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	<title>Vincent LE CORRE - Psychologue - Psychanalyste &#187; René Roussillon</title>
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	<description>psychologue, psychanalyste, en institution et en libéral, travaillant, entre autres, sur les jeux vidéo, les médiations, le jeu...</description>
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		<title>Lecture du texte « Le jeu et le potentiel » de René Roussillon</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Sep 2015 11:38:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu]]></category>
		<category><![CDATA[Objet malléable]]></category>
		<category><![CDATA[Objeu]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[René Roussillon]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 7 septembre 2015.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour tout clinicien qui travaille avec des enfants et des adolescents, la question du jeu est incontournable. Et partant de là, d’un point de vue pratique, celle des objets qui vont servir dans ce jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Freud a parlé du jeu, mais il ne lui fait pas de place d’un point de vue technique, étant donné qu’à part le petit Hans, il ne s’est guère occupé d’enfant. Après la pionnière et oubliée Hermine von Hug-Hellmuth, c’est Mélanie Klein qui marque profondément le paysage de la psychanalyse d’enfants. Le jeu devient, avec Klein, l’équivalent de l’association libre chez l’adulte, donc une sorte de théâtre où les fantasmes de l’enfant vont se déployer, et que l’analyste « n’aurait plus qu’à interpréter ». Mais chaque clinicien s’occupant d’enfants s’aperçoit rapidement que cette hypothèse est bien plus complexe. Peut-on interpréter tout jeu, et doit-on vraiment le faire, et comment, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Le courant psychanalytique français aurait tendance à être plus prudent sur cette question du jeu. Dolto ne parle finalement que très peu du jeu, Lacan aussi. Le second psychanalyste le plus marquant quant au jeu fut un élève de Klein, et il fut plus que méfiant envers l’interprétation. Winnicott insistera en effet sur la dimension thérapeutique du jeu en lui-même. Le texte de Roussillon, <a href="https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2004-1-page-79.htm" target="_blank">que vous pouvez trouvez ici, </a>m’a paru intéressant car il déplie quelque chose d’essentiel sur le jeu. Il introduit ainsi à une réflexion sur l’objet du jeu, entendu comme ce qui met en marche, ce qui produit le jeu, et ce dont le jeu peut se servir concrètement afin qu’il développe ses potentialités thérapeutiques. On a donc là aussi des réflexions autour des médiations.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Résumé du texte </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon rappelle que la mémoire humaine « est un système ouvert ». Elle possède un fonctionnement biologique (au niveau de son inscription) qui inclurait finalement une actualisation, donc un transfert, une interprétation et donc un autre, une adresse. D’où une certaine liberté à la psyché, qui « obligerait » au jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis il nous rappelle des éléments sur le jeu comme modèle du travail thérapeutique. La psychanalyse française a largement développé le modèle du rêve pour penser la cure (un état psychique proche, motricité suspendue, perception raréfiée, analyste absent du regard…). Mais d’une part, ce modèle ne conviendrait pas à tous les sujets, c’est-à-dire à ceux dont le fonctionnement psychique n’inclue pas si facilement les possibilités de symbolisation que l’on trouve dans le rêve. Alors, la suspension de la motricité et de la perception n’offrent pas les meilleures conditions pour cette symbolisation, voire peuvent aggraver la situation du patient. D’autre part, ce modèle pose également problème pour penser le travail avec les enfants et les adolescents. Perception, motricité et présence sont alors importants.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors le modèle du jeu ? Quels problèmes pose-t-il ?</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle pourrait être la définition du jeu dans ce modèle ? Est-ce le jeu explicite, manifeste, ou bien par analogie avec un jeu intrapsychique, ou bien encore comme métaphore ?</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon répond évidemment qu’il s’agit plutôt d’un jeu qui implique à la fois « la conception d’un travail de reprise et de transformation » et « l’idée que, à travers le jeu manifeste, se masque et se révèle tout à la fois un autre jeu, un autre enjeu, que se trame comme dans le rêve et selon le terme de Freud une ‘autre scène’ ». Lorsque Roussillon évoque donc qu’il y a jeu et jeu, c’est à dire qu’il y a des jeux très contraints, stéréotypés « où la maîtrise de la situation semble être au premier plan et condenser l’essentiel du transfert » et d’autres formes de jeu « dans lesquelles, à l’inverse, un enjeu psychique inconscient essentiel est ‘transféré’ », cela m’a fait penser à une auteure qui a produit une thèse sur le jeu, Marie Lenormand. On peut <a href="http://www.theses.fr/2011AIX10157" target="_blank">la lire ici</a>. Dans un article, <a href="https://www.cairn.info/revue-savoirs-et-cliniques-2015-1-page-23.htm" target="_blank">&laquo;&nbsp;La question du jeu dans la cure des enfants : parcours, enjeux et difficultés&nbsp;&raquo;</a>, elle part du principe qu’il est finalement impossible de parler <em>du</em> jeu (en soutenant d’ailleurs qu’ « aucun auteur ne s’attarde […] à définir ce qu’est le jeu ») « comme d’une catégorie homogène, mais qu’il est bien plutôt indispensable de considérer qu’il existe <em>plusieurs types</em> de jeux. ».  Pour ce faire elle propose « un repérage, structurel, <em>des</em> jeux, considérant que tous ne s’organisent pas selon une seule et unique logique inconsciente ». Lenormand propose une tripartition à laquelle elle aboutit en fonction de la manière dont cette logique inconsciente du jeu va s’organiser selon son rapport à la castration (dénégation, démenti et forclusion).</p>
<p style="text-align: justify;">La tripartition que propose Lenormand est la suivante :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      Les jeux  « trompe-l’œil »</p>
<p style="text-align: justify;">« Ces jeux obéissent à une logique de <em>Verneinung</em> consistant à dénier une loi pourtant reconnue et inscrite. S’y chiffre le fantasme et s’y (dé)voile le désir inconscient à la manière de la dénégation. »</p>
<p style="text-align: justify;">2)      Les jeux « leurre »</p>
<p style="text-align: justify;">Ces jeux « fonctionnent à la manière de fétiches qui permettent de démentir (<em>verleugnen</em>) la castration plutôt que de la dénier (<em>verneinen</em>) »</p>
<p style="text-align: justify;">3)      Les jeux « suppléance »</p>
<p style="text-align: justify;">Ces jeux obéissent cette fois « à une logique de forclusion » et ont « pour principale fonction d’opérer un traitement de la jouissance et de faire barrage à un retour du réel. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à Roussillon. Donc, évidemment, ce qui est important dans le jeu, « c’est au niveau des enjeux inconscients qu’il faut le repérer et tenter de le dégager, c’est dans ce qu’il recèle de potentiels non encore advenus, à explorer, à découvrir, dans ce qui est latent à son expression manifeste, qu’il faut l’observer ou l’écouter. ». Roussillon veut promouvoir ainsi une approche du jeu qui comporte deux niveaux : 1) à travers ces jeux, ces <em>games</em>, répétitifs, repérer « quel jeu potentiel est resté en souffrance » 2) « dégager leur potentialité exploratoire et appropriative de l’expérience subjective qu’ils reprennent et tentent de mettre en scène. » Il l’illustre par l’exemple clinique, devenu fameux, relaté par Winnicott dans son article de 1969,<em> &laquo;&nbsp;L’observation des jeunes enfants dans une situation établie&nbsp;&raquo; (</em>in De la pédiatrie à la psychanalyse), où il travaille avec une petite fille de 13 mois. Il présente dans cet article ce qu’il appelle « une situation établie », à savoir un cadre qu’il a construit pour ses consultations avec de très jeunes enfants et où il utilise une spatule en métal.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis Roussillon entre dans une description plus fine de ce qu’il peut y avoir de symbolisant, de thérapeutique, dans le jeu.  Il part de ce qu’il appelle « l’expérience subjective ‘significative’ » comme « ‘matière première du psychisme » et de la façon dont on peut concevoir comment un sujet va se l’approprier, étant posé que cette expérience n’est pas « un donné » pour l’être humain, mais « un amalgame », « multi-pulsionnelle, multi-sensorielle, multi-perceptive, multi-esthétique », et qu’il faut en conséquence un certain travail chez le sujet pour que ce dernier assimile cette expérience.</p>
<p style="text-align: justify;">La première étape de cette appropriation est celle de la maîtrise, car toute expérience psychique présente un caractère de menace pour le psychisme en ce qu’elle peut venir déborder ce dernier. C’est là que s’insère toutes les recherches sur la fonction de « contenance », ou les « enveloppes psychiques », ce que Roussillon appelle de son côté « la fonction de maintenance » de la psyché. A cette étape, l’inscription de l’expérience au sein de l’appareil psychique n’est pas garantie tant le réflexe premier de l’appareil est plutôt de se protéger contre l’éventuelle effraction. (On devrait peut-être ajouter un certain type d’inscription, car on sait combien « l’inscription » des expériences traumatiques est vécu sur le mode proche de la photographie. Ces expériences traumatiques s&#8217;inscrivent donc, mais font retour chez le sujet de manière telle qu&#8217;il ne peut les assimiler)</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde étape consiste en une seconde présentation, une re-présentation. Et c’est là que le jeu aura toute son importance. Pour que le sujet se ressaisisse de l’expérience, il lui faut lâcher momentanément sa prise, ses défenses, ce qui comporte un certain danger, celui d’être à nouveau débordé par ce caractère potentiellement effractant de l’expérience.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon propose alors l’hypothèse que c’est l’exercice d’une certaine liberté qui permet au sujet de se ressaisir de l’expérience. Que si ce sujet est contraint du dehors dans la première étape, il lui faut sentir que cette contrainte n’existe pas dans la seconde pour qu’il accepte de « baisser la garde ». C’est cette même liberté qui doit exister avant tout engagement d’un sujet dans un jeu. « le droit de ne pas jouer est aussi une pré-condition du jeu libre. » Les jeux à caractère compulsif serait ainsi mis en place par des sujets  lorsque une certaine sécurité n‘existe pas pour eux, et c’est alors la conquête de cette liberté qui est d’abord la première étape pour eux.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour finir de comprendre comment plus précisément la re-présentation de l’expérience peut devenir appropriation de celle-ci par le sujet, Roussillon revient sur la différenciation réalité externe/réalité interne. C’est en effet un des enjeux justement de la première étape que de maintenir cette différenciation, une fois qu’elle a été mise en place dans le développement. Mais justement, afin que le jeu devienne cet espace de transformation, de re-saisie de l’expérience, il faut que l’opposition entre ces deux espaces (réalité externe, réalité psychique) soit levée, afin que « la réalité interne vienne se ‘loger’ au creux de la réalité externe, dans la perception de celle-ci ». D’où la nécessité, que Winnicott avait souligné en son temps, que l’environnement respecte le « sacré » de l’expérience de jeu, « que le joueur ne soit pas mis dans la position d’avoir à décider de la position ‘topique’ du processus qu’il met en œuvre. » C’est ainsi la dimension d’illusion subjective qui est fondamentale, et qui permettra à son tour la possibilité, à travers l’expérience de jeu, pour le sujet de re-découvrir ce qu’il y avait au préalable déposé. Et c’est le monde du symbole qui s&#8217;ouvre alors, c’est-à-dire des objets à la fois objectifs et subjectifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, Roussillon ajoute à cette dimension symbolique, la dimension des affects. A savoir que cette expérience du jouer va produire un type de plaisir spécifique, prototypique des &laquo;&nbsp;sublimations&nbsp;&raquo;. Ce nouveau plaisir signe en effet une transformation, dans le système pulsionnel. Dorénavant, « la représentation et le plaisir pris dans la représentation deviennent le nouveau but de la pulsion. La représentation n’est plus le moyen de repérer l’objet de la pulsion, de l’identifier, elle devient ce par quoi la pulsion se satisfait, ce par quoi elle s’accomplit, elle devient le but même de l’activité pulsionnelle ».</p>
<p style="text-align: justify;">En conclusion, Roussillon finit son article sur les caractéristiques des objets matériels du jeu afin qu’ils deviennent ces supports à la symbolisation. Il décrit alors certaines propriétés des objeux comme conditions afin que ceux-ci permettent d’accueillir l’hallucination.</p>
<p style="text-align: justify;">1) Il y a ainsi des objeux qui doivent présenter certaines caractéristiques sensorielles analogues à l’expérience première à symboliser.</p>
<p style="text-align: justify;">2) Il faut parfois que ces objeux soient inanimés, donc à la merci du sujet qui leur insufflera la vie comme bon lui semble.</p>
<p style="text-align: justify;">3) Mais parfois, l’objeu pourra apporter la nécessaire surprise, la créativité, dont le sujet aura besoin dans son expérience. Un autre sujet seul peut alors l’apporter. (Dans ce cadre, le jeu vidéo serait un entre-deux. Il présente un caractère animé, une simulation de la vie via les mondes qu’il propose au joueur)</p>
<p style="text-align: justify;">4) Enfin, les propriétés de transformation, de malléabilité de l’objeu sont très importantes, en qu’elles permettront d’accueillir ce qui reste encore informe dans certains états psychiques. Mais ce n’est pas tout, cette caractéristique de transformation permettra également de ‘réfléchir’ sa propre activité au joueur […]. C’est en effet en déformant/transformant, en répétant l’expérience d’une déformation et d’une remise en forme, que le sujet commence à pouvoir réfléchir sa propre activité de symbolisation par le jeu, qu’il en prend conscience, et ainsi qu’il commence à pouvoir se l’approprier. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce texte de Roussillon me semble donc un élément introductif particulièrement intéressant à beaucoup de questions que se pose tout clinicien engagé dans le travail avec des enfants ou des adolescents. Il attire ainsi l’attention sur cette question essentielle de la symbolisation par le jeu, de son fonctionnement, mais aussi des conditions qui président à l’exercice de celle-ci, à la fois du côté du jeu et du fonctionnement psychique, mais aussi du côté matériel des jeux manifestes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour continuer à lire Roussillon, je vous invite à lire <a href="http://reneroussillon.com/symbolisation/fonction-symbolisante-de-lobjet/" target="_blank">« La fonction symbolisante de l’objet »</a> qui peut être lu comme un complément à ce texte. Je l&#8217;ai commenté <a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=876" target="_blank">ici.</a></p>
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		<item>
		<title>La fonction symbolisante de l&#8217;objet 2/2 ou les jeux vidéo face à la destructivité primaire</title>
		<link>https://vincent-le-corre.fr/?p=883</link>
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		<pubDate>Mon, 07 Nov 2011 11:13:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[destructivité primaire]]></category>
		<category><![CDATA[Guillaume Gillet]]></category>
		<category><![CDATA[jeux vidéo]]></category>
		<category><![CDATA[René Roussillon]]></category>
		<category><![CDATA[Winnicott]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 07 novembre 2011.
Je continue ici mon commentaire de l’article de René Roussillon « La fonction symbolisante de l’objet » publié dans « Agonie, clivage et symbolisation ». On lira également également un article particulièrement intéressant de Winnicott « Objets de l’’usage d’un objet’ » publié dans « La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques », afin d'avancer quelques propositions autour de ce que Winnicott appelle la destructivité. On se pose la question de l'utilisation du modèle que propose Winnicott notamment dans le cadre de l'utilisation excessive du jeu vidéo par certains sujets.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Dans la première partie, je commence le commentaire de l’article de René Roussillon « La  fonction symbolisante de l’objet » publié dans « Agonie, clivage et  symbolisation », vous pouvez la lire ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://vincent-le-corre.fr/?p=876">La fonction symbolisante de l’objet 1/2</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">La conception winnicottienne de la genèse de la découverte de l’altérité de l’objet</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Rappelons que différents écrits de Winnicott ont été publiés après sa mort sous le titre « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ ». Cet article qui est donc une collection de notes et écrits, a été placé dans le recueil <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut considérer cet article de Winnicott, comme Roussillon le fait par ailleurs dans un autre article, « Le paradoxe de la destructivité ou l’utilisation de l’objet selon Winnicott »<a href="post.php?post=883&amp;action=edit&amp;message=10#_ftn1">[1]</a>, comme une contribution psychanalytique « à la théorie de la construction de l’épreuve de réalité et à l’application de ses présuppositions aux cures de patients réputés psychotiques ou <em>limites</em> »<a href="post.php?post=883&amp;action=edit&amp;message=10#_ftn2">[2]</a>, ou autrement dit au problème de l’accès à la réalité par le sujet, et au problème concomitant : celui de la constitution de l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’article de Winnicott n’est pas « évident », c&#8217;est à dire qu&#8217;il ne nous livre pas de solution clé en main, mais il me semble être, et peut-être pour cette raison, des plus importants et intéressants. Il apporte des compléments à sa théorie des phénomènes transitionnels où la question principale est d’une certaine manière, comment en sort-on ? Comment l’Objet peut-il à un moment être découvert dans sa réalité externe.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Roussillon rappelle que pour Freud, &laquo;&nbsp;l’objet naît dans la haine&nbsp;&raquo; (« <em>Pulsions et destin des pulsions</em> », 1915). La position de Winnicott est donc à réarticuler avec celle de Freud.</p>
<p style="text-align: justify;">Si Winnicott semble avoir du mal avec un concept comme celui de pulsion de mort, Roussillon pense que l’on peut considérer chez Winnicott un couple de concepts qui se rapproche du couple freudien, pulsion de vie/pulsion de mort : le couple destructivité/créativité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il existe différentes hypothèses chez Freud concernant ce que l&#8217;on nomme l’épreuve de réalité, mais celle qui est la plus articulée à la découverte de l’Objet est celle que nous avons rappelée, à savoir que l’objet naît dans la haine. Winnicott va ainsi se positionner dans son texte « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » par rapport à cette hypothèse freudienne. Pour le psychanalyste britannique, ce n’est pas la découverte de l’Objet via son caractère frustrant lors de l’épreuve de réalité qui déclencherait haine et destructivité. Il pose d’une part une sorte de paradoxe qui énonce que pour que l’Objet puisse être découvert dans sa réalité extérieure, il faut qu’il puisse être détruit fantasmatiquement, tout en y survivant. Cet Objet doit ainsi se présenter d’une manière qui laisse penser au sujet qu’il a été atteint, mais qu’il reste vivant, tout en le faisant d’une manière qui ne porte aucunement atteinte du côté du sujet, c’est-à-dire en évitant les représailles envers lui. Autrement dit, la destructivité et la survivance de l’Objet dépendent expressément pour Winnicott du mode de réponse de l’Objet face aux attaques du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« Alors que classiquement l’extériorité était découverte ‘dans la haine’ […], directement issue de la frustration et de la destructivité, et comme en opposition à celles-ci, Winnicott soutient, quant à lui, que la naissance de l’extériorité dépend de la réponse de l’objet à la destructivité du sujet. Là commence le registre et de la relation d’objet et de l’utilisation de l’objet.»<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est cette étape de plus que l’on va essayer de cerner avec l’article « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans ces écrits, Winnicott distingue donc « la relation à l&#8217;objet » de « l&#8217;usage de l&#8217;objet », puis essaie d’articuler ces deux dimensions. Essayons de voir comment.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Winnicott nous dit que selon lui « le mode de relation à l&#8217;objet est une expérience du sujet que l&#8217;on peut décrire par référence au sujet en tant qu&#8217;être isolé »<a href="#_ftn2">[2]</a>. Il résume la différence entre ces deux dimensions de cette manière « […] la relation peut être décrite par référence au sujet individuel et [que] l’usage ne pourra l’être que si l’on accepte l’existence indépendante de l’objet, tout comme sa propriété d’avoir été là constamment. »<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il réfère ainsi le mode de relation à ce qu’il a développé autour de la notion de « capacité à être seul ».<a href="#_ftn4">[4]</a> Mais concernant l&#8217;usage, « il n&#8217;y a pas d&#8217;échappatoire possible: l&#8217;analyste doit prendre en considération la nature de l&#8217;objet, non en tant que projection, mais en tant que chose en soi ».</p>
<p style="text-align: justify;">La séquence, nous dit Winnicott, débute par le mode de relation à l&#8217;objet puis se termine par l&#8217;usage de l&#8217;objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre les deux, (la relation et l&#8217;usage), se situe « la chose la plus difficile peut être du développement humain, ou la plus ingrate des toutes premières failles qu&#8217;il s&#8217;agira de réparer [...] c&#8217;est la place assignée par le sujet à l&#8217;objet en dehors de l&#8217;aire du contrôle omnipotent de celui-ci : à savoir la perception que le sujet a de l&#8217;objet en tant que phénomène extérieur et non comme entité projective, en fait, la reconnaissance de celui-ci comme une entité de plein droit. »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Détruire, dit-il</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Winnicott distingue ainsi ces deux dimensions pour préciser que le changement qui mène de la relation à l&#8217;usage « signifie que le sujet détruit l&#8217;objet »<a href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais que signifie <em>détruire l&#8217;objet</em> pour Winnicott ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Est-ce le renvoyer, l&#8217;expédier hors l&#8217;aire transitionnelle, hors du contrôle omnipotent de l&#8217;enfant ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les objets « sont en cours de destruction parce qu&#8217;ils sont réels et ils deviennent réels parce qu&#8217;ils sont détruits (étant détruits et consommés) »<a href="#_ftn7">[7]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Winnicott nous dit en effet que le sujet détruit l&#8217;objet parce qu&#8217;il est situé en-dehors de l&#8217;aire, mais également que c&#8217;est la destruction de l&#8217;objet qui le fait sortir de cette aire de contrôle omnipotent. Sommes-nous donc ici dans les phénomènes paradoxaux chers à Winnicott ? Et que la destruction de l&#8217;objet en fait partie.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui semble en tout cas certain, c’est qu’à partir de cette étape, « le sujet peut alors commencer à vivre sa vie dans le monde des objets ».</p>
<p style="text-align: justify;">« survivre » (concernant l&#8217;Objet) signifie « ne pas appliquer de représailles », et il semble que pour Winnicott, c&#8217;est là tout l&#8217;art de l&#8217;analyste et de sa propre capacité à élaborer une réponse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce « détruire » ne doit pas s’entendre dans le sens d&#8217;une véritable destruction/disparition, mais dans le fait que « cette activité destructrice correspond à la tentative que fait le patient pour placer l&#8217;analyste hors du contrôle omnipotent, c&#8217;est à dire dehors, dans le monde. S&#8217;il ne fait pas l&#8217;expérience de la destructivité maximale (objet non protégé), le sujet ne place jamais l&#8217;analyste au-dehors, c&#8217;est pourquoi, il ne pourra rien faire de plus que l&#8217;expérience d&#8217;une sorte d&#8217;auto-analyse utilisant l&#8217;analyste comme une projection d’une partie de son soi. »<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Retour à Roussillon</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon reprend donc cette idée importante de Winnicott que pour être découvert et utilisé, l’Objet doit tout d’abord être détruit, ce qui signifie selon Winnicott, survivre à la destructivité du patient. Le fait de survivre, pour l’Objet, est donc en lien avec la réponse qu’il offre aux attaques du sujet-patient.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon veut préciser la nature de cette réponse et ajoute donc que cela « implique  [pour l’Objet] la présence de trois caractéristiques dans ses réponses à celle-ci [la destructivité] : l’absence de retrait – l’objet doit se montrer psychiquement présent – l’absence de représailles ou de rétorsion – l’objet ne doit pas engager un rapport de force avec le sujet. Cependant ces deux caractéristiques premières, et souvent seulement évoquées, ne suffisent pas, l’objet – et en cela il témoigne de son existence comme autre-sujet – l’objet doit sortir de l’orbite de la destructivité pour rétablir le contact avec le sujet : il doit <em>se montrer créatif et vivant</em>. […] les deux autres caractéristiques ne sont au fond que des pré-conditions nécessaires pour celle-ci advienne.»<a href="#_ftn9">[9]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En suivant Winnicott, c’est donc l’expérience de la destructivité primaire qui se trouve placée à l’origine de la construction de tout appareil de symbolisation. Mais plus précisément, c’est la réponse de l’Objet aux premières attaques du sujet qui détermine la possibilité de mise en place de toute symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette réponse de l’objet est donc caractérisée par deux pré-conditions :</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’absence de retrait</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’absence de représailles ou de rétorsion</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et une dernière caractéristique qui signe le fait que l’Objet est également un autre-sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">-          l’objet doit se montrer créatif et vivant</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">« L’objet ainsi découvert dans son extériorité, une relation d’objet, nécessairement ambivalente, va pouvoir advenir. L’objet ‘survit’, il est ‘découvert’ comme objet de la pulsion, il est aimé. Mais du même coup le sujet dépend de lui ; l’objet peut être absent, manquer, et de cela il sera haï. […] La transformation de l’illusion et de la destructivité en moteurs de l’activité représentative ne peut s’effectuer sans l’entremise de l’objet.»<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En suivant Winnicott et Roussillon, on peut également concevoir à présent que la tendance à la destruction, dans la réalité, qui s’actualise parfois chez certains sujets, sans qu’ils y trouvent même de plaisir (car dans ce cas on pourrait la concevoir comme de la « simple » agressivité, c’est-à-dire une certaine violence mêlée d’érotisme), « pourrait être alors comprise non pas comme le signe de quelque intolérance primaire à la frustration mais le signe de l’échec répété de l’expérience détruit/créé. […] Le sujet a expérimenté la ‘réalité’ de la non-survivance de l’objet, cette ‘réalité’ réalise le fantasme de destructivité et du même coup lui fait perdre sa localisation intra-psychique, son caractère potentiel.»<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Cette réalisation d’un fantasme a les atours d’un trauma particulièrement conséquent et brouillant de manière dramatique les « repères du dedans et du dehors en créant un noyau de confusion primaire. »</p>
<p style="text-align: justify;">On peut ainsi comprendre pourquoi Winnicott finira par dire, dans « la crainte de l’effondrement »<a href="#_ftn12">[12]</a> que l’évènement qui est redouté par le sujet s’est en fait déjà produit dans l’histoire de celui-ci. « La tendance à la destruction des psychotiques et ‘cas limites’ répéterait indéfiniment cet échec primordial du détachement primaire de l’objet […] »<a href="#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Destructivité et « matière numérique »</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J’aimerais tenter d’examiner maintenant si et comment l’on pourrait se servir du « modèle » que propose Winnicott pour saisir l’utilisation de certains objets numériques dans des cadres différents, tel que le simple cadre ludique, ou bien le cadre d’une psychothérapie, mais également le cadre de ce que l’on pourrait appeler avec Tisseron, une « auto-thérapie » (« Le virtuel à l’adolescence – autodestruction ou autothérapie ? »<a href="#_ftn14">[14]</a>) c’est-à-dire les tentatives solitaires d’un sujet pour trouver une autre issue plus favorable à certains conflits ou traumas. Ces tentatives mènent généralement à des répétitions, parfois envahissantes. Dans le cadre des jeux vidéo, on peut ainsi parfois émettre l’hypothèse que le sujet chercherait à (re)nouer une relation avec la machine, plus sécurisante, là où les relations antérieures avec ses Autres primordiaux ont pu échouer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’axe central serait alors les propriétés à la fois de l’analyste (et on a vu combien pour Winnicott la conduite de la cure dépend de sa capacité à « survivre aux attaques », donc de ne pas exercer de représailles) et du jeu vidéo, ou encore de l’outil numérique qu’est un PC par exemple, dans leur rapport à la destructivité du sujet selon Winnicott.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si l’on comprend le fait de « détruire » (tel que je comprends ici Winnicott du moins…) comme le passage d&#8217;un lieu à un autre, et non comme une disparition, l&#8217;analyste, ou un jeu vidéo, ne « disparaissent » pas (du moins ils ne sont pas censés le faire. Il va de la responsabilité de l’analyste d’être fiable. Et il va de la bonne qualité de l’outil numérique de ne pas bugger, ou de ne pas se détruire réellement par suite d’une mauvaise manipulation par exemple. Ce serait l’absence de retrait ?). Ils seraient donc d’une certaine manière « toujours là ». L’ordinateur est censé présenter certaines fonctions qui permettent la sauvegarde des contenus, donc la possibilité de retrouver intact quelque chose, même après son altération. Idem pour un jeu vidéo. L’angoisse de « tout casser » chez certaines personnes qui appréhendent un ordinateur pour la première fois, pourrait être articulée à un fantasme primaire de destruction de l’Objet car lorsque ces personnes acceptent de passer outre cette première angoisse, elles peuvent réellement commencer à apprendre l’usage de l’ordinateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Guillaume Gillet explore ici (<a href="http://psychologienumerique.wordpress.com/2011/10/29/le-travail-de-la-mort-dans-le-jeu-video/">http://psychologienumerique.wordpress.com/2011/10/29/le-travail-de-la-mort-dans-le-jeu-video/</a>) de manière tout à fait intéressante ce qu’il appelle le travail de la mort dans les jeux vidéo, et ses liens justement avec la fonction de la sauvegarde dans les jeux vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si cet objet numérique n’exerce <em>a priori</em> pas de représailles envers son utilisateur. Même si ce dernier l’a malmené… Il paraît cependant difficile au même objet numérique, y compris à une IA, de se montrer psychiquement présent, et peut-être encore plus, de se montrer créatif et vivant…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Peut-on soutenir  tout de même qu’ils (l’Objet, l’analyste ou l’objet numérique) sont censés de cette manière « survivre » ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est là que la difficulté théorique apparaît, et que l’équivocité du mot « objet » conduit peut-être à faire des analogies trompeuses. Et c’est là également qu’il me semble que la difficulté théorique concernant la manière de penser la nature de cet objet numérique se trouve. C’est la question de l’intersubjectivité au sein des relations homme-machine. Une machine peut-elle être mise à la place d’un autre-sujet pour un sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est le sujet qui, à un moment, placent les objets en-dehors de son aire d&#8217;omnipotence. Winnicott nous met par exemple en garde vis-à-vis de l’interprétation qui pourrait apparaître au patient comme une défense, voire des représailles.</p>
<p style="text-align: justify;">Winnicott a cette phrase que je trouve importante : « il n&#8217;y a pas de colère dans la destruction de l&#8217;objet, bien qu&#8217;on puisse dire qu&#8217;il y a de la joie quand l&#8217;objet survit. »<a href="#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut bien comprendre que ce qui est important dans cette expérience de destruction, censée aboutir à la capacité de faire usage de l&#8217;objet, c’est cette idée de survivance. « Bien que j’utilise le mot de destruction, on voit que la destruction effective se situe du côté de l’objet, s’il n’arrive pas à survivre. Sans cet échec de la part de l’objet, la destruction reste potentielle. Le mot ‘destruction’ est nécessaire, non en raison de l’impulsion destructrice du bébé, mais de <em>la propension de l’objet à ne pas survivre, ce qui signifie également subir un changement dans la qualité, dans l’attitude.</em> »<a href="#_ftn16">[16]</a> (C’est moi qui met en italique).</p>
<p style="text-align: justify;">Du point de vue psychopathologique, pourrait-on dire que c’est ce que chercheraient certains sujets en mettant en place une relation que Tisseron qualifie de « dyade numérique » ? Ils rechercheraient tout d’abord une situation où retrouver une aire intermédiaire d’expérience où exercer un contrôle omnipotent.</p>
<p style="text-align: justify;">Viendrait alors la tentative de mettre en place une relation où l’objet numérique comme les jeux vidéo (qui possèdent une IA et qui proposent donc une réponse en fonction des actions du joueur), serait mis en place de l’Objet, de l’objet primaire, au risque parfois d’y passer trop de temps…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et si justement, les joueurs qui y passent trop de temps, étaient des joueurs qui n’arrivaient pas à exercer leur « destructivité » en direction de l’objet numérique, des jeux vidéo ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pourrait-on faire du rapport au jeu vidéo, ou plus généralement à certains objets numériques, une sorte d’indicateur de la destructivité du sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cet objet numérique peut-il être « détruit » au sens de Winnicott ? L’objet numérique n’exerce a priori pas de représailles ? Mais quels pourraient être ses modalités de présence ? Peut-il se montrer psychiquement présent ainsi que créatif et vivant, pour le sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les moments de bug, de plantage, de perte de données ou de sauvegarde, les <em>lags<a href="#_ftn17"><strong>[17]</strong></a></em> au sein des jeux vidéo qui engendrent beaucoup de frustration voire de la rage chez le joueur, sont des moments où les jeux vidéo ou les mondes numériques sortent « violemment » de l&#8217;espace d&#8217;omnipotence. L’aire intermédiaire est détruite. On les perçoit alors comme extérieurs, comme des objets appartenant au monde objectif. C’est d’ailleurs dans ces moments que précisément on peut potentiellement leur attribuer une certaine « subjectivité », une intentionnalité mauvaise qui agirait contre nous, car justement elle ne réagit plus comme on l’attendait. Dans le langage de Winnicott, l’objet n’est pas présenté au moment même où il est halluciné. Ce sont donc parfois des moments de haine chez le sujet. Les <em>lags</em> particulièrement sont des expériences où le jeu vidéo perd tout réalisme dans le sens où le contrôle que le joueur exerce sur l’environnement  lui échappe. L’illusion est perdue. Pourrait-on considérer ces moments comme des moments où le joueur vit « des représailles » de la part de l’objet ? Ou bien, serait-ce juste la rencontre avec le principe de réalité dont parle également Winnicott dans son article, mais pour le distinguer du type de destructivité qu’il cherche à élaborer ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Winnicott  nous dit en effet : « La théorie orthodoxe suppose toujours que l’agressivité est réactionnelle à la rencontre avec le principe de réalité alors qu’en fait c’est la pulsion destructrice qui crée la qualité de l’extériorité. »<a href="#_ftn18">[18]</a> Plus loin : « […] l’attaque dans la colère relative à la rencontre avec le principe de réalité est un concept plus élaboré, venant après la destruction dont je fais ici l’hypothèse. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans la première hypothèse, si l’on pense que le joueur peut vivre cela comme des représailles, ce serait donc qu’il cherche à « détruire » l’objet dans son fantasme.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette hypothèse, ce qui serait attendu par le sujet serait une réponse de l’Objet telle qu’elle n’exercerait pas de représailles cette fois-ci. Car si le sujet recherche à nouveau cette expérience, on pourrait supposer qu’il n’a pu le faire jusqu’ici. Le sujet « attend » donc une réponse de l’Objet susceptible de recevoir, d’« enregistrer » les expériences de sa destructivité et finalement survivre, c’est à dire témoigner qu’il a bien été attaqué mais que ces attaques ont été transformées. Cet objet numérique tel que le jeu vidéo, en revenant possiblement au même endroit (fonction de la sauvegarde, etc.), tout en ne produisant <em>a priori</em> aucune représailles (si tout fonctionne sans bug), peut-elle alors être celle qui permette à un sujet d&#8217;expérimenter d’une part cette expérience d’omnipotente, et d’autre part, au bout d’un moment, lorsque le sujet le « décide », l’expérience de placer cet objet numérique hors du champ de l&#8217;omnipotence, donc de le « détruire » fantasmatiquement ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pourrait-on considérer par exemple la fin du jeu comme précisément le moment parfois recherché très activement par le joueur pour enfin « détruire » le jeu vidéo, à savoir être capable de continuer à en user, d’être dans une relation avec cet objet, mais une relation toute autre. Une relation qui permette par exemple la représentation de cet objet, le partage des représentations de cet objet avec d’autres sujets, la critique esthétique de celui-ci, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans la seconde hypothèse, on se situerait alors à un niveau plus élaboré comme le précise Winnicott. Ce serait alors lorsque le joueur ressent cela comme des représailles qu’en fait il s’aperçoit qu’il attribuait une part d’intentionnalité à l’objet numérique. Il était déjà dans une relation d&#8217;objet de type ambivalente, car il usait déjà de cet objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si l’on reste dans le cadre ludique classique, ou bien pour certains joueurs excessifs, dans le cadre de ce que l’on appelle ces tentatives d’« auto-thérapies » qui consisteraient donc à tenter de placer l’objet numérique en place d’Objet, comment savoir ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cela dépendrait des sujets, et des relations qu’ils ont pu expérimenter précédemment avec leur environnement.</p>
<p style="text-align: justify;">Certains pourraient déjà user de la relation avec l’objet numérique, s’énerver, le laisser tomber, c’est-à-dire le concevoir alors comme un objet externe, extérieur à l’aire intermédiaire d’expérience, et en user comme tel.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autres pourraient avoir du mal à détruire l’objet, donc finalement à être véritablement en relation avec, car des représailles de la part de l’environnement auraient déjà été exercées lorsqu’ils auraient tenté d’expérimenter leur destructivité.  D’où une source de difficultés à laisser tomber l’objet, à s’en séparer, c’est-à-dire à le concevoir comme un « objet objectif » qui existe en-dehors de lui, et possiblement lui attribuer des états mentaux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce serait alors une meilleure compréhension de « l’aspect cathartique » de la « destructivité » que l’on prête souvent aux jeux vidéo, en pensant cette destructivité avec Winnicott, c’est-à-dire en lien avec les qualités de la réponse de l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Avant de conclure, essayons de résumer…</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un objet numérique tel que le jeu vidéo possèderait certaines propriétés qui le rendrait attractif pour certains sujets quant à l’exercice de leur destructivité primaire, plus précisément quant à la tentative de retrouver une situation où exercer cette destructivité primaire sur un objet mis en lieu et place de l’Objet primaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Une des qualités du jeu vidéo me semblant être sa possible permanence (via la possibilité de sauvegarder une partie en cours, d’offrir la possibilité de la reprendre, etc.), c’est-à-dire l’absence de retrait et l’absence de représailles ou de rétorsion envers le sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On peut en effet faire l’hypothèse que le dispositif vidéoludique offrirait une sorte d’ « espace virtuel contenant » où le sujet pourrait faire l’expérience de pouvoir représenter ses actions, puis de les réinscrire éventuellement dans un cadre narratif, et enfin que cet espace réactiverait le dispositif que Lacan et Winnicott ont décrit successivement dans « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je »<a href="#_ftn19">[19]</a> et « Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant »<a href="#_ftn20">[20]</a> concernant la fonction de miroir de l’environnement dans le développement du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais le jeu vidéo peut-il répondre de manière créative et vivante, quand bien même celui-ci propose des réponses aux actions du joueur ? D’où peut-être l’impossibilité d’aller plus loin pour les sujets qui tentent de s’engager dans une relation avec la machine de cette manière, et d’user de celle-ci de cette façon. Cette impossibilité pourrait être mise à la source de certains comportements compulsifs et de certaines situations de jeu excessif.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la capacité de survivre sans exercer de représailles qui permet la destruction dans le fantasme comme on l’a dit, et non la disparition de l’objet qui permet la destruction donc la découverte de l’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces conduites de jeu excessif seraient alors des indicateurs du rapport des sujets quant à cette destructivité primaire. Dans cette optique, si ces sujets ne peuvent rompre la relation avec la machine, ce serait en raison de l’impossibilité d’exercer leur destructivité, une impossibilité qui ne serait pas due aux jeux vidéo eux-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Conclusion</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cela fait beaucoup de questions en suspens. Mais l’on peut réaffirmer par contre la nécessité d’un cadre, d’un dispositif thérapeutique  où cet objet numérique peut jouer le rôle de « médium malléable » tel que l’a développé justement Roussillon en le décrivant avec les caractéristiques empruntées à l’Objet primaire</p>
<p style="text-align: justify;">User du modèle que propose Winnicott et Roussillon concernant l’Objet pour l’appliquer directement à un objet numérique semble être de prime abord un forçage théorique qu’il faut reprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car le champ du transitionnel suppose normalement le champ de l’intersubjectivité. L’Objet primaire est censé être comme l’a dit un autre sujet, tout comme l’analyste. Y-a-t-il la possibilité d’instaurer une aire transitionnelle sans un autre sujet, seulement dans le « dialogue » avec une machine ?</p>
<p style="text-align: justify;">On touche là il me semble à une ambiguïté dans nos rapports aux machines informatiques qui nous pousse à entretenir de plus en plus avec elles un rapport tendant vers l’intersubjectivité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour avancer enfin sur l’utilisation du jeu vidéo dans le cadre thérapeutique, il me semble qu’il faut continuer cette réflexion sur la nature de l’objet numérique avec Roussillon, à partir de ses réflexions sur ce qu’il nomme, après Marion Milner, le médium malléable. Guillaume Gillet (<a href="http://psychologi3num3rique.wordpress.com/">http://psychologi3num3rique.wordpress.com/</a>) a déjà entrepris d’aborder le jeu vidéo comme médium malléable. Il poursuit actuellement une thèse dans le domaine de l’utilisation de cette « matière numérique » dans le cadre de médiation thérapeutique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 176</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 234</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 234</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> D.W. Winnicott, « La capacité d’être seul », in <em>De la pédiatrie à la psychanalyse</em>, p. 325</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 236</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 236</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 237</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 238</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 177</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 177</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> René Roussillon, <em>Paradoxes et situations limites de la psychanalyse</em>, PUF, 2005, p.121 et 122</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> Winnicott, « La crainte de l’effondrement », in La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques, PUF, 2000, p.205</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> René Roussillon, <em>Paradoxes et situations limites de la psychanalyse</em>, PUF, 2005, p.122</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> Serge Tisseron, « Le virtuel à l’adolescence – autodestruction ou autothérapie ? », in <em>Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescent</em>, 2007, n°55.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15">[15]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 241</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16">[16]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 240</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17">[17]</a> « Terme anglais signifiant littéralement &laquo;&nbsp;Décalage&nbsp;&raquo;. Le &laquo;&nbsp;<em>lag</em>&nbsp;&raquo; désigne un encombrement du flux des données transitant entre l&#8217;ordinateur du joueur et le serveur de jeu. Les données circulent par vague, avec des périodes d&#8217;inactivité plus ou moins longues. Le &laquo;&nbsp;<em>lag</em>&nbsp;&raquo; engendre des ralentissements notables du jeu, entravant les possibilités de jeu. Il est généralement dû au rassemblement d&#8217;un trop grand nombre de joueurs dans une même zone augmentant considérablement la quantité d&#8217;informations à traiter par l&#8217;ordinateur, qui s&#8217;étouffe. », <a href="http://www.jeuxonline.info/lexique/mot/Lag">http://www.jeuxonline.info/lexique/mot/Lag</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18">[18]</a> Winnicott, « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ » in <em>La crainte de l&#8217;effondrement et autres situations cliniques</em>, p. 241</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref19">[19]</a> J. Lacan « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in <em>Ecrits I</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref20">[20]</a> D. W. Winnicott, « Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l’enfant », in <em>Jeu et réalité</em>.</p>
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		<item>
		<title>La fonction symbolisante de l&#8217;objet   1/2</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Oct 2011 17:29:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris, le 24 octobre 2011.
Je tente ici un commentaire de l'article de René Roussillon "La fonction symbolisante de l'objet" publié dans "Agonie, clivage et symbolisation". Je le fais dans le but de lire également un article particulièrement intéressant de Winnicott « Objets de l'’usage d'un objet’ » publié dans "La crainte de l'effondrement et autres situations cliniques". J'espère pouvoir avancer quelques propositions quant à la relation que l'on peut entretenir avec "la matière numérique" comme les jeux vidéo, en usant justement du modèle que propose Winnicott.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">René  Roussillon est  membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris  et professeur de psychologie clinique à l’Université Louis-Lumière de  Lyon. La liste de ses ouvrages conséquente.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un article qui fut publié dans un premier temps en 1997 dans la <em>Revue Française de Psychanalyse</em><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn1">[1]</a>. Il appartient également au recueil de textes intitulé <em>Agonie, clivage et symbolisation<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn2"><strong>[2]</strong></a></em>.  Cet ouvrage fondamentalement clinique, comme le souligne l’auteur, vise  tout de même à proposer un modèle concernant ce que Roussillon nomme  « les souffrances identitaires-narcissiques ». Ce modèle vise ainsi, au  travers de différentes approches et de différents tableaux cliniques,  d’exposer certains processus psychiques qui seraient selon lui typiques  de ces formes de pathologie du narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je propose un modèle de de leur agencement [celui des processus psychiques] et de la fonction intrapsychique et <em>intersubjective</em> fondé sur l’hypothèse d’une organisation défensive contre les effets d’un <em>traumatisme</em> primaire clivé, et la menace que celui-ci, soumis à la contrainte de  répétition, continue de faire courir à l’organisation de la psyché et de  la  subjectivité. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce  modèle s’appuie également fortement sur un autre écrit, « La  métapsychologie des processus et la transitionnalité », que l’on peut  trouver ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Revue française de psychanalyse (Paris). 1995. Lien vers Gallica</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452348t.image.langFR" target="_blank"><strong>http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452348t.image.langFR</strong></a><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">L’article « La fonction symbolisante de l&#8217;objet »</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai  choisi de commenter cet article, car d’un point de vue théorique, il  tente d’approfondir ce qui permettrait à un sujet d’advenir, et cela, en  passant par une théorie de la mise en place chez ce futur sujet d’un  appareil de symbolisation. Cette théorie décrit ainsi la réponse de  l’Objet à certaine phases du développement.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un  point de vue clinique, les tableaux que décrit Roussillon, me semblent  tout à fait en résonnance avec ceux que je peux rencontrer chez certains  enfants que je peux rencontrer au Placement Familial Spécialisé où je  travaille. Et plus particulièrement celui d’une petite fille qui m’a  semblé pouvoir être éclairé par cette lecture.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette  perspective de l’advenue d’un sujet, liée à l’apparition de son appareil  de symbolisation, est une direction de travail que poursuit Roussillon  depuis plusieurs décennies, cela dans les traces, entre autres,  évidemment de Freud, mais aussi Winnicott, Bion ou Green.</p>
<p style="text-align: justify;">« Telle  est la fonction symbolisante de l’objet, si l’on accepte de superposer  le développement de la symbolisation avec la fonction d’appropriation  subjective et subjectivante. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est  aussi pour moi la capacité a entré dans une discussion fine avec  Winnicott qui me semble être un des apports les plus intéressants de  Roussillon.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce  texte, « La fonction symbolisante de l’objet », d’emblée on peut noter  l’équivocité qui se retrouvera tout au long de l’article, du mot  « objet ». Il désignera ainsi la mère, ou plutôt le sujet qui assume la  fonction maternelle, puis le père, ou le sujet assumant la fonction  paternelle. l’objet désigne ici ce que Roussillon appelle aussi,  « l’autre-sujet », cet Autre qui s’occupe du sujet en devenir. On  l’écrira alors l’Objet. Enfin il peut désigner d’autres types d’objets,  plus difficilement représentables, mais pouvant être instanciés parfois  par des objets matériels il me semble.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa  description du processus visant le développement de cet appareil de  symbolisation, Roussillon veut ainsi ajouter la dimension qualitative, à  la dimension quantitative, qui lui semble avoir déjà été décrite par  Freud, puis entre autres par les travaux de Benno Rosenberg, avec ses  travaux sur le masochisme comme gardien de la vie.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Comment  donc advient la symbolisation ? Quelles en sont les conditions ou  pré-conditions, avant même la possibilité de pouvoir faire intervenir ce  que l’on peut rassembler sous le nom de tiercité, fonction tierce,  fonction paternelle, etc. ? C’est l’axe principal de la réflexion que  propose ici Roussillon, qui prend également son origine dans certaines  élaborations de Winnicott que l’on verra plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons retenir de cette réflexion deux axes :</p>
<p style="text-align: justify;">-           Le détruit/trouvé de l’Objet (en lien donc avec l’élaboration de  Winnicott) et les « pré-conditions » de ce détruit/trouvé.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Le transfert de l’Objet vers d’autres objets</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">S’étayer sur l’objet ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Freud, en effet, avait ouvert un champ de questions avec ce que l’on nomme <em>la théorie de l’étayage</em>.  Roussillon reprend donc les avancées des kleiniens, et plus précisément  celles de Bion et surtout Winnicott, pour affiner cette première étape  théorique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  il conteste ce que peut induire le mot « étayage ». En effet, ce mot  induirait selon lui la possibilité que la mise en place de l’activité  représentative chez un sujet soit en quelque sorte issue d’un programme  de développement, qui inclurait l’environnement certes, mais uniquement à  une place de <em>soutien</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon  expose alors l’endroit de la théorie qu’il vise dans cet article, à  savoir : en quoi le sujet en voie d’advenir nécessite la mise en place  de son appareil de symbolisation, et en quoi cet appareil de  symbolisation nécessite un apport de l’environnement, plus précisément,  un apport de l’objet primaire, de l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon, c’est donc cet apport qu’il faut être à même de mieux  caractériser si l’on veut comprendre la genèse de l’appareil de  symbolisation. D’autre part, il lui semble possible de poser une  première hypothèse sur la nature de cet apport : ce serait un rapport  entre le futur sujet et son objet primaire <em>transféré</em> progressivement dans le rapport que le sujet entretiendra cette fois avec sa propre activité de symbolisation.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans  cette perspective, la psychose étant une structure où le fonctionnement  de l’appareil de symbolisation ( le « pensoir » selon Bion) est  généralement le plus atteint, « les différents modes de fonctionnement  psychique présentent des modes de rapport à la symbolisation, à ses  appareils et à ses fonctions qui sont différents et spécifiques »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn7">[7]</a>,  que ce soit au niveau de la symbolisation secondaire (langage),  primaire (représentations de choses), ou encore dans le fonctionnement  onirique.</p>
<p style="text-align: justify;">En  effet, le transfert dans la psychanalyse concerne, pour Roussillon (dans  la lignée d’André Green également), aussi bien, l’analyste, que la  situation (la notion de « site analytique &#8211; situation analysante » de  Jean-Luc Donnet par exemple), qui comprend quant à elle en premier lieu,  l’appareil de langage.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  l’auteur, c’est donc en s’appuyant, dans le cadre d’une psychanalyse,  sur ce transfert du sujet sur la situation analytique et ses appareils  de symbolisation (au premier rang desquels, comme on l’a dit, on  retrouvera donc le langage, mais aussi chez les enfants, le jeu) que  l’on pourra effectuer une sorte de reconstruction, théorique et  clinique, de la mise en place du rapport primitif du sujet à ses propres  appareils de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette  mise en place est donc censée avoir déjà eu lieu, via un premier  transfert, effectué préalablement dans son histoire et préhistoire, du  rapport du sujet avec son objet primaire vers ses objets oedipiens, et  enfin vers ses premiers appareils de symbolisation.  Selon Roussillon,  la situation analytique, et son principe de régression/transfert, va  ainsi permettre d’en savoir un peu plus sur certaines étapes du  développement du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="../wp-content/uploads/2011/10/Transfert-symbolisation.jpg"><img title="Transfert des rapports du sujet à l'Objet" src="../wp-content/uploads/2011/10/Transfert-symbolisation.jpg" alt="" width="580" height="120" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans  une perspective développementale, il existe en effet plusieurs  formulations théoriques pour décrire des modes de fonctionnement  sujet-objet qui ont pu être nécessaires au développement de l’individu.  Le point commun de ces modes de relations du sujet avec ses objets  premiers pourrait être le fait qu’ils sont censés écarter une  confrontation trop directe avec ces mêmes objets, une confrontation qui  pourrait être, pour le sujet désorganisante. Ces modes relationnels  primaires vont alors finir par constituer ce que Philippe Jeammet  appellent « des acquis » quant à la structuration du sujet<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn8">[8]</a>.  Selon cet auteur qui a travaillé le champ de l’adolescence, les modes  d’identification qui vont pouvoir se mettre en place comme autant de  solutions pour l’adolescent, vont dépendre de ces « acquis ». Autrement  dit, des relations antérieures sécurisantes que le sujet a pu avoir avec  ses objets primaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces  « acquis », ces relations objectales fondamentales, ont été décrites  dans un premier temps par Freud sous les termes d’activité d’étayage du  nourrisson par la mère (encore que la notion d’étayage fait débat et  renverrait chez Freud à un développement psychosexuel plutôt  solipsiste), ou, de façon originale, par Winnicott, avec l’aire  transitionnelle où l’enfant a pu faire usage de l’objet sans qu’il lui  reconnaisse une existence propre, se construisant la capacité illusoire  de créer cet objet au moment où il en a eu besoin. Ce fonctionnement  omnipotent transitoire, mais nécessaire, aboutira selon Winnicott à ce  qu’il a appelé « la capacité à être seul en présence de la mère »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn9">[9]</a>, où l’Objet change cette fois de statut, il constitue une sorte de cadre pour l’enfant.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn10">[10]</a> Nous reviendrons sur cela plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir à Roussillon, l’objectif de cet article est de mieux dégager les aspects de cette <em>fonction symbolisante des différents objets</em> qui interviennent comme on l’a vu à différentes périodes, c’est-à-dire  finalement, d’être en mesure de mieux décrire d’une part ce premier  transfert des rapports sujet-Objet, au cœur du procès du sujet selon  lui. Puis dans un second temps, de pouvoir penser la place et le  positionnement de l’analyste avec certains patients, afin d’accompagner  ou de relancer la dynamique de construction et de transfert des rapports  sujet-appareils de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">La question de la fonction symbolisante proprement dite</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon, il lui semble que jusqu’à présent, seules deux conditions ou  pré-conditions à la mise en place d’appareils de symbolisation, ont été  abordées dans la théorie, et qu’elles visent plutôt les  objets  oedipiens :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      <span style="text-decoration: underline;">Une condition économique</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">« La première a trait à la <em>fonction pare-excitante</em> ou pare-quantité de l’environnement »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Classiquement,  après Freud, le traumatisme surgit lorsque l’excitation déborde les  possibilités de liaison ou de décharge de l’appareil psychique de  l’infans. Il est donc nécessaire que la quantité d’excitation à lier  reste dans les capacités du sujet, pour que « le passage de  l’hallucination-perceptive à la simple représentation de chose » soit  possible.</p>
<p style="text-align: justify;">En  effet, l’excitation induite principalement par l’absence de l’objet  entraîne la nécessité chez le sujet d’user de la représentation (de la  chose hallucinée) pour s’assurer une certaine continuité psychique. Cela  est possible, mais dans une certaine limite de temps. On pourrait  ajouter que la trop grande présence de l’objet peut induire également  une excitation pénible pour le sujet, mais qu’il lui sera peut-être plus  difficile d’user du même recours.</p>
<p style="text-align: justify;">2)      <span style="text-decoration: underline;">Une condition qualitative</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Celle-ci est toujours en lien avec l’appareil de protection (le <em>Reizschultz </em>freudien traduit  par « protection contre l’excitation » par Laplanche et Pontalis, et  qui fut introduit par Freud dans « Au-delà du principe de plaisir » en  1920 et utilisé dans « Note sur le bloc magique » de 1925 mais aussi  « Inhibition, symptôme et angoisse » de 1926<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn12">[12]</a>) contre les excitations externes, mais cette fois, c’est le repérage de la manière dont ce <em>Reizschultz</em> est mis en œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  Roussillon relie cependant cet aspect qualitatif de la fonction  pare-excitante à la triangulation oedipienne (« l’attracteur  oedipien »). Les prémices de celle-ci ayant été conceptualisée par  différents auteurs (Il cite « La censure de l’amante » chez Michel  Fain ; « la menace de castration » chez Freud ; on ajoutera quant à nous  Lacan et la place du phallus dans le triangle enfant-mère-phallus, dans  son séminaire <em>La relation d’objet </em>).<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est  vrai que le pare-excitations chez Freud était à l’origine issu d’un  modèle psychophysiologique, et semblait plutôt appartenir au sujet  lui-même, c’est-à-dire que ce pare-excitation n’était pas spécialement  relié à une caractéristique de l’objet primaire ou à une éventuelle  fonction symbolisante de ce dernier. Dans les modèles actuels, le  pare-excitation semble donc s’être transféré du sujet vers l’écart, vers  le rapport entre ce sujet et son objet primaire, son Autre primordial.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous  ces repères, que l’on ne fait que rappeler rapidement, fournissant « la  matrice de la fonction symbolisante des objets oedipiens » ne semblent  pas suffisants pour Roussillon pour aborder une certaine clinique,  précisément, celle qu’il a nommé « les souffrances  identitaires-narcissiques ». Ou autrement dit, une fois que la fonction  de cette Tiercité, ce cadre oedipien, est posée comme condition générale  de la symbolisation, il n’en reste pas moins la tâche au  clinicien-théoricien de décrire plus finement comment ce cadre est  « subjectivé », autrement dit comment le sujet s’approprie cette  condition générale.</p>
<p style="text-align: justify;">A  ces premières conditions de mise en place de la fonction symbolisante,  Roussillon accroche alors la notion de « fonction contenante maternelle  ou parentale », ou encore celle de « rêverie maternelle » chez Bion. Ces  auteurs ont en effet décrit certaines caractéristiques du côté de  l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces différentes notions ou références renvoient donc cette fois à <em>une modalité de présence réflexive de l’objet</em>,  censée être en mesure d’accueillir, de transformer, et finalement de  lier l’excitation en provenance du sujet, dans le but de lui permettre  de déployer ses propres capacités représentatives.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais,  cette « rêverie maternelle » reste pour Roussillon, une « vraie »  rêverie des analystes qui se contenteraient de prendre une métaphore,  certes heuristique, pour une vraie description. « L’abstraction des  formulations de W. Bion concernant la transformation des éléments bêta  en fonction alpha, a paradoxalement elle aussi pris une valeur  métaphorique dans l’échange interanalytique. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Winnicott contre Bion</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Devant  les problèmes posés par « la rêverie maternelle », Roussillon fait alors  appel à Winnicott pour souligner deux problèmes permettant d’introduire  une discussion plus fine avec ce dernier.</p>
<p style="text-align: justify;">1)       Comment s’effectue le passage, le transfert des fonctions assurées tout  d’abord par la mère ou son substitut, vers le futur sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">En  somme, comment le sujet en vient à assumer lui-même la fonction  maternelle, ou la rêverie maternelle ? Est-ce « simplement » par  identification ? Cela paraît en effet difficile. Roussillon souligne  justement que nous sommes en-deçà d’une possible identification de ce  type, que l’identification qui est convoquée généralement pour expliquer  ce transfert fait partie du problème lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">2)       Le second problème peut être décrit à partir de la situation analytique  en tant que l’analyste peut être un objet à la fois pris dans le  narcissisme du sujet, c’est-à-dire imaginairement identique pour le  sujet, et un objet gardant une part d’altérité, car il reste un Autre  sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon c’est « le problème de l’articulation de deux faces de la  fonction symbolisante des objets. Ils sont à la fois – c’est la  difficulté que je notais plus haut concernant l’Œdipe – objet à  symboliser, dans leur différence, leur altérité, leur manque, et objets  « pour » symboliser. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que  Roussillon veut avancer, c’est que cette clinique des « souffrances  identitaires-narcissiques » lui semble mettre en avant le fait que si la  triangulation n’existe pas (et même si elle finit par exister mais que  l’on se place dans le temps précédent sa mise en place, celui d’un face à  face avec l’objet) il reste à tenter de saisir <em>comment le sujet en vient à symboliser l’altérité de cet objet, en s’appuyant sur ce même objet</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet  « pour » symboliser désignant ainsi « l’objet en tant que celui-ci se  prête au jeu de la symbolisation du sujet, en tant qu’il accepte  d’effacer ou d’atténuer le rappel de son altérité pour permettre  celle-ci. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn16">[16]</a> Cet aspect de l’objet sera alors à articuler avec la notion  d’utilisation de l’objet chez Winnicott que l’on va détailler plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est  à ce point que l’on peut faire un petit parallèle avec Lacan.  Roussillon transforme l’Objet, ou plutôt la rencontre avec l’altérité de  l’Objet, en ce qu’il appelle un « autre-sujet ». Car en effet, cette  part d’inconnu chez l’Objet qui résiste au futur sujet provient du fait  que cet Objet est également lui-même un sujet, et non pas simplement un  objet. Il me semble que c’est précisément un des aspects du grand Autre  chez Lacan (la part d’altérité absolue), que l’on peut retrouver  notamment dans ses développements lors du séminaire sur <em>La relation d’objet.</em> Que veut ce sujet, que me veut-il. Pourquoi ces allées et venues ? etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre  point qui me paraît intéressant. Lacan essaie de bien distinguer la  privation, la frustration la castration dans leurs rapports aux  dimensions symbolique, imaginaire et réel. (Vous pouvez lire mes notes  ici : <a title="Lien permanent : Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)" href="../?p=623" target="_blank">Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)</a> ) S’il tente de mieux faire sentir ce qu’est la frustration, comme  plaque tournante par rapport à l’entrée dans le symbolique, comme moment  essentiel et fugitif, mais surtout particulièrement dépendant de la  réponse que l’Autre va apporter à la demande du sujet<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn17">[17]</a>, c’est également pour essayer de saisir, il me semble, <em>la place et la qualité de présence de l’Autre</em>,  au sein du procès du sujet, autrement dit au sein des processus visant  la construction des appareils de symbolisation de ce futur sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans  ses développements, Lacan place comme objet fondamental, l’objet  phallique. Mais ce n’est pas pour rien qu’il est lui aussi en dialogue  avec Winnicott dans ce séminaire, qui est un séminaire portant  finalement sur la fonction maternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon tente donc de dégager, dans ce dialogue avec Winnicott, <em>les modalités de présence de cet Autre</em> dans le rapport que ce dernier peut entretenir avec le futur sujet. Il  essaie d’articuler ces modalités avec leurs conséquences sur les  possibilités de symbolisation du côté du sujet. Tout comme Lacan essaie  de cerner comment la mère peut introduire son enfant à l’ordre  symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  Roussillon adopte quant à lui la perspective de Winnicott ainsi que son  vocabulaire. A savoir que Roussillon distingue ce qu’il nomme « le  rapport à l’objet » de l’expression « la relation d’objet », afin  d’introduire la notion winnicottienne « d’utilisation de l’objet ».  Ainsi « le rapport à l’objet concerne la dialectique qui s’établit entre  la relation à l’objet et l’utilisation de l’objet. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La  notion « d’utilisation de l’objet » chez Winnicott désignera alors pour  Roussillon ce que l’on a décrit de l’objet « pour » symboliser, à savoir  les modalités de présence de l’objet permettant au futur sujet de  mettre en place une relation d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Le  processus qui mène de l’usage d’un objet à la relation d’objet est  décrit par Winnicott à l’aide de  « la destruction de l’objet », en lien  avec les phénomènes transitionnels.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous  nous pencherons donc la prochaine fois sur Winnicott et l’article  « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ », afin de rappeler quelques éléments  sur le modèle qu’il propose de l’accès à la réalité par le sujet. Car  c’est un problème concomitant à celui de la constitution de l’Objet et  des appareils de symbolisation du sujet. Puis nous reviendrons à  Roussillon dans un second temps.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref1">[1]</a> RFP 1997, vol. 61, n<sup>o</sup> 2.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref2">[2]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref3">[3]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.9</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref4">[4]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.169</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref5">[5]</a> « […] la symbolisation ne va pas de soi, [qu’] elle est le fruit d’un <em>travail interne</em> qui requiert plus que la simple retenue de la décharge […] », René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.169</p>
<p style="text-align: justify;">Lire à ce sujet, Benno Rosenberg et Claude Le Guen, <em>Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie</em>, PUF, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref6">[6]</a> « Les caractéristiques du rapport primaire à l’objet tendent à se  transférer dans le rapport du sujet à l’activité de symbolisation et à  la ‘reconnaissance’ symbolique qu’il pourrait en attendre. », p.170</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref7">[7]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.171</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref8">[8]</a> Philippe Jeammet, « Les enjeux des identifications à l’adolescence », in <em>Psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent</em>, sous la direction de Claudine Geissmann et Didier Houzel, Bayard, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref9">[9]</a> D.W. Winnicott, « La capacité d’être seul », 1958, in <em>De la pédiatrie à la psychanalyse</em>, Payot,1969.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref10">[10]</a> Vous trouverez quelque chose de plus développé ici : <a href="../?p=62">Narcissisme et adolescence – première partie</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref11">[11]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.172</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref12">[12]</a> Il semble que Freud ait postulé dès 1895 l’existence d’appareils  protecteurs à l’endroit des excitations externes. Cette nécessité  d’appareils protecteurs serait à relier à l’importance posée du principe  d’inertie du système neuronique.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref13">[13]</a> « Le pare-excitation par excellence est le fruit de la tiercité qui  fonde le caractère organisateur de la double différence, des sexes, des  générations. », René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.173</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref14">[14]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 173.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref15">[15]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 174</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref16">[16]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.175</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref17">[17]</a> Lacan, <em>La relation d’objet</em>, p. 100 et 101</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref18">[18]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 175</p>
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