des kleiniens, et plus précisément  celles de Bion et surtout Winnicott, pour affiner cette première étape  théorique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  il conteste ce que peut induire le mot « étayage ». En effet, ce mot  induirait selon lui la possibilité que la mise en place de l’activité  représentative chez un sujet soit en quelque sorte issue d’un programme  de développement, qui inclurait l’environnement certes, mais uniquement à  une place de <em>soutien</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon  expose alors l’endroit de la théorie qu’il vise dans cet article, à  savoir : en quoi le sujet en voie d’advenir nécessite la mise en place  de son appareil de symbolisation, et en quoi cet appareil de  symbolisation nécessite un apport de l’environnement, plus précisément,  un apport de l’objet primaire, de l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon, c’est donc cet apport qu’il faut être à même de mieux  caractériser si l’on veut comprendre la genèse de l’appareil de  symbolisation. D’autre part, il lui semble possible de poser une  première hypothèse sur la nature de cet apport : ce serait un rapport  entre le futur sujet et son objet primaire <em>transféré</em> progressivement dans le rapport que le sujet entretiendra cette fois avec sa propre activité de symbolisation.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans  cette perspective, la psychose étant une structure où le fonctionnement  de l’appareil de symbolisation ( le « pensoir » selon Bion) est  généralement le plus atteint, « les différents modes de fonctionnement  psychique présentent des modes de rapport à la symbolisation, à ses  appareils et à ses fonctions qui sont différents et spécifiques »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn7">[7]</a>,  que ce soit au niveau de la symbolisation secondaire (langage),  primaire (représentations de choses), ou encore dans le fonctionnement  onirique.</p>
<p style="text-align: justify;">En  effet, le transfert dans la psychanalyse concerne, pour Roussillon (dans  la lignée d’André Green également), aussi bien, l’analyste, que la  situation (la notion de « site analytique &#8211; situation analysante » de  Jean-Luc Donnet par exemple), qui comprend quant à elle en premier lieu,  l’appareil de langage.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  l’auteur, c’est donc en s’appuyant, dans le cadre d’une psychanalyse,  sur ce transfert du sujet sur la situation analytique et ses appareils  de symbolisation (au premier rang desquels, comme on l’a dit, on  retrouvera donc le langage, mais aussi chez les enfants, le jeu) que  l’on pourra effectuer une sorte de reconstruction, théorique et  clinique, de la mise en place du rapport primitif du sujet à ses propres  appareils de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette  mise en place est donc censée avoir déjà eu lieu, via un premier  transfert, effectué préalablement dans son histoire et préhistoire, du  rapport du sujet avec son objet primaire vers ses objets oedipiens, et  enfin vers ses premiers appareils de symbolisation.  Selon Roussillon,  la situation analytique, et son principe de régression/transfert, va  ainsi permettre d’en savoir un peu plus sur certaines étapes du  développement du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="../wp-content/uploads/2011/10/Transfert-symbolisation.jpg"><img title="Transfert des rapports du sujet à l'Objet" src="../wp-content/uploads/2011/10/Transfert-symbolisation.jpg" alt="" width="580" height="120" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans  une perspective développementale, il existe en effet plusieurs  formulations théoriques pour décrire des modes de fonctionnement  sujet-objet qui ont pu être nécessaires au développement de l’individu.  Le point commun de ces modes de relations du sujet avec ses objets  premiers pourrait être le fait qu’ils sont censés écarter une  confrontation trop directe avec ces mêmes objets, une confrontation qui  pourrait être, pour le sujet désorganisante. Ces modes relationnels  primaires vont alors finir par constituer ce que Philippe Jeammet  appellent « des acquis » quant à la structuration du sujet<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn8">[8]</a>.  Selon cet auteur qui a travaillé le champ de l’adolescence, les modes  d’identification qui vont pouvoir se mettre en place comme autant de  solutions pour l’adolescent, vont dépendre de ces « acquis ». Autrement  dit, des relations antérieures sécurisantes que le sujet a pu avoir avec  ses objets primaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces  « acquis », ces relations objectales fondamentales, ont été décrites  dans un premier temps par Freud sous les termes d’activité d’étayage du  nourrisson par la mère (encore que la notion d’étayage fait débat et  renverrait chez Freud à un développement psychosexuel plutôt  solipsiste), ou, de façon originale, par Winnicott, avec l’aire  transitionnelle où l’enfant a pu faire usage de l’objet sans qu’il lui  reconnaisse une existence propre, se construisant la capacité illusoire  de créer cet objet au moment où il en a eu besoin. Ce fonctionnement  omnipotent transitoire, mais nécessaire, aboutira selon Winnicott à ce  qu’il a appelé « la capacité à être seul en présence de la mère »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn9">[9]</a>, où l’Objet change cette fois de statut, il constitue une sorte de cadre pour l’enfant.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn10">[10]</a> Nous reviendrons sur cela plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir à Roussillon, l’objectif de cet article est de mieux dégager les aspects de cette <em>fonction symbolisante des différents objets</em> qui interviennent comme on l’a vu à différentes périodes, c’est-à-dire  finalement, d’être en mesure de mieux décrire d’une part ce premier  transfert des rapports sujet-Objet, au cœur du procès du sujet selon  lui. Puis dans un second temps, de pouvoir penser la place et le  positionnement de l’analyste avec certains patients, afin d’accompagner  ou de relancer la dynamique de construction et de transfert des rapports  sujet-appareils de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">La question de la fonction symbolisante proprement dite</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon, il lui semble que jusqu’à présent, seules deux conditions ou  pré-conditions à la mise en place d’appareils de symbolisation, ont été  abordées dans la théorie, et qu’elles visent plutôt les  objets  oedipiens :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      <span style="text-decoration: underline;">Une condition économique</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">« La première a trait à la <em>fonction pare-excitante</em> ou pare-quantité de l’environnement »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Classiquement,  après Freud, le traumatisme surgit lorsque l’excitation déborde les  possibilités de liaison ou de décharge de l’appareil psychique de  l’infans. Il est donc nécessaire que la quantité d’excitation à lier  reste dans les capacités du sujet, pour que « le passage de  l’hallucination-perceptive à la simple représentation de chose » soit  possible.</p>
<p style="text-align: justify;">En  effet, l’excitation induite principalement par l’absence de l’objet  entraîne la nécessité chez le sujet d’user de la représentation (de la  chose hallucinée) pour s’assurer une certaine continuité psychique. Cela  est possible, mais dans une certaine limite de temps. On pourrait  ajouter que la trop grande présence de l’objet peut induire également  une excitation pénible pour le sujet, mais qu’il lui sera peut-être plus  difficile d’user du même recours.</p>
<p style="text-align: justify;">2)      <span style="text-decoration: underline;">Une condition qualitative</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Celle-ci est toujours en lien avec l’appareil de protection (le <em>Reizschultz </em>freudien traduit  par « protection contre l’excitation » par Laplanche et Pontalis, et  qui fut introduit par Freud dans « Au-delà du principe de plaisir » en  1920 et utilisé dans « Note sur le bloc magique » de 1925 mais aussi  « Inhibition, symptôme et angoisse » de 1926<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn12">[12]</a>) contre les excitations externes, mais cette fois, c’est le repérage de la manière dont ce <em>Reizschultz</em> est mis en œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  Roussillon relie cependant cet aspect qualitatif de la fonction  pare-excitante à la triangulation oedipienne (« l’attracteur  oedipien »). Les prémices de celle-ci ayant été conceptualisée par  différents auteurs (Il cite « La censure de l’amante » chez Michel  Fain ; « la menace de castration » chez Freud ; on ajoutera quant à nous  Lacan et la place du phallus dans le triangle enfant-mère-phallus, dans  son séminaire <em>La relation d’objet </em>).<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est  vrai que le pare-excitations chez Freud était à l’origine issu d’un  modèle psychophysiologique, et semblait plutôt appartenir au sujet  lui-même, c’est-à-dire que ce pare-excitation n’était pas spécialement  relié à une caractéristique de l’objet primaire ou à une éventuelle  fonction symbolisante de ce dernier. Dans les modèles actuels, le  pare-excitation semble donc s’être transféré du sujet vers l’écart, vers  le rapport entre ce sujet et son objet primaire, son Autre primordial.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous  ces repères, que l’on ne fait que rappeler rapidement, fournissant « la  matrice de la fonction symbolisante des objets oedipiens » ne semblent  pas suffisants pour Roussillon pour aborder une certaine clinique,  précisément, celle qu’il a nommé « les souffrances  identitaires-narcissiques ». Ou autrement dit, une fois que la fonction  de cette Tiercité, ce cadre oedipien, est posée comme condition générale  de la symbolisation, il n’en reste pas moins la tâche au  clinicien-théoricien de décrire plus finement comment ce cadre est  « subjectivé », autrement dit comment le sujet s’approprie cette  condition générale.</p>
<p style="text-align: justify;">A  ces premières conditions de mise en place de la fonction symbolisante,  Roussillon accroche alors la notion de « fonction contenante maternelle  ou parentale », ou encore celle de « rêverie maternelle » chez Bion. Ces  auteurs ont en effet décrit certaines caractéristiques du côté de  l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces différentes notions ou références renvoient donc cette fois à <em>une modalité de présence réflexive de l’objet</em>,  censée être en mesure d’accueillir, de transformer, et finalement de  lier l’excitation en provenance du sujet, dans le but de lui permettre  de déployer ses propres capacités représentatives.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais,  cette « rêverie maternelle » reste pour Roussillon, une « vraie »  rêverie des analystes qui se contenteraient de prendre une métaphore,  certes heuristique, pour une vraie description. « L’abstraction des  formulations de W. Bion concernant la transformation des éléments bêta  en fonction alpha, a paradoxalement elle aussi pris une valeur  métaphorique dans l’échange interanalytique. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Winnicott contre Bion</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Devant  les problèmes posés par « la rêverie maternelle », Roussillon fait alors  appel à Winnicott pour souligner deux problèmes permettant d’introduire  une discussion plus fine avec ce dernier.</p>
<p style="text-align: justify;">1)       Comment s’effectue le passage, le transfert des fonctions assurées tout  d’abord par la mère ou son substitut, vers le futur sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">En  somme, comment le sujet en vient à assumer lui-même la fonction  maternelle, ou la rêverie maternelle ? Est-ce « simplement » par  identification ? Cela paraît en effet difficile. Roussillon souligne  justement que nous sommes en-deçà d’une possible identification de ce  type, que l’identification qui est convoquée généralement pour expliquer  ce transfert fait partie du problème lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">2)       Le second problème peut être décrit à partir de la situation analytique  en tant que l’analyste peut être un objet à la fois pris dans le  narcissisme du sujet, c’est-à-dire imaginairement identique pour le  sujet, et un objet gardant une part d’altérité, car il reste un Autre  sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon c’est « le problème de l’articulation de deux faces de la  fonction symbolisante des objets. Ils sont à la fois – c’est la  difficulté que je notais plus haut concernant l’Œdipe – objet à  symboliser, dans leur différence, leur altérité, leur manque, et objets  « pour » symboliser. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que  Roussillon veut avancer, c’est que cette clinique des « souffrances  identitaires-narcissiques » lui semble mettre en avant le fait que si la  triangulation n’existe pas (et même si elle finit par exister mais que  l’on se place dans le temps précédent sa mise en place, celui d’un face à  face avec l’objet) il reste à tenter de saisir <em>comment le sujet en vient à symboliser l’altérité de cet objet, en s’appuyant sur ce même objet</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet  « pour » symboliser désignant ainsi « l’objet en tant que celui-ci se  prête au jeu de la symbolisation du sujet, en tant qu’il accepte  d’effacer ou d’atténuer le rappel de son altérité pour permettre  celle-ci. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn16">[16]</a> Cet aspect de l’objet sera alors à articuler avec la notion  d’utilisation de l’objet chez Winnicott que l’on va détailler plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est  à ce point que l’on peut faire un petit parallèle avec Lacan.  Roussillon transforme l’Objet, ou plutôt la rencontre avec l’altérité de  l’Objet, en ce qu’il appelle un « autre-sujet ». Car en effet, cette  part d’inconnu chez l’Objet qui résiste au futur sujet provient du fait  que cet Objet est également lui-même un sujet, et non pas simplement un  objet. Il me semble que c’est précisément un des aspects du grand Autre  chez Lacan (la part d’altérité absolue), que l’on peut retrouver  notamment dans ses développements lors du séminaire sur <em>La relation d’objet.</em> Que veut ce sujet, que me veut-il. Pourquoi ces allées et venues ? etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre  point qui me paraît intéressant. Lacan essaie de bien distinguer la  privation, la frustration la castration dans leurs rapports aux  dimensions symbolique, imaginaire et réel. (Vous pouvez lire mes notes  ici : <a title="Lien permanent : Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)" href="../?p=623" target="_blank">Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)</a> ) S’il tente de mieux faire sentir ce qu’est la frustration, comme  plaque tournante par rapport à l’entrée dans le symbolique, comme moment  essentiel et fugitif, mais surtout particulièrement dépendant de la  réponse que l’Autre va apporter à la demande du sujet<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn17">[17]</a>, c’est également pour essayer de saisir, il me semble, <em>la place et la qualité de présence de l’Autre</em>,  au sein du procès du sujet, autrement dit au sein des processus visant  la construction des appareils de symbolisation de ce futur sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans  ses développements, Lacan place comme objet fondamental, l’objet  phallique. Mais ce n’est pas pour rien qu’il est lui aussi en dialogue  avec Winnicott dans ce séminaire, qui est un séminaire portant  finalement sur la fonction maternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon tente donc de dégager, dans ce dialogue avec Winnicott, <em>les modalités de présence de cet Autre</em> dans le rapport que ce dernier peut entretenir avec le futur sujet. Il  essaie d’articuler ces modalités avec leurs conséquences sur les  possibilités de symbolisation du côté du sujet. Tout comme Lacan essaie  de cerner comment la mère peut introduire son enfant à l’ordre  symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  Roussillon adopte quant à lui la perspective de Winnicott ainsi que son  vocabulaire. A savoir que Roussillon distingue ce qu’il nomme « le  rapport à l’objet » de l’expression « la relation d’objet », afin  d’introduire la notion winnicottienne « d’utilisation de l’objet ».  Ainsi « le rapport à l’objet concerne la dialectique qui s’établit entre  la relation à l’objet et l’utilisation de l’objet. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La  notion « d’utilisation de l’objet » chez Winnicott désignera alors pour  Roussillon ce que l’on a décrit de l’objet « pour » symboliser, à savoir  les modalités de présence de l’objet permettant au futur sujet de  mettre en place une relation d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Le  processus qui mène de l’usage d’un objet à la relation d’objet est  décrit par Winnicott à l’aide de  « la destruction de l’objet », en lien  avec les phénomènes transitionnels.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous  nous pencherons donc la prochaine fois sur Winnicott et l’article  « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ », afin de rappeler quelques éléments  sur le modèle qu’il propose de l’accès à la réalité par le sujet. Car  c’est un problème concomitant à celui de la constitution de l’Objet et  des appareils de symbolisation du sujet. Puis nous reviendrons à  Roussillon dans un second temps.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref1">[1]</a> RFP 1997, vol. 61, n<sup>o</sup> 2.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref2">[2]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref3">[3]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.9</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref4">[4]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.169</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref5">[5]</a> « […] la symbolisation ne va pas de soi, [qu’] elle est le fruit d’un <em>travail interne</em> qui requiert plus que la simple retenue de la décharge […] », René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.169</p>
<p style="text-align: justify;">Lire à ce sujet, Benno Rosenberg et Claude Le Guen, <em>Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie</em>, PUF, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref6">[6]</a> « Les caractéristiques du rapport primaire à l’objet tendent à se  transférer dans le rapport du sujet à l’activité de symbolisation et à  la ‘reconnaissance’ symbolique qu’il pourrait en attendre. », p.170</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref7">[7]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.171</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref8">[8]</a> Philippe Jeammet, « Les enjeux des identifications à l’adolescence », in <em>Psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent</em>, sous la direction de Claudine Geissmann et Didier Houzel, Bayard, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref9">[9]</a> D.W. Winnicott, « La capacité d’être seul », 1958, in <em>De la pédiatrie à la psychanalyse</em>, Payot,1969.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref10">[10]</a> Vous trouverez quelque chose de plus développé ici : <a href="../?p=62">Narcissisme et adolescence – première partie</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref11">[11]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.172</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref12">[12]</a> Il semble que Freud ait postulé dès 1895 l’existence d’appareils  protecteurs à l’endroit des excitations externes. Cette nécessité  d’appareils protecteurs serait à relier à l’importance posée du principe  d’inertie du système neuronique.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref13">[13]</a> « Le pare-excitation par excellence est le fruit de la tiercité qui  fonde le caractère organisateur de la double différence, des sexes, des  générations. », René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.173</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref14">[14]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 173.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref15">[15]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 174</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref16">[16]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.175</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref17">[17]</a> Lacan, <em>La relation d’objet</em>, p. 100 et 101</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref18">[18]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 175</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://vincent-le-corre.fr/?feed=rss2&#038;p=876</wfw:commentRss>
		<slash:comments>4</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET &#8211; Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=623</link>
		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=623#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 30 May 2011 16:14:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[castration]]></category>
		<category><![CDATA[frustration]]></category>
		<category><![CDATA[Lacan]]></category>
		<category><![CDATA[Objets transitionnels et phénomènes transitionnels]]></category>
		<category><![CDATA[phallus]]></category>
		<category><![CDATA[privation]]></category>
		<category><![CDATA[relation d'objet]]></category>
		<category><![CDATA[Winnicott]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://vincent-le-corre.fr/?p=623</guid>
		<description><![CDATA[Des notes sur cette seconde séance en date du 28 novembre 1956 … où Lacan critique toujours la notion d’objet satisfaisant. A la suite de la dernière séance du séminaire de l'année précédente, il y replace l'objet phallique, et introduit les fameux termes de frustration, privation et castration en lien avec sa triade imaginaire, symbolique et réel.
Paris, le 30/05/2011.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Paris, le 30/05/2011</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan continue sa critique alors le livre collectif<a href="#_ftn1">[1]</a>, <em>La psychanalyse d&#8217;aujourd&#8217;hui</em>, et plus particulièrement l’article de Maurice Bouvet, « La clinique psychanalytique ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>De l’objet génital, à la femme et la sexualité féminine…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En effet, Lacan introduit la seconde séance à partir de la notion d’objet génital, qui n’est juste selon lui que le mot technique pour… la femme. Et c&#8217;est pourquoi l&#8217;on peut dire que dans ce séminaire, Lacan commence à élaborer une théorie de la mère en tant que femme ayant une sexualité au sein de laquelle un enfant, comme objet, peut venir prendre place.</p>
<p style="text-align: justify;">Contre cette idée d’objet idéal dont il parlait dans la première séance, un objet pleinement satisfaisant, Lacan rappelle l’insistance de Freud (mais fait aussi appel à l’expérience de tout un chacun) sur le fait que « l’idée d’un objet harmonique, achevant de par sa nature la relation sujet-objet, est parfaitement contredite par l’expérience – je ne dirai pas même l’expérience analytique, mais l’expérience commune des rapports de l’homme et de la femme. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Donc en prenant l’exemple de cet objet génital, en l’occurrence la femme, Lacan veut montrer que là, encore plus qu’ailleurs, l’objet n’est jamais pleinement satisfaisant. Les relations entre les hommes et les femmes le démontrent suffisamment : si leurs rapports pouvaient être harmonieux, les analystes auraient sûrement moins de travail…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p>Il rappelle donc les trois thèmes autour de l’objet déjà proposés dans la première séance :</p>
<p style="text-align: justify;">1- « L’objet se présente d’abord dans une quête de l’objet perdu. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">2- le rapport de l’objet chez Freud qui est lien avec la question de la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">3- La réciprocité imaginaire des relations sujet-objet. « […] à savoir que, dans toute relation du sujet avec l’objet, la place du terme en rapport est simultanément occupée par le sujet. Ainsi l’identification à l’objet est-elle au fond de toute relation à celui-ci. »<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">A propos de ce dernier point, Lacan critique l’infléchissement de la technique qui lui semble à l’œuvre à l’époque du séminaire. Ce qu’il appelle l’« impérialisme de l’identification », et qui désigne la promotion de l’identification au moi de l’analyste, au travers notamment de l’exemple de la névrose obsessionnelle traité par Maurice Bouvet. Ce dernier a effectivement beaucoup travaillé sur la névrose obsessionnelle. Il a écrit par exemple « le Moi dans la névrose obsessionnelle – Relations d’objet et mécanismes de défense »<a href="#_ftn5">[5]</a>, ou encore « Importance de la prise de conscience de l&#8217;envie du pénis dans la névrose obsessionnelle féminine »<a href="#_ftn6">[6]</a>. Il faut également savoir que Bouvet est le président de la SPP en 1956, et il représente ainsi le théoricien le plus en vue à l’époque. Donc Lacan va le prendre comme cible.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet « impérialisme de l’identification » découle donc de la prise en compte des liens que Freud décrit entre le moi et l’objet (des liens qui, au fond, sont de l’ordre de l’identification) et de cette description du sujet en termes de Moi fort et Moi faible. Ce qui en résulte, c’est que l’analyste offre son Moi en modèle au Moi du patient pour aider ce dernier à se réadapter à la réalité, puisqu’il est entendu que l’analyste est forcément mieux adapté, lui qui aurait liquidé tous ses symptômes, et qui n’aurait besoin d’aucune identification…</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que Lacan ne caricature pas spécialement, on peut lire par exemple dans « l’introduction à l’œuvre de Maurice Bouvet » écrite par Michel de M’Uzan :</p>
<p style="text-align: justify;">« C’est ainsi que Maurice Bouvet a été pour ses élèves ce que le psychanalyste devait être, selon lui, pour tout analysé guéri : une figure d’identification censée n’avoir elle-même aucun besoin d’identification. »<a href="#_ftn7">[7]</a></p>
<p style="text-align: justify;">A ce propos, on peut faire le lien avec la critique que développe Christian Hoffmann sur les thérapies cognitive et comportementale, notamment au sujet de la question des phobies. Dans son article « <a href="http://www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2007-2-page-36.htm">La phobie des TCC</a> »<a href="#_ftn8">[8]</a>, il écrit que le thérapeute s’offre finalement comme « Moi orthopédique », donc comme objet d’identification, au moi vacillant du phobique.</p>
<p style="text-align: justify;">Je le cite :</p>
<p style="text-align: justify;">« Pour le phobique de l’espace, et du regard, il se produit, ce que C. Melman décrit bien comme une dissolution du fantasme avec sa conséquence qui est l’évanouissement du sujet. Cette dissolution de l’imaginaire, qui est celle du moi avec ses coordonnées de l’image du corps, provoque la paralysie du sujet. Le sujet en chute libre ne peut que rechercher un semblable pour s’en servir comme d’un &laquo;&nbsp;Moi&nbsp;&raquo; qui lui permettra de se stabiliser à nouveau dans l’espace et retrouver ainsi le mouvement. Nous repérons là très précisément l’usage orthopédique d’un Moi de secours, qu’on appelle classiquement l’objet contraphobique. Cet usage est une solution structurale temporaire de la phobie. Le thérapeute TCC vient proposer ses bons soins en s’offrant comme Moi orthopédique par contrat avec le moi du sujet phobique. Ce qui nous fait connaître maintenant l’effet produit par ses thérapies et leur ressort. »</p>
<p style="text-align: justify;">J’interprète pour ma part la fin du très beau film, sur la puberté comme passage vers l’adolescence, qu’est <em>Morse</em>. Le vampire joue, il me semble, le rôle d’un objet fétiche pour le héros du film. Lire à ce sujet : <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=4">Morsure et Castration</a>. Mais peut-être est-il possible d’en faire un objet contraphobique ?&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir au séminaire, au sujet de la clinique de l’obsessionnel, Lacan met l’accent sur des points qu’il me semble qu’on ne rencontre pas dans ce que peuvent dire ses contemporains. Il dresse ainsi le portrait de l’obsessionnel en acteur, jouant son propre rôle, mais aussi spectateur. L’analyste est alors mis en place de ce grand Autre, également spectateur. Un obsessionnel qui cherche à tuer son propre désir, et à poser « un certain nombre d’actes comme s’il était mort »<a href="#_ftn9">[9]</a> ce qui lui permet de se sentir invulnérable.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que Lacan veut avancer, c’est que rester sur le plan de la relation duelle pour essayer d’expliquer ce qui se passe dans l’analyse d’un obsessionnel mène encore une fois à des impasses. En l’occurrence, pour Lacan, les fantasmes d’incorporation phallique que décrit Bouvet, lui apparaissent se situer sur le plan de l’imaginaire. Et il critique le fait que si la théorie ne dégage pas cette dimension clairement, alors la pratique finit par prendre pour réel quelque chose qui en fait se situe sur un autre plan.</p>
<p style="text-align: justify;">« A prendre la relation duelle pour réelle, une pratique ne peut pas échapper aux lois de l’imaginaire, et l’aboutissement de cette relation d’objet, c’est le fantasme d’incorporation phallique. »<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">A partir de cette histoire de phallus imaginaire à intérioriser, Lacan va mettre au centre de cette seconde séance, <em>la place du phallus</em>, qui lui semble être nécessaire dans toute théorie de la relation d’objet, et plus largement dans la théorie psychanalytique. C’est un élément tiers qui doit apparaître dans la description de la relation d’objet. Il avait déjà commencé à parler de cet objet qu’est le phallus, l’année précédente, à la dernière séance de son séminaire sur les psychoses, le 04 juillet 1956.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ici, Lacan nous indique que la place du phallus, est celle d’un objet imaginaire et celle d’un objet tiers, d’un objet médiateur. « La notion de la relation d’objet est impossible à comprendre, et même à exercer, si l’on n’y met pas le phallus comme un élément, je ne dis pas médiateur, car ce serait faire un pas que nous n’avons pas encore fait ensemble, mais tiers. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p><strong>Le phallus et le météore </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on relit la dernière séance du séminaire précédent, <em>Les psychoses<a href="#_ftn12"><strong>[12]</strong></a></em>, qui est une conclusion de son séminaire de l’année 1955-1956.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y parle déjà des théories de la relation d’objet. « Par hypothèse, chaque fois qu’on a affaire à un trouble considéré dans sa globalité come immature, on se rapporte à une série développementale linéaire dérivant de l’immaturation de la relation d’objet. »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Lacan, l’objet phallique est donc central dans la psychanalyse, par rapport au complexe d’Œdipe, et par conséquent par rapport à la castration. A partir de son résumé de sa lecture de l’écrit de Freud sur le président Schreber, Lacan replace le concept pivot autour duquel Freud développe sa théorie sur le délire de Schreber, à savoir la castration. Car c’est à partir de la castration, de son importance pour Freud, que Lacan introduit l’importance qu’a pour lui l’objet phallique.<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, d’une certaine façon, lorsque Freud parle de castration, et il en parle souvent, Lacan parle d’objet phallique, du phallus. La castration freudienne est à articuler avec le phallus lacanien (« la perte de l’objet phallique »). Chez Freud, la référence au phallus est plutôt implicite, et pas toujours si évidente (que ne le dit Lacan par exemple) à distinguer de son support matériel qu’est le pénis. Lacan, lui, insiste sur cet objet, le phallus, pour premièrement et évidemment, le distinguer du pénis, dans le fait qu’il est tout aussi important chez l’homme que chez la femme. Il faut se reporter au texte de Freud, « L’organisation génitale infantile », écrit en 1923, pour venir compléter ses trois essais sur la théorie de la sexualité. C’est là où Freud affirme « Il n’existe donc pas un primat génital, mais un primat du phallus. »</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette dernière séance du 4 juillet 1956, Lacan commence donc déjà sa critique des théories de la relation d’objet en tant que, selon lui, elles conçoivent un sujet « conçu comme né dans la seule relation de l’enfant à la mère, avant toute constitution d’une situation triangulaire »<a href="#_ftn15">[15]</a>, et que dans cette perspective, « l’appareil du symbole est tellement absent des catégories mentales du psychanalystes d’aujourd’hui que c’est uniquement par l’intermédiaire d’un fantasme que peuvent être conçues de telles relations. »<a href="#_ftn16">[16]</a> Lacan entend par là critiquer une théorie et une pratique qui se centreraient ainsi uniquement sur « l’économie imaginaire du fantasme ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il introduit ainsi dans cette séance le « triangle père-mère-enfant », « un triangle (père)-phallus-mère-enfant ». « Où est le père là-dedans ? Il est dans l’anneau qui fait tenir tout ensemble. »<a href="#_ftn17">[17]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Même si Lacan est d’emblée assez ironique sur le fait que l’avenir du complexe d’Œdipe sera chahuté, cet objet phallique, il l’articule avec le père, dont il en fait surtout une fonction, qui va venir comme on dit, médiatiser la relation entre la mère et l’enfant. Cette fonction, qui est d’une certaine façon à entendre comme une fonction mathématique, car il faut la rapporter à une structure. « Nous ne sommes pas là pour développer toutes les faces de cette fonction de père, mais je vous en fais remarquer une des plus frappantes, qui est l’introduction d’un ordre, d’un ordre mathématique, dont la structure est différente de l’ordre naturel. »<a href="#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Au final, il faut comprendre que le phallus n’est pas le pénis qui est attribué par l’enfant à sa mère, mais que si le père peut venir jouer un rôle dans la relation mère-enfant, c’est grâce à cet objet qu’est le phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Et on peut dire que cet objet dont Lacan dit qu’il est d’une certaine manière imaginaire, et bien il appartient tout autant à l’ordre symbolique, à la structure d’ensemble. Paradoxe ? Moustapha Safouan, dans son livre <em>Lacaniana</em>, souligne que Lacan ne précise pas s&#8217;il s&#8217;agit &laquo;&nbsp;du même imaginaire que celui qui est en jeu dans la relation avec le semblable, l&#8217;imaginaire spéculaire&nbsp;&raquo; (p. 61). Intéressante question. Il se pourrait ainsi que l&#8217;imaginaire dégagée par la notion de phallus soit d&#8217;un ordre différent que celui dégagé par la relation au miroir. Pour Safouan, c&#8217;est une distinction importante, car &laquo;&nbsp;La difficulté qu&#8217;aura Lacan à frayer son chemin sera d&#8217;autant plus grande que la question [celle d'un imaginaire distinct] n&#8217;est pas formulée. Celle que le lecteur aura à le suivre ne le sera pas moins.&nbsp;&raquo; (p. 61).</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi le phallus tient-il de l’ordre symbolique, parce que le principal avec cet objet, c’est qu’il puisse manquer ou pas, c’est à dire, si quelque chose de réel (l’organe sexuel mâle en l’occurrence) peut manquer, c’est qu’il est aussi un objet symbolique, Lacan dit donc pour désigner ce fait un élément signifiant.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui me semble donc important dans cette histoire de phallus au sein de la relation entre la mère et l’enfant, c’est la possibilité de décrire autrement les relations mère-enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut ainsi sortir d’une relation d’amour inconditionnel comme la décrivent les Balint par exemple. L’amour de la mère est intéressé par quelque chose, et ce quelque chose, c’est bien la splendeur phallique de son enfant qui vient à la place de son propre manque.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce que Lacan va montrer avec les distinctions qu’il va faire entre les trois mères un peu plus loin dans son séminaire. Il montrera que la mère manque elle aussi de quelque chose, et du phallus en particulier. « Si la femme trouve dans l’enfant une satisfaction, c’est très précisément pour autant qu’elle trouve en lui quelque chose qui calme en elle, plus ou moins bien, son besoin de phallus, qui le sature. »<a href="#_ftn19">[19]</a> Pour continuer sur le sujet de ces amours inconditionnés, j’ai trouvé cette idée dans un article de Darian Leader intitulé « <a href="http://www.cairn.info/revue-savoirs-et-cliniques-2002-1-page-43.htm">Sur l’ambivalence maternelle</a> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Je l’ai trouvé intéressant car il faisait le parallèle entre cette idée d’harmonie entre mère et enfant que l’on retrouve dans certains courants de la psychanalyse, comme je l’ai présenté avec les Balint par exemple, et certains concepts que l’on trouve dans la psychologie du développement qui travaille sur les interactions précoces, chez Daniel Stern par exemple dans son livre <em>le monde interpersonnel du nourrisson. </em>Avec Daniel Stern, et d’autres auteurs, on parle ainsi <strong>d’harmonisation affective</strong>, <strong>« d’accordage affectif »</strong> (Celui-ci atteint son développement vers neuf mois, pour désigner une expérience subjective où « le partenaire reproduit la qualité des états affectifs de l’autre sur un autre canal sensori-moteur. »), ou encore de <strong>réciprocité</strong>, permettant aux deux partenaires de partager leurs expériences émotionnelles sur un mode qui serait ajusté, c’est à dire où les réponses de l’un à l’autre partenaire ne serait pas trop en décalage.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour revenir sur la seconde séance du 28 novembre 1956. Lacan fait donc deux critiques :</p>
<p style="text-align: justify;">1-      Pour lui, la relation d’objet, dont le paradigme est la dyade mère-enfant, la relation duelle, décrite par les auteurs qu’il commente, se situe sur le plan de l’imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">2-      Leur confusion semble être déterminée selon Lacan par le fait qu’ils oublient que cet élément essentiel de la relation analytique, à savoir ce phallus, doit être placé sur le même plan que la relation mère-enfant, et doit donc être décrit comme imaginaire et non comme réel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui revient au final à décrire une relation à trois termes et non plus seulement deux. C’est le schéma Phallus-Enfant-Mère, de <strong>la triade imaginaire</strong>, le schéma inaugural de ce début d’année.</p>
<p style="text-align: justify;">« Toute l’ambiguïté de la question soulevée autour de l’objet et de son maniement dans l’analyse se résume à ceci – l’objet est-il ou non le réel ? »<a href="#_ftn21">[21]</a></p>
<p><strong>La question du réel</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le fil rouge de la seconde séance, c’est en effet pour Lacan, de se poser la question de savoir si l’objet dont on parle, et qu’on manipule en analyse, est réel ou pas. Et cela rejoint la question de l’usage de la notion de réalité en psychanalyse. Car il en profite pour interroger les diverses acceptions de la notion de réalité. Il n’a pas conceptualisé nettement la différence entre le terme de réalité et ce qui deviendra le réel. Mais il s’y avance.</p>
<p style="text-align: justify;">Il va alors parler du réel pour le distinguer de la référence, qui est souvent faîte dans le domaine de la psychopathologie, à la réalité matérielle du support organique de la dimension psychique. (Le terme de <em>Wirkung</em> c’est le mot allemand qui met l’accent sur l’action, l’efficacité, l’effet, la conséquence)</p>
<p style="text-align: justify;">Pour aborder cette question du réel de l’objet et de son possible accès via l’analyse, Lacan va prendre trois exemples d’usage du terme de réalité en psychanalyse, pour essayer de faire comprendre au final la différence entre le réel et l’imaginaire (avec la notion de phallus, puis avec les phénomènes transitionnels de Winnicott), et entre le réel et le symbolique (avec l’analogie d’une usine hydraulique) :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1-</strong> Concernant<strong> la différence entre le réel et l’imaginaire</strong>, il continue de prendre tout d’abord comme illustration le phallus, et notamment les débats qui ont eu lieu dans la communauté analytique à propos de la distinction pénis/phallus.</p>
<p style="text-align: justify;">Il rappelle les débats qui eurent lieu dans les années « vingt ». Vous trouverez l’histoire de ces débats dans un article très éclairant écrit par Fabienne Guillen, « La querelle du phallus »<a href="#_ftn22">[22]</a>. Et toujours dans cette même revue <em>Psychanalyse</em>, trois articles justement sur cette notion, à la fois chez Freud, puis chez Lacan, : « Phallus et fonction phallique »<a href="#_ftn23">[23]</a> et « Phallus et fonction phallique chez Lacan ».</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le phallus, selon Lacan, Freud faisait bien la différence. Ainsi cette notion de phallus « implique d’elle-même le dégagement de la catégorie de l’imaginaire »<a href="#_ftn24">[24]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir de cette question des rapports de l’objet et du réel, Lacan va donc parler de ce qu’il nomme réel dans ses trois catégories. C’est en effet, à cette époque, la catégorie qu’il explicite le moins, sur laquelle il met le moins l’accent contrairement au symbolique ou à l’imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce n’est pas anodin de voir qu’il cherche toujours à le définir. Au lieu d’essayer de le définir positivement, il cherche plutôt à essayer de dire ce que le réel, pour lui, n’est pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Il précise ainsi que le réel « est à la limite de notre expérience »<a href="#_ftn25">[25]</a>, entendons, l’expérience analytique. Et qu’il est à distinguer de la réalité, plus particulièrement de la réalité matérielle, de la réalité organique.</p>
<p style="text-align: justify;">« La référence au fondement organique ne répond chez les analystes à rien d’autre qu’à une espèce de besoin de réassurance, qui les pousse à reprendre sans cesse cette antienne dans leurs textes comme on touche du bois. »<a href="#_ftn26">[26]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2-</strong> Concernant <strong>la différence entre le réel et le symbolique</strong>, il y a donc cet exemple qui est intéressant, c’est celui de l’usine hydraulique. Il le reprendra d’ailleurs à la séance d’après car on lui objectera certaines critiques entre les deux séances. Pourquoi est-il intéressant ? Parce qu’il permet de faire une analogie entre le fonctionnement cérébral qui pourrait être le fleuve, le Rhin en l’occurrence, et l’usine hydraulique, qui pourrait être l’appareil psychique. L’électricité serait la libido.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan énonce qu’on ne peut pas poser que l’énergie soit déjà-là dans le fleuve, avant la pose de l’usine. Autrement dit, on ne peut pas parler de la libido avant « la pose des concepts », que Freud nous a légués. Et qu’il ne faut donc pas confondre le flux du fleuve, ou l’énergie qui circule dans les neurones, et l’autre ordre de réalité, symbolique cette fois, qui est celui dans lequel la psychanalyse se meut, une fois d’ailleurs qu’elle a posé ses propres concepts, « son usine conceptuelle », et qu’elle peut ainsi essayer de distinguer les deux plans.</p>
<p style="text-align: justify;">A la séance d’après, par exemple, on lui fera l’objection suivante que l’ingénieur est en mesure de calculer toute l’électricité qu’il va pouvoir tirer du fleuve avant toute pose d’usine. Mais là encore, on perçoit bien qu’avant que l’ingénieur utilise ce qu’on pourrait appeler son système symbolique de calcul, il n’y a que le fleuve, et il n’y a donc pas d’énergie.</p>
<p style="text-align: justify;">D’ailleurs, peut-on se poser la question de ce qu’il y a avant ? De l’énergie que le fleuve pouvait posséder avant de pouvoir la calculer ? C’est-à-dire avant que la chose soit nommée ? C’est une question difficile.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan veut donc insister sur le fait que le terme de libido, notion rattachée à celle d’énergie, ne doit pas être confondue avec un ordre de réalité matérielle. La libido fait partie du système conceptuel utilisé par l’analyste pour saisir quelque chose de l’ordre de l’expérience analytique. En l’occurrence, la libido désigne quelque chose de l’ordre de l’imaginaire, que Freud utilise pour décrire ce qui se passe au niveau des comportements sexuels des individus, l’articulation de leurs désirs, de leurs envies, etc…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3-</strong> Le troisième exemple de <strong>l’usage de la notion de réalité</strong>, et qui finalement illustre l’accès à cette réalité, il est abordé à partir de l’article de Winnicott sur les phénomènes transitionnels, « Objets transitionnels et phénomènes transitionnels »<a href="#_ftn27">[27]</a>, que Lacan va commenter.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan veut montrer que Winnicott a remarqué qu’au sein de la théorie psychanalytique, une description utilisant la relation mère-enfant s’est substituée à une description utilisant la dialectique des deux principes (de plaisir et de réalité).</p>
<p style="text-align: justify;">Il rappelle ce que Winnicott décrit dans son article au sujet du rôle de la mère dans l’appréhension de la réalité extérieure, autrement dit, de la fonction de la mère dans la confusion chez l’enfant entre la satisfaction issue de l’hallucination et la satisfaction issue de l’objet réel. C’est une dialectique entre l’illusion et la réalité, avec la frustration comme accès à la désillusion.</p>
<p style="text-align: justify;">Le moment initial (après l’expérience originaire de satisfaction qui est à situer dans le registre du pur besoin chez l’enfant) est donc la présentation de l’objet réel, le sein, par la mère, au moment même où l’enfant est censé halluciner l’objet (c’est-à-dire, essayer de se satisfaire via le rappel de l’expérience première de satisfaction).</p>
<p style="text-align: justify;">L’étape d’après étant le désillusionnement opéré par la mère sur son enfant, à l’aide de petites touches de frustration, pour que l’enfant finisse par saisir la différence entre la réalité et l’illusion.</p>
<p style="text-align: justify;">« Le principe du plaisir, nous l’avons identifié avec une certaine relation d’objet, à savoir la relation au sein maternel, tandis que le principe de réalité, nous l’avons identifié avec le fait que l’enfant doit apprendre à s’en passer. »<a href="#_ftn28">[28]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans cet exemple qu’il va parler pour la première fois de frustration. Terme qui va revenir plus tard pour introduire la fameuse distinction entre frustration, castration et privation. Lacan critique donc l’usage qui est fait de cette relation duelle mère-enfant comme espèce de matrice de toute future relation d’objet, qui permettrait alors d’expliquer tout problème futur dans le développement de l’accès à la réalité pour le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’extrême diversité des objets, tant instrumentaux que fantasmatiques, qui interviennent dans le développement du champ du désir humain, est impensable dans une telle dialectique, dès lors qu’on l’incarne en deux acteurs réels, la mère et l’enfant. »<a href="#_ftn29">[29]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan souligne que Winnicott est tout à fait génial, dans le fait d’être reparti de cette expérience que chacun peut observer, à savoir l’existence de ces objets transitionnels. Puis il va qualifier les objets transitionnels d’objets imaginaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce qui l’intéresse, c’est encore une fois de revenir à cette notion de <strong>manque de l’objet</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il lui semble que c’est la pièce manquante aux théorisations sur l’objet, comme celles qui tentent de relier les phénomènes transitionnels et le futur objet-fétiche. Car ce sur quoi il met le plus l’accent dans les trois thèmes qu’il a dégagés chez Freud concernant l’objet, c’est celui que l’on a résumé avec la formule « L’objet se présente d’abord dans une quête de l’objet perdu ». L’objet perdu renvoie à la notion de manque de l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>frustration, castration, et privation</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette notion de manque de l’objet, Lacan va donc l’aborder au travers de la distinction de trois termes, de trois significations de ce manque, qui sont issues du débat sur la nature du phallus dont on a parlé : frustration, castration, et privation.</p>
<p style="text-align: justify;">Lacan va utiliser ces trois termes, ainsi que le fait qu’il ait dit que le phallus était d’ordre imaginaire, pour clarifier ce qu’est, selon lui, la castration, et à quel niveau elle se situe. Selon la bonne méthode structurale, c’est à dire par opposition de terme à terme, il va ainsi définir trois types de manque :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La frustration</em> comme un manque imaginaire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est un « dam imaginaire »<a href="#_ftn30">[30]</a>, un dommage imaginaire, en face duquel il n’existe aucune possibilité de satisfaction. C’est le domaine par excellence de la revendication (celle de l’hystérique par exemple). Par la frustration quelque chose ne se réalise pas. Lacan critique le fait d’utiliser la frustration trop souvent pour expliquer par exemple les ratés dans le développement du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La privation </em>comme un manque réel.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En somme, la privation est quelque chose qui manque réellement, c’est une absence réelle, « un trou »<a href="#_ftn31">[31]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La castration </em>comme un manque symbolique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il rappelle que la castration est articulée par Freud à l’Œdipe. Et pour Lacan, qui a déjà commencé à « structuraliser l’Œdipe », c’est à dire à le placer dans le registre du symbolique et en faire un jeu de distribution de places à trois éléments, la castration, comme il le dit, « ne peut que se classer dans la catégorie de la dette symbolique »<a href="#_ftn32">[32]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Au final, par la castration quelque chose pourrait venir à manquer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Puis il va les articuler ces trois modalités du manque avec la nature des objets qui peuvent manquer :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La frustration</em> comme le manque imaginaire d’un objet réel.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est à dire que dans la frustration, l’objet invoqué serait toujours un objet réel, comme celui que l’enfant demande à n’en plus finir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La privation </em>comme le manque réel d’un objet symbolique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lacan explique cette nature symbolique par le fait qu’un objet peut manquer seulement à partir du moment où il est de l’ordre du symbolique. L’absence d’un objet est donc purement symbolique. Il donne l’exemple d’un livre qui manquerait dans les rayons d’une bibliothèque. « Cela veut dire que le bibliothécaire vit entièrement dans un monde symbolique. »<a href="#_ftn33">[33]</a> Le livre ne peut manquer effectivement, qu’à la condition d’avoir été identifié à sa place d’objet au sein du système de classification qu’est la bibliothèque. Cela permet enfin à Lacan d’avancer encore quelques mots sur la notion de réel.</p>
<p style="text-align: justify;">« Tout ce qui est réel est toujours et obligatoirement à sa place, même quand on le dérange. Le réel a pour propriété d&#8217;abord de porter sa place à la semelle de ses souliers, vous pouvez bouleverser tant que vous voudrez le réel, il n&#8217;en reste pas moins que nos corps seront encore à leur place, après l’ explosion d’une bombe atomique, à leur place de morceaux. L’absence de quelque chose dans le réel est purement symbolique. »<a href="#_ftn34">[34]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La castration </em>comme le manque symbolique d’un objet imaginaire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Lacan, ce ne peut être qu’un objet imaginaire, car la punition réelle qui est même parfois invoquée dans les textes de Freud, ne se produit dans les faits qu’assez rarement tout de même… Lacan a bien évidemment en tête le phallus, dont on déjà dit qu’il avait déjà bien pris soin de différencier de l’organe réel, le pénis.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, Lacan laisse entendre qu’il va parler d’un troisième terme qui sera désigné comme <em>l’agent</em>. Et que c’est ce terme qui permettra de revenir sur la triade phallus-mère-enfant. Ce sera la mère, et même la mère symbolique (mais là je dévoile un peu le suspens), qui sera l’agent de la frustration. L’agent de la privation sera défini comme le père imaginaire. Et enfin, l’agent de la castration sera le père réel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> <em>La psychanalyse d&#8217;aujourd&#8217;hui</em>, Ouvrage publié sous la direction de S. Nacht, PUF, 1956</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.25.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.26.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.26.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Maurice Bouvet, « le Moi dans la névrose obsessionnelle – Relations d’objet et mécanismes de défense », in <em>La relation d’objet</em>, PUF, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Maurice Bouvet, « Importance de la prise de conscience de l&#8217;envie du pénis dans la névrose obsessionnelle féminine », in <em>Revue française de psychanalyse, </em>tome XIV, n° 2, 1950.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Michel de M’Uzan, « Introduction à l’œuvre de Maurice Bouvet », in Maurice Bouvet, <em>La relation d’objet</em>, PUF, 2006.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Christian Hoffmann, « La phobie des TCC », in <em>Le Carnet PSY, </em>n° 115, 2007/2.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.27.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.28.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.28.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.349.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.349.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.351.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.353.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.353.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.359.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Séance du 4 juillet 1956, intitulée par J-A. Miller « Le phallus et le météore », p.360.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.70.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> Nestor Braunstein, « Le phallus comme SOS (signifiant, organe, semblant) » in <em>Depuis Freud, après Lacan – déconstruction dans la psychanalyse</em>, Erès, 2008, p. 107.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref21">[21]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.30.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref22">[22]</a> Fabienne Guillen, « La querelle du phallus », in <em>Psychanalyse</em>, n°8, 2007/1.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref23">[23]</a> Pierre Bruno, « Phallus et fonction phallique », in <em>Psychanalyse</em>, n°8, 2007/1. Et un texte en deux parties rédigé par Pierre Bruno, produit d’un groupe de travail composé de Pierre Bruno, Fabienne Guillen, Dimitris Sakellariou, Marie-Jean Sauret : « Phallus et fonction phallique chez Lacan », in <em>Psychanalyse</em>, n°10, 2007/3 et <em>Psychanalyse</em>, n°11, 2008/1.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref24">[24]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.31.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref25">[25]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.31.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref26">[26]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.32.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref27">[27]</a> Repris dans D. W. Winnicott, <em>Jeu et réalité</em>, Gallimard, 1971.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref28">[28]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.34.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref29">[29]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.35.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref30">[30]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.37.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref31">[31]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.36.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref32">[32]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.37.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref33">[33]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.38.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref34">[34]</a> Jacques Lacan, <em>La relation d’objet</em>, Seuil, 1994, p.38.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://vincent-le-corre.fr/?feed=rss2&#038;p=623</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>&#171;&#160;De l&#8217;objet à la médiation&#160;&#187;, ou le jeu vidéo comme objet médiateur au sein d&#8217;un groupe</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=518</link>
		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=518#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 19 Apr 2011 13:18:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Médiation]]></category>
		<category><![CDATA[Gimenez]]></category>
		<category><![CDATA[jeu vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[médiation thérapeutique]]></category>
		<category><![CDATA[objet médiateur]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Quélin Souligoux]]></category>
		<category><![CDATA[Winnicott]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://vincent-le-corre.fr/?p=518</guid>
		<description><![CDATA[A partir de l'article « De l'objet à la médiation » écrit par Dominique Quélin Souligoux, je tente de recueillir d’une part quelques propositions de base quant à la définition d’un objet médiateur, dans le cadre d’une situation de groupe thérapeutique. Puis j’en profite pour poser quelques questions plus précises sur l’utilisation du jeu vidéo comme objet de médiation dans ce cadre.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;"><strong>« De l&#8217;objet à la médiation »</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Dominique Quélin Souligoux, <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Article disponible ici : <a href="http://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2003-2-page-29.htm"><strong>« De l&#8217;objet à la médiation »</strong></a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2003-2-page-29.htm"><br />
</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A partir de cet article, je tente de recueillir d’une part quelques propositions de base quant à la définition d’un objet médiateur, dans le cadre d’une situation de groupe thérapeutique. Puis j’en profite pour poser quelques questions plus précises sur l’utilisation du jeu vidéo comme objet de médiation dans ce cadre.</strong></p>
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Introduction<br />
</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Guy Gimenez introduit son étude sur « les objets de relation » par le fait que « les travaux des analystes d’enfants ont ouvert un champ de recherche nouveau sur le statut de l’objet concret dans le travail clinique. »<a href="#_ftn1">[1]</a> Il cherche ainsi, dans son article à « faire le point sur les recherches menées maintenant depuis une quinzaine d’années sur le concept d’objet de relation. »<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Quélin Souligoux souligne quant à lui combien dans le champ clinique, ces dernières années, sous l&#8217;influence croissante de l&#8217;usage des médiations, il y a eu une prolifération des termes désignant l&#8217;objet qui vient en lieu et place d&#8217;occuper cette place : objet médiateur, objet intermédiaire, objet transitionnel, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous ces termes renvoient-ils à différents types d&#8217;objets, à différents contextes relationnels, à différents processus au sein de ces contextes (et si oui, sont-ils externes, ou bien internes, psychiques) ou bien encore, à différentes étapes ou différents stades au sein d&#8217;une relation qui évolue ?</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes ces questions sont précisément l&#8217;objet d’une réflexion plus générale que j&#8217;amorce ici par cet article sur l&#8217;objet que l&#8217;on utilise lorsqu&#8217;on parle de médiation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>L’objet de médiation</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La constance de toutes ces notions (objet médiateur, objet intermédiaire, objet transitionnel, mais on peut ajouter, objet transformationnel, etc.), leur trait commun, me semble être en premier lieu, la nécessité de faire apparaître le fait que « la médiation introduit une relation à trois termes »<a href="#_ftn3">[3]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de s&#8217;engager plus en avant dans une tentative pour spécifier cette relation à trois termes, il m&#8217;apparaît intéressant de rappeler qu&#8217;au-delà de l&#8217;aspect oedipien que cette relation ternaire peut raviver, on peut penser aux arguments que Lacan a avancés dans son séminaire de 1956-1957 contre les conceptions de la relation d&#8217;objet qui mettent parfois trop l&#8217;accent sur la dyade mère-enfant, oubliant selon lui le fait qu&#8217;en troisième terme, il y a toujours le Phallus. Objet énigmatique par ailleurs, et qui chez Lacan évoluera, passant du registre de l&#8217;imaginaire à celui du symbolique. Il faudrait prendre le temps de s&#8217;attarder sur cet aspect phallique, afin d&#8217;examiner si l&#8217;on ne pourrait pas mieux comprendre les usages et surtout les processus de certaines médiations en fonction précisément de cet aspect phallique que pourrait représenter ou caractériser l&#8217;objet de la médiation. Ce ne sera pas l’objet de cet écrit.</p>
<p style="text-align: justify;">Revenons pour le moment aux propos de Quélin Souligoux, et à une définition de la médiation.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut donc ajouter au fait que « la médiation introduit une relation à trois termes » une autre condition, à savoir le fait, que pour être thérapeutique, ce qui va servir de médiation (objet concret, techniques, etc.) doit pouvoir être « détourné » d&#8217;<em>un usage classique</em> (que l&#8217;on peut qualifier de <em>général</em>, dans un sens finalement proche d&#8217;universel abstrait), pour être véritablement utilisé dans <em>un contexte particulier</em>, c&#8217;est-à-dire un contexte représentant une instanciation non prévue, et imprévisible vis-à-vis de cet usage général.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, l’usage et le sens de l’objet de médiation doivent pouvoir être transformés pour pouvoir suivre des objectifs qui vont relever précisément de la situation thérapeutique concrète. C&#8217;est seulement à ce titre, que, selon l&#8217;auteur, un objet (que ce soit le jeu libre, créatif, ou bien un objet concret, ou encore culturel) sortira d&#8217;un statut de « support de communication » pour « s&#8217;inscrire dans une démarche thérapeutique, s&#8217;il est recréé dans une utilisation qui lui sera spécifique et représentative de sa dynamique propre »<a href="#_ftn4">[4]</a>. Et c&#8217;est également seulement à ce titre, qu&#8217;il pourra être nommé « objet médiateur ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’auteur rapproche dans son texte sa définition d’un objet médiateur de celle de l’objet de relation, mais sans véritablement les distinguer. Nous tenterons ailleurs de poursuivre sur les éventuelles différences et points communs entre ces deux notions, en travaillant sur l’étude de Guy Gimenez sur « les objets de relation », et sur les travaux de Marcel Thaon.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc <strong><em>une condition</em></strong> pour qu’un objet puisse devenir un objet médiateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’en est-il de <strong><em>ses</em></strong> <strong><em>fonctions</em></strong> à présent ? Nous allons simplement les lister à partir du texte :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>L’objet médiateur va permettre de déclencher      « chez chaque participant de la relation un travail de pensée »      (p.30)</li>
<li>L’objet médiateur « représente aussi l’état de      la relation à un moment donné de la rencontre » (p.30)</li>
<li>« Dans la relation psychothérapeutique,      l’objet de relation jouerait donc un rôle de relais entre la communication      consciente et la communication inconsciente ». Dans le texte, il      n’est pas clair si cette communication conscient/inconscient se fait chez      le même sujet, ou bien entre deux sujets.</li>
<li>L’objet médiateur jouerait « […] un rôle      d’articulation entre les subjectivités de deux ou plusieurs      personnes » (p.31)</li>
<li>L’objet médiateur « sert d’interprète, de      transformateur, de transmetteur, de symboliseur entre la réalité      psychique et la réalité externe » (p.34)</li>
<li>« L’objet médiateur peut aussi se situer à la      rencontre de la réalité extérieure et du monde psychique interne du sujet      puisqu’il est à la fois porteur des qualités concrètes de sa matérialité      et des qualités abstraites de la relation. » Il semble que c’est à      partir de cette dernière fonction que Marion Milner a parlé de      « médium malléable » (dans « l’inconscient et la      peinture »<a href="#_ftn5">[5]</a>).      Cette malléabilité est à articuler avec la nécessité de la malléabilité de      ce que Winnicott appelle <em>l’environnement</em>, et ce qu’il a essayé de      préciser au sujet de « l’usage de l’objet ». Plus précisément      développé dans <em>Jeu et réalité</em>,      au chapitre « L’utilisation de l’objet et le mode de relation à      l’objet au travers des identifications »). Un sillon que René Roussillon      n’a cessé par la suite de poursuivre.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">On peut résumer cela ainsi. Les « objets médiateurs » en situation groupale, semblent avoir deux grandes fonctions :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      soutenir en somme les interventions du thérapeute qui vise à créer du groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">2)      Intervenir comme &laquo;&nbsp;facilitateurs&nbsp;&raquo; des processus de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Au sein de cette dernière fonction, on pourrait distinguer trois sous-fonctions :</p>
<p style="text-align: justify;">a)      déclencher un travail de pensée chez les sujets en relation</p>
<p style="text-align: justify;">b)      représenter l’état de la relation entre les sujets</p>
<p style="text-align: justify;">c)      jouer un rôle d’interface entre les parties conscientes et inconscientes des sujets, entre la réalité psychique et la réalité extérieur pour chacun, et entre les sujets.</p>
<p style="text-align: justify;">Quélin Souligoux se réfère ainsi aux conceptions de Winnicott quant au développement de l’enfant désignées par les termes de « processus de maturation ». Et il faudrait développer le rôle de « l’illusion omnipotente », de la désillusion, et de la symbolisation chez Winicott.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>La fonction du groupe, « les effets de groupement » et la place de la médiation</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’objectif de Quélin Souligoux, en tant que thérapeute, est de travailler, par ses interventions, à « construire du groupe » à partir d’une situation collective. On peut expliciter ce que l’auteur ne fait pas directement dans son texte, à savoir qu’il distingue <em>le collectif</em>, qui ne désignerait ici finalement qu’un rassemblement d’individus, du <em>groupe</em>, ou plutôt des « effets de groupement », qui seraient, quant à eux, cette possibilité, au sein même de la situation collective, de faire entrer en jeu ce que Winnicott appelle l’environnement dans les processus de maturation.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces « effets de groupement » sont ainsi censés construire un autre espace, qui supportera à son tour, « une aire de symbolisation ». En usant des « objets médiateurs », le thérapeute vise donc à renforcer ses propres interventions en direction de certains processus qui sont à la base des transformations des agirs des enfants. En d’autres termes, leur usage a pour objectif d&#8217;essayer de renforcer les processus de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pour l’auteur, c’est donc l’institution d’un groupe qui est d’abord visé par le thérapeute. C’est « cet effet de groupement » qui va permettre que s’enclenchent, par la suite, certains processus de symbolisation de l’expérience de l’illusion omnipotente, vécue différemment ici, précisément grâce aux objets médiateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Les « objets médiateurs » semblent donc avoir deux fonctions. D’une part, ils sont là pour soutenir en somme les interventions du thérapeute qui vise à créer du groupe. D&#8217;autre part, ils interviennent en quelque sorte comme &laquo;&nbsp;facilitateurs&nbsp;&raquo; des processus de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Une question importante surgit ici, que l&#8217;auteur pose en ces termes : « Quels rapports ce jeu et cette créativité entretiennent-ils avec le processus groupal et l&#8217;objectif du groupe ? »<a href="#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Quélin Souligoux insiste sur le fait que la façon dont il pense, dans cet article, l&#8217;utilisation d&#8217;un groupe à médiation consiste à placer comme objectif premier de ce groupe, une finalité thérapeutique, et que par conséquent « la médiation ne constitue qu&#8217;une des composantes du dispositif, mais ne spécifie pas un mode d&#8217;intervention »<a href="#_ftn7">[7]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Car en effet, par contraste, on peut concevoir dans certaines situations, que l&#8217;objectif du groupe que l&#8217;on constitue sera la médiation elle-même, en tant qu&#8217;on la proposera comme déjà là. On spécifiera ainsi des règles de fonctionnement du groupe en fonction de la médiation, et éventuellement un projet pour ce groupe, mais qui sera défini en fonction de la médiation elle-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un cas, on a donc un groupe que l&#8217;on va constituer pour une médiation spécifique (un atelier théâtre par exemple), et les objectifs et moyens que l&#8217;on mettra en œuvre seront là pour favoriser l&#8217;accès des participants à la médiation proprement dite. En somme, dans ce premier cas, c&#8217;est la médiation qui est première dans le dispositif, et l&#8217;appropriation et les règles du groupe sont définies en fonction des caractéristiques de la médiation.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l&#8217;autre cas, et c’est celui que l’auteur étudiera dans son texte, la médiation n’est qu’une composante du groupe, censée favoriser et accélérée certains processus relatifs aux « effets de groupement ». Les objectifs que l’on va se fixer quant à ce groupe ne vont donc pas découler cette fois de l’emploi de telle ou telle médiation (une représentation publique à la fin d’une année d’un atelier de théâtre) ; la médiation « ne spécifie pas un mode d’intervention. Sa présence ne vient en aucun cas occulter ou affadir les phénomènes groupaux qui vont pouvoir se déployer et sur lesquels vont porter avant tout les interventions du psychothérapeute »<a href="#_ftn8">[8]</a>. Cette fois, la médiation est censée s’intégrer « simplement aux techniques psychothérapeutiques groupales d’inspiration psychanalytique »<a href="#_ftn9">[9]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p>Ainsi, si l’on choisit d’utiliser telle ou telle médiation, comme le jeu vidéo par exemple, il convient donc de se poser la question : la médiation choisie peut-elle viser à soutenir les phénomènes groupaux, ainsi que les fonctions de symbolisation qui y sont associées ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pour cette raison, il me semble, que Leroux dans son article « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique »<a href="#_ftn10">[10]</a>, souligne bien le cadre du groupe qu’il a construit et qui vise à soutenir les processus qui feront émerger ces « effets de groupement ». Nous reviendrons sur ce dernier point plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Quélin Souligoux apporte peut-être un élément de réponse lorsqu’il nous dit qu’ « une autre possibilité intermédiaire consiste à l’utiliser [la médiation] pour moduler la régression due à la mise en groupe. En effet, il existerait un danger que le groupe, par son excitation, renforce le côté pulsionnel et menace le moi des enfants. »<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette optique, la médiation est toujours mise en place en fonction des effets thérapeutiques que le groupe en lui-même est supposé avoir, et ses caractéristiques sont elles-mêmes mises au service « du sentiment d’appartenance groupal », autrement dit, elles sont censées protéger chacun des participants en s’offrant comme support imaginaire aux processus qui permettront à chacun de construire l’illusion d’être un membre d’une entité qui peut les protéger.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis, afin de nous faire saisir ce qu’il vient de développer sur les liens entre l’objet de médiation et le groupe, l’auteur nous relate une partie d’une séance où un enfant va partager son angoisse, suite à une maladie qui l’oblige à rester sans bouger. Le thérapeute, en intervenant donc sur le groupe, va ramener « cette inquiétude individuelle à un sentiment partagé par tous, mais difficilement exprimable »<a href="#_ftn12">[12]</a>. Cela va avoir comme conséquence de permettre à cet enfant malade de demander aux autres de jouer avec lui. Ce qu’ils vont faire, dans une atmosphère d’accueil des affects dépressifs, et de tentative de réparation via un partage des émotions, au travers de l’objet de médiation de ce groupe. (Du papier, des crayons, « des livres choisis pour leur contenu et leur présentation et [d’]un jeu de lettres sur huit dés permettant de former des mots à partir d’un lancer au hasard sur une piste ronde délimitant un espace de jeu. »<a href="#_ftn13">[13]</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Retour sur la malléabilité et le jeu vidéo</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">A travers l’exposé théorique et l’exemple clinique de cet auteur, je poserai ainsi plusieurs questions sur l’utilisation de l’objet jeu vidéo comme objet de médiation au sein d’un groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, pour poursuivre sur la problématique de la malléabilité, dans quelle mesure le jeu vidéo pouvait être « détourné » de son usage, et peut être d’un aspect de compétition qu’il pourrait susciter ?</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, l’auteur écrit : « la possibilité médiative ne serait donc pas attachée à la présence ou non d’objets divers ou variés ou de techniques plus ou moins sophistiquées ou rigides, mais à l’utilisation qui peut en être faite, en particulier à partir de cette qualité spécifique […] qu’est la malléabilité et qui permet la création. »<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est difficile de ne pas être d’accord. Le type d’utilisation qui est visée et qui serait la base de la médiation semble donc être à la fois attachée aux qualités de l’objet, mais aussi et peut-être surtout aux possibilités d’invention des sujets participant au groupe eux-mêmes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce cadre, il est facile de concevoir que la pâte à modeler puisse être le paradigme. Mais quelles sont les limites finalement au détournement d’objets, sinon celles que l’on se pose bien souvent ?</p>
<p style="text-align: justify;">Quélin Souligoux fait d’ailleurs le lien entre cette qualité de « malléabilité » et la symptomatologie des sujets, à propos desquels l’utilisation d’objet médiateur au sein d’un groupe thérapeutique semble être le plus profitable.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette symptomatologie est décrite à partir du vocabulaire et des recherches de Winnicott. Comme nous l’avons souligné, Quélin Souligoux met en relation la malléabilité première de l’environnement et la malléabilité de l’objet de médiation, afin qu’il devienne un véritable support des processus de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Les conséquences des « défaillances premières » de l’environnement peuvent être décrites à partir de la relation qui va s’installer, pour un sujet, entre sa réalité psychique (le désir inconscient) et la réalité externe ; une relation à l’intérieur de laquelle l’omnipotence d’un côté, et le retrait total de l’autre, seraient les deux pôles opposés. Ces « défaillances premières » auraient partie liée avec la malléabilité que l’enfant a pu expérimenter dans ses premières relations avec l’environnement, afin de pouvoir établir un contact satisfaisant avec la réalité externe (c’est à dire qu’il ne ressent pas le besoin de la fuir ou d’y faire régner la toute-puissance de ses désirs, ni d’y adhérer au point de nier sa réalité psychique).</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>La relation entre le thérapeute et l’objet de médiation : la « bonne distance »</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un autre point essentiel de l’article concerne la relation entre le thérapeute et l’objet de médiation. Celui-ci est discuté dans la seconde partie de l’article intitulée « Place de la médiation dans le dispositif groupal thérapeutique ».</p>
<p style="text-align: justify;">« […] l’adulte doit être à la fois intéressé et assez détaché pour pouvoir laisser le médiateur être support du processus primaire le temps nécessaire, tout en faisant advenir le processus secondaire en amenant à dire ou à faire des choses sans pour autant insister ou diriger, ce qui ferait tomber dans l’attitude pédagogique et abandonner ainsi la référence à un cadre psychanalytique. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce point me paraît en effet essentiel. L’attitude pédagogique envers l’objet de médiation est un versant qu’il faut éviter. Le thérapeute doit donc lui aussi naviguer dans sa propre relation au médiateur, en faisant des allers-retours entre son propre vécu au sein du groupe et ses interventions visant à favoriser la symbolisation de ce vécu.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est aussi pourquoi le choix de l’objet, ainsi que son investissement, doivent être au préalable questionnés.</p>
<p style="text-align: justify;">Son investissement par la thérapeute ne doit donc pas faire basculer le cadre psychothérapeutique vers un cadre trop pédagogique. La question de « la bonne distance » (« à la fois intéressé et assez détaché ») doit être une réelle préoccupation pour le thérapeute.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour continuer sur ce questionnement autour du jeu vidéo comme médiation, qui peut cependant être élargi à bien d’autres objets culturels. La spécificité du jeu vidéo étant que les discours médiatiques véhiculés sont particulièrement passionnés et ont fait de cet objet le support d’enjeux importants.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi un psychothérapeute/chercheur souhaitant étudier un objet comme les jeux vidéo dans ce type de cadre, une médiation psychothérapeutique, ne pourrait-il pas adopter une posture inconsciente qui consisterait, face aux discours négatifs, emprunts de panique moral, à défendre cet objet, et ainsi avoir du mal à « se détacher » de l’objet de médiation qui serait à la fois son objet de recherche ?</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être n’est-ce pas un problème en soi ? Mais il me semble alors que conserver une certaine ambivalence quant à cet objet de médiation, peut être un bon moyen pour continuer à prendre ses distances, et permettre de garder une attitude facilitatrice envers l’objet médiateur au sein de toute relation psychothérapeutique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2 style="text-align: justify;"><strong>Le choix du médiateur : un &laquo;&nbsp;objet représentationnel&nbsp;&raquo; ? Un objet partageable par un groupe ?</strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le choix du médiateur, on retrouve évidemment les questions précédemment abordées autour de la malléabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">Si la possibilité d’un objet d’être un médiateur semble se situer dans la présence de certaines qualités qui font de lui un objet  possiblement transformable, « détournable » de son usage, pour être alors le support d’une mise en relation entre différents sujets, mais aussi une sorte d’interface entre la réalité psychique de chacun d’eux, et la réalité externe, il semble nécessaire de réfléchir sur les qualités de l’objet, en fonction également des possibilités des sujets.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, on doit d’une part prendre en compte les capacités de symbolisation de ces sujets, ainsi que leurs entraves, et d’autre part, anticiper autant que faire se peut sur la rencontre entre ces sujets et l’objet médiateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais comment anticiper cette rencontre ? Et est-ce possible ?</p>
<p style="text-align: justify;">La question m’apparait aujourd’hui pouvoir se déplacer pour porter alors sur les caractéristiques représentationnelles de l’objet médiateur choisi.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on part du principe que les caractéristiques d’un objet médiateur doivent pouvoir soutenir la symbolisation au sein d’un groupe, constitué de sujets, justement aux capacités de symbolisation entravées, devrait-on privilégier des objets culturels (comme par exemple le jeu vidéo) qui proposent des représentations visuelles, une narration, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Ou bien, devrait-on proposer des objets plus concrets, qui ne porteraient pas par exemple de représentations préalables, et dont l’usage, de ce fait, pourrait être plus aisément détourné ?</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, reprenant les indications de l’auteur, sur « la façon de présenter le médiateur », en relation avec la façon dont les enfants vont l’appréhender, je questionnerai les possibilités de l’usage de tel ou tel objet médiateur dans un contexte groupal.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, encore une fois, si l’on pose comme principe premier que, « l’effet groupal » que l’on cherche à favoriser et qui est censé permettre la mise en place d’un espace de symbolisation, comment présenter ou proposer tel ou tel objet médiateur comme le jeu vidéo, afin qu’il n’entrave pas précisément les processus de mise en place de ce groupe, alors que son usage pourrait induire peut-être de prime abord une utilisation solitaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">En tout cas, c’est l’utilisation la plus courante que les enfants connaissent. Et c’est peut-être là que réside aussi un intérêt, dans le fait de détourner justement cette utilisation, pour faire du jeu vidéo une situation ludique en groupe ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il semble que Leroux a proposé un dispositif matériellement conséquent, mais permettant justement de prendre en compte ce souci de ne pas entraver la mise en place du groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », Leroux décrit comment il a construit un « appareil de travail »<a href="#_ftn16">[16]</a>, pour contenir, tout en représentant, les processus inconscients, et surtout un lien de parole pour que le travail de symbolisation soit opérant. Le travail de groupe qu&#8217;il propose se fonde donc sur différents dispositifs pour tenter de construire cet « appareil de travail » :</p>
<p style="text-align: justify;">La technique du territoire<a href="#_ftn17">[17]</a> où chaque participant est « propriétaire » d&#8217;un matériel identique (la sauvegarde dans ce cas) qui définit son territoire par rapport au territoire commun (la sauvegarde du groupe) et au territoire des autres participants (leurs propres sauvegardes). Le choix du territoire (commun ou individuel) et sa gestion sont des indicateurs de la dynamique consciente et inconsciente de l&#8217;individu dans le groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">La technique du psychodrame psychanalytique de groupe pour l&#8217;alternance entre temps de jeu et temps de parole. La parole pouvant être introduite aussi pendant le jeu par la description faîte par le psychologue des actions entreprises par le joueur. Le bouton pause est aussi utilisé pour expliquer un moment clef du jeu. La parole du psychologue intervient alors pour faire lien entre le joueur et le reste du groupe, formant une cohésion de groupe autour d&#8217;un récit commun raconté par le thérapeute.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, le travail de médiation d&#8217;objet ; les jeux vidéo, comme tous les objets, « sont une exigence à la symbolisation » comme il l’écrit. Mais plus précisément, ils sont à la fois des objets concrets (manettes, consoles…) et subtils (images, musiques…). Et c’est en raison de ce métissage, que tente de cerner par ailleurs la notion de <em>gameplay</em>, que les jeux vidéo peuvent être « de bons candidats pour la médiation »<a href="#_ftn18">[18]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;enjeu de la mise en place de ce type d’ « appareil de travail » serait ainsi de pouvoir prendre en compte les processus groupaux et individuels au travers de l&#8217;utilisation du territoire, des investissements objectaux au sein du jeu (envers les personnages) et dans le groupe, du passage de processus primaires (l&#8217;acte en image) à la symbolisation par la parole (construction d&#8217;un récit fantasmatique à partir du matériel représentatif du jeu) et de la réflexivité du jeu sur le narcissisme du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Guy Gimenez, « Les objets de relation », in <em>Les processus psychiques de la médiation</em>, Sous la direction de Bernard Chouvier, Dunod, 20002, p.81.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Guy Gimenez, « Les objets de relation », in <em>Les processus psychiques de la médiation</em>, Sous la direction de Bernard Chouvier, Dunod, 20002, p.81.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 30. Il faudrait développer beaucoup plus ce point. Et s’interroger aussi en ce qui concerne cet objet transformationnel.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 30.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Marion Milner, <em>L&#8217;Inconscient et la peinture : Une approche psychanalytique du dessin chez l&#8217;enfant et l&#8217;adulte,</em> PUF, 1976.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 32.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 32 et 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Yann Leroux, « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », in <em>Adolescence</em>, 2009, 27, n°3.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 33.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 34.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Dominique Quélin Souligoux,, « De l&#8217;objet à la médiation », in <em>Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe</em>, n°41, 2003, p. 36.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> A partir de la notion d’ « appareil psychique groupal » développée par Kaës.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> Privat et Quélin-Souligoux, <em>L’enfant en psychothérapie de groupe</em>, 2000, Dunod.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Yann Leroux, « Le jeu vidéo comme support d’une relation thérapeutique », in <em>Adolescence</em>, 2009, 27, n°3, p.703.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://vincent-le-corre.fr/?feed=rss2&#038;p=518</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
