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	<title>Vincent LE CORRE - Psychologue - Psychanalyste &#187; Bion</title>
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	<description>psychologue, psychanalyste, en institution et en libéral, travaillant, entre autres, sur les jeux vidéo, les médiations, le jeu...</description>
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		<title>La fonction symbolisante de l&#8217;objet   1/2</title>
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		<comments>https://vincent-le-corre.fr/?p=876#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 29 Oct 2011 17:29:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[Bion]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[Lacan]]></category>
		<category><![CDATA[René Roussillon]]></category>
		<category><![CDATA[Winnicott]]></category>

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		<description><![CDATA[Paris, le 24 octobre 2011.
Je tente ici un commentaire de l'article de René Roussillon "La fonction symbolisante de l'objet" publié dans "Agonie, clivage et symbolisation". Je le fais dans le but de lire également un article particulièrement intéressant de Winnicott « Objets de l'’usage d'un objet’ » publié dans "La crainte de l'effondrement et autres situations cliniques". J'espère pouvoir avancer quelques propositions quant à la relation que l'on peut entretenir avec "la matière numérique" comme les jeux vidéo, en usant justement du modèle que propose Winnicott.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">René  Roussillon est  membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris  et professeur de psychologie clinique à l’Université Louis-Lumière de  Lyon. La liste de ses ouvrages conséquente.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un article qui fut publié dans un premier temps en 1997 dans la <em>Revue Française de Psychanalyse</em><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn1">[1]</a>. Il appartient également au recueil de textes intitulé <em>Agonie, clivage et symbolisation<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn2"><strong>[2]</strong></a></em>.  Cet ouvrage fondamentalement clinique, comme le souligne l’auteur, vise  tout de même à proposer un modèle concernant ce que Roussillon nomme  « les souffrances identitaires-narcissiques ». Ce modèle vise ainsi, au  travers de différentes approches et de différents tableaux cliniques,  d’exposer certains processus psychiques qui seraient selon lui typiques  de ces formes de pathologie du narcissisme.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je propose un modèle de de leur agencement [celui des processus psychiques] et de la fonction intrapsychique et <em>intersubjective</em> fondé sur l’hypothèse d’une organisation défensive contre les effets d’un <em>traumatisme</em> primaire clivé, et la menace que celui-ci, soumis à la contrainte de  répétition, continue de faire courir à l’organisation de la psyché et de  la  subjectivité. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce  modèle s’appuie également fortement sur un autre écrit, « La  métapsychologie des processus et la transitionnalité », que l’on peut  trouver ici :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Revue française de psychanalyse (Paris). 1995. Lien vers Gallica</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452348t.image.langFR" target="_blank"><strong>http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452348t.image.langFR</strong></a><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">L’article « La fonction symbolisante de l&#8217;objet »</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai  choisi de commenter cet article, car d’un point de vue théorique, il  tente d’approfondir ce qui permettrait à un sujet d’advenir, et cela, en  passant par une théorie de la mise en place chez ce futur sujet d’un  appareil de symbolisation. Cette théorie décrit ainsi la réponse de  l’Objet à certaine phases du développement.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un  point de vue clinique, les tableaux que décrit Roussillon, me semblent  tout à fait en résonnance avec ceux que je peux rencontrer chez certains  enfants que je peux rencontrer au Placement Familial Spécialisé où je  travaille. Et plus particulièrement celui d’une petite fille qui m’a  semblé pouvoir être éclairé par cette lecture.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette  perspective de l’advenue d’un sujet, liée à l’apparition de son appareil  de symbolisation, est une direction de travail que poursuit Roussillon  depuis plusieurs décennies, cela dans les traces, entre autres,  évidemment de Freud, mais aussi Winnicott, Bion ou Green.</p>
<p style="text-align: justify;">« Telle  est la fonction symbolisante de l’objet, si l’on accepte de superposer  le développement de la symbolisation avec la fonction d’appropriation  subjective et subjectivante. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align: justify;">C’est  aussi pour moi la capacité a entré dans une discussion fine avec  Winnicott qui me semble être un des apports les plus intéressants de  Roussillon.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce  texte, « La fonction symbolisante de l’objet », d’emblée on peut noter  l’équivocité qui se retrouvera tout au long de l’article, du mot  « objet ». Il désignera ainsi la mère, ou plutôt le sujet qui assume la  fonction maternelle, puis le père, ou le sujet assumant la fonction  paternelle. l’objet désigne ici ce que Roussillon appelle aussi,  « l’autre-sujet », cet Autre qui s’occupe du sujet en devenir. On  l’écrira alors l’Objet. Enfin il peut désigner d’autres types d’objets,  plus difficilement représentables, mais pouvant être instanciés parfois  par des objets matériels il me semble.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa  description du processus visant le développement de cet appareil de  symbolisation, Roussillon veut ainsi ajouter la dimension qualitative, à  la dimension quantitative, qui lui semble avoir déjà été décrite par  Freud, puis entre autres par les travaux de Benno Rosenberg, avec ses  travaux sur le masochisme comme gardien de la vie.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Comment  donc advient la symbolisation ? Quelles en sont les conditions ou  pré-conditions, avant même la possibilité de pouvoir faire intervenir ce  que l’on peut rassembler sous le nom de tiercité, fonction tierce,  fonction paternelle, etc. ? C’est l’axe principal de la réflexion que  propose ici Roussillon, qui prend également son origine dans certaines  élaborations de Winnicott que l’on verra plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons retenir de cette réflexion deux axes :</p>
<p style="text-align: justify;">-           Le détruit/trouvé de l’Objet (en lien donc avec l’élaboration de  Winnicott) et les « pré-conditions » de ce détruit/trouvé.</p>
<p style="text-align: justify;">-          Le transfert de l’Objet vers d’autres objets</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">S’étayer sur l’objet ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Freud, en effet, avait ouvert un champ de questions avec ce que l’on nomme <em>la théorie de l’étayage</em>.  Roussillon reprend donc les avancées des kleiniens, et plus précisément  celles de Bion et surtout Winnicott, pour affiner cette première étape  théorique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  il conteste ce que peut induire le mot « étayage ». En effet, ce mot  induirait selon lui la possibilité que la mise en place de l’activité  représentative chez un sujet soit en quelque sorte issue d’un programme  de développement, qui inclurait l’environnement certes, mais uniquement à  une place de <em>soutien</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon  expose alors l’endroit de la théorie qu’il vise dans cet article, à  savoir : en quoi le sujet en voie d’advenir nécessite la mise en place  de son appareil de symbolisation, et en quoi cet appareil de  symbolisation nécessite un apport de l’environnement, plus précisément,  un apport de l’objet primaire, de l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon, c’est donc cet apport qu’il faut être à même de mieux  caractériser si l’on veut comprendre la genèse de l’appareil de  symbolisation. D’autre part, il lui semble possible de poser une  première hypothèse sur la nature de cet apport : ce serait un rapport  entre le futur sujet et son objet primaire <em>transféré</em> progressivement dans le rapport que le sujet entretiendra cette fois avec sa propre activité de symbolisation.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn6">[6]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans  cette perspective, la psychose étant une structure où le fonctionnement  de l’appareil de symbolisation ( le « pensoir » selon Bion) est  généralement le plus atteint, « les différents modes de fonctionnement  psychique présentent des modes de rapport à la symbolisation, à ses  appareils et à ses fonctions qui sont différents et spécifiques »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn7">[7]</a>,  que ce soit au niveau de la symbolisation secondaire (langage),  primaire (représentations de choses), ou encore dans le fonctionnement  onirique.</p>
<p style="text-align: justify;">En  effet, le transfert dans la psychanalyse concerne, pour Roussillon (dans  la lignée d’André Green également), aussi bien, l’analyste, que la  situation (la notion de « site analytique &#8211; situation analysante » de  Jean-Luc Donnet par exemple), qui comprend quant à elle en premier lieu,  l’appareil de langage.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  l’auteur, c’est donc en s’appuyant, dans le cadre d’une psychanalyse,  sur ce transfert du sujet sur la situation analytique et ses appareils  de symbolisation (au premier rang desquels, comme on l’a dit, on  retrouvera donc le langage, mais aussi chez les enfants, le jeu) que  l’on pourra effectuer une sorte de reconstruction, théorique et  clinique, de la mise en place du rapport primitif du sujet à ses propres  appareils de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette  mise en place est donc censée avoir déjà eu lieu, via un premier  transfert, effectué préalablement dans son histoire et préhistoire, du  rapport du sujet avec son objet primaire vers ses objets oedipiens, et  enfin vers ses premiers appareils de symbolisation.  Selon Roussillon,  la situation analytique, et son principe de régression/transfert, va  ainsi permettre d’en savoir un peu plus sur certaines étapes du  développement du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="../wp-content/uploads/2011/10/Transfert-symbolisation.jpg"><img title="Transfert des rapports du sujet à l'Objet" src="../wp-content/uploads/2011/10/Transfert-symbolisation.jpg" alt="" width="580" height="120" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans  une perspective développementale, il existe en effet plusieurs  formulations théoriques pour décrire des modes de fonctionnement  sujet-objet qui ont pu être nécessaires au développement de l’individu.  Le point commun de ces modes de relations du sujet avec ses objets  premiers pourrait être le fait qu’ils sont censés écarter une  confrontation trop directe avec ces mêmes objets, une confrontation qui  pourrait être, pour le sujet désorganisante. Ces modes relationnels  primaires vont alors finir par constituer ce que Philippe Jeammet  appellent « des acquis » quant à la structuration du sujet<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn8">[8]</a>.  Selon cet auteur qui a travaillé le champ de l’adolescence, les modes  d’identification qui vont pouvoir se mettre en place comme autant de  solutions pour l’adolescent, vont dépendre de ces « acquis ». Autrement  dit, des relations antérieures sécurisantes que le sujet a pu avoir avec  ses objets primaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces  « acquis », ces relations objectales fondamentales, ont été décrites  dans un premier temps par Freud sous les termes d’activité d’étayage du  nourrisson par la mère (encore que la notion d’étayage fait débat et  renverrait chez Freud à un développement psychosexuel plutôt  solipsiste), ou, de façon originale, par Winnicott, avec l’aire  transitionnelle où l’enfant a pu faire usage de l’objet sans qu’il lui  reconnaisse une existence propre, se construisant la capacité illusoire  de créer cet objet au moment où il en a eu besoin. Ce fonctionnement  omnipotent transitoire, mais nécessaire, aboutira selon Winnicott à ce  qu’il a appelé « la capacité à être seul en présence de la mère »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn9">[9]</a>, où l’Objet change cette fois de statut, il constitue une sorte de cadre pour l’enfant.<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn10">[10]</a> Nous reviendrons sur cela plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir à Roussillon, l’objectif de cet article est de mieux dégager les aspects de cette <em>fonction symbolisante des différents objets</em> qui interviennent comme on l’a vu à différentes périodes, c’est-à-dire  finalement, d’être en mesure de mieux décrire d’une part ce premier  transfert des rapports sujet-Objet, au cœur du procès du sujet selon  lui. Puis dans un second temps, de pouvoir penser la place et le  positionnement de l’analyste avec certains patients, afin d’accompagner  ou de relancer la dynamique de construction et de transfert des rapports  sujet-appareils de symbolisation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">La question de la fonction symbolisante proprement dite</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon, il lui semble que jusqu’à présent, seules deux conditions ou  pré-conditions à la mise en place d’appareils de symbolisation, ont été  abordées dans la théorie, et qu’elles visent plutôt les  objets  oedipiens :</p>
<p style="text-align: justify;">1)      <span style="text-decoration: underline;">Une condition économique</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">« La première a trait à la <em>fonction pare-excitante</em> ou pare-quantité de l’environnement »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Classiquement,  après Freud, le traumatisme surgit lorsque l’excitation déborde les  possibilités de liaison ou de décharge de l’appareil psychique de  l’infans. Il est donc nécessaire que la quantité d’excitation à lier  reste dans les capacités du sujet, pour que « le passage de  l’hallucination-perceptive à la simple représentation de chose » soit  possible.</p>
<p style="text-align: justify;">En  effet, l’excitation induite principalement par l’absence de l’objet  entraîne la nécessité chez le sujet d’user de la représentation (de la  chose hallucinée) pour s’assurer une certaine continuité psychique. Cela  est possible, mais dans une certaine limite de temps. On pourrait  ajouter que la trop grande présence de l’objet peut induire également  une excitation pénible pour le sujet, mais qu’il lui sera peut-être plus  difficile d’user du même recours.</p>
<p style="text-align: justify;">2)      <span style="text-decoration: underline;">Une condition qualitative</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Celle-ci est toujours en lien avec l’appareil de protection (le <em>Reizschultz </em>freudien traduit  par « protection contre l’excitation » par Laplanche et Pontalis, et  qui fut introduit par Freud dans « Au-delà du principe de plaisir » en  1920 et utilisé dans « Note sur le bloc magique » de 1925 mais aussi  « Inhibition, symptôme et angoisse » de 1926<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn12">[12]</a>) contre les excitations externes, mais cette fois, c’est le repérage de la manière dont ce <em>Reizschultz</em> est mis en œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  Roussillon relie cependant cet aspect qualitatif de la fonction  pare-excitante à la triangulation oedipienne (« l’attracteur  oedipien »). Les prémices de celle-ci ayant été conceptualisée par  différents auteurs (Il cite « La censure de l’amante » chez Michel  Fain ; « la menace de castration » chez Freud ; on ajoutera quant à nous  Lacan et la place du phallus dans le triangle enfant-mère-phallus, dans  son séminaire <em>La relation d’objet </em>).<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn13">[13]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est  vrai que le pare-excitations chez Freud était à l’origine issu d’un  modèle psychophysiologique, et semblait plutôt appartenir au sujet  lui-même, c’est-à-dire que ce pare-excitation n’était pas spécialement  relié à une caractéristique de l’objet primaire ou à une éventuelle  fonction symbolisante de ce dernier. Dans les modèles actuels, le  pare-excitation semble donc s’être transféré du sujet vers l’écart, vers  le rapport entre ce sujet et son objet primaire, son Autre primordial.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous  ces repères, que l’on ne fait que rappeler rapidement, fournissant « la  matrice de la fonction symbolisante des objets oedipiens » ne semblent  pas suffisants pour Roussillon pour aborder une certaine clinique,  précisément, celle qu’il a nommé « les souffrances  identitaires-narcissiques ». Ou autrement dit, une fois que la fonction  de cette Tiercité, ce cadre oedipien, est posée comme condition générale  de la symbolisation, il n’en reste pas moins la tâche au  clinicien-théoricien de décrire plus finement comment ce cadre est  « subjectivé », autrement dit comment le sujet s’approprie cette  condition générale.</p>
<p style="text-align: justify;">A  ces premières conditions de mise en place de la fonction symbolisante,  Roussillon accroche alors la notion de « fonction contenante maternelle  ou parentale », ou encore celle de « rêverie maternelle » chez Bion. Ces  auteurs ont en effet décrit certaines caractéristiques du côté de  l’Objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces différentes notions ou références renvoient donc cette fois à <em>une modalité de présence réflexive de l’objet</em>,  censée être en mesure d’accueillir, de transformer, et finalement de  lier l’excitation en provenance du sujet, dans le but de lui permettre  de déployer ses propres capacités représentatives.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais,  cette « rêverie maternelle » reste pour Roussillon, une « vraie »  rêverie des analystes qui se contenteraient de prendre une métaphore,  certes heuristique, pour une vraie description. « L’abstraction des  formulations de W. Bion concernant la transformation des éléments bêta  en fonction alpha, a paradoxalement elle aussi pris une valeur  métaphorique dans l’échange interanalytique. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Winnicott contre Bion</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Devant  les problèmes posés par « la rêverie maternelle », Roussillon fait alors  appel à Winnicott pour souligner deux problèmes permettant d’introduire  une discussion plus fine avec ce dernier.</p>
<p style="text-align: justify;">1)       Comment s’effectue le passage, le transfert des fonctions assurées tout  d’abord par la mère ou son substitut, vers le futur sujet ?</p>
<p style="text-align: justify;">En  somme, comment le sujet en vient à assumer lui-même la fonction  maternelle, ou la rêverie maternelle ? Est-ce « simplement » par  identification ? Cela paraît en effet difficile. Roussillon souligne  justement que nous sommes en-deçà d’une possible identification de ce  type, que l’identification qui est convoquée généralement pour expliquer  ce transfert fait partie du problème lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">2)       Le second problème peut être décrit à partir de la situation analytique  en tant que l’analyste peut être un objet à la fois pris dans le  narcissisme du sujet, c’est-à-dire imaginairement identique pour le  sujet, et un objet gardant une part d’altérité, car il reste un Autre  sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour  Roussillon c’est « le problème de l’articulation de deux faces de la  fonction symbolisante des objets. Ils sont à la fois – c’est la  difficulté que je notais plus haut concernant l’Œdipe – objet à  symboliser, dans leur différence, leur altérité, leur manque, et objets  « pour » symboliser. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn15">[15]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que  Roussillon veut avancer, c’est que cette clinique des « souffrances  identitaires-narcissiques » lui semble mettre en avant le fait que si la  triangulation n’existe pas (et même si elle finit par exister mais que  l’on se place dans le temps précédent sa mise en place, celui d’un face à  face avec l’objet) il reste à tenter de saisir <em>comment le sujet en vient à symboliser l’altérité de cet objet, en s’appuyant sur ce même objet</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet  « pour » symboliser désignant ainsi « l’objet en tant que celui-ci se  prête au jeu de la symbolisation du sujet, en tant qu’il accepte  d’effacer ou d’atténuer le rappel de son altérité pour permettre  celle-ci. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn16">[16]</a> Cet aspect de l’objet sera alors à articuler avec la notion  d’utilisation de l’objet chez Winnicott que l’on va détailler plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est  à ce point que l’on peut faire un petit parallèle avec Lacan.  Roussillon transforme l’Objet, ou plutôt la rencontre avec l’altérité de  l’Objet, en ce qu’il appelle un « autre-sujet ». Car en effet, cette  part d’inconnu chez l’Objet qui résiste au futur sujet provient du fait  que cet Objet est également lui-même un sujet, et non pas simplement un  objet. Il me semble que c’est précisément un des aspects du grand Autre  chez Lacan (la part d’altérité absolue), que l’on peut retrouver  notamment dans ses développements lors du séminaire sur <em>La relation d’objet.</em> Que veut ce sujet, que me veut-il. Pourquoi ces allées et venues ? etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre  point qui me paraît intéressant. Lacan essaie de bien distinguer la  privation, la frustration la castration dans leurs rapports aux  dimensions symbolique, imaginaire et réel. (Vous pouvez lire mes notes  ici : <a title="Lien permanent : Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)" href="../?p=623" target="_blank">Notes sur le Séminaire LA RELATION D’OBJET – Les trois formes du manque d’objet (28/11/1956)</a> ) S’il tente de mieux faire sentir ce qu’est la frustration, comme  plaque tournante par rapport à l’entrée dans le symbolique, comme moment  essentiel et fugitif, mais surtout particulièrement dépendant de la  réponse que l’Autre va apporter à la demande du sujet<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn17">[17]</a>, c’est également pour essayer de saisir, il me semble, <em>la place et la qualité de présence de l’Autre</em>,  au sein du procès du sujet, autrement dit au sein des processus visant  la construction des appareils de symbolisation de ce futur sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans  ses développements, Lacan place comme objet fondamental, l’objet  phallique. Mais ce n’est pas pour rien qu’il est lui aussi en dialogue  avec Winnicott dans ce séminaire, qui est un séminaire portant  finalement sur la fonction maternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Roussillon tente donc de dégager, dans ce dialogue avec Winnicott, <em>les modalités de présence de cet Autre</em> dans le rapport que ce dernier peut entretenir avec le futur sujet. Il  essaie d’articuler ces modalités avec leurs conséquences sur les  possibilités de symbolisation du côté du sujet. Tout comme Lacan essaie  de cerner comment la mère peut introduire son enfant à l’ordre  symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais  Roussillon adopte quant à lui la perspective de Winnicott ainsi que son  vocabulaire. A savoir que Roussillon distingue ce qu’il nomme « le  rapport à l’objet » de l’expression « la relation d’objet », afin  d’introduire la notion winnicottienne « d’utilisation de l’objet ».  Ainsi « le rapport à l’objet concerne la dialectique qui s’établit entre  la relation à l’objet et l’utilisation de l’objet. »<a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftn18">[18]</a></p>
<p style="text-align: justify;">La  notion « d’utilisation de l’objet » chez Winnicott désignera alors pour  Roussillon ce que l’on a décrit de l’objet « pour » symboliser, à savoir  les modalités de présence de l’objet permettant au futur sujet de  mettre en place une relation d’objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Le  processus qui mène de l’usage d’un objet à la relation d’objet est  décrit par Winnicott à l’aide de  « la destruction de l’objet », en lien  avec les phénomènes transitionnels.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous  nous pencherons donc la prochaine fois sur Winnicott et l’article  « Objets de l&#8217;’usage d&#8217;un objet’ », afin de rappeler quelques éléments  sur le modèle qu’il propose de l’accès à la réalité par le sujet. Car  c’est un problème concomitant à celui de la constitution de l’Objet et  des appareils de symbolisation du sujet. Puis nous reviendrons à  Roussillon dans un second temps.</p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref1">[1]</a> RFP 1997, vol. 61, n<sup>o</sup> 2.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref2">[2]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref3">[3]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.9</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref4">[4]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.169</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref5">[5]</a> « […] la symbolisation ne va pas de soi, [qu’] elle est le fruit d’un <em>travail interne</em> qui requiert plus que la simple retenue de la décharge […] », René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.169</p>
<p style="text-align: justify;">Lire à ce sujet, Benno Rosenberg et Claude Le Guen, <em>Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie</em>, PUF, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref6">[6]</a> « Les caractéristiques du rapport primaire à l’objet tendent à se  transférer dans le rapport du sujet à l’activité de symbolisation et à  la ‘reconnaissance’ symbolique qu’il pourrait en attendre. », p.170</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref7">[7]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.171</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref8">[8]</a> Philippe Jeammet, « Les enjeux des identifications à l’adolescence », in <em>Psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent</em>, sous la direction de Claudine Geissmann et Didier Houzel, Bayard, 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref9">[9]</a> D.W. Winnicott, « La capacité d’être seul », 1958, in <em>De la pédiatrie à la psychanalyse</em>, Payot,1969.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref10">[10]</a> Vous trouverez quelque chose de plus développé ici : <a href="../?p=62">Narcissisme et adolescence – première partie</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref11">[11]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.172</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref12">[12]</a> Il semble que Freud ait postulé dès 1895 l’existence d’appareils  protecteurs à l’endroit des excitations externes. Cette nécessité  d’appareils protecteurs serait à relier à l’importance posée du principe  d’inertie du système neuronique.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref13">[13]</a> « Le pare-excitation par excellence est le fruit de la tiercité qui  fonde le caractère organisateur de la double différence, des sexes, des  générations. », René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.173</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref14">[14]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 173.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref15">[15]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 174</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref16">[16]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p.175</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref17">[17]</a> Lacan, <em>La relation d’objet</em>, p. 100 et 101</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="post.php?post=853&amp;action=edit#_ftnref18">[18]</a> René Roussillon, <em>Agonie, clivage et symbolisation</em>, PUF, 2008, p. 175</p>
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