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	<title>Vincent LE CORRE - Psychologue - Psychanalyste &#187; Maud Mannoni</title>
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	<description>psychologue, psychanalyste, en institution et en libéral, travaillant, entre autres, sur les jeux vidéo, les médiations, le jeu...</description>
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		<title>Maud Mannoni et la critique de l’institution</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2016 11:46:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Maud Mannoni]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 14 février 2016.
Je rends compte ici d’un « trajet » que j'ai effectué à travers quelques livres de Maud Mannoni à propos de sa pratique clinique. Cette pratique, dont Bonneuil comme est le nom, est inséparable d’un effort de théorisation. Nous nous intéresserons aux multiples influences qui ont présidé à la création de ce lieu appelé « Ecole expérimentale de Bonneuil-sur-Marne ». Puis, nous ferons un rapide survol du principe de fonctionnement de ce lieu, à travers la notion d’ « institution éclatée ».]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Qu’aurait  pensé et dit Maud Mannoni (1923-1998) du discours du Président Sarkozy  du deux décembre 2008 au centre hospitalier Erasme d’Antony<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_0_1470" id="identifier_0_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.dailymotion.com/video/x7lj27_allocution-de-n-sarkozy-a-antony_news ">1</a> , sur le thème de « l’hospitalisation en milieu psychiatrique »,  suite au fait divers dramatique qui s’était déroulé dans l’enceinte  psychiatrique, un meurtre commis par un patient psychotique. Elle qui  dénonçait la ségrégation et l’hostilité féroce à l’égard des enfants  dits « inadaptés » et de leurs parents sur un plan politique, en  pointait également les racines au cœur de chacun : « le problème de la  ségrégation n’est pas un problème purement politique ; au cœur de chacun  de nous, il y a place pour le rejet de la folie, c’est à dire pour le  rejet de notre propre refoulé. »<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_1_1470" id="identifier_1_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" &laquo;&nbsp;Le psychiatre, son &lsquo;fou&rsquo; et la  psychanalyse&nbsp;&raquo;, 1970, p. 243 ">2</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">La  question récurrente de son parcours sera donc comment accueillir ces  individus à la fois du point de vue individuel (en tant qu’analyste) et  du point de vue institutionnel (ce sera l’expérience de Bonneuil). En  effet, comment maintenir encore aujourd’hui des espaces d’accueil pour  ceux que l’on désigne comme « fous donc dangereux », alors que toute  réforme dans le champ de la santé mentale s’inscrit de plus en plus dans  un contrôle sécuritaire accru des populations dites à risque ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai jamais été stagiaire à <em>Bonneuil</em>, ni à <em>La Borde</em>.  Ainsi l’évocation de ces lieux a toujours produit chez moi un effet  étrange. Ces noms de lieux évoquent, pour moi, des désirs singuliers.  Ceux de tenter de construire des espaces institutionnels où précisément  la référence au désir des sujets, aux « parlêtres » de Lacan, qui les  fréquenteraient, garderait toute sa pertinence face à la dimension  mortifère potentielle que porte toute institution de soin, <em>a fortiori</em>,  psychiatrique. Mannoni ne cessera de le répéter tout au long de ses  ouvrages : « La structure de toute institution (familiale, scolaire,  hospitalière) a pour fonction la conservation d’un acquis (culturel,  social, etc…), à des fins de reproduction de l’héritage ainsi reçu. »  « Des structures sont ainsi mises en place, par quoi l’institution se  défend contre les effets de toute parole dite libre. Dans la mesure où  elle est entendue comme « pathogène » (le rejeté du patient), la parole  « libérée » n’entre dans aucun processus de transformation. » <a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_2_1470" id="identifier_2_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="  &laquo;&nbsp;Education impossible&nbsp;&raquo;, p.73 ">3</a>. C’est aussi ce que Jean Oury a pu  dire autrement : « Un hôpital, c’est d’abord un établissement. Il faut  distinguer établissement et institution. L’établissement, c’est un  bâtiment et un contrat passé avec l’Etat, un prix de journée, etc… […]  L’institution, quand ça existe, c’est un travail, une stratégie pour  éviter que le tas de gens fermente, comme un pot de confiture dont le  couvercle a été mal fermé.»<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_3_1470" id="identifier_3_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Jean Oury, Marie Depuss&eacute;, A quelle heure passe le train, conversations sur la folie, 2003 ">4</a></p>
<p style="text-align: justify;">Je  voudrais donc ici rendre compte d’un petit cheminement, d’un « trajet »  (Mannoni utilise régulièrement ce mot de « trajet » pour décrire ce qui  se passe pour les enfants de Bonneuil), que nous avons effectué à  travers quelques traces qu’ont laissées Maud Mannoni et ses  collaborateurs à propos de leur pratique clinique. Car, selon eux, cette  pratique, dont Bonneuil comme lieu est finalement le nom, était  inséparable d’un effort de théorisation. Mannoni se méfiait cependant de  l’utilisation de la théorie à des fins de pouvoir, y compris et surtout  dans le champ de la psychanalyse. Ce qui lui importait était, selon  nous, de tenter de rendre compte des liens entre un désir, une pratique  et ses effets. Ce qu’elle a donc fait dans plusieurs de ses livres. <em>Education impossible</em>, publié en 1973 ; <em>Un lieu pour vivre</em>, en 1976, <em>D’un impossible à l’autre</em>, en 1982.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous  nous intéresserons aux multiples influences qui ont présidé à la  création de ce lieu appelé « Ecole expérimentale de  Bonneuil-sur-Marne ». Puis, nous ferons un rapide survol du principe de  fonctionnement de ce lieu, à travers la notion d’ « institution  éclatée ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>I – Les influences et les courants qui traversent Bonneuil</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous  sommes aujourd’hui peut-être bien loin de ce que certains courants, nés  dans les années d’après-guerre ont cherché à faire. La psychothérapie  institutionnelle (Tosquelles à Saint-Alban ; Oury à La Borde), et  l’anti-psychiatrie (Laing et Cooper à Kingsley Hall en Angleterre ;  Basaglia en Italie) ont en effet cherché à mettre en question la  situation asilaire.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut  situer Mannoni au croisement de l’anti-psychiatrie et de la  psychanalyse. En effet, elle partage par exemple avec la première,  l’idée de l’absence de place réservée par la société aux fous, et celle  de l’opposition à l’idéologie médicale et son étiquetage diagnostique.  Mais Mannoni s’en écarte par le fait que, selon elle, la psychose de  l’enfant ne peut être le « simple » fruit d’agencements familiaux  pathogènes ou de l’aliénation sociale. Concernant la psychose, la  référence de Mannoni est donc essentiellement psychanalytique, même si  elle a pu s’inspirer de l’école de Palo Alto à un certain moment. Et  c’est en 1969 qu’avec Robert Lefort, Rose-Marie et Yves Guérin, elle va  créer l’école expérimentale de Bonneuil-Sur-Marne. Notons d’ores et déjà  que cette expérience d’anti-psychiatrie française s’est ainsi faite  avec l’aide de la psychanalyse, alors que dans les autres pays, elle  s’était plutôt déroulée contre la psychanalyse.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle  fut une élève de Lacan, de Winnicott (Elle organisa en 1967 un colloque  avec Ginette Raimbault sur les psychoses de l’enfant sous leur égide),  sans oublier Dolto. Et c’est sa rencontre avec la psychose dans ses  jeunes années de formation en Belgique qui va l’amener à être créative  plus tard sur le plan institutionnel. Elle décrit par exemple les  expériences où elle emmène des patients hors de l’hôpital, et les effets  sur la parole de ses derniers. « Je me rends alors compte assez vite  que le patient parle autrement hors de l’asile que dans les murs ».<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_4_1470" id="identifier_4_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="  &laquo;&nbsp;Ce qui manque &agrave; la v&eacute;rit&eacute; pour &ecirc;tre dite&nbsp;&raquo;, 1988, p.18 ">5</a></p>
<p style="text-align: justify;">A partir de son premier livre, <em>L’enfant arriéré et sa mère</em>, publié en 1964, (puis dans divers ouvrages comme <em>L’enfant, sa maladie et les autres</em>,  en 1967) elle va théoriser l’idée, qui aura un impact important dans  toute la psychanalyse d’enfant française par la suite, de la prise de  l’enfant dans le fantasme maternel et parental (le fantasme étant conçu  là comme une parole entendue), et de ces conséquences quant à la  structuration subjective. Cette idée lui vaudra par ailleurs  l’accusation de culpabiliser les mères. Mais elle va traverser son œuvre  (Outre les deux livres cités, on peut ajouter <em>Le premier rendez-vous avec le psychanalyste</em>,  publié en 1965) et se retrouver dans son abord critique de  l’institution, notamment par le fait de chercher à situer la place du  « soigné » dans le fantasme du « soignant ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mannoni  est en effet particulièrement méfiante envers l’institution et le fait  que cette dernière puisse devenir le relais d’une demande sociale de  normalisation et d’adaptation à tout prix. Plus encore, elle est  méfiante envers le fait même d’introduire la psychanalyse comme pratique  dans l’institution, comme une spécialité psychiatrique. Elle choisit  alors de repenser l’articulation entre l’institution et la  psychanalyse. Nous nous arrêterons sur ce point plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le  dire simplement, la création de Bonneuil s’effectue en partant de la  question que se pose Mannoni : « Quel travail possible avec des patients  psychotiques ? » et elle y répondra sur le plan de la création  institutionnelle. « Bonneuil accueille, dit-elle, ‘les enfants troublés  du système’ ; que ce soit le système économique, familial ou social. Les  adultes qui s’occupent d’eux, comme moi-même, on pourrait les définir  comme les adultes ‘troublés du système’: ils ne se supportent ni comme  soignants dans les hôpitaux ni comme enseignants dans les lycées. »<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_5_1470" id="identifier_5_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Un lieu pour vivre,  p.15 ">6</a> C’est donc au final « un lieu qui est ‘un lieu de vie’ avec des  gens qui ne s’interrogent plus sur ce que c’est que la maladie mentale,  sur ce que c’est d’être un enfant surdoué ou débile ; on ne sait plus  qui est ‘fou’ ou qui ne l’est pas. »<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_6_1470" id="identifier_6_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" &laquo;&nbsp;Un lieu pour vivre&nbsp;&raquo;, p.15 ">7</a>  Elle conteste ainsi une certaine pratique psychiatrique du diagnostic.  Ajoutons enfin que la critique de Mannoni de « l’administration de la  folie » par la psychiatrie traditionnelle s’accompagne d’une critique de  la pédagogie, et donc d’une conception de l’enfance. Car, selon elle,  la ségrégation se joue également au niveau de l’enfance. Elle insistait  sur la construction moderne « d’un monde de l’enfance », coupé de plus  en plus du monde des adultes (Voir à ce sujet les études de Philippe  Ariès <em>L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien régime</em>, publié  en 1973), où le concept même d’enfant était venu à se créer pour y  appliquer, de plus en plus sévèrement, toute une idéologie normative qui  va s’employer à façonner le corps même de l’enfant par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>II –Le lieu et les grands axes de son fonctionnement</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Bonneuil a donc été créé comme <em>un lieu de vie</em>,  et non une institution soignante. C’est un « lieu de passage », « un  lieu d’expériences » (des expressions qui reviennent souvent sous la  plume de Mannoni) où les enfants effectuent des ‘trajets’. Une notion a  été forgée afin de caractériser les principes à la base du lieu : c’est  « l’institution éclatée ».</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce  que « l’institution éclatée » ? C’est donc d’une part le fait d’avoir  des lieux d’accueil, notamment en province, différenciés et éparpillés,  où les enfants seront, pendant une période définie, au contact d’adultes  qui vont souvent les initier à des pratiques professionnelles  artisanales. Mais « l’institution éclatée », c’est d’autre part un  éclatement du discours vis à vis de l’enfant. Ceci afin d’éviter de  reproduire une relation que l’on retrouve entre les enfants psychotiques  et leur mère, c’est à dire entre le sujet et un Autre qui se  positionnerait comme tout-puissant face auquel ce sujet ne pourrait se  séparer au risque de représailles ou de faire « éclater » cet Autre.  L’institution ne doit pas se mettre en place de savoir ce qui est bon ou  bien pour l’enfant. Position radicale dans le champ éducatif.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui  intéresse Mannoni, c’est donc le fait que l’institution ne puisse se  placer en aucun cas en position de toute-puissance, inattaquable,  incontestable. Les enfants doivent pouvoir la remettre en cause, la  contester et l’attaquer. Bref, c’est l’institution qui doit prendre en  charge son possible éclatement.</p>
<p style="text-align: justify;">Un  autre point important de cette notion d’éclatement est la mise en place  de l’alternance entre la présence et l’absence de l’enfant à Bonneuil.  L’idée est d’essayer d’organiser une séparation (toujours difficile avec  les enfants psychotiques) qui puisse s’effectuer sur le plan symbolique  et non uniquement dans le réel. Autrement dit, que du côté de l’enfant,  comme des adultes, la séparation signifie pouvoir penser l’absence, la  présence de l’autre absent.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme  nous l’avons dit plus haut, l’approche critique de Mannoni concernant  l’institution, pose que ce n’est pas le système social seul qui est  responsable de la violence et de la ségrégation au cœur des relations  humaines, sans négliger bien entendu l’aliénation sociale dans laquelle  sont plongés les sujets psychotiques. Sur ce point, Mannoni s’inspire de  l’enseignement de Lacan qui éclaire les sources de l’agressivité dans  le rapport imaginaire de l’homme à son semblable, dans l’aliénation  structurale du moi dans l’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">La  notion d’institution éclatée entend donc essayer de déjouer la mise en  place d’un rapport duel imaginaire, entre l’enfant et l’institution. Si,  précisément, pour l’enfant psychotique, ce serait l’entrée dans un  ordre symbolique qui poserait problème, alors l’oscillation entre un ici  et un là-bas, au cœur de cette pratique, est la tentative de faire  (re)naître du sujet, et donc du désir, chez des enfants, généralement  captés, englués, dans des relations où toute séparation, faute de  s’effectuer sur le plan symbolique, représente un danger mortel. (Lire  sur ce point <em>Education impossible</em>, le chapitre « Une pratique théorique », mais également <em>D’un impossible à l’autre</em>, le chapitre « Présence – Absence »).</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin,  en permettant et organisant cette séparation, cette notion d’éclatement  vise à tenter de dévoiler la fonction occupée par un enfant auprès des  autres, et notamment la fonction que peut occuper cet enfant quant à  l’angoisse de ces Autres primordiaux. On retrouve là ce que Mannoni a  théorisé sur la place de l’enfant dans le fantasme de l’Autre.  L’institution se doit donc selon elle de prendre à sa charge cette  angoisse, en acceptant de ne pas être désirant à la place de l’enfant.  Une manière d’essayer de décoller les enfants de leurs identifications.  « C’est parce que l’institution accepte sa propre mort que s’instaure  pour le patient une possibilité de reprendre ailleurs un désir à son  compte », écrit-elle dans <em>Le symptôme et le savoir :Soutenance</em>,<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_7_1470" id="identifier_7_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le sympt&ocirc;me et le savoir&nbsp;:Soutenance, 1983, p. 21">8</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Bonneuil,  comme institution, s’est donc construite comme « lieu expérimental »  entendu, comme le dit Mannoni, « comme un lieu où quelque chose d’autre  peut se jouer à partir de la place laissée vide à l’imprévu. »<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_8_1470" id="identifier_8_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Un lieu pour vivre,  p.49 ">9</a> Mannoni veut ainsi lutter contre les aspects conservateurs de  toute institution, ceci afin de donner une chance à une parole un peu  plus libre, afin qu’elle soit entendue d’une part, et qu’elle puisse  entrer dans un processus de transformation d’autre part, ce qui  aboutirait à la véritable naissance d’un sujet désirant chez ces  enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour  conclure ce « trajet » au travers de l’œuvre de Mannoni, je voulais  m’arrêter sur ce qu’elle m’a apporté. En effet, comme je l’ai précisé en  introduction, il me semble que la question de l’accueil de la folie et  de l’enfance, reste cruciale et particulièrement d’actualité.  Rappelons-nous par exemple la publication en 2005 de l’expertise de  l’Inserm sur « le trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent ».  L’ouvrage du collectif « Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3  ans ! », 2006, avait témoigné de prises de position critiques quant à  l’approche réductionniste et scientiste de cette approche médicale et  sécuritaire de la question éducative et sociale, de ce qui « fait  désordre dans l’ordre social », qui tend à s’imposer dans nos sociétés  libérales. L’idéologie du rendement et de l’efficacité, que Mannoni  pointait, s’est plus que jamais étendue.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’institution  semble offrir ainsi à l’homme les possibilités soit d’un enrichissement  personnel, soit de l’appauvrissement le plus radical. » écrit-elle dans  <em>Le psychiatre, son ‘fou’ et la psychanalyse</em>,<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_9_1470" id="identifier_9_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le psychiatre, son &lsquo;fou&rsquo; et la psychanalyse, p. 13 ">10</a></p>
<p style="text-align: justify;">Face à  ce constat et comme nous l’avons vu, Mannoni a mis en oeuvre une  pratique théorique qui partait des polémiques de l’antipsychiatrie sur  les compromissions idéologiques et pseudo-scientifiques de la  psychiatrie. Car comme l’écrivait Fédida dans « Psychose et parenté »,   dans son livre <em>Le concept et la violence</em>, publié en 1977, à  partir du lien privilégié de la psychiatrie avec la médecine, « il en  est résulté une éthique de la norme qui valait aussi bien pour la santé  que pour la morale et pour l’ordre sociale et politique. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce que Mannoni dénonce également, notamment dans <em>Le psychiatre, son ‘fou’ et la psychanalyse</em>,  c’est que la simple présence des psychanalystes en institution ne règle  pas le problème. Leur action ne peut se penser qu’avec une réflexion  qui doit se prolonger au niveau institutionnel, et politique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et  c’est à ce niveau que je tiens pour stimulante la réflexion de Maud  Mannoni. Il est important de maintenir ouvertes les questions qu’elle a  posées.</p>
<p style="text-align: justify;">Par  exemple, je pense qu’il faut prendre au sérieux le fait qu’« aucun  diplôme (aucune formation universitaire ou technique) ne peut donner à  l’adulte l’assurance qu’il affrontera en toute sérénité, et même avec  compétence, son rapport à l’enfant dit handicapé (spécialement s’il  s’agit d’un enfant psychotique) […] le trajet que l’adulte a à effectuer  avec un enfant en difficulté est un trajet qu’il effectue d’abord avec  lui-même (c’est à dire avec l’enfant en lui) »<a href="https://vincent-le-corre.fr/?p=1470#footnote_10_1470" id="identifier_10_1470" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Un lieu pour vivre, p. 227 ">11</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Et  d’autre part, je crois également qu’ « on ne peut repenser l’institution  que si l’on met d’abord en cause et en question l’origine de son  existence même. » Et pour ce faire il est nécessaire à la fois de se  plonger dans les références théoriques que Mannoni convoque  (antipsychiatrie, psychothérapie institutionnelle, enseignement de  Lacan, etc …) et de poursuivre une approche critique des idéologies  actuelles.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1470" class="footnote"><a href="http://www.dailymotion.com/video/x7lj27_allocution-de-n-sarkozy-a-antony_news">http://www.dailymotion.com/video/x7lj27_allocution-de-n-sarkozy-a-antony_news</a> </li><li id="footnote_1_1470" class="footnote"> « Le psychiatre, son ‘fou’ et la  psychanalyse », 1970, p. 243 </li><li id="footnote_2_1470" class="footnote">  « Education impossible », p.73 </li><li id="footnote_3_1470" class="footnote"> Jean Oury, Marie Depussé, <em>A quelle heure passe le train</em>,<em> conversations sur la folie</em>, 2003 </li><li id="footnote_4_1470" class="footnote">  « Ce qui manque à la vérité pour être dite », 1988, p.18 </li><li id="footnote_5_1470" class="footnote"> <em>Un lieu pour vivre</em>,  p.15 </li><li id="footnote_6_1470" class="footnote"> « Un lieu pour vivre », p.15 </li><li id="footnote_7_1470" class="footnote"><em>Le symptôme et le savoir :Soutenance</em>, 1983, p. 21</li><li id="footnote_8_1470" class="footnote"> <em>Un lieu pour vivre</em>,  p.49 </li><li id="footnote_9_1470" class="footnote"><em>Le psychiatre, son ‘fou’ et la psychanalyse,</em> p. 13 </li><li id="footnote_10_1470" class="footnote"><em>Un lieu pour vivre</em>, p. 227 </li></ol>]]></content:encoded>
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